ANNÉE 1622.

[Départ de Libourne en chassant].—[Barbezieux].—[Festin du Roi chez M. de Schomberg].—[Poitiers].—[Tours].—[Amboise].—[On y charge avec des boules de neige les magistrats].—[Réception des cours de Paris à Bourg-la-Reine].—[Entrée à Paris].—[Saint-Germain].—[Ballet].—[La Reine fait une fausse-couche].—[Fiançailles du comte d'Alais].—[Départ pour le Languedoc].—[Le jeudi saint à Orléans].—[Querelle du maréchal de Vitry et du duc de Luxembourg].—[Blois].—[Nantes].—[Le Roi dit du mal de M. de Luynes].—[Combat de l'île de Rié].—[Niort].—[Saint-Jean-d'Angély].—[Le Roi affecte de ne pas vouloir en regarder les ruines].—[Réception des envoyés suisses].—[Siége et prise de Royan].—[Reddition de Sainte-Foy la Grande].—[M. de Caumont la Force traite et est fait maréchal].—[Agen].—[Le Roi passe devant Montauban avec son armée en bataille].—[Assaut et prise de Négrepelisse].—[Rendez-vous de l'armée à Campadour].—[Siége de Saint-Antonin].—[Une balle effleure le Roi].—[Le duc de Retz blessé près du Roi].—[Combat du Roi et du prince de Joinville à coups de prunes].—[Arrivée à Toulouse].—[Pose de la première pierre de l'église des Carmélites].—[Réception à Castelnaudary].—[Carcassonne].—[Narbonne].—[Le Roi visite quatre frégates dans le port].—[A la réception officielle, le cheval du Roi se cabre].—[Le Roi communie].—[Béziers].—[Pézenas].—[Lunel].—[Aigues-Mortes].—[Le Roi rejoint l'armée à Castelnau].—[Le duc de Lesdiguières vient prêter serment].—[Commencement du siége de Montpellier].—[M. de Caumartin nommé garde des sceaux].—[M. d'Ocquerre, secrétaire d'État].—[M. de Bassompierre maréchal].—[Mot du Roi].—[Congé du prince de Condé; sa conversation avec le Roi].—[Reddition de Montpellier].—[Départ].—[Arles].—[Réception brillante].—[Course de taureaux].—[La Sainte-Baume].—[Marseille].—[La pêche du thon].—[Notre-Dame de la Garde].—[Beaucaire].—[Assemblée des États].—[Avignon].—[Le duc de Savoie].—[Grenoble].—[Dîner au château du connétable].—[Vienne].—[Lyon; le Roi y trouve les deux Reines].—[Le Roi donne le chapeau à M. de Richelieu].—Fiançailles de Mlle de Verneuil avec le fils du duc d'Épernon.—[Le Roi reçoit sa sœur la princesse de Piémont].—[Roanne].—[Nevers].

Le 3 janvier, lundi.—Il part à pied de Libourne à cause du froid, et un peu après monte à cheval, et par Janv
1622 un pont de bateaux sur la rivière d'Isle, arrive à Guitre, s'amusant à chasser en chemin. A quatre heures il entre au conseil; le conseil tenu, il s'amuse à jouer aux cartes, au hère, avec aucuns de son conseil et autres.

Le 5, mercredi.—Il arrive à quatre heures et demie à Barbezieux; va au conseil, et à six heures et demie a soupé chez M. le comte de Schomberg, qui donnoit le festin de la veille des Rois.

Le 6, jeudi.—Il arrive à Châteauneuf sur Charente; M. le prince de Condé lui va au-devant. A trois heures au conseil.

Le 10, lundi.—En se couchant il s'amuse à faire de la musique et fait chanter M. le Prince.

Le 13, vendredi.—Arrivé à Poitiers, il s'amuse à ses oiseaux; va au conseil, s'amuse à jouer jusques à six heures.

