CHAPITRE V.
A Lyon. — Sébastien Gryphius. — Publication des deux harangues contre Toulouse. — Voyage à Paris. — Science, poésie et musique.
Le principal but de notre humaniste, en s’arrêtant à Lyon, était d’y faire imprimer ses deux discours contre Toulouse, avec les épigrammes latines dont il accablait ses ennemis. Faible et malade comme il l’était encore, il lui fallut cependant différer l’exécution de ce cher projet de vengeance[55]. Sa première visite, en arrivant, fut pour le célèbre imprimeur Sébastien Gryphius[56], à qui son ami Jean de Boysson[57] l’avait chaudement recommandé. Gryphius le reçut avec une cordialité touchante[58], et voulut même, à toute force, le faire loger dans sa maison. Profondément ému d’un accueil aussi patriarcal, surtout après les orages qu’il venait de traverser, Dolet remercia ce digne homme avec effusion; mais, par un louable sentiment de délicatesse, il refusa de lui être à charge. Une docte et solide amitié s’établit alors entre ces deux hommes, si bien faits pour se comprendre malgré la profonde différence de leurs caractères; amitié dont notre Estienne ne se départit jamais, et dont il a laissé dans ses œuvres de nombreux monuments[59].
Bientôt après, tandis qu’il rétablissait à l’air pur de la campagne sa santé défaillante, les harangues vengeresses, échappées d’une presse clandestine[60], coururent un beau jour dans les mains d’un public avide. Comme il pouvait y avoir du danger pour Dolet dans une publication de cette nature, ce ne fut pas en son propre nom qu’elle eut lieu; Simon Finetius, un de ses fidèles, avec qui déjà nous avons fait connaissance, prétendit, dans une lettre-préface adressée à Claude Cottereau, leur ami commun, s’être permis de dérober les manuscrits de l’auteur et les avoir édités à son insu. Mais j’ai de fortes raisons pour soupçonner, dans cet innocent manège, un de ces officieux mensonges que l’amitié hasarde en pareil cas, sans encourir pour ce fait la damnation catholiquement réservée à tout péché mortel. Au surplus, le lecteur en jugera; je vais traduire ici les paroles mêmes de ce bon Finetius.
«Verrez-vous un crime dans ma façon d’agir, écrit-il à Cottereau, ou plutôt ne sera-ce pas à vos yeux un titre de gloire? Voici le fait en peu de mots: prononcez en toute justice. Estienne Dolet, vous n’êtes pas sans le savoir, m’est uni par l’amitié la plus intime. Contraint par les menaces, et plus encore par le crédit pernicieux de je ne sais quel misérable, à quitter la ville de Toulouse, il se réfugia, sous ma conduite, dans celle de Lyon. Il se proposait d’y publier tout ce qu’il avait écrit contre Toulouse, et ce qu’il avait adressé dans cette conjoncture, soit en prose, soit en vers pleins d’élégance, à différentes personnes; il voulait, en un mot, armé d’un style de fer, se venger des outrages et des avanies qu’il avait eues à subir de la part des Toulousains. Mais à peine étions-nous arrivés, qu’une grave indisposition dont il n’était pas encore bien remis le reprend de plus belle, et finit même par dégénérer en fièvre quarte. Vous savez, mieux que personne, de quelle hauteur, de quelle fermeté d’âme il est doué; par quel stoïque dédain la trempe énergique de son caractère se révèle en face des malheurs qui viennent l’assaillir, et quel héroïsme il oppose à la souffrance. Cependant, il se lasse de cette lutte sans trêve contre l’injustice du sort; il renonce à publier ses écrits, et n’a plus qu’une chose en tête, c’est de soigner, le plus tranquillement possible, sa convalescence. Mais moi, je n’ai pu souffrir que cette maladie importune reculât plus longtemps la réparation due à l’honneur de mon ami; je n’ai pu voir ses infâmes persécuteurs se targuer plus longtemps de leur impunité. Apprenez donc à quelle résolution je me suis arrêté, pour défendre la réputation d’un homme que j’aime, et décidez ensuite quelle part d’éloge ou de blâme il doit m’en revenir. Vous connaissez comme moi les deux discours qu’il a prononcés à Toulouse, au milieu d’une affluence d’auditeurs telle, que nul orateur de nos jours ne peut se flatter d’en avoir jamais réuni de semblable. Vous savez, en outre, qu’il n’y traitait point un sujet en l’air, mais un thème réel et que les circonstances avaient eu soin de lui fournir. Eh bien! ces deux discours, je les ai secrètement dérobés à leur auteur; je les ai enrichis, toujours furtivement, de deux livres supplémentaires, composés d’épîtres latines qui cadrent à merveille avec les discours en question; puis, comme une proie si riche redoublait mon avidité, j’ai recueilli, par la même occasion, deux livres de ses poésies latines, et j’ai publié le tout à l’insu et sans l’avis de l’auteur.»
