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Magnus. Grandis. Amplus. Ingens. Immanis. Vastus.

1. Magnus, grandis et amplus expriment une grandeur convenable ; ingens, immanis et vastus, une grandeur excessive. Sen. Ir. I, 16, 26. “Nec enim magnitudo ista est, sed immanitas.” “Ce n’est pas le langage d’un grand homme, c’est celui d’un monstre.”

2. Magnus exprime la grandeur sans idée accessoire, par opposition à parvus, comme μέγας ; grandis, avec une idée accessoire de force et de majesté naturelle, grandiose, par opposition à exilis, subtilis, tumidus, minutus, exiguus ; enfin, amplus, avec l’idée accessoire d’une dignité extérieure qui impose et fait impression.

3. Ingens, ἄπλετος, fait ressortir ce qu’il y a d’extraordinaire ; immanis, πελώριος, ce qu’il y a d’effrayant ; vastus, ἀχανὴς, ce qu’il y a de disgracieux dans une grandeur excessive.

Mala. Maxilla. Gena.

1. Mala, la mâchoire supérieure ; maxilla, la mâchoire inférieure.

2. Mala, terme usuel, la joue au sens physiologique ; gena, terme archaïque et choisi, la joue, avec une idée accessoire de beauté.

Maledictum. Probrum. Convicium.

Maledictum, tout ce qu’on dit pour nuire à autrui, soit en forme de malédiction pour lui porter malheur, soit en forme de paroles injurieuses pour le couvrir de honte, ϰαϰηγορία. Probrum et convicium, ce qu’on dit pour couvrir quelqu’un de honte : probrum, ὄνειδος, l’invective composée de phrases et de propos déshonorants ; convicium, λοιδορία, l’insulte composée de mots détachés et de surnoms déshonorants. Fur ! est un convicium ; fur es ! un probrum ; l’un et l’autre sont des maledicta.

Malitia. Malignitas. Malevolentia. Malus. Nequam. Pravus.

1. Malitia, la méchanceté qui aime à mentir et à tromper parce qu’elle est devenue insensible aux avertissements de la conscience ; malignitas, la malignité qui est une forme de l’amour de soi, qui ne souhaite de bien qu’à soi, jamais aux autres et provient d’un égoïsme qui court les rues ; malevolentia, la malveillance qui souhaite plutôt du mal que du bien à quelqu’un par aversion personnelle. La malitia est une façon de penser et d’agir punissable parce qu’elle compromet la sécurité publique ; la malignitas, un sentiment méprisable qui annonce un fond de misanthropie ; la malevolentia enfin est un défaut haïssable parce qu’elle est portée à se réjouir du mal qui arrive aux autres. La malice ne s’appelle jamais en latin malitia, mais plutôt malevolentia, et mieux encore studium nocendi.

2. Malus homo, homme immoral ; nequam, homme qui n’est bon à rien, dont le travers est de fuir les travaux utiles et de se plaire aux mauvais tours, vaurien, par opposition à frugi ; enfin, pravus, homme qui a pris une mauvaise direction au sens physique, intellectuel ou moral, par opposition à rectus. Quintil. VIII, 3, 48. “Nec parricidam nequam dixeris hominem, nec meretrici forte deditum nefarium, quod alterum parum, alterum nimium est.” “Vous ne traiterez ni un parricide de vaurien ni un amoureux de monstre ; le premier dit trop peu, le second dit trop.”

Mane. Crepusculo. Diluculo.

Mane, le matin, ὄρθρῳ ; il s’entend des premiers pas que le jour fait dans sa carrière, par opposition, d’une part, à la nuit, de l’autre, aux heures de la journée qui précèdent midi ; crepusculo, ἦρι, le matin, au crépuscule, par opposition au grand jour ; diluculo, enfin, le matin, à l’aube, par opposition aux ténèbres de la nuit, λυϰόφως.

Manere. Morari. Tardare. Detinere.