Le 18, mardi.—Il faisoit un temps serein, mais extrêmement froid; en route il met plusieurs fois pied à terre, arrive à Tours à deux heures, va au conseil à trois.

Le 19, mercredi.—Il part de Tours et fait une grande partie du chemin à pied, arrive à une heure à Amboise. Les magistrats de robe longue le viennent saluer; il avoit neigé; incontinent après les harangues, sur leur retraite, on leur fait une charge de pelotes de neige sur leurs robes et leurs bonnets carrés.—Il soupe au festin donné dans le château par M. le duc de Chaulnes, lieutenant du Roi, au château[377].

Le 20, jeudi.—Il faisoit grand froid; il part d'Amboise à cheval, et à un quart de lieue il entre en carrosse. Il arrive à Blois à une heure, voit M. Truchon, l'un de ses apothicaires, demeurant à Blois, lui demande: Truchon, me voulez-vous nourrir, j'ai grand faim; son gobelet n'étoit pas arrivé.

Janv
1622

Le 24, lundi.—Il arrive à une heure à Orléans, où arrive de Paris M. le comte de Soissons qu'il accueillit fort gracieusement. Il va au conseil.

Le 28, vendredi.—Dînant à Bourg-la-Reine, il reçoit les compagnies qui venoient de Paris; part de Bourg-la-Reine à deux heures, voit sept mille quatre cents hommes, habitants de Paris, postés en armes devant lui et à cheval, entre à Paris, revenant de Montauban, va à Notre-Dame, revient à six heures au Louvre, soupe, prie Dieu, va chez la Reine, à onze heures s'endort.

Le 29, samedi.—Il va à la messe, puis chez la Reine sa mère. Le soir à la salle d'en haut, à la comédie italienne.

Le 4 février, vendredi.—Il part de Paris pour aller à Saint-Germain-en-Laye, loge chez M. de Frontenac, capitaine du château; logé en la basse-cour.

Le 5, samedi.—Il part de Saint-Germain, va à Pontoise, où il s'amuse à faire et à manger des beignets; soupant à Cormeille, soudain il va au gobelet, où il fait faire des petits choux au lait; bu six coups de vin clairet fort trempé, à la santé des princes qui étoient là: MM. les princes de Condé, de Vendôme, son frère le grand prieur. Il revient dans sa chambre, où il danse aux chansons.

Le 6, dimanche.—Il va au logis de M. de Vendôme, où il a déjeûné; va à la messe, monte à cheval, part de Cormeille et va à Saint-Denis; va à la cuisine, dresse les plats, emporte le premier, les princes de même, dresse sur table, puis dîne, arrive à Paris à deux heures. Il va chez la Reine; soupe à six heures et demie, puis va en son cabinet à la comédie italienne, puis au bal, et revient à minuit.

Le 7, lundi.—Il va en haut à la comédie italienne, y voit un grand ballet venu de la ville, à onze heures revient se mettre au lit; puis relevé peu après, il va chez la Reine.

Fév
1622

Le 10, jeudi.—Il va à la volerie vers Grenelle. La terre étoit fort molle, à cause du dégel et des pluies; son cheval tombe et lui de tout son long, il ne se fait aucun mal. Il revient chez la Reine sa mère.

Le 23, mardi.—Il va le soir chez la Reine.

Le 25, vendredi.—Il entre en carrosse pour aller passer son temps, part de Paris, arrive à Villemenon, aussitôt va à la cuisine, fait dresser la viande, la met sur table, s'assied avec la compagnie: M. le prince de Condé, M. de Vendôme, M. le grand prieur, son frère, M. le Grand, M. de Courtenvaux, M. de Blainville, premiers gentilhommes de la chambre.

Le 13 mars, dimanche.—Il va à l'assemblée à Meulan, où il a dîné au festin fait par Desplans, gouverneur; retourne à Saint-Germain.

Le 14, lundi.—Il revient à Paris, va chez la Reine, et lui donne M. de Beauclerc pour secrétaire[378].

