L
Labare. Titubare. Vacillare. Nutare.
Labare caractérise le chancellement par rapport au corps entier qui ne pose point sur une base solide ; titubare, par rapport aux jambes qui refusent le service et se dérobent ; vacillare, par rapport au haut du corps qui n’a point une attitude droite, tranquille, sûre ; enfin, nutare, par rapport à la tête qui ne se soutient plus. Le titubans menace de s’affaisser sur lui-même ; le vacillans, de tomber à la renverse. La titubatio est l’indice de la faiblesse corporelle ; la vacillatio, d’un manque de dignité extérieure, de calme et de décence.
- Labes, v. [Vitium].
Labi. Cadere.
Labi, tomber, par rapport au point de départ et à l’espace que le corps traverse dans sa chute, tendre vers la terre, ὀλισθεῖν ; cadere, tomber, par rapport au point que le corps atteint au bout de sa chute, arriver à terre, πεσεῖν. Virg. Æn. VI, 310. “Lapsa cadunt folia.” “Les feuilles se détachent, glissent et tombent.” Cic. Brut. 49. “Quibus vitiis labatur aut cadat orator.” “Les défauts qui égarent ou renversent l’orateur.”
Labor. Molestia. Ærumna.
1. Labor, le travail qui met les forces en jeu et fatigue, πόνος ; molestia, la peine qui fait naître la mauvaise humeur parce qu’elle est trop grande ou qu’elle vient mal à propos, χαλεπότης ; ærumna, l’accablement qui surpasse presque les forces humaines et terrasse le héros même, ταλαιπωρία ; c’est un terme archaïque et à demi poétique. Cic. Finn. V, 32. “Ut ubi virtus sit resque magnæ et summe laudabiles virtute res gestæ, ibi esse miseria et ærumna non possit, tamen labor possit, possit molestia.” “Soyez vertueux, accomplissez par vertu de grandes choses dignes du plus haut éloge, vous ne succomberez jamais sous le poids du malheur, mais vous serez toujours sensible à la fatigue et à la peine.”
2. Laborare, verbe intransitif, être au fort de la peine et du travail ; elaborare, verbe transitif, produire quelque chose par sa peine et son travail.
- Labor, v. [Opera].
Lacerare. Laniare.
Lacerare, déchirer de vive force avec les mains, les griffes, les serres, les dents ; laniare, découper à l’aide d’un instrument tranchant, les dents, griffes et serres pouvant d’ailleurs être considérées comme des instruments de ce genre. Appul. Metam. IV, p. 84. “Morsibus laceratus ferroque laniatus.” “Déchiré par les morsures, tailladé par le fer.”
- Lacertus, v. [Ulna].
Lacessere. Irritare. Sollicitare.
1. Lacessere, pousser à la contradiction, à la résistance la raison et la volonté ; irritare, exciter jusqu’à la colère les sentiments ou les passions. Cic. Mil. 31. “Ut vi irritare ferroque lacessere fortissimum virum auderet.” “Il osa irriter par la violence, provoquer par la vue des armes le plus courageux des hommes.”
2. Lacessere, exciter en troublant la paix d’une façon grossière ; sollicitare, en troublant par finesse le repos des gens.
Lacrimare. Plorare. Flere. Lamentari. Ejulare. Deflere. Deplorare.
1. Lacrimare exprime la conséquence physique d’un mouvement de l’âme joyeux ou triste, comme δαϰρύειν, répandre des larmes ; plorare est l’expression passionnée de la douleur, comme θρηνεῖν, hurler et crier. Entre les deux se trouve flere, qui a pour opposé ridere ; il a de commun avec lacrimare l’absence de passion, et avec plorare le ressentiment de la douleur, c’est le grec ϰλαίειν, pleurer. Sen. Ep. 63. “Nec sicci sint oculi amisso amico, nec fluant ; lacrimandum est, non plorandum.” “Vous perdez un ami je n’exige pas que vos yeux soient secs, mais ne fondez pas en pleurs ; versez des larmes, ne criez pas.”