1. Manere, rester, par opposition à partir ; morari, s’arrêter en route, interrompre un mouvement au lieu d’aller de l’avant. Cic. Sen. 23.Commorandi natura deversorium nobis, non habitandi dedit.” “C’est un asile passager, ce n’est point une demeure fixe que nous a donné la nature.” Dans Tac. H. II, 48. “Irent propere neu remanendo iram victoris asperarent.” “Il fallait se hâter d’y aller et éviter tous les retards qui pourraient irriter le courroux du vainqueur” : la variante remorando mérite la préférence.

2. Morari aliquem, décider quelqu’un à s’arrêter de son plein gré, διατρίϐειν ; tardare, lui susciter des difficultés qui l’empêchent de parcourir rapidement son chemin, ϐραδύνειν ; detinere, l’empêcher par force d’avancer, ϰατέχειν. Tardare se rapporte par préférence à l’action ; detinere, à la personne ; morari, aux deux.

Manere. Exspectare. Præstolari. Opperiri.

1. Manere n’exprime qu’une action physique, comme d’attendre et de rester en un lieu jusqu’à ce qu’une chose arrive ; exspectare, præstolari et opperiri expriment une action de l’âme, comme d’attendre quelque chose ou quelqu’un avec une certaine tension d’esprit.

2. Exspectare présente l’attente comme un acte simple de l’esprit, sans idée accessoire d’application pratique ; præstolari et opperiri expriment en outre cette idée accessoire que celui qui attend compte agir quand la chose ou la personne attendue sera arrivée.

3. Le præstolans attend une personne au service et à la disposition de laquelle il veut se mettre ; l’opperiens, un événement par lequel il ne veut point se laisser surprendre. Le præstolans est un inférieur ; l’opperiens, un égal, soit ami, soit ennemi, par rapport à la personne attendue. Enfin, præstolari est un terme prosaïque, opperiri, un terme poétique ou du moins choisi. Les Latins n’ont point de synonymes qui correspondent à la distinction qu’on fait en allemand entre warten et harren, entre l’attente paisible, calme, et l’attente impatiente qui tend tous les ressorts de l’âme.

Mansuetudo. Clementia.

Mansuetudo, la douceur et la magnanimité de l’homme et du particulier qui ne tire point vengeance d’une injure, par opposition à iracundia ; clementia, l’indulgence et l’humanité du souverain ou du juge qui ne fait point subir au coupable un châtiment mérité, par opposition à crudelitas.

Mare. Æquor. Pontus. Pelagus.

1. Mare, la mer prise comme un amas d’eau, par opposition à terra et aer, ἄλς, θάλασσα ; æquor, pelagus et pontus, la mer au point de vue de ses dimensions : æquor et pelagus, de sa dimension horizontale, la surface de la mer, comme πέλαγος, d’où vient πελαγίζειν, inonder ; pontus, de sa dimension verticale, la profondeur de la mer, comme πόντος, d’où ποντίζειν, submerger. Colum. VIII, 17. “Ut in solo piscinæ posita libella septem pedibus sublimius esset maris æquor.” “En sorte qu’un niveau placé sur le fond du vivier marque sept pieds au-dessous du niveau de la mer.” Ovid. Met. II, 872. “Mediique per æquora ponti fert prædam.” “Il traverse les plaines de la haute mer avec la proie qu’il emporte.”

2. Æquor, la surface de la mer au simple sens physique ; pelagus, avec l’idée accessoire de sa vaste étendue, de son immensité.

Margo. Ora.

Margo, le bord, la limite naturelle d’une surface conçue comme une ligne mathématique, et ne comprenant que par extension la partie extrême de la surface ou bordure ; ora, la frange, la bordure artificielle de la surface, ajoutée le plus souvent dans un but d’ornement et occupant elle-même une certaine largeur. Aussi dit-on ora togæ et non margo, et vice versa margo fluminis et ripæ, quand il s’agit de désigner la ligne de bord à l’exclusion de la rive.

Mederi. Medicari. Sanare. Medicamen. Medicina. Remedium.

1. Mederi et en vers medicari, synonymes de curare, ἰᾶσθαι, présentent la guérison comme le résultat obtenu par le médecin et dû à ses soins, à sa prudence, à son art ; sanare, synonyme de restituere, ἀϰεῖσθαι, comme l’effet du remède qui rend la santé au malade par une action physique.

