I-J

Jactatio. Gloriatio. Ostentatio. Venditatio.

Jactatio et gloriatio, défauts qui ont leur origine dans la vanité et la suffisance : jactatio, défaut du fat qui se donne de grands airs, qui fait étalage de ses avantages et de ses mérites, qui les fait ressortir par ses paroles et ses gestes, avec une idée accessoire d’étourderie ; gloriatio, défaut du fanfaron qui publie hautement ses avantages ou ses mérites, avec une idée accessoire d’impertinence. L’ostentatio et la venditatio ont leur origine dans un calcul habile de l’effet qu’on peut tirer d’une fausseté : l’ostentation, ostentatio, cherche à déguiser sous des apparences brillantes une pauvreté réelle ; la représentation, venditatio, veut paraître en faisant valoir outre mesure certains avantages.

Idoneus. Aptus.

Idoneus, qui a ce qu’il faut pour être employé à quelque chose, aptus, pour le faire, F. A. Wolf. En d’autres termes, l’idoneus est propre à un emploi par des qualités quelconques et par le concours des circonstances, ἐπιτήδειος ; l’aptus, par sa valeur personnelle, par sa capacité, ἱϰανός. L’idoneus est inactif par lui-même ; on se sert de lui pour atteindre un but, parce qu’il est un instrument commode ; l’aptus entre de lui-même dans une affaire, parce qu’il a les dispositions nécessaires pour réussir.

Ignavia. Inertia. Segnitia. Desidia. Socordia. Pigritia.

1. Ignavia, opposé à industria, l’amour du désœuvrement considéré comme une dérogation à la loi du devoir, en ce sens qu’on n’est homme, qu’on ne se distingue du vulgaire, qu’on ne vaut par soi-même que si on est doué du goût de l’action ; inertia, le même amour envisagé comme une infraction à la loi du travail, en ce sens que l’homme ne devient un membre utile, plus ou moins estimable de la société, que par son activité pratique. L’oisiveté, ignavia, est entée sur le naturel ; l’action lui répugne ; la fainéantise, inertia, est affaire d’habitude et de caractère ; elle ne se soucie point de travailler. Un méchant esclave est un fainéant, iners ; un noble qui vit sans rien faire est un oisif, ignavus.

2. Segnitia, desidia, socordia et pigritia, défauts divers d’un tempérament trop tranquille. La nonchalance, segnitia, attend qu’on l’excite, qu’on la contraigne, qu’on la prenne corps à corps avant de renoncer au repos ; elle a pour opposé promptus. L’indifférence, desidia, se croise les bras et attend que les choses se fassent d’elles-mêmes. L’apathie, socordia, est incapable de prendre à quoi que ce soit un vif intérêt et néglige ses devoirs faute d’y songer. La paresse, pigritia, a une horreur naturelle de toute espèce de mouvement et n’est heureuse que dans les bras du repos.

Ignominia. Infamia. Dedecus. Probrum. Opprobrium.

1. L’ignominia ôte l’honneur légal dont la perte ne dépend point des propos du public, mais d’une juste réprimande infligée par un magistrat, un censeur, par exemple, ἀτιμία ; l’infamia ôte l’honneur moral, la bonne réputation ; elle tient au mépris public, elle est la suite d’une conduite honteuse et déshonorante, δυσφημία.

2. Ignominia et infamia sont des termes abstraits qui marquent l’état d’une personne déshonorée ; dedecus et probrum, des termes concrets qui marquent la cause de cet état, l’acte déshonorant. Le dedecus s’écarte des façons d’un homme d’honneur, de la noblesse qu’on s’attendait à retrouver dans toutes ses actions ; le probrum entache la moralité d’un homme qu’on croyait du moins capable de se conduire honnêtement. La bassesse expose au dedecus dans les fonctions publiques ; l’inconduite, au probrum dans les relations privées.

3. Probrum, reproche qu’on serait en droit de nous adresser ; opprobrium, reproche formulé. Probrum appelle l’attention sur la honte qui a été encourue ; opprobrium, sur le blâme qui s’exprime hautement.

Ignoscere. Veniam dare.

