ACTE V

HUITIÈME TABLEAU

LA CONTRE-LETTRE

(Même décor qu'au premier tableau.)

SCÈNE I

AUGUSTE, ADRIEN, CAYOU, JOSEPTE.

CAYOU—Cré tire-bouchon! C'est une bénédiction du bon Dieu!... Mais vous ne m'en voulez donc point pour... l'autre soir... vous savez... l'absinthe? Pourquoi diable vous étiez-vous déguisé aussi? On peut pas toujours deviner... Je me le disais... Mais curiosité à part, c'est drôle que vous laissiez le Domaine pour venir vous loger ici...

JOSEPTE—Tais-toi donc, Cayou, quand on a de quoi, et qu'on veut vivre à son goût, on doit pas être à son aise chez Jolin. Sans parler mal de lui, il est un peu serré, le cher homme!...

CAYOU—C'est drôle tout de même, un homme qu'à tant de bâtiments sur la mer...

AUGUSTE—Ils ont fait naufrage!

CAYOU—Naufrage! Ah! bonté divine! et les tonnes d'or?

AUGUSTE—Fondues. Mais, ne craignez rien, mon hôte, je puis solder ma dépense cette fois. Heureusement que quelques pièces plus dure que les autres n'ont pas coulé dans la fonte générale. Tenez, (Jetant une pièce d'or.) payez-vous d'avance; préparez-moi une chambre; donnez-nous à boire et à manger; et laissez-nous la paix. Dans tous les pays du monde, j'ai détesté les curieux et les bavards.

JOSEPTE—On y va, on y va!... (Elle sort avec Cayou.)

SCÈNE II

AUGUSTE, ADRIEN.

AUGUSTE, à Adrien qui est allé s'asseoir dans un coin—Allons, jeune homme; ne vous laissez pas gagner par la tristesse. Que diable! il faut être plus philosophe que cela.

ADRIEN—Hélas! quelle déception! A vous voir imposer vos volontés, vos caprices à ce Jolin, j'avais cru...

AUGUSTE—Adrien, je vous dois une explication. Je ne voudrais pas que vous fussiez en droit de m'adresser, même de pensée, le moindre reproche. Rappelez vos souvenirs, mon cher garçon; je ne vous ai jamais donné l'assurance positive de vaincre les obstacles que rencontrait votre mariage. J'étais moi-même trop incertain du succès de mon audace. Sans vouloir révéler mon secret, je vous ai toujours laissé soupçonner combien mon autorité sur Jolin était de nature précaire. Dites, cela n'est-il pas de la plus exacte vérité?

ADRIEN—Je le sais, je le sais; mais...

AUGUSTE—Vous trouvez ma conduite folle, absurde, n'est-ce pas? Vous vous demandez dans quel but, n'ayant aucun moyen légal d'obliger à une restitution cet homme de mauvaise foi, je suis venu m'établir chez lui, le vexer, le tourmenter de mille manières, au risque d'être honteusement expulsé quand la ruse serait découverte. D'abord, j'ai dû m'assurer si la probité aurait quelque influence sur cet homme à qui j'avais confié ma fortune. En découvrant à qui j'avais affaire, j'ai cru pouvoir l'effrayer par mon assurance, et l'amener à me proposer lui-même une transaction avantageuse. Ces dîners, ces réceptions continuelles n'avaient pas seulement pour but d'induire en dépense le spoliateur de mes biens; je désirais me faire des amis, et empêcher Jolin de me tendre des pièges. Vous le voyez, mon cher enfant, mon plan n'était pas tout à fait dénué de sens commun. Il était sur le point de réussir. Pour assurer sa sécurité et se débarrasser de moi, il eût accepté le partage des biens... Une révélation prématurée est venue tout gâter...

ADRIEN—Oh! je ne vous accuse pas. J'ai pu apprécier la généreuse nature qui se cache sous vos apparences frivoles. Oh! non, je ne me plains pas de vous, car je vous dois les quelques jours de bonheur que j'ai passés auprès de Blanche.

AUGUSTE—Courage donc, morbleu! Il ne faut pas mettre les choses au pis. Nous ne sommes plus au temps ou l'on mariait les filles malgré elles... Blanche tiendra bon; la mère imbécile finira par ouvrir les yeux...