2. Medicamentum, médecine considérée dans sa substance matérielle, telle qu’elle sort des mains du pharmacien, φάρμαϰον ; medicina, médecine considérée au point de vue de sa vertu curative, telle qu’elle est prescrite par le médecin : c’est d’une maladie qu’il s’agit dans les deux cas. Remedium, toute espèce de secours contre un mal donné, ἄϰος. CIC, N. D. II, 53, “Medicamentorum salutarium plenissimæ terræ.” “Terres qui abondent en simples salutaires.” Comparez avec Divin. II, 51. “A medico petere medicinam.” Demander une ordonnance au médecin.

Medius. Modicus. Mediocris.

Medius est toujours adjectif de lieu, au milieu, entre deux, par opposition aux points extrêmes ; modicus est un adjectif de quantité qui se rapporte au nombre et à la grandeur, comme modéré, par opposition à toute sorte d’excès ; mediocris est un adjectif de qualité qui se rapporte à la valeur d’un objet, comme médiocre, par opposition à l’excellence. Il y a identité entre modicæ facultates, une certaine dose de moyens, et mediocre ingenium, un génie médiocre. Cic. Rep. II, 31. “Haud mediocris vir fuit, qui modica libertate populo data facilius tenuit auctoritatem principum.” “Je ne saurais voir un génie médiocre dans l’homme qui ne donna au peuple une liberté modérée que pour mieux conserver l’autorité des grands.”

Membrum. Artus.

Membrum, le membre même constituant une partie du corps, comme μέλος et χῶλον ; artus, l’articulation du membre, comme ἄρθρον et ἅψος. Sen. Contr. II, 13. “Differebatur distortis manibus, emotis articulis ; nondum in sua membra artus redierant[1].” “On la tiraillait encore quoique les mains fussent disloquées, les articulations luxées ; les jointures ne s’étaient pas encore rapprochées des membres.” Virg. Æn. V, 422. “Magnos artus membrorum.” “Les muscles puissants qui servaient d’attache aux membres.” Quintil. Decl. Ult. “Ut per singulos artus membra laxaret[2].” “Afin de déboîter les membres à chaque jointure.” D’autre part, membra se dit de toutes les parties du corps, même de la tête et du tronc ; artus ne désigne que les extrémités qui se rattachent par des jointures, commissuræ, au corps proprement dit, composé de la tête et du tronc.

Meminisse. Reminisci. Recordari.

Meminisse présente le souvenir comme un état de l’esprit, μεμνῆσθαι, on a conservé un fait dans sa mémoire, on sait encore sans avoir jamais oublié, c’est le sens de memorem esse ; reminisci et recordari présentent le souvenir comme un acte de l’esprit, ἀναμιμνήσϰεσθαι, on retrouve une idée qu’on avait perdue de vue. Mais reminisci exprime, comme in memoriam revocare, un acte momentané ; recordari un acte durable, comme revocata in memoriam contemplari. Cic. Lig. 12, 35. “Equidem, cum tuis omnibus negotiis interessem, memoria teneo, qualis T. Ligarius, quæstor urbanus, fuerit erga te et dignitatem tuam ; sed parum est, me hoc meminisse ; spero etiam te, qui oblivisci nihil soles, nisi injurias, quoniam hoc est animi, quoniam etiam ingenii tui, te aliquid de hujus illo quæstorio officio cogitantem, etiam de aliis quibusdam quæstoribus reminiscentem recordari.” “Témoin de tous tes embarras, j’ai la mémoire encore pleine de ce que T. Ligarius a fait pour toi, pour ménager ta dignité, dans sa questure civile. Mais c’est peu que je me souvienne moi. Tu nous as habitués à ne te voir jamais oublier que les injustices, c’est là que va la pente de ton âme et de ton caractère ; j’espère donc qu’en songeant à la manière dont il a rempli cette charge, tu t’arrêteras aussi sur les souvenirs qui se rapportent à quelques autres questeurs.” Ce passage fait voir 1º que memoria tenere n’est qu’une périphrase de meminisse ; 2° que recordari peut être une conséquence de reminisci, sans que la réciproque soit vraie, car il y a entre les deux le même rapport qu’entre intueri et conspicere. Cic. Sen. 21. “Pueri... ita. celeriter res innumerabiles arripiunt, ut eas non tum primum accipere videantur, sed reminisci et recordari.” “Les enfants saisissent si promptement une foule d’idées qu’ils ont l’air de les retrouver et de s’y arrêter par souvenir plutôt que de les recevoir pour la première fois.” Cicéron aurait pu ajouter : “quæ non satis meminerint, sed in aliquantum temporis obliti sint” : “idées qui ne s’étaient point assez gravées dans leur mémoire, qu’ils avaient oubliées pour un temps”. Tusc. I, 24, 58. “Animus, quum se collegit atque recreavit, tum agnoscit illa reminiscendo ; ita nihil aliud est discere, quam recordari.” “L’esprit se recueille et reprend des forces, après quoi il retrouve ces idées par un effort de mémoire ; apprendre, c’est donc s’arrêter sur des souvenirs.” Sen. Ep. 100. “Magis reminiscor quam teneo.” “C’est un souvenir que je retrouve plutôt qu’un souvenir qui m’est resté.”