2. Lamentari et ejulare sont encore des augmentatifs de ploratus : lamentari marque, comme ϰωχύειν, un hurlement prolongé ; ejulare, un hurlement interrompu par des cris et des sanglots, comme ὀλολύζειν.
3. Plorare et flere sont intransitifs ; deplorare et deflere, transitifs.
Lacuna. Lacus. Stagnum. Palus. Uligo. Lama. Lustrum.
Lacuna signifie en langage poétique toute espèce d’eau dormante depuis la mer jusqu’à la mare ; lacus et stagnum, eaux dormantes, mais salubres, entretenues et rafraîchies par des sources ou par un cours d’eau qui s’y jette et qui en sort : lacus, lac de taille à rappeler l’image de la mer et opposé à la mer, λίμνη ; stagnum, étang assez grand pour ne point ressembler à une simple mare, par opposition à une rivière, τέναγος. Palus et uligo, eaux dormantes altérées et corrompues : palus, marais, contrée recouverte d’une eau corrompue, ἔλος ; uligo, fondrière, terrain pénétré par une eau corrompue. Le marais, palus, offre l’aspect d’une masse d’eau troublée par la vase et le limon, où on peut se noyer ; la fondrière, uligo, celui d’un sol amolli par l’eau, où on peut enfoncer. Enfin lamæ et lustra signifient des eaux dormantes de peu de circuit : lamæ, de simples flaques, humides et boueuses, sur des routes ; lustra, des mares croupissantes qui blessent l’odorat et la vue, dans des forêts et ailleurs.
Lædere. Violare. Offendere.
Lædere, endommager, blesser, exprime une atteinte physique ; violare, faire violence, une atteinte au droit ; offendere, choquer, offenser, une atteinte au sentiment. Lædere se rapporte à un objet auquel il y a quelque chose à gâter ; violare, à un objet pour lequel on a le droit de prétendre à des ménagements ; offendere, à un être doué de raison et de sentiment. Cic. Off. I, 28, 99. “Justitiæ partes sunt non violare homines, verecundiæ non offendere.” “Ne pas entreprendre sur les autres, c’est justice ; ne les choquer en rien, c’est délicatesse.” Sen. Ir. III, 18. “Pleraque eorum propter quæ irascimur offendunt nos magis quam lædunt.” “Nos colères viennent très-souvent de ce qui nous choque plutôt que de ce qui nous nuit.” Const. 4. “Contumelia tantum delicatis gravis est, qua non læduntur, sed offenduntur.” “Une offense ne pèse qu’aux gens chatouilleux on ne leur a pas nui, mais on les a choqués.” Ovid. Am. III, 3, 31. “Formosas superi metuunt offendere læsi.” “Les dieux craignent d’offenser la beauté qui les a blessés.”
- Lætari, v. [Gaudere].
Lævis. Glaber. Fricare. Terere.
1. Lævis, levis, lisse par opposition à ce qui est rude et raboteux, cela est joli et cause une impression agréable ; glaber, nu et uni, par opposition à ce qui est garni de poils ou de cheveux, couvert d’une végétation ; cela constitue un défaut et cause une impression désagréable.
2. Fricare, polir pour rendre lisse, ψήχειν ; terere, frotter pour diminuer le volume, τρίϐειν.
- Lævus, v. [Sinister].
- Lama, v. [Lacuna].
Lambere. Lingere.
Lambere, lécher lorsque la langue sert d’instrument comme la main pour saisir ou toucher un objet, que ce soit ou non un aliment, qu’il ait du goût ou qu’il n’en ait pas ; lingere, lécher lorsqu’on emploie la langue comme organe du goût pour apprécier une saveur. Plin. H. N. XXXV, 7. “Canem ex ære vulnus suum lambentem.” “Un chien de bronze qui passe la langue sur sa blessure.” Comparez avec XXI, 4. “Pecoribus sal datur lingendus.” “On donne au bétail du sel à lécher.”