ADRIEN—Et vous, monsieur?

AUGUSTE—Moi? Je m'engage matelot à bord du premier voilier en partance dans le port de Québec. Et ce qui me sera le plus pénible en cela, mon cher garçon, ce sera de vous quitter. Par Mahomet! vous m'avez ensorcelé.

ADRIEN—Et moi, vous êtes mon seul ami. Mais n'y aurait-il pas moyen de forcer ce Jolin...

AUGUSTE—Oh! d'abord je n'ai pas les moyens de faire un procès; et puis, vous êtes homme de loi, vous savez qu'on ne peut attaquer les titres de Jolin par preuve testimoniale, et qu'il faudrait absolument cette fatale contre-lettre pour avoir des chances de succès... Non, mon ami, il faut abandonner tout espoir de ce côté; je suis bien et dûment volé!...

SCÈNE III

LES PRÉCÉDENTS, BLANCHE.

BLANCHE, entrant—Adrien, monsieur DesRivières, sauvez-moi, au nom du ciel.

ADRIEN—Vous, Blanche... ma chère Blanche? Mais d'où venez-vous? Comment êtes-vous ici? Que s'est-il donc passé?

AUGUSTE—Asseyez-vous, mon enfant; vous êtes épuisée... Quelque nouvelle infamie de Jolin, sans doute?

BLANCHE, s'asseyant—Fermez la porte; on va me poursuivre certainement... Bien des personnes m'ont rencontrée sur la route; je courais comme une folle... Vous me défendrez, n'est-ce pas?

ADRIEN—Ne craignez rien, Blanche; vous avez ici des amis prêts à vous sacrifier leur existence.

AUGUSTE—Et pour l'un d'eux le sacrifice ne serait pas bien grand, allez!

BLANCHE—Adrien, monsieur DesRivières, qu'allez vous penser de moi? Oh! ce que je fais là est mal, bien mal, je le sais; j'ai quitté ma mère; je suis venue vous chercher ici. Mais ma pauvre tête s'est égarée; je me suis réfugiée auprès des seuls amis que j'aie sur la terre.

AUGUSTE—Mais enfin quelle est la cause de votre effroi, ma pauvre petite?

BLANCHE—Voici, monsieur. Après votre départ Jolin me parla de pardon, de réconciliation, et me fit les plus brillantes promesses, si je consentais à l'épouser. Mon refus l'exaspéra; il éclata en menaces; et ma mère qui ne peut résister à l'ascendant de cet homme, s'emporta elle-même contre moi jusqu'à vouloir me frapper. Ce matin, à déjeuner, j'appris que Jolin était allé à Québec, et ma mère m'annonça que nous devions partir dans la journée pour les États-Unis, à bord d'un yacht à vapeur, spécialement nolisé à cet effet par Jolin... Vous jugez de mon épouvante... Je ne sais si je me trompe, mais cet infâme a conçu des projets encore plus affreux que ceux qu'il avoue.

AUGUSTE—Oui, quand il vous tiendra en pleine mer, dans un vaisseau à lui, conduit par les misérables brigands qu'il a à son service... Mille pannerées de diables, on s'exposerait au pal lui-même pour enfoncer un couteau entre la quatrième et la cinquième côte d'un pareil coquin!

ADRIEN—Et vous avez fui... Oh! merci, Blanche, merci pour cet acte de courage!

BLANCHE—J'ai d'abord supplié, conjuré ma mère... Elle n'a pas voulu m'entendre; et alors, désespérée, folle de terreur, je me suis décidée à fuir. Je me suis glissée furtivement dans la cour; j'ai ouvert la grille; et sûre de vous trouver dans cette auberge, je suis accourue pour me mettre sous votre protection.

AUGUSTE—C'est fort bien, ma pauvrette; mais si vous saviez où nous étions, Jolin doit le savoir de même. Ils viendront vous chercher ici, et l'autorité d'une mère est toute puissante sur une fille mineure.

ADRIEN—Eh bien, alors, hâtons-nous; nous pouvons trouver pour elle un asile sûr à Québec.