Mercenarii. Operarii. Operæ.

Mercenarii, journaliers qui ne travaillent point à leur compte, mais pour un salaire, par opposition au propriétaire qui a le profit ; operarii et operæ, manœuvres qui entreprennent pour un autre un travail mécanique par opposition au maître qui fournit l’idée. Les mercenarii sont relégués à un rang inférieur par leurs mœurs ; les operarii, par la grossièreté de leur travail,

Merere. Dignum esse. Mereri.

1. Merere et mereri, mériter par une action ; dignum esse, être digne par une qualité.

2. Merere est habituellement transitif, il se joint à un accusatif ou à une proposition explicative ; mereri est intransitif, et se joint à une expression adverbiale. Cic. Rosc. Com. 15. “Fructum quem meruerunt retribuam.” “Je leur payerai le tribut d’éloges qu’ils ont mérité.” Comparez avec Catil. II, 2, 4. “Si illum ut erat (sous-entendu : de me) meritus morte mulctassem”. “Si je lui avais infligé la peine de mort comme je le lui devais.”

3. Merere, employé comme verbe intransitif ou sans complément, signifie servir en qualité de soldat, par ellipse de stipendia ; mereri, employé comme verbe transitif ou avec un complément signifie gagner, acquérir quelque chose, sans idée de mérite.

Meridies. Medius dies.

Meridies, le coup de midi considéré comme un point qui sépare la matinée de l’après-midi ; medius dies, le milieu de la journée considéré comme un espace qui est compris entre le matin et le soir.

Merx. Mercimonium.

Merx, la marchandise qui est par le fait un article de commerce ; mercimonium, celle qui peut le devenir, la matière première. Tac. A. XI, 5. “Nec quidquam publicæ mercis tam venale fuit.” “De toutes les marchandises qui sont dans le commerce, aucune ne se vendait mieux.” Comparez avec XV, 38.Mercimonium quo flamma alitur.” “Les matières les plus propres à servir d’aliment à la flamme.”

Metiri. Metari. Dimetiri. Dimetari.

1. Metiri, mesurer un espace pour en connaître la grandeur ; metari, jalonner l’espace mesuré pour en indiquer les limites.

2. On emploie dimetiri et dimetari pour indiquer en outre qu’on mesure et qu’on jalonne les subdivisions ; metari castra se rapporte simplement à l’enceinte des retranchements, mais quand Tite-Live dit par préférence VIII, 38, “Locum castris dimetari”, c’est qu’il marque expressément, ce qui d’ailleurs va de soi, qu’on a aussi jalonné les places d’armes, principia, l’emplacement de la tente du général, prætorium, etc., dans l’intérieur du camp.

Misereri. Miserari. Miseret me.

