V

Quand toute la famille était réunie, avant de se mettre à table… oh ! les belles tables de Noël, blanches, étincelantes et si chargées de beaux fruits, de dattes et d’oranges, ornées de laurier vert !… Je dis donc que devant la table mise et tout le monde présent, le plus vieux ou le plus petit de la famille s’avançait vers la cheminée, et là, étendant la main vers la flamme du foyer, il disait : « Sois béni, feu ! Tu nous réchauffes, tu cuis notre pain ! sois béni. Et ne nous fais jamais de mal ! ne deviens jamais l’incendie… Nous t’aimons, feu, et nous te bénissons ! » Après ces paroles, ou d’autres à peu près pareilles, on se mettait à table et on mangeait joyeusement.

Le plus joli de la Noël, c’était que, ce soir-là, et cette bonne habitude du moins dure encore, les familles se réunissaient de très loin. Ceux qui étaient séparés toute l’année se retrouvaient, ce soir-là. On voyait des fils, pauvres, partir deux jours avant la Noël, à pied, à travers les montagnes, pour aller voir leur vieille mère. Et, eux aussi, comme les visiteurs du petit Jésus, ils portaient quelque chose… un poulet… un sac de châtaignes… Ces coutumes vont se perdant. Elles avaient du bon. Elles signifiaient qu’avant tout, je vous dis, nous devons nous aimer les uns les autres, car la vie est courte et souvent triste. En s’aimant, on est presque heureux.