PETITE GRAMMAIRE PROVENÇALE

Par C.-F. ACHARD[101]
BIBLIOTHÉCAIRE DE LA VILLE DE MARSEILLE
(Avril 1794)

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER
DES LETTRES ET DE LA PRONONCIATION

Les Provençaux emploient les mêmes lettres que les Latins et les Français. Ils font sonner toutes les lettres et n’aspirent pas l’h. Aussi voyons-nous que la plupart des écrivains provençaux ont retranché dans leurs ouvrages les lettres finales qui ne se prononcent que lorsque le mot est suivi d’une voyelle.

DES VOYELLES

A. Se prononce comme en français.

E. Se prononce en provençal de deux manières: lorsqu’il se trouve à la fin des mots, il se prononce toujours comme l’é fermé du français; il est cependant d’usage de ne pas l’accentuer; l’è ouvert est toujours prononcé fortement, comme celui que nous indiquons par un accent circonflexe. Exemple: addusés, venguet, linge; prononcez: adûze, vêngué, lingé. Il faut même observer que l’e suivi d’une consonne se prononce toujours de même que s’il était seul. Ainsi, dans le mot venguet, que j’ai cité, il ne faut pas dire vangué, mais vé-ngué, comme nous prononçons ennemi et non pas annemi.

I. Se prononce comme en français, et il se prononce comme en latin dans les monosyllabes im, in et dans les mots qui en sont composés.

O. Cette voyelle dans les mots a la même prononciation qu’en français; mais, à la fin des mots, elle remplace l’e des Français. Ainsi il est reçu d’écrire verguo, qui se prononce comme vergue en français.

U. La voyelle u n’a rien de particulier, si ce n’est qu’il faut prononcer u dans le mot un comme nous le prononçons dans le mot une et ne pas le changer en la diphtongue eun, comme le font les Français.

DES DIPHTONGUES, ETC...

Les diphtongues sont l’union de deux voyelles qui ne forment qu’une syllabe. Voici les principales:

Ai,que l’on prononceahi,
Au,— —ahou,
Ei,— —ehi,
Ia,— —iha,mais par un simple son.
,— —ihé,
Io,— —iho,
Oi,— —ohi,

Les diphtongues et les quadriphthongues sont aussi usitées en provençal:

Aou,ouau,prononcez:ahou,
Uou,uhou,huhou,d’un seul son
Ueil,uheil,hui,
Yeou, hieou.
DES CONSONNES

Les seules consonnes dont la prononciation diffère de la syntaxe française sont le g et l’i consonne. Les Provençaux prononcent ces lettres mouillées comme les Italiens. Il en est de même du ch; mais il est impossible de donner cette prononciation, à un homme qui n’a jamais entendu parler un Provençal ou un Italien, par de simples caractères; il ne connaîtra pas la façon de prononcer ces lettres, en plaçant un d devant le g, ni un t devant ch. Il faut, pour le mettre au fait, l’inviter à prononcer ces lettres très lentement, comme on le fait en français; qu’il observe le mouvement de la langue, et nous lui ferons sentir la différence. Le Français, pour prononcer le g ou le j, porte le bout de la langue au palais, à peu près à la racine des dents de la mâchoire supérieure. Le Provençal et l’Italien poussent le bout de la langue jusqu’aux dents, relèvent un peu la langue et prononcent plus de la bouche que du gosier. Au reste, une seule fois qu’on entende prononcer cette lettre, on en saura plus qu’avec les plus longues explications. La même chose doit être appliquée au ch.

Il ne faut pas oublier de dire ici que, lorsqu’un mot provençal a deux l mouillées, on prononce comme le peuple de Paris. Ainsi mouille ou mouillée se prononce en provençal comme si l’on écrivait mouyé, et comme ceux qui parlent mal le français prononcent l’adjectif mouillé.

NOTE:

[101] Cette grammaire fait partie du rapport que C.-F. Achard adressa au Comité de l’Instruction publique en l’an II de la République.

CHAPITRE II
DES ARTICLES

L’idiome provençal a deux articles: lou, le, pour le masculin, et la pour le féminin. Au pluriel, l’article leis, qu’on prononce lei devant une consonne, sert pour les deux genres. L’article lou et l’article la s’élident devant un mot qui commence par une voyelle; ainsi l’on dit l’ai, l’âne, et non pas lou ai; l’anduecho, l’andouille, et non pas la anduecho.

Les Provençaux ne changent pas leurs terminaisons dans les déclinaisons; en cela nous ne différons pas de la langue française. Exemple:

SINGULIER
MASCULIN FÉMININ
françaisprovençalfrançaisprovençal
Nominatifle,loulala
Génitifdu,doou ou daude lade la
Datif au,aou ou auà laà la
Accusatifle,loulala
Vocatifô,ôôô
Ablatifdu,doou ou daude lade la
PLURIEL
MASCULIN ET FÉMININ
françaisprovençal
NominatiflesLeisprononcezLei
GénitifdesDeisDei
DatifauxEisei
AccusatiflesLeisLei
Vocatifôôô
AblatifdesDeisDei

Tous ces mots sont monosyllabes.


CHAPITRE III
DES NOMS

Tous les noms prennent l’article devant eux, excepté les noms propres et ceux que l’on prend indéterminément, comme députa, administratour (député, administrateur).

La particule de remplace souvent l’article en provençal; aussi les Provençaux font-ils beaucoup de provençalismes en parlant français, par l’habitude qu’ils ont de leur idiome. Donnez-moi d’eau, de vin, diront-ils, au lieu de dire: Donnez-moi de l’eau, du vin; cela vient de ce que le Provençal dit dounas-mi d’aiguo, de vin, etc.

Il n’y a pas de règle générale pour les genres des noms; presque tous les mots français masculins sont du même genre dans leurs correspondants provençaux. Il y a cependant des exceptions: ainsi le sel est masculin en français, et la saou est féminin en provençal; l’huile est féminin, l’oli ou l’holi est masculin; le peigne se rend par la pigno; le balai, par l’escoubo, féminin, et quelques autres de même.

Les terminaisons des noms varient beaucoup, de même que dans le français, mais elles sont presque toujours les mêmes au pluriel et au singulier. Ainsi chivau, cheval, fait au pluriel chivaus, et se prononce comme au singulier. De là vient encore que les enfants disent ici très communément, en parlant français: le chevau ou les chevals.

Les substantifs masculins forment quelquefois des substantifs féminins d’une terminaison différente. En général, les noms qui se terminent par une n donnent un féminin en y ajoutant un o, qui équivaut à notre e muet, par exemple: couquin, masculin, couquino, féminin; landrin, masculin, landrino, féminin.

Les mots terminés en r changent cette dernière lettre en la syllabe so: voulur, vouluso, féminin; recelur, receluso, féminin, etc...

Les mots français terminés en aire sont assez ordinairement terminés en ari dans l’idiome provençal.