1. Misereri, avoir le cœur plein de pitié, comme compatir et ἐλεεῖν ; miserari, montrer de la pitié en paroles, comme plaindre et οἰϰτείρειν. Les Latins n’ont point de terme spécial pour la pitié en action ou erbarmen de l’allemand.

2. Misereor tui présente la pitié comme un acte de libre arbitre, il peint la générosité de la personne qui compatit, comme si on disait en allemand : ich erbarme mich dein, j’ai pitié de toi. Miseret me tui présente la pitié comme une impression irrésistible, tout mérite moral disparaît, et la grandeur du malheur d’autrui en ressort d’autant, comme si on disait en allemand es erbarmt mich dein, tu me fais pitié. Car miserere est un verbe causatif, comme οἰϰτίζειν.

Missile. Hasta. Lancea. Jaculum. Verutum. Tragulum. Pilum.

Missile, terme général pour toute espèce d’arme qui sert à combattre de loin, trait ou flèche ; hasta et lancea, armes de main et de jet, la pique : hasta, l’arme nationale des Romains, δόρυ ; lancea, arme étrangère attribuée aux Suèves, λόγχη. Pilum, jaculum, verutum, sont plutôt des armes de jet, le javelot : jaculum, terme général comprenant l’arme de ce genre usitée à la chasse ou épieu, ϐέλος ; verutum et tragulum, termes techniques pour les javelots militaires, ἄϰων ; pilum, terme spécial pour le javelot du légionnaire romain. Liv. IX, 19. “Romano pilum haud paulo quam hasta vehementius ictu missuque telum.” “Le légionnaire romain a son javelot qui n’a guère moins de pénétration que la pique comme arme de main et de jet.”

Mitis. Lenis. Placidus.

Mitis, doux par caractère, par opposition à acerbus, comme μείλιχος ; lenis, doux dans ses actions, par opposition à vehemens, comme πρᾶος ; placidus, dans ses façons, par opposition à turbidus, comme ἤπιος.

Mittere. Legare. Amittere. Dimittere. Omittere.

1. Mittere, exprime l’idée générique, comme envoyer ; legare, a un sens spécial et politique, comme déléguer. Le missus est un serviteur ou un messager ; le legatus, un représentant.

2. Amittere et dimittere, laisser échapper de ses mains ce qu’on tenait en son pouvoir amittere, contre sa volonté, comme perdre ; dimittere, après en avoir usé, comme congédier. Omittere, laisser passer quelque chose devant soi sans en prendre possession. Et, pour préciser : amittimus inviti et casu, omittimus volentes et sponte. Amittere occasionem, c’est perdre une occasion et se mettre hors d’état de l’utiliser par indolence, tandis qu’omittere, c’est renoncer à en tirer parti et ne pas vouloir l’utiliser pour en faire peu de cas. Et vitam amittere, c’est perdre la vie, mais omittere, c’est la sacrifier.

Modo—modo. Nunc—nunc.

Modo—modo ne devrait s’appliquer à la rigueur qu’à des actions passées ou futures ; nunc—nunc à des actions présentes. Cette distinction est tombée en désuétude, mais nunc—nunc a du moins un tour plus vif et appartient à la poésie et à la prose élevée, comme tantôt... tantôt ; modo—modo est, comme une fois... une autre fois, le terme propre de la prose dont Cicéron se sert constamment.

Modus. Modestia. Moderatio. Temperatio. Continentia. Abstinentia.

1. Modus, l’idée de la mesure et de la règle prise comme un précepte moral indépendant de toute personnalité, ce que les Grecs entendent par μέτριον, μηδὲν ἄγαν ; modestia et moderatio, la même idée par rapport au sujet qui la possède ou la pratique : modestia, sous forme de sentiment, et moderatio sous la forme d’une conduite que dirige ce sentiment de la mesure et de la règle.

