ANNÉE 1618.
Le journal d'Héroard devient plus concis.—[Intimité croissante avec M. de Luynes].—[Le Roi visite Madrid, et y va loger].—[Congé donné aux Notables mandés de Rouen].—[Soupers chez M. de Luynes; remarques d'Héroard].—[Ballets].—[Incendie au palais de Justice].—[Mort de la duchesse de Nevers].—[Uniformité de la vie du Roi].—[Plaintes des ducs et pairs contre le garde des sceaux].—[Le Roi donne la barette à M. de Gondi].—[Il va à Grosbois chez le comte d'Auvergne].—[M. de la Rochefoucauld nommé grand aumônier].—[Le Roi à Soissons].—[A Coucy].—[Le cardinal de Savoie].
Le 3 janvier, mercredi.—Il va en carrosse à la garenne, où il vole et court des lièvres avec ses lévriers, revient à cinq heures, par les terrasses, chez la Reine, où il a goûté d'un gâteau au beurre fait par Mme Bélier.
Le 4, jeudi.—A sept heures, éveillé par Beringhen, fort gai, il va à l'assemblée à Joyenval, y dîne. Courant le cerf, il rencontre un petit porte-panier, lui fait déployer toute sa marchandise, et l'achète, laissant le marchand bien joyeux, qui pensoit que ce fussent des voleurs; il fut bien aise de lui avoir fait cette peine. A onze heures il va au laissez-courre; il avoit fort gelé; courant, il en voit qui tremblent, ne court plus, s'en revient et va chez la Reine, se couche à sept heures trois quarts.
Le 6, samedi.—Soupé en la chambre de M. de Luynes, il va après à la comédie françoise.
Le 10, mercredi.—Il va chez la Reine, puis à la chambre de M. de Luynes, qui devoit donner la collation de confitures, va à la cuisine, où se proposoit de souper M. de Luynes, et demande à souper au cuisinier, se fait porter un couvert, et a soupé.
Janv
1618
Le 11, jeudi.—Il donne audience à l'ambassadeur de Savoie, va chez la Reine et chez Mme de Conty qui donnoit la collation, où il n'a rien mangé.
Le 18, jeudi.—Hors la ville, par la Porte neuve, il va à pied jusques à Chaillot, faisant mener son petit canon par ses petits suisses. M. de Castille lui donne des petits canons de fer, faits en Suisse, et la collation. Il va chez la Reine, soupe, retourne chez la Reine, chez M. de Luynes; revient à neuf heures et demie.
Le 19, vendredi.—Il va à Madrid, visite tout le logement du château, le fait lui-même marquer pour y aller loger, revient chez la Reine; le soir encore chez la Reine et chez M. de Luynes.
Le 23, mardi.—Il va chez la Reine, au conseil, dîne, donne audience à l'ambassadeur de Venise, puis entre en carrosse et va à Madrid pour y loger; ce fut la première fois.
Le 25, jeudi.—Il prend un émérillon sur le poing et va à pied dans le bois, vers la Muette, revient tout à l'entour de la muraille du parc, va chez la Reine; va après à la chasse vers la plaine de Saint-Denis.
Le 26, vendredi.—Après avoir été au conseil, il va se promener et faire travailler à un fort qu'il fait faire près de la porte, à l'avenue du pont de Neuilly.
Le 28, dimanche.—Il chasse jusque par delà du pont de Saint-Cloud; il étoit à cheval; il faisoit un extrême froid. Il l'avoue contre sa coutume, et demande à se chauffer; il va chez la Reine, puis chez M. de Luynes, où il a soupé; revient à huit heures.
Le 29, lundi.—Il va travailler à son fort, revient pour le conseil où il donne congé aux notables qu'il avoit mandés pour l'assemblée tenue à Rouen; puis retourne travailler à son fort, va lui-même querir et conduire des gazons; il faisoit grand froid.
Le 31, mercredi.—Après son dîner, il va travailler à son fort, à deux heures revient au conseil; à trois Janv
1618 s'en va vers Longchamp à la volerie, revient à quatre heures, travaille encore à son fort, puis va chez la Reine, où il mange quelques beignets qui se y faisoient.
Le 2 février, vendredi.—Il va à confesse au père Arnoux[283], à la messe à la chapelle de la Tour, où il communie, et, dans la grande galerie, touche cent six malades; va au sermon et aux vêpres à Saint-Séverin, puis chez la Reine.
