DEUXIÈME VOLUME.
LIVRE SECOND
(Suite).
CHAPITRE VII.
10,
1, Cæsar.—Suétone, Auguste, 25.
10, Meurte.—Myrte; ce nom de meurte lui était assez général dans le midi de la France.
12, Flambeau.—Lors de la première guerre punique, après la bataille de Mylos (260), la première victoire navale qu’ils aient remportée, les Romains décernèrent au consul Duilius, avec les honneurs du triomphe, le privilège de se faire accompagner, le soir, à la lueur de flambeaux et au son des flûtes; de plus, une colonne rostrale fut élevée sur le forum, colonne qui existe encore, restaurée à la vérité, et sert actuellement de support à un réverbère!
13, Titres.—Après la Révolution de 1793, Napoléon rétablit la noblesse en France. Déjà en 1804, Masséna, entre autres, avait été fait duc de Rivoli; mais de 1806 date réellement la constitution de la noblesse impériale qui, dès le début, outre les royautés des Espagnes, de Hollande, de Naples et de Sicile, la vice-royauté d’Italie, comprit les duchés de Dalmatie, d’Istrie, du Frioul, de Cadore, de Bellune, de Conégliano, de Trévise, de Feltre, de Bassano, de Vicence, de Padoue et de Rovigo; auxquels vinrent s’ajouter plus tard et successivement ceux de Bénévent, Gaète, Otrante, Ponte-Corvo, Reggia, Trente, Massa, Carrare, Parme, Plaisance, Clèves et Berg, d’Auerstadt, d’Elchingen, les principautés de Guastalla, de Neufchatel, de Wagram, d’Essling, etc. Les Ministres, Sénateurs, Conseillers d’État, etc., devinrent comtes; les Présidents des diverses cours, les évêques, les maires des 52 villes les plus importantes de l’empire devinrent barons; réserve était faite pour les généraux, préfets, officiers civils et militaires des titres qui pouvaient être conférés à chacun.—De nombreuses dotations furent jointes à certains de ces titres, elles arrivèrent à dépasser 30.000.000 fr. de revenus, dont partie constituaient des majorats, c’est-à-dire étaient attribués à titre perpétuel et inaliénable à l’aîné des fils. Ces majorats pouvaient être également constitués, avec ou sans le concours de l’État, par le dignitaire lui-même: les grands dignitaires de l’empire, en affectant 200.000 fr. de revenus à ces majorats, conféraient à leur fils le droit de porter le titre de duc, dès le vivant du père; les comtes ayant 30.000 fr. de revenus, les barons en ayant 15.000 et en constituant un tiers en majorat, dotaient l’aîné de leurs enfants du titre immédiatement inférieur au leur et les autres étaient chevaliers; de ce fait, le budget est aujourd’hui encore grevé de plus d’un million.—En tout, Napoléon Ier a fait 9 princes, 32 ducs, 388 comtes et 1.000 barons.
Trois générations successives dans la Légion d’honneur transmettaient la noblesse à toute la descendance; cette disposition, tombée d’elle-même, n’a pas été abrogée.
Enfin en 1811, on procéda à la régularisation des anciens titres féodaux, qui avaient été supprimés par décret du 17 juin 1790 de l’Assemblée constituante.
En principe, l’institution des titres de noblesse se justifie parfaitement; mais la prodigalité les discrédite et leur perpétuité, qui contribue à les multiplier outre mesure, les fait tomber dans la banalité et leur enlève tout stimulant. Leur transmission semblerait devoir être limitée à une, deux, trois ou quatre générations au plus, chacune ne conservant que le titre immédiatement inférieur à celui de la génération précédente, si par elle-même elle n’en a acquis un plus élevé. C’est le système inverse qui est appliqué, aggravé encore par les substitutions, abus que rien ne justifie, qui font que sur les 50.000 nobles qu’on peut compter en France, un millier à peine peut se prévaloir de titres qui soient indéniables.
Quant à la particule de, dite nobiliaire et regardée communément comme attestant une noble origine, elle n’a jamais eu, par elle-même, ce caractère et n’est pas un critérium infaillible de noblesse.
Abolis à nouveau par la République de 1848, les titres de noblesse ont été une seconde fois rétablis en 1852 par le prince Louis Napoléon.
13, Armoiries.—La maison d’Estaing, par exemple, portait des fleurs de lys dans ses armoiries, parce qu’à la bataille de Bouvines (1214), l’un des siens avait sauvé la vie au roi Philippe-Auguste.
12,
3, Sainct Michel.—L’ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI en 1469. Cet ordre, primitivement destiné à la haute noblesse, finit par être accordé aux gens de robe, de finance, etc.; supprimé à la Révolution, rétabli à la Restauration, il a été définitivement aboli en 1830.
10, Plustost... vtile.—Var. de 80: qu’à nulle autre.
12, D’occasions.—Add. des éd. ant.: c’est vne monnoye à toute espece de marchandises.
16, Trahison.—Add. des éd. ant.: et autres que nous employons à nostre vsage, par l’entremise d’autruy.
28, Fidelité.—L’éd. de 80 port.: frugalité.
32, D’honneur.—Ces récompenses honorifiques.
34, Largesse.—Les décorations sont en effet un moyen précieux de reconnaître le mérite et les services rendus; mais l’abus le déconsidère; et ce que constate ici Montaigne pour l’ordre de S.-Michel est presque chose faite pour notre ordre de la Légion d’honneur qui pendant près de trois quarts de siècle a été à si juste titre en si haute estime; si bien qu’aujourd’hui, nombre de ceux qui croient l’avoir mérité, dédaignent de le porter, tant il a été prodigué; au commencement de 1907, en effet, on ne comptait pas moins, en France, de 52.000 membres de la Légion d’honneur et 220.000 décorés ou médaillés de tous ordres nationaux; jamais il n’avait été fait pareille débauche de décorations que depuis que nous sommes en République, gouvernement qui par sa nature même devrait en être plus sobre que tout autre.—Outre l’abus qu’on fait de cette décoration, on en crée journellement de toutes sortes; croix et médailles pullulent, sans compter les décorations étrangères pareillement distribuées avec non moins de profusion et sans plus de raison; aussi les unes comme les autres ont-elles perdu tout prestige, et de prime abord et jusqu’à plus ample informé, elles témoignent plutôt de l’intrigue que du mérite.—Depuis trente ans, certains de nos gouvernants, inespérément arrivés au pouvoir dont ils ne savent que mésuser, ne voient là qu’une ressource facile et commode de donner satisfaction, sans qu’il leur en coûte rien, à ceux qui les y ont portés et à l’entourage qui les flatte et souvent gouverne en leur nom; d’autres entraînés par les théories socialistes, dont ils sont les apôtres généralement plus intéressés que convaincus, y ajoutent l’arrière-pensée d’arriver à tuer par le discrédit une institution qu’ils exècrent, parce qu’elle leur vient d’une autre époque et qu’elle porte atteinte à l’égalité qu’ils poursuivent, en ramenant le plus possible, ici comme en tant d’autres choses, tout ce qui a tendance à s’élever à leur niveau moral, au niveau inférieur.
35, Nostre.—Montaigne dit «nostre», parce que lui-même était chevalier de S.-Michel; l’ordre du S.-Esprit, créé vers cette époque, l’était quand il écrivait ce chapitre, puisqu’il en parle un peu plus loin, seulement il ne l’avait pas.
14,
10, Parle.—La vaillance militaire.
14, Militaire.—C’était l’idée de l’amiral de Coligny; il voulait réunir tous les Français dans une guerre visant la conquête des Pays-Bas espagnols; Charles IX semblait goûter ce plan, avant de s’engager dans la S.-Barthélemy, et ce fut le motif par lequel, à la cour, on retint, à ce moment-là, Coligny qui se méfiait. Il se peut que Montaigne ait écrit ce passage sous une réminiscence de ce fait.
16,
2, Derniere.—L’ordre du S.-Esprit, institué par Henri III en 1578.—Pour y être admis, il fallait être catholique et avoir déjà reçu l’ordre de S.-Michel. Il est passé par les mêmes vicissitudes que ce dernier (V. N. II, 12: [Sainct Michel]).—Ces ordres et celui de S.-Louis, créé plus tard, disparus à la Révolution, ont fait place quelques années après à celui de la Légion d’honneur, qui seul subsiste aujourd’hui. Institué par décret des Consuls du 19 mai 1802, il fut inauguré le 14 juillet 1804. Le Chef de l’État en est le Grand-Maître; l’administration en est confiée à un Grand-Chancelier qui travaille directement avec lui; cet ordre est destiné à récompenser les services civils et militaires, il se compose de 80 grands-croix, 200 grands-officiers, 1.000 commandeurs, 4.000 officiers et un nombre illimité de chevaliers (V. N. II, 10: [Titres]).—En dehors de cet ordre, et de catégorie tout autre, nous avons encore nombre de récompenses honorifiques, dont la médaille militaire et la médaille d’honneur ou de sauvetage, dont le prestige à bien juste titre est intact, parce que généralement elles sont méritées; les Palmes académiques, le mérite agricole qui se distribuent par brassées, les médailles commémoratives et d’autres de toutes natures, sans compter les Ordres coloniaux, auxquels il faut ajouter les Ordres étrangers, qui pullulent également, au point qu’aujourd’hui en France est décoré qui veut, et que seuls se remarquent ceux qui ne le sont pas.
11, Propos.—Les éd. ant. aj.: et nous estant si familier par l’air François qu’on lui a donné si perfect et si plaisant.
19, Force.—Virtus, en latin, signifie force, courage; de là est venu le mot français vertu, ces qualités constituant, chez les anciens, la vertu par excellence. «La force, dit J.-J. Rousseau, Émile, V, est la base de toute vertu; la vertu n’appartient qu’à un être faible par sa nature et fort par sa volonté» (V. N. II, 86: [Vertueux]).
20, Militaire.—Cela était encore vrai du temps de Montaigne, mais a cessé d’être. Quand, à la Révolution, Napoléon rétablit les titres nobiliaires, par une pensée bien digne de son génie, il s’en servit pour récompenser tous les genres de mérites et de services, aussi bien ceux rendus dans la vie militaire que dans les charges civiles; dans les lettres, les arts, les sciences, le commerce, l’industrie, l’agriculture qu’à la guerre, et son exemple a été suivi depuis.
CHAPITRE VIII.
18,
Enfants.—Ce chapitre est un des plus beaux des Essais, on y trouve partout du bon sens, de la raison, un jugement exquis. Montaigne y parle en philosophe qui a beaucoup observé, et ses idées sages et réfléchies sur ce sujet de première importance sont exposées d’une manière simple et naturelle dans l’ordre où elles se sont offertes à son esprit. Naigeon.
1, D’Estissac.—Louise de la Béraudière, veuve du baron d’Estissac, devint la maîtresse d’Antoine de Navarre (le père de Henri IV), et épousa, en secondes noces, de Combaut, premier maître d’hôtel du roi. Sa fille, mariée à un de la Rochefoucauld, a apporté à une branche cadette de cette famille le nom d’Estissac qu’elle porte encore.
12, Extrauaguant.—C’était l’avis de Pascal (V. N. I, 678: [Vicieux]), auquel Voltaire répondait: «Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il a fait; car il peint la nature humaine. Si Nicole, Malebranche avaient toujours parlé d’eux-mêmes, ils n’auraient pas réussi. Mais un gentilhomme campagnard du temps de Henri III, qui est savant dans un siècle d’ignorance, philosophe parmi les fanatiques et qui peint, sous son nom, nos faiblesses et nos folies, est un homme qui sera toujours aimé.»
17, L’honneur.—Et reuerence singuliere (add. des éd. ant.).
20,
3, Fils.—Fut un des compagnons de Montaigne, quand celui-ci fit son voyage en Italie en 1580-81; tué en duel en 1586.
6, Puerilité.—Jeunesse, ou mieux enfance, comme portent les éditions antérieures et l’exemplaire de Bordeaux; vient du latin puerilitas, qui a cette même signification.
24, Grande.
«L’affection, comme les fleuves,
Descend et ne remonte pas.» Nadaud.
24, Aristotelique.—Aristote, Morale à Nicomède, IX, 7.
28, Estre.—D’autant que nous regardons l’être, l’existence, comme une chose précieuse.
22,
8, Moy.—Je préférais les voir mis en nourrice (V. N. I, 462: [Nourrice]).
17, Nostre... hommes.—Var. des éd. ant.: le plaisir que nous en receuions, non pour eux-mesmes.
22, Mesme.—Au moment, sur le point de le quitter.
32, Effect.—En Guyenne, la législation sur la puissance paternelle, conforme au droit romain, admettait que ce que le fils mineur et non marié acquérait, appartenait au père; dans certaines régions, quel que fût son âge, fût-il marié et père de famille lui-même, il demeurait sous l’autorité paternelle tant qu’il n’était pas émancipé et que, du consentement du père, la vie commune n’avait pas été interrompue pendant dix ans.
24,
21, Moins.—Les Gascons paraissent avoir eu à cette époque assez mauvaise réputation; ce passage de Montaigne implique en eux une certaine tendance à s’approprier le bien d’autrui; ce que confirme Rabelais, III, 42, en y ajoutant encore: «Le Gascon semble vouloir se battre avec tout le monde; il est enclin à dérober; bonnes femmes, prenez garde à votre ménage.»
23, En.—Var. de 80: de Gascogne.
27, Contrées.—Add. de 80: de la France.
37, Aristote.—Morale à Nicomède, IV, 3.
26,
16, Coups.—A deux reprises différentes.
18, Nourrisse.—Pendant l’allaitement (V. N. I, 462: [Nourrice]).
19, Infortune.—Léonor de Montaigne, dont il est encore parlé au ch. V du liv. III (III, 208), née en 1571, morte en 1616, épousa en premières noces, en 1590, un seigneur de la Tour, mort en 1594; elle en eut une fille, dont la postérité s’éteignit à la première génération. Remariée en 1608 à un vicomte de Gamaches, de cette deuxième union naquit une deuxième fille, dont la descendance est représentée aujourd’hui par les familles de Puysegur, de Segur et Pontac.
38, Questuaire.—C.-à-d. dans les autres états où l’on est obligé de travailler, de rechercher le gain pour vivre; du latin quæstuarius, mercenaire.
41, Ans.—«Le vingt-trois septembre 1565, i’espousai Françoise de la Chassaigne», a inscrit Montaigne dans ses éphémérides.
42, Aristote.—Politiq., VII, 16; porte trente-sept, et non trente-cinq.
42, Trente.—République, VI; de trente à trente-cinq, y est-il dit.—«Conduis ta femme à ta maison en temps opportun, quand tu auras ni beaucoup moins ni beaucoup plus de trente ans; c’est l’âge convenable pour te marier.» Hésiode.
28,
2, Engeance.—Leur lignée, leur progéniture; ce mot ne s’emploie plus guère qu’en mauvaise part:
«Quand de ces médisants l’engeance tout entière
Irait, la tête en bas, rimer dans la rivière.» Boileau.
5, Temps.—Diogène Laerce, I, 26.
6, Gaulois.—Ce que Montaigne attribue ici aux Gaulois, probablement d’après César, celui-ci le dit, non des habitants de la Gaule, mais de ceux de la Germanie, De Bello Gall., VI, 21.
18, D’enfants.—Mahomet, le père de ce roi de Tunis dont il a déjà été question au ch. LV du liv. I (V. N. I, 576: [Thunes]), avait eu, de différentes femmes, trente-quatre enfants.—J’ai connu, en 1860, un cheikh du Ferdjoua (Province de Constantine, Algérie), Bou Akkas, le dernier chef arabe ayant conservé son indépendance, laquelle a pris fin à cette époque, qui, alors âgé de près de quatre-vingts ans, passait pour en avoir eu soixante-douze dans les mêmes conditions.
19, D’autres.—Platon, Lois, XI.—Jecus, Astylus, etc., étaient des athlètes.
20, Olympiques.—Jeux qui se donnaient durant les fêtes célébrées dans l’ancienne Grèce, à Olympie, en l’honneur de Jupiter Olympien. L’origine de ces fêtes se perd dans les temps fabuleux; elles revenaient tous les quatre ans, avaient lieu au solstice d’été et duraient cinq jours; elles servirent pendant des siècles, pour la supputation du temps. De 776 à 292, les Grecs ne comptèrent que par olympiades.
21, Palæstrine.—Lieu public chez les Grecs et les Latins, où on se formait aux exercices du corps; se disait également des luttes qui constituaient le principal de ces exercices.
37, Pompes.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ses riches atours.
30,
7, Acquise.—Charles-Quint, empereur d’Allemagne et roi d’Espagne, abdiqua la couronne d’Espagne en 1555 (il avait alors 55 ans), en faveur de son fils Philippe II; et, l’année suivante, il céda l’empire à son frère Ferdinand, se retirant au monastère de S.-Just en Estramadure (Espagne), où il demeura jusqu’à sa mort (1558); on dit qu’il regretta vivement le pouvoir dont il s’était démis.
9, Ducat.—Boileau a traduit, ainsi qu’il suit, ces deux vers d’Horace:
«Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant,
De peur que tout à coup, efflanqué, hors d’haleine,
Il ne laisse, en tombant, son maître sur l’arène.»
14, Monde.—«Les vieillards ne se croient jamais vieux; ils parlent de leur passé, parce que la faiblesse se plaît à revivre le temps de la force, et la souffrance dans le temps des plaisirs; de leur expérience, qui est la chose du monde à laquelle on croit le moins. Ils exigent des respects qui sont des aumônes; tenus dans une dépendance universelle, ils n’obtiennent qu’une compassion sèche. Un homme qui a vécu, c’est-à-dire observé, réfléchi, trouve dans le mépris de toutes choses la seule consolation du vieil âge.» Lamennais.
28, Accoustumé.—Les éd. ant. aj.: de produire librement ce qui me vient à la bouche.
32,
17, Commodité.—Cette cohabitation des parents avec les enfants à même de vivre de leur vie propre et ainsi tenus en tutelle, aboutit rarement au résultat qu’on avait espéré. Montaigne n’en a pas fait l’expérience; il n’a pas vécu jusqu’à un âge où une vie aussi calme que possible devient un impérieux besoin, ce que, malgré les apparences, les conditions qu’il préconise réalisent rarement. Chacun chez soi, ou à sa chacunière, suivant sa propre expression, est, à cet égard, ce que l’on peut faire de mieux.
21, Reume.—On comprenait alors sous ce nom de rhume: les catarrhes, la goutte et plusieurs autres maladies. Payen.
37, Authorité.—Comme si la nature n’avait pas assez bien pourvu à notre autorité.
38, Famille.—Henri IV introduisit pareillement cette réforme dans sa famille, «car il ne voulait pas, dit Péréfixe, que ses enfants l’appellassent monsieur, nom qui semble rendre les enfants estrangers à leur pere et qui marque la servitude et la sujetion; mais qu’ils l’appellassent papa, nom de tendresse et d’amour» (Hist. de Henry le Grand).
34,
6, Cheneuiere.—Mannequins ou drapeaux servant à mettre en fuite les oiseaux qui viennent manger les graines en terre, dans les champs où croît le chanvre, ou tous autres ensemencés.
22, Addonne.—S’attache à lui.
36,
12, Desseignée.—Faite à dessein, préparée d’avance.
14, Œconomies.—Soins de ménage, administration de maison; c’est dans ce même sens qu’on dit: l’Économique d’Aristote, de Xénophon.