Ignoscere est un acte moral : c’est pardonner de tout cœur, remettre et oublier, par opposition à garder rancune, comme συγγιγνώσϰειν ; veniam dare est un acte politique ; c’est substituer la clémence à la justice, par opposition à châtier, comme μεθιέναι. L’ami, l’égal pardonne, ignoscit ; le supérieur, le puissant fait grâce, veniam dat. Cic. Man. 3. “Illis imperatoribus laus est tribuenda quod egerunt ; venia danda quod reliquerunt.” “Il faut louer ces généraux de ce qu’ils ont fait ; il faut leur faire grâce pour ce qu’ils ont laissé inachevé.” Comparez avec Att. XVI, 16.Ignosce mihi quod eadem de re sæpius scribam.” “Pardonne-moi de revenir si souvent sur le même sujet.”

Imago. Simulacrum. Statua. Signum.

1. Imago et simulacrum, termes généraux, représentation d’un objet par la première œuvre venue de sculpture ou de peinture : l’imago se rattache à l’original, comme la copie au modèle, par une ressemblance frappante, εἰϰών ; le simulacrum s’oppose à l’original, à l’être véritable, c’est une imitation qui fait illusion, εἴδωλον. Statua, signum et effigies sont exclusivement des ouvrages de sculpture ; tabula et pictura, exclusivement des tableaux.

2. Simulacrum et statua s’entendent de la reproduction complète d’une forme donnée, comme les statues en pied de la sculpture ; effigies et imago marquent par préférence la reproduction des parties caractéristiques, nommément des traits du visage ; effigies, dans la sculpture ; ce sont des bustes ; imago, dans la peinture ; ce sont des têtes. Tac. Ann. I, 74. “Alia in statua amputato capite Augusti effigiem Tiberii inditam.” “Il avait coupé la tête à une autre statue qui représentait Auguste et remplacé cette tête par un buste de Tibère.” XIV, 61.Effigies Poppææ proruunt, Octaviæ imagines gestant humeris.” “Le peuple renverse les bustes de Poppée et promène sur ses épaules les portraits d’Octavie.” H. II, 3.Simulacrum deæ non effigie humana.” “La déesse est représentée avec des traits qui s’écartent de la nature humaine.” Cic. Tusc. III, 2, 3. “Optimus quisque consectatur nullam eminentem effigiem (virtutis) sed adumbratam imaginem gloriæ.” “Ce n’est point la vertu avec ses traits frappants et sculptés, c’est un portrait indécis de la gloire qui entraîne à sa suite les meilleurs d’entre nous.”

3. Signum, toute espèce de sculpture, par opposition à tabulæ et picturæ ; simulacrum, statue sacrée, celle d’un dieu, ἄγαλμα ; statua, statue profane, celle d’un homme, ἀνδριάς. Cic. Cat. III, 8.Simulacra deorum immortalium depulsa sunt et statuæ veterum hominum dejectæ.” “Les statues sacrées des dieux immortels furent expulsées, les statues profanes des anciens héros abattues.” Verr. I, 22. “Legati deorum simulacra venerabantur, itemque cætera signa et ornamenta lacrimantes intuebantur.” “Les députés adoraient les statues sacrées des dieux, et la vue des autres œuvres de sculpture et de décoration leur arrachait des larmes.”

Imitatio. Æmulatio. Certatio. Rivalitas. Simulatio.

1. Imitari marque simplement, sans idée morale accessoire, un effort pour produire quelque chose qui ressemble à un objet donné ; æmulari marque, outre l’effort d’imitation, le désir d’égaler ou de surpasser celui qu’on imite en considération, en honneur, en succès. L’imitatio n’a en vue que l’objet donné ; c’est une tendance généralement modérée et louable ; l’æmulatio n’a d’yeux que pour la personne ornée de la qualité qui vaut la peine d’être imitée ; elle se montre toujours sous les traits d’une passion plus ou moins vive, louable ou blâmable, suivant qu’elle tire son origine d’un amour honnête ou d’un amour désordonné des honneurs. Plin. Ep. VII, 30. “Demosthenis orationem habui in manibus non ut æmularer (improbum enim ac pæne furiosum), at tamen imitarer ac sequerer tantum.” “J’ai étudié ce discours de Démosthène. Je n’ai point la prétention téméraire et presque folle d’être son émule, mais je veux être du moins son imitateur et son élève.”

2. L’æmulus est au-dessous de son adversaire, il vise à l’atteindre et à l’égaler un jour ; le certator et le concertator lui sont égaux, ils visent à le battre et à le vaincre.

3. L’æmulatio dispute une supériorité quelconque ; la rivalitas soutient une lutte pour emporter la première place dans le cœur d’une personne. Cic. Tusc. IV, 26, 56. “Illa vitiosa æmulatione quæ rivalitati similis est, æmulari quid habet utilitatis ?” “A quoi bon poursuivre une personne de cette émulation fâcheuse qui ressemble à de la jalousie ?”