Les adjectifs sont également très variés; ils ont un rapport direct avec ceux de la langue française. Ceux qui se terminent en é pour le masculin et en ée pour le féminin, se rendent en provençal par la terminaison at, ado: fortuné, fortunée; fourtunat, fourtunado.

Les adjectifs terminés par un e muet en français se terminent de même au féminin provençal, mais au masculin ils ont un é fermé. Ainsi invulnérable fait au masculin invulnérablé, et au féminin invulnérablo, que l’on prononce tout comme en français.


CHAPITRE IV
DES PRONOMS

Il y a, dans les pronoms, des observations importantes à faire sur la différence qui existe entre le français et le provençal. Je donne d’abord la déclinaison des pronoms personnels:

SINGULIER
NominatifJe ou moi,Yeou.
GénitifDe moi,De yeou, sans élision.
DatifA moi,A yeou ou mi, en quelques lieux me.
AccusatifMoi,Mi ou me et yeou dans le pléonasme.
AblatifPar moi,Per yeou.

Il me conduisit moi-même: Mi menet yeou-même ou m’aduguet yeou-même.

SINGULIER
NominatifTu, toi,Tu.
GénitifDe toi,De tu.
DatifA toi,A tu, ou ti ou te.
AccusatifToi ou te,Ti ou te.
AblatifPar toi,Per tu.
SINGULIER
Nominatif.................
GénitifDe soi,De si ou de si-même.
DatifA soi,A si, ou si ou se.
AccusatifSoi,Si ou se.
AblatifPar soi,Per si-même.
PLURIEL
NominatifNous,Nautreis pour nous autres.
GénitifDe nous,De nautries.
DatifA nous,A nautreis ou nous.
AccusatifNous,Nautries ou nous.
AblatifPar nous,Per nautreis.
PLURIEL
NominatifVous,Vautreis.
GénitifDe vous,De vautreis.
DatifA vous,A vautreis ou vous.
AccusatifVous,Vautries ou vous.
AblatifPar vous,Per vautreis.

Il vous a donné: v’a dounat. Il vous accuse: n’accuso.

Ces exemples sont faits pour faire connaître que le provençal fait une élision de trois lettres devant un mot qui commence par une voyelle, lorsqu’il est précédé d’un pronom pluriel. Le pronom se est le même au pluriel qu’au singulier.

SINGULIER
NominatifLui, eou.Elle, ello.
GénitifDe lui, d’eou.D’elle, d’ello.
DatifA lui, on eou, à eou, li;à elle, an ello ou li.
AccusatifLui, eou ou lou.La, la.
AblatifPar lui, per eou.Par elle, per ello.
PLURIEL
NominatifEux, elleis.Elles, elleis.
GénitifD’eux, d’elleis.D’elles, d’elleis.
DatifA eux, an elleis ou li.A elles, an elleis, ou li.
AccusatifEux, elleis, leis.Elles, elleis, leis.
AblatifPar eux, per elleis.Par elles, per elleis.
PRONOMS POSSESSIFS

Les pronoms possessifs sont mieou, tieou, sieou, nouestre, vouestre; ils sont précédés de l’article et gouvernent les deux genres.

Lou mieou, la mieouno.Le mien, la mienne.
Lou tieou, la tieouno.Le tien, la tienne.
Lou sieou, la sieouno.Le sien, le leur, la sienne, la leur.
Lou nouestre, la nouestro.Le, la nôtre.
Lou vouestre, la vouestro.Le, la vôtre.
PRONOMS DÉMONSTRATIFS

Il y a deux pronoms démonstratifs: aqueou, qui fait au féminin aquelo, et aquestou, qui fait au féminin aquesto, c’est-à-dire celui-ci, celle-ci; celui-là, celle-là.

PRONOMS RELATIFS

Lequel, laquelle, louquaou, laqualo, se déclinent avec l’article; qui se traduit par qun ou par que. Ses composés sont queque, sieque, quoi qu’il en soit; quelqu’un, quelqu’une, quauqu’un, quaouqu’uno. Exemple: L’homme qui vint, l’home que venguet.—Ce qui me surprend, ce que m’estouno.—Qui est là? Qun es aqui?Qui va, qui vient? Que va, que ven?


CHAPITRE V
DES VERBES

Le provençal a des verbes auxiliaires, des actifs et des passifs. On appelle verbe auxiliaire celui qui sert à former les temps des autres verbes, comme j’ai, ai; je suis, sieou.

Les verbes actifs peuvent être réduits à deux conjugaisons principales, qui se connaissent par l’infinitif: les verbes qui se terminent à l’infinitif en ar et ceux qui finissent en e ou en ir.

Tous les verbes en ar font le participe passé en at. Les autres le font en it ou en ut.

Commençons par les verbes auxiliaires.

AVER

INFINITIF
Avoir, dérivé du latin habere.

INDICATIF PRÉSENT

Ai,j’ai.Aven,nous avons.
As,tu as.Avés,vous avez.
A,il a.An,ils ont.

IMPARFAIT

Avieou,j’avais.Avian,nous avions.
Aviés,tu avais.Avias,vous aviez.
Avié,il avait.Avien,ils avaient.

PARFAIT

Ai agutouaguersi,j’ai eu.
As agutouagueres,tu as eu.
A agutouaguet,il a eu.
Aven agutouaguerian,nous avons eu.
Avés agutouaguerias,vous avez eu.
Au agutouagueroun,ils ont eu.

PLUS-QUE-PARFAIT

Avieou agut,j’avais eu.Aviés agut,tu avais eu.

FUTUR

Aurai,j’aurai.Auren,nous aurons.
Auras,tu auras.Aurés,vous aurez.
Aura,il aura.Auran,ils auront.

IMPÉRATIF

Agues,aie, etc.Agues,
Que ague,Que aguoun,
Aguen,

SUBJONCTIF PRÉSENT

Que agui,que j’aie.Que aguen,que nous ayons.
Que agues,que tu aies.Que agués,que vous ayez.
Que ague,qu’il ait.Que aguoun,qu’ils aient.

IMPARFAIT

Aguessiouaurieou,que j’eusse ou j’aurais.
Aguessesouauriés,que tu eusses ou tu aurais.
Aguessounouaurien,qu’il eût ou il aurait.

PARFAIT

Que agui agut,que j’aie.Aguen agut,que nous ayons.
Agués agut,que tu aies.Agusé agut,que vous ayez.
Aguet agut,qu’il ait.Aguon agut,qu’ils aient.

PLUS-QUE-PARFAIT

Aguessi ou aurieou agut, etc.que j’eusse ou j’aurai eu, etc.

FUTUR

Aurai agut, etc.j’aurais eu, etc.

INFINITIF PRÉSENT

Aver,avoir.

PARFAIT

Aver agut,avoir eu.

GÉRONDIF

Per aver,à avoir.

PARTICIPE PRÉSENT

Ayent,ayant.