2. Moderatio, la modération qui est fille de l’intelligence, du calcul et de la réflexion, elle est parente de la prudentia ; temperatio et temperantia, qualité qui pénètre l’homme entier et ennoblit tout son être, elle est parente de la sapientia. La moderatio suppose, comme l’empire sur soi-même, une lutte des passions avec la raison dans laquelle la raison a le dessus ; la temperatio suppose, comme la tranquillité d’esprit, une raison qui a déjà pris le dessus, soit par un effet de la nature, soit par progrès moral.

3. Temperatus, temperatio, expriment simplement une qualité louable qui peut appartenir aux choses ; temperans, temperantia, une vertu dont les êtres raisonnables sont seuls susceptibles.

4. Moderatio, la modération dans l’action par opposition à cupiditas ; continentia, dans la jouissance par opposition à libido.

5. Continentia, l’empire qu’on exerce sur les désirs sensuels, la continence ; abstinentia, sur la convoitise de la propriété d’autrui, l’honnêteté stricte. Il est moins exact de traduire abstinentia par désintéressement, cette dernière vertu n’étant imposée que par la morale, tandis que l’abstinentia est commandée par la loi.

6. La modestia craint de dépasser la juste mesure ou modus par égard pour la morale qui la prescrit ; la verecundia et la reverentia, par égard pour des personnes auxquelles le verecundus craint de déplaire et auxquelles le reverens croit devoir du respect ; enfin, la pudor, par égard pour elle-même afin de ne pas s’exposer au mépris. Varron, dans Non. “Non te tui saltem pudet, si nihil mei revereare ?” “N’as-tu point de honte pour toi-même, si tu n’as plus aucun respect pour moi ?” Terent. Phorm. I, 5, 3, ou II, 1, 3. “Non simultatem meam revereri ? Saltem pudere ?” “Ne pas reculer par respect devant mon inimitié ? Ne pas rougir pour lui-même ?”

Moles. Onus. Pondus. Gravitas.

Moles et onus, la pesanteur envisagée par son côté désavantageux : moles, au sens absolu, comme un obstacle, en parlant d’un objet difficile à remuer à cause de sa grandeur, ὄγϰος ; onus, au sens relatif, comme une charge ou un fardeau qui accable le porteur, φόρτος. Pondus, la pesanteur envisagée par son côté avantageux, comme puissance et comme force, le poids, ἄχθος. Enfin, gravitas réunit ces deux rapports et exprime tantôt la pesanteur qui est à charge, tantôt le poids qui devient une force active, ϐάρος.

Mons. Jugum.

Mons, la montagne, par rapport à sa dimension en hauteur, ὄρος ; jugum, par rapport à ses dimensions en largeur et en longueur. Jugum a deux sens. Il se dit de la courbe supérieure de la montagne, courbe qui prend encore les noms plus précis de dorsum et de cacumen, selon qu’elle est aplatie ou pointue, par opposition à radices montis. Il se dit aussi des contre-forts d’une montagne et particulièrement des hauteurs par lesquelles différentes montagnes sont réunies de manière à former une chaîne. Par opposition à mons. Liv. XXII, 18. “Sub jugo montis prælium fuit.” “Le combat eut lieu au-dessous de la crête de la montagne.” Comparez avec XLI, 18. “Petilius adversus Balistæ et Leti jugum, quod eos montes perpetuo dorso conjungit, castra habuit.” “Pétilius campa en face des contre-forts du Baliste et du Létus qui réunissent ces montagnes par une crête continue.”

Mors. Letum. Nex. Obitus. Interitus. Perire. Oppetere. Demori. Intermori. Emori.

1. Mors et letum, la mort naturelle : mors, qui est le terme ordinaire, se prend simplement au sens physique ; c’est le chemin qui mène à la dissolution, θάνατος ; letum est le terme choisi, solennel, la mort imposée par le destin, οἶτος ; nex, la mort violente, terme passif, par opposition au terme actif de cædes.

2. Mors, letum, nex, sont des termes propres ; obitus et interitus, des euphémismes. Obitus désigne, comme exitus, une mort naturelle ; interitus et perire désignent habituellement, comme exitium, une mort violente. Plin. Ep. III, 7. “Silius ultimus ex Neronianis consularibus obiit, quo consule Nero periit.” “De tous les consulaires du règne de Néron, Silius fut le dernier à partir ; la mort violente de Néron date de son consulat.” Plaut. Epid. III, 4, 56. “Malo cruciatu pereas atque obeas cito.” “Va-t’en périr dans les tourments, pars au plus vite.”

