Le 15 Décembre.
C'est aujourd'hui dimanche. Que font nos amis et nos voisins pendant cette veillée, que nous passons si tristement? Pensent-ils à nous? Oui, sans doute, si mon pauvre père est au milieu d'eux; mais s'il a succombé, en voulant nous secourir peut-être, déjà les autres nous oublient; nous sommes morts pour le monde. On goûte au village le repos de l'hiver; on consomme gaiement les fruits de l'année; on se visite; on passe la soirée autour d'un feu brillant ou d'un poêle bien chaud. Je n'avais jamais senti, jusqu'à présent, combien les autres hommes sont nécessaires à notre bonheur. On partage les travaux, et ils sont moins pénibles; on partage les plaisirs, et ils doublent de prix.
Ah! si le Tout-Puissant me ramène un jour du milieu de mes frères, que je jouirai vivement de leur présence! Quel plaisir d'entendre le bruit et de voir le mouvement de la société villageoise! Quel bonheur de se sentir entouré de voisins qui nous aiment et qui nous protègent! Quelle douceur de se rendre des services mutuels! Mais nos amis doivent savoir combien nous souffrons ici: peuvent-ils bien nous laisser dans cet affreux abandon?
—Ne reste pas ce soir, me dit grand-papa, sur une idée si pénible; c'est mal finir le jour consacré au Seigneur. Si les hommes nous oublient, pardonnons-leur, afin d'être aussi pardonnés de Celui que nous oublions trop souvent. Tu regrettes la société de tes semblables: celle de ton Père céleste devrait suffire pour te donner la joie et la paix.
J'ai répondu:
—Vous m'aiderez, mon vénérable ami, à retrouver les sentiments pieux qui m'animaient avant que je me visse exposé à une mort plus cruelle. Donnez-moi, mon Dieu, la vertu de vos saints martyrs, qui surent affronter en vous bénissant les plus affreux supplices! S'il faut vous faire ici le sacrifice de ma vie, quelles qu'en soient la forme et les douleurs, donnez-moi leur courage pour l'accomplir! Des enfants même ont su vous glorifier au milieu des tourments.