La même tactique se reproduit dans la lettre suivante d’un certain Chrysogon Hammonius, insérée après celle de Finet, toujours en guise de précaution oratoire:
«Le hasard, dit ce nouveau compère, m’appelait hier chez l’imprimeur. Là, je rencontre Simon Finetius, un ami intime de Dolet. Intrigué par le trouble et l’émotion que je remarquais sur son visage, je lui demande aussitôt ce qui l’amenait chez notre typographe. Il s’agit d’un trésor que je veux porter à la connaissance du public, me répond ce jeune homme, qui n’est pas médiocrement versé dans la science des bonnes lettres. En même temps, il me montre les deux discours de Dolet. Que j’encoure toute la haine des dieux, si, jamais de ma vie, j’ai rien lu de plus docte, de plus élégant! Il les avait, disait-il, dérobés à Dolet, et son dessein était de les faire servir à la gloire de son ami... Utile et généreux larcin, que j’ai couvert de ma plus vive approbation, en conseillant avec instance à Finetius de se donner tout le monde pour complice... Je renonce à vous exprimer la colère avec laquelle notre auteur accueillera cette édition subreptice de ses œuvres, et la grave responsabilité qu’il fera peser sur nous. Mais, quelle que puisse être sa fureur, on n’en jouira pas moins de cette aubaine inespérée.»
L’aventure de Toulouse avait complètement dégoûté Dolet de l’étude du droit. Résolu de revenir à ses premières amours, à son cher Marcus Tullius, il quitta Lyon et se rendit à Paris, où il arriva le 15 octobre 1534[61]. Il venait d’atteindre ses vingt-cinq ans. Avec quelle ivresse de bonheur il dut saluer la grande ville, après plus de trois années d’une absence angoisseuse! C’était le théâtre de ses jeunes études; c’était, en quelque sorte, sa mère scientifique, l’alme nourrice qui avait abreuvé son enfance du lait des bonnes lettres. Aussi l’aimait-il d’un cœur filial, comme l’atteste un brillant éloge qui fait partie de ses poésies latines, et dont mes lecteurs, sans doute, ne trouveront pas mauvais que j’insère ici le texte et la traduction:
Diva, quæ turmam gubernas virginum Libethridum,
Tuque dux collis virentis semper, ô vatum pater,
Sume age argutam chelyn, atque a sede Parnassi huc pedem
Confer, et chordis novos cantus move, et carmen novum.
Oppido huic assurge, quod turres superbæ muniunt,
Amne quod pulchro Sequana undosa præterlabitur,
Et quod ingens ambitus muro tuetur triplici;
Ver quod æternum, serenique aura cœli temperat,
Ac diei auctor fovet Titan amico sidere.
Non sua huic urbi Lyæus, non Cybele munera,
Non Napææ floridos campos negarunt, nec comas
Arborum, quæ vim caloris sublevent, dum fervidus
Sol magis candet, sitique agri dehiscunt aridi.
Huic simul, quæ fontibus præsunt, puellæ Naiades
Fontium huic urbi dederunt non lutosos alveos.
Hanc sibi Musæ domum olim vindicarunt, artium
Nobilem cultu, bonique æquique servantissimam,
Atque eo illustrem senatu, qui Catonum moribus
Tetricis non cedat, aut cuivis severo judici.
Plura quid dicam? quibus floret viris non barbara,
Aut agresti mente, sed quos ipsa Pallas sub specu
Aonis fovit velut charos alumnos molliter?
Heu! quam Athenæ cesserint fama libenter, si decus
Hujus urbis sentiant astris poli addi! Quam libens
Roma cedet nomine excelso et vetusta gloria,
Si fretum terramque laude hujus crepare exaudiat[62]!