14, Effect.—C.-à-d. j’ai vu assez de ménages où les choses, pendant un temps souvent long et d’une façon continue, se passaient exactement ainsi.
16, Maris.—Montaigne veut dire: «Les femmes ont toujours du penchant à contrarier la volonté des maris» et sa phrase est passée à l’état de dicton.
«Ci-gît ma femme... Oh! quel bien
Pour son repos et pour le mien!»
«Qui femme a, noise a.» Proverbe.
«A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt.» Proverbe.
«Gai, gai, de profundis!
Ma femme
A rendu l’âme.
Qu’elle aille en Paradis.
Dieu, faut-il lui survivre?
Me faut-il la pleurer?
Non, non, je veux la suivre...
Pour la voir enterrer.» Béranger.
16, Couuertures.—Prétextes, moyens détournés.
32, D’ennemis.—Sénèque, Epist. 47; Macrobe, Saturnales, I, 11, etc.
38,
21, De Montluc.—L’auteur des Commentaires.—Son fils Bertrand, dit le capitaine Peyrot, se rendait en Afrique avec trois vaisseaux qu’il avait équipés, pour y tenter aventure et s’y créer un établissement. Une tempête le porta sur l’île de Madère où, bien qu’on fût en paix avec les Portugais, ils firent feu sur lui; il descendit à terre, prit la place et se fût emparé de l’île, s’il n’eût été blessé à mort (1568).
40,
4, Tyrannique.—«Je ne puis lire qu’avec les larmes aux yeux (dans les Essais de Montaigne) ce que dit le maréchal de Montluc du regret qu’il a de ne s’être pas communiqué à son fils, et de lui avoir laissé ignorer la tendresse qu’il avait pour lui. Mon Dieu, que ce livre est plein de bon sens.» Mme de Sévigné, Lettre à sa fille.
7, Science.—Les éd. ant. à 88 port.: souuenance.
9, Amy.—Cette invocation s’adresse au souvenir de La Boétie.
12, Obseques.—De m’en remémorer à tout jamais, constamment, le souvenir.—«Il devrait y avoir dans le cœur des sources inépuisables de douleur pour certaines personnes.» La Bruyère.
18, Cæsar.—De Bello Gal., VI, 18.
30, Escus.—Il y avait le petit écu et l’écu de six livres. Quand la valeur n’était pas spécifiée, c’était toujours du petit écu qu’il était question; il valait trois livres, soit environ trois francs de notre monnaie.
36, Dot.—Sa femme, Françoise de Chassaigne, lui avait apporté 7.000 livres de dot, et renoncé à tous droits sur la succession de ses père et mère.
37, Maisons.—La maison est ce qui porte le nom.—La dot apportée par la femme demeurant sa propriété, ce pouvait être, dans l’idée, une cause de ruine, si elle était considérable, parce qu’elle était tenue en dehors des dépenses d’ordre général, qu’il fallait qu’elle se retrouvât intacte lors de la dissolution du mariage, pendant lequel la femme avait tendance à l’accroître au préjudice de la communauté et aussi à s’en prévaloir pour augmenter son luxe tout en en laissant la charge au mari.
42,
19, Mere.—Les livres saints (Proverbes, XXXI, 3) disent: «Ne donnez point votre bien aux femmes.»
44,
7, Masculines.—Attribution à des héritiers mâles, d’héritages qui devraient revenir à des femmes, afin d’empêcher que par elles ils ne passent dans des maisons étrangères.—A sa mort, Montaigne n’a pas été conséquent avec lui-même; cédant précisément à ces préoccupations masculines qu’il condamne quelques lignes plus bas, mû par le désir de perpétuer son nom, ce à quoi son livre a surabondamment pourvu, il a fait un testament par lequel il disposait de plus qu’il ne possédait et instituait le puîné de ses descendants héritier de sa terre et de son nom, ce qui a donné lieu à un procès qui ne s’est terminé que deux siècles après; le seigneur et le philosophe, en cette circonstance, se sont tenus nettement en contradiction. Le fait s’est produit dans les conditions ci-après: En 1590, lors du mariage de sa fille Eléonore avec François de la Tour, Montaigne attribua par contrat de mariage, avec substitution graduelle et perpétuelle au second des enfants mâles qui naîtraient de ce mariage, la terre de Montaigne, ses dépendances et une somme de 30.000 livres. François de la Tour mourut en 1594, laissant une fille, Françoise, qui, en 1600, n’ayant que six ans, fut fiancée à Honoré de Lur qui n’en avait que neuf; le contrat définitif de mariage fut passé en 1607. L’année suivante, Eléonore se remariait au vicomte de Gamaches, et dès ce moment la disposition insérée par son père dans son premier contrat devint un sujet de difficultés entre les deux branches. Françoise de la Tour était morte en 1613, laissant un fils, le vicomte d’Orellian, né l’année précédente; Eléonore, en 1616, lorsqu’elle mourut, le nomma à la substitution de la terre de Montaigne. De son second mariage, elle avait eu une seconde fille, Marie de Gamaches, qui épousa Louis de Lur, baron de Fargues, frère d’Honoré, le mari de sa sœur Françoise (V. N. I, 74: [Salusse]). Un accord survenu en 1627 entre les deux frères régla à l’amiable le différend pendant par suite de la substitution; mais la mort du vicomte d’Oreillan, tué en 1639, au siège de Salces, dans le Roussillon, rouvrit les revendications de la branche cadette et il en résulta une série de procès qui durèrent deux cents ans.
21, Platon.—Lois, XI.
29, Delphique.—«Γνωθὶ σεαυτόν (Connais-toi toi-même)», inscription qui était gravée au fronton du temple d’Apollon à Delphes. V. N. I, 28: [Congnoy].
46,
12, Loy.—La loi salique, code civil et pénal des Francs Saliens. Un de ses articles fixe que les mâles seuls peuvent succéder au fief donné au guerrier en vue du service militaire; appliquée jusqu’alors uniquement aux propriétés particulières, elle le fut, pour la première fois, à la couronne de France, en 1316, à la mort de Louis le Hutin.
26, Petits.—Add. des éd. ant.: ny goust de parenté.
31, Charge.—Ce qui n’empêche que les siens, «il ne les souffrait pas volontiers nourris près de lui» (II, 22), «et qu’il en a mis deux ou trois en nourrice» (I, 462 et N. [Nourrice]).—Ce qui convient sur ce point, en ces temps-ci où les santés et les constitutions sont si délabrées par l’hérédité de parents déjà malingres ou avariés dans le sens général du mot comme dans celui plus spécial dans lequel on l’emploie aujourd’hui, par la vie à outrance que chacun mène soit pour ses plaisirs, soit par nécessité de situation et les habitudes nouvelles, et aussi par la sophistication la plus étendue et la plus éhontée de toutes les denrées alimentaires, semble être que l’enfant est à mettre en nourrice si la mère est vraiment hors d’état de l’allaiter dans de bonnes conditions et qu’elle est coupable lorsqu’elle s’affranchit de le nourrir elle-même, étant à même de le faire.
36, Nostres.—Il en est malheureusement encore ainsi; pourtant la législation est récemment intervenue pour, dans une certaine mesure, prévenir les abus: elle interdit notamment de priver tout enfant de moins de trois mois, du lait de sa mère pour le donner à un nourrisson. Dans sa comédie des «Remplaçantes», M. Brieux combat ces mêmes errements si contraires aux lois de l’humanité; mais plus nous allons, moins on a de propension à faire passer avant toute autre considération l’intérêt de l’enfant, d’après lequel toute femme qui peut nourrir son enfant et ne le fait pas commet un crime, et que celle qui, ne le pouvant pas, s’y obstine pouvant faire autrement, tout en étant excusable, parce qu’elle obéit à un sentiment naturel, n’en commet pas moins une faute grave.
48,
17, Indifferemment.—Si dans certaines contrées les femmes étaient en commun, il en était d’autres où les mariages se faisaient à la criée, conte également Hérodote. En Babylonie, une fois l’an, dans chaque bourgade, les filles nubiles étaient réunies et divisées en deux catégories: les belles, et celles qui ne l’étaient pas, étaient estropiées, etc. On commençait par les premières et dans celles-ci par la plus belle, chacune était successivement attribuée au plus offrant; on passait ensuite aux autres en procédant par la moins avenante. Le prix d’adjudication des premières était payé par les acheteurs, et pour les secondes remis aux acquéreurs, l’argent versé pour les belles servant de la sorte à constituer des dots aux laides.
19, Pas.—Hérodote, IV, 180, dit que l’on regarde alors comme le père de chaque enfant celui auquel il ressemble le plus.
21, Autres nous mesmes.—Les éd. ant. port.: chair de nostre chair et os de nos os.
32, Platon.—Dans Phèdre.
50,
2, Fille.—Nicéphore, XII, 34.—Ses histoires éthiopiques qui comprennent entre autres l’histoire amoureuse de Théagène et Charyclée, qu’appréciait tellement Racine que, dit-on, il la savait par cœur. Le fait raconté par Montaigne est contredit par Bayle, Héliodore.
20, Estudes.—Ce genre de peine, qui ne s’applique plus aujourd’hui, s’est longtemps maintenu de pratique courante; et, jusqu’à la Révolution, on condamnait au feu et on brûlait un peu partout, en France, en Angleterre, aussi bien qu’à Rome, les livres frappés d’interdit et notamment ceux entachés d’hérésie.—En 1735, Voltaire eut ses Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises, brûlées à Paris par la main du bourreau; et en 1760, il en fut de même, à Genève, de l’Émile de J.-J. Rousseau.
28, Ensemble.—Sénèque le Rhéteur, Controverses, V.—Ce Labienus n’est pas le fils, mais le petit-fils du lieutenant de César, qui, devenu son adversaire, périt à la bataille de Munda (45). Quintus son fils alla, après la mort de César, chez les Parthes pour les décider en faveur de Brutus, et fut vaincu, pris et mis à mort par Ventidius, lieutenant d’Antoine.
37, Manger.—Tacite, Ann., IV, 34.—En 20; c’était la première fois qu’une accusation de ce genre était portée; elle le fut à l’instigation de Séjan: l’auteur se défendit avec énergie en présence même de Tibère. L’ouvrage condamné échappa nonobstant à la destruction; on le cacha et plus tard il reparut.
52,
4, Bouche.—Tacite, Ann., XV, 70. En 65; Lucain avait participé à la conjuration de Pison contre Néron, par ressentiment de ce que ce dernier, par jalousie littéraire, cherchait à étouffer la gloire de ses vers et lui avait défendu de les montrer. Tandis que, les veines ouvertes, son sang s’échappait et qu’il allait s’affaiblissant, il se rappela un passage où il avait décrit chez un soldat blessé une mort analogue et s’éteignit en les récitant. V. II, 66 et N. [Lucain].
10, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 22; Cicéron, De Finibus, II, 30.
22, Enfans.—Saint Augustin, d’après ses Confessions, aurait eu des enfants, avant sa conversion; mais cette appréciation de Montaigne, qui est de celles qu’on lui a reprochées, ne saurait être incriminée que par des critiques par trop superficiels, ce n’est chez lui qu’une manière de dire.
33, Rome.—Les éd. ant. port.: France.
34, Aristote.—Morale à Nicomaque, IX, 7.
38, Lacedemoniens.—Diodore de Sicile, XV, 87.—Épaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (363), ses amis l’entouraient et l’un d’eux s’écria en pleurant: «Ah! Épaminondas! faut-il que tu meures sans enfants!»—«De par Jupiter, répondit celui-ci, cela n’est pas; je laisse deux filles, la victoire de Leuctres et celle de Mantinée.»—D’après Cornélius Népos, Épaminondas, 10, ce grand capitaine n’aurait parlé que d’une fille, la bataille de Leuctres, ignorant peut-être à ce moment que son nouveau succès qui lui coûtait la vie fût aussi complet (V. N. I, 344: [Reng]; N. III, 18: [Epaminondas]).
39, D’eschanger... gorgiasses.—Var. des éd. ant.: à eschanger celles-là aux mieux nées et mieux coiffées.
54,
1, Estre.—Tous deux en eurent: Alexandre en eut un, Hercule, de Barsine, fille d’Artabase, du sang des rois d’Arménie, ce fils atteignit l’âge de dix-sept ans; et un autre posthume, Alexandre, de Roxane, fille d’un satrape de Perse. Cassandre, fils d’Antipater, les fit mourir tous deux avec leurs mères (V. N. III, 14: [Possession]). L’histoire conserve encore le souvenir d’un troisième, né de Cléophis, reine d’un royaume des Indes, qui reçut son nom et régna sur les états de sa mère.—De César, on connaît Césarion, qu’il eut de Cléopâtre (V. N. II, 634: [Cæsarion]); on lui attribuait aussi la paternité de Brutus, l’un de ses assassins, fils de Servilia, sœur de Caton d’Utique.
1, Phidias.—Ses œuvres les plus célèbres sont: le Jupiter Olympien, les sculptures du Parthénon, dont il fut l’architecte, et la statue de Minerve, qui en surmontait le fronton.
6, Filles.—Attila avait un grand nombre de femmes parmi lesquelles se trouvait une de ses filles, nommée Esca; ces alliances incestueuses n’étaient pas réprouvées par les Huns.—Dans des conditions particulières, l’histoire des filles de Loth nous présente quelque chose d’analogue (Genèse, XIX).
6, Fils.—Cette assertion de Montaigne évoque le souvenir de la réplique de Marie-Antoinette accusée, devant le Tribunal révolutionnaire, d’avoir corrompu son fils, dans la tour du Temple: «La nature se refuse à pareille question faite à une mère; j’en appelle à toutes celles qui sont ici» (1793).—Et cependant on a accusé Agrippine d’avoir cherché à retenir, par ce moyen, son influence sur son fils qu’elle sentait lui échapper; mais ce fils était Néron, et l’une comme l’autre étaient des prodiges de vice.
8, Pygmalion.—Devint amoureux de la statue de Galathée qui était son propre ouvrage, obtint de Vénus que ce marbre s’animât et l’épousa. Myth.—Cette fable est le sujet d’un charmant opéra-comique de Massé, paru en 1852.
CHAPITRE IX.
20, Salade.—Casque léger sans cimier, ou armet, à l’usage des hommes à cheval du XVe au XVIIe siècle, qui venait des Italiens qui l’appelaient celata, dont par corruption on a fait salade.
24, Esloigner.—S’éloigner de; cette même construction se rencontre en Corneille dans sa tragédie de Pompée:
«... Ses vaisseaux en bon ordre,
Ont éloigné la ville...»
29, Cortex.—Il s’en fabrique aujourd’hui pour les colonies, confirmant le proverbe que rien n’est nouveau sous le soleil; il est vrai que ce n’est pas comme défense contre le plomb ou le fer, mais contre les rayons solaires.
56,
8, Tacitus.—Annales, III, 43.
11, Lucullus.—Plutarque, Lucullus, 13.
12, Garentir.—On l’a essayé; les cuirasses des navires, les tourelles et coupoles cuirassées en acier chromé qui protègent les pièces d’artillerie, les bétonnages épais qui revêtent les parapets ou recouvrent les abris, réalisent dans une certaine mesure cette garantie contre le canon; on a été moins heureux pour les abris mobiles offrant dans la guerre de campagne une protection tant soit peu efficace, où les tranchées-abris et les boucliers métalliques des pièces d’artillerie d’usage récent donnent seuls des résultats appréciables.
19, Elephans.—Les éléphants jouèrent un grand rôle dans les guerres d’Alexandre et de ses successeurs, dans celles de Pyrrhus en Italie, durant les guerres puniques du côté des Carthaginois. On leur protégeait la tête et le poitrail, on garnissait leurs défenses de pointes d’acier et on les surmontait de tours portant généralement de six à huit hommes; la Bible parle de 32, cela semble exagéré.—Actuellement, on les emploie encore aux armées, dans les pays où on peut s’en procurer aisément, dans les Indes, aux transports, voire même à celui de pièces d’artillerie légères.—En certaines autres contrées, notamment en Afrique, dans le Sahara, entre l’Algérie et Tombouctou, on utilise de même, pour les expéditions qui s’y font, le méhari, dromadaire de selle, qui peut soutenir, pendant une quinzaine de jours, des marches quotidiennes de 70 kilomètres et franchir en cas de besoin 120 kilomètres en douze heures; le méhari est la monture habituelle des Touareg, seuls habitants de cette région. Déjà, en 1798, lors de la campagne d’Égypte, avait été constitué un régiment de dromadaires pour pouvoir excursionner dans le désert et y atteindre l’ennemi en fuite.
21, Chausse-trapes.—Clou de 12 à 15 centimètres de long, formé de quatre pointes dont une se trouve toujours en l’air.—En Espagne, en 124. Valère Maxime, III, 7, 2, dont le fait est tiré, ne le présente que comme une idée proposée à Scipion qui la repoussa; aujourd’hui on n’en agirait pas de même; on estime avec raison que tout, en dehors de ce qui est déloyal, est licite à la guerre, qui de fait n’est soumise qu’à la loi du plus fort et à celle, fort élastique et peu précise, de la conscience des belligérants.
28, Gauche.—Plutarque, Apophth. de Scipion le Jeune, 18.—Allusion à ce que le bouclier, arme défensive, se portait au bras gauche, et que les armes offensives, armes de main et armes de jet, se maniaient avec la main droite et qu’à la guerre attaquer vaut mieux que se défendre.
36, Caracalla.—Xiphilin, Caracalla.
38, Morion.—Casque à l’usage des hommes à pied, assez semblable à celui du nom de «salade», affecté aux gens à cheval (V. N. II, 54: [Salade]).
38, Escu.—Bouclier; vient du latin scutum, provenant lui-même du grec scutos (cuir), parce qu’anciennement les boucliers étaient en cuir.
58,
2, Paux.—Pieux, palissades; pluriel de pal, du latin palus qui a cette signification.
3, Poix.—Dans nos dernières guerres, le chargement du fantassin s’élevait à une vingtaine de kilos, soit un tiers de moins que celui du soldat romain. Malgré cette énorme différence, ce poids est devenu écrasant pour notre époque où tout ce qui est à peu près valide est appelé sous les drapeaux, et n’a pas la force des soldats de métier des temps passés; aussi s’évertue-t-on à réduire ce chargement à l’indispensable, ce qui permettra de le ramener à douze ou treize kilos. Mais, au lieu de supprimer l’excédent, on en surcharge les trains régimentaires, perdant de vue que fréquemment, avec nos armées à gros effectifs, ils ne rejoindront pas et qu’en outre, il est bien inutile de les encombrer d’effets de remplacement, alors qu’on peut si facilement en assurer le renouvellement par les services de l’arrière au fur et à mesure des besoins.
5, Haste.—Plutarque, Marius, 4.—Ses exigences envers ses soldats leur avaient fait donner le sobriquet de «mulets de Marius»; toutefois on assigne encore une autre origine à cette appellation: Au siège de Numance, Scipion examinait les chevaux et mulets de ses troupes, pour vérifier en quel état ils se trouvaient; Marius amena les siens qu’il soignait lui-même et les présenta en si bon état qu’il passa dès lors en proverbe, pour louer avec raillerie un homme laborieux, assidu et patient, et en particulier un soldat présentant ces qualités, de dire que c’était un mulet de Marius.
