V

Yvonne répondait :

« Jacques ! Jacques ! pourquoi m’as-tu abandonnée ? Tu as bien fait, Jacques, il le fallait… il faut complaire avant tout à ta sainte mère… Mais non, je suis folle… reviens ! donne ta démission… Ne m’écoute pas, mais laisse-moi dire ! Cela me soulage… je vis et je meurs de toi… Si tu t’en vas loin, je mourrai !… Jacques, ne m’abandonne pas ! Tu vois, je pense tout à la fois les choses les plus contradictoires, mais crois-moi, je saurai être raisonnable, sage quand il le faudra… Cela me soulage de tout te dire. A qui cela fait-il du mal ? L’essentiel est que tu sois libre… Et tu es libre, le sens-tu bien ? Oh ! ce baiser ! Ton baiser, Jacques !… il me brûle… Oh Dieu ! quand j’y pense, le feu de la honte brûle mes joues qui pourtant restent pâles, de cette pâleur que tu aimes tant !… je suis passée hier près de l’endroit… t’en souviens-tu bien, Jacques ? près de cette petite hutte de pêcheur où ton Yvonne… Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! crois-tu que Dieu me pardonnera ?… Mais qu’importe, si tu m’aimes, si tu ne m’oublies jamais ! Oh ! Jacques, Jacques, comme j’ai été tienne ! ô mon révélateur divin ! mon ami ! Tâche de te distraire… oublie-moi, cause avec tes camarades… ne reste pas si seul… Pourvu que tu ne me trompes pas, amuse-toi… je serai si heureuse de te savoir content !

« J’ai regardé l’étoile, l’autre nuit ; je la regarderai tous les soirs… J’ai cru sentir sur moi ton regard… Nous étions tous les deux haut, très haut, en plein ciel, près de l’étoile… et c’est là que nous nous sommes rencontrés, dans un baiser céleste… Ton Yvonne. »