PARTICIPE PASSÉ

Ayent agut,ayant eu.
LE VERBE ÊTRE

INDICATIF PRÉSENT

Sieou.Sian.
Siés.Sias.
Es.Soun.

IMPARFAIT

Eri.Erian.
Eres.Erias.
Ero.Eroun.

PARFAIT

Sieou estat.Fouguet.
Sies estat.Fouguerian.
ouFougueri.Fouguerias.
Fougueres.Fougueroun.

PLUS-QUE-PARFAIT

Eri estat, eres estat.

FUTUR

Sarai.Saren.
Saras.Sarès.
Sara.Saran.

IMPÉRATIF

Siegues.Siegués.
Siegue.Siégoun.
Sieguen.

SUBJONCTIF PRÉSENT

Que siegui.Que sieguen.
Que siegues.Que siegués.
Que siegue.Que siegoun.

IMPARFAIT

Fouguessi.Fouguesses.
Fouguesse.Fouguessian.
Fouguessias.Fouguessioun.
ouSarieou.Sariès.
Sarié.Sarian.
Sarias.Sarèn.

PARFAIT

Que siegui estat.Siegues estat, etc.

PLUS-QUE-PARFAIT

Fouguessi estat ou Sarieou estat, etc.

FUTUR

Sarai estatSaras estat, etc.

INFINITIF PRÉSENT

Estre ou esse.

PARFAIT

Estre estat.

On voit que l’auxiliaire aver n’entre pas dans la conjugaison provençale du verbe estre. C’est ce qui nous fait entendre le provençalisme impardonnable: Je suis été, pour dire: J’ai été.

TABLEAU DES CONJUGAISONS DES VERBES ACTIFS
1re Conjugaison
Verbe Adoûrar
2e Conjugaison
Verbe Estendre
INDICATIF PRÉSENT
Adôri.Adourân.Estêndi.Estênden.
Adôres.Adoûras.Estêndes.Estêndes.
Adôro.Adôrun.Estende.Estêndoun.
IMPARFAIT
Adourâvi.Adourâviau.Estendieou.Estendian.
Adourâvis.Adourâvias.Estendies.Estendias.
Adourâvo.Adourâvoun.Estendié.Estendiau.
PARFAIT
Ai adourat.As adourat, etc.Ai estendut.Etc...
ou Adourèri.Adourerian.ou Estenderi.Estenderian.
Adourères.Adourerias.Estenderes.Estenderias.
Adoûret.Adoureroun.Estendet.Estenderoun.
PLUS-QUE-PARFAIT
Avieou adourat,Avieou estendut,
Aviès adourat, etc.Aviès estendut, etc.
FUTUR
Adourarai.Adouraren.Estendrai.Estendran.
Adouraras.Adourarés.Estendras.,Estendrés.
Adourara.Adouraran.Estendra.Estendran.
IMPÉRATIF
Adoro.Estende.
Qu’adôro.Qu’estende.
Adouren.Estenden.
Adouras.Estendés.
Qu’adoroun.Qu’estendoun.
SUBJONCTIF PRÉSENT
Qu’adori.Qu’adouren.Qu’estendi.Qu’estendessian.
Qu’adorés.Qu’adourés.Qu’estendes.Qu’estendés.
Qu’adore.Qu’adoroun.Qu’estende.Qu’estendoun.
IMPARFAIT
Qu’adouressi,Qu’adouressian,Qu’estendessi,Qu’estendessian,
Qu’adouresses,Qu’adouressias,Qu’estendesses,Qu’estendessias,
Qu’adouresse,Qu’adouressoun,Qu’estendesse,Qu’estendessoun,
ou Qu’adourarieou,Qu’adourarian,ou Qu’estendrieou,Qu’estendarian,
Qu’adourariés,Qu’adourarias,Qu’estendariés,Qu’estendarias,
Qu’adourarié,Qu’adourarien,Qu’estendarié,Qu’estendarien.
PASSÉ
Que agui adourat, etc.Que agui estendut, etc.
PLUS-QUE-PARFAIT
Que aguessi adourat, etc.Que aguessi estendut, etc.
ou Aurieou adourat, etc.ou Aurieou estendut, etc.
FUTUR
Aurai adourat, etc.Aurai estendut, etc.
INFINITIF PRÉSENT
Adourar,Estendre.
PASSÉ
Aver adourat,Aver estendut.
PARTICIPE PRÉSENT
Adourant,Estendent.

Le passif se conjugue par l’auxiliaire estre en ajoutant le participe passif adourat, estendut, etc... Sieou adourat, sieou estendut, etc...

On a vu que la seule différence de terminaison des verbes se trouve dans l’imparfait, où les verbes qui ont l’infinitif en ar font ce temps en avi et ceux qui ont une autre terminaison font l’imparfait en ieou. D’après cela, il est facile de connaître les conjugaisons provençales. Il est bien quelques verbes irréguliers; mais, comme ils ont un rapport direct avec leurs correspondants français, il est inutile d’en faire mention ici.


SECONDE PARTIE


CHAPITRE PREMIER

La synthèse de la langue provençale a tant de rapports avec la française qu’il n’y a point de règles à donner, mais seulement des observations à présenter sur les tournures des phrases.

DES ARTICLES

On met quelquefois l’article avant l’adjectif au lieu de le mettre avant le substantif. C’est une chose qui nous est commune avec les Grecs, et certainement c’est d’eux que nous tenons cette façon de nous exprimer: lou mieou béou, mon beau; lou mieou bel enfant, mon bel enfant; lou sieou fraire, son frère, etc.

DES NOMS

J’ai dit plus haut que les noms ne changeaient pas de terminaison dans les nombres et qu’il était même reçu de ne pas ajouter l’s final pour désigner le pluriel, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle. Mais cette règle n’est pas encore générale; on dit bien leis ais, prononcez lei zai; mais on ne dit pas les ais avien en prononçant lei-zai zavien, mais lei-zai-avien; en sorte qu’il faut nécessairement entendre parler le provençal ou l’écrire comme on le parle. C’est un défaut de la langue, défaut qui ne doit pas surprendre ceux qui savent que les idiomes vulgaires n’ont pas de règles bien certaines, et que l’usage est la première de ces règles. Les Provençaux ne connaissent pas de mot qui forme seul un comparatif. C’est une faute de dire en provençal: milhour que l’autre, piegi que vous: meilleur que vous, pire que vous; il faut dire plus milhour, plus piegi, ce qui, en français, serait un pléonasme détestable.


CHAPITRE II
DES PRONOMS

Les pronoms personnels se sous-entendent toujours devant les verbes, comme on l’a vu dans les conjugaisons que j’ai placées en leur lieu. Ainsi on dit vendrai, je viendrai; esveray, il est vrai, etc.

Lorsqu’on parle de plusieurs personnes, on emploie toujours le pronom soun, sa, comme s’il ne s’agissait que d’une seule: ils viennent de leur maison de campagne, venoun de sa bastido.