4. L’imitatio est un effort pour devenir ce qu’on n’est pas encore, mais ce qu’on deviendrait volontiers et ce qu’on peut devenir en effet ; la simulatio, un effort pour paraître ou devenir ce qu’on n’est point, ne peut ni ne doit être, parce que la nature s’y oppose. L’imitatio est le chemin qui conduit à un idéal réel ou imaginaire ; la simulatio reste toujours un plagiat.

Impertire. Tribuere. Participare. Communicare.

Impertire et tribuere signifient partager, distribuer, sans donner à entendre que le donateur réserve une part pour lui : impertire présente ce partage comme un acte libre, volontaire, de pure bonté ; tribuere, comme un acte de justice et de prudence. Participare et communicare, admettre les autres à un partage dont on profite soi-même : participare, faire participer, se rapporte généralement à la personne qui reçoit, qui est appelée à prendre part, communicare, mettre en commun, à la chose dont on fait part et à l’usage de laquelle cette personne doit participer.

Imus. Infimus.

Imum, la partie la plus basse dans un tout indivisible ; infimum, la base ou le dessous dans un tout divisible. L’imum est en bas ; l’infimum, en dessous. Cic. Rosc. com. 7. “Ab imis unguibus usque ad summum verticem.” “De la plante des pieds au sommet de la tête.” Comparez avec Divin. I, 33. “Ut ab infima ara subito anguis emergeret.” “Un serpent sortit tout à coup de dessous l’autel.” Et avec N. D. II, 20. “Luna infima est quinque errantium.” “Des cinq planètes, c’est la lune qui est en dessous.” Imus n’exprime d’ailleurs qu’un rapport de lieu ; infimus contient une idée accessoire, celle du dernier rang.

Inanis. Vacuus.

Inanis, ce qui est vide au lieu d’être rempli, ce qui ne contient rien, par opposition à plenus ; vacuus, ce qui est vacant et peut encore se remplir, ce qui n’a point de maître, par opposition à occupatus ou à obsessus. Tac. Ann. VI, 34. “Jason post avectam Medeam genitosque ex ea liberos inanem mox regiam vacuosque Colchos repetivit”, c’est-à-dire le palais désert, mort, et le peuple sans maître. Au figuré : inane, c’est ce qui n’existe point, vacuum ce qui est libre.

Incipere. Ordiri. Inchoare. Coepisse.

1. Incipere, marque le commencement par opposition à l’inaction qui précède et qui suit, c’est-à-dire, à cessare et à desinere, desistere, finire ; ordiri, par opposition à la continuation de l’action, c’est-à-dire à continuare, et à son correspondant intransitif pergere ; enfin, inchoare, incohare, par opposition à l’achèvement ou à l’accomplissement de l’action, c’est-à-dire à perficere, consummare, peragere, absolvere, etc. Cic. Off. I, 37. “Ut incipiendi ratio fuerit, ita sit desinendi modus.” “Sachez entrer en matière, sachez aussi vous arrêter.” Varron. R. R. III, 16. “Apes cum evolaturæ sunt, aut etiam inceperunt, consonant vehementer.” “Lorsque les abeilles vont s’envoler ou qu’elles viennent de partir, elles font entendre un fort bourdonnement.” Cic. Finn. IV, 6. “Hoc inchoati cujusdam officii est, non perfecti.” “Ceci n’est encore qu’une ébauche et non point une œuvre achevée.” Cic. Fr. ap. Non.Perge, quæso, nec enim imperite exorsus es.” “Continuez, je vous prie, votre début n’est point maladroit.”

2. Cœpi a le même opposé qu’incipere. Sen. Cons. Polyb. 20. “Quicquid cœpit et desinit” ; mais cœpi appelle plus fortement l’attention sur l’action qui commence, et incepi sur le commencement que prend l’action. Cœpi est une sorte de verbe auxiliaire, incepi est emphatique ; cœpi se rapporte d’habitude à un infinitif et incipere à un substantif. Cic. Verr. V, 10. “Quum ver esse cœperat (sed quum rosam viderat, tum ver incipere arbitrabatur), dabat se labori.” “Quand le printemps revenait, mais le printemps ne datait pour lui que des roses, il affrontait la fatigue.”

Incitare. Instigare. Irritare. Instinctus.