- Lamentari, v. [Lacrimare].
- Laniare, v. [Lacerare].
- Lancea, v. [Missile].
Laniena. Macellum.
Laniena, étal sur lequel le boucher, lanius, expose en vente des bêtes tuées et dépecées ; macellum, marché où le macellarius débite toute sorte de viandes, menue viande, charcuterie, gibier, volaille, poisson.
- Lapis, v. [Saxum].
Laqueus. Funis. Restis.
1. Laqueus, nœud coulant fait à une corde ; funis et restis, la corde même : funis, grosse corde destinée à tirer, à haler, et qui doit pour cette raison avoir une certaine longueur, σχοῖνος ; restis, corde mince qui servait plutôt à lier et à suspendre et qui pouvait être courte, σπάρτη. Le trait qui attache le cheval de volée, equus funalis, la corde sur laquelle danse le funambule, le câble qui remorque la chaloupe d’un vaisseau, ne s’appellent jamais restis en prose ; par contre une corde bonne pour se pendre, pour fouetter un esclave, pour servir de ceinture, ne prendra guère le nom de funis, à moins qu’un poète ne s’avise de préférer ce dernier terme comme le plus noble.
2. Rudentes, les écoutes ; retinacula et oræ, les câbles des ancres : retinacula, comme terme usuel et populaire ; oræ, dans oras solvere, comme terme technique.
- Largitio, v. [Donum].
Largus. Benignus. Liberalis. Munificus.
Largus se dit de toute personne qui donne beaucoup, n’importe à qui, n’importe dans quelle vue, par opposition à parcus ; benignus, liberalis et munificus n’expriment que des vertus. Le benignus obéit à un penchant de pure humanité, à l’amour du prochain ; le liberalis, à un noble orgueil, à une juste estime de soi-même ; le munificus, à une vanité bien placée qui ferait honneur à un prince. La benignitas donne abondamment parce qu’elle ne veut ni posséder ni jouir seule, c’est de la bonté d’âme ; la liberalitas fait bien les choses, elle consiste à donner en proportion du rang qu’on tient et du mérite d’autrui, c’est le fait du galant homme chez lequel on ne retrouve aucune trace des calculs méticuleux du marchand ; la munificentia donne plutôt trop que trop peu par plaisir de rendre heureux et de surprendre, comme la générosité.
Larva. Persona.
Larva, masque grotesque et effrayant ; persona, masque bien fait qui représente un personnage connu.
- Lascivus, v. [Petulans].
- Lassus, v. [Fatigatus].
Latebra. Latibulum.
Latebra, lieu écarté ou obscur où l’on peut se cacher décemment ; latibulum, réduit où il faut se glisser en rampant, comme une bête.
Latrare. Gannire. Baubari.
Latrare se dit de l’aboiement hostile d’un gros chien, et au figuré d’une querelle, ὑλαϰτεῖν ; gannire, des jappements inoffensifs d’un petit chien, et au figuré du clabaudage, ϰνυζᾶσθαι ; enfin, baubari, des hurlements et gémissements du chien, ϐαΰζειν.
- Latro, v. [Præda].
- Latus, v. [Coxa].
- Lectus, v. [Cubile].
- Lembus, v. [Navigium].
- Legare, v. [Mittere].
- Lemures, v. [Spectrum].
- Lenis, v. [Mitis].
- Lentus, v. [Tardus].
Lepidus. Facetus. Festivus. Salsus. Dicax. Cavillator.
