III
Les arbres de la place sont verts au printemps et l’été ; en automne, leurs feuilles tombent ; l’hiver, les arbres sont dépouillés. Tac, tac, toute ta vie, Martin, tu tireras l’alène, tu frapperas du marteau ; les souliers s’usent, les hommes marchent. La besogne, qui toujours avance, n’est jamais finie.
En été naissent les cigales ; il y en a par milliers dans les hautes branches des platanes, dans les hautes branches qui doucement remuent, de droite à gauche, toujours.
Sur le tronc des arbres et par terre, l’ombre est criblée de petits ronds lumineux qui bougent, de gauche à droite, du nord au sud, de l’est à l’ouest, selon le vent, toujours, toujours ; et les cigales de l’été bruissent, prolongeant les saccades de leur chant qui, toujours le même, s’élève et descend comme s’il s’éloignait après s’être rapproché. La besogne n’est jamais finie.
L’août s’en va, emportant les cigales. L’eau des collines descend dans la plaine inondée. Les grenouilles par myriades, autour du village, font une clameur soutenue, immense, un tapage si régulier qu’on dort au milieu par habitude, sans plus l’entendre, et que, s’il venait à se taire, on se réveillerait brusquement, cherchant ce qui se passe d’insolite, car on s’accoutume à tout. Voyez le père Martin qui, toute la vie, frappe du marteau et tire l’alène, toujours, toujours.