De même, l’on dit pour les deux nombres: li ai dounat, je lui ai ou je leur ai donné; li digueri, je lui ou je leur ai dit, etc.

Lorsqu’on parle indéterminément de quelque chose, on emploie la particule va au lieu de l’article lou, le, etc. Exemple: Le croyez-vous? Va crésez? ou va créseti? Je le ferai, va farai. Mais, s’il était question d’une personne, on dirait: lou veiray, je le verrai.

L’adverbe relatif y, qui signifie en cet endroit-là, s’exprime en provençal par li: Veux-tu y aller? Li voues anar? J’(y) irai, l’anaraï; passes-y, passos-li; prends-y garde, pren li gardo.

Le relatif qui s’exprime par qun toutes les fois qu’il y a interrogation: Qun piquo? Qui frappe? Mais, dans le cours d’une phrase, il se rend par le mot que: aqueou que douerme, celui qui dort; lou cavaou ou lou chivaou que vendra, le cheval qui viendra.


CHAPITRE III
DES VERBES

Le nominatif précède toujours le verbe; cependant j’ai souvent entendu les gens de la campagne, et surtout les enfants, dire: a dich moun paire, pour moun paire a dich.

Le verbe Estre, Être, s’emploie ordinairement comme gouvernant l’accusatif si je fusse (sic) en leur place, se fouguessi elleis. On dit aussi se fougueissi d’elleis en sous-entendant en plaço.

Les infinitifs forment tout autant de noms substantifs: on dit lou proumenar pour la proumenado, lou dourmir pour lou souen, etc... Il semble même que cette façon d’exprimer les choses est plus énergique.

Il est d’usage encore d’employer le pronom si, se à la première personne du pluriel: nous nous reverrons, si vereins; allons-nous-en, s’en anan ou Enanen s’en.

On dit aussi: sau pas ce que si fa, il ne sait pas ce qu’il fait; quelle heure est-il? quant soun d’houro? Ce qui signifie littéralement: combien est-il d’heures?

Je ne dirai rien des adverbes et des prépositions, mais il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les tournures des phrases. J’ai cru qu’il ne serait pas hors de propos de donner une courte notice de la poésie provençale et de citer quelques morceaux qui n’ont pas été livrés à l’impression.

L’auteur (comme exemple) donne un quatrain de Toussaint Gros, sur la Mort; il cite la Bourrido deis Dious, de Germain, et un extrait du Nouveau Lutrin, par d’Arvieux.

Les nombreux exemples que nous avons donnés de la poésie provençale nous dispensent de citer dans cet ouvrage des extraits, forcément incomplets et qui n’ajouteraient rien à la beauté de la langue. Mais ce que nous avons cru nécessaire de ne pas omettre, comme nous l’avons dit précédemment, c’est un aperçu grammatical du Provençal tel qu’on l’écrit et qu’on le parle aujourd’hui, d’après la méthode de la nouvelle école félibréenne, en parallèle avec la grammaire d’Achard, qui date des premières années du siècle dernier. Le lecteur pourra, par lui-même, constater les différences qui existent entre les deux orthographes et se faire une opinion, au point de vue linguistique et orthographique, sur les œuvres qui ont précédé le mouvement félibréen et celles qui l’ont suivi.


DIFFÉRENCES LINGUISTIQUES ET ORTHOGRAPHIQUES
ENTRE LE PROVENÇAL PARLÉ ET ÉCRIT AVANT LA RÉVOLUTION ET LE PROVENÇAL DE NOS JOURS, SELON L’ECOLE FÉLIBRÉENNE, D’APRÈS L’OUVRAGE DU FRÈRE SAVINIEN ET DOM XAVIER DE FOURVIÈRES

ALPHABET PROVENÇAL USITÉ DE NOS JOURS[102]

L’alphabet provençal aujourd’hui en usage se compose de vingt-trois lettres; l’y et l’x supprimés formaient la vingt-quatrième et la vingt-cinquième avant la réforme orthographique.

A garde le son qu’il a en français; B également, mais ne se prononce pas à la fin des mots, comme plumb, plomb.

C ne diffère de la prononciation française que lorsqu’il est suivi d’un h. Ainsi le mot chien s’écrit chin, et se prononce tsin. Cependant cette prononciation est plutôt vauclusienne que marseillaise. A Marseille, en effet, on écrit et on prononce chin.

Le D, comme en français. Ainsi que le b, il ne se prononce pas à la fin des mots: verd, vert.

L’E, dans la grammaire d’Achard, ne devait pas, suivant l’usage observé jusqu’à la Révolution, être accentué; aujourd’hui, sans accent ou avec un accent aigu, il se prononce comme l’e ouvert français. Ainsi devé, devoir, teté, sein, sonnent comme cité, vérité.

L’E est ouvert s’il est suivi d’une consonne, comme dans terro, terre, et encore s’il est surmonté d’un accent grave, comme dans venguè, il vint. Il est faible à la fin des mots: te, toi; fort dans les monosyllabes: vese, je vois.

F, pour efo, comme en français.

G, placé devant les voyelles a, o, u, est dur, comme dans goi, boiteux; gau, coq; degun, personne; mais, devant un e ou un i, il se prononce comme le z italien: soit gibous, bossu, que l’on prononce dzibous. Toutefois, cette dernière prononciation n’est pas usitée dans les Bouches-du-Rhône, où l’on continue à dire gibous, comme s’il était écrit djibous.

H, en provençal acho, n’est aspirée que dans quelques interjections: ho! ha! hoù! hoi! hèi! On l’emploie également pour rendre le son ch comme dans charpa, gronder, et remplacer l’ancienne forme lh pour séparer deux voyelles, ainsi: famiho, famille; abiho, abeille; Marsiho, Marseille.

I se prononce comme en français: camiso, chemise; mais, dans les monosyllabes im et in, il prend en provençal la prononciation latine; simplo, simple, ansin, ainsi; cinsaire, priseur; timbre, timbre.

Il y a aussi l’i fort et l’i faible: pali, pâlir; pàli, dois.

Le J devant l’e et l’i se prononce comme le g ou le z dans le provençal rhodanien: jamai, pour dzamai, jamais; genesto, dzenesto, genêt. A Marseille, on prononce jamai, ginesto.

K est peu ou pas usité en provençal, on le remplace généralement par c, qu et ch, suivant les cas.

L ou élo, comme en français; deux l précédées de la voyelle i ne se prononcent pas. Ainsi: mouillé se prononce, en provençal, mouyé.

M ou émo, comme en français. Cette lettre équivaut à l’n devant un b ou un p.

N ou éno, comme en français.

O, comme en français dans le corps des mots, mais remplace l’e français à la fin de quelques-uns. Exemple: Prouvenco, Provence; la peissounièro, la poissonnière.

P. En provençal, la forme ph est remplacée par f: farmacian, pharmacien.

Q conserve le son du k français: que, que; quitran, goudron.

R ou ero se prononce comme en français.

