TROISIÈME PARTIE


QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES
SUFFRAGETTES


Ce ne sont point dans les pages suivantes des critiques ou des conseils que nous voulons donner aux féministes de notre époque. Notre faible voix risquerait fort d’être peu écoutée. Pourrait-il en être autrement! Ce que nous avons voulu, c’est simplement condenser en quelques lignes certaines réflexions suggérées par ces messieurs et dames féministes.

Qu’ils ne voient point là les récriminations amères d’un adversaire résolu des revendications du sexe faible, mais simplement les idées d’un jeune homme qui s’amuse à rire de leurs travers et de leurs défauts, ce qui, du reste, a été une partie des plus agréables et des plus intéressantes de ce travail.

1o Les Suffragettes et la Réclame

Nous ne citerons point de noms; nous pourrons ainsi concilier la pénible obligation de dire aux femmes de cruelles vérités tout en n’abandonnant point le champ agréable de la galanterie. Et personne n’étant visé, ces dames pourront se donner l’illusion de voir ces lignes écrites pour leurs voisines.

Il existe à l’heure actuelle une question palpitante d’intérêt: c’est le suffrage des femmes. Comme de toutes les nouveautés, des personnes s’en sont emparées, l’ont exploitée, pensant s’en faire un tremplin de gloire et de célébrité. Il est si difficile de percer de nos jours.

Les hommes féministes ont sauté à pieds joints sur ce nouveau thème qui leur permet, journalistes d’exposer un sujet inédit, romanciers d’intéresser leur clientèle par des idées modernes, auteurs dramatiques d’éviter le four sensationnel par la hardiesse de la thèse!

Pour quelques-uns, un succès de curiosité a répondu à cette nouvelle «exploitation littéraire»; pour beaucoup le désintéressement et le bon sens de la majorité des Français ont fait justice de cette levée de boucliers féministes. Ces Messieurs avaient en effet oublié une chose essentielle, principale: d’éclairer la lanterne, c’est-à-dire d’étudier la question. Ils croyaient pouvoir traiter le sujet du suffrage des femmes dans quelques articles de journaux ou aux feux de la rampe. Et quand on s’aperçut que leurs raisons n’étaient que des raisons sentimentales, que leurs phrases claironnantes étaient de magnifiques ciselures vides de sens, on haussa les épaules et l’on se mit à rire!

C’était la seule conclusion qui s’imposait!

Quant aux femmes, elles ont été superbes d’audace et de désinvolture. Elles ont tout d’abord donné l’impression de grandes héroïnes, témoin Olympe de Gouges! La femme, disait-elle, a le droit de monter sur l’échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune! Son désir fut sinistrement exaucé et nous ne pouvons que saluer très bas une victime innocente de la Révolution!

A cette héroïne succéda une floraison de féministes convaincues et exaltées, ne rêvant que plaies et bosses, luttes, barricades, avec le désir public de devenir à leur tour des martyres, mais avec aussi le secret espoir de demeurer tout simplement des femmes.

L’idée de ces revendications, comme du reste toute idée neuve et hardie, faisant en France son petit bonhomme de chemin, ces dames se crurent tout d’un coup les Messies d’une nouvelle société; à l’instar des Saint-Simoniens elles tâchèrent de fonder un nouveau dogme de régénération sociale! Et du jour au lendemain, les féministes furent célèbres, on leur prit des interviews, elles écrivirent leurs impressions, quelques-unes même leurs mémoires. Les grands quotidiens publièrent des articles sensationnels sur leur compte; et à part quelques esprits calmes et pondérés, l’escouade de ces militantes fut grisée, fut éblouie! Songez donc! on publiait en première page leurs articles, leurs noms; on donnait même leurs photographies!

«Ah! l’on ne connaît pas l’influence de la photographie retouchée sur la femme! Elles se font photographier dans toutes les positions, face à l’Océan; celle-là, partant à la conquête de la littérature, sur un dos de chameau; telle se costume en impératrice, telle autre en bédouine!»[72].

Et toutes ces dames, prises tout à coup d’un furieux accès de production, écrivirent, chaque jour, dans tous les journaux, dans toutes les revues, dans tous les quotidiens!

Oh! cette littérature féministe! De l’opium! de la guimauve ou de la pâte... épilatoire!