AUGUSTE—Oui, et nous serions arrêtés vous et moi, pour enlèvement... Croyez-moi, mon ami, ne donnons pas prise contre nous à ce vieux matois de Jolin.

ADRIEN—Ces considérations ne m'arrêteront pas, et si Blanche y consent...

AUGUSTE—Elles ne m'arrêteraient pas non plus s'il s'agissait seulement de ma sûreté. Pour moi maintenant, qu'est-ce que la liberté? qu'est-ce que la vie? Mais franchement, Adrien, je vous verrais avec chagrin, vous et cette pauvre petite, flétrir par une démarche qui aurait l'apparence d'une faute, un amour pur et honnête comme le vôtre. Prenez garde, chers enfants; en entrant dans cette voie de révolte contre la société, contre l'autorité maternelle, savez-vous où vous pouvez être entraînés?... Je vous étonne je le vois; vous ne vous attendiez pas à de tels scrupules de ma part... Mais n'est-ce pas mon devoir de signaler aux autres les écueils sur lesquels j'ai fait naufrage?

ADRIEN—Cependant, monsieur, les circonstances sont telles...

AUGUSTE—Les circonstances ne sauraient justifier une faute; croyez-en un homme qui n'est pas habitué à exagérer la morale... N'attaquez pas de front les règles établies; un jour vous le regretteriez amèrement.

ADRIEN—Mais enfin, il faut prendre un parti.

AUGUSTE—Non, Adrien, il faut laisser les choses telles qu'elles sont. Écoutez; si je me montre sévère envers vous, c'est que je ne voudrais pas vous voir engagé dans la voie déplorable où je me suis perdu; parce que cette charmante enfant ne doit pas être malheureuse comme le fut ma pauvre Berthe.

ADRIEN—Berthe?

AUGUSTE—Oui; si vous étiez de Québec, vous connaîtriez probablement, malgré votre jeunesse, ma tragique histoire avec l'infortunée Berthe de Blavière.

ADRIEN—De qui parlez-vous, monsieur? Quel nom avez-vous prononcé? J'ai mal entendu, sans doute, je... Non, non, c'est impossible!

AUGUSTE—L'auriez-vous connue? Ce terrible drame a eu trop de retentissement dans la province pour que je doive cacher aucun nom... Je vous le répète, elle s'appelait...

ADRIEN—Taisez-vous, monsieur!

AUGUSTE—Mais pourquoi donc, au nom du ciel?

ADRIEN—Vous insultez ma mère!

AUGUSTE, se précipitant vers Adrien—Votre mère!... Votre âge? Par pitié, dites-moi votre âge!

ADRIEN—Monsieur...

AUGUSTE—Il le faut, Adrien; il le faut, je le veux... je vous en prie!

ADRIEN—Je suis né le 16 octobre, 1839.

AUGUSTE—1839! et votre mère s'appelait Berthe de Blavière!... Adrien, Adrien, vous êtes mon...

ADRIEN—Je suis le fils de M. Launière, monsieur!

AUGUSTE—C'est vrai, c'est vrai!... Ma pauvre tête se perd: voyons, réfléchissons, récapitulons ces circonstances étranges. Aidez-moi... Adrien, mon... ami. J'ai peur de devenir fou... Oui, c'est cela, votre mère pleurait souvent en vous regardant; votre père vous manifestait de la haine... N'est-ce pas cela, dites, n'est-ce pas cela?

ADRIEN—Oui.

AUGUSTE—Adrien, votre mère a dû vous parler de sa famille, de son passé; elle a dû vous révéler certaines particularités...

ADRIEN—Une seule fois; au moment de sa mort. Elle me fit appeler dans sa chambre, m'embrassa et pleura. Puis tirant de dessous son oreiller un paquet cacheté qu'elle me remit, elle me dit d'une voix éteinte: Mon fils, quand je ne serai plus, tu trouveras dans ces papiers des secrets qui te concernent. Cependant si tu as quelque affection pour ta malheureuse mère, tu ne chercheras pas à connaître ses fautes et ses remords... Par respect pour elle, je n'ai jamais ouvert ce paquet.