Lepos, facetiæ et festivitas expriment un genre d’esprit inoffensif, la bonne humeur opposée à la gravité et propre à une âme bienveillante : lepos, l’esprit dispos et léger par opposition à la pesanteur ; festivitas, la gaieté d’esprit par opposition à une gravité sombre ; facetiæ, l’enjouement par opposition à un tour d’esprit grave et sérieux. Sales, dicacitas, cavillatio, expriment un genre d’esprit vif, caustique et pénétrant : sales, c’est le piquant opposé au fade et au trivial, voué à la recherche du trait, causant au hasard du plaisir ou de la peine ; dicacitas, l’esprit satirique qui s’exerce aux dépens d’autrui, mais en sorte que la plaisanterie reste le but principal et que la moquerie ne soit qu’un accessoire ; cavillatio, l’esprit moqueur pour lequel la blessure à faire est le point important, la plaisanterie un simple instrument et une forme comme une autre. Cic. Orat. 30. “Demosthenes non tam dicax fuit quam facetus. Est autem illud acrioris ingenii, hoc majoris artis.” “Démosthène est plutôt un esprit enjoué qu’un esprit satirique. La satire exige plus de vivacité naturelle, l’enjouement plus de savoir-faire.”
- Letum, v. [Mors].
- Libare, v. [Sapor].
- Liberalis, v. [Largus].
- Levis, v. [Lævis].
- Libenter, v. [Sponte].
- Liberalitas, v. [Donum].
Libertus. Libertinus.
Libertus, l’affranchi par rapport à son maître et par opposition à servus ; libertinus, par rapport à sa condition et par opposition à civis et ingenuus. Sen. Contr. III, 21. “Quærendus mihi gener erat libertinus ; quid ergo ? alieno potius liberto ?” “J’étais réduit à chercher un gendre dans la classe des affranchis. Eh bien, pourquoi pas le mien, plutôt que celui d’un autre ?” Cic. Verr. I, 47. “Trebonius fecit heredem libertum suum... Equiti Romano libertinus homo fit heres.” “Trébonius prit son affranchi pour héritier. Un homme de la classe des affranchis devient héritier d’un chevalier romain.” Tac. Ann. XIII, 27. “Si separarentur libertini, manifestam fore penuriam ingenuorum.” “On n’avait qu’à compter tout ce qui appartenait à la classe des affranchis ; on ne verrait que trop clairement combien on manquait d’hommes libres.”
- Libido, v. [Cupido].
Libra. Pondo.
L’expression complète est libra pondo, mot à mot une balance, un plateau de balance chargé de manière à faire équilibre à l’unité de poids, une livre pesant ; libra est la formule la plus vague : l’ellipse de pondo ouvre la porte à une équivoque, on pourrait croire qu’il s’agit de la balance même ; pondo est une expression elliptique, en ce sens que l’idée accessoire, celle du poids, représente en même temps l’idée principale, celle de l’unité de poids. Il y a la même différence entre operæ pretium est d’une part, et operæ est, pretium est, de l’autre.
Librare. Vibrare.
Librare hastam, balancer une pique horizontalement afin de la lancer avec plus de force et de justesse ; vibrare, la brandir d’avant en arrière, ou de haut en bas pour témoigner de l’envie qu’on a de combattre.
- Liburna, v. [Navigium].
- Licet, v. [Concessum est].
Ligare. Viere. Vincire. Nectere. Obligare. Obstringere. Devincire.
1. Ligare et viere, synonymes de copulare, lier pour empêcher que les parties ne se séparent, δέειν ; vincire et nectere, synonymes de coercere, enchaîner pour prévenir la liberté des mouvements, δεσμεύειν.
2. Ligare est le terme général ; viere, le terme technique à l’usage du tonnelier, du vannier, etc.
3. Obligare, attacher par des prévenances ; obstringere, lier par des bienfaits ; devincire, enchaîner à soi par des relations intimes et durables. L’obligatus se sent engagé par les devoirs conventionnels de la vie du monde ; l’obstrictus, par des devoirs de morale ou de religion ; le devinctus, par des devoirs de piété.
Lima. Scobina.
Lima, outil pour polir ; scobina, pour dégrossir.
Lingua. Sermo.
