II
La rose qui, hier matin, était fleurie sur son rosier de mai, Dieu lui-même ne la refera point. Elle fut, et c’est assez. Adieu, ma rose ! Bouche baisée, cœur flétri, amours passées, adieu printemps, jeunesse, adieu… Cours après l’eau courante ! Elle a passé comme l’heure. Ah ! quel joli visage elle avait, mon amoureuse, au temps d’autrefois, et comme gentiment elle le mirait dans l’eau, dans l’eau courante.
Elle a passé, l’eau qui court, prompte comme l’heure, et j’ai toujours cru — ma pauvre amoureuse — qu’au fil de l’eau avait couru notre jeunesse, emportée avec la rose que nos doigts, feuille par feuille, y jetaient, parmi les rires, les beaux rires de vingt ans.