VII
A quoi rêve le père Martin ? A quitter l’échoppe. Il en a assez. Il se sent vieillir. Et c’est précisément parce qu’il a assez, de l’échoppe, qu’il y reste, qu’il n’en bouge pas, qu’on l’y voit au travail si tôt, le matin, et si tard le soir, frappant du marteau ! Martin travaille pour ne plus travailler. Il a ses projets, Martin. Il économise. Pan, pan ! Toute une vie, il besognera, pour avoir, à la fin, quelques jours sans travail, les derniers, jours heureux où il changera de logis ! où il ne dira plus : « Entrez ! entrez, nous allons voir ça ! » ou bien : « C’est six francs sans marchander ! » ou bien : « Bonjour, bonjour ! » à tous les rouliers qui passent ! Alors, il aura un jardin, un jardin à lui, qu’il arrosera, qu’il bêchera, devant une maisonnette à lui, qu’il fera bâtir. Il a choisi déjà, dans sa pensée, l’emplacement de sa maisonnette ; elle sera à l’un des bouts du village, un peu loin de la grand’route où les hommes marchent, où les souliers s’usent. Il en a assez, le père Martin, de tirer l’alène et de frapper du marteau.