Lingua, langage du premier peuple venu, même le plus grossier, gentis ou nationis, pourvu qu’il ait un vocabulaire particulier pour rendre ses idées ; sermo, langue d’un peuple civilisé, populi, servant d’expression à des pensées suivies. Notre idiome, lingua, nous est donné quand nous venons au monde comme la langue que nous avons dans la bouche, et ce terme se rapporte par préférence au matériel des mots ; le sermo suppose comme le discours une certaine initiative personnelle, il comprend les règles de la grammaire et du style. Cic. Finn. 3, 10. “Sæpe disserui latinam linguam non modo non inopem, sed locupletiorem etiam esse quam græcam.” “J’ai souvent essayé de démontrer que le latin, qui est notre idiome, n’est rien moins que pauvre, qu’il offre même plus de ressources que le grec.” Comparez avec Off. I, 31. “Sermone debemus uti eo qui notus est nobis”. “Employons la langue que nous savons.”
- Linter, v. [Navigium].
- Lira, v. [Porca].
- Liquere, v. [Fluere] et [Constat].
Littera. Elementum.
Littera, la lettre comme élément indivisible de l’écriture, γράμμα ; elementum, comme élément indivisible de la langue parlée, comme un des sons simples que la science grammaticale étudie, στοιχεῖον.
Litteræ. Epistola. Codicilli.
Litteræ, terme général, lettre ; epistola, lettre adressée à un ami éloigné et envoyée par un messager, missive ; codicilli, billet adressé dans l’enceinte d’une ville. Sen. Ep. 55. “Adeo tecum sum ut dubitem an incipiam non epistolas, sed codicillos tibi scribere.” “Je vis si parfaitement avec toi en imagination, qu’il me prend des envies de t’écrire au lieu de longues missives de simples billets.” Cic. Fam. VI, 18. “Simul accepi a Seleuco tuo litteras ; statim quæsivi e Balbo per codicillos quid esset in lege.” “Aussitôt ta lettre reçue des mains de Séleucus, j’écrivis un billet à Balbus pour savoir de lui la teneur de la loi.”
Litteræ. Artes. Doctrinæ. Disciplinæ.
Litteræ et artes, les lettres et les sciences considérées en général comme le but des études : litteræ, au sens restreint, la littérature d’imagination ou de raisonnement consignée dans les livres, comme moyen direct d’enrichir la mémoire, et moyen indirect d’aiguiser l’intelligence et de former le goût ; artes, les lettres et les sciences dans l’acception la plus haute quand les connaissances qu’on acquiert servent immédiatement à développer l’esprit et le talent. Doctrinæ et disciplinæ, les diverses branches du domaine général de la science réduites en systèmes : doctrinæ, se disant par préférence des sciences spéculatives, abstraites, des études philosophiques et savantes ; disciplinæ, des sciences pratiques appliquées aux usages de la vie.
- Litigatio, v. [Disceptatio].
- Livor, v. [Invidia].
- Littus, v. [Ripa].
- Locuples, v. [Divitiæ].
Locus. Tractus. Regio. Plaga.
Locus, espace pris comme un point isolé, endroit, τόπος ; tractus, espace considéré comme une ligne, bande, zone qui s’étend au loin, c’est à peu près le grec ϰλίμα ; regio, espace pris comme un cercle, comprenant les environs d’un centre, contrée, χῶρος ; plaga, espace pris comme une surface en général.
Lucere. Fulgere. Splendere. Nitere. Renidere. Coruscare. Micare. Radiare.
1. Lucere, fulgere, splendere, nitere, désignent une clarté fixe et permanente : fulgere, celle d’une lumière intense ou d’une couleur de feu qui éblouit, comme φλέγω ; lucere, celle d’une lumière bienfaisante et d’une couleur de feu plus douce, comme φαίνω, φέγγω ; splendere, l’éclat d’une surface polie et nette, par opposition à sordere, comme λάμπω ; nitere en prose et en vers renidere, le lustre d’un corps humide, huilé, graissé, verni ou lavé, par opposition à squalere, comme στίλϐω.