S ou esso également. Deux s en provençal remplacent l’x français. Ainsi Maximin se prononce et s’écrit: Meissemin; exemple, eissèmple.

T ou conserve toujours en provençal le son dur, même lorsqu’il précède un i suivi d’une voyelle: carretoun, petite charrette; conventialo, religieuse; t dans la fin des mots ne se prononce pas: nougat, nougat.

U ne se prononce pas exactement comme en français. Dans le mot un, on le fait sonner comme dans une, tandis qu’en français il se change en la diphtongue eun. Dans le cas où l’u est précédé des voyelles a, e, ou d’un o accentué, il se prononce comme en italien; exemple: oustaù, maison, que l’on prononce oustaou suivant l’ancienne orthographe; néu, neige, ne-ou, pôu, pour poou, sont dans le même cas.

V, , se prononce comme en français ainsi que le z, izido.

DIPHTONGUES

Les diphtongues servent à unir deux voyelles ne formant qu’une syllabe.

Les cinq voyelles forment en provençal plusieurs diphtongues; ainsi:

Ai,qui se prononce:.
Ei,— —.
Oi,— —.
Au,— —aou.
Eu,— —èou.

Exemples:

Aigo,eau, se prononce d’une seule émission: aïgo.
Rèi,roi,——rèï.
Galoi, joyeux,——galoï.

Avant la réforme orthographique, ces diphtongues s’écrivaient comme on les prononçait.

Comme triphtongues, les cinq voyelles donnent:

Iau,dans niau, éclair.
Iai,biais, manière de faire.
Ièi,pièi, puis.

Ces triphtongues se prononcent également par un simple son.

L’ACCENT TONIQUE

L’accent tonique est la base de la prononciation du provençal. Dans les mots terminés par e ou par o, il doit se porter sur la pénultième, ainsi: capello, chapelle, se prononce capélo; campana, cloche, campàno; il se porte sur toute syllabe accentuée: armàri, armoire.

Dans les mots terminés par a et i, il se porte sur la dernière syllabe: verita, vérité; sournaru, sournois; durbi, ouvrir. Mais, dans le cas où la dernière syllabe terminée en i est précédée d’une syllabe qui porte un accent, l’i devient muet, comme dans barri, rempart.

Si le mot est terminé par une consonne, on appuie plus fortement sur la dernière syllabe: auceloun, petit oiseau.

Dans les diphtongues, on doit appuyer sur la première voyelle: l’ai, l’âne, se prononce àï.

Dans le dialecte marseillais, la prononciation est souvent différente de celle du rhodanien. Ainsi la voyelle o se change souvent en oue; exemples:

Font, fontaine, fait fouent.
Cor,cœur,couer.
Colo,colline,coueli.

U se change en ue quelquefois, comme dans: adurre, apporter, aduerre.

Io se change en ue: fio, feu, fait fue; agrioto, cerise, fait agrueto.

Ioù fait uou: bioù, bœuf, buou; aurioù, maquereau, auruou.

Ioun se change en ien: nacioun, nation, fait nacien; religioun, religion, religien; incarnacioun, incarnation, incarnacien.

DE L’ARTICLE

Voici le tableau des articles en provençal singulier, en français et en provençal pluriel:

Lou, la,le, la,li, les,
Doù, de la,du, de la,di, des,
Au, à la,au, à la,i, aux,
De,du, de la,de, des.

Dans le dialecte marseillais, li, di, i font lei, dei, ei, au singulier, et leis, deis, eis, au pluriel.

L’article, en provençal, s’emploie comme en français devant les noms communs. Il y a exception dans les proverbes, dans les énumérations et quand des noms se trouvent liés à certains verbes.

On l’emploie également devant les noms propres des personnes généralement connues, et dans un sens familier: la Marietto, la petite Marie; devant le nom d’un personnage jouissant d’une certaine célébrité, il trouve aussi son emploi: Victor Gélu es lou Bérengier de Marsiho, Victor Gélu est le Bérenger de Marseille.

DU NOM

Il y a en provençal trois sortes de noms: le nom commun, le nom propre et le nom collectif.

Exemples de noms communs: l’oustaù, la maison; l’escalo, l’échelle; lou chin, le chien.

Exemples de noms propres: Anfos, Alphonse; José, Joseph; Goundran, Gontran.

Le nom de famille chez la femme affecte la forme féminine; on dira: Goundrano, et la forme diminutive chez l’enfant, que l’on appellera Goundranet.

Exemples de noms collectifs: la pinèdo, bois de pins; la mélouniéro, champ de melons; etc.

Les noms terminés par un o sont généralement féminins; il y a toutefois exception pour les noms propres d’hommes, d’animaux mâles, de science et de certaines professions.

La cadiero, la chaise; la telo, la toile, sont des noms communs féminins. Les noms qui se terminent par un n deviennent féminins en y ajoutant un o: couquin, couquino; ceux terminés en r changent cette lettre en la syllabe so: voulur, vouluso.

Les noms terminés par un e sont généralement du masculin: ome, homme; pese, pois.

Les terminaisons en cioun sont féminines: nacioun, nation; donacioun, donation; creacioun, création.

Les terminaisons par ta sont féminines: carita, charité.

Celles en aire et en adou sont masculines: pagaire, pagadou, payeur; pescaire, pescadou, pêcheur.

Enfin les noms collectifs terminés en rès, arès, eirés, un, au, sont du masculin.

Il y a dans le dialecte marseillais quelques variations dans ces diverses règles. Ainsi les mots terminés en e ou en o ou rhodaniens se terminent par un i en marseillais. Ainsi juge, juge, fait jùgi; justico, justice, fait justiçi.

Ceux en ouso se changent en ouo; urouso, heureuse, fait urouo.

Dans le provençal actuel, l’s a disparu en tant que marque du pluriel. C’est par l’article qu’on reconnaît cette marque. On dit et on écrit ainsi: l’ome, l’homme, au singulier; lis ome, au pluriel; etc., etc.

La langue provençale est riche en augmentatifs et en diminutifs.

Les augmentatifs donnent une idée de force et de grandeur, ils se terminent en as au masculin et en asso au féminin. Ainsi: oustaù, maison, devient oustalas; ome, homme, oumanas.

Quelquefois, on se sert d’un augmentatif comme terme de mépris. On dira de quelqu’un qui aura des manières communes et grossières: ès un pastras, augmentatif de pastre, berger. Pour un homme sale: ès un pourcassas.

Les diminutifs sont employés comme termes d’amitié et aussi pour exprimer l’idée de quelque chose de joli, de mignon. Au masculin, ils se terminent en oun, et, ot, in; au féminin, en ouno, eto, oto, ino. Ainsi on dira: d’une chemise, camiso, camisoun, camisoto; auceloun, petit oiseau, aucelet; chato, jeune fille, chatouno, chatouneto.

