Le 14 Décembre.

Depuis qu'un nouveau danger nous menace, auquel je n'avais pas pensé jusqu'alors, je me sens triste et abattu. Ce n'est pas seulement l'affreuse idée d'être déchiré par des loups qui me poursuit, c'est la pensée que je ne pourrai plus, comme auparavant, sortir quelques moments de ma prison, et respirer le grand air; c'est aussi l'obligation de renoncer à dégager la porte et la fenêtre, ce qui aurait rendu notre situation plus supportable.

Avant ce nouvel accident, je me faisais une image presque riante de l'avenir. J'allais rendre à grand-papa la vue du soleil; nous jouissions, auprès de la fenêtre, d'un peu de clarté; nous étions distraits quelquefois par les objets du dehors; j'attendais, il me semble, sans trop d'impatience, la fonte des neiges et le moment de suivre les ruisseaux dans la plaine.

A présent quelle différence! Nous ne savons plus ce qui se passe hors du chalet; il est devenu incommode par le séjour de la fumée; il faudrait, pour nous délivrer de cette gêne, nous résoudre à n'être plus en sûreté. Dieu veuille que l'inquiétude croissante et la réclusion continuelle ne nous rendent malades ni l'un ni l'autre.

Mon grand-père voit mon découragement et le condamne; il me rappelle les sentiments que j'ai exprimés pendant ces derniers jours; il me trouve si différent de moi-même qu'il ne me reconnaît pas. Je suis bien de son avis, et, je l'avoue, si je vais me coucher fort affligé de mon sort, je suis encore plus mécontent de moi.