ANNÉE 1623.

[Revue à Charenton].—[Entrée à Paris].—[Disgrâce de M. de Schomberg].—[Ballet des géants et des pygmées].—[M. de Beauclerc nommé secrétaire de la Reine].—[Coucher du Roi à une auberge du Bourget].—[Ballet des Bacchanales].—[Fiançailles de M. de Loménie].—[Lacune de onze mois dans le journal].

Le 5 janvier, jeudi.—En chassant il arrive à Pizeaux, voit la Reine, qui y avoit couché, la trouve prête à partir pour aller coucher à Fontainebleau. Il chasse tout le jour, et fait les bois avec M. d'Angoulême.

Le 8, dimanche.—Il arrive à Lésigny, où M. le prince de Joinville le traite tant qu'il y est.

Le 9, lundi.—A la fin de son souper il mange un bouquet de fenouil sucré avec du sucre candi. J'avois fait faire par le fruitier du foin sucré, par bouquets de la même façon. M. de la Vieuville en mangea et quelques autres; de là la risée.

Le 10, mardi.—Il arrive à Charenton, où il a dîné chez M. de Verdun[410], premier président au parlement de Paris. Après son dîner, il monte à cheval et trouve au-devant de lui sept ou huit mille hommes en armes, gens de pied, en huit bataillons, entre dans la ville, à la porte Saint-Antoine, à six heures. Il va à Notre-Dame; au sortir, entre en carrosse, va au Louvre, à huit heures, soupe et après va chez la Reine.

Janv
1623

Le 11, mercredi.—Il donne audience à messieurs du Parlement qui le venoient saluer.

Le 18, mercredi.—Il va à Saint-Germain, et revient à Paris avec la Reine sa mère.

Le 19, jeudi.—Après la messe il va chez la Reine sa mère, fait sortir jusques aux femmes, demeure seul avec elle, M. de la Vieuville, capitaine des gardes, seul à la porte; ils sont ensemble une heure entière.

Le 20, vendredi.—Il va au conseil chez la Reine sa mère, où étoient avec eux M. le chancelier, M. de Puisieux, son fils, où fut le congé de M. le comte de Schomberg[411], surintendant des finances, qui lui fut apporté par écrit par M. Tronçon, secrétaire du cabinet.

Le 22, dimanche.—A onze heures il fait venir et danser en sa chambre le ballet de Monsieur, son frère, représentant le combat des géants et des pygmées, fait tenir le bal.

Le 24, mardi.—Il va au conseil, où il résoud le conseil des finances et fait intendant M. de Beauclerc, secrétaire de la Reine.

Le 27, vendredi.—Il va au Blancmesnil, soupe à sept heures de la viande de M. d'Ocquerre, secrétaire d'État, et fils de M. le président de Blancmesnil.

Le 28, samedi.—Il va à cheval à Louvres en Parisis, et y soupe.

Le 29, dimanche.—Il revient à Paris, va chez la Reine sa mère et chez la Reine. Le soir encore chez la Reine, et à la comédie italienne.

Le 1er février, mercredi.—A deux heures il va au conseil, où il se fait montrer les états de sa maison.

Fév
1623

Le 3, vendredi.—Il va chez la Reine le soir.

Le 7, mardi.—Il va chez la Reine; depuis plusieurs jours il recorde son ballet chaque jour.

Le 20, lundi.—Il va à la volerie plénière par les plaines du Roule, vers celle de Saint-Denis; les Reines et les dames y vont aussi. Elles s'en reviennent, et lui, sans découvrir son dessein à personne, va au Bourget, loge à une hôtellerie, y fait lui-même tout. Il étoit en eau, de peine, change de chemise, soupe à six heures de la viande qu'un poulailler de Senlis portoit à des conseillers et à Messieurs des Comptes à Paris, mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un porte-manteau; M. le grand-écuyer de Bellegarde lui fait son lit; il s'enveloppe dans sa mandille doublée de panne de soie, et se met sur le lit.

Le 23, jeudi.—Il va à la comédie, où il fait aller M. le connétable de Lesdiguières, et M. Brulart, chancelier de France.

Le 27, lundi.—Il va de çà, de là, attendant de danser son ballet[412], va chez M. le prince de Joinville, grand chambellan, se jette sur son lit, y dort tout vêtu, environ deux heures; commencé à danser son ballet après minuit, fini à cinq heures et demie. Il ne se couche point, déjeune, va à la messe, revient au conseil, dîne, part de Paris et va à Louvres en Parisis, soupe avec des viandes habillées par Georges, son premier cuisinier.

Le 28, mardi.—Il revient à Paris à cinq heures, va chez la Reine sa mère, où se font les fiançailles du sieur de Loménie, seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, avec Mlle Marie de Marçais[413]. Il va en son cabinet, Fév
1623 puis en la salle de bal, au bal, et revient à neuf heures trois quarts.

Le 6, lundi.—Il va à la salle pour voir danser le ballet de la Reine, le matin.


Ici défaut la suite du présent journal durant onze mois douze jours, avec quelques autres interruptions, remarquées aux endroits, qui ont été misérablement perdus ou pillés et vilainement employés par la veuve femme du feu sieur Hérouard, premier médecin du roi Louis treizième.