XIII
La maison neuve n’est plus à lui. La moitié de l’argent empilé dans les bottes a payé l’incendie, qui a été grave. Pourtant l’échoppe n’a pas souffert. La verdure, depuis ce jour (qui fut il y a deux ans), a repoussé ; et l’horloge, au fond de l’échoppe, fait tac, tac, comme si rien ne s’était passé.
Sur la place, les arbres tour à tour sont verts ou jaunissants ou tout dépouillés. La fontaine aux quatre becs coule, coule, coule avec son bruit gai, d’une gaieté triste parce qu’elle n’a point d’âme, et qu’elle laisse indifféremment passer les morts et les nouveaux-nés. Enterrements, mariages, baptêmes, sur la place de l’église de mon village, cela se voit tous les jours. Le chœur des grenouilles fait la nuit un grand tapage qui ne déplaît pas à ceux qui ont coutume de l’entendre, lesquels se réveilleraient brusquement, si ce bruit venait à se taire. En été, les cigales saccadées bruissent dans les hautes branches des platanes remués, sous lesquels l’ombre est criblée de ronds lumineux qui eux aussi s’agitent selon le vent, comme nos âmes qui toujours vont de l’espérance à la crainte, toujours ! Tac, tac, pan, pan ! le temps coule, le marteau frappe ; les hommes marchent, les souliers s’usent… « Bonjour ! bonjour ! père Martin !… »