Les hommes-féministes! Des convaincus! des champions de l’émancipation! Allons donc! dites plutôt des esprits brillants et distingués! soit, mais aussi des vendeurs de littérature, des lanceurs d’affaires, des hommes subtils et adroits, ayant compris tout le profit qu’ils pourraient retirer de ces idées modernes et toute la gloires qui rejaillirait sur eux de les avoir fait connaître et exalter!

Les femmes féministes! Des convaincues! Allons donc; des assoiffées de réclame, des ambitieuses, dont le suprême bonheur est de présider un congrès ou de lire leur nom dans un journal.

«Ce qui perce à travers la propagande qu’elles mènent c’est, avec le mauvais goût de la déclamation, une avidité impatiente de réclame, un goût effréné de notoriété bruyante. La poule meurt d’envie de chanter comme le coq, et c’est à qui s’époumonera pour mettre sa petite personne en évidence sur le plus haut perchoir du poulailler»[73].

Oui, Mesdames les féministes, voilà ce que vous êtes, des petits esprits étroits et bornés, ayant au cœur un seul désir, celui de paraître sur la scène de la vie, de taper à coups redoublés sur la grosse caisse de vos revendications afin que l’on parle et que l’on cause de vous, que l’on vous interviewe ou que l’on mette votre photographie dans un illustré, devant une réclame de rasoir ou de corricide!

Idéal combien ridicule et banal! Cela classe tout de suite le féminisme!

2o Les suffragettes et la beauté!

Il existe chez les féministes femmes un point faible, très faible; un point tout petit et qui, cependant, malgré les haussements d’épaules de ces dames, a une grande importance! C’est la question de la beauté!

Jusqu’ici, les féministes n’ont recueilli que des suffrages restreints, et cela tient beaucoup au manque d’élégance et d’esthétique des candidates. Cette raison qui, à première vue, peut paraître puérile est cependant, après discussion, sérieuse et fondée!

Vous nous direz: Mais toute femme jolie est bête! et pour être intelligente nul besoin n’est d’avoir une figure fine et gracieuse! C’est vrai, mais enfin c’est un grand défaut d’être laide, Madame! «La femme n’a qu’un droit, avons-nous lu quelque part, celui d’être jolie!» L’auteur exagérait, évidemment, mais il ne mentait pas!

«Qui décrira les nez en pied de marmite, chevauchés par de calamiteux lorgnons, et les mentons crochus, les bouches édentées, où n’apparaissent plus, au coin d’un redoutable sourire, que quelques vieux chicots crénelés; et les visages couperosés ou jaunâtres, les physionomies en coin de rue et les petits yeux vérons ou pers, laissant filtrer un regard réfrigérant comme un courant d’air!»[74].

Mme Nelly-Roussel, en rapportant et commentant ce passage photographié et pris sur le vif, devient triste et amère! Touchée au vif, elle n’a pour le correspondant du Journal que des paroles mordantes!

Et parce que M. Ludovic Naudeau a montré, dans toute sa vérité et toute son horreur un type presque universel de féministe, parce qu’il souligne d’une plume minutieuse et humouristique le grave et éternel défaut de ces dames, Mme Nelly-Roussel, avec un esprit mélancolique, nous répond: «Ah! quel amusant jeu de massacre nous fournirait le Parlement de n’importe quel pays! mais nous sommes meilleures que vous, nous nous reconnaissons le droit à la laideur... bien que de celui-là, comme des autres, vous abusiez volontiers»[75].

Eh! bien, à vous! mesdames, nous ne vous reconnaissons pas ce droit! Un homme peut être laid, cela n’influe en rien sur son caractère ou son énergie, mais vous! femmes, si vous voulez réussir, triompher! vous devez être belles, car le jour où vous niez cette qualité, vous supprimez la moitié de vous-mêmes!

Oui, n’oubliez pas, Mesdames, «dont les héroïques campagnes en faveur du féminisme et de l’amour libre sont inscrites dans la lassitude de vos bajoues et le découragement de vos seins»[76], que la femme qui veut avoir un nom, être connue, faire parler d’elle, quand sa cause est mauvaise ou que la vive intelligence lui fait défaut, doit racheter tout cela par sa beauté. Pour vous, c’est une arme devant laquelle peu d’hommes résistent, une force qui plie tout à sa volonté!