Le 16, mercredi.—Il va chez la Reine, à ses oiseaux, au conseil. Sur les trois heures après midi la Reine accouche d'un embryon de quarante ou quarante-deux jours; il va chez elle à six heures trois quarts[379].

Mars
1622

Le 17, jeudi.—Il va chez la Reine, à midi monte à cheval, va à la volerie vers les plaines du Roule et de Montmartre, revient à cinq heures chez la Reine sa mère, à sept heures va en sa chambre, où il fait les fiançailles du fils de M. le duc d'Angoulême, le comte d'Alès, et de la fille de M. le maréchal de la Châtre[380]. Le soir il va à la comédie italienne.

Le 20, dimanche.—Il part pour son grand voyage, secrètement, à cheval, tandis que tout le monde l'attendoit au Louvre pour le voir passer.

Le 24, jeudi, à Orléans.—Il va aux Récollets, où il lave les pieds aux enfants, va en sa chambre. Querelle de M. le maréchal de Vitry et de M. de Luxembourg dans la chambre du Roi. A trois heures il entre en carrosse, va gagner les pardons.

Le 26, dimanche.—Il va délivrer les prisonniers.

Le 27, lundi.—Il part d'Orléans, entre en bateau, encore qu'il fît grand vent et contraire, ne craint pas, déjeûne dans le bateau, met pied à terre à Beaugency.

Le 31, jeudi.—Il arrive à Blois, chez la Reine sa mère.

Le 5 avril, mardi.—Il part de Blois, s'embarque pour Nantes avec M. de Soubise, arrive à quatre heures à Tours. Logé près de Saint-Julien, il va chez M. de Souvré, où il a soupé.

Avr
1622

Le 7, jeudi.—Il va à l'abbaye de Saint-Florent où il a goûté. M. l'évêque de Cominges[381], qui en étoit abbé, lui a donné la collation.

Le 9, samedi.—Il arrive à Ancenis, maison de M. de Vendôme, qui donna le festin fort magnifique.

Le 10, dimanche.—Reçu à Chassay près Ancenis, par la maison de l'évêque; étant au lit, il y parle de M. le connétable. Il en contoit bien des choses qu'il lui demandoit, et entre autres qu'il lui dit qu'il lui falloit donner 4,000,000 d'or; qu'il n'avoit jamais vu tant de parents.

Le 13, mercredi.—Il va au conseil, sur le rapport, fait par M. le Prince, que M. de Soubise avec toute son armée étoit entré dans l'île de Riez.

Le 14, jeudi.—Il part de Legeay, voit son régiment des Suisses, ne laisse pas de chasser à la harquebuse; à onze heures n'ayant rien à dîner, il mange du pain qu'il fait acheter des Suisses et un peu de fromage dont il n'avoit jamais mangé, arrive à Chalan, où il dîne.

Le 15, vendredi, à la Chaussée.—M. le prince de Condé lui envoie demander des secours; il quitte son dîner, et dit: Je y veux aller!—Il monte à cheval; va à deux lieues de chemin, couche dans une petite masure, tout vêtu, sur de la paille, sa robe dessus, son manteau dessous, y dort deux heures par sommes entrecoupés, par soin de se lever pour aller à la guerre[382].

Avr
1622

Le 16, samedi.—Il se lève à minuit; se fait amener le cheval que lui a donné M. du Hallier. En la bataille, M. le prince de Condé et le comte de Soissons à l'avant-garde, M. de Vendôme à l'arrière-garde. Il marche une lieue ou deux en bataille, entre dans une île sans qu'il y eût de gens de guerre. A quatre heures du matin il se trouve à Saint-Gilles-en-Rié, où le prince de Soubise se sauvoit avec toute son armée en désordre. Je remets le demeurant à l'histoire. Ce fut un coup du ciel d'avoir préservé le Roi engagé dans l'île, et d'avoir eu la victoire sans un seul blessé ou fort peu; il y fut tué plus de trois mille hommes; canons, drapeaux et bagages perdus. A onze heures et demie à Saint-Gilles, ce fut la plus grande route, dîner[383]. Il va le soir à Aspremont, se débotte à huit heures, fut vingt heures sans se coucher et dix-huit à cheval.

