SAPIENCE.

[Note 80], Page 375.

Au lieu du nom d’Hadrien, le manuscrit porte ici le nom de Dioclétien. J’ai pensé qu’il ne fallait voir dans cette variante qu’une faute de copiste, et j’ai rétabli dans l’argument le premier nom qu’on lit dans tout le cours de la pièce. Cependant, cette leçon acquiert un certain intérêt, quand on voit dans la dissertation préliminaire des Bollandistes «qu’on ne sait pas bien si le martyre des trois sœurs Foi, Espérance et Charité a eu lieu à Rome ou à Nicomédie, ni même si cet événement s’est passé du temps d’Hadrien ou sous le règne de Dioclétien.»

[Note 81], Page 375.

Les noms significatifs des principaux acteurs de ce drame m’avaient d’abord induit à croire que Foi, Espérance et Charité, filles de Sapience, étaient une pièce allégorique du genre de nos anciennes moralités, plutôt que la mise en action d’une légende. Je m’étais trompé. Un assez grand nombre d’auteurs grecs et latins ont mentionné l’histoire de cette mère intrépide et de ses trois jeunes filles. Les Bollandistes, à la date du 1er août (Acta Sanctor., August. t. I, p. 16), donnent une notice des écrivains qui ont parlé de ces courageuses héroïnes, et regrettent que, hors leur martyre, on ignore ce qui les concerne. En effet, tous les agiographes, sauf le déclamateur Métaphraste, n’ont accordé qu’un très-petit nombre de lignes à cette histoire. Hrotsvitha a eu rarement moins de secours. Il faut encore remarquer qu’elle a un soin particulier de faire parler chaque personnage suivant le caractère que son nom suppose.

[Note 82], Page 377.

C’est le titre que les légendes donnent à Antiochus.

[Note 83], Page 383.

N’y a-t-il pas là un souvenir lointain de l’ancienne formule Caveant consules?

[Note 84], Page 385.

Ce commandement est tiré de saint Marc, chapitre XIII, v. 11, et de saint Luc, chapitre XII, v. 11 et 12.—Il est juste de faire observer que si Hrotsvitha se montre versée dans la lecture d’Horace et de Virgile, elle ne l’est pas moins dans celle de l’Écriture Sainte.

[Note 85], Page 389.

Cette circonstance semble prouver que la légende de Sapience ou de Sophie et de ses filles est d’origine hellénique.

[Note 86], Page 391.

Hrotsvitha retombe ici dans une de ces digressions pédantesques où elle aime tant à se jeter en écolière émerveillée de son savoir de fraîche date. Ce ne sont pas cette fois des lambeaux de philosophie scolastique, comme dans Callimaque, ni une exposition technique de la science musicale, comme dans Paphnuce. Nous allons assister, bon gré, mal gré, à une leçon sur la théorie des nombres. Il semble que Hrotsvitha ait eu à cœur de prouver sa compétence dans presque toutes les branches du trivium et du quadrivium. Elle a, d’ailleurs, laissé percer cette ambition dans la préface de ses comédies, sous une formule modestement orgueilleuse: «Pour que ma négligence, a-t-elle dit, n’anéantisse pas en moi les dons de Dieu, toutes les fois que, par hasard, j’ai pu recueillir quelques fils ou légers débris du vieux manteau de la philosophie, j’ai eu grand soin de les insérer dans le tissu de mon ouvrage (Épître à certains savants, p. 13).» Il est impossible de tenir plus exactement ses résolutions. La savante religieuse ne laisse, en effet, échapper aucune occasion de se parer du bonnet doctoral, ou plutôt elle s’en affuble, comme ici, sans même avoir pour excuse la moindre apparence d’occasion.

[Note 87], Page 395.

Toute cette théorie des nombres se trouve dans Boëce, qui lui-même l’avait prise ailleurs. Il n’y a pas jusqu’à ces quatre nombres parfaits cités pour exemple, qui ne soient dans Boëce (Arithm., lib. I, cap. 20).—Un jeune mathématicien de Franche-Comté, M. Grillet, me communique sur ce passage la note suivante. «Les nombres parfaits dans l’ordre où l’on vient de les lire (6, 28, 496, 8128) sortent de la formule 2n (2n+1-1) laquelle donne des nombres parfaits, toutes les fois que (2n+1-1) est un nombre premier. On conçoit, d’ailleurs, que les arithméticiens du moyen âge se soient arrêtés à ces quatre nombres, car le plus petit que la formule fournit ensuite est 33,550336, pour n = 12.»

[Note 88], Page 397.

Il est nécessaire d’interpréter ici la définition de la dénomination. Quand on dit qu’un nombre est la moitié, le tiers, etc., d’un autre nombre, cela signifie que le premier entre exactement deux fois, trois fois dans le second. Ce sont ces nombres de fois que Hrotsvitha considère, quand elle dit plus haut que la dénomination des parties est pairement paire, paire ou impaire.

[Note 89], Page 403.

Encore une sorte de réminiscence mythologique.

[Note 90], Page 439.

On voit par la lecture des agiographes que le seul instrument qui eût action sur les martyrs et qui pût leur donner sûrement la mort, c’était l’épée. Tous les Actes nous montrent les saints confesseurs insensibles aux autres supplices.

[Note 91], Page 449.

C’est ici une allusion aux paroles de saint Matthieu, plutôt qu’une citation textuelle. Voy. Evang., cap. XIX, v. 29.

[Note 92], Page 449.

Ce dénoûment me paraît avoir un frappant caractère de solennité et de grandeur. Cette vieille mère éplorée, cette Hécube calme et chrétienne, qui, après avoir enterré de ses mains ses trois filles offertes au ciel, se retire à l’écart et n’émet qu’un vœu, celui de mourir après une courte et fervente prière, et qui meurt comme elle l’a souhaité, me semble rappeler un autre grand et noble type de maternité courageuse, la vénérable duchesse Oda, qui consacra cinq de ses filles à Dieu, en vit mourir quatre et, ne devançant la dernière que de peu de mois, descendit, en priant, dans la tombe. Hrotsvitha, dans son poëme sur la fondation du monastère de Gandersheim, a rappelé avec émotion la glorieuse vieillesse d’Oda et les tombeaux de la mère et des filles:

Oda nimis felix, nostri spes et dominatrix,
Quum decies denos septem quoque vixerat annos,
Vitam fine bono consummans transit ad astra,
Exspectans spe felici tempus redeundi
Flatus, atque resurgendi de pulvere pleni
Corporis in tumulo, quod nunc sub tegmine duro
Juxta natarum requiescit busta suarum.
.....................................
Christina.........................
Jungitur in lucis patria pacisque perennis
Ejus germanis.......................
Quas matri cunctas in cœlo consociatas,
Alme Pater, tecum præsta gaudere per ævum.

Je me figure que Hrotsvitha et ses compagnes, en attendant la béatification de leur digne fondatrice, aimaient à la glorifier par anticipation, sous le nom et sous les traits de Sapience.

FIN.