«Déesse, qui gouvernes l’essaim des vierges Libéthrides, et toi, souverain de la colline toujours verte, ô père des poëtes! allons, prends en main ta lyre sonore, et, de ton trône du Parnasse abaissant ici tes pas, éveille sur tes cordes une mélodie nouvelle, entonne un chant nouveau. Rends hommage à cette ville que fortifient de superbes tours, que la Seine aux riches ondes traverse de son beau fleuve, qu’une vaste enceinte protège d’un triple mur; enfin, qu’embellit un printemps éternel, qu’un ciel serein caresse de ses brises, et que Titan, le père du jour, échauffe de son astre ami.
«Bacchus et Cybèle ont, à l’envi, comblé ce séjour de leurs bienfaits; les Napées l’entourent de champs fleuris et d’arbres chevelus qui tempèrent la force de la chaleur, quand le soleil blanchit d’intensité, et que les guérets altérés se crevassent de sécheresse. A cette ville encore, celles qui président aux sources, les jeunes Naïades, ont donné des fontaines dont le lit n’est jamais fangeux.
«C’est elle que les Muses ont, depuis longtemps, élue pour demeure; elle qu’embellit la culture des arts, l’exacte observance de la justice; elle, enfin, qu’illustre un parlement dont la conduite rigide lutterait avec celle de Caton, ou de tout autre juge encore plus sévère.
«Que dire de plus? La peindrai-je florissante en hommes, non d’un esprit barbare et grossier, mais que Pallas elle-même, sous sa grotte Aonienne, a doucement réchauffés dans son sein, comme de chers nourrissons?
«Ah! qu’Athènes lui céderait volontiers la palme, en la voyant surgir, constellation nouvelle, au ciel de l’histoire! Que volontiers Rome inclinerait devant elle son grand nom, sa vieille gloire, si elle entendait la terre et l’océan retentir de tant d’illustration!»
L’auteur anonyme du Calendrier des bergères, vieux poëme du quinzième siècle, avait déjà fait, en ces termes, le panégyrique de la célèbre capitale:
O Paris, souveraine et digne
Source de science divine,
Comme saincte Théologie,
De réale Philosophie,
Et sept Arts libéraux ensemble
Tu as l’honneur; et si me semble
Qui veult ses sciences avoir,
En toy les doibt venir sçavoir.
De tout pays, de toute terre
Viennent à toy, Paris, acquerre
Honneur et science, loingtains
Estrangiers, comme tes prouchains.
Tu as en toy, c’est vérité,
La grand’mère Université
Pour science et honneur comprendre,
Tant que chascun en veult apprendre...
Excellente cité heureuse,
Paris, de tout bien plantureuse,
N’as-tu tous tes plaisants souhaicts?
Belles églises, beaulx palais;
Sainct-Innocent et le Grand-Pont,
Qui de beaulté honneur te font;
Tu as surtout le noble lieu,
Nostre-Dame, avec l’Hostel-Dieu.
N’en doutons pas: notre Estienne, de retour enfin dans son cher Paris, a dû ressentir quelque chose de cet enthousiasme naïf et sincère. Pouvait-il prévoir la dernière caresse que lui réservait cette mère si tendre... le baiser des flammes catholiques, en place Maubert, à deux pas de Nostre-Dame, le noble lieu!
Il me semble voir le jeune humaniste, à cette époque décisive de sa vie. Fatigué par une veille laborieuse, il vient de s’assoupir malgré lui devant sa lampe qui s’épuise à son tour, devant sa table de travail encombrée de livres et de manuscrits; sa main sèche et nerveuse a laissé retomber la plume qui, tout à l’heure encore, écrivait une page de plus des Commentaires sur la langue latine; une foule d’images confuses passent et repassent à l’horizon vague de ses rêves.
En ce moment, deux femmes surgissent: l’une, blonde et souriante; l’autre, brune et sévère.
«Jeune homme, lui dit celle-ci, te voilà maintenant au seuil de ta destinée virile. Je suis ta mère, enfant! je suis la Science... Viens avec moi.
«Guidé par mon flambeau, tu pénétreras sans crainte les lointaines ténèbres du passé; tu comprendras le présent, tu devineras l’avenir; tu sonderas les profondeurs de l’océan, et le cœur humain, plus profond encore; tu passeras la grande revue des générations éteintes, qui toutes défileront sous tes yeux, avec leurs lois, leurs mœurs, leurs langues, leurs sentiments et leurs actes, leurs passions et leurs pensées, leurs préjugés et leurs misères; comme Archimède, enfin, tu saisiras le monde entre les deux branches de ton compas, et tu entreras de vive force dans l’immense secret de Dieu!»