AUGUSTE—Mais où est-il, ce paquet, mon cher Adrien, ou est-il?

ADRIEN—Dans cette malle.

AUGUSTE—Donnez, donnez!

ADRIEN, tirant un paquet cacheté d'une malle et le remettant à Auguste—Tenez, je crois que vous pouvez connaître les secrets de ma pauvre mère.

AUGUSTE, décachetant le paquet—Plus de doute! voici cette fameuse contre-lettre signée Jolin; voici l'acte notarié par lequel j'abandonnais à Berthe ou à son enfant le revenu de mes biens. Par haine pour le meurtrier de son frère, elle n'a pas voulu faire usage de ces pièces... Adrien, Adrien, me crois-tu maintenant?

ADRIEN, se jetant dans les bras—Mon père!

AUGUSTE—Mon fils!... J'ai un fils, moi, l'aventurier, l'homme sans nom; le paria des cinq parties du monde! Oh! si j'avais su le bonheur qui m'était réservé, comme j'aurais fui le danger, comme j'eusse été lâche!... Mais rien ne m'avait révélé ton existence. Une fois, aux Antilles, je rencontrai un capitaine de navire que j'avais connu à Québec; il me raconta la disparition de Berthe; il me fit entendre suivant la croyance commune, qu'elle avait attenté à ses jours. Alors je cherchai le péril avec une espèce de fureur; je me jetai à corps perdu dans les entreprises les plus téméraires; tantôt riche, tantôt pauvre, je parcourais la terre ne me trouvant bien nulle part, sans but, sans désirs, sans jouissances... Et pendant ce temps, j'avais un fils! et il est beau, il est bon, il est généreux! Il m'a aimé, il m'a sauvé la vie avant de me connaître... Oh! c'est trop! c'est trop! (Il fond en sanglots.)

ADRIEN—Vous ne partirez pas, n'est-ce pas maintenant?

AUGUSTE—Partir? Oh! non, non! Te quitter, jamais!... Nous serons heureux ensemble.

BLANCHE—Et moi Adrien, et moi, monsieur DesRivières? n'aurai-je pas une petite part dans votre joie?

AUGUSTE—Vous! la jolie tourterelle de mon tourtereau! Vous la perle jumelle de mon écrin! vous partagerez notre bonheur en le complétant; vous serez ma fille comme il est mon fils. Je vous réunirai tous les deux sous mes ailes, et je vous défendrai du bec et des ongles, comme la poule défend ses petits... Jesus mein Gott! triple tonnerre, ma tête se détraque... me voilà poule couveuse, à présent! Je ris et je pleure à la fois... Elle est si belle, si douce et si gracieuse, ma fille!... Et mon fils, il est si brave, si honnête, si dévoué!... Vous vous aimerez et vous m'aimerez. Quand nous serons seuls, tout seuls, vous m'appellerez votre père, n'est-ce pas? Et plus tard vos enfants... Oh! mais que vais-je dire là, moi? Ne m'écoutez pas, tenez, ne m'écoutez pas. Je délire, j'extravague, et vous ne voudriez pas pour père de ce fou ridicule qu'on surnommait autrefois la Bourrasque...

ADRIEN—Mais, mon père, ce bonheur dont vous parlez ne pourra jamais se réaliser!

AUGUSTE—Qui dit cela?

ADRIEN—Mais vous oubliez donc...

AUGUSTE—Blanche sera ta femme, entends-tu? Oui, elle sera ta femme, dussé-je, moi-même, tordre le cou à ce vieux scélérat de Jolin!... Mais tu ne sais donc pas, Adrien? Cette contre-lettre, nous la possédons maintenant. Tout ce que Jolin a m'appartient...

BLANCHE—Mais, monsieur, les préjugés de ma mère contre Adrien...

AUGUSTE—Votre mère? Oh! ses préjugés ne tiendront pas quand elle verra Adrien immensément riche, et Jolin ruiné. Soyez tranquille, je me charge de tout...

SCÈNE IV

LES PRÉCÉDENTS, Mme SAINT-VALLIER, JOLIN.

JOLIN, entrant avec Mme Saint-Vallier—Ah! ah! ah! La voilà donc enfin cette belle princesse fugitive qui vient réclamer l'assistance des chevaliers errants.