Le 4, dimanche.—Il va chez la Reine, puis va souper chez M. de Luynes et les princes et autres seigneurs avec lui, revient à neuf heures.
Le 11, dimanche.—Soupé chez M. de Luynes; confusion[284].
Le 12, lundi.—Il va chez la Reine, chez M. de Luynes, y recorde son ballet.
Le 15, jeudi.—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes qui soupoit, y recorde son ballet, revient à minuit.
Le 18, dimanche.—Soupé chez M. de Luynes; un peu de confusion.
Le 20, mardi.—Il va chez la Reine et chez M. de Luynes, où il recorde son ballet à neuf heures trois quarts; il revient en la salle, où il voit danser un ballet fait par M. de Nemours; revient à une heure et demie.
Le 22, jeudi.—Soupé chez M. de Luynes et dansé son ballet.
Le 25, dimanche.—Il monte dans la chambre de M. de Luynes, où Mme de Luynes donna à souper à la Reine, laquelle à minuit y dansa son ballet. A deux heures après minuit le Roi s'en revient.
Fév
1618
Le 27, mardi.—Le soir chez la Reine et chez M. de Luynes, où il danse encore un petit ballet, appris en trois jours.
Le 28, mercredi.—Il va chez la Reine, au sermon du P. Arnoux en la grande salle; amusé ensuite diversement jusques à six heures; il retourne chez la Reine après son souper jusques à huit heures et demie.
Le 2 mars, vendredi.—Il donne audience aux ambassadeurs de Mantoue et de Savoie.
Le 7, mercredi.—Éveillé à cinq heures et demie par M. Beringhen, son premier valet de chambre, pour bailler les clefs des reliques qui sont à la Sainte-Chapelle, de peur du feu qui s'étoit mis au Palais, et brûlé toute la grande salle. Il commença à deux heures après minuit par le logis du prévôt de l'île[285]. Levé en robe, il va en la galerie pour voir le feu; remis au lit à six heures. Dans la journée, il va en carrosse à l'Arsenal.
Le 13, mardi.—Il va chez M. de Mayenne le visiter sur la mort de Mme de Nevers, sa sœur, s'étant vêtu de deuil noir pour le gratifier.
Le 22, jeudi.—Il entre en carrosse, va à la chasse vers les plaines de Saint-Cloud, par la pluie, la grêle et le tonnerre et éclairs; il entre dans une ferme, où quelques-uns s'étoient retirés, qui mangeoient du pain bis et du beurre salé de la fermière. Il revient ses bottes pleines d'eau, qu'il fallut fendre pour le débotter, va après chez la Reine.
Le 30, vendredi.—Il va en la cour, où il voit un présent de la reine d'Angleterre: c'étoient six chevaux et une meute de quarante chiens. Il va après chez la Reine et au conseil; le soir encore chez la Reine[286].
Avr
1618
Le 22, dimanche.—Il va en la galerie, où il fait faire les exercices lui-même à ses petits suisses; à quatre heures trois quarts il revient en la ruelle de son lit, reçoit la plainte de certains ducs sur leur préséance avec M. le garde des sceaux, et la plainte particulière de M. d'Épernon contre le garde des sceaux[287].
Le 24, mardi.—Il va chez la Reine, où, dans le cabinet, il entend un évêque grec célébrant la messe à la grecque. Il va ensuite au jeu de paume, revient au conseil, puis dîne, va après chez la Reine, puis aux Tuileries par la galerie. A quatre heures il retourne au conseil, soupe à sept heures, après va paître ses émérillons, et revient se coucher à neuf heures.
Le 25, mercredi.—Il va chez la Reine, et à une heure entre en carrosse, et part de Paris. Il va à Vanves, loge en la maison de M. Prévost, seigneur de Saint-Germain[288], soupe et couche à Vanves.
Le 10 mai, jeudi.—Dans la forêt de Saint-Germain il court le cerf, le prend à quatre heures et demie, et se trouvant seul, accompagné seulement de M. du Hallier-Vitry[289], capitaine de ses gardes du corps, et du baron de Palluau, son premier maître d'hôtel, il dit: Puisque je suis seul à la mort du cerf, c'est à moi à aller querir une charrette pour le porter. Il pique, et s'en va vers le bourg, en arrête une et la ramène, fait donner la curée en la cour; il va chez la Reine avant son souper.