«Jeune homme, reprend d’un ton suave l’autre apparition, écoute-moi plutôt, car je suis à moi seule la vérité et la vie. Je suis ta sœur, ô mon frère! je suis la Poésie... Viens avec moi.
«Ne va point pâlir sur de vieux in-folio, sur une lettre morte. Mon livre est bien plus beau que celui de la Science; car il s’intitule la nature, le printemps, la jeunesse, la femme, l’amour, l’éternelle splendeur! Au lieu de t’ensevelir, vivant cadavre, dans le sépulcre nauséabond de l’étude; laisse-toi conduire, de ma main blanche et douce, à l’ombre des vertes feuillées qui frissonnent, aux marges des frais ruisseaux qui chantent; viens, te dis-je, viens écouter et reproduire les grandes voix du ciel et de la terre, les ineffables harmonies d’en haut, les délicieux soupirs d’en bas. Savoir n’est rien, sentir est tout!»
Il hésite, le savant; il hésite, le poëte. Il regarde, l’une après l’autre, les deux fées qui le sollicitent. L’une est si jolie! l’autre est si belle! Mais, au bout d’une seconde, l’éclair de la décision vient illuminer son mâle visage.
«Oh! s’écrie-t-il dans un fervent transport. Dieu me préserve de choisir entre vous! Toutes deux vous êtes saintes, et toutes deux je vous aime. Je me sens le cœur assez vaste pour vous y loger ensemble, pour y enfermer à jamais votre double amour. Comme le démon de l’Evangile, je m’appelle Légion! Votre culte fraternel m’accompagnera jusqu’à la tombe; jusqu’au dernier moment je chanterai, jusqu’au dernier moment j’étudierai. Et c’est ainsi que j’atteindrai l’heure, l’heure salutaire et divine, où, dégagé de mon enveloppe périssable, affranchi de la terre et des hommes, je serai poëte avec les anges, et savant avec Dieu!»
O quando sancta se dabit,
Quæ nescit hostem patria!
Dolet tint parole: il fut fidèle toute sa vie à ce double culte, à cet amour sacré de la poésie et de la science. Une troisième sœur, la Musique, vint également prendre place dans cette grande âme. C’était la seule distraction qu’il se permît, en même temps que les vers latins ou français, pour faire trêve à ses absorbantes préoccupations de philologue; et c’est lui-même qui nous a transmis cette curieuse confidence, avec son habituelle chaleur de style. Écoutons-le parler:
«Chacun vante son plaisir. Et moi, n’en ferai-je pas autant pour le mien, surtout quand il est si honnête, si pur, si cher à tout esprit d’élite? Oh! si, j’en parlerai... Quel est donc ce bonheur qui m’enivre? La table? l’ivresse? le luxe effréné des vêtements? la danse? le jeu? l’amour? Pas le moins du monde. La musique, l’harmonie, voilà ma seule volupté. Quoi de plus propre, en effet, à remuer comme à calmer les âmes? Quoi de plus efficace pour éteindre le feu de la colère, ou pour en accroître l’intensité? Quoi de plus convenable pour distraire l’esprit d’un homme de lettres? Le jeu, le vin, la table, l’amour, ce sont là des passe-temps dont je m’abstiendrai sans peine, ou dont je n’userai, du moins, qu’avec modération. Mais il n’en est pas de même de la musique; elle seule, entre toutes les jouissances d’ici-bas, me séduit, me captive, me plonge dans un océan d’extases! Je lui dois ma vie, je lui dois tous mes studieux efforts. Ah! soyez-en bien convaincus: je n’aurais pu supporter, comme je l’ai fait, le travail assidu, colossal, immense de mes Commentaires, si la musique, avec sa voix tantôt imprégnée d’une douceur qui me charmait, tantôt vibrante d’une énergie dont j’étais enflammé, ne m’eût rappelé sans cesse à ma rude tâche de glossateur, au moment même où un accès de dégoût me la faisait rejeter bien loin[63]!»
[55] Voir la première harangue, p. 125, 126 et 127.