DES ADJECTIFS

Les adjectifs, en provençal, sont tout aussi variés qu’en français, et, comme les noms, quand ils sont qualificatifs, peuvent subir une désinence augmentative ou diminutive. On dit ainsi d’un enfant doux et sage: ès brave, ès bravas, ès bravet, ès bravihoun.

Le genre se forme au masculin en ajoutant la lettre o, qui remplace l’e en français et l’a espagnol et italien: aimable, amablo; bonne, buèno; gracieux, gracioso; fortuné, fourtunad, et fortunée, fourtunado.

Il est cependant des cas où l’adjectif, terminé par un e muet en français, se termine en provençal par un e ouvert. Ainsi: invulnérable fait au masculin provençal invulnérable, et au féminin invulnérablo.

Les adjectifs qui, en provençal, se terminent au masculin par:

fontau féminin Alo.
AireArello ou eiris.
AdouAdouiro.
EireErello ou eiris.
EnEnco.
Ello.
IeuIvo ou ilo.
I ou iqueIco.
I ou itIdo.
OuOlo.
UUdo.

Comme le nom, l’adjectif ne prend pas la forme du pluriel quand il est placé après un nom pluriel. Ainsi, on dira: l’ome brave, lis ome brave, les hommes sages.

Placé avant un nom pluriel, l’adjectif s’accorde avec ce nom et prend le pluriel: la bello chato, li bélli chato: la belle et les belles filles.

Dans le dialecte de Marseille les terminaisons en i et en is se changent en ei et eis. On dira donc ici: lei béllei chato, les belles filles.

Ne donnant ici qu’un abrégé de grammaire, nous passerons rapidement sur les adjectifs numéraux, possessifs et démonstratifs.

Pour les premiers, on dit:

Un, unopour Un, une.
Dous, dosDeux.
TresTrois.
QuatreQuatre.
CinqCinq.
SieisSix.
SètSept.
VueHuit.
NoûNeuf.
DèsDix.
VoungeOnze.
DougeDouze, etc., etc., puis
ProumiéPremier.
SeoundSecond.
TresenTroisième, etc.

Quant aux adjectifs possessifs, ils font au masculin singulier:

Moun.Mon.
Toun.Ton.
Soun.Son.
Nostre.Notre.
Vostre.Votre.
Soun.Leur.

Au féminin, ils font:

Ma.Ma.
Ta.Ta.
Sa.Sa.
Nostro.Notre.
Vostro.Votre.
Sa.Leur.

Au pluriel:

Mi, mes. Ti, tes. Si, ses. Nostre ou nostro, nos. Vostre ou vostro, vos. Si, leurs.

Les adjectifs démonstratifs sont:

Au masculin. Au féminin.
Aquèu.CeAquelo.Cette.
Aquest.CetAquesto.
Est ou este.CetEsto.
Au pluriel.
Aquéli.Aquesti.Èsti.

Pour le dialecte marseillais, même remarque que précédemment:

Mi,ti.Si,aquèsti.Aquèli,èsti.
fontMei,tei.Sei,aquestei.Aquèlei,èstei.
Nostre,Nostro,Vostre,Vostro.
fontNoste,Noueste,Vosto,Vouesto.
et {Voste
Vosto
} fait Voueste et Vouesto
NôstiNouèstei.
VôstiVouèstei.
DES PRONOMS

Les pronoms personnels sont, pour la première personne:

Ièu,je, moi.
Me,me, moi.
Nous,nous.
Nous aùtro,nous autres.
ouNoutre, Nautro,nous.

Deuxième personne:

Tu,tu, toi.
Te,te, toi.
Vous,vous.
Vous autre, vous autro.pour vous.
ouVautre, Vautro.

Troisième personne:

,il, lui.
Élo,elle.
Éli,ils, eux, elles.
Lou, la,le, la.
Li, lei,les.
,lui, leur, y.
Se,se, soi.
En,en, de lui, d’elle, d’un, d’elles.

Les pronoms ieù, tu, , nous, vous, éli se suppriment généralement devant les verbes. On dit ainsi:

Rèndeet nonieù rende.
Rèndestu rèndes.
Rèndeù rend.
Rendênnous rendèn.
Rendèsvous rendès.
Rèndonéli rendon.

Les pronoms possessifs sont:

Au masculin singulier:

Lou mieù.Le mien.
Lou tieù.Le tien.
Lou sieù.Le sien.
Lou nostre.Le nôtre.
Lou vostre.Le vôtre.
Lou sieù.Le leur.

Au masculin pluriel:

Li mieù.Les miens.
Li tieù.Les tiens.
Li sieù.Les siens.
Li nostre.Les nôtres.
Li vostre.Les vôtres.
Li sieù.Les leurs.

Féminin singulier:

La mieùno.La mienne.
La tieùno.La tienne.
La sieùno.La sienne.
La nostro.La nôtre.
La vostro.La vôtre.
La sieùno.La leur.

Féminin pluriel:

Li mieùno.Les miennes.
Li tieùno.Les tiennes.
Li sieùno.Les siennes.
Li nostro.Les nôtres.
Li vostro.Les vôtres.
Li sieùno.Les leurs.
PRONOMS DÉMONSTRATIFS

Les pronoms démonstratifs ont cette particularité en provençal qu’ils peuvent être employés sous deux formes différentes.

1oAquest, aqueste,pourcelui-ci.
Aquesto,celle-ci.
Aquésti,ceux-ci.
Aquèù,celui-ci, celui-là.
Aquelo,celle, celle-là.
Aqueli,ceux, celles, ceux-là, celles-là.
Eiço,ceci.
Ço,ce.
Aco,cela, ça.
2oAquest,d’eici.} Pour celui-ci.
Aquest,d’aiça.
Aquesto,d’eici.} Celle-ci.
Aquesto,d’eiça.
Aquèsti,d’eici.} Ceux-ci.
Aquèsti,d’eiça.
Aquèù,d’aqui.} Celui-là.
Aquèù,d’eila.
Aquelo,d’aqui.} Celle-là.
Aquelo,d’eila.
Aquèl,d’aqui.} Ceux-là, celles-là.
Aquèl,d’eila.
Eiço,d’eici.} Celui-ci.
Aco,d’aqui.
Aco,d’eila.Cela.
PRONOMS RELATIFS ET DÉMONSTRATIFS

Les pronoms relatifs s’emploient avec ou sans l’article suivant les cas.

Exemples sans l’article: quau ou qu répond à qui; que, à qui, que, dont; de que ou de qu, à de qui, dont.

Exemples: quau m’aime me seguis, qui m’aime me suive; que ben travaiho gagno de téems, qui travaille bien gagne du temps.

Avec l’article, mais peu usité:

Dou quau,pourlequel;
Doù quau,duquel;
Au quau,auquel;
La qualo,laquelle;
De la qualo,de laquelle;
A la qualo,à laquelle.
DES VERBES

En provençal, il y a, comme en français, deux verbes auxiliaires: estre ou être; avé ou avoir. Mais, par contre, il n’y a que trois conjugaisons:

La première en a, qui correspond à er: ama, aimer;

La deuxième en i, qui correspond à ir: fini, finir;

La troisième en e, qui correspond à dre: rèndre, rendre.

