XV

Jacques Kardec aida l’amiral à faire les honneurs de la soirée aux Espagnols.

— Est-il heureux, ce Kardec ! De la graine d’amiral, celui-là !…

— Ça n’est pas un débrouillard, lui !

— Non, mais il a de la chance.

— Quel bon et brave officier !

On dansait, le bal tourbillonnait. Kardec, — descendu un moment, pour être bien seul, dans l’entrepont où étaient couchés les hommes, dont les hamacs, alignés à perte de vue dans l’ombre, vibraient sur leurs cordes aux secousses de la danse, — lisait, à la lueur d’un fanal que lui tenait un matelot, ce petit billet plié soigneusement, — qu’il ne se rappelait pas avoir laissé tomber… Il venait de s’en inquiéter tout d’un coup. L’ayant lu, il le replia avec lenteur, et le mit sur sa poitrine dans la poche intérieure de son habit qu’il reboutonna réglementairement.

Cela fait, Kardec pâlit tout à coup ; il étendit les deux bras et s’accrocha des deux mains aux épaules de l’homme qui tenait la lanterne. Elle vacilla. Il sembla à Kardec que le bateau, après un coup de tangage épouvantable, s’enfonçait brusquement dans la mer ouverte sous lui, à l’infini…

— Cap’taine ! cria l’homme. Cap’taine !

— Eh bien ! quoi ? répondit Kardec d’un air affreusement tranquille.

Il demanda à l’homme si rien n’était dérangé dans sa toilette et remonta sur le pont.