IV

Or, Jean a vieilli, Jean est vieux. Il est assis sur son banc de pierre, à côté de son puits, à côté de son four de potier, sous l’ombre en dentelle de son olivier, devant son enclos vide dont tout le terrain est de bonne argile, mais ne produit plus ni fraises ni roses.

Jean disait autrefois : « Il y a trois choses : les roses, les fraises, les lèvres. » Toutes les trois l’ont délaissé. Les lèvres des jeunes filles et même celles des enfants sont pour lui devenues moqueuses :

— Eh ! père Jean ! tu vis donc comme les cigales ? jamais on ne te voit manger, père Jean ?… Le père Jean vit d’eau fraîche !… Qui devient vieux devient enfant ! Qu’y mettras-tu, dans ton beau vase, si jamais tu le fabriques, vieux fou ? il ne gardera pas même une goutte de l’eau de ton puits ! Va-t’en peindre des cages, vieille bête, et fabriquer des gargoulettes ! Les gargoulettes retiennent l’eau comme une cage retient le vent !

Jean secoue la tête en silence et, à toutes ces railleries, il répond par un bon sourire… Il respecte les bêtes et partage avec des pauvres son pain sec. C’est vrai, qu’il ne mange plus guère, mais il n’en souffre nullement. Il est tout amaigri, mais sa chair n’en est que plus saine. Sous l’arcade de ses sourcils son œil veille, attentif au monde, avec des clartés de source où se mire le jour.