La conjugaison en oir n’existe pas en provençal; mais, par contre, il possède un grand nombre de verbes irréguliers qui s’y rapportent.

Les verbes auxiliaires:

AVÉ — AVOIR

D’après la nouvelle méthode orthographique, on prononce et on écrit avé ou agué, avedre ou aguedre pour avoir, et non aver usité précédemment.

Ce qui donne au passé:

Avé agu ou avoir eu, au lieu de aver agut.

Participe présent:

Avènt ou aguent pour ayant.

Ainsi de suite pour les autres temps du verbe.

ESTRE — ÊTRE

Le verbe être, en provençal, a cette particularité qu’il se conjugue sans le secours de l’auxiliaire avoir, comme cela a lieu en français. Voici les principaux temps:

INFINITIF

Estre ou esse, — être.

PASSÉ

Estre-esta, — avoir été.

PARTICIPE PRÉSENT

Estènt, siguènt, — étant.

PASSÉ

Esta, qui a son féminin estado, — été.

PASSÉ INDÉFINI (DE L’INFINITIF)

Estènt, esta, estado, — ayant été.

INDICATIF PRÉSENT

Sieù, je suis.
Siès,tu es.
Esou ei,il est.
Sian, nous sommes.
Sias,vous êtes.
Soun,ils sont.

IMPARFAIT

Ére(autrefois éri),j’étais.
Eres,tu étais.
Ero,il était.
Erian,nous étions.
Erias,vous étiez.
Éron,ils étaient.

PASSÉ DÉFINI

Siguèreoufuguère,je fus.
Siguèresfuguères,tu fus.
Siguéfugué,il fut.
Siguérianfuguérian,nous fûmes.
Siguériasfuguérias,vous fûtes.
Siguéronfuguéron,ils furent.

PASSÉ INDÉFINI

Sieù esta (primitivement sieoun estat), — pour j’ai été.

PLUS-QUE-PARFAIT

Ère esta (primitivement éri esta), — j’avais été.

PASSÉ ANTÉRIEUR

Siguère esta ou fuguère (primitivement sigueri estat), — j’eus été, etc.

FUTUR

Sarai, Saras, Sara, Saren, Sarès, Saran, — je serai, etc.

IMPÉRATIF

Le verbe être, en provençal, prend une troisième personne dans ce temps:

Sièguesoufuguès,sois.
Sièguefugue,qu’il soit.
Siguenfuguen,soyons.
Siguésfugués,soyez.
Siegonfugon,qu’ils soient.

SUBJONCTIF

Que siégue ou fugue,—que je sois, etc.

IMPARFAIT

Que siguésse ou fuguésse,—que je fusse, etc.

PARTICIPE PRÉSENT

Estènt,—étant.

La première conjugaison des verbes est en a ou en ar qui correspond à er.

INFINITIF

Cantar,—chanter.

INDICATIF PRÉSENT

Canti,—je chante.

IMPARFAIT

Cantavi,—je chantais.

PARTICIPE PASSÉ

Canta, cantado,—chanté, chantée.

PARTICIPE PRÉSENT

Cantan,—chantant.

FUTUR

Cantarai,—je chanterai, etc.

SUBJONCTIF

Que canti,—que je chante, etc.

Dans la première conjugaison, les verbes qui se terminent en ia, comme remercia, et qui font en rhodanien remercie, remerciès, remercian, etc..., changent cette terminaison en dialecte marseillais, ainsi qu’il suit: remercien, remerciès, remerciè, remercias, etc.

Deuxième conjugaison en i:

INFINITIF

Fini,—finir.

PASSÉ

Avé fini,—avoir fini.

PARTICIPE PRÉSENT

Finissènt,—finissant.

PASSÉ

Fini, finido,—fini, finie.

INDICATIF PRÉSENT

Finisse,—je finis.

IMPARFAIT

Finissieù,—je finissais.

PASSÉ DÉFINI

Finiguère,—je finis.

FUTUR

Finirai,—je finirai.

PASSÉ

Aurièù fini,—j’aurai fini.

IMPÉRATIF

Finisse,finis.
Finigue,qu’il finisse.
Finissen,finissons.
Finissés,finissez.
Finigon,qu’ils finissent.

SUBJONCTIF

Que finigue,—que je finisse.

IMPARFAIT

Que finiguesse,que je finisse.
Que finiguessiau,que nous finissions.

La troisième conjugaison se termine en e et correspond à la quatrième du français en dre, ainsi: rèndre à l’infinitif, rendre.

PASSÉ

Avé rendu,—avoir rendu.

PARTICIPE PRÉSENT

Rendènt,—rendant.

PASSÉ

Rendu, rendudo,—rendu, ue.

INDICATIF

Rènde,—je rends.

IMPARFAIT

Rendieù,je rendais.
Rendian,nous rendions.

PASSÉ DÉFINI

Rendeguère,je rendis.
Rendeguerian,nous rendîmes.

PASSÉ INDÉFINI

Ai rendu,—j’ai rendu.

FUTUR

Rendrai,je rendrai.
Rendren,nous rendrons.

IMPÉRATIF

Rènde ou rend,rends.
Rènde,qu’il rende.
Renden,rendons.
Rendès,rendez.
Rèndan,qu’ils rendent.

SUBJONCTIF

Que rènde,que je rende.
Que rènden,que nous rendions, etc.

IMPARFAIT

Que rendeguèsse,que je rendisse.
Que rendeguessian,que nous rendissions.

Les verbes pronominaux des trois conjugaisons se forment en provençal en ajoutant les pronoms me, te, se, nous, vous, se. Exemples: se couper, me coupi, te coupès, se coupe, etc...

Enfin, pour terminer ce chapitre des verbes, nous ajouterons que, comme en français, l’infinitif, en provençal, peut s’employer comme substantif. Exemple: lou dourmi, le sommeil; lou mangea, le manger.

L’accord du participe avec le sujet ou le régime diffère absolument des règles grammaticales appliquées en français. Es estado brave, elle a été sage; l’oustaù qu’ai louga, la maison que j’ai louée.

Dans les verbes pronominaux, on se sert des pronoms, me, te, se, nous, vous, se, que l’on supprime devant les personnes des verbes sieu, siès, ès; mais, dans les autres cas et contrairement au français, un seul pronom suffit au lieu de deux. Exemple:

Me conufessi,je me confesse.
Te conufessès,tu te confesses, etc.

Ces pronoms se placent après le verbe à l’impératif:

Taiso-te,tais-toi.
Taiso-se,qu’il se taise.
Teisen-nous,taisons-nous.
Teisaz-vous,taisez-vous.
Taisan-se,qu’ils se taisent.
DE LA PRÉPOSITION

Les principales prépositions usitées en provençal sont:

A, en français à.