[56] Son nom allemand était Greyff; il eut raison de lui donner une forme latine, afin de le rendre un peu plus euphonique. Natif de Reutlingen, en Souabe, Gryphius mourut à Lyon en 1556, et survécut par conséquent dix années à notre Dolet. Un poëte contemporain, Charles Fontaine, lui consacra le ridicule quatrain que voici:
La grand’griffe qui tout griffe,
A griffé le corps de Gryphe;
Le corps de ce Gryphe, mais
Non le los, non, non, jamais.
[57] Trompé sans doute par le nom latin Joannes Boyssonæus, Née de la Rochelle appelle ce personnage Jean Boyssonnée; mais, dans la correspondance qui suit les deux Discours contre Toulouse, il est appelé partout Joannes a Boyssone, que j’ai cru devoir traduire Jean de Boysson. C’est à Jean de Boysson que Dolet adresse le troisième livre de ses Poésies latines, et la première des pièces qui le composent. Rabelais le mentionne également dans son Pantagruel, III, 29.
Il paraît que ce Jean de Boysson eut aussi maille à partir avec les bonnes gens de Toulouse. «Je ne passerai pas sous silence, dit Estienne (Orat. II, p. 59), la conduite infâme des Toulousains envers Jean de Boysson, le plus estimable des hommes, mais atteint et convaincu de deux grands crimes, la science et la fortune. Les lâches délateurs qui dévoraient des yeux cette fortune, l’ont circonvenu de mille calomnies, au sujet de son prétendu manque de respect envers la religion. Innocent, ils l’ont fait condamner; ils lui ont extorqué une amende énorme.»
[58] «Je suis allé voir Sébastien Gryphius, écrivait quelque temps après notre Estienne à Jean de Boysson, et je l’ai salué de votre part; c’est un homme tout à fait serviable et bien digne de l’amitié des savants. Il a montré beaucoup de sensibilité quand je lui ai parlé du bonheur que vous aviez eu de recouvrer votre emploi.»
[59] Il lui dédie, en ces termes, le quatrième livre de ses poésies:
«Estienne Dolet à Sébastien Gryphius, salut.
«Dans le quatrième livre de mes Poésies, ma tâche principale consiste à donner aux vertueux des témoignages de leurs vertus après leur mort. C’est aussi le but que, dans ta louable ardeur, tu poursuis avec moi par ton art, quand les chefs-d’œuvre de l’antiquité, en même temps que les ouvrages qui feront vivre la gloire de nos contemporains, sortent si beaux de tes presses, pour passer à la postérité la plus lointaine. Voilà pourquoi j’ai voulu te dédier ce quatrième livre, qui atteste en nous un double effort si honorable, et où l’amitié, qui depuis longtemps nous unit, trouve un gage éternel. Adieu. Lyon, calendes de mai M D XXXVIII.»
Suit une toute petite pièce de trois vers, dont voici la traduction:
«D’autres ont le vice à cœur; qu’ils fassent assaut de vice. Nous, que la vertu seule a séduits, luttons de vertu. Voilà mon duel avec toi.»
[60] Elles parurent sous ce titre: Stephani Doleti Orationes duæ in Tholosam, etc., sans nom d’imprimeur, sans désignation de lieu ni d’année. Mais une lettre de Chrysogon Hammonius, un des amis de Dolet, nous apprend qu’elles furent imprimées chez Gryphius.
[61] Voir à ce propos Maittaire, Ann. typogr., t. III, part. 1, p. 32 et 33; et la lettre de Dolet à Guillaume de Scève, au-devant du dialogue Sur l’imitation cicéronienne.
[62] Carm., III, 32. La pièce est adressée ad Ægidium Jordanum.
[63] Comment., t. II, col. 1294.
Dolet se vante aussi, à la page 170 du même volume, de son habileté comme nageur:
«Aliquando, in loco ubi cum Arare Rhodanus immiscetur, proxime urbem Lugdunum, ad ædem divi Laurentii, quum hos Commentarios Lugduni excudi curaremus, animi gratia natavimus; litteras enim, et natare scimus, si quisquam alius.»
«Dans le temps que je m’occupais de faire imprimer à Lyon les présents Commentaires, je me suis livré plus d’une fois au plaisir de la nage, tout près de cette ville et de l’église de Saint-Laurent. Car il en est pour moi de la natation comme de la science des lettres: je les possède l’une et l’autre autant qu’homme du monde.»