Le 20, mercredi, à la Roche-sur-Yon.—M. Leclerc, intendant des finances, lui donne à goûter.

Le 24, dimanche.—Il va à Niort pour la deuxième fois, va au château, où il a dîné au festin donné par M. de Parabère, gouverneur de la ville[384].

Le 26, mardi.—Il voit passer le régiment de Navarre, commandé par le baron de Palluau, puis va au conseil.

Le 28, jeudi.—Il part de Chizay, volant par le chemin, arrive à trois heures à cheval à Saint-Jean-d'Angély. En entrant il baissa son chapeau et détourna sa vue des ruines des murailles, entièrement rasées. Aussitôt Avr
1622 qu'il fut entré, il haussa son chapeau et regardoit librement partout.

Le 1er mai, dimanche, à Saintes.—Il va à vêpres, et à trois heures et demie donne audience aux Suisses de Berne et de Zurich.

Le 7, samedi.—A cinq heures du matin, il monte à cheval et va avec M. du Hallier, capitaine des gardes, et deux écuyers, aux tranchées, où il fut tiré un coup de pièce qui tomba à six pas de lui. Il donne cent écus aux soldats de ses gardes qui entroient aux tranchées[385].

Le 9, lundi.—Il va à trois heures et demie au camp, voir une attaque qui se devoit faire d'un bastion, qui fut rude et dura plus de deux heures.

Le 11, mercredi.—Il monte à cheval, va au camp, à la tranchée du régiment des gardes; il donne la composition à ceux de Royan[386]; revient à la messe sous la Mai
1622 tente. Après son dîner, il va au camp pour faire accomplir la composition, revient au conseil.

Le 12, jeudi.—Il va au logis de M. de Schomberg, où il a soupé.

Le 25, mercredi.—Il arrive à quatre heures à Sainte-Foy-la-Grande, qui se remet en son obéissance[387].

Le 26, jeudi, à Sainte-Foy.—Il va à confesse au P. Séguin, à la messe et à la procession à la Fête-Dieu.

Le 31, mardi.—Il part d'Aiguillon et arrive au Port-Sainte-Marie.

Le 2 juin, jeudi.—Il va à Agen pour la deuxième fois, va à l'évêché, où M. l'évêque[388] lui donne à souper.

Le 8, mercredi.—A neuf heures il monte à cheval, part de Villemande, ayant fait mettre en marche son armée en bataille. Passant près de Montauban, il a dîné à onze heures à Albias, dans un champ labouré, au grand soleil. Il remonte après à cheval, va voir les attaques qui se faisoient à Négrepelisse, qui avoit refusé les portes[389].

Le 10, vendredi.—Il va à la fenêtre, d'où il voit l'assaut qui se donnoit à Négrepelisse, qui fut prise; tout tué et le lendemain brûlé.

Le 12, dimanche.—Il va à la messe en la rue, sous le portique de son logis; monte à cheval. A sept heures il part de las Gardies, village, passe la rivière de l'Aveyron et arrive à Montricous; va au conseil.

Juin
1622

Le 13, lundi.—Il arrive à la plaine de Campadour, qu'il avoit donnée pour rendez-vous à l'armée, y dîne sous des pruniers. A midi il monte à cheval, et va voir faire un logement au siége de Saint-Antonin[390]. Il y fut tiré un coup de piste, portant balle de plomb de la grosseur d'un œuf, qui passa droit et au-dessus de lui. Il arrive à trois heures aux Granges, et y a soupé, en un très-méchant logis.