Mais, devant un nom commençant par une voyelle, on la remplace par en: m’en vaù en Avignoun.

Contro,contre ou auprès d’eux.
Davans,devant ou avant.
Darrié, à reire,derrière.
De,pour, de ou en.
Enco de, vers,chez.
Ente,entre eux, parmi, au milieu de...
Pèr,par, pour, à travers, pendant.
Sénsousènso,pas, sans.
Toucant,vers, près de.
Vers,vers, du côté de, et chez.
DE L’ADVERBE

On distingue en provençal plusieurs sortes d’adverbes.

ADVERBES DE LIEU

Dans ce genre d’adverbes, comme dans les adjectifs, on remarquera des augmentatifs qui donnent aux mots une grande expression de clarté et de force.

Eicioueicito, ici.
Pereici,par ici.
Aquiouaquito,là.
Pèraqui,par là.
Amountouperamount,en haut, là-haut.
Amoundaùtouperamoundaùt,par là-haut.
Avan,en bas.
Peravan,là-bas.
Alin, peralin,et par là-bas.
A bas, perabas,au loin, plus loin.
Eila, pereila,là, là-bas, de l’autre côté.
Eilamount, pereilamount,là-haut, tout là-haut.
Eilavaut, pereilavaut. Là-bas, tout au loin.
Eilalin, pereilalin.
Eilabas, pereilabas.
Eiça, çà, ici.
Pereiça.de ce côté-ci.
Eiçamount, pereiçamount. Vers cette hauteur.
Eiçamoudaut, pereiçamoudaut.
Eiçavaut, pereiçavaut. Ici-bas, dans le pays lointain où nous sommes.
Eiçalin, périçalin.
Eiçabas, pereiçabas.
Ounté, mounté, vounté. que pour où.
Dedins, défouéro.dedans, dehors.
ADVERBES DE TEMPS
Vuei, aujour-d’uéi, encuei,aujourd’hui.
Aro, aier, deman,maintenant, hier, demain.
Anue, tard,ce soir, tard.
Quatecant, subit,aussitôt, tout à coup.
Subran ou subre, lèse,soudain, de suite.
Autan, desenant,jadis, désormais.
Adés, tout-aro, tout-escas,tout à l’heure.
Sèmpre, toujour, jamai,toujours, jamais.
Enterin, entanterin, entrensen,pendant ce temps.
Mai, encoro,encore.
ADVERBES D’ORDRE
Avans,avant.
Piei,puis.
Proumieramen,premièrement.
Darrieramen,dernièrement.
ADVERBES DE QUANTITÉ
Pau, gaire,peu, guère.
Bèn-cop, forço,beaucoup.
Proun,assez.
Quàsi, quasimen,presque.
Mai,davantage, plus.
Majamen,principalement.
ADVERBES DE COMPARAISON
Mai, mens,plus, moins.
Autant,autant.
Miès ou mieus,mieux.
Piéjé,pire.
Pulèn,plutôt.
ADVERBES DE MANIÈRE
Ansin, autan,ainsi.
Bèn, mau,bien, mal.
Vite, vitamen,vite.
D’aise, plan,doucement, lentement.
Courentamen,couramment.
ADVERBES DE DOUTE, D’AFFIRMATION ET DE NÉGATION
Beleù, bessai,peut-être.
Segur,sûrement.
O, si,oui.
Noun, nani,non.
DE LA CONJONCTION

Les principales conjonctions sont les suivantes:

E,et.
Emai,et, aussi, quoique.
Que,que, car.
Car,car.
Ni, ni mai, ni mens,ni, pas davantage, pas moins.
Mai,mais, pourvu que.
Se,si.
Or,or.
Dounc, adounc,donc.
O,ou.
Quand, quouro,quand.
Coume,comme.
Pamens,pourtant.
Tre que, entre que,dès que.
Enterin que,tandis que.
Doùmaci,car, en effet, parce que.
Perqué,parce que, car.

Les interjections, trop nombreuses pour être reproduites ici, sont très usitées dans le provençal, pour exprimer la joie, la douleur, la compassion, la crainte, le désir, l’admiration, la surprise, l’aversion, le dégoût, l’indifférence, l’approbation, etc...

CONCLUSION

Ici se termine l’exposé grammatical du provençal parlé et écrit selon la nouvelle méthode orthographique. Nous en avons puisé les principaux éléments dans les ouvrages du Frère Savinien et la Grammaire de dom Xavier de Fourvières qui, aujourd’hui répandue dans les écoles congréganistes des départements de Vaucluse, du Gard, des Bouches-du-Rhône et du Var, rend les plus grands services aux élèves en facilitant leurs progrès, tant dans la langue française que dans la langue du pays natal. Nous renouvelons le vœu déjà formulé, à savoir que cet ouvrage ainsi que ceux du Frère Savinien (Lectures ou versions provençales-françaises) soient répandus également dans les écoles communales laïques (garçons et filles) de tous nos départements du Midi.

Nous ne saurions trop insister sur l’application de la méthode de dom Xavier de Fourvières et du Frère Savinien, dont les résultats passés garantissent les succès futurs. Ce faisant, nous ravivons la pensée, nous nous associons au intentions de ceux qui l’ont patronnée et encouragée par leurs discours ou leurs écrits. Elle a été recommandée au Ministre de l’Instruction publique par M. de Boislisle, qui présidait le Congrès des Sociétés savantes de Paris et des départements à la Sorbonne, en 1896; par Mistral, le grand poète de notre Provence, qui, dans une lettre rendue publique adressée à l’auteur, en signalait les avantages en un style étincelant de verve, de logique et de clarté; par Paul Meyer, le distingué directeur de l’École des Chartes; par Mgr Dupanloup, l’évêque patriote, dont le souvenir est encore présent à la mémoire de tous les Français qui l’ont vu lutter contre l’invasion allemande, en 1870; par Michel Bréal, qui n’a jamais cessé d’être l’apôtre de cette juste revendication; par Saint-René Taillandier, qui disait si justement: «Pour fortifier le sentiment de la grande patrie, il faut cultiver les traditions et la langue de la petite province; pour atteindre ce but et obtenir les meilleurs résultats, il faut faire voir aux enfants les rapports intimes, profonds, naturels du provençal et de la langue nationale. Ainsi envisagée, l’étude du provençal ne peut être qu’utile, car, en même temps qu’elle nous attache plus fortement à notre foyer, à notre Provence, elle nous fait mieux aimer la France, en nous montrant l’unité de notre origine et le berceau commun de notre développement.»

Ici se termine cet ouvrage que nous mettons sous la haute protection des noms autorisés que nous venons de citer, aussi bien que de tous ceux qui s’intéressent à notre passé historique, à notre langue provençale et à sa propagation dans nos écoles du Midi, où elle sera le moyen le plus sûr, le plus prompt et le plus direct d’améliorer l’enseignement de la langue nationale: le français.

NOTE:

[102] D’après le Frère Savinien.