1. Incitare, synonyme d’hortari, porter un paresseux par de bonnes paroles, par des encouragements, des apostrophes à une action presque toujours louable ; instigare, synonyme de stimulare, pousser bon gré, mal gré une personne à une action hardie par des moyens énergiques comparables à des coups d’aiguillon, par reproches, promesses, menaces ; irritare, synonyme d’exacerbare, exciter à un acte de violence un personnage paisible en remuant ses passions, son ambition, ses désirs de vengeance. Ter. Andr. IV, 2, 9. “Age si hic non insanit satis sua sponte, instiga.” “Va, s’il ne s’emporte pas assez tout seul, pousse à la roue.” Lucr. IV, 1075. “Et stimuli subsunt qui instigant lædere id ipsum.” “Et des aiguillons secrets les poussent à blesser ce qu’ils aiment.”

2. Instigatus, aiguillonné par une cause extérieure et profane, par des paroles, des ordres ; instinctus, poussé par une cause intérieure d’un ordre élevé, inspiration, amour, voix de Dieu.

Incolere. Habitare. Incola. Inquilinus. Colonus.

1. Incolere est transitif comme habiter ; habitare, neutre comme demeurer. En outre, incolere rappelle l’idée du pays auquel on appartient en qualité de citoyen ou de sujet ; habitare, celle de la maison où l’on est établi à demeure en qualité de propriétaire ou de locataire.

2. Incola, au sens restreint, le sujet par opposition au citoyen, μέτοιϰος ; inquilinus, le locataire par opposition au propriétaire de la maison ou dominus, σύνοιϰος ; colonus, le fermier par opposition au propriétaire foncier, à peu près comme θής.

Inficetus. Infacetus. Incestus. Incastus.

1. Inficetus exprime un blâme positif et se dit d’un homme lourd et sans goût ; infacetus n’exprime qu’un blâme négatif, c’est un homme qui n’a point d’esprit à revendre.

2. Et de même incestus celui qui a souillé son propre sang ; incestus, celui qui n’est point chaste.

Infortunium. Calamitas. Infelicitas. Miseria.

Infortunium et calamitas désignent un accident isolé : infortunium un accident fâcheux, un petit malheur, par exemple la perte d’une bourse, des coups qu’on a reçus ; calamitas un accident tragique comme la perte d’une personne qu’on aime, de la fortune. Infelicitas et miseria expriment une position malheureuse et durable : infelicitas comme une simple privation de bonheur ; miseria comme une misère réelle et accablante.

Ingenium. Natura. Indoles.

Ingenium et natura, le naturel considéré comme la base inébranlable de l’individualité humaine et comme rebelle à toute altération : ingenium se rapporte de préférence aux dons de l’esprit, natura à ceux du cœur. Indoles, le naturel considéré comme le germe de l’individualité et comme susceptible de culture.

Inire. Intrare. Introire. Ingredi.

1. Inire ne s’emploie guère qu’au figuré, c’est se mettre à quelque chose, par exemple, inire pugnam, numerum, engager le combat, chercher un nombre ; intrare, introire, ingredi expriment l’action d’entrer au sens propre ; mais intrare est d’ordinaire transitif, il a l’accent sur sa racine verbale, introire est neutre, il a l’accent sur sa racine adverbiale. Dans intrare curiam on songe surtout au seuil qu’on franchit, dans introire, aux quatre murs entre lesquels on va s’enfermer.

2. Intrare et introire supposent un espace fermé à dessein par des murailles, des barrières, des bornes ; ingredi ne suppose qu’un espace étranglé, une route, viam, un pont, pontem.

Initium. Principium. Primordium.

1. Initium, commencement au sens abstrait, comme simple point de départ, par opposition à exitus ; principium, au sens concret, comme la partie qui se présente avant les autres lorsqu’il s’agit de choses, qui précède lorsqu’il s’agit d’actions, par opposition à extremum. Initium n’est qu’un commencement dans le temps, principium est en outre une base posée dans l’espace. L’initium disparaît dans ce qui suit, le principium sert de fondement aux progrès ultérieurs. Les initia philosophiæ sont les rudiments au-dessus desquels le disciple s’élève dans le cours de ses études, les principia sont les principes auxquels il faut toujours revenir. Initio signifie ordinairement d’abord comme ceci et ensuite autrement ; principio, dès l’abord et toujours de même.