Mai
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Le 20, dimanche.—Il va en carrosse à Notre-Dame pour donner le bonnet de cardinal à M. Henri de Gondi, évêque de Paris[290].
Le 1er juin, vendredi.—Il va à l'assemblée à Herbelay; il est mouillé et, à la chapelle de la terrasse, se trouve pris de foiblesse.
Le 3, dimanche.—Il va à la chapelle de la terrasse, a froid, se fait faire du feu, et touche pourtant treize cent dix malades en l'allée du palemail.
Le 11, lundi.—A une heure il donne audience au colonel Stechimbourg, colonel de la cavalerie légère de Hollande, venant de la part du comte Maurice, prince d'Orange.
Le 18, lundi.—Il part de Paris et va à Gros-Bois, où M. le comte d'Auvergne lui a fait donner à dîner.
Le 30, samedi.—Il va jouer en son antichambre au billard; à onze heures va à l'étang; il faisoit grand chaud. M. le duc d'Uzès vient à lui de la part de la Reine; il entre en la boue pour le faire aller à lui, et le fit[291].
Le 1er juillet, dimanche.—Il va à onze heures trois quarts au devant de la Reine, qui vient dîner ici; à cinq heures la Reine s'en retourne à Paris. Il soupe chez M. de Luynes[292].
Le 6 août, mercredi.—Il se baigne dans la rivière à Asnières, et soupe à la Planquette.
Le 8 septembre, samedi.—A une heure dîné, où M. le cardinal de la Rochefoucauld dit le Benedicite comme grand aumônier, dont, le matin du jour précédent, il avoit prêté le serment.
Le 10, lundi.—Il donne l'ordre du Saint-Esprit à Sept
1618 M. de la Rochefoucauld, qu'il avoit fait grand aumônier[293].
Le 15, samedi.—Il dîne à Monceaux; la Reine y arrive pour la première fois.
Le 25, mardi.—Il va à Villers-Cotterets pour la première fois avec le cardinal de Retz.
Le 28, vendredi.—Il va à la messe aux Chartreux à Bourg-Fontaine, a visité toute la maison et le lieu, y a dîné.
Le 1er octobre, lundi.—Il arrive à Soissons pour la première fois, va à l'église Notre-Dame, revient au château, où il a logé, va de là visiter les retranchements faits durant le siége; à six heures il va souper au logis de M. de Luynes.
Le 4, jeudi.—Il quitte Soissons, dîne à Chavignan et soupe à Laon pour la première fois, va à l'église et se promener.
Le 5, vendredi.—M. de Luynes me dit que le Roi lui avoit dit le soir avant que de s'endormir que depuis quelques jours en se couchant, ou aussitôt qu'il étoit couché, il avoit froid.
Le 6, samedi.—Il part de Coucy, en chemin mange du raisin en un village où l'on faisoit la vendange, et a tâté un peu du vin doux[294].
Le 10, mercredi.—Il va en l'église, où il eut un peu de foiblesse, blêmit, sua à la figure, revient, chauffé, blême[295].
Le 18, jeudi.—Il arrive à Paris[296].
Le 6 novembre, mardi.—Le cardinal de Savoie arrive peu accompagné, venant pour remercier le Roi Nov
1618 pour le secours qu'il avoit reçu pour les événements de Verceil[297].
Le 7 novembre, mercredi.—Il donne audience au duc de Montéléon, qui prend congé pour s'en retourner en Espagne; va chez la Reine, à deux heures, en sa chambre, donne audience au cardinal de Savoie[298].
Le 15, jeudi.—Il va à l'assemblée à Forqueil, y mène le cardinal de Savoie, qui a dîné et couru avec lui.
Le 29, jeudi.—Il va par la galerie aux Tuileries, où il s'informe, d'un archer des gardes du corps, de la comète qui avoit été vue le matin avec une longue queue.
Le 21 décembre, vendredi.—Il va aux Feuillants, où il se fait un grand concert de musique.
Le 29, samedi.—Il va à la volerie vers Massy, fait volerie plénière, y mène M. de Vaudemont[299] et le cardinal de Savoie, revient chez la Reine, soupe, monte chez M. de Luynes, où il voit jouer une comédie françoise.