Le 16, jeudi.—Il va au camp à dix heures, au-dessus d'une batterie où il y avoit deux coulevrines, en pointe par deux fois, tire sur des paysans qui remparoient; à la deuxième fois il en tue deux.

Le 17, vendredi.—Il s'endort à onze heures, entretenu de bons discours par M. le prince de Joinville et M. de Bassompierre; endormi jusqu'à neuf heures après minuit.

Le 19, dimanche.—A une heure il monte à cheval, va au camp, où il vit faire une attaque à une corne, qui fut virilement soutenue et repoussée par les femmes, à coups de hallebarde. M. le duc de Retz fut blessé près du Roi, d'une mousquetade à travers du genou, la balle demeurant dedans. Il s'en va au conseil, s'en revient fort fâché.

Le 24, vendredi.—Il dîne chez M. de Schomberg, puis voit sortir la garnison de Saint-Antonin, qui se rend à composition.

Le 25, samedi.—Il arrive à Castelnau de Montmirail, fait un combat contre le prince de Joinville avec des prunes nouvelles prises aux arbres, non encore mûres[391].

Juin
1622

Le 27, lundi.—Il arrive à Toulouse à dix heures, pour la deuxième fois, y dîne, va au conseil, reçoit les députés de la cour de Parlement et les autres corps des compagnies.

Le 3 juillet, dimanche.—Il entre en carrosse à dix heures, va à la messe aux Carmélites, et y met la première pierre à leur église, va ensuite en sa chambre, au conseil, et à quatre heures regarde passer les processions des pénitents bleus, entre lesquels étoit M. le Prince. A sept heures trois quarts il va chez M. le prince de Joinville, qui faisoit bâtir, et y a soupé.

Le 4, lundi.—Éveillé à trois heures et demie après minuit, il se plaint, criant et me disant avoir eu froid étant couché dans le lit, et fort peu dormi, les yeux chauds et la tête pesante. Levé, blême, il se sent foible et lassé; vêtu, botté, prié Dieu, déjeuné à quatre heures. Il part de Toulouse et arrive à dix heures et demie à Villefranche de Lauraguais; à onze heures et demie il se plaint encore des mêmes choses qu'il avoit fait ici dessus; dîne pourtant. Il va après en sa chambre, en son cabinet; son lit n'étoit pas venu, il se met tout vêtu sur une paillasse qu'on lui avoit apprêtée de paille fraîche. A une heure dévêtu, mis au lit, pouls plein, égal, un peu hâté, chaleur aux yeux, douleurs aux tempes et au chignon du col, chaleur âcre; il clignotoit, altéré. A deux heures il s'endort jusques à quatre et demie, se trouve mieux; levé assez gai, soupé en son cabinet.

Le 5, mardi.—Il arrive à Castelnaudary, après avoir entendu les harangues des magistrats au faubourg. Entrée à onze heures.

Le 14, jeudi.—Il arrive à Carcassonne, reçoit les harangues, y entre pour la première fois, va à l'église, puis au conseil[392].

Juil
1622

Le 17, dimanche.—Il entre à Narbonne pour la première fois; harangue hors la ville. Le sieur d'Effiat[393], écuyer cavalcadour de la grande écurie, portoit devant lui l'épée royale. Étant à cheval sous la porte, ayant la croupière trop serrée et étant piqué, il saute les quatre pieds en l'air; le Roi, surpris, est jeté sur le col, se remet si dextrement qu'à peine il y apparut, et ne parut rien à sa contenance. Il va à pied au port, voir les quatre frégates que M. de Guise avoit emmenées, puis monte à cheval et fait tout le tour de la ville pour voir les fortifications.

Le 18, lundi, à Béziers.—Il s'amuse à jouer aux cartes avec les sieurs de Montmorency, marquis de Portes, comte de Carmain[394], de Bassompierre et de Toiras[395] jusques à neuf heures et demie.

