IV
Il y a, sur la place, une fontaine.
Du milieu d’un bassin rond s’élève une colonnette qui porte une vasque d’où l’eau, par quatre becs, tombe, tombe dans l’eau du bassin, sans cesse, avec un bruit gai, mais toujours gai, sans variation, sans changement, gai d’une gaieté sans âme, que rien n’émeut ; si monotone dans sa gaieté qu’on s’attriste à songer que rien ne peut le faire changer, que rien ne peut émouvoir aucune chose, ni le départ des morts qui, sous le drap noir, traversent la place de mon village pour aller au cimetière, ni l’arrivée des nouveau-nés qu’on va baptiser à l’église.
C’est une horloge aussi, la fontaine aux quatre becs ; elle semble indiquer les quatre saisons ; elle désigne le nord, le midi, le couchant et le levant. Elle bruit sans fin, comme bruissent les feuilles, comme les grenouilles et les cigales, comme les chants de l’église, comme le balancier, comme le marteau du père Martin… Pan, pan ! Les souliers s’usent, les hommes marchent. La besogne, qui toujours avance, n’est jamais finie.