2. Coruscare, micare, radiare, désignent une clarté intermittente et mobile comme étinceler et scintiller : coruscare, briller comme l’éclair qui sort brusquement de la nue ; micare, étinceler comme le métal qu’on agite au soleil ; radiare, lancer des jets de lumière comme le soleil qui darde ses rayons. Cic. Cat. II, 3. “Qui nitent unguentis, qui fulgent purpura.” “Ceux qui empruntent le lustre des parfums, l’éclat de la pourpre.” Auct. ad Herenn. IV, 33. “Tantus erat in armis splendor ut solis fulgor obscurior videretur.” “Ses armes resplendissantes semblaient obscurcir les feux ardents du soleil.” Plin. H. N. XXXVII, 2. “Splendor murrhinis sine viribus, nitorque verius quam splendor.” “Il n’y a rien qui frappe dans l’éclat de ces vases, et ils ont même, à vrai dire, plus de lustre que d’éclat.” Splendor présente en effet l’éclat sous son aspect majestueux, nitor sous son aspect aimable, comme dans Auct. ad Herenn. IV, 50. “Gemmæ nitore et auri splendore.” “Par le lustre des pierreries et par l’éclat de l’or.” Au figuré splendor marque la magnificence, nitor l’élégance.
- Lucerna, v. [Candela].
Lucrum. Emolumentum. Quæstus. Compendium.
Lucrum et emolumentum, gain dans toutes les circonstances de la vie : lucrum, gain qu’on doit à ses propres efforts, par opposition à damnum, ϰέρδος ; emolumentum, avantage qui échoit à quelqu’un, par opposition à detrimentum, ὠφέλημα. Quæstus et compendium, bénéfice dans le domaine du commerce : quæstus, bénéfice soutenu, permanent, par opposition à sumptus, χρηματισμός ; compendium, profit accidentel et considérable, par opposition à dispendium.
- Luctus, v. [Dolor].
Luculentus. Illustris.
Luculentus, synonyme de probabilis, ce qui supporte les regards et n’a point de raison de fuir la lumière, ce qui est comme il faut ; illustris, synonyme d’excellens, ce qui attire les regards, ce qui saute aux yeux et brille au soleil. Luculentus ne contient jamais un éloge emphatique. Cic. Off. III, 14, 60. “Нос quidem satis luculente”, c’est-à-dire cela s’entend. Et Finn. I, 5, 15 : “Cum græce, ut videor, luculenter sciam.” “Je crois savoir convenablement le grec, ce qui n’est nullement prétentieux.” C’est comme si on disait : sic satis.
Ludus. Schola.
Ludus, école élémentaire pour les enfants qui ont besoin d’apprendre et qu’on y oblige ; schola, école d’enseignement supérieur pour les jeunes gens et les hommes qui veulent s’instruire. Le ludus suppose des écoliers, discipulos, un maître, ludi magistrum, et une discipline classique ; la schola suppose des auditeurs, auditores, un professeur, doctorem, et un genre d’exposition académique.
Ludus. Lusus. Ludicrum. Jocus.
1. Ludus, le jeu qui offre à l’homme un moyen de divertissement ; lusus, le jeu auquel l’homme se livre, qu’il met en train, qu’il imagine. Ludus présente le jeu comme une récréation, par opposition à la peine ; lusus, comme une action puérile et vaine, par opposition aux occupations sérieuses. Plin. Ep. IX, 33, 3. “Pueri quos otium ludusque sollicitat.” “Les enfants que dérangent le désœuvrement et le jeu.” Comparez avec IX, 25 : “Lusus et ineptias nostras legis”. “Tu lis les bagatelles et les sottises auxquelles nous nous sommes amusés.” Cic. Flacc. 5, 12. “Græci quibus jusjurandum jocus est, testimonium ludus”, c’est-à-dire les Grecs pour lesquels c’est fort peu de chose que de porter un faux témoignage. Comparez avec Sen. Contr. I, 2. “Piratas... quibus omne fas nefasque lusus est”, c’est-à-dire les pirates aux yeux desquels la différence entre le juste et l’injuste n’est qu’un amusement, un jeu de mots sans conséquence.