2. Primordium est un augmentatif emphatique de principium, et suppose un vaste système dont l’origine est assez reculée pour qu’on puisse distinguer entre un commencement apparent et un commencement réel, primordial, élémentaire.

Innumerus. Innumerabilis.

Innumerus, terme poétique et choisi, comme sans nombre, ἀνήριθμος ; innumerabilis, terme prosaïque et usuel, comme innombrable, ἀναρίθμητος.

Instituere. Instaurare. Restituere. Restaurare.

Instituere, prendre un arrangement profane ; instaurare, organiser une cérémonie sainte, vénérable ou du moins une entreprise importante, par exemple un sacrifice, des jeux sacrés ou des fêtes, la guerre ou une bataille. Instituere est un terme usuel, instaurare un terme pompeux et choisi. Même différence entre restituere et restaurare.

Intelligere. Sentire. Cognoscere.

Intelligere se dit des notions rationnelles dues à la réflexion qui combine des idées ; sentire, des notions naturelles qui s’acquièrent par voie de sentiment, par des perceptions ou des impressions instantanées des sens ou de l’esprit ; enfin, cognoscere, des notions historiques fondées sur le témoignage des sens et de la tradition, Sen. Ir. III, 13. “Quidni gauderet, quod iram suam multi intelligerent, nemo sentiret ?” “Je conçois que Socrate ait ressenti un mouvement de joie quand sa colère que tous ses familiers discernaient ne frappait les yeux de personne.” Cic. N. D. III, 24. “Quare autem in his vis deorum insit tum intelligam quum cognovero.” “Quant à leur divinité, je la comprendrai quand j’aurai appris à la connaître.”

Intercapedo. Interruptio. Interpellatio. Interlocutio.

Intercapedo et interruptio, interruption d’une action, d’une affaire : l’intercapedo est polie, souvent même bienveillante ; l’interruptio est violente, elle trouble. Interpellatio et interlocutio, interruption d’un discours par un autre discours qui vient à la traverse : l’interpellator n’a d’autre but que d’empêcher l’orateur de continuer ; l’interlocutor veut se faire entendre lui-même au beau milieu du discours d’un autre.

Interea. Interim.

Interea se rapporte à une action durable qui tombe dans une période, comme cependant ; interim à une action momentanée, comme là-dessus. Il y a entre eux la même corrélation qu’entre un temps passé et l’aoriste, entre un instant et une période. Cic. Quint. 6. “Hæc dum Romæ geruntur... Quintius interea de agro detruditur.” “Voilà ce qui se passait à Rome ; cependant Quintius est évincé de son champ” : c’est-à-dire que la chose se fait peu à peu. Comparez avec Famm. X, 12.Interim ad me venit Manutius noster.” “Là-dessus je vois venir chez moi notre cher Manutius.” Tac. Ann. XI, 32. “Non rumor interea sed undique nuntii incedunt... Atque interim Ostiensem viam intrat.” “Cependant ce ne sont plus des bruits, ce sont des messagers qui arrivent de tous les côtés... Et là-dessus elle prend la route d’Ostie.”

Interficere. Perimere. Interimere. Negare. Occidere. Jugulare. Obtruncare. Trucidare. Percutere.

1. Interficere et perimere, termes généraux, mettre à mort, faire mourir, tuer pour quelque motif et par quelque moyen que ce soit, faim, poison, corde, fer, supplice, ϰτείνειν : mais interficere est un terme ordinaire, perimere un terme archaïque, choisi, poétique. Interimere suppose accessoirement que la chose passe inaperçue, comme se défaire de quelqu’un, ἀναιρεῖν ; necare implique une idée d’injustice ou du moins de cruauté, comme assassiner, φονεύειν. Cic. Tusc. V, 20. “Dionysius alterum jussit interfici, quia viam demonstravisset interimendi sui.” “Denys le fit mettre à mort pour avoir montré comment on pouvait se défaire de lui.” Fr. Arat. 11. “Quem neque tempestas perimet, nec longa vetustas interimet.” “Il ne périra point sous l’effort d’une saison, il ne succombera point à la lente action des siècles.” Curt. IX, 7, 8. “Boxum protinus placuit interfici ; Biconem etiam per cruciatus necari.” “Il voulut qu’on mit sur-le-champ Boxus à mort, mais qu’on fît périr Bicon dans les tourments.”