Le 24, dimanche.—Confessé, il va à la messe aux Jésuites; il se y faisoit une cérémonie pour la canonisation du père Ignace, et y a communié. Après son dîner il retourne au sermon aux Jésuites.

Le 25, lundi.—Il va en sa chambre, s'amuse à peindre au crayon, ne laisse pas d'entendre ses affaires par M. de Puisieux, secrétaire d'État.

Le 11 août, jeudi.—Il part de Béziers, va à Pézenas pour la première fois, va à la Grange, se y fait mouiller aux grottes; va à la chasse voler les perdreaux, revient souper.

Le 15, lundi.—Il part de Frontignan, va à Lunel.

Le 17, mercredi.—Il va à Semières, où il reçoit la ville, et fait sortir environ douze cents hommes de guerre; à Août
1622 neuf heures et demie M. le Prince lui a donné à dîner.

Le 19, vendredi, à Lunel.—A quatre heures il va hors la ville voir le régiment des gens de pied du fils de M. le Prince, qui venoit de Berry.

Le 21, dimanche.—Confessé par le père Séguiran, il va à la messe au Temple, y entend le sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier.

Le 22, lundi.—Il va à Aigues-Mortes, va par toute la tour, et par toute la ville.

Le 26, vendredi.—A cinq heures il reçoit M. le connétable de Lesdiguières.

Le 28, dimanche.—Il va au conseil, donne l'épée de connétable à M. le maréchal de Lesdiguières.

Le 31, mercredi.—Il va à Castelnau, qu'il avoit pris pour rendez-vous de l'armée, se loge en haut de la montagne, du côté de Montpellier, et va à une petite maison appartenant au sieur d'Aimerie, premier consul dans Montpellier, se y accommode lui-même.

Le 5 septembre, lundi.—A une heure après midi, dévêtu, mis au lit pour dormir, n'ayant rien dormi la nuit à cause du bruit; il ne dort point. A quatre heures vêtu; il donne audience aux députés de Marseille[396].

Le 12, lundi.—Il va au conseil, fait sceller en sa chambre et en sa présence les provisions de secrétaire d'État pour M. d'Ocquerre[397] par la signature de M. de Gesvres, son oncle.

Le 23, vendredi.—Il donne les sceaux à M. de Caumartin[398]; pour motif, le décès de M. de Vic, décédé à Pignan.

Sept
1622

Le 29, jeudi.—A minuit vêtu, botté, il fait prendre les armes, va au quartier des Suisses dans la hutte d'un colonel, sur les avis du secours qui devoit venir à Montpellier; sans dormir, il va à la cuisine de bouche, où il a déjeuné.

Le 6 octobre, jeudi.—Il monte à cheval et va voir les trois régiments de gens de pied qui arrivoient du Dauphiné. M. le connétable arrive.

Le 9, dimanche.—Après dîner il va à son cabinet, où il fait entendre à M. le prince de Condé la résolution qu'il avoit prise sur la paix, et sur ce qu'il vouloit repartir pour le dissuader, le Roi dit: Il n'en faut plus parler, je l'ai ainsi résolu[399]; là-dessus M. le Prince demande congé pour aller à Notre-Dame de Lorette, qui lui est accordé et part soudain du logis du Roi, s'en va à Mauguiol et sur la nuit s'embarque au Thau de Mauguiol, et arrive à minuit à Aigues-Mortes, et avant le jour il part pour aller à Arles.

Le 12, mercredi.—Ce matin, avant que d'aller dîner, il fait M. de Bassompierre maréchal de France, par la démission de M. de Lesdiguières, fait connétable, disant ces mots en riant devant messieurs de son conseil: J'ai promis à Bassompierre, quand il auroit fait ses affaires, de le faire maréchal de France; je le fais et reçois son serment[400].

Oct
1622

Le 19, mercredi.—En la cour du logis, assis sur un haut dais, le seigneur de Calonges, gouverneur dans Montpellier durant le siége, lui demande pardon au nom du conseil des Églises. Il va après en sa chambre, où les députés des Cévennes en font autant; à cinq heures les consuls de Montpellier[401].

