Le 2 Janvier.

Depuis longtemps nous n'entendons plus aucun bruit du dehors, et notre réclusion est toujours plus profonde. Nous en concluons qu'il est tombé beaucoup de neige nouvelle et que probablement le chalet est tout à fait enseveli sous cette masse. Cependant le tuyau de fer la dépasse encore; la fumée sort toujours librement: aujourd'hui quelques flocons de neige tombent par ce canal étroit.

Ces blancs messagers de l'hiver sont la seule chose qui établisse une communication entre nous et le monde. Si notre horloge s'arrêtait, nous n'aurions plus aucune connaissance des heures. Il nous resterait seulement, pour distinguer le jour de la nuit, la clarté que nous apercevons encore le matin par le haut du tuyau de fer.

En revanche, nous souffrons peu du froid dans notre caveau silencieux. Nous aurions pu craindre davantage que le séjour n'en devînt malsain, mais le petit courant d'air qui s'établit dans la cheminée suffit pour le purifier en le renouvelant.

Quand nous avons allumé la lampe, et que, livrés à nos occupations journalières, nous sommes assis devant un feu brillant, nous oublions quelquefois notre malheur et nous retrouvons un peu de gaîté. A ces moments-là, j'en suis sûr, notre position serait un sujet d'envie pour tel ou tel de mes camarades. N'avons-nous pas désiré souvent d'être Robinson dans son île déserte? Et pourtant la barrière de l'Océan, qui le séparait des autres hommes, était bien plus difficile à franchir. Il n'avait d'espérance que dans l'arrivée de quelque vaisseau égaré, et nous, nous sommes assurés que cette neige s'écoulera tôt ou tard. Dieu veuille seulement garder jusque-là notre vie!