X

GASTON PREND SA REVANCHE.

Gaston ne dormit pas.

Tantôt résigné, tantôt désespéré, il comptait les heures une à une, se promenant de long en large, s'arrêtant parfois pour ne plus entendre que l'impassible tic-tac de la vieille horloge. Le cœur meurtri, l'âme accablée par une immense douleur, il maudissait le monde et la vie. Mais la droiture de son caractère, aussi bien que l'affection qu'il portait à Bouchot, lui traçait son devoir, et il n'était pas homme à hésiter. Il devait hâter l'union de son ami et d'Aimée, puis s'éloigner au plus vite pour étouffer sa passion coupable et la cacher aux yeux perspicaces de ceux qui l'entouraient. Cette résolution, il eût voulu l'exécuter sur l'heure. Quelle fatalité présidait donc aux événements de sa vie? Quoi, après la catastrophe qui l'avait rejeté sanglant, désolé sons le toit de Mademoiselle, alors qu'il aspirait au calme, au repos, à l'oubli, voilà qu'un orage imprévu venait l'assaillir et livrer de nouveau son âme à la douleur!

Rival de Bouchot! cette idée l'irritait. Le secret de son tardif amour, aussi bien que de celui de l'artiste, s'expliquait facilement. D'abord, dans la jeune fille transformée par l'âge, les deux amis avaient continué à voir la petite compagne qu'ils considéraient comme une sœur. Mais le temps et la douleur, en mûrissant Aimée, avaient développé ses qualités morales. Si la beauté d'Hélène troublait les sens, la petite fille du docteur, avec son regard profond, sa grâce et son naturel, faisait des conquêtes moins rapides, mais plus durables. Aimée, à son insu, sans coquetterie, séduisit à la fois les deux convalescents, dont l'âme, en dépit de la diversité de leur humeur, était si propre à comprendre la sienne.

Le jour parut; Gaston regardait sans voir, écoutait sans entendre; son âme seule veillait et souffrait. Le bruit d'une porte qui s'ouvrait le ramena à la réalité; il secoua la tête à la vue d'un rayon de soleil qui dorait les vitres de sa fenêtre et se leva.

«Quels terribles adversaires que l'amour et l'amitié lorsqu'ils se mettent à lutter, pensa-t-il. Ma raison a beau faire, il n'y a qu'une route à suivre; il faut, dussé-je en mourir, que Bouchot soit heureux.»

Vers sept heures il gagna le jardin, il y trouva Mademoiselle, toujours matinale.

«Qu'as-tu donc? s'écria-t-elle en le voyant pâle, défait, les yeux rouges.

—Je n'ai pu dormir, répondit-il avec un peu d'embarras.

—On te croirait malade; remonte chez toi bien vite, je vais recommander à Aimée de ne pas s'approcher de son piano de la matinée, et tu reposeras jusqu'à l'heure du déjeuner.

—C'est inutile, chère tante, je vais vous dire adieu tout à l'heure, je pars.

—Pour Maulette?

—Pour Paris.»

Mademoiselle regarda son neveu comme pour s'assurer qu'il parlait sérieusement; puis elle se laissa tomber sur un banc. Gaston s'assit près d'elle, silencieux, préoccupé. Il appuya soudain la tête sur l'épaule de celle qui lui avait servi de mère et ne put contenir un sanglot.

«Tu souffres? que t'arrive-t-il, bon Dieu? confie-moi vite la cause de ton chagrin. Réponds, réponds-moi donc, cruel enfant, répéta Mademoiselle dont les larmes coulaient à la vue de la douleur de son neveu; ne vois-tu pas que tu me fais mourir?»

Gaston se redressa; il essaya de sourire.

«Ce n'est rien, chère tante, dit-il, rien qu'un enfantillage. Au moment de vous quitter, je me suis souvenu de cette époque où l'on m'a entraîné loin de vous, et toutes les anciennes blessures de mon cœur se sont rouvertes.»

Mademoiselle secoua la tête d'un air de doute.