Le 23, dimanche, à Montpellier.—Il va à la procession générale, entend la messe à la grande loge, va visiter les fortifications[402].

Le 24, lundi.—A onze heures dîné au festin, chez M. de Luxembourg.

Le 25, mardi.—Il va au conseil, va après au collége du Pape, voir le cabinet de M. Ramelin, y tient à baptême un garçon d'un pauvre homme, avec la femme de M. le général Grille, homme riche.

Le 28, vendredi.—Il part de Saint-Gilles, passe le Rhône, arrive à Arles.

Le 30, dimanche.—Il arrive à Arles, fait son entrée, en demeure fort satisfait. Le peuple crioit en son langage: «Vive notre bon Roi Louis», et l'on lui a ouï dire ces paroles: Dieu vous bénie, mon peuple, Dieu vous bénie! Oct
1622 Le soir pensif, il me dit qu'il avoit été triste tout le jour, joue avec M. de Blainville.

Le 1er novembre, mardi, à Arles.—Il va à la grand'messe à l'évêché[403], et, en la cour, touche quatre cents six malades. Il voit courir les taureaux sauvages en la place de l'évêché.

Le 3, jeudi.—Il part d'Arles, va à Salon, arrive à Aix, fait son entrée.

Le 5, samedi.—Il part d'Aix et va souper à Maximin.

Le 6, dimanche.—Il va à Sainte-Baulme, où il fait ses dévotions[404]; y eut froid, y a dîné à midi. Il va après à Aubaigne.

Le 7, lundi.—Il part d'Aubaigne et fait son entrée à Marseille à six heures; va à la Majour, revient souper en son logis.

Le 8, mardi.—Le matin il va voir pêcher aux thons, et il en tue six avec une corsecque. A deux heures et demie il monte à pied à Notre-Dame de la Garde, où M. Brayer, qui étoit le capitaine, lui a donné la collation; il revient par Saint-Victor.

Le 9, mercredi.—Il va à la messe à la Majour pour faire chanter le Te Deum pour la nouvelle de la bataille navale gagnée par M. de Guise, devant la Rochelle[405], va voir la pêche du thon.

Le 10, jeudi.—Il part de Marseille, arrive en chassant à Aix pour la deuxième fois, va à l'église.

Le 11, vendredi.—Il va à l'église, où il tient à baptême Nov
1622 le fils de M. d'Oppède[406], premier président du Parlement; part après dîner.

Le 15, mardi.—Il passe à Tarascon, va à Beaucaire, à l'assemblée des états de la province de Languedoc; il lui est fait entrée.

Le 16, mercredi.—Il passe le Rhône, revient à Tarascon, passe la Durance à gué, et à trois heures fait son entrée à Avignon; loge au palais.

Le 17, jeudi.—Il monte à cheval, va à la chasse, où M. le duc de Savoie le va rencontrer, et revient le menant avec lui, et entre avec le Roi à Avignon.

Le 18, vendredi.—Il va aux Jésuites voir jouer des comédies.

Le 20, dimanche.—Il va en son cabinet, donne audience aux députés de l'assemblée des états de Languedoc, M. l'évêque de Montpellier[407] prenant la parole; va chez M. de Luxembourg, où il a dîné au festin, à la maison de M. de Breton. Après son dîner il va au sermon, puis tient à baptême le fils de M. de Breton, dont sa femme étoit accouchée une heure après que le Roi eut fait son entrée, avec Mme la duchesse de Chevreuse.

Le 21, lundi.—Il entre en carrosse et M. le duc de Savoie avec lui, et part d'Avignon. A un demi-quart de lieue, M. le duc de Savoie sort du carrosse, et prend congé de lui, ayant porté un genou en terre, et s'en retourne en Piémont. Le Roi arrive à deux heures et demie à Caderousse, va au conseil, puis joue aux cartes avant souper.

