II
Une coquette.
«L’arbre et le rocher ne sont pas souvent en guerre;—ils se dressent côte à côte, et sans se faire tort:—ils sont frères; tous deux sont les fils de la terre.—Le rocher sert de tuteur à l’arbre, et, quand il est fort,—l’arbre jusqu’à la mort prête son ombre au rocher.
«J’ai découvert, et pas plus tard que cette année,—dans une châtaigneraie (je vous dirai même l’endroit;—c’est près de Calvinet), un roc lisse et rond,—qu’un vieux châtaignier dans son écorce vermoulue—tient serré contre lui, comme en une étroite accolade.
«L’arbre est décapité et creux; il n’a qu’une grosse branche—qui se tord comme un bras autour de la pierre;—son écorce y adhère, et de telle façon—que ce rocher, diriez-vous, est le fils de la souche.
«Mais tout cela, c’est de la pacotille:—un rocher, qui de toute manière mérite grand renom,—c’est celui de Carlat et vous ne me démentirez pas.—A plus de deux cents pieds son large front se dresse, et sur lui ont sifflé des boulets de canon.
Saint-Privat-d’Allier.
«Et plus d’un l’a marqué de son ricochet;—car de traces autres que celle-là il n’en conserve aucune:—la couronne de tours qu’il portait sur la tête—a chu à ses pieds, par l’homme démolie,—mais ni la foudre ni le canon ne l’ont meurtri.
«Il a porté sans fléchir tout le poids d’une ville;—il s’y est dit plus d’un conte et plus d’un chant,—car la reine Margot y a été emprisonnée,—et dans les temps anciens, temps de guerre civile,—des quantités de soldats y tenaient garnison.
«Pour pouvoir de loin dominer la bataille,—à ses quatre angles il haussait quatre tours,—qui lui servaient de gardes et de dames d’honneur,—même il ne faisait pas bon les pincer à la taille,—car elles avaient le corset tout en pierre dure,—et plus d’un vert galant, amoureux de leur peau,—laissa ses ongles à leur rude boborel!
«L’une, au nord, faisait face à la grande montagne;—au ponant, la seconde avait l’œil sur Aurillac;—celle du levant menaçait Raulhac,—et celle du midi par delà la campagne—sauvage du Rouergue, regardait l’Espagne.
«Mais le temps, qui a pour lui hier, aujourd’hui, demain,—et l’homme, qui ne va pas doucement quand il abat,—l’un avec son canon et l’autre avec sa faux,—ont laissé ce roc pelé comme la main,—et fauché les tours comme des brins de paille.
«Seul le roc n’a pas peur de l’homme ni du temps,—et toujours, sans fléchir, il fait face aux quatre vents.