2. Le pluriel ludi prend la signification particulière de spectacles publics, et, dans cette acception, il a pour singulier ludicrum.
3. Ludus et lusus ont un tour négatif ; ce sont de simples passe-temps, des distractions, comme moyen préservatif contre l’ennui ; jocus est un terme positif, amusements, plaisanteries, comme manifestation de la bonne humeur et de la vivacité d’esprit. Le ludens ne demande qu’à n’être point astreint, à ne rien faire de sérieux et à se délasser ; le jocans dépense en frivolités autant d’ardeur qu’on en peut mettre aux affaires.
Lues. Contagium. Pestilentia. Pestis. Pernicies. Exitium. Interitus. Exitus.
1. Lues, terme général, miasme, principe impur et délétère ; contagium, mal contagieux ; pestilentia, maladie contagieuse, et de plus régnante, ou au sens restreint, la peste proprement dite. Sall. Cat. 10. “Post ubi contagio quasi pestilentia invasit.” “Puis, quand ce mal contagieux eut fait, comme la peste, d’irrésistibles progrès.” Plin. H. N. XXIII, 28. “Laurus folia pestilentiæ contagia prohibent.” “Les feuilles du laurier de Delphes préservent des atteintes contagieuses de la peste.” Lucan. VI, 89. “Fluidæ contagia pestis.” “L’air se charge d’exhalaisons pestilentielles[1].”
2. La poésie seule emploie pestis pour la peste même ; hors de là, pestis exprime, comme exitium et pernicies, un fléau en général, sans qu’il soit question de maladie ; mais pestis s’emploie régulièrement comme terme concret, exitium et pernicies comme termes abstraits. Sen. N. Q. III, pr. “Philippi aut Alexandri... qui exitio gentium clari non minores fuere pestes mortalium quam inundatio.” “Les Philippe et les Alexandre, fameux par la destruction de tant de peuples, fléaux de l’humanité aussi désastreux qu’un déluge.”
3. Pernicies a la signification active ; il exprime qu’on fait périr par meurtre des êtres vivants ; exitium a la signification passive et s’entend même de la destruction d’objets inanimés ; enfin, interitus a, comme exitus, la signification neutre et se dit d’êtres animés ou inanimés qui tombent en décadence. Tac. Ann. XVI, 63. “Poppæa non nisi in perniciem uxoris nupta ; postremo crimen omni exitio gravius.” “Poppée, qui ne s’était fait épouser que pour perdre la femme légitime ; une accusation enfin plus pénible que mille morts.” Cic. Cat. IV, 3. “Cum de pernicie populi Romani, exitio hujus urbis cogitarit.” “L’extermination du peuple romain, la destruction de la ville à laquelle il songeait sans cesse.” Rull. II, 4, 10. “Extremi exitiorum exitus.”
4. Exitium, fin violente ; exitus, fin naturelle. Cic. Rull. II, 4, 10. “Qui civitatum afflictarum perditis jam rebus extremi exitiorum solent esse exitus.” “Cela exprime pour ainsi dire le dernier soupir d’un État qui périt dans les convulsions.” Verr. V, 6, 12. “Exitus exitiales.”
- [1] Traduction de la collection Panckoucke. Lucain, tome II, p. 9.
Lumen. Lux.
Lumen, le corps lumineux qui éclaire, φέγγος ; lux, la lumière émise, φάος. Cic. Finn. III, 14, 45. “Ut obscuratur et offunditur luce solis lumen lucernæ.” “De même que la simple lumière du soleil fait pâlir et presque évanouir la flamme d’une lampe.” Curt. VIII, 2, 21. “Sed aditus specus accipit lucem ; interiora nisi allato lumine obscura sunt.” “L’entrée de la caverne est accessible à la lumière ; l’intérieur est plongé dans les ténèbres tant qu’on n’y porte point de flambeaux.” Cic. Acadd. pr. II, 8, 26. “Si ista vera sunt, ratio omnis tollitur, quasi quædam lux lumenque vitæ”, c’est-à-dire que la raison, qui est seule claire et lumineuse en elle-même et par elle-même, répand sur la vie sa clarté et sa lumière. Et au sens figuré, lumen se rapporte au principe, lux, au simple fait de la célébrité. Cicéron, Man. 5, appelle Corinthe : “Græciæ totius lumen”, mais Rome, Cat. IV, 6 : “lucem orbis terrarum”. C’est comparer Corinthe à un foyer de lumières ; c’est dire de Rome que toutes les autres villes ne sont en comparaison que des cités obscures. Lucida oratio, discours plein de clarté, aisé à entendre ; luminosa, discours lumineux, plein de beautés éclatantes.
