VII

Par Droit naturel, la Société ne peut plus entendre la satisfaction des seuls besoins animaux: car l'être humain n'est pas une brute: il est une Intelligence, une Raison, une Justice; il est aussi l'art, l'industrie, la Liberté.

Donc, de Droit naturel, toute créature humaine est libre, autonome, doit développer ses facultés, exercer ses aptitudes sans autre limite que l'Égalité, ou le respect du droit identiquement le même en autrui.

Quand la Raison générale sera suffisamment pénétrée de ces notions, elle formulera non seulement des lois pour protéger également la vie, l'honneur, la propriété légitime des associés, contre quiconque pénétrerait dans la sphère d'autrui pour la troubler ou la détruire; mais, de plus, elle mettra à la disposition de tous, les moyens de développement qu'elle pourra généraliser: tels que l'enseignement des sciences, des arts, de l'industrie, des lois, etc. Elle comprendra que c'est son Devoir et son intérêt.

Son devoir, parce que la société poursuit la réalisation d'une destinée dont chacun de ses membres est un élément;

Son devoir, parce que tous les co-associés ont un droit égal aux avantages sociaux;

Son devoir, parce qu'ils sont réunis pour se garantir la jouissance de leurs droits, et se faciliter la pratique du Devoir.

Son intérêt, parce qu'en travaillant à rendre possible à chacun de ses membres la puissance de se bien gouverner, elle assure la sécurité de tous.

La Raison générale, modifiée par la notion moderne de la société, réformera profondément son Droit Civil. Devant ce Droit, tous les individus majeurs et sains d'esprit, seront reconnus aptes à concourir aux actes de la vie civile, à disposer de leur travail, de leur fortune. La société se contentera de sauvegarder les intérêts des mineurs et des interdits et d'empêcher que, dans aucun contrat, puisse s'introduire une clause attentatoire à la dignité de la personne et à l'exercice de ses droits. Toutes les fonctions étant du ressort du Droit Civil, la société respectera la manifestation de l'activité de chacun, et soumettra les fonctions publiques à l'élection ou au concours.

Le Travail est notre grand Devoir: c'est par lui que se réalise la destinée humaine; c'est par lui que se produit le bien-être; c'est le père de tout bien, l'auxiliaire de la vertu. La Raison générale, éclairée par la science Économique qui se forme, comprendra que le travail est un Droit, puisque vivre, pour l'individu social, est un Droit; elle transformera donc le grand atelier national, et parviendra progressivement à introduire l'égalité, c'est à dire l'équité, dans le domaine de l'échange. Le Droit Économique n'existe pas: l'humanité le tirera de ses entrailles souffrantes et de son cerveau, comme elle en a tiré tous les autres.

Chacun devant avoir des Droits naturels, civils et économiques égaux, et un intérêt égal à ce que les lois et les institutions soient au profit de tous, a, par cela même, un Droit égal à concourir aux actes politiques qui sauvegardent ses autres droits, et à l'aide desquels les progrès réalisés dans les esprits s'incarnent dans les faits sociaux. La Raison générale, bien pénétrée de ces vérités, organisera sous la loi d'égalité, le concours de tous à la vie politique, concours par lequel seul on peut se réputer libre, en n'obéissant qu'à la loi qu'on a faite ou consentie.

Tel est l'idéal de la société fondée par la Révolution Française; idéal qui confond toutes les races, tous les peuples devant le Droit.

A l'aide de cet idéal supérieur, glorieux Credo de la foi de nos pères, nous comprenons que les individualités, les nations et les races supérieures ne sont pas des maîtres, mais des frères aînés, des éducateurs; qu'elles commettent une lâcheté, un crime de lèse-humanité lorsqu'elles oppriment et abrutissent au profit de leurs passions égoïstes, ceux que la Raison leur confie comme élèves;

Nous comprenons que, devant le dogme de la Perfectibilité, tombent tous leurs hypocrites prétextes de domination;

Qu'enfin, en violant les droits de leurs semblables, elles nient les leurs propres; qu'en les traitant comme s'ils étaient des brutes, elles se rangent elles-mêmes au rang des brutes qui n'ont pour loi que la force et la ruse.

Si la notion du Droit se transforme avec l'idéal social de 89, combien, en même temps, se précise, se purifie, s'élève la sublime notion du Devoir!

Respecter les Droits d'autrui égaux à ceux qu'on se reconnaît;

Protéger quiconque est opprimé quand la société n'est pas présente ou n'a pas pourvu;

Faire respecter sa dignité, son Droit; car ne pas punir celui qui, sciemment et méchamment, y attente, c'est se rendre complice de ses mauvaises passions, du mal qu'il fait, de celui qu'il peut faire par suite de l'impunité de sa première faute;

Travailler, non pas seulement dans son intérêt particulier, mais en vue de la destinée collective, observant, autant qu'il est en soi, la bonne foi et l'équité dans l'échange des produits;

S'efforcer de connaître sa propre capacité, non pour en tirer vanité, ce qui est puéril; mais afin de rendre tous les services dont on est capable, au grand corps dont on est un organe;

Contribuer selon ses forces, son intelligence, au Progrès d'autrui, à l'établissement de la Justice, à la vulgarisation des idées vraies et morales, à la destruction des idées fausses;

Se considérer comme instituteur des ignorants, comme Justicier, comme solidaire de tous;

Aimer la patrie dans l'Humanité et la famille dans la Patrie;

Chérir par dessus tout la Justice.

Tels sont les principaux devoirs de ceux qui acceptent l'idéal nouveau; de ceux qui ne sont plus des esclaves, mais des organes de la société qu'ont fondée et scellée de leur sang nos glorieux pères.

Et l'on ne peut remplir ces devoirs sans travailler à s'harmoniser soi-même: admirable économie de ressort, qui met d'accord notre perfectionnement propre avec le bien général, l'amour et le respect de nos semblables et de l'Ordre.