9, Cuit.—Plutarque, Apophth. du second Scipion.—En 133. Scipion, nommé consul pour la seconde fois, vint prendre en Espagne le commandement de l’armée qui, devant Numance, était depuis dix ans tenue en échec. Il y trouva un grand désordre. Il chassa du camp deux mille femmes de mauvaise vie, les aruspices, les devins qui la transformaient en un lieu de débauche et un champ de foire; en bannit le luxe; ordonna que l’on dînât debout, sans manger de viande chaude; au souper, on pouvait s’asseoir, mais on devait se borner à de la soupe et un plat de viande; lui-même s’était mis à ce régime et, vêtu d’un manteau noir, disait qu’il portait le deuil de son armée. A ses soldats, il fit élever des murailles, creuser des fossés qu’il renversait et comblait ensuite: «Qu’ils se couvrent de boue, disait-il, puisqu’ils ne veulent pas se couvrir de sang.» Il temporisa pour attaquer à nouveau l’ennemi, jusqu’à ce qu’il se crût en mesure de l’emporter, et finit par les réduire à s’entr’égorger. Après la prise de la ville, les vieillards reprochaient à leurs défenseurs de s’être laissé battre par des gens qu’ils avaient battus tant de fois; un d’eux leur répondit: «Les moutons sont bien les mêmes, mais le berger a été changé.»
14, Marcellinus.—Ammien Marcellin, XXIV, 7.—Fit longtemps la guerre en Germanie, dans les Gaules, et accompagna l’empereur Julien dans son expédition contre les Perses (V. N. II, 532: [Marcellinus]).
17, Romaine.—Les éd. ant. aj.: Or, par ce qu’elle me semble bien fort approchante de la nostre, i’ay voulu retirer ce passage de son autheur, ayant pris autresfois la peine de dire bien amplement, ce que ie sçauois sur la comparaison de nos armes, aux armes Romaines: mais ce lopin de mes brouillars m’ayant esté desrobé auec plusieurs autres, par vn homme qui me seruoit, ie ne le priueray point du profit, qu’il en espere faire: aussi me seroit-il bien malaisé de remascher deux fois vne mesme viande.
21, Lieu.—Ammien Marcellin, XXV, 1.
38, Bardes.—Avec son armure et celle de son cheval.
41, Soixante.—Plutarque, Démétrius, 6.—Montaigne fait quelque changement au récit de l’historien qui dit qu’Alcymus revêtait une armure de cent vingt livres, tandis que celles de Démétrius et de tous autres n’étaient que de soixante; et que le roi en fit faire deux pour Alcymus et pour lui-même, qui n’en pesaient que quarante, mais se distinguaient par la trempe du métal, si bien qu’à la distance de vingt-six pas, un trait lancé par une machine de l’époque n’y produisait qu’une empreinte très légère, à peine perceptible.
CHAPITRE X.
60,
Liures.—Dans ce chapitre, Montaigne passe en revue les principaux auteurs latins ou français dont il faisait sa lecture habituelle et qui ont fourni la majeure partie des faits ou des idées qui ont servi soit de point de départ, soit d’arguments à l’appui des réflexions qui composent les Essais.
4, Acquises.—«Comment Montaigne peut-il parler ainsi, après les lectures infinies dont son ouvrage même est la preuve? N’est-ce pas acquérir que de lire beaucoup, et surtout de réfléchir, comme lui, sur tout ce qu’on a lu?» Servan.
14, Retention.—Je suis homme qui ne retiens rien de ce que j’ai appris.
15, Iusques... i’en ay.—Les éd. ant. port.: ce que ie pense: Excutienda damus præcordia (donnant nos pensées pour ce qu’elles valent), citation qui n’est donnée que par l’éd. de 88, et qui est rayée en cette place sur l’ex. de Bordeaux et reportée sur cet exemplaire et la présente édition liv. III, ch. IX, III, 444: et iusques à quel poinct monte, pour cette heure, la connoissance que i’ay de ce dequoy ie traitte.
16, S’attende.—Ne s’arrête pas.
16, Matieres... i’y donne.—Var. des éd. ant.: choses de quoy ie parle, mais à ma façon d’en parler et à la creance que i’en ay.
17, Qu’on voye... sçauroient payer.—Var. des éd. ant.: Ce que ie desrobe d’autruy, ce n’est pas pour le faire mien; ie ne pretends icy nulle part que celle de raisonner et de iuger: le demeurant n’est pas de mon rolle. Ie n’y demande rien sinon qu’on voie si i’ay sceu choisir ce qui ioignoit iustement à mon propos. Et ce, que ie cache parfois le nom de l’autheur à escient és choses que i’emprunte, c’est pour tenir en bride la legereté de ceux qui s’entremettent de iuger les choses par elles-mesmes, s’arrestent au nom de l’ouurier et à son credit.
26, Solage.—Terroir, terrain; du latin solum qui a cette même signification et dont nous avons fait sol.
28, Escrits.—Les éd. ant. aj.: et n’ayant pas le nez capable, de gouster les choses par elles-mesmes, s’arrestent au nom de l’ouurier et de son credit.
62,
1, Vulgaire.—Qui sont en langage vulgaire, ce qui met tout le monde à même d’en parler, et aussi donne à croire qu’il n’y a rien que de vulgaire dans le plan et les pensées.
3, Veux.—Les éd. ant. port.: Ie veux qu’ils s’eschaudent à condamner Ciceron et Aristote en moy, au lieu de: «Ie veux... moy».
«Le critique imprudent, qui se croit bien habile,
Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile;
Et ceci (tu peux voir si j’observe ma loi),
Montaigne, il t’en souvient, l’avait dit avant moi.» André Chénier.
5, Musser.—Cacher par de belles paroles: «Louis XI savait, par de belles paroles, donner la musse à ses ennemis.» Pasquier.
5, Credits.—«Montaigne a commis plagiats sur plagiats; il s’en accuse en particulier envers Sénèque, Plutarque, déclarant que s’il ne signale pas les emprunts qu’il leur a faits, c’est qu’il est bien aise que ceux qui critiqueront les Essais, critiquent ces auteurs et autres dont il s’est inspiré, en croyant le critiquer lui-même; mais, au moins en ce qui touche Sénèque, il est plus facile que Montaigne ne le croit de reconnaître la phrase courte, figurée, sentencieuse, presque toujours antithétique de l’auteur latin, au travers de la riche abondance du style des Essais, étendue sans être lâche, détaillée sans être prolixe.» Ch. Nodier.
Quant à Cicéron, vis-à-vis duquel il est très sévère et qu’il ne nomme pas parmi ceux auxquels il a fait des emprunts très considérables cependant, S. de Sacy écrivait en 1865: «Je viens de relire Cicéron et je sais Montaigne par cœur; j’affirme que les traités philosophiques du premier, dont celui-ci dit: «qui me peuvent servir chez lui, à mon desseing», notamment ceux de la Nature des dieux et de la Divinité, ont passé presque tout entiers dans les Essais; on peut même y joindre les Tusculanes et les Questions académiques. Non seulement Montaigne a pris le fond, il s’est aussi inspiré de la forme.»—Par contre, Charron, dans son traité de la Sagesse, a copié textuellement de Montaigne ses plus magnifiques passages et d’autres aussi que Montaigne a tirés de Sénèque ou de tel autre. La Mothe le Vayer, La Bruyère, S.-Evremond, Fontenelle, Bayle et Voltaire ne se sont pas montrés plus délicats; mais aucun d’eux cependant n’approche de Pascal dans l’audace du larcin. Parmi les Pensées de ce dernier il y en a qui lui appartiennent en propre, ce sont celles empreintes de mélancolie superstitieuse, morose, et comme illuminée, qui trahit l’état où le plongeait la maladie; mais ces élans d’une âme forte, ces traits grands et inattendus, dont on a dit qu’ils tenaient plus des dieux que de l’homme, c’est Timée de Locres, S. Augustin, Charron et spécialement Montaigne qui les ont fournis; et le ton tranchant et dédaigneux dont nonobstant il parle des Essais, comme si, non content de s’en être enrichi, il voulait les perdre de considération pour hériter seul de leur gloire, impressionne défavorablement. Ch. Nodier.
9, Nation.—C.-à-d. d’où ils viennent.
21, Bande.—Sergent de bande ou de bataille; celui qui les jours de combat rangeait les troupes en bataille.
27, Temerairement.—C.-à-d. dont on peut parler sans préparation et hardiment.—Personne n’a jamais et plus exactement rendu le pêle-mêle, la demi-science, le jugement qui se rencontrent dans les Essais, que leur auteur ne le fait ici.
31, Science.—Add. des éd. ant.: mesme.
64,
6, Primsautier.—Qui fait ses plus grands efforts du premier coup, de prime saut; du latin a primo saltu. V. N. I, 620: [Prim-saut].
9, Dissipe.—L’exemplaire de Bordeaux porte ajouté, puis rayé: mon esprit pressé se iette au rouet.
18, Intelligence.—Les éd. ant. port.: ne se satisfaict pas d’vne intelligence moyenne, au lieu de: «ne sçait... intelligence».—Montaigne veut dire qu’il n’avait qu’une médiocre connaissance de la langue grecque, ce qu’il a déjà indiqué au ch. XXV du liv. I et au ch. IV du liv. II, ce qui ne l’empêche pas d’en citer assez souvent des passages.
19, Decameron.—Ouvrage capital de Boccace, publié en 1352 et qui l’a placé à la tête des prosateurs italiens et a immortalisé son nom. C’est un recueil de cent nouvelles pleines de gaîté, où la décence n’est pas toujours respectée, mais dont le style original n’a été égalé par aucun des écrivains contemporains de l’auteur.
19, Rabelays.—Auteur de l’histoire de Gargantua et Pantagruel, roman satirique publié de 1533 à 1534 (en partie après la mort de l’auteur), rempli de folies, d’extravagances, de quolibets, de mots barbares et forgés à plaisir, de passages inintelligibles, et, en même temps, plein d’originalité, de bon sens et même d’érudition; c’est un ouvrage où le fond et la forme sont tout imagination, mais qui, dans certains détails, offre d’utiles leçons, des allusions piquantes et de sévères censures; les moines et le clergé y sont surtout fort maltraités.—Rabelais, disait Boileau, veut toujours être plaisant et l’est toujours.—Nul, disait J.-J. Rousseau, n’a mieux connu les richesses et l’énergie de la langue française et n’en a su si bien tirer parti.
20, Second.—Poésie latine du genre élégiaque, publiée en 1541, se composant d’épigrammes sur le sujet constituant le titre de l’ouvrage.—L’auteur, mort n’ayant pas encore vingt-cinq ans, un des meilleurs poètes latins modernes, fut qualifié par un de ses contemporains, par ce jeu de mots: «Jean Second, qui fut loin d’être le second parmi ceux de son époque».
20, Tiltre.—Add. des éd. ant.: et des siecles vn peu au dessus du nostre l’Histoire Æthiopique.
21, Amadis.—Ce roman espagnol de chevalerie, autrefois très célèbre, a pour héros Amadis de Gaule, dit le Chevalier du lion, fils de Perion, roi fabuleux de France, qui est resté le type des amants constants et respectueux, aussi bien que de la chevalerie errante dans ce qu’elle avait de noble et de beau; on pense que les aventures qui y sont relatées, n’ont rien d’historique, on ne sait même à quelle époque les rapporter. La traduction qui en a été faite au XVIe siècle par le Sieur des Essarts a été longtemps en grande faveur et fut longtemps classique; on peut y cueillir, disait un écrivain de ce temps, toutes les belles fleurs de notre langue française.
24, L’Arioste.—Auteur italien de Roland furieux (Orlando furioso), épopée chevaleresque publiée en 1516, dont Roland, neveu de Charlemagne, est le héros et où les exploits des paladins sont racontés avec un art inimitable qui mêle le plaisant et le sérieux, le gracieux et le terrible, et fait marcher de front une foule d’actions diverses qui toutes intéressent.
25, Ouide.—Dont le chef-d’œuvre est sans contredit son poème des Métamorphoses, un des plus brillants monuments de la poésie latine, vaste épopée qui embrasse tous les faits de la mythologie et des temps fabuleux.
31, Axioche.—Dialogue d’une très haute antiquité; longtemps attribué à Platon, bien qu’il n’en reflète pas le style, et qui au jugement des meilleurs critiques serait d’Eschine, disciple de Socrate.
33, Outrecuidé.—C.-à-d. il n’est pas si vain, comme portent les éditions antérieures; ou: il n’est pas si sot, comme il y a dans l’exemplaire de Bordeaux.
34, Qu’il tient... faillir.—Var. des éd. ant.: ny ne se donne temerairement la loy de les pouuoir accuser.
66,
3, Esope.—Ces fables ne sont pas de lui; les Grecs se sont emparés de ses apologues et les ont arrangés sous diverses formes, soit en vers, soit en prose; mises en recueil, pour la première fois, 200 ans après sa mort, elles ont été traduites dans toutes les langues et imitées notamment par Phèdre et La Fontaine.
8, Virgile.—L’Énéide, les Géorgiques et les Bucoliques composent l’œuvre de Virgile.—Les Bucoliques sont des églogues ou pastorales écrites avec esprit et élégance, quelquefois vagues et obscures, mais où se révèle déjà néanmoins le génie de leur auteur, alors âgé de 25 ans. Les Géorgiques, qui suivirent, sont un poème didactique, un ouvrage d’économie rurale où se trouvent décrits les travaux des champs et le bonheur de la vie champêtre; on y admire une infinie variété de formes, la richesse des descriptions, une sensibilité pénétrante qui anime tout, enfin une excellence littéraire qu’il est impossible de trouver une seule fois en défaut.—L’Énéide, poème épique, dont le héros est Énée, prince troyen venu d’après les traditions s’établir en Italie, dans le Latium, après la chute de Troie et auquel les Romains faisaient remonter leur origine. L’auteur y chante le berceau de Rome et les antiquités de l’Italie; c’est une composition plutôt faible sous le rapport du plan et des caractères, mais on y admire l’art de rendre la passion, l’exquise délicatesse des vers, la perfection du style, le fini de l’exécution. Virgile, quand il mourut, n’avait pas entièrement terminé l’Énéide qu’il travaillait depuis dix ans, et par son testament, il ordonna de jeter au feu son œuvre inachevée; l’empereur Auguste s’y opposa.
8, Lucrece.—Imbu des principes d’Épicure, Lucrèce s’est fait, au Ier siècle, l’apôtre du matérialisme et de l’athéisme dans son poème philosophique célèbre «De la Nature des choses», écrit dans un langage d’un souffle puissant et parfois sublime, sans égal dans aucune langue, comme audace de pensée, amertume de sentiment et rigueur de logique.
9, Catulle.—Catulle réussit surtout dans l’épigramme et le genre érotique; on a aussi de lui deux poèmes épiques qui, notamment celui des Noces de Pélée et de Thétis, révèlent des qualités sérieuses en ce genre; tout cela d’un style exquis, achevé, d’une brièveté raffinée sous un air de simplicité extrême.
9, Horace.—Quatre livres d’odes, un d’épodes, deux de satires, deux d’épîtres, et une épître aux Pisons connue sous le nom d’Art poétique, composent l’œuvre de ce poète si célèbre. Dans ses odes, il se montre à la fois brillant, énergique, sublime et naïf, délicat, gracieux; ses satires et ses épîtres sont des modèles d’urbanité, de raillerie douce et bienveillante; son Art poétique est un poème didactique que Boileau a imité en le développant et qui encore aujourd’hui est le code des hommes de goût. Horace est le type accompli de l’épicurien latin; c’est un poète élégant et habile, un moraliste spirituel et savant; il est aussi courtisan, sans cesser de conserver une certaine liberté de langage et d’humeur; de caractère indépendant, il faisait consister le bonheur dans l’usage modéré des biens de la vie.
15, Lucain.—Auteur de la Pharsale, poème épique où il raconte la guerre civile entre César et Pompée; œuvre brillante et élevée, mais pompeuse et déclamatoire; au reste le poète n’eut guère le temps de la polir et de la terminer, obligé qu’il fut de se donner la mort par ordre de Néron. V. II, 50, et N. 52: [Bouche].
17, Terence.—Il ne nous reste plus de lui que six comédies, parmi lesquelles l’Andrienne. Térence était l’ami de Scipion Émilien et de Lelius qui, dit-on, prirent quelque part à la composition de ses pièces; son style est élégant et pur, la composition chez lui est régulière, le ton parfait, mais souvent l’intérêt est presque nul et on y trouve peu de mouvement et de gaîté.
23, Inegale.—Le style de l’Énéide est beaucoup plus parfait que celui de Lucrèce, sa poésie plus magnifique, quoique ennuyeuse parfois; mais celui-ci est plus plein, pense davantage, est par moment aussi grand poète, et a plus d’originalité.
30, Plaute.—Il nous reste de lui une vingtaine de pièces qui, la plupart, ont été imitées par nos auteurs français. Il est caractérisé par son originalité, des coups de théâtre imprévus, un dialogue rapide, une verve étincelante, des pointes, des jeux de mots, des charges souvent grossières, mais vraies au fond; il est franchement comique et faisait les délices du peuple.
32, Romaine.—Cicéron.
34, Compagnon.—Ce juge, c’est Horace qui dit dans son Art poétique, v. 270: «Il est vrai que nos pères ont goûté les vers et les saillies de Plaute; à mon sens, leur admiration a été excès d’indulgence, pour ne pas dire sottise.»
68,
10, Oublions... fable.—Var. des éd. ant.: fuyons la fin de son histoire.
15, Petrarchistes.—A l’imitation de Pétrarque, l’un des créateurs de la langue italienne, célèbre entre autres par les sonnets et les centons qu’il écrivit pour Laure de Noves.
19, Martial.—Auteur d’épigrammes sur toutes sortes de sujets, pièces fugitives, élégantes, acérées, écho fidèle de la dépravation de l’empire romain, et dont bien des traits, encore justes, pourraient s’appliquer à notre époque; à beaucoup d’esprit, joint souvent une licence excessive et parfois aussi une basse adulation.
26, Sont assez... iambes.—Var. de 88: peuuent aller à pied.
29, Noblesse.—Add. des éd. ant. à 88: en recompense de cette grace qu’ils ne peuuent imiter.
36, Iours.—C.-à-d. vêtus des habits qu’ils mettent d’ordinaire, comme portent les éditions antérieures; cette expression est encore en usage et assez répandue en France.
70,
1, Auoir besoin... sauuages.—Var. des éd. ant.: il faut qu’ils s’enfarinent le visage, il leur faut trouuer des vestements ridicules, des mouuements et des grimaces.
14, Furieux.—L’Orlando furioso, ou le Roland furieux de l’Arioste, œuvre capitale de ce poète, où il raconte les exploits des paladins, mêlant avec art le plaisant et le sérieux, le gracieux et le terrible, faisant marcher de front une foule d’actions diverses auxquelles il sait également intéresser.
14, Seruent.—Add. des éd. ant.: plus ordinairement.