2. Occidere, jugulare, trucidare, obtruncare, percutere, expriment une mort sanglante : occidere, porter par terre, c’est le fait du soldat dans un combat franc et loyal ; jugulare, couper la gorge ou le cou, ou plutôt tuer d’un coup savant sous la clavicule, c’est le fait du bandit qui veut imiter le gladiateur, σφάξαι ; obtruncare, tailler en pièces, massacrer, couper en morceaux comme un meurtrier maladroit ; trucidare, tuer à loisir comme un boucher, en homme avide de sang qui met à mort sans rencontrer de résistance et triomphe d’une victime sans défense ; percutere, exécuter, simple action mécanique, office du bourreau ou de tout autre exécuteur d’une condamnation ou d’un ordre. Senec. Contr. III, 21. “Nec dominum occidit, nec domino venenum dedit.” “Il n’a ni poignardé ni empoisonné son maître.” Hor. Ep. 1, 2, 32. “Ut jugulent homines surgunt de nocte latrones.” “Les brigands sortent de l’ombre pour égorger le monde.” Sall. Fr. “Cæteri vice pecorum obtruncantur” : “en sorte qu’on voyait à terre comme sur un étal des membres détachés.” Tac. Hist.... “Juberet interfici ; offerre se corpora iræ ; trucidaret.” “Il n’avait qu’à les faire mourir ; ils étaient prêts à servir de victimes à sa colère” : il pouvait les tuer à son aise. Cic. Rosc. Am. 34. “Cujus consilio occisus sit invenio ; cujus manu percussus sit non invenio.” “Je discerne l’auteur, je ne découvre pas l’instrument de cette mort sanglante.”

Intermittere. Omittere.

Intermittere, suspendre, remettre une affaire à un autre temps dans l’espérance et dans le dessein de la reprendre : in tempus mittere cum spe consilioque resumendi ; omittere, abandonner. Varron. Fr. “Studia tantum intermittantur, ne omittantur.” “Interrompez vos études, ne les abandonnez jamais.”

Invenire. Reperire. Deprehendere. Nancisci. Adipisci. Consequi. Assequi.

1. Invenire, terme général, trouver dans toutes les conjonctures ; reperire et deprehendere supposent un objet caché qu’on songe et qu’on s’applique à trouver : mais le reperiens se borne à découvrir ce qu’il ne voyait point d’abord et qui s’offre ensuite à ses yeux, ἀνευρεῖν ; le deprehendens découvre ce qui voulait se cacher ou échapper et qui tombe en son pouvoir. Tac. Ann. I, 74. “Perniciem aliis ac postremo sibi invenere.” “De bourreaux qu’ils étaient, ils finirent par se trouver victimes.” Comparez avec XIV, 3. “Cædes quonam modo occultaretur nemo reperit.” “Personne ne vit jour à cacher le meurtre.”

2. Invenire, reperire, deprehendere ont pour terme un objet caché qu’on découvre ; nancisci, adipisci, assequi et consequi, un objet éloigné qu’on atteint : le nanciscens arrive au terme avec ou sans peine, parfois même sans le souhaiter ; c’est une rencontre ; l’adipiscens a une lutte à soutenir ; c’est une victoire ; le consequens voit ses désirs comblés, qu’il y ait ou non mis du sien ; c’est un bonheur ; l’assequens voit sa constance et ses efforts couronnés ; c’est un succès. Suet. Tib. 10. “Titus ad primam statim mansionem febrim nactus.” “Titus prit la fièvre à la première halte.” Comparez avec Dom. 15. “Nero in adipiscenda morte manu Epaphroditi adjutus est.” “Néron ne parvint à se donner la mort qu’en se faisant aider par la main d’Epaphroditus.” Cic. Att. X, 12.Nactus Curionem omnia me consecutum putavi.” “J’avais eu la chance de trouver Curion, je crus avoir tout gagné.” Rosc. Com. 4. “Ut neque nihil neque tantum quantum postulavimus consequamur.” “Il ne s’agit plus de recevoir tout ce que nous avons demandé, il s’agit de ne pas être réduits à rien.” Dans Cicéron, Mil. 11 : “Nihil dico quid respublica consecuta sit, nihil quod vos, nihil quod omnes boni.” “Je ne tiens aucun compte de ce que gagne la république, de ce que vous gagnez vous-mêmes, de ce que gagnent tous les gens de bien” (à la mort de Clodius à laquelle Milon a seul contribué) ; assecuta sit ne serait pas à sa place, et réciproquement consequuntur serait faible dans ce passage de Sen. Brev. 17. “Operose assequuntur quæ volunt, anxie tenent quæ assecuti sunt.” “Ce qu’ils désirent est pénible à acquérir, ce qu’ils ont acquis est inquiétant à garder.” Cic. Fam. I, 7, 10. “Omnia quæ ne per populum quidem sine seditione se assequi arbitrabantur, per senatum consecuti sunt.” “Ils ont reçu des mains du sénat tous les avantages qu’ils désespéraient d’acquérir par l’appui du peuple à moins de le soulever.”