Le 28, lundi.—Il fait son entrée à Montélimart, puis à Valence, puis à Romans, part de Saint-Marcellin, par Nov
1622 Tullin, Varète, où il s'arrête à un moulin, y voit forger des épées.

Le 29, mardi.—Il fait son entrée à Grenoble, à quatre heures.

Le 1er décembre, jeudi.—Il va à l'église à sept heures et demie, monte à cheval, va à Vigile, lieu de plaisance de M. le connétable, qui lui a donné à dîner; après dîner il revient à Grenoble.

Le 3, samedi.—Étant à Grenoble, il mange chaque jour du fromage de la Grande Chartreuse, qu'ils lui avoient donné; en mange d'un deuxième, le trouve bon; il l'étoit. Il part de Grenoble à cheval, et monte en carrosse aux faubourgs à cause du froid.

Le 5, lundi.—Il fait son entrée à Vienne; y soupe.

Le 6, mardi.—Il arrive à Lyon pour la première fois, par la Saône, en bateau, à l'archevêché, ayant vu auparavant à la rencontre la Reine sa mère et la Reine. En arrivant il va en son cabinet, puis au cabinet de la Reine, et le soir chez la Reine à la comédie françoise; le soir couché, puis relevé, il va chez la Reine.

Le 8, jeudi.—A une heure il entre en carrosse, va voir la Reine sa mère, logée à Bellecourt, va à vêpres aux Jésuites, revient chez la Reine.

Le 10, samedi.—Il va à l'église, où il donne le bonnet de cardinal à M. de Richelieu, évêque de Luçon. Il va chez sa mère, revient chez M. d'Alincourt; à quatre heures à la comédie italienne.

Le 11, dimanche.—Il va dîner à la Motte, puis fait son entrée à Lyon. Il arrive à l'archevêché avec la Reine, dans une litière ouverte et le visage découvert. Il a soupé au festin chez M. d'Alincourt.

Le 15, jeudi.—Il monte à cheval, va à la volerie pour recevoir en chemin Mme la princesse de Savoie-Piémont, sa sœur, revient à quatre heures à la comédie italienne.

Le 20, mardi.—Il passe la rivière de Loire sur un pont de bateaux; elle étoit glacée. Il arrive à Roanne à Déc
1622 neuf heures. Il avoit fait dessein d'aller par eau jusques à Briare, pour y faire la fête de Noël; cet accident de glace le fait changer de dessein. A midi il monte à cheval, part de Roanne, chassant de la harquebuse.

Le 22, jeudi.—Il arrive à un méchant village nommé Tolon, y a dîné; à midi il monte à cheval, part de Tolon, en passant sans s'arrêter dans Moulins dehors la ville, et chassant arrive à deux heures à Villefranche, descend à la Croix-Blanche, et, sans y entrer, monte sur un autre cheval, fait porter ses oiseaux et sa harquebuse, va à la chasse vers la rivière d'Allier, revient à quatre heures, s'amuse à faire des barricades devant et derrière son logis, pour s'occuper, avec des chariots, et pour y faire faire la garde par ses mousquetaires.

Le 23, vendredi.—M. le duc de Nevers le vient saluer. Il arrive à Nevers à trois heures; réception. N'ayant pas voulu entrer, il va descendre à l'église, puis au château, le visite tout, reçoit les soumissions des magistrats, soupe, servi de neuf services, le festin donné par M. de Nevers.

Le 30, vendredi.—Dispute entre les sieurs d'Aiguilly[408] et de Sourdis[409], enfants d'honneur qui portoient des oiseaux de la chambre; Aiguilly est appelé par le sieur de Longueville. Le Roi le honnit; les voilà en colère. On lui dit qu'il les faut empêcher: Non, non, qu'on ne les empêche pas; laissez-les battre; je les séparerai bien, je leur ferai trancher la tête.