14, Plutarque.—Auteur des Vies des hommes illustres de la Grèce et de Rome, et de nombreux traités de politique, d’histoire ou de morale, dits Œuvres morales, que quelques lignes plus bas Montaigne désigne sous le nom d’Opuscules, parmi lesquels on remarque ceux intitulés: L’Origine de l’âme; Du Génie de Socrate; Du Silence des oracles; Questions de table; Des Contradictions des Stoïciens.—On trouve dans ses écrits un grand jugement, des connaissances profondes et variées, une bonhomie et une morale douce qui les font lire avec charme; il vous fait vivre intimement avec les hommes dont il raconte la vie. La qualification de parallèles donnée à certains fragments des Vies de Plutarque, vient de ce qu’il y place en regard un Grec et un Romain dont les existences, dans leur ensemble, présentent de l’analogie, et les compare, semblant s’être proposé de montrer que la Grèce n’était point inférieure à Rome.—Plutarque venait d’être traduit en français par Amyot et publié (les Vies des hommes illustres en 1555, les Œuvres morales en 1574), lorsque Montaigne écrivait les Essais.
15, Seneque.—On a de lui un grand nombre d’écrits sur la philosophie; il y prêche la morale la plus austère et enseigne surtout le mépris des richesses et de la mort; son style est brillant et élégant, mais souvent affété et rempli d’antithèses; il vise beaucoup à l’effet. Dans ses Lettres à Lucilius, le penseur déploie toutes les ressources de son esprit, et l’écrivain tous les charmes de son style.—Montaigne lui a souvent fait de très larges emprunts et a souvent adopté ses idées.
20, Profitable.—On s’étonne de cette préférence pour cette partie de l’œuvre de Plutarque qui, malgré son mérite, ne saurait être comparée à ses «Vies des hommes illustres»; du reste au ch. XXXII de ce même livre (N. II, [630]), Montaigne revient sur son jugement et dit que ses «Parallèles», qui sont partie intégrante des «Vies», constituent «la piece plus admirable de ses œuures».
22, Autres.—Add. de 88: I’ayme en general les liures qui vsent des sciences, non ceux qui les dressent. (Cette phrase est reportée un peu plus loin avec variante dans la présente édition, pag. 74, 5).
25, Romains.—Sénèque fut précepteur de Néron. Plutarque l’aurait été de Trajan suivant les uns, d’Adrien suivant d’autres. A l’égard de Trajan, on s’appuie sur une lettre dont l’authenticité est contestée; ce qui porterait en outre à penser que cela n’a pas été, c’est qu’ils étaient à peu près du même âge; mais Plutarque a fait des leçons publiques de philosophie à Rome, et il se peut très bien que Trajan ait été du nombre de ses auditeurs.—Sénèque était né à Cordoue (Espagne); Plutarque, à Chéronée, en Grèce.—Le poète anglais Dryden (1631 à 1701) a écrit un parallèle de Plutarque et de Sénèque.
72,
2, Cicero.—V. N. II, [628]. Ce fut le plus éloquent des orateurs romains; sans rival surtout dans l’éloquence judiciaire, par la richesse de son imagination, la souplesse de son génie plein d’abondance, de grâce et de séduction, et par l’habileté de sa dialectique; comme écrivain, s’est, sans grand succès, adonné dans sa jeunesse à la poésie, mais est sans contredit le premier des prosateurs latins, et nul n’a jamais dépassé la pureté, la richesse, l’harmonieuse élégance de son style. Il ne nous est parvenu qu’une partie de ses ouvrages, que l’on divise en quatre groupes: 1o les Harangues, parmi lesquelles on admire surtout les Catilinaires et les Philippiques; 2o les Livres de Rhétorique, dont le plus beau est l’Orateur; 3o les Traités philosophiques, dont les plus estimés sont De la Nature des dieux et les Tusculanes; 4o les Lettres, parmi lesquelles nombre d’épîtres familières; elles constituent un monument incomparable et un modèle du genre épistolaire; on y distingue surtout celles à Atticus, à Quintus, à Brutus; elles fournissent les matériaux les plus précieux pour l’histoire du temps (V. N. I, 430: [Amis]).
4, De la philosophie... morale.—Var. des éd. ant.: des meurs et regles de nostre vie.
4, Morale.—Avant Cicéron, les Romains, si on en excepte Lucrèce, s’étaient peu adonnés à la philosophie, et n’y avaient que médiocrement réussi.
6, Impudence.—Allusion à la lettre de Cicéron par laquelle il prie Lucceius d’écrire l’histoire de son consulat de manière à lui mériter les éloges de la postérité (V. I, 430 et N. [Registres]).
7, Prefaces.—Les éd. ant. aj.: digressions.
10, Apprets.—Montaigne parle du style de Cicéron en des termes qui ne permettent pas de douter qu’il en fait beaucoup moins de cas que de Sénèque; le cardinal Duperron (1556 à 1618) ne pensait pas de même: «Il y a plus, disait-il, en deux pages de Cicéron, qu’en dix pages de Sénèque.»
21, Fil.—Il est en effet peu de cours, de conférences, de plaidoyers et aussi de sermons dont on puisse dire ce que Sénèque disait des harangues de Cassius Severus, «que tout y portait coup et que les plus courtes distractions de ses auditeurs leur faisaient toujours perdre quelque chose d’intéressant» (V. I, 70 et N. [Cassius], et II, 50). De combien de nos hommes politiques peut-on en dire autant?
30, Or oyez.—Ce cri, sorte d’avertissement d’avoir à prêter attention à ce qui allait suivre, est encore employé en Angleterre, dans certaines solennités, par les héraults d’armes dont l’usage s’est conservé et qui, lorsque bien rarement ils remplissent un devoir de leur charge, le font en observant les traditions du passé.
31, Hoc age.—Sentence philosophique grecque qui se complétait par ces mots: et eris beatus (Fais ainsi et tu seras heureux, tu y trouveras avantage, cela te réussira).
32, Sursum corda.—Cette formule, dans l’ancienne Église, précédait toujours la célébration de ses plus augustes cérémonies, rappelant les assistants au recueillement; les païens, dans le même but, disaient: Favete linguis (Favorisez-nous de votre silence), pour le recommander lors de la célébration de leurs principaux mystères.
37, Platon.—Célèbre par sa philosophie, qui est la plus haute expression de l’idéal et se rapproche parfois des idées chrétiennes. Platon a laissé un grand nombre d’écrits, presque tous sous la forme de dialogues; Socrate y joue le principal rôle; les plus importants sont: Criton, ou le Devoir des citoyens; Phédon, ou de l’Ame; l’Apologie de Socrate; Théétète, ou de la Science; le Sophiste, ou de l’Être; la Politique; Parménide, ou des Idées; le Banquet, ou de l’Amour; Phèdre, ou du Beau; Théagès, ou de la Sagesse; Lachès, ou du Courage; Lysis, ou de l’Amitié; Gorgias, ou de la Rhétorique; Ménon, ou de la Vertu; Ion, ou de l’Enthousiasme poétique; la République; Timée, ou de la Nature; Critias; les Lois.—Ses écrits, où l’on admire la sublimité de ses conceptions, la pureté de sa morale, la noblesse de son style, sont le monument le plus important de la dialectique des anciens; en même temps qu’ils sont un chef-d’œuvre d’art, ils nous offrent par la méthode d’interrogation et de réfutation qui y est partout suivie, un modèle d’analyse philosophique.
74,
6, Premiers.—Sénèque et Plutarque.
6, Pline.—Pline l’Ancien ou le naturaliste.—Certains de ses ouvrages sont perdus; nous ne possédons plus de lui que son Histoire naturelle en 37 livres, sorte d’encyclopédie encore estimée, traitant de l’astronomie, de la géographie, de la zoologie, de la botanique, de la minéralogie et accessoirement de questions touchant l’agriculture, la métallurgie, les monnaies, etc.; son style a de la vigueur et de l’originalité.
10, Epistres.—Les éd. ant. aj.: et notamment celles.
18, Vertu.—Ce traité de Brutus sur la vertu est perdu; il subsistait encore du temps de Sénèque qui en cite un fragment.
19, Practique.—«Les vertus comme celles de Brutus (Brutus était, dit-on, le fils de César qui l’aimait, l’avait appelé à lui et comblé de faveurs; au moment de mourir, le voyant au nombre des conjurés, il s’écria: «Et toi aussi, mon fils!»), ces vertus sont si voisines du crime, que la conscience des républicains eux-mêmes se trouble, en face du vote du duc d’Orléans prononçant la mort de Louis XVI.» Lamartine, Les Girondins.
30, Beaucoup.—Dans le petit nombre d’erreurs qu’on peut reprocher à Montaigne, est le jugement qu’il porte sur Cicéron; il qualifie bien son éloquence d’incomparable, mais il estime que hors la science, il n’y avait pas beaucoup d’excellence en son âme. Avait-il donc une âme commune, cet orateur que ni l’or, ni les intrigues, ni la violence des passions ne purent jamais ni corrompre, ni intimider; qui déconcerta, par l’autorité de son langage et la fierté de ses regards, l’audace même de Catilina; qui sur ses vieux jours, abandonnant les doux loisirs de Tusculum, reparut avec son génie sur le théâtre où la liberté et les dépouilles du monde romain étaient le prix offert aux triomphes de l’ambition, poursuivit de son courroux éloquent le plus implacable des triumvirs, et périt avec gloire, victime de son amour pour la patrie. Abbé Jay.
32, Vers.—«On peut être honnête homme et mal faire des vers.» Molière.
34, Nom.—Ce jugement de Montaigne sur les vers de Cicéron, n’est pas celui de tous; et peut-être sa grande réputation d’orateur a-t-elle fait tort à celle de poète; un autre que lui eût, sans doute, été plus estimé pour ses poésies.
35, L’egalera.—Saint Jérôme a dit de lui: «Démosthène t’a ravi la gloire d’être le premier orateur; toi, tu lui as ôté celle d’être l’unique.»—Les éd. ant. aj.: Si est-ce qu’il n’a pas en cela franchi si net son aduantage, comme Vergile a faict en la poésie: car bien tost apres luy, il s’en est trouué qui l’ont pensé egaler et surmonter, quoy que ce fust à bien fauces enseignes, mais à Vergile nul encore depuis luy n’a osé se comparer, et à ce propos i’en veux icy adiouster vne histoire.
76,
8, Presence.—Sénèque, Suasor, 8.
12, Elumbem.—Cicéron, De Oratoribus, 18.
15, Souuent.—Se reporter à ce même dialogue, De Oratoribus, 23.
19, Essem.—Pour pouvoir, en dehors de la négligence de style résultant de la répétition de mots que présente cette phrase, juger exactement de la défectuosité de sa prononciation qu’incrimine Montaigne, il faudrait l’entendre dire avec celle de l’époque que nous ne connaissons guère, faute de données suffisantes sur ce point.
20, Bale.—C.-à-d. la lecture des historiens est mon passe-temps le plus agréable, celui où je me complais davantage; métaphore tirée du jeu de paume, où, quand la balle vous arrive de côté droit, elle est plus facile à renvoyer.—Les éditions antérieures présentent cette variante: Les historiens sont le vray gibier de mon estude, car ils sont plaisans et aysez: et quant et quant la consideration des natures et conditions de diuers hommes, les coustumes des nations differentes, c’est le vray suiect de la science morale, au lieu de: «Les historiens... menacent».
28, Plutarque.—Add. des éd. ant.: Ie recherche bien curieusement non seulement les opinions et les raisons diuerses des philosophes anciens sur le suiect de mon entreprinse, et de toutes les sectes, mais aussi leurs meurs, leurs fortunes et leur vie.
29, Laërtius.—Diogène Laërce, historien grec, auteur d’une biographie des principaux philosophes; toute critique en est absente et les anecdotes y tiennent plus de place que les vues scientifiques, l’ouvrage n’en est pas moins précieux par les nombreux renseignements qu’il contient.
78,
2, Salluste.—A écrit l’histoire de Rome depuis la mort de Sylla jusqu’à la conspiration de Catilina, il n’en reste que des fragments; nous avons encore de lui la guerre de Catilina et celle de Jugurtha. Il se distingue par la précision de son style, sa perspicacité, sa science pratique; mais il a tendance à la partialité et présente des lacunes et de fréquentes digressions.
7, Dit Cicero.—Cicéron, Brutus, 4.—Voici le jugement qu’il en porte, et il est d’autant plus flatteur qu’il était compétent et n’aimait pas César: «Parmi les orateurs, il n’en est point à qui César doive céder; il y a dans sa manière de l’élégance et de l’éclat, de la magnificence et de la grandeur; qui pourrait l’emporter sur lui pour l’abondance et la vigueur de ses pensées?» Comme historien: «Ses Commentaires sont un livre excellent; le style en est simple, pur, élégant, dépouillé de toute pompe de langage; c’est une beauté sans parure; en ne chargeant pas d’ornements frivoles ces grâces naturelles, il a ôté aux gens de goût, jusqu’à l’envie de traiter le même sujet.»
8, Ennemis.—Add. des éd. ant.: mesmes et tant de verité.
20, Froissard.—Chroniqueur français. Sa chronique de France, d’Angleterre et d’Écosse, de 1326 à 1400, est une suite de récits sans ordre, qui offrent beaucoup d’incorrections, mais où l’on trouve une grâce et une naïveté qui charment; ses descriptions sont d’un naturel saisissant.—Le jugement qu’en porte Montaigne réduit par trop son mérite: le siège de Calais, la bataille de Poitiers par exemple, ne se composent pas seulement de renseignements recueillis çà et là et rassemblés sans ordre, ni triage; c’est de l’histoire.
36, Biais.—«Les faits changent de forme dans la tête de l’historien; ils se moulent sur ses intérêts; ils prennent la teinte de ses préjugés.» J.-J. Rousseau, Émile, IV.
80,
1, Latin.—Antérieurement à Montaigne et même encore de son temps, le latin était la langue universelle en Europe, et les érudits, en France, écrivaient beaucoup plus en latin qu’en français; ce n’est guère qu’à partir de son époque que la langue française se fixait et qu’on en fit usage dans le monde savant; lui-même est un de ceux qui y contribuèrent le plus.
6, Dimensions.—Add. des éd. ant.: Ceux-là sont aussi, bien plus recommandables historiens, qui connoissent les choses, dequoy ils escriuent, ou pour auoir esté de la partie à les faire, ou priuez auec ceux qui les ont conduites.
20, Et le sçauoir... communement.—Les éd. ant. port.: de la fortune estoit tousiours accompagnée du sçauoir.
22, Douteux.—Les éd. ant. aj.: S’ils n’escriuoient de ce qu’ils auoient veu, ils auoient aumoins cela, que l’experience au maniement de pareils affaires, leur rendoit le iugement plus sain.
31, Absence.—Suétone, César, 56.—«Pour ce motif, ajoutait Asinius Pollio, César avait été dans l’intention de refaire ou de corriger ses Commentaires.»
36, Accident.—C.-à-d. si l’on ne confronte les témoignages, si l’on ne reçoit les objections, lorsqu’il s’agit de prouver les moindres détails de chaque fait.—Au lendemain même de la bataille de Sedan (1870), il n’a pas été possible, malgré une polémique longue et ardente, de déterminer qui, du général de Bauffremont ou du général de Galliffet, menait ces charges héroïques de cavalerie qui arrachèrent à l’empereur Guillaume cette exclamation: «Ah! les braves gens!» si bien que l’honneur en revient à tous et à personne en particulier. La charge avait été préparée par le général Margueritte qui, au dernier moment, avant de la lancer, se portant en avant pour bien juger de la direction à lui donner, fut blessé à mort; voyant leur général ramené, déjà ne se soutenant plus, les têtes de colonne, d’un mouvement spontané, se précipitèrent, brûlant du désir de le venger; les autres suivirent.
38, Bodin.—Dans l’ouvrage qu’il a publié en 1566, sous le titre: Méthode pour faciliter la vérification des faits historiques.
82,
9, Lisant.—Parmi les livres ainsi annotés par Montaigne se trouve un exemplaire des Commentaires de César (V. N. II, 646: [Militaire]) acheté sur les quais, par un amateur, au prix de 0 fr. 90; ce livre, acquis depuis par le duc d’Aumale, se trouve à la bibliothèque de Chantilly, aujourd’hui propriété de l’Institut.
11, Guicciardin.—A écrit une histoire de l’Italie, allant de 1490 à 1534, ouvrage de mérite dans lequel l’auteur, qui avait joué un rôle considérable de ce temps-là, se montre de l’école sceptique de Machiavel.
36, Soy.—Sur l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne avait ajouté: «tres commune et tres dangereuse corruption du iugement humain»; mais il a biffé ensuite cette addition qui, pourtant, exprime une vérité très réelle.
30, Comines.—A laissé sur les règnes de Louis XI et de Charles VIII des mémoires qui parurent en 1523; il s’y montre politique profond, chroniqueur fidèle, écrivain original; mais en racontant les actes les plus iniques, n’y ajoute pas un mot pour les flétrir; il ne juge les événements que par le résultat.
84,
1, Du Bellay.—Les Mémoires des Seigneurs du Bellay (dix livres, dont les quatre premiers et les trois derniers sont de Martin du Bellay, et les autres de son frère Guillaume de Langey) embrassent les événements de France de 1515 à 1547, autrement dit le règne de François Ier, dont ils sont plutôt le panégyrique que l’histoire.
6, De Iouinuille.—Les Mémoires du Sire de Joinville constituent une histoire de S. Louis et des Croisades entreprises par ce prince; c’est le récit d’un témoin oculaire plein de naturel, de sensibilité et de charme (fin du XIIIe siècle).—Domestique signifie ici qui est de la maison, familier. V. N. I, 24: [Domestiques].
6, Eginard.—Secrétaire de Charlemagne dont il a écrit la vie, et, y faisant suite, l’histoire des événements pendant les premières années de Louis le Débonnaire, ensemble de 741 à 829.
8, Icy.—Dans les Mémoires des du Bellay.
14, De Montmorency.—Le connétable de Montmorency, que des intrigues de cour firent exiler dans ses terres, en 1547, par François Ier, disgrâce à laquelle mit fin l’avènement de Henri II.
14, De Brion.—Philippe de Chabot, amiral de France, connu sous le nom de Seigneur de Brion, chargé en 1535 du commandement de l’armée en Piémont, après de brillants succès, s’arrêta court à Verceil, ce que François Ier ne lui pardonna pas, condamné en 1540 comme concussionnaire, il ne fut sauvé que par la protection de la duchesse d’Étampes, maîtresse du roi.
CHAPITRE XI.
86,
7, Partie.—Sans partie adverse, sans opposition.
9, Vertueux.—J.-J. Rousseau, dans son Émile, répète Montaigne en le précisant: «Quoique nous appelions Dieu bon, nous ne l’appelons pas vertueux, parce qu’il n’a pas besoin d’effort pour bien faire.» V. N. II, 16: [Force].
10, Des philosophes.—Dans la traduction, le passage du texte: «Des philosophes, non seulement Stoiciens, mais encore Epicuriens (et cette enchere... colunt, et retinent)», a été, pour plus de clarté, placé après celui-ci: «Des philosophes Stoiciens et Epicuriens, dis-je... virtus lacessita».
13, Rencontre.—Réplique.—Diogène Laerce, IV, 43.
18, Reconnaissant.—Montrant plus de bonne foi.
27, Retinent.—A observer l’insistance que Montaigne apporte à réhabiliter la secte d’Épicure, à l’encontre de l’opinion générale qui veut que les Épicuriens soient moins rigides dans leur doctrine que les Stoïciens, ce qui au fond n’est pas vrai.