Luteus. Gilvus. Helvus. Flavus. Luridus.
Luteus, jaune par excellence, par exemple, jaune d’œuf ; gilvus et helvus, jaune obscur qui tire sur le rouge, celui du miel ; flavus et luridus, jaune clair qui tire sur le blanc ; flavus, jaune agréable et brillant, celui des cheveux blonds ; luridus, jaune pâle, désagréable, le jaune livide de la mort.
Lutum. Limus. Cœnum. Sordes. Squalor. Pædor. Situs. Stercus. Fimus. Oletum. Merda.
1. Lutum, limus, cœnum, matière malpropre et humide lutum, boue des rues et des routes, πηλός ; limus, limon des fleuves, ἴλυς ; cœnum, vase des marais, ϐόρϐορος. Tac. Ann. I, 63. “Cætera limosa, tenacia gravi cœno aut rivis incerta erant.” “Hors de là des terrains limoneux où l’on reste fortement engagé dans la vase ou des terrains coupés par des ruisseaux.” Sordes, squalor, pædor, situs, matière malpropre et sèche : sordes, opposé à splendor, crasse des pauvres, de la populace, des avares qui porteront, par exemple, des vêtements hors d’usage, ῥύπος ; squalor, opposé à nitor, malpropreté des gens qui manquent de savoir-vivre et de goût, qui oublieront, par exemple, de se peigner les cheveux, αὐχμός ; pædor, opposé à munditiæ, saleté des gens qui ne prennent aucun soin de leur personne, vermine, gale, πίνος ; situs, opposé à usus, moisissure, rouille, qui proviennent d’un abandon prolongé, ἄζη. De là viennent les formes différentes des adjectifs : lutosus, limosus, cœnosus, c’est-à-dire plein de boue, de limon, de vase ; mais sordidus, squalidus, pædidus, c’est-à-dire qui se sent des sordibus, etc. ; et dans les périphrases : oblitus luto, limo, cœno, mais obsitus sordibus, squalore, pædore.
2. Stercus, le femier considéré par son vilain côté, comme amas d’immondices, ϰόπρος ; fimus, par son côté utile, comme engrais.
3. Cœnum, terme général pour les excréments qui inspirent du dégoût ; oletum, excréments de l’homme ; merda, des animaux.
- Lux, v. [Lumen].
Luxus. Luxuria.
Luxus, usage ou étalage du luxe, parfois même objet de luxe ; luxuria met toujours l’homme en jeu ; c’est une disposition, une inclination, un penchant au luxe. Sen. Ir. I, 11. “Animis delicias, luxum, opes ignorantibus.” “Ces âmes auxquelles les jouissances, le luxe, les richesses sont inconnues.” Et un peu plus loin : “Opinionem luxuriæ segnitiæque”. “Les lenteurs de Scipion le firent soupçonner d’aimer le luxe et le repos.” Sall. Cat. 13. “Romani famem aut sitim... luxu ante capere”, c’est-à-dire par un raffinement que le luxe avait introduit. Comparez avec Jug. 90 (ou 85[1], vers la fin du discours de Marius). “Luxuria atque ignavia, pessimæ artes, luxuria”, c’est-à-dire la manie du plaisir.
- [1] Dans la collection Lemaire et la collection Panckoucke.
- Lymphatus, v. [Amens].