3. Perire présente la mort comme une destruction et une corruption ; interire, comme une disparition, en sorte qu’à la rigueur celui-là regarde plutôt le corps, celui-ci plutôt l’âme. Plaut. Capt. III, 5, 32. “Qui per virtutem periit, at non interiit”, c’est-à-dire celui qui meurt par un noble trépas, de celui-là le corps seul périt, l’essence de son être (il ne s’agit pas ici de l’âme, mais de la renommée et de la gloire) ne passe point. En outre, perire désigne une mort prompte et tragique, particulièrement par suicide ; interire, une mort lente et douloureuse ou encore une mort paisible. Tac. Ann. XV, 44. “Et pereuntibus Christianis addita ludibria, ut ferarum tergis contecti laniatu canum interirent.” “Et pour se faire un jeu de la mort violente des chrétiens, on les couvrait de peaux de bêtes sauvages, et ils mouraient lentement déchirés par les chiens.” Serv. ap. Cic Famm. IV, 5. “Si quis nostrum interiit aut occisus est.” “Si l’un de nous est mort tranquillement ou s’il a été tué.”

4. Obire mortem présente la mort comme un accident physique ; on reste tout à fait passif ; oppetere, comme un acte moral : si l’on ne va pas chercher la mort, on l’attend du moins avec une fermeté méprisante.

5. Demori, sortir par la mort d’une société dans laquelle on laisse un vide ; intermori, être frappé pour un temps de mort apparente, ἐϰθανεῖν ; emori, mourir tout à fait, par opposition à un semblant de vie passée dans le malheur, l’esclavage et la honte, πανδίϰως θανεῖν. Cic. Pis. 7. “Ut emori potius quam servire præstaret.” “Plutôt mille morts que l’esclavage.”

Mulcere. Palpare.

Mulcere, passer légèrement la main sur un corps rude, par exemple, sur des cheveux pour les lisser ; au figuré, adoucir un homme en colère, comme ϰαταψῆν ; palpare, toucher légèrement un corps lisse, par exemple, la peau nue, pour causer par l’attouchement une sensation agréable ; au figuré, se mettre en frais d’amabilité, cajoler, comme ψηλαφᾷν.

Murus. Paries. Mœnia. Maceria. Parietinæ. Munimenta.

1. Murus, toute espèce de bâtisse en forme de mur, au point de vue exclusif de la forme, sans égard à la destination, τεῖχος ; paries, mur latéral, mur mitoyen ou cloison servant à établir des séparations, τοῖχος ; mœnia, murs d’une ville pour servir de défense contre l’ennemi, περίϐολος ; maceria, le mur qui entoure une pièce de terre pour en marquer les limites et pour la protéger contre les voleurs, la clôture d’un jardin, d’un vignoble, θριγϰός. Virg. Æn. VI, 549.Mœnia lata videt triplici circumdata muro.” “Il voit une vaste enceinte entourée d’un triple mur.” Tac. Ann. XV, 43. “Nero instituit, ut urbis domus non communione parietum sed propriis quæque muris ambirentur.” “Néron décida que les maisons de Rome n’auraient plus de murs mitoyens, que chacune aurait les siens.”

2. Muri, mœnia, etc., murs en bon état d’entretien ; parietinæ, murs en ruine.

3. Mœnia, remparts d’une ville propres à résister à un coup de main ; munimenta, fortifications régulières d’une place forte ou d’un camp retranché, capables de braver un assaut.

Mutilare. Truncare.

Mutilare se dit de mutilations légères, comme de briser les cornes, de couper le nez, les doigts, etc. ; truncare, de mutilations graves, comme de trancher les bras, les pieds, les mains. On peut comparer les mutilata membra à des rameaux et à des scions rompus ; les truncata, à de grosses branches abattues.