VI

A quoi rêve le père Martin, tout en tirant l’alène, tout en frappant du marteau ? C’est une chose étrange : il veut quitter l’échoppe. Il songe à la quitter.

De la place, les passants qui le regardent trouvent l’échoppe jolie, car la porte vitrée, aussi large que la boutique, est encadrée de verdure, et, là-dedans, sous les vitres, au milieu de son cadre de fleurs, le père Martin a l’air d’un portrait vivant, d’un fameux portrait, ma foi ! d’un de ces portraits de maître où le peintre a mis tant d’expression, tant de réalité, qu’on y devine toute la vie du personnage, ses habitudes d’esprit, sa pensée, toute sa vie, toute.

Toujours le même, comme un portrait peint, le père Martin vieillit en tirant l’alène. De temps en temps, à intervalles réguliers, il relève le nez, jette un coup d’œil sur la place où la fontaine coule, où les hommes marchent, où les souliers s’usent. « Bonjour père Martin ! » « Bonjour, bonjour ! » On passe, on s’éloigne… on repassera.