Invidia. Livor. Invidentia. Malignitas. Obtrectatio. Detrectatio.

1. Invidia, envie qui fait qu’on regarde les gens de travers et qu’on leur en veut pour des motifs tantôt avouables, tantôt immoraux, le plus souvent, mais non point toujours par égoïsme, ὑποψία ; livor, envie dévorante qui infecte l’âme entière et qui ôte au corps même les fraîches couleurs de la vie.

2. Invidia, terme usuel qui se prend au sens actif pour l’envie qu’on porte aux autres, et au sens passif pour l’envie dont on est l’objet de leur part ; invidentia, néologisme de Cicéron pour l’envie qu’on porte.

3. Invidia et livor présentent l’envie comme un accès passager ; malignitas, comme un défaut d’habitude et de nature, par opposition à la bonté d’âme ou de cœur. L’invidus et le lividus envient certains biens à certaines personnes dans certaines circonstances ; le malignus est incapable de rien souhaiter d’heureux à tout autre qu’à lui-même.

4. Invidia, livor, malignitas, ne marquent qu’un sentiment ou un tour d’esprit ; obtrectatio marque une action ou une façon d’agir qui procède de ce sentiment et qui tend à nuire à celui qu’on envie par des moyens honteux, comme le dénigrement, par exemple. On ne conçoit point l’obtrectatio sans invidia, mais on peut concevoir l’invidia sans obtrectatio quand l’envie est trop lâche pour s’engager dans une lutte.

5. L’obtrectatio suppose un rival et tire son origine de la jalousie ; la detrectatio ne suppose qu’un adversaire et provient de l’aversion.

Ire. Meare. Gradiri. Ingredi. Incedere. Vadere.

1. Ire et meare expriment la marche, en général, comme mouvement d’un lieu vers un autre, ire, ἰέναι, se disant particulièrement des hommes, c’est la suite d’un acte de volonté ; meare, φοιτᾷν, se dit particulièrement des bêtes, des vaisseaux, des cours d’eau, des astres : c’est un mouvement mécanique auquel la volonté n’a point de part. Gradiri et ingredi, incedere et vadere ajoutent à l’idée générale des idées accessoires et précises sur la manière de marcher : gradiri et ingredi, une idée de calme et de régularité, par opposition à serpere, currere, stare, comme ϐαδίζειν ; incedere, une idée de fierté, de mesure et de convenance à propos d’une cérémonie, d’une revue, par opposition à ambulare, comme ἐμϐαίνειν ; vadere, une idée de bonne volonté et de vivacité, en voyage, dans une attaque de vive force, par opposition à repere ? comme χωρεῖν.

2. Ingressus, la marche en général ; incessus, la démarche qui tient à l’individu et à laquelle on le reconnaît comme à une seconde physionomie. Ingressus est un terme purement physique ; incessus, un terme moral et esthétique.

Irruere. Irrumpere. Ingruere. Invadere.

Irruere, entrer en courant, à la hâte et à l’étourdie ; irrumpere, pénétrer par force et violence ; ingruere, avec menaces et importunité ; invadere, tomber quelque part avec audace et brusquerie.

Iter. Meatus. Via. Trames. Semita. Callis.

1. Iter et meatus expriment, au sens abstrait, le chemin qu’on fait, la marche, le voyage : iter, le chemin que fait un être raisonnable ; meatus, celui que fait un être sans raison et sans volonté ; mais via, c’est le chemin sur lequel on marche, c’est un terme concret. Hor. Od. III, 2, 22. “Virtus negata tentat iter via.” “La vertu se fraye des routes nouvelles.” Cic. Att. V, 14.Iter conficiebamus æstuosa et pulverulenta via.” “Nous cheminions sur une route brûlante et poudreuse.”

2. Iter, pris comme terme concret, chemin, direction qui mène au but, comme ϰέλευθος ; il n’est pas nécessaire que ce soit une voie frayée et fréquentée. Via, voie sinon construite, du moins régulière et battue, comme ὁδός. César entend, par “viarum atque itinerum duces”, des guides tenus de montrer les routes et les sentiers praticables et d’indiquer la direction à suivre quand les voies frayées venaient à manquer.