La laideur, Mesdames les féministes, voilà votre ennemi mortel! Nous contemplions vos traits dans le numéro de Fémina du 15 avril 1910. Quelle impression doit produire sur les électeurs la silhouette hommasse ou le facies exsangue de certaines candidates! Quel piètre succès malgré toute votre éloquence (?) et que de sourires ironiques doivent souligner vos périodes échevelées!

Peut être allons-nous faire mourir de jalousie certaines concurrentes! A quoi attribuer le succès de Mme Marguerite Durand? à ses idées féministes? Non! loin de là, mais simplement à son élégance, à sa joliesse, à sa beauté distinguée!

Vous voyez, Mesdames, nous avions raison de vous dire: Soyez jolies! Soyez jolies!

Admirons profondément, sincèrement, ce journaliste, féministe convaincu, John-Antoine Nau qui, dans le Petit Niçois du 18 janvier 1909, parlant de la laideur des suffragettes anglaises écrit: «La prochaine fois que je rencontre une féministe anglaise ou non, élégante ou malpropre, même bottée comme un égoutier, même laide comme un pou, même un peu émêchée, sentant le schnik, le tord-boyaux, voire le tabac à chiquer, je l’embrasse fût-ce en pleine rue!»

Je ne croyais pas qu’il existât de par le monde des hommes capables d’un tel courage!

Quant à nous, le jour où nous rencontrerons une féministe de tous points semblable à l’idéal de M. Nau, qui voudra se venger de nos attaques, nous lui dirons simplement: Embrassez-moi. Et vous pouvez croire, Mesdames, que nous serons cruellement puni!

3o: Les suffragettes et la critique

Il est encore un point qui vous porte considérablement tort, Mesdames, c’est votre tactique de combat. Aux attaques et aux coups de vos adversaires vous ne savez répondre la plupart du temps que par des insultes ou des procédés méchants.

Irritables et nerveuses à l’excès, vous ne savez pas mesurer vos paroles, guider vos réponses, empreintes toujours de fiel et d’amertume; à la discussion vous préférez la phrase emportée; à la polémique, le ton rancunier et coléreux. Nous le répétons, vous avez gravement tort!

Ayez au contraire le bon sourire franc des duellistes de journaux; encaissez les coups sans mauvaise humeur; ayez la répartie fine, vive, spirituelle, mordante; sachez retourner les arguments adverses d’une plume alerte et émoustillante, mais de grâce ne prenez point tout de suite cet air boudeur et cette mine rageuse; que vos discussions et vos réponses ne disparaissent plus sous les flots tumultueux et pressés des épithètes malsonnantes; vos arguments n’en auront que plus de valeur (ils en ont du reste besoin), et désormais vous n’aurez plus l’ennui de lire des articles si véridiques à votre adresse, à l’instar du suivant:

«Chaque fois que je me suis permis de ne pas admirer les femmes qui font de la politicaille, j’ai reçu toutes sortes de lettres et de cartes injurieuses.

»Des mains sans doute charmantes ont écrit à mon adresse de cette écriture fine et allongée et pointue,—marque d’une bonne éducation—les mots de crétin, d’idiot, d’abruti (j’en passe et des pires).

»Ma foi! j’ai tort de croire que les dames n’ont pas de dispositions pour entrer dans l’arène électorale»[77].

En homme spirituel et aimable, Clément Vautel ne fait que vous supposer des dispositions; il vaudrait bien mieux pour vous, Mesdames, pour votre beauté, votre intelligence et votre élégance, être obligées de reconnaître que vous n’êtes point faites pour les luttes politiques!

Vous n’arriverez à ce résultat que le jour où vous reviendrez à ce que vous avez toujours été, c’est-à-dire des femmes, par analogie des êtres doux, affectueux et polis!

Et ce jour-là arrivera bientôt. Car vous reconnaîtrez votre erreur, vous ne fausserez désormais plus vos caractères, vous ne serez plus les politiciennes aux mots grossiers et injurieux, car cela n’est point ni dans votre nature, ni dans votre caractère, ni dans votre cœur! Vous redeviendrez des femmes.

Chassez le naturel, il revient au galop!