AUGUSTE—Silence, monsieur! Vous n'avez aucun droit sur cette jeune fille; épargnez-vous donc les injures et les menaces.

Mme SAINT-VALLIER—J'espère qu'on ne me contestera pas, à moi, le droit de traiter cette sotte créature comme elle le mérite... Quitter sa mère et une maison honnête pour se réfugier dans un cabaret, avec...

AUGUSTE—Madame, si Mlle Blanche a fait une démarche imprudente, la faute n'est pas à elle, mais à vous. Quand une mère aveugle, au lieu de défendre sa fille, la laisse exposée aux entreprises, aux insultes d'un misérable, il faut bien que la pauvre enfant se défende elle-même. Mais votre droit est sacré. Reprenez votre fille... Seulement, sachez-le bien, d'autres défenseurs plus clairvoyants veilleront à sa sûreté.

JOLIN—Allons, ces messieurs commencent à mettre de l'eau dans leur vin...

AUGUSTE—Jolin, nous sommes modérés, parce que nous sommes forts. Si tu en doutes, regarde! (Il lui montre la contre-lettre d'une main, pendant que de l'autre il empêche Jolin d'y toucher.) Ne bouge pas; ne fais pas un mouvement, sur ta vie! A cette distance, tu peux reconnaître ta signature... Tu sais ce que cela veut dire. Avant vingt-quatre heures, tu me rendras tes comptes.

JOLIN—La pièce est fausse; elle a été forgée par vous.

AUGUSTE—Tu diras cela à l'homme de loi à qui je vais la confier. Maintenant tu peux partir!

JOLIN—Malédiction!... Mais je me vengerai! (Il sort.)

Mme SAINT-VALLIER—Mais quel est donc ce papier dont il a si grand'peur?

AUGUSTE—Madame, c'est un acte en vertu duquel les magnifiques propriétés provenant de ma famille, enfin toute la fortune de Jolin, n'appartient pas à Jolin, mais à M. Adrien Launière que voici.

Mme SAINT-VALLIER—A M. Adrien!...

SCÈNE V

CAYOU, JOSEPTE, LES PRÉCÉDENTS, excepté JOLIN.

JOSEPTE, entrant avec Cayou—Ah! mon Dieu! mon Dieu! sainte misère humaine, j'crairai jamais ça...

AUGUSTE—Qu'est-ce que c'est mes bons amis?

JOSEPTE—Imaginez-vous.

CAYOU—Laisse-moi parler, Josepte.

JOSEPTE—Que Jolin...

CAYOU—Que Jolin vient d'être pris...

JOSEPTE—Laisse-moi donc parler, Cayou...

CAYOU—Par la police.

JOSEPTE—Oui, et pis Bertrand, et pis Thibeault... et pis d'autres!... Y disent que c'est tous des voleurs des malfecteurs, des meurtriers...

CAYOU—La bande de voleurs du Carouge... il parait que Jolin était leur chef... Les policemen l'ont dit... Ah! la crasse!...

JOSEPTE—Sainte misère divine! qui c'qu'aurait jamais cru ça!...

CAYOU—Y viennent de passer, là; ils les emmènent à Québec...

AUGUSTE—Laissez-les passer; c'est la justice des hommes qui précède la justice de Dieu... Eh bien, bonne maman Saint-Vallier, à quand le mariage de nos enfants?

Mme SAINT-VALLIER—Nos enfants?

ADRIEN—Quoi madame, ignorez-vous que M. DesRivières est mon...

AUGUSTE—Votre ami, Adrien, seulement votre ami... (À Mme Saint-Vallier.) Cependant voyez comme l'on change! nos jeunes gens si fiers et si délicats hier, ne rougiront plus d'accepter la donation de tous mes biens quand nous signerons leur contrat de mariage... car nous le signerons bientôt, n'est-ce pas?

Mme SAINT-VALLIER—Il le faudra bien, puisque décidément M. Launière mérite l'estime et la considération.

AUGUSTE—C'est cela!... Allons, mes enfants, embrassons-nous, et que ça finisse!...

(La toile tombe.)