«Il se passe quelque chose que tu veux me cacher. Ce départ, tu n'y songeais pas hier.»

Gaston demeura muet.

«Voyons, continua Mademoiselle qui l'attira sur sa poitrine comme lorsqu'il était petit, confesse-toi, je réussirai peut-être à te consoler. Ce n'est pas pour un enfantillage qu'un homme comme toi pleure. Tu aimes encore Hélène, tu souffres de ne plus la voir, et c'est elle que tu vas chercher?

—Non, s'écria Gaston, je ne puis plus que maudire celle que vous venez de nommer.

—Je le regrette, mon pauvre ami; elle est ta femme, après tout, et ce sont les plus belles années de votre existence à tous deux qui vont s'écouler dans l'isolement. Voyons, n'est-il aucun moyen de vous rapprocher.

—Je ne l'aime plus.

—Reste près de moi, alors; que vas-tu chercher à Paris?

—La gloire, répondit Gaston; il est temps que je vous rende fière de votre neveu.

—Je le suis, répondit Mademoiselle qui le baisa au front. Toute mon ambition est satisfaite lorsque tu es là près de moi, que je m'appuie sur ton bras et que je sens combien tu m'aimes.

—Mais vous avez l'âme trop haute, chère tante, pour vouloir que je me condamne à l'oisiveté. Il est un vide dans mon cœur qu'il me faut combler, puisque l'amour ne doit plus le remplir. Je veux essayer d'être utile.

—Vous autres hommes d'imagination, répondit Mademoiselle, vous placez le bonheur si haut que vous réussissez rarement à l'atteindre, et vous rendez le sort responsable de vos déceptions. Ce n'est pas un blâme que j'exprime, dit-elle à un mouvement de Gaston, c'est un regret. Du reste, tout ce qui pourra te distraire, je le trouve bon. Va donc, mon pauvre enfant, mais reviens vite; personne n'est heureux ici lorsque tu es absent.»

Elle demeura un instant pensive, puis elle ajouta:

«Ta détermination a donc été prise ce matin? hier au soir, tu parlais d'accompagner ton parrain à Dreux.

Gaston prononça le nom de son ami.

Mademoiselle sourit tout à coup.

—Ah! dit-elle, me voila soulagée et je suis sûre de te revoir bientôt;
M. Bouchot te ramènera.

—Il me ramènera, répéta machinalement Gaston.

—Oui, sans doute; tu peux bien me mettre dans la confidence, il aime notre petite Aimée, n'est-ce pas?»

Gaston dut faire un effort suprême pour cacher son trouble.

«Oui, répondit-il; mais elle?

—Je puis te confier l'autre moitié du secret; tu ne la trahiras pas: elle aussi, l'aime. Quand je songe que, pendant dix années, c'est toi que j'ai rêvé comme mari de ma chère Aimée. Dieu, les beaux châteaux en Espagne que je construisais, dans ce temps-là! Un jour, tu as soufflé dessus, il n'en a pas fallu davantage pour les détruire de fond en comble. J'en ai pleuré, car cette union… Mais à quoi bon rappeler un passé irrémédiable? Voyons, est-ce que cela ne te fait pas plaisir de songer que ton ami se charge du bonheur d'Aimée?

—Allons, pensa Gaston qui fit quelques pas; comme le gladiateur antique, sachons sourire avec une blessure mortelle au cœur.

—Où vas-tu? demanda Mademoiselle avec vivacité.

—Appeler Bouchot et lui apprendre que son amour est partagé.

—Reste, s'il te plaît; tu sembles oublier que c'est un secret que je t'ai confié. Laisse agir ton ami, c'est à lui qu'il appartient de porter le premier la parole, et son habit noir d'hier trahissait des intentions qui se révéleront probablement aujourd'hui. Tout ce que je te permets, c'est de l'encourager au besoin.»

Gaston se rassit; il parut oublier la présence de sa tante.

«Quoi! dit-elle, la pensée de voir heureux tous les êtres qui te sont chers ne suffit pas à te dérider?

—Le mariage m'apparaît sous un jour si sombre, ma chère tante, que je suis tenté de plaindre ceux pour lesquels vous croyez devoir vous réjouir.

—Je comprends l'amertume de tes souvenirs, répondit Mademoiselle d'une voix grave; mais je sais aussi que tu as une grande âme, et que le bonheur des antres ne saurait te porter ombrage. Nous savons souffrir, toi et moi, car Dieu ne nous a pas épargné les épreuves, et cependant il en est d'autres que sa main traite encore plus sévèrement. Te voilà veuf, continua-t-elle avec affection, tu as aimé sans être payé de retour. Eh bien, tu vivras comme ta vieille tante, qui possédait un cœur que l'on a dédaigné comme le tien. Aujourd'hui nous n'avons plus guère qu'un malheur à redouter, c'est que Dieu ne nous ravisse l'un à l'autre.»

Gaston s'empara de la main de Mademoiselle.

«Je dois te précéder, continua-t-elle un peu émue, dans ce monde où je rendrai compte à ta mère de ton bonheur dont je m'étais chargée. Si je n'ai pas réussi, c'est que Dieu ne l'a pas voulu, tu me rendras toi-même témoignage. Ne te chagrine pas; je le ferai le plus tard possible, ce terrible voyage. J'en voulais venir à ceci: je comprends tes idées d'ambition, ce n'est pas à Houdan qu'on peut devenir célèbre; pars donc, mais reviens souvent, tu ne m'auras pas toujours, et je serai bien aise moi-même d'embrasser de temps à autre le petit enfant que j'ai bercé.»

Gaston se précipita aux genoux de sa tante et lui couvrit les mains de baisers.

«Allons, dit Mademoiselle en le relevant, la tristesse est contagieuse; je voulais te consoler, et c'est moi qui me suis laissé attendrir. Heureusement que ton parrain n'est pas là pour nous gronder. Je me retire; nous avons besoin l'un et l'autre de reprendre notre sang-froid.»

Mademoiselle s'éloigna, gravit avec lenteur les marches du perron, et se retourna pour sourire à son neveu, qui la contemplait immobile.

«Je vais t'envoyer Aimée, lui cria-t-elle au moment de disparaître.

—Noble et sainte femme! murmura Gaston; quoi qu'il arrive, ton fils adoptif sera digne de toi.»

Longtemps il demeura pensif, préparant, étudiant à l'avance le rôle qu'il devait jouer, afin que nul ne pût soupçonner la passion qui le torturait. C'était surtout aux yeux de Bouchot qu'il fallait à tout prix cacher ce secret. L'artiste, qui déjà avait exposé sa vie pour Gaston, était capable de tous les héroïsmes et renoncerait certainement au bonheur plutôt que de causer le désespoir de son ami. Peu à peu, comme il arrive aux caractères élevés, Gaston trouva un apaisement, une sorte de joie amère dans l'abnégation que lui imposait son amitié. Il se sentait à la hauteur des épreuves que lui préparait le sort, et ce fut avec résolution qu'il entreprit de combattre et de vaincre la plus impérieuse des passions humaines: l'amour.

«Ah! pauvre cœur, dit-il, en pressant sa poitrine de ses deux mains, tes battements, si douloureux qu'ils soient, ne m'empêcheront pas d'obéir à ma conscience.»

A l'heure du déjeuner, Gaston, reprenant le ton enjoué qui, la veille, avait si fort égayé ses amis, se plut à embrasser à la fois Aimée et Bouchot. A la brusque révélation de leur passion mutuelle, faite à haute voix, les deux jeunes gens se levèrent interdits, anxieux, lançant à Gaston des regards indignés. Aimée s'enfuit confuse, tandis que l'artiste, pris d'une toux subite, saisissait le bras de son ami pour lui imposer silence. Mademoiselle et M. de Champlâtreux, tout en souriant, avaient peine à ne pas laisser déborder leurs larmes à la pensée du bonheur qui attendait leurs enfants d'adoption. Le soir, ce fut encore Gaston qui, vêtu de noir à son tour et d'un ton cérémonieux, demanda au docteur la main d'Aimée pour Bouchot. Certes, le bon docteur s'attendait à cette demande; pourtant il chancela, ses lèvres tremblèrent, et, moins vaillant que Mademoiselle et M. de Champlâtreux, il se jeta dans les bras de son filleul sans dissimuler son émotion.

«Tu as entendu? dit-il à Aimée accourue près de lui. Réponds toi-même, je te laisse libre.

—Elle a déjà répondu ce matin, s'écria Catherine, qui déroulait un immense mouchoir à carreaux.

—Et qu'a-t-elle dit?

—La même chose que nous, pardine! elle s'est mise à pleurer.»

Durant trois semaines, Gaston, plus actif, plus gai en apparence qu'on ne l'avait jamais vu, s'occupa des démarches nécessaires pour hâter l'union des deux fiancés, se montrant aussi pressé qu'eux. Chaque soir, alors que le tic-tac de la vieille horloge retentissait seul dans la maison, il écoutait les interminables confidences de Bouchot, qui, sans le savoir, tournait et retournait un fer rouge dans le cœur de son ami. Plus d'une fois, défaillant, prêt à se trahir, Gaston sentit un sanglot monter à sa gorge et l'étouffer. La chair, torturée, meurtrie, se révoltait; mais l'âme implacable la forçait à souffrir en silence. Les plus rudes épreuves qu'eût à subir le jeune marquis lui vinrent d'Aimée. Familière, confiante avec celui qu'elle considérait depuis longtemps comme un frère, elle l'embrassait dix fois par jour à l'adresse de Bouchot, ou l'entraînait au fond du jardin pour parler à son aise de celui dont elle allait porter le nom. Gaston, souriant, héroïque, appréciait alors l'adorable candeur de cette enfant qui aurait pu être sa femme. «Je te la destinais», avait dit Mademoiselle. Quoi, sans le soupçonner, sans le deviner, il avait effleuré ce bonheur dont Bouchot plus clairvoyant allait s'emparer! Dans ces moments, Gaston ne pouvait s'empêcher de songer à Hélène, de déplorer sa froideur et sa frivolité.

Mais si l'âme de Gaston se trouva à la hauteur de la tâche qu'il s'était imposée, son corps, plus rebelle, trahit bientôt, par son affaissement, les luttes secrètes qui l'épuisaient. Mademoiselle s'inquiétait de temps à autre de sa pâleur, de son activité fébrile, de l'éclat de son regard à l'expression si calme et si douce d'ordinaire. A plusieurs reprises, elle avait remarqué qu'il s'arrêtait au milieu d'un sourire commencé, qu'aussitôt qu'il se croyait seul son visage devenait soudain grave et morne. Aux questions de sa tante, le jeune homme répondait en l'embrassant ou en se plaignant de migraines imaginaires.

Le grand jour arriva. Gaston, épuisé par une nuit d'insomnie, était prêt avant l'aube. Absorbé, immobile, il comptait les heures où, se retrouvant enfin libre, il pourrait s'enfuir, arracher le masque dont il se couvrait, et, loin de tout regard importun, s'abandonner à son désespoir. Son énergie, son empire sur lui-même avaient pu lui donner la force de dissimuler, mais ses efforts avaient été vains pour arracher de son cœur la cruelle passion qui le consumait. Il fut arraché à sa rêverie par le bruit d'un joyeux carillon qui, du clocher de la vieille église, éparpillait ses notes dans l'air comme une volée d'oiseaux.

«C'est le glas de ma dernière illusion», se dit-il avec tristesse; puis, le sourire aux lèvres, il alla baiser la main d'Aimée et embrasser Bouchot.

Le ciel, clément pour l'artiste, était sans nuages, et le soleil déjà chaud éblouissait les yeux. Une foule de femmes, de vieillards, d'enfants endimanchés, se joignit au cortège pour faire honneur à Mademoiselle et au docteur, aussi aimés, aussi respectés l'un que l'autre. L'église, inondée de rayons, avait sa grande porte de chêne ouverte à deux battants, et le maître-autel, blanc et or, scintillait sous l'éclat lumineux de cinquante cierges. Sur les dalles grises, autour des deux fiancés, se reflétaient les mosaïques multicolores des vitraux; on eût dit des fleurs de feu. Le curé parut, leva les bras vers le ciel, et l'on s'agenouilla.

Durant la cérémonie, le regard de Gaston s'arrêta d'abord sur un grand christ en ivoire dont la tête à l'expression douce, triste, résignée, ceinte de sa triomphale couronne d'épines et penchée sur l'épaule gauche, semblait contempler les assistants. Gaston souffrait, il courba le front devant le divin martyr et pria; l'orgue, s'éveillant tout à coup, fit résonner sa voix puissante, dont les sons, d'abord lents, graves, solennels, l'attendrirent. Il laissa couler ses larmes sans honte et son cœur se dégonfla. Bientôt l'instrument eut des notes plus vives, plus tendres, plus émues, auxquelles vinrent s'unir les voix fraîches des enfants de chœur, et l'esprit de Gaston, comme il arrive dans les moments suprêmes, se retourna vers le passé. Il se revit isolé, perdu, grelottant sur la place Saint-Jacques, en face de Bouchot exécutant le pas de Giselle. En un instant, il passa en revue sa misérable enfance, si cruelle, si éprouvée, mais soutenue, réchauffée, consolée par la bonne humeur, la droiture, le dévouement du cher être qui, agenouillé en ce moment près d'Aimée, était encore pâle du sang qu'il avait répandu pour épargner celui de son ami. L'immensité de sa dette envers l'artiste apparut plus clairement que jamais à Gaston.

«Quoi que je fasse, pensa-t-il en regardant Bouchot, je ne pourrai jamais que l'égaler.»

Il se leva, fier de la victoire qu'il avait remportée sur lui-même, le regard calme et assuré. Ce fut d'un bras ferme qu'il soutint le poêle frangé d'or au-dessus de la tête des fiancés; ce fut d'une voix sincère qu'il mêla sa prière à celle du prêtre appelant les bénédictions du ciel sur les nouveaux époux; et ce fut du fond de l'âme qu'il applaudit aux cloches, dont la voix, un instant contenue, porta soudain vers Dieu le serment que venaient d'échanger Aimée et Bouchot.

L'artiste, convaincu par les conseils de son ami, s'était décidé à partir pour l'Italie, et, le soir même de son mariage, en compagnie d'Aimée, du docteur et de M. de Champlâtreux, il regagna Paris. Vers dix heures du soir, Gaston, revenant du chemin de fer, rentra dans la petite maison redevenue solitaire et silencieuse. Il embrassa Mademoiselle et se retira.

Par une contradiction étrange, il était à la fois tranquille et triste, satisfait et navré. Il lui semblait sentir un autre lui-même se révolter et se désespérer. Il s'agenouilla près de son lit et pleura longuement sans en avoir conscience. Tout à coup il sentit une main s'appuyer sur son épaule; il se redressa et se trouva en face de sa tante, qui l'enveloppait de son beau regard.

«Du courage, lui dit-elle d'une voix émue; tu as noblement agi et tu dois être content de toi.»

Gaston, surpris, allait répondre.

«J'ai tout deviné, continua Mademoiselle, qui pressa la tête de son neveu contre sa poitrine; ne suis-je pas ta mère, moi? Mais ne parlons que de l'avenir. Que comptes-tu faire?

—Retourner à Paris et reprendre mes travaux.»

Mademoiselle parut réfléchir.

«J'aurais voulu te garder près de moi, reprit-elle enfin; mais tu as raison, ici tu te souviendrais trop. Songe toujours à moi, continua-t-elle, les mains étendues comme pour bénir, et laisse agir ce grand auxiliaire de Dieu: le temps.»