3. Via et iter peuvent être étroits ou larges ; trames, callis et semita ne désignent qu’un chemin ou un sentier étroit : trames, un chemin ou une rue de traverse, à la campagne ou à la ville, propre à conduire au but plus promptement ou plus secrètement que la grand’route ; semita, un sentier pour les piétons, souvent un trottoir qui court à côté de la route carrossable, οἶμος ; callis, un chemin de montagne ou de forêt qui n’est guère praticable que pour le bétail, ἀτραπός. Plaut. Cas. III, 5, 42. “De via in semitam degredi.” “Quitter la route pour un sentier.” Cic. Phil. XIII, 9, 19. “Egressus est non viis sed tramitibus paludatus”. “Il n’osa suivre les rues et prit les ruelles pour sortir de Rome en tenue de général.” Virg. Æn. IX, 383. “Rara per occultos lucebat semita calles”, c’est-à-dire qu’Euryale et Nisus cherchent à s’échapper par des sentiers, semita, mais qu’ils ont de la peine à en découvrir faute de clarté, d’autant que les ombres de la nuit et de la forêt leur cachent même les chemins, calles.

Iterum. Rursus. Denuo. De integro. Repetere. Integrare.

1. Iterum veut dire, comme δεύτερον, pour la seconde fois ; rursum ou rursus, αὖθις et πάλιν, une fois de plus, encore une fois ; denuo, νέοθεν, de nouveau : il semble qu’on n’ait encore rien fait ; de integro, αὖθις ἐξ ὑπαρχῆς, derechef, sur de nouveaux frais : c’est l’idée précédente exprimée avec plus de force. Justin, XXI, 4, 6. “Нос consilio præventus iterum servitia concitat statutaque rursus cædium die, quum denuo se proditum videret.” “Prévenu dans ce dessein, il soulève une seconde fois les esclaves, fixe encore une fois le jour du massacre, et, se voyant de nouveau trahi...”

2. De même, pugnam iterare signifie livrer une seconde bataille ; pugnam repetere, reprendre le combat ; pugnam renovare, le renouveler, et pugnam integrare, recommencer la bataille sur de nouveaux frais. Auct. Herenn. II, 3, 47. “Enumeratio est per quam colligimus et commonemus quibus de rebus verba fecerimus, breviter, ut renovetur, non redintegretur oratio.” “L’énumération résume et rappelle les points sur lesquels on a parlé ; elle est courte, il s’agit de reprendre, non de recommencer le discours.”

Jubere. Imperare. Præcipere. Mandare.

Jubere, ordonner une chose parce qu’on souhaite et qu’on veut qu’elle soit faite, par opposition à vetare, comme ϰελεύειν ; imperare, commander militairement en vertu de la supériorité de grade, ἄρχειν ; præcipere, prescrire en vertu de l’autorité de précepteur, de gouverneur, à peu près comme ἐντέλλεσθαι ; mandare, charger d’une affaire une personne qui a toute notre confiance, ἐφίεσθαι.

Jusjurandum. Juramentum. Sacramentum.

Jusjurandum et juramentum, qui est d’une époque postérieure, serment civil par lequel on confirme ou promet quelque chose ; sacramentum, serment militaire par lequel le soldat s’engage et se lie au drapeau. Liv. XXII, 38. “Milites tunc quod nunquam antea factum erat jurejurando a tribunis militum adacti jussu consulum conventuros neque injussu abituros ; nam ad eam diem nihil præter sacramentum fuerat.” “Les tribuns militaires firent jurer aux soldats qu’ils se réuniraient sur l’ordre des consuls et ne se retireraient point sans leur ordre. Cela ne s’était pas encore vu ; il n’y avait jamais eu jusqu’à ce jour que le serment aux aigles.”

Juventa. Juventus. Juventas. Juvenalis. Juvenilis.

1. Juventa, la jeunesse considérée comme une période de la vie ; juventus, comme la classe des jeunes gens ; juventas, comme une déesse.

2. Juvenalis, terme indifférent pour tout ce qui se rapporte aux jeunes gens ou élogieux, par opposition à la faiblesse de l’âge ; juvenilis contient une idée morale accessoire, celle des goûts que comporte le caractère des jeunes gens, la plupart du temps avec une teinte de blâme, par opposition à la maturité de l’âge.