36, Secte.—Cicéron, De Officiis, I, 44.—Épaminondas était de l’école de Pythagore. Cette école, fondée à Crotone en Italie (VIe siècle), formait dans le principe une sorte de congrégation où l’on n’était admis qu’après un long noviciat et diverses épreuves, entre autres un silence de plusieurs années. Les Pythagoriciens menaient la vie la plus frugale et s’abstenaient de manger de la chair des animaux; ils croyaient à la métempsycose ou transmigration des âmes d’un corps dans un autre. On ne sait rien de bien certain sur les autres points de leur doctrine, parce qu’on n’a aucun écrit de Pythagore, dont l’esprit cependant embrassait toutes les sciences connues de son temps, et qu’il exerçait un empire absolu sur ses disciples qui admettaient tous ses dogmes sans discussion.
88,
1, Esmoulu.—Qui est une rude et dangereuse épreuve pour la vertu.—Combattre à fer émoulu, c’est combattre avec des armes aiguisées, pour tout de bon.
28, Commune.—Du peuple ou des plébéiens.
34, Vertu.—Plutarque, Marius, 10.—Saturninus proposait, pour un partage de terres, un plébiscite contraire à la loi et qui, en outre, portait que tout sénateur jurerait devant le peuple de concourir à son exécution. Métellus Numidicus seul refusa d’y acquiescer, quelque pression qu’on exerçât sur lui, et les partis étant sur le point d’en venir aux mains par suite de sa résistance, il préféra s’exiler que d’être cause d’une sédition (102).
90,
3, Tres certaines.—Cicéron, De Finibus, II, 30.
5, Entrailles.—V. N. II, 430: [Premier].
8, Effroy.—Add. des éd. ant.: de la mort.
19, Brigand.—C’est César que Montaigne qualifie de la sorte, malgré l’admiration qu’il lui témoigne souvent; mais il l’envisage ici comme auteur du plus grand des crimes, l’asservissement de sa patrie. Cicéron, dans ses Lettres à Atticus, VII, 18, le gratifie de la même épithète perditus latro (brigand fieffé).
25, Ferocior.—C’est en parlant de Cléopâtre qu’Horace s’exprime ainsi; Montaigne en fait application à l’âme de Caton.
26, Populaires.—Add. des éd. ant.: vains.
39, Erat.
«Caton, le fer en main, prêt à finir son sort,
Rassure par ces mots ceux qui craignaient sa mort:
«Cessez de me flatter d’une lâche espérance.
«Je hais tout dans César, jusques à sa clémence;
«Apprenez aujourd’hui qu’un Romain, qu’un Caton,
«Fuit bien moins son courroux, qu’il ne fuit son pardon.»
Épigramme de l’Allamanni.
92,
15, Fit-il.—Diogène Laerce, II, 76.—V. N. III, 576: [L’vn].
16, Personnages.—Socrate et Caton.
94,
16, Tenue.—Ne serait-ce pas de la constatation et du fait de cet état que viendrait ce vieux dicton: «Français, plus qu’hommes au venir, moins que femmes à la retraite», cité par H. Houssaye, dans son ouvrage intitulé Waterloo.
96,
15, Vndæ.—La Balance, le Scorpion, le Capricorne sont trois des constellations du Zodiaque (V. N. I, 254: [Aqua]).
18, Mal.—Diogène Laerce, VI, 17.
34, Taster.—Diogène Laerce, II, 67.
36, Faschoit.—Diogène Laerce, II, 17; Horace, Sat., II, 3, 10.
38, Laborieusement.—Cet exemple et beaucoup d’autres soit dans un sens, soit dans l’autre, prouvent que les mœurs sont tout à fait indépendantes des opinions religieuses.
41, Repas.—Diogène Laerce, X, 11.
98,
1, Infecté... autre.—Var. des éd. ant.: corrompu par le dereglement de mes meurs; ains au rebours, il iuge plus exactement et plus rigoureusement de moy, que de tout (80 porte nul) autre: mes debauches quant à cette partie là, m’ont depleu comme elles deuoient.
6, Autres.—La Fontaine a rendu la même idée dans sa fable Les deux chiens et l’âne mort:
«Les vertus devraient être sœurs,
Ainsi que les vices sont frères;
Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs,
Tous viennent à la file, il ne s’en manque guère.»
24, Incontinent.—Aristote convient que tout en ne mettant pas l’homme qui en est imbu à l’abri de toutes les faiblesses de la nature humaine, la justice n’en contient pas moins le principe de toutes les vertus: «Elle en est la plus éclatante; ni Hesperus (l’étoile du soir), ni Lucifer (l’étoile du matin), ne sont plus admirables.»
27, Discipline.—Cicéron, Tusc., IV, 37.
29, L’autre.—Cicéron, De Fato, 5.
40, Acces.—Cicéron, De Senectute, 12.
100,
3, Venus.—Vénus, déesse de la beauté, présidait aussi à la génération. Myth.
9, M’y cognois... miracle.—Var. des éd. ant.: encore que ie lui donne plus de credit sur moy que ie ne deurois, si est-ce que ie ne prens aucunement pour miracle.
12, Nauarre.—Add. des éd. ant.: Marguerite.
13, Heptameron.—Ouvrage ainsi nommé, parce qu’il est divisé en sept parties ou journées; est aussi appelé Nouvelles de la reine de Navarre. C’est un recueil de contes imités de Boccace, écrit par Marguerite de Navarre, imprimé en 1559; on y trouve beaucoup d’imagination et d’esprit et aussi une grande licence.
18, Comme il y... l’encontre.—Var. des éd. ant.: auquel il semble qu’il y ait plus de rauissement: non pas à mon aduis que le plaisir soit si grand de soy, mais parce qu’il ne nous donne pas tant de loisir de nous bander et preparer au contraire, et qu’il nous surprend.
20, Attouchemens.—«Nous connaissons, dit Sénèque, ce genre de continence de ces nouveaux mariés, qui, alors même que la première nuit de leurs noces ils épargnent la pudeur de ces vierges timides dont ils sont les époux, n’en lutinent pas moins, en se jouant, les parties circonvoisines de l’objet de leurs désirs.»—Ces derniers mots répondent à cette expression «s’en tenir à la petite vie»; ou, suivant Marot: «S’en tenir aux faubourgs de la cité d’amour, sans entrer dans la ville»; continence qui n’est que de l’onanisme réciproque.
22, Cette secousse... ailleurs.—Var. des éd. ant.: Cette secousse de plaisir nous frappe si furieusement, qu’il seroit malaisé veritablement, à ceux qui ayment la chasse de retirer en cet instant l’ame et la pensée de ce rauissement.
25, Poëtes.—Diane était la déesse de la chasteté et de la chasse, et Cupidon, fils de Mars et de Vénus, était le dieu de l’amour.—L’amour faict place au plaisir de la chasse, port. les éd. ant., voyla pourquoi les poëtes font Diane...
28, Obliuiscitur.—Les éd. ant. aj.: C’est icy vn fagotage de pieces décousues; ie me suis destourné de ma voye, pour dire ce mot de la chasse.
102,
2, Estrangler.—En 81. En revenant d’Asie, après la mort de Sylla, César fut pris par des pirates, qui lui demandèrent trente talents (environ 160.000 fr.) pour sa rançon; il leur promit le triple. Rendu à la liberté, après être resté un mois en leur pouvoir, il arma quelques bâtiments, se mit à leur poursuite, s’en empara et leur fit subir le sort dont il les avait menacés.
4, Latin.—Cet auteur est Suétone, César, 74, qui s’exprime ainsi à l’occasion du fait de Philomon, esclave et secrétaire de César, que celui-ci, comme le rapporte Montaigne, fit simplement mettre à mort, sans le livrer à la torture, pour, de concert avec ses ennemis, avoir conçu le projet de l’empoisonner.
6, Deuiner.—Les éd. ant. port.: qu’il n’estoit pas du temps de la bonne Rome et qu’il iuge selon les, au lieu de: «qu’il est frappé des».
7, Mirent.—Add. des éd. ant.: depuis.
9, Cruauté.—Cette appréciation, émise à un point de vue plus général, est reproduite dans les mêmes termes, II, 584.—Déjà, au Ve siècle, saint Augustin s’était élevé contre la torture «qui force les innocents eux-mêmes à mentir»; elle ne fut abolie en France que 200 ans après que Montaigne le réclamait: en 1780, la question préparatoire, qui avait pour objet la recherche de la vérité, fut supprimée et, en 1788, la question préalable, infligée au condamné et qui constituait ce que Montaigne dénomme si bien l’au-delà de la mort simple; la marque au fer rouge et le carcan ne l’ont été qu’en 1830, le pilori en 1851.
9, Nous.—Nous, chrétiens, qui croyons à l’immortalité de l’âme.
31, Changée.—L’exemplaire de Bordeaux donne, de la main de Montaigne, une variante de cet épisode: «Ces iours passés... l’avoir changée» (lig. 12 à 31), lequel n’existe pas dans les éditions antérieures. En se reportant au relevé de ces variantes ([fasc. E]), on aura un spécimen relativement étendu de l’orthographe personnelle de l’auteur des Essais, et la comparaison des deux textes ne laissera aucun doute sur la supériorité de celui de 1595.
104,
14, Hault chapeau.—Plutarque, Apophth.—Sorte de tiare; coiffure monumentale portée autrefois, chez les Perses et d’autres peuples de l’Orient, par les grands et les pontifes; la tiare du pape, la mitre des évêques en sont des restes.
16, Representez.—Hérodote, II, dit qu’il n’y avait que les pauvres qui en agissaient ainsi: «Par indigence, ils font des pourceaux de pâte, et les offrent en sacrifice après les avoir fait cuire.»—En ces derniers temps (1905), on a trouvé des poupées dans certaines sépultures de la Haute-Égypte, et on en a donné la cause suivante, se rattachant à la même idée: Dans les temps reculés, il était d’usage dans ce pays d’égorger le boucher, le boulanger et le tailleur qui avaient été attachés au service d’un illustre personnage passant de vie à trépas, et d’enterrer leurs cadavres autour de sa momie; ils continuaient, d’après les croyances religieuses, à le servir dans l’autre monde; peut-être aussi était-ce, d’après les idées sociales d’alors, comme garantie contre toute tentative d’empoisonnement; quand les mœurs s’humanisèrent, les artisans et les esclaves acquirent peu à peu le droit de se faire remplacer dans le paiement de ce suprême impôt du sang par des statuettes qui leur ressemblaient plus ou moins exactement, ce sont elles que l’on retrouve aujourd’hui.
106,
11, Metempsychose.—Transmigration des âmes d’un corps dans un autre. Ce dogme est d’origine indienne; de l’Inde, il passa en Égypte, d’où plus tard Pythagore l’importa en Grèce; on trouve cette croyance mêlée à la religion de presque tous les peuples anciens; elle devait conduire ceux qui l’admettaient à défendre l’usage des viandes, comme exposant l’homme à se nourrir de l’un des siens; aussi cette abstention est-elle une des prescriptions fondamentales de la religion des Brahmes et de la philosophie pythagoricienne; cette doctrine est une ébauche imparfaite et grossière de l’immortalité de l’âme. V. II, 326.
12, Druides.—Ministres de la religion chez les anciens Gaulois ou Celtes. Les Druides croyaient à la métempsycose; l’objet de leur culte était surtout la nature; cependant ils reconnaissaient plusieurs dieux, dont Teutatès, le dieu de la guerre; ils n’avaient point de temples et se réunissaient dans les forêts; ils se livraient à nombre de pratiques superstitieuses, attachaient une vertu particulière au gui de chêne qui, à certains jours, se cueillait en cérémonie, avec une faucille d’or; dans les grandes calamités, ils immolaient des victimes humaines: ces énormes pierres, dolmens et menhirs, qui se rencontrent parfois en grand nombre dans certaines régions, passent pour avoir servi d’autels à ces sacrifices sanglants. Ce culte comportait aussi des prêtresses qui prédisaient l’avenir; il a disparu vers le VIe siècle.
34, Eram.—C’est ce que Pythagore disait de lui-même et c’est dans sa bouche qu’Ovide, Métam., XV, 60, place ces paroles.—V. N. II, 326: [Ans].
108,
6, Plutarque.—Dans son traité d’Isis et Osiris, 39.
7, Enfermez.—Si l’on veut, dit-on, qu’un chat entre librement dans une chambre, il faut lui procurer et qu’il entrevoie le moyen d’en pouvoir sortir de même.
10, Et l’vtilité... diuine.—Var. des éd. ant.: en cet autre, ou quelque autre effect.
19, Royauté.—Add. des éd. ant.: vaine et.
28, Feste.—Les caresses.
29, Aumosnes.—Établissements d’assistance; on disait jadis l’aumône publique de Paris pour l’administration de l’assistance publique de cette ville.
30, Bestes.—Le Coran défend de surcharger le chameau et de maltraiter le cheval.—Chez nous, la loi Grammont a pareillement pour objet d’empêcher l’abus des animaux domestiques et de les protéger contre les mauvais traitements, et la société protectrice des animaux s’est donné la tâche de veiller à son application et d’en propager les idées humanitaires.
32, Sauué.—Cicéron, Pro Rosc. Am., 20; Tite-Live, V, 47; Pline, X, 22.—Le Capitole, temple et citadelle de l’ancienne Rome.—En 390, après la bataille de l’Allia, les Gaulois entrèrent dans Rome qu’ils livrèrent aux flammes après l’avoir pillée et assiégèrent le Capitole. Ils étaient sur le point d’y pénétrer de nuit, quand, excitées par le bruit, des oies qui s’y trouvaient par hasard, se mirent à crier, et, par leurs cris, réveillèrent les défenseurs, ce qui permit de repousser l’assaut et fut pour Rome le salut.
33, Hecatompedon.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Le Parthénon, temple de Minerve à Athènes, appelé Hécatompedon parce qu’il avait cent pieds de large. Sa construction en était due à Périclès. L’exécution en avait été dirigée par Phidias; une statue de la déesse en ivoire, sculptée par lui, le décorait.
35, Empeschement.—Les Romains en usaient de même à l’égard des bêtes de somme, employées aux travaux de fortifications de leur ville.
38, Enfans.—A Paris, ou mieux dans ses environs immédiats, existent sous le patronage de la société protectrice des animaux des cimetières pour les chiens, chats, etc., que leurs maîtres veulent voir inhumés; à Gennevilliers, notamment, s’en trouve un assez coquet et fort bien entretenu, où certains ont même de petits monuments.
110,
1, Depuis.—Diodore de Sicile, XIII, 17.
3, Trespas.—«Si dans une maison, dit Hérodote, II, 65, 66, etc., il meurt un chat de mort naturelle, quiconque l’habite se rase les sourcils; si c’est un chien, on se rase la tête et le corps entier.»
5, Olympiques.—Hérodote, VI, 103; Élien, Hist. des animaux, XII, 40.
6, Chef.—Sur un cap, un promontoire.
7, Nom.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Lors de la seconde guerre médique, l’évacuation d’Athènes ayant été résolue (480), le chien de Xantippe, père de Périclès, se jeta à la mer, lorsque son maître se fut embarqué, et nagea près de son vaisseau jusqu’à Salamine, où il aborda épuisé de fatigue et expira sur le rivage; l’endroit où il fut enterré, a porté depuis le nom de Cynosséma (sépulture du chien).
9, Seruy.—Plutarque, Caton le Censeur, 3, cite cette manière de faire de sa part, pour l’opposer à celle de Caton qui faisait vendre ses esclaves, lorsqu’ils devenaient vieux, pour n’avoir pas à nourrir des bouches inutiles.
CHAPITRE XII.
Chapitre XII.—Le plus long et, au jugement de bien des gens, le plus important et le plus curieux des Essais.—Raymond Sebond, dans son ouvrage la Théologie naturelle, ou Livre des créatures, paru pour la première fois en 1487, écrit en un latin barbare, et qui fut condamné au concile de Trente, a voulu démontrer que les seules lumières de la raison suffisent, sans la révélation, pour admettre les bases de la religion, à l’encontre de ceux qui soutiennent, au contraire, qu’on ne peut prouver par des moyens humains l’existence de Dieu et de sa Providence. Il voit la preuve de son assertion dans l’infériorité et la soumission de tous les animaux vis-à-vis de l’homme, qui ne peut avoir reçu que d’un Dieu cette supériorité en toutes choses, d’où il conclut à quels devoirs de reconnaissance il est tenu envers son Créateur et qu’il peut s’élever jusqu’à lui, par l’observation de ses commandements.—Montaigne, lui, dans ce chapitre, fait plus l’apologie de la religion révélée que celle de l’ouvrage de Sebond, il tient à l’encontre de celui-ci que notre première illusion est de nous imaginer supérieurs aux autres animaux; leurs actes sont de fait semblables aux nôtres: Nous prétendons que c’est l’instinct seul qui les guide; quel avantage, si cela est, n’ont-elles pas sur nous, de faire d’elles-mêmes ce à quoi notre raison nous conduit d’un pas si incertain et sans toujours aboutir? Puis, laissant les bêtes, il s’attache à l’homme lui-même; nous montre les mieux doués, ceux-là mêmes qui ont fait de la raison l’étude de toute leur vie, en arriver à reconnaître que l’esprit humain est hors d’état d’atteindre à la vérité et de la distinguer de l’erreur. Passant en revue, d’une manière succincte et un peu confuse, mais cependant complète, les systèmes philosophiques des anciens et, sous prétexte de défendre Sebond qu’il a traduit, exposant ses propres idées, il va, en réalité, directement à l’opposite de la pensée et du dessein de l’auteur qu’il prétend appuyer; il fait ressortir de quelle incertitude est empreint le témoignage de nos sens, par lequel nous communiquons avec ce qui est en dehors de nous; combien la raison est elle-même limitée dans ses connaissances, que d’erreurs elle commet dans ses déductions; et, devant son impuissance à conduire l’homme à aucune vérité certaine, il conclut que dans le chaos des contradictions humaines, la foi en la religion chrétienne apparaît comme le parti le plus simple et le plus probable; et il l’adopte, non par conviction, mais par esprit de conduite et par insouciance, s’y abritant comme dans un port tranquille où il cherche le repos et un certain engourdissement de l’âme. En somme, il sacrifie la philosophie à la théologie, acceptant et mettant hors de cause tout ce que la foi nous enseigne, à l’opposé d’Abailard qui soutenait «qu’il ne faut croire que les choses qui se peuvent prouver par des raisons naturelles», ce qui, du reste, le fit considérer comme hérétique; mais les motifs qui le font se montrer aussi exclusivement chrétien, c’est encore chez lui du scepticisme, c’est uniquement parce que la raison humaine courte et débile ne le mène à rien et que l’Église assure l’avenir, sans qu’il ait à s’en inquiéter davantage.—Scaliger, qui était un critique de parti pris de Montaigne, dit de ce chapitre: «Il y a de tout, et cela produit le même effet que Magnificat à matines.»
Sebonde.—Montaigne écrit indifféremment Sebon, Sebond, Sebonde, Sabonde.
15, Contens.—Diogène Laerce, VII, 165.
17, L’ignorance.
«Du vieux Zénon l’antique confrérie
Disait tout vice être issu d’ânerie.»
112,
8, Luther.—A la suite de persécutions amenées par une protestation de sa part contre la vente des indulgences, Luther se sépara de l’Église catholique, ne reconnaissant d’autre autorité que celle des livres saints, attaquant le Pape et l’Église romaine, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, la hiérarchie ecclésiastique, la possession de biens temporels par le clergé, rejetant le culte des saints, le purgatoire, les commandements de l’Église, la confession, le dogme de la transsubstantiation, la messe, la communion sous une seule espèce, ne conservant d’autres sacrements que le baptême et l’eucharistie sous les deux espèces.—Excommunié en 1520, il n’en devint que plus ardent, parcourut l’Allemagne, propageant ses idées nouvelles; il fit de nombreux prosélytes qui résistèrent aux persécutions par les armes et, après de nombreuses vicissitudes, ses sectateurs obtinrent définitivement, par la paix de Nimègue (1582), la liberté de conscience. Conséquent avec lui-même, Luther s’était marié en 1526.—Vers 1538, Calvin se faisait, en Guyenne, l’initiateur de cette même doctrine.
12, Atheisme.—En matière d’athéisme, les hommes, à peu près dans tous les temps, ont communément traité d’athées ceux qui simplement ne pensent pas comme eux; si bien que, de fait, nous en sommes arrivés à confondre dans une même acception ces deux termes de théiste et d’athée qui, grammaticalement parlant, sont tout l’opposé l’un de l’autre. En fait, l’athée n’existe pas; il n’est personne qui nie l’existence d’un principe inconnu, qui n’a pas eu de commencement, qui n’aura pas de fin et qui fait que l’univers existe; mais son essence, la façon dont il s’exerce, la raison d’être de toutes ses créatures, des mondes et des êtres animés et inanimés dont ils se composent, échappent à la faiblesse de notre intelligence, et tous nous errons quand nous cherchons à le pénétrer, parce qu’il est au-dessus de toute conception de notre part et que nous n’avons de données sur ce point que de soi-disant révélations contestables et contestées. En cette recherche stérile qui ne saurait aboutir et qui ne conduit à aucun résultat autre que le doute, non sur l’existence de Dieu, mais sur sa nature et sur notre fin, l’esprit humain s’égare et s’attriste; reste la foi, mais la foi ne se commande pas.
12, Vulgaire.—Les éd. ant. aj.: (et tout le monde est quasi de ce genre).
14, Mesmes.—Les éd. ant. aj.: et par la raison.
32, Foible.—C’est le cas des Essais traduits en langage de nos jours. Le style de l’auteur a un cachet, un charme si particuliers, la langue française de son époque, surtout sous sa plume, avait tellement plus d’énergie qu’actuellement, que toute traduction, quoi qu’on fasse, sera toujours inférieure au texte primitif pour ceux à même de le lire à peu près couramment.
37, Mort.—Montaigne commença cette traduction en 1567; il l’avait terminée en 1568. Elle fut imprimée une première fois en 1569, mais d’une façon si incorrecte que les éd. ant. des Essais aj. ici: auec la nonchalance qu’on void, par l’infiny nombre de fautes, que l’imprimeur y laissa, qui en eust la conduite luy seul. Elle a été réimprimée, en 1581, dans de meilleures conditions.
114,
9, Turnebus.—Les éd. ant. port.: Tournebeuf.
11, D’Aquin.—Le plus grand théologien de l’Église d’Occident et le plus grand philosophe du moyen âge. Ses ouvrages principaux sont: la Somme de la foi, établissant toutes les vérités catholiques d’après les Écritures, et la Somme théologique longtemps classique, où l’auteur discute les principales questions de la théologie, de la philosophie et de la morale (somme, terme de théologie, signifie ouvrage abrégé d’un plus grand; de la même étymologie vient sommaire).
25, Bonté.—Les éd. ant. port.: sacrosaincte bonté.
116,
30, Sua.—Vers imités de Virgile, faits par un auteur inconnu à la louange de Ronsard.
118,
2, Chrestiens.—Socrate n’était pas chrétien, ce qui n’a pas empêché qu’il soit parvenu à un si haut degré de vertu, que le paganisme peut l’opposer à tous ceux que le christianisme présente en ce genre: sa mort excite l’admiration; jusqu’à son dernier soupir, il se montra aussi grand qu’il avait vécu; on peut apprendre de lui à bien vivre et à bien mourir.—Erasme, cet autre sage de son temps, dit quelque part: «Peu s’en faut que je ne dise: Saint Socrate, priez pour nous!»
4, Martyres.—Il y a des martyrs dans toutes les religions; Tertullien disait: «Ce n’est pas le supplice qui fait le martyre, mais la cause.»
8, Tartare.—Joinville, 19.—Le pape Innocent VII avait envoyé, pour y prêcher le christianisme, des missionnaires en Tartarie, dont le roi projeta d’envoyer une ambassade à Rome, pour vérifier les assertions de ces missionnaires; mais eux-mêmes, par crainte de la mauvaise impression qu’elle pourrait en rapporter, le dissuadèrent d’y donner suite. Ce qui a pu porter Montaigne à penser que c’était saint Louis qui l’en avait détourné, c’est qu’à ce moment il était en Chypre, se rendant en Terre sainte, et l’ambassade vint l’y saluer, mais ne poussa pas plus loin.
18, Vicieuses.—Montaigne paraît avoir emprunté cette histoire du Décaméron de Boccace, 2e journée, 2e nouvelle, où le juif Abraham, pressé par un ami de se faire chrétien, s’y résout, après un voyage à Rome, par les raisons indiquées ici.
20, Parole.—Évangile selon S. Matthieu, XVII, 19 et S. Paul, Épître aux Corinthiens.
23, Credas.—Cette citation est de Quintilien qui n’était pas chrétien, c’est dire que Montaigne la détourne du sens qu’elle a dans le texte latin.
34, A nos passions.—Les éd. ant. port.: aux hommes.
120,
19, Celle là.—Allusion à la situation de Henri III après le traité de Loches (1576). Mécontents des concessions faites par le roi aux Protestants, les Catholiques, qui jusqu’alors avaient marché avec lui, se liguent contre lui, tandis que ses adversaires de la veille se déclarent pour lui.
20, Besoing.—C.-à-d. n’admettre pour vrai que ce qu’il est de notre intérêt qu’on croie tel.
21, Dire.—Bayle, dans son dictionnaire, remarque I de l’art. Hotman, cite et commente ce passage, disant: «Tant que le monde sera monde, il y aura partout des doctrines ambulatoires dépendantes des lieux et des temps.» C’est ce qu’à notre époque nous appelons l’opportunisme, qui, quoi qu’on en puisse dire, est l’une des lois les plus sensées de la politique, dont les principes sont tout autres que ceux de la morale avec lesquels ils sont rarement du tout au tout conciliables; celle-ci est la théorie, celle-là la pratique.
32, Remuent.—Au début des troubles qui agitèrent la France à cette époque, les Protestants, visant à renverser Charles IX et à faire arriver au trône Henri de Navarre, mettent en avant le droit de déposer les rois et de tuer les tyrans; les Catholiques, au contraire, repoussent tout principe autre que la légitimité. A la mort de Henri III, le roi de Navarre se trouvant, par droit d’hérédité, appelé à lui succéder, ce sont les Catholiques qui contestent ce principe de la légitimité qu’a pour lui Henri IV et qui revendiquent le droit de passer outre et de lui substituer un prétendant de leur choix; chaque parti se trouvait ainsi avoir changé de thèse et adopté celle de ses adversaires.
35, Chrestienne.—C.-à-d. il n’est point d’hostilités qui se prêtent mieux à la satisfaction de nos passions que celles qui ont pour cause l’intérêt de la religion.
37, Detraction.—Larcin, du latin detractio qui a même signification.
122,
1, Vices.—Sous-entendu: et, au contraire.
2, Dict.—C.-à-d. frauder la dîme, en ne donnant que de la paille sans grain; Dieu est mis ici pour les ministres du culte, par un tour d’expression dont l’usage est aussi ancien que le monde. Coste..—De ce dicton qui signifie se moquer, aussi bien que frustrer quelqu’un de ce qui lui est dû, on donne encore une autre explication, cela voudrait dire: «Faire la barbe avec un bouchon de paille.» Payen.—Rabelais, I, 11, l’emploie avec une variante: «Gargantua faisoit gerbe de feurre aux Dieux.»
14, Bigue.—C.-à-d. voulut échanger l’un pour l’autre.—Bigue signifiait échanger, troquer.
17, Orpheus.—Diogène Laerce, VI, 4.—Les initiés composaient une secte dissidente des philosophes pythagoriciens; ils avaient en vue la pratique de la vertu, croyaient à l’expiation des crimes dans l’autre monde et s’abstenaient de manger la chair des animaux; ils prétendaient avoir reçu d’Orphée les dogmes qu’ils professaient.
26, Prestre.—Diogène Laerce, VI, 39.
35, Iesus-Christ.—S. Paul, dans son Épître aux Philipp., I, 23.
36, Donnoit.—Cicéron, Tusc., I, 34; Callimaque, Epigr., 24; Ovide, in Ibin, v. 495; S. Augustin, De Civit. Dei, I, 22.
124,
1, Alemans.—Voltaire, dans Zaïre, exprime la même idée:
«Je le vois trop: les soins qu’on prend de notre enfance,
Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance.
J’eusse été, près du Gange, esclave des faux dieux,
Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux:
L’instruction fait tout; et la main de nos pères
Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères.»
9, Ne ramene.—Var. des éd. ant. à 88: vne extreme douleur ou voisinage de la mort, ne ramenent par force...
13, Plato.—Lois, au commencement du liv. X, passage déjà cité dans les Essais, I, 580.
17, Dit-il.—Platon, République, I.
23, Loix.—C’est le résultat de ce que dit Platon sur la fin du second livre au commencement du troisième de sa République.
29, Bion.—Diogène Laerce, IV, 4.—Cette réflexion même, si juste et si naturelle, est de Diogène Laërce, qui d’ordinaire s’abstient de tout commentaire.
31, Force.—Les sectateurs d’Aristippe et d’Épicure fondaient la religion sur la crainte; la loi, sur l’utilité; la justice, sur la coutume.
126,
29, Luy-mesmes.—S. Paul, Épître aux Romains.—C’est Dieu qui est présenté comme tenant ce langage parce que l’apôtre est considéré comme parlant en son nom.
32, Facteur.—«Tout ainsi que par ce peu de lumiere que nous auons la nuict, nous imaginons la lumiere du soleil qui est esloignée de nous; de mesme, par l’estre du monde que nous connoissons, nous argumentons l’estre de Dieu, qui nous est caché...» R. Sebond, Théologie naturelle, 24, traduction de Montaigne.
128,
4, Œuures.—Dans l’Épître aux Romains.—S. Paul, surnommé l’apôtre des Gentils parce qu’il a évangélisé en dehors de la Judée, n’est ni du nombre des douze apôtres proprement dits, quoiqu’il soit toujours compté comme tel, ni même des disciples de Jésus-Christ. Né de parents juifs, il se nommait Saul et fut d’abord un persécuteur violent du christianisme; mais, sur le chemin de Damas, il eut une vision, se convertit, devint un des plus ardents propagateurs de la religion nouvelle et finit par obtenir le martyre à Rome. On a de lui les Actes des apôtres qui sont sa propre histoire et quatorze lettres aux Églises avec lesquelles il était en relation, elles se distinguent par la logique et la sagesse des principes qu’il expose.—Godeau, évêque de Grasse (1605-1672), dit de lui:
«Et la grâce en son cœur ayant fait des miracles,
Sa bouche expliquera les plus sacrés oracles.»
9, Leges.—Les éd. ant. aj.: Si mon imprimeur (de la Théologie naturelle) estoit si amoureux de ces prefaces questées et empruntées, de quoy par l’humeur de ce siecle il n’est pas liure de bonne maison, s’il n’en a le front garny, il se deuroit seruir de tels vers, que ceux cy qui sont de meilleure et plus ancienne race que ceux qu’il est allé planter.
130,
3, Couche.—On incline, on penche en faveur.—Les éd. ant. port.: Celui qui est d’ailleurs imbu d’vne creance reçoit bien plus aisément les discours qui lui seruent, que ne fait celuy qui est abreuué d’vne opinion contraire, comme font ces gens icy, au lieu de: «On couche... en soy».
21, Ἑαυτόν.—Cette pensée est d’Hérodote, qui la met dans la bouche d’Artaban cherchant à détourner Xerxès de son expédition contre les Grecs.
24, Platon.—Dans le Timée.
32, S. Augustin.—De civitate Dei, XXI, 5.—Le premier des Pères de l’Église. Eut une jeunesse fort dissipée, se convertit, fut baptisé à 32 ans et devint, par la parole et la plume, un des plus ardents et solides défenseurs du christianisme. Ses principaux ouvrages sont: La Cité de Dieu, son chef-d’œuvre, admirable peinture de la religion chrétienne; ses Confessions, où il fait l’histoire de ses erreurs et de sa conversion, et le Traité sur la grâce et le libre arbitre; on a encore de lui nombre de sermons, de lettres et d’écrits contre les hérétiques de son temps.
132,
3, Philosophie.—S. Paul, Aux Colossiens, II, 8.
5, Dieu.—S. Paul, Aux Corinthiens, I, 3, 19.
5, Vanitez.—Pensée tirée de l’Ecclésiaste et de Pline.
7, Sçauoir.—Pensée tirée de Lucrèce et de l’Épître de S. Paul aux Corinthiens.
8, Trompe.—Cette pensée se trouve également dans Lucrèce et dans S. Paul, Épître aux Galates.
134,
1, Cestuy-la.—Le philosophe stoïcien Balbus qui, dans Cicéron, s’exprime comme le porte la citation qui suit.
136,
6, Mouuements.—On croyait encore généralement alors que le soleil tournait autour de la terre, etc.
13, Plutarque.—Plutarque dit bien que, peut-être, la Lune est habitée, que ses habitants doivent y être plus dispos, plus légers au physique, plus faciles à nourrir que nous, mais il ne parle pas de colonies.
19, Quant et quant.—Les éd. ant. aj.: dict Pline.
23, Trois.—C.-à-d. avec les animaux vivant sur terre, et, par cela même, de pire condition que ceux des deux autres espèces: les oiseaux qui volent dans les airs, et les poissons qui nagent dans les eaux.
34, D’elle.—Cette pensée a été traduite en vers par Senecé:
«Mais sait-on, dit Montaigne,
Quand avec son chat d’Espagne
Un homme prend ses ébats,
Si le chat n’a pas en tête
Que l’homme est une bête
Propre à divertir les chats.»
Observons, en passant, que cette rime, dans les deux premiers vers, de Montaigne avec Espagne, montre bien comment encore à cette époque (1717) on prononçait le nom de l’auteur des Essais.—A propos de chat, Mahomet en avait un qu’il aimait au point qu’un jour, dit-on, cet animal dormant sur un pan de son caftan, et le moment de la prière étant venu, le prophète coupa son vêtement, afin de ne pas troubler le sommeil de l’animal.
138,
2, Saturne.—Dans la Politique.—Chassé du ciel par Jupiter, et accueilli sur terre par Janus, roi du Latium, auquel il succéda, Saturne apprit aux Latins l’art des semailles, fit fleurir la paix, l’abondance, la justice, et son règne fut l’âge d’or pour l’Italie. Myth.
18, Troglodytes.—Ancien peuple de l’Afrique qui vivait dans des cavernes ou dans des trous creusés dans la terre. Mais, dans bien des contrées, voire même en France, existent des vestiges de pareilles habitations établies dans des anfractuosités naturelles, grossièrement aménagées et qui remontent aux temps préhistoriques; on a qualifié de ce même nom de Troglodytes, ceux dont elles ont été la demeure.
20, Thyaneus.—Philostrate, Apollonius de Thyane, I, 20.
20, Melampus.—Apollodore, I, 9, 11.
20, Tirasias.—Apollodore, III, 6, 7, etc.
22, Roy.—Dans l’intérieur de l’Afrique, dit Pline, Hist. nat., IV, 30, au delà de la Nubie, se trouvent les Ptoemphanes, qui ont pour roi un chien, dont ils consultent les divers mouvements.—Cette erreur ne proviendrait-elle pas de la similitude du mot latin canis (chien) avec les mots qui dans plusieurs langues signifient le roi ou seigneur comme, par exemple, Khan chez les Tartares, King en anglais, Kœnig en Allemagne? Payen.
24, Nous.—«Les enfants des hommes sont en eux-mêmes semblables aux bêtes, ils ont même destinée; l’homme n’a pas d’avantage sur la bête.» Ecclésiaste, III.
25, Intelligence.—Les éd. ant. aj.: de leurs mouuemens et.
34, Qu’il y a.—Add. des éd. ant. à 88: de la menasse et.
36, Voix.—C.-à-d. qui ne profèrent aucun son.
140,
27, Cestuy-cy.—Ce langage par gestes.
32, Langue.—Aux extrémités de l’Éthiopie, dit Pline, VI, naissent des animaux et des hommes de formes monstrueuses; l’excessive mobilité des feux solaires varie les corps et les multiplie à l’infini; et, parmi ces phénomènes, il en est certains qui n’ont d’autre langage que les gestes et les signes.
37, Mot.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
142,
6, Prudence.—Les éd. ant. port.: prouidence.
39, Par art.—Les éd. ant. aj.: et par industrie.
144,
33, Vniforme.—Les éd. ant. aj.: la foiblesse de nostre naissance se trouue à peu pres en la naissance des autres creatures.
40, Souffrir.—Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux aj.: le visage, les pieds, les mains, les iambes, les espaules, la teste, selon que l’vsage nous y conuie.
146,
3, Nombril.—Louis XIII avait une profonde répugnance pour cette exagération qui se maintint jusqu’au milieu du XVIIIe siècle; on cite de lui à cet égard plusieurs anecdotes.—Voulant, un jour, s’emparer d’une lettre qu’une dame de sa cour avait cachée dans son sein et qu’il avait intérêt à connaître, il alla l’y chercher avec des pincettes.—Une autre fois, se trouvant à table et voyant s’approcher de lui une femme habillée et découverte suivant cette mode, il retint une gorgée de vin dans la bouche et la lui lança dans le sein, ce qui la fit se retirer toute honteuse.
6, Plier.—Plutarque, Lycurgue, 13.
21, Labourage.—Les éd. ant. aj.: sans aucune nostre industrie.
22, Planté.—En abondance.—Ce mot dérive de plénité, qui vient du latin plenitas qui a ce même sens: saturation complète, plénitude.
148,
6, Ichneumon.—Appelé aussi mangouste et rat de Pharaon; carnassier de la grosseur d’un chat et de la forme de la martre; les Égyptiens le révéraient parce qu’il détruit les œufs de crocodile.
7, Crocodile.—Appelé aussi alligator, reptile de l’ordre des sauriens, amphibie à quatre pattes de la forme d’un énorme lézard, mais atteignant jusqu’à 3 et 4 mètres de longueur; se rencontre sur les bords de grands cours d’eau de la zone tropicale en Afrique, en Asie et en Amérique; le crocodile était à Thèbes, en Égypte, l’objet d’une grande vénération.
13, Faire.—Ce fait s’est rencontré en Allemagne (Gaspard Hauser), en France (le sauvage de l’Aveyron), et on pourrait en citer d’autres.—Gaspard Hauser qui, de 1828 à 1833, excita vivement l’attention en Bavière, fut découvert à l’âge apparent de 15 à 16 ans; il semblait n’avoir jamais rien vu, rien appris, être absolument étranger à la vie commune; il n’avait aucune idée du temps, des distances, était presque inconscient de ses mouvements.—Le sauvage de l’Aveyron, enfant trouvé en 1800 dans les forêts de cette région, pouvait avoir une dizaine d’années, il se trouvait physiquement et moralement en même état que Gaspard Hauser; il fut placé à l’institution des sourds et muets, où plusieurs années de soins assidus parvinrent à éveiller, mais bien faiblement, son intelligence et le langage.
22, Oyseaux.—C.-à-d. ne conversons-nous pas avec eux dans un autre langage et en employant d’autres termes qu’avec les oiseaux.
27, Lactance.—Inst. div., III, 10.
28, Encore.—Quant au rire, cela se rencontre parfois chez le chien; on en a vu riant comme fait une personne, sans éclat de voix cependant. Pour ce qui est de la parole proprement dite, il en est qui pensent que les animaux, ou au moins certains d’entre eux, la possèdent; toujours est-il que jusqu’ici on n’en trouve que trois qui, d’après la Bible et la fable, aient usé de la même langue que l’homme: l’ânesse de Balaam, le berger de Phryxus et le cheval d’Achille.—Balaam, dit la Bible, était un prophète madianite; l’ânesse qu’il montait, effrayée par la vue d’un ange, demeuré invisible à Balaam, ayant à trois reprises fait un écart, et son maître la frappant, elle finit par protester en paroles très nettes; et ses yeux se dessillant alors, Balaam aperçut l’ange et reconnut que tout cela s’était accompli par la volonté de Dieu.—Phryxus, fils du roi de Thèbes, fuyant une accusation d’inceste, avait traversé sur un bélier à toison d’or le détroit qui sépare l’Europe de l’Asie, et abordant sur la côte opposée, s’y était endormi. Les habitants le découvrirent et se disposaient à lui faire un mauvais parti, lorsque son bélier le réveilla et lui apprit avec une voix humaine le danger auquel il était exposé. Myth.—Dans l’Iliade, lorsque Achille s’élance pour venger Patrocle, Xanthe, un de ses chevaux, avec la permission de Junon, lui prédit sa mort prochaine.
30, Aristote.—Hist. des animaux, IV, 9.
37, Deuination.—Conjecture.
150,
24, Desespoir.—«L’homme n’a qu’un privilège, celui de l’imagination, et il le paie cher.» Sainte-Beuve.—Est-il prouvé que les animaux n’ont pas d’imagination?
31, Meilleure.—Cette question de l’âme des bêtes, leur connaissance, leur raisonnement, discutée à toutes les époques, a donné lieu à de nombreux ouvrages où sont cités à l’appui d’innombrables exemples dont quelques-uns sont reproduits dans les pages suivantes. Montaigne, dans cette controverse, semble pencher pour l’affirmative, au point que Bayle prétend que son intention a été que l’apologie de Raymond Sebond fût en partie celle des bêtes. Les auteurs qui ont agité ce problème, inclinant soit dans un sens, soit dans un autre, abondent aussi bien dans l’antiquité que de nos jours; parmi eux: Aristote, Pline, Descartes, Leibnitz, Locke, Toussenel.
152,
17, S’auancer.—Plutarque, De l’Industrie des animaux, 12.
22, Paix.—Argumentation souvent citée en logique et connue sous le nom de «Sorite du renard»; sorite signifie une série de propositions si bien liées entre elles, que la dernière est ou semble la conclusion naturelle de la première.
31, Climacides.—Mot dont la signification est échellières.—Plutarque, Comment on peut discerner le flatteur d’avec l’ami, 3.
35, Concubines.—Ce terme n’éveillait dans l’antiquité aucune idée d’immoralité; c’était une femme au même titre que l’épouse dite légitime, mais de condition sociale inférieure à celui qui l’épousait.
36, Mary.—Chacun, dit Hérodote, V, 5, a plusieurs femmes; lorsqu’il vient à mourir, il s’élève entre elles de grandes contestations pour savoir celle qu’il aimait le mieux; ses amis s’intéressent vivement à la dispute. Celle en faveur de qui on s’est prononcé reçoit les éloges de l’assistance; son plus proche parent l’immole ensuite sur le tombeau de son mari et on l’enterre avec lui; les autres femmes sont très affligées de cette préférence, qui est pour elles un très grand affront.—Voir aussi Pomponius Mela, II, 3, etc.
40, Capitaines.—Le chef des Sotiates, peuple de l’Aquitaine (Gaule), dit César, De Bello Gall., III, 22, était accompagné de 600 hommes dévoués, liés à lui par un pacte tel qu’ils jouissaient de tous les biens de la vie dont ce chef lui-même avait la jouissance, mais par contre, s’il venait à périr de mort violente, ils participaient à son sort et se tuaient de leurs propres mains; institution à laquelle certains font remonter l’origine du régime féodal.
154,
5, Seruice.—Pétrone, Sat., 117.
15, Tombe.—Hérodote, IV, 71 et 72.
23, Sert.—Diogène Laerce, VI, 75.
36, Partons.—Du verbe partir, partager, diviser en plusieurs parts. Ce mot vieilli n’est plus d’usage que dans cette phrase proverbiale: «Ils ont toujours maille à partir entre eux»; mais on le retrouve dans ses dérivés: répartir, répartition, etc.
38, Chasseurs.—Pline, X, 8.
43, Colliers.—Collets, lacs à prendre des lièvres, des lapins, etc.
44, Seche.—Plutarque, De l’Industrie des animaux, 28.—La sèche, ou seiche, mollusque de mer, qui projette autour de lui un liquide noirâtre, quand il cherche à se dérober à un ennemi, liquide duquel on extrait la sépia.
156,
10, Sylla.—Allusion à la maladie pédiculaire dont il mourut (78), conséquence des débauches auxquelles il se livra toute sa vie. Cette maladie, connue sous le nom de phtiriase, est très rare; elle est caractérisée par la génération rapide d’une telle quantité de vermine, qu’elle finit par ronger vivant le malheureux atteint de cette affection. Le roi Hérode, l’empereur Galère périrent de la sorte, et les premiers chrétiens y virent une punition céleste du premier pour le massacre des innocents, du second pour la persécution dont eux-mêmes furent l’objet sous le règne de Dioclétien et dont il avait été le principal instigateur; il s’en produirait encore des cas, particulièrement chez les alcooliques invétérés.—Pascal a exprimé d’une façon analogue cette fragilité de l’homme: «Cromwell allait ravager toute la chrétienté; la famille royale était perdue et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre; Rome même allait trembler sous lui, mais ce petit gravier qui n’était rien ailleurs, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée et le roi rétabli.» Seulement, Pascal a fait erreur: Cromwell n’est pas mort de la pierre, mais de la fièvre.
11, Empereur.—Du latin imperator, titre qui se décernait, à Rome, aux généraux victorieux; c’est le sens dans lequel il est employé ici.
15, Rubarbe.—Rhubarbe; plante dont la racine est stomachique et purgative.
15, Polypode.—Sorte de fougère qui s’emploie contre la toux.
17, Dictame.—Plante aromatique et vulnéraire.
19, Origanum.—Origan; plante aromatique qui ne croît qu’aux hautes altitudes.
19, Dragon.—Petit lézard inoffensif.
20, Fenoil.—Fenouil; plante aromatique et apéritive.
21, Elephans.—Le plus gros des animaux de notre époque; mammifère de l’ordre des pachydermes, remarquable par sa taille, ses défenses et sa trompe; on distingue l’éléphant d’Afrique et celui d’Asie, ce dernier notablement plus grand que le premier. Dans l’Inde, on emploie l’éléphant comme bête de trait et de somme; il y est l’objet d’une grande vénération; on lui prête des vertus et des vices; des mœurs raisonnées, jusqu’à l’observance d’un culte, celui du soleil et de la lune; il vit en société. Anciennement il était fort employé à la guerre par certains peuples (V. N. II, 56: [Elephans]); plus tard à Rome, dans les divertissements publics; on en cite de capables de tracer des caractères, d’autres se distinguant dans la danse, l’acrobatie.
23, Porus.—Plutarque, De l’Industrie des animaux, 13.
31, Chrysippus.—Sextus Empiricus, Pyrrh. hypot., I, 14.
34, A la queste... poursuite.—Var. des éd. ant.: estant à la suyte de son maistre (lequel il a esgaré pour s’estre endormy et ne l’auoit vu partir du logis) ou à la queste.
36, Ratiocination.—Add. des éd. ant.: et sans discours.
158,
37, Plutarque.—De l’Industrie des animaux, 18.
38, Pere.—Vespasien le père de Titus et de Domitien.
160,
8, Reuenu.—Ranimé. Se revenir, du latin se recolligere, a cessé d’être pronominal, et on dit aujourd’hui: revenir d’un profond sommeil, d’un évanouissement.
12, Languedoc.—C’étaient des roues à chapelet ou à godets, qu’en Espagne on nomme norias, appellation qui est passée dans notre langue; leur usage est très répandu en raison même de la rusticité du système.
16, Court.—Plutarque, De l’Industrie des animaux, 20.—Les paysans vendéens disaient: «Nos bœufs connaissent le dimanche et ne veulent pas travailler ce jour-là.»
20, Democritus.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 14.
22, Tistre.—Vieux mot qui signifie faire quelque ouvrage de fil, de soie ou de cheveux.
24, Aristote.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 18; Pline, Hist. nat., X, 29.
38, Arrius.—Arrien, Hist. Indic., 14.—Arrius est une faute d’impression qui se trouve dans toutes les éditions originales, qui devraient porter Arrianus.
162,
4, Apprendre.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 12.
7, Maistres.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 12; Pline, VIII, 3.—Le fait est donné comme s’étant produit du temps de l’empereur Domitien; battu pour n’avoir pas bien exécuté sa leçon, un de ces animaux fut vu la répétant de lui-même, la nuit suivante, au clair de lune.
8, Respondant.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 18.
23, Dit.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 12.
32, Barbarie.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 12.—La Barbarie, partie septentrionale de l’Afrique depuis Tripoli jusqu’au Maroc, ainsi nommée au moyen âge des Berbers, ses premiers habitants, qui subsistent encore sous les noms de Kabyles, de Touareg, absolument distincts des Arabes.
34, Iuba.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 10.—Juba avait passé une grande partie de sa jeunesse à Rome, et s’était adonné à l’étude de l’histoire et de la nature; il a écrit, en grec, divers ouvrages aujourd’hui perdus.
164,
12, Cendre.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 10.—Dans le même genre, on cite encore ce trait d’un éléphant qu’un peintre voulant peindre la trompe élevée, son cornac, pour le maintenir en cette position, feignait de lui jeter du pain. Ennuyé d’être ainsi dupé, l’animal remplit sa trompe d’eau et, ne se trompant pas sur la cause de la mauvaise plaisanterie qu’on lui faisait, en aspergea le peintre et son tableau que celui-ci dut renoncer à terminer.
16, Elephans.—Add. des éd. ant.: qu’on y mesloit.
21, Tyrio.—Annibal est qualifié de tyrien par le poète, comme étant de Carthage fondée elle-même par une colonie phénicienne (870).
39, Aspreté.—C’est ce que plusieurs peuples de l’antiquité avaient déjà pratiqué. Pline, VIII, 40, conte: «En vue de la guerre, les Colophoniens et aussi les Castabalenses organisent des troupes de chiens qu’ils font combattre en première ligne et qui jamais ne cèdent; ce sont là des auxiliaires qui ne le cèdent pas aux mercenaires.»—Strabon dit, de son côté, que les anciens Gaulois se servaient à la guerre de chiens d’Angleterre aussi bien que de ceux de leur pays.—Cet emploi s’est depuis reproduit souvent en Amérique et en Afrique, dans les rencontres d’Européens avec des adversaires d’autre race; il était rendu possible surtout par la quasi-nudité de ceux-ci et la différence d’odeur qu’ils exhalent; et, dans la chasse des nègres fugitifs, du temps où l’esclavage existait, il était d’usage courant. On s’est occupé, en ces dernières années, de leur utilisation dans la guerre moderne: les expériences n’ont pas été satisfaisantes; en tout cas, si jadis il a pu être question de meutes lâchées sur l’ennemi, leur action ne saurait être aujourd’hui qu’individuelle et fort restreinte, par exemple, comme auxiliaire d’une sentinelle pour éventer l’approche ou la présence de quelqu’un.—On semble devoir éprouver moins de déconvenue dans l’essai que l’on tente aujourd’hui de les adjoindre à la police, dans ses rondes de nuit; leur concours paraît devoir être précieux contre ces rôdeurs et assassins dont le nombre et l’audace vont croissant dans des proportions excessives dans les grandes villes et leurs banlieues, et dont on n’aura raison que par le rétablissement des peines corporelles.
166,
3, Passé.—Les éd. ant. port.: Nous viuons, et eux et nous, sous même tact, et humons vn mesme air; il y a, sauf le plus et le moins, entre nous, vne perpetuelle ressemblance, au lieu de: «C’est vne... le passé» (lig. 1 à 3).
20, Murene.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 24.—La murène est un poisson de mer qui ressemble à l’anguille; il était fort estimé des anciens Romains qui en conservaient dans des viviers.
22, Arethuse.—Les eaux de cette source passaient pour conserver toute leur pureté à travers les eaux amères et fangeuses dans lesquelles elles vont se perdre.—L’éd. de 88 aj. ici: et d’autres poissons.
28, Religion.—Pline, VIII, 1.—Démocrite, Xénocrate et plusieurs autres philosophes dans l’antiquité ont accordé une religion aux animaux.
35, Part.—C.-à-d. nous ne pouvons prendre ni en bonne ni en mauvaise part les actions dont les mobiles nous sont absolument inconnus.
38, Vid.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 12.
39, Fourmis.—Fourmi, aujourd’hui féminin, était autrefois masculin.
168,
9, Par là.—Les éd. ant. aj.: (encore qu’à son iugement les bestes soient incapables de raison).
17, Nauale.—Bataille d’Actium (auj. Arta), sur la côte orientale de la mer Ionienne; bataille gagnée par Agrippa, qui, en donnant la supériorité à Octave (devenu depuis l’empereur Auguste) sur Antoine son rival, mit fin de fait à la république romaine (31).
29, Dehors.—Pline, XXXII, 1.—Remora signifie en latin retardement, obstacle.—Le remora est un petit poisson qui s’attache aux vaisseaux, aux rochers, quelquefois à d’autres poissons; mais qu’il puisse retarder la marche même d’une simple barque, et a fortiori l’arrêter, est pure fable.—Les anciens lui attribuaient du reste bien d’autres propriétés: il servait à composer des poisons capables d’amortir et d’éteindre les feux de l’amour, d’arrêter l’action de la justice, de prévenir les accidents chez les femmes enceintes; conservé dans du sel, il avait pouvoir de retirer du fond d’un puits l’or qui pouvait y être tombé. Quant à sa propriété capitale d’arrêter la marche d’un bateau, il la partageait avec cette coquille du genre porcelaine, du nom de conque de Vénus, qui lui aurait été donné en mémoire du fait suivant: Périandre, tyran de Corinthe, ayant envoyé un navire portant l’ordre de mutiler, en vue de les rendre impropres à la reproduction, trois cents enfants nobles de Corcyre, un grand nombre de ces coquillages s’attachèrent à la carène du vaisseau qui ne put avancer malgré toute la fureur du vent.
34, Tirer.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 15.
35, Assis.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 28.
170,
6, Nous.—Toute cette partie de l’apologie de Sebond, dans laquelle Montaigne a exalté les animaux comparés à l’homme, et qui a eu pour objet de rabaisser ce dernier et de lui faire sentir la débilité de sa nature et le ridicule de son orgueil, a été approuvée par Pascal qui a soutenu la même thèse; Bossuet, au contraire, l’a réfutée. Dans son troisième sermon pour la Toussaint, prêché devant le roi, en 1669, après avoir nommé Montaigne, il l’apostrophe ainsi: «Mais dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si finement de l’homme, parce qu’il s’imagine être quelque chose, comptez-vous donc pour rien de connaître Dieu? en connaître le principe, adorer son éternité, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s’abandonner à sa Providence, obéir à sa volonté, n’est-ce là rien qui nous distingue des bêtes?» C’est là une belle période oratoire mais qui, au fond, n’est qu’une manifestation de plus de l’immense orgueil de l’homme uniquement étayée sur le magnifique langage propre à Bossuet, qui en outre a le tort de prendre ainsi de la sorte Montaigne à partie comme entaché d’athéisme, rien dans son livre ni dans sa vie ne l’y autorisant.—Cicéron, beaucoup plus rationnel, concilie ainsi, dans les Tusculanes, ces opinions si divergentes: «Toutes les âmes renferment je ne sais quoi de mou, de lâche, de bas, d’énervé, de languissant: s’il n’y avait que cela en lui, rien ne serait plus hideux que l’homme; mais, en même temps, il s’y trouve bien à propos cette maîtresse, cette reine absolue, la raison, qui, par les efforts qu’elle a d’elle-même le pouvoir de faire, se perfectionne et devient la suprême vertu. Or, pour être vraiment homme, il faut lui donner pleine autorité sur cette autre partie de l’âme dont le devoir est d’obéir.» Dans le même ordre d’idées, Cicéron écrit ailleurs: «Quand on a dit à l’homme: Connais-toi toi-même, ce n’était pas seulement pour rabaisser son orgueil, c’était aussi pour lui faire sentir ce qu’il vaut.»
8, Oyseaux.—Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., I, 14.
16, Torpille.—Poisson du genre de la raie, qui présente la propriété d’être une source d’électricité, dont la décharge engourdit qui la touche, et se transmet dans l’eau, en raison de la conductibilité de ce liquide, à tout corps à distance suffisamment courte; de là l’appellation donnée à l’engin de guerre de ce nom, destiné à couler les navires ennemis.
38, Nostre.—Les éd. ant. aj.: Car à nos enfans il est certain que bien auant en l’aage, nous n’y découurons rien sauf la forme corporelle, par où nous en puissions faire triage.
172,
6, Beste.—Boerhaave, médecin célèbre du XVIIIe siècle, laissa en mourant un gros registre, dans lequel on comptait trouver de précieux renseignements sur son art; on y lut seulement ce conseil, aphorisme populaire dont l’origine se perd dans la nuit des temps: «Tenez-vous la tête fraîche, le ventre libre, les pieds chauds, et moquez-vous des médecins.» Payen.
10, Effectuelle.—Add. des éd. ant.: et plus naturelle.
30, Hyrcanus.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 13.
33, Pyrrhus.—id., ibid.
174,
15, Iour.—St Pierre, dit-on, à un moment de son existence, ne mangeait que des olives, et même que des mauves d’après St Grégoire de Nazianze; mais avec, il mangeait du pain. Payen.
25, Saisissant.—La présence d’étrangers, même en petit nombre, suffit à altérer l’âme d’un peuple. Ce fut l’infiltration pacifique des Barbares, bien plus que leurs invasions guerrières, qui amenèrent la transformation de la civilisation romaine; et c’est là un danger pour les États-Unis qu’envahit l’émigration étrangère, aujourd’hui presque entièrement composée d’éléments inférieurs; de 1880 à 1890, ils ont reçu près de 6.000.000 d’émigrants.—Il en est de même de la France, pays riche dont la population ne s’accroît plus (l’excédent des naissances sur les décès n’a été en 1905 que de un sur mille), entouré de pays pauvres dont la population s’accroît constamment et dont les tendances à l’émigration sont favorisées par les exigences croissantes de nos ouvriers qui les rendent nécessaires pour les besoins de l’agriculture et de l’industrie. Ils n’étaient pas 400.000, il y a cinquante ans; ils dépassent aujourd’hui un million et demi et arrivent en rangs chaque jour plus pressés.—Parmi les moyens préconisés pour ralentir ce mouvement, sont: le service dans la légion étrangère pour ceux âgés de moins de vingt-cinq ans et ayant deux ans de présence; une taxe militaire pour ceux plus âgés; suppression à peu près absolue de la naturalisation; impôt du quart des revenus et des salaires pour tous les individus d’origine étrangère, naturalisés ou non, établis en France depuis moins de cinquante ans (G. Lebon).
26, Sont.—Add. des éd. ant.: à la verité.
176,
2, Tettins.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 17.—Les éléphants semblent prêter volontiers à des histoires de ce genre: Juba en mentionnait un qui aimait une marchande de parfums et lui versait dans le sein les pièces de monnaie qu’il recevait; on en cite un autre qui, passionné pour un jeune syracusain de l’armée de Ptolémée, refusait de manger chaque fois qu’il ne le voyait pas.
4, Glaucia.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 17.
6, Parenté.—Oppien, Poème de la chasse, I, 236.—Varron dit: «Il s’est produit à cet égard un fait incroyable. On voulait faire saillir à un cheval la jument de laquelle il était né; ne pouvant l’y amener, on lui couvrit les yeux; quand, après la monte, on les lui découvrit, il se précipita contre un mur et se tua net» (V. N. I, 634: [Desdaigner]).
22, Finesse.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 15; Elien, Hist. des anim., VII, 42.—La Fontaine a traité ce sujet à peu près de même façon dans sa fable «L’âne chargé d’éponges et l’âne chargé de sel».
178,
31, Duello.—Il s’agit ici de la guerre de Troie, l’événement le plus célèbre des temps mythologiques.—Cette guerre causée par l’enlèvement par Pâris, prince troyen, d’Hélène femme de Ménélas, roi de Sparte, dura dix ans et se termina par la prise de la ville et la destruction de ce royaume par les Grecs confédérés, sous les ordres d’Agamemnon, roi d’Argos (1200 av.). V. N. III, 512: [Pomme].
35, Trouble.—La Fontaine, dans sa fable des Deux coqs, a exprimé la même idée à sa façon:
«Deux coqs vivaient en paix; une poule survint,
Et voilà la guerre allumée!
Amour, tu perdis Troie; et c’est de toi que vint
Cette querelle envenimée
Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint.»
45, Futuam.—Subjonctif de futuere, qui vient du grec φυτεύω (je plante), signifiait accomplir l’acte de génération et uniquement entre hommes et femmes; contrairement à pædicem qui s’entendait du commerce avec les garçons, parfaitement admis avant le christianisme; mentula, membre indicateur du sexe masculin, est souvent employé dans Martial. Le grave Théodore de Bèze, docteur du protestantisme, s’est laissé aller à en faire le sujet d’une petite pièce qui ne manque pas d’agrément (V. N. III, 208: [Fouteau]).
49, Canant.—Cette épigramme est de l’empereur Auguste; elle nous a été conservée par Martial, qui en la reproduisant dit, avec juste raison, que ses propres vers n’offrent rien de pire. Fontenelle s’est risqué à la traduire, mais, à la différence du poète latin, il a transformé les quelques mots, et particulièrement ceux relatifs à Manius, qui constituent la satire la plus mordante à l’égard de Fulvie:
«Parce qu’Antoine est charmé de Glaphyre,
Fulvie à ses beaux yeux pense m’assujettir.
Antoine est infidèle: eh bien, serait-ce à dire
Que des fautes d’Antoine on me fera pâtir?
Qui? moi! Que je serve Fulvie!
Suffit-il qu’elle en ait envie?
A ce compte, on verrait se retirer vers moi
Mille épouses mal satisfaites.
Aime-moi, me dit-elle, ou combattons? Mais quoi,
Elle est bien laide! Allons, sonnez trompettes.»
180,
1, Donné.—Marguerite de France, femme du roi de Navarre, depuis Henri IV, à laquelle, croit-on, Montaigne adressait cette apologie de Sebond.—Sœur de Charles IX, son mariage, né de la politique, ne fut pas heureux: mari et femme étaient aussi dévergondés l’un que l’autre: leur union se termina par une annulation prononcée par le Pape en 1599. Longtemps Marguerite (Margot comme on l’appelait) s’y refusa, «ne voulant pas, écrivait-elle en 1593 à Duplessis, que cette bagasse (ancienne prostituée,—il s’agissait de Gabrielle d’Estrées) soit mise à sa place sur le trône de France». Elle finit cependant par céder, mais sa rivale n’en bénéficia pas: la demande d’annulation, faite en février, fut prononcée en décembre; dans l’intervalle, en avril, la favorite était morte subitement.
2, Mouuements.—C.-à-d. une armée.
3, Lybico.—Les anciens donnaient le nom de mer de Libye aux deux golfes formés par la mer Méditerranée sur les côtes de la Tripolitaine et de la Tunisie et qui, remplis de bas-fonds, étaient très redoutés des navigateurs.
9, Brouée.—Brouillard épais, brume qui souvent règne l’hiver, dans la matinée.
10, Terre.—Pascal s’est inspiré de cette idée: «L’esprit du plus grand homme du monde n’est pas si indépendant, qu’il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui; il ne faut pas le bruit du canon pour empêcher ses pensées, il ne faut que le bruit d’une girouette ou d’une poulie.»
18, Poëte.—Allusion aux abeilles que chante Virgile, et aux essaims desquels on se rend maître en les enfumant.
21, Armes.—Plutarque, Sertorius, 6.—Ce ne fut pas contre Pompée que Sertorius se donna l’avantage de combattre un adversaire aveuglé par la poussière, mais contre les Caracitaniens, peuple d’Espagne, qui s’étaient réfugiés dans de profondes cavernes creusées dans le roc, dont il parvint à les déloger en plaçant devant l’entrée des tas de terre qu’il avait remarqués se réduisant facilement en poussière qu’un vent contraire, qui persista pendant deux jours, emporta dans le repaire de l’ennemi qui, suffoqué, dut capituler (82).—Dans les guerres d’Algérie, le maréchal Pelissier, alors colonel, eut recours à un procédé analogue, pour avoir raison au Dahra (1845) d’insurgés réfugiés avec leurs familles et leurs biens dans des gorges inaccessibles. Il les y enfuma en mettant le feu à des broussailles amoncelées à l’entrée; cinq cents périrent.
21, Antigonus.—Le fait s’est bien produit dans un combat entre Eumène et Antigone et où le premier eut l’avantage; mais il fut indépendant de sa volonté et profita également à son adversaire qui, grâce à cette même poussière produite par le piétinement des chevaux sur un sol sablonneux et qui obscurcissait la vue, sauva ses bagages des mains de l’ennemi.
21, Crassus.—A la bataille de Carrhes, en Mésopotamie (Asie), où les Romains, commandés par Crassus, furent vaincus par les Parthes et perdirent 30.000 h. (55); la cavalerie adverse souleva des nuages si épais de poussière que les Romains, sur lesquels le vent la faisait refluer, ne pouvaient ni se voir, ni se parler; mais ce fut là un fait qui n’avait pas été prémédité.—Inversement à la grande bataille de Verceil où Marius anéantit les Cimbres (101), par suite des mouvements de ces multitudes, une poussière intense s’éleva protégeant les Romains contre les efforts de leurs adversaires, soutenant leur courage en leur cachant la supériorité numérique considérable des ennemis qui avaient encore ce désavantage d’avoir le soleil en face et d’être incommodés par une chaleur (on était à la fin de juillet) à laquelle ils n’étaient pas habitués. Plutarque.
33, Dire.—Le roi Emmanuel, qui dirigeait ce siège, y fut blessé d’une flèche; cette circonstance et le peu d’importance de la place le décidèrent à lever le siège (1510).—Les gens de Tamly utilisant les abeilles pour se défendre, eurent recours, certainement à leur propre insu, à un procédé mentionné dans la Bible: «J’enverrai devant toi les frelons, dit Jéhovah à Moïse sur le Sinaï, qui chasseront loin de ta face les Hévéens, les Chananéens et les Héthéens». Exode, XXIII, 28.
34, Sauatier.—Savetier. Savatier, qui vient plus directement de savate, prévalait jadis; c’est ainsi qu’on trouve dans Villon: «Et vous, Blanche la savatière.»
34, Moule.—Cette phrase: «Les âmes des empereurs et des savetiers sont jetées dans le même moule», a servi d’épigraphe en 1792 à un journal de la Révolution, intitulé «Journal des Sans-culottes».—L’idée s’en retrouve dans La Servitude volontaire de La Boétie: «Nature le ministre de Dieu et la gouvernante des hommes, nous a tous faits de même forme, et, comme il semble, à même moule.»
37, Importantes.—«Quelquefois, quand les rois sont en conseil, les peuples croient qu’ils parlent de changer le pôle arctique de l’antarctique; et le plus souvent ils prennent des mouches» (Malherbe), ainsi que faisait Domitien qui, au début de son règne, s’enfermait des heures entières dans son cabinet, se livrant à cette occupation. Suétone.—«Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux, sont représentées par les politiques comme les effets de grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et de la passion; ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.» La Rochefoucauld. On pourrait inférer de l’épigramme d’Auguste: Quod futuit Glaphyran..., qu’a reproduite Montaigne à la page précédente, que la guerre entre Antoine et lui a été amenée par un caprice de Fulvie auquel il s’est dérobé, mais il y a lieu d’observer que celle-ci est morte en 40, alors que n’avait pas encore éclaté leur rupture définitive dont fournirent l’occasion les amours d’Antoine avec Cléopâtre, reine d’Égypte, qui lui firent délaisser Octavie, sa seconde femme, sœur d’Octave (nom de l’empereur Auguste avant son avènement à l’empire).—Pareillement, cette visite de l’empereur d’Allemagne à Tanger qui, en 1905, fit de la question marocaine une question européenne, visite attribuée à une politique préconçue, est née d’une simple boutade, parce qu’on se trouvait dans le voisinage, et que la mer était quelque peu forte. Si elle n’avait pas eu lieu, trois grandes puissances ne seraient pas revenues sur des accords déjà pris, nous ne nous retrouverions pas avoir les mains liées à tout jamais à l’égard du Maroc et nous n’aurions pas été réduits au ridicule d’accepter d’y exercer en coopération la police sous le contrôle de l’Europe, tâche qui n’offre que des difficultés en perspective, et où notre impuissance n’aura d’égale que la responsabilité que nous assumons.
43, Plus.—«Les grands et les petits ont mesmes accidents, mesmes fascheries et mesmes passions; mais les uns sont en haut de la roue, les autres près du centre et ainsi moins agités par les mesmes mouvements.» Pascal.
43, Ciron.—Très petit insecte de la famille des parasites, qui s’attache à la peau.
182,
8, Iustice.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 12.—C’est sur un acte de même nature que repose la légende du chien de Montargis: «Sous Charles V, un gentilhomme aurait été assassiné dans la forêt de Bondy; ce gentilhomme avait un chien qui, témoin du meurtre, après l’avoir fait découvrir en s’obstinant à demeurer près du corps, s’acharnant ensuite contre l’assassin chaque fois qu’il l’apercevait, fit soupçonner la vérité. Un combat singulier fut ordonné entre eux, et l’homme, vaincu, avoua son crime.» Mais le même fait, avec des acteurs de même nom, se retrouvant dans une chanson de geste du temps de Charlemagne, on estime aujourd’hui que la scène finale ne s’est pas passée à Montargis, comme on le répète généralement, et que ce n’est que parce qu’elle a été reproduite par hasard, en peinture, dans la salle du château, lors de sa restauration par Charles VIII, que cette croyance s’est formée.
10, Maistre.—Plutarque, ibid.; Pausanias, IX, 31.
27, Siecle.—Plutarque, ibid.; Elien, De Animal., VII, 13.
30, Spectateur.—C’est Aulu-Gelle, V, 14, qui rapporte le fait comme le tenant d’Appion qu’il déclare sujet à caution; mais il est confirmé par Sénèque qui dit: «Nous avons vu dans l’amphithéâtre un lion qui, ayant reconnu un homme auquel il avait appartenu autrefois, le protégea contre les autres bêtes qui allaient fondre sur lui.» Elien, De Animal., VII, 48, en nomme le héros Androclès au lieu d’Androdus.—Cet épisode a été mis en vers français.
184,
13, Embatis.—Je rencontrai, je gagnai. S’embattre, c’était arriver fortuitement en un lieu, et aussi intentionnellement.
16, Mussé.—Caché, blotti; mot d’étymologie grecque.
24, En hors.—Désormais, depuis ce moment, dès lors.
35, L’empereur.—D’après Appion, cet empereur serait Caracalla; mais si Sénèque en a été témoin, ce ne peut être que Néron ou l’un de ses prédécesseurs. V. N. II, 182: [Spectateur].
46, Ora.—Pline, VIII, 42, affirme expressément lui aussi que les chevaux pleurent quelquefois la mort de leur maître et assure que le roi Nicomède ayant été tué, son cheval se laissa mourir faute de manger.
186,
7, Escare.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 26.
12, Barbiers.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 26.—Le barbier est un poisson de mer du genre osseux.
17, Balaine.—Énorme cétacé qui atteint 20 à 25 mètres de long et un poids de 100.000 kilos; sa peau a jusqu’à trois centimètres d’épaisseur. Sa pêche, à peu près épuisée dans les mers du Nord, s’effectue actuellement plutôt dans les mers australes; l’espèce tend à disparaître. On utilise surtout, dans la baleine, l’huile, le lard et les fanons, lames cornées, au nombre de 7 à 800, qui garnissent la bouche.
19, Guide.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 32.—Le requin serait, pareillement, constamment accompagné d’un poisson, qu’on appelle «pilote», jouant le même rôle.
28, Gouuernail.—Le caracal, carnassier du genre chat, qui a l’odorat aussi développé que le lion l’a peu, en agirait à peu près de même avec celui-ci. Faible, pas plus gros qu’un renard, il va devant le lion, lui découvre une proie et l’en avertit; le lion met à profit l’avertissement et laisse en rémunération une partie de la victime à son batteur d’estrade.
39, L’offenser.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 32; Pline, VII, 25; Elien, De Animal., III, 11, etc.—Le crocodile (V. N. II, 148: [Crocodile]), dans l’eau, absorbe des sangsues; à terre, des fourmis pénètrent dans sa gueule béante; les unes et les autres s’y attachent sans que, en raison de la disposition de sa langue, il puisse s’en débarrasser; le pluvier entre dans sa bouche et lui rend service, becquetant ses dents, son palais, ses gencives. Hérodote.—Un autre oiseau, le piquebœuf, rend au buffle les mêmes offices: avide des tiques qui le dévorent, il l’en débarrasse et celui-ci endure patiemment des coups de bec dont il reconnaît l’utilité; de plus, si l’oiseau aperçoit un chasseur, il pousse un cri et s’envole, ce qui est un avertissement pour le buffle. Cosmos.
40, Nacre.—La nacre n’est pas un coquillage, mais une matière blanchâtre et brillante qui forme l’intérieur de beaucoup de coquilles marines univalves et bivalves; la partie est ici prise pour le tout.
40, Pinnothere.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 32; Cicéron, De Nat. deor., II, 48.—Le pinnothère est une espèce de crabe qui vit ordinairement dans les coquilles des testacés bivalves.
188,
4, Tuns.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 29, 31; Aristote, De Animal., VIII, 13; Elien, De Animal., IX, 42.—Le thon est un gros poisson qui va par bande et se trouve principalement sur les côtes de la Méditerranée.
5, Mathematique.—Ailleurs (I, 226 et N. [Mathematique]), Montaigne compte quatre parties dans les mathématiques; ici, il en distrait la musique qu’on y comprenait.
16, Longueur.—Les oies sauvages, dans leurs migrations, se forment bien géométriquement en triangle, par bandes de quarante à cinquante individus. L’oie qui est en tête fend la première la résistance de l’air: cette fonction est très fatigante et, pour la remplir, toutes se relèvent successivement, celle qui la quitte se mettant à la queue. Lorsqu’elles s’arrêtent, quelques-unes font sentinelle et chacune y passe à son tour.—Les canards sauvages voyagent aussi par troupes, mais moins bien organisées et ne s’élevant pas aussi haut dans les airs.
23, Luy.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 14.
27, Mourir.—Arrien, Hist. Indic., 14.
32, Hoste.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 19.
37, Halcyons.—Plutarque, De l’Ind. des anim., 34; Pline, X, 32; Elien, De Animal., X, 17.—L’alcyon est un oiseau assez semblable à l’hirondelle, qui fréquente la mer et les marécages.
190,
1, Latone.—Neptune, d’un coup de son trident, fit sortir cette île du fond de la mer, pour assurer à Latone, persécutée par Junon, un lieu où elle pût mettre au monde Apollon et Diane. Dans la suite, par reconnaissance, Apollon, dont elle devint le sanctuaire principal, de flottante qu’elle était, la rendit immobile. Myth.
21, Desmeut.—Dérange, disjoint; du latin dimovere qui a ce même sens.
30, Seulement.—Cette description du nid de l’alcyon rappelle une des plus gracieuses pages de saint François de Sales. Chez Montaigne, la description est plutôt technique et scientifique, d’une grande habileté, exacte et pittoresque; chez saint François de Sales, elle est plutôt poétique, d’une grâce et d’une fraîcheur incomparables, et il en tire des inductions mystiques, pleines de justesse, de charme et de profondeur. Abbé Sagette.
192,
40, Appetit.—La Bruyère est d’un avis opposé; il dit au ch. Des femmes: «L’agrément est arbitraire; la beauté est quelque chose de plus réel et de plus indépendant du goût et de l’opinion.»
41, Color.—Properce, II, 17, 26.—Les populations du N. de l’Europe ont le teint plus pâle que celles du Midi, chez lesquelles il est plus basané, ce qui peut tenir à ce qu’elles vivent davantage au grand air, sous un soleil plus ardent, et à un effet d’atavisme se joignant à cette cause première.
194,
9, Oreille.—William Dalton rapporte qu’il est de coutume chez les Bernias de se percer dans le lobe de l’oreille un large trou que, suivant sa richesse ou sa position, chacun remplit par un ornement d’or, d’argent, de papier doré et de bois; et qu’invariablement, quand cette ouverture n’est pas occupée autrement, hommes, femmes et enfants l’utilisent comme porte-cigarette lorsque, pendant qu’ils fument, ils viennent à être interrompus dans cette occupation, y plaçant alors machinalement le bout non allumé.
10, Soing.—L’usage du bétel, plante de l’Inde, dont les Hindous mâchent les feuilles, produit cet effet.
14, Pline.—Livre IV, 13.
20, Massiue.—Chez les Hollandais, c’est bien autre chose encore; on peut en juger en comparant les tableaux de Rubens, Rembrandt, etc., avec ceux de Raphaël, Léonard de Vinci, etc.
20, Estrillée.—Mince et svelte, ce que Montaigne appelle (I, 460) un corps bien espagnolé.
26, Aualler.—Comprendre, admettre, adopter; se dit encore aujourd’hui dans ce sens en langage trivial: Faire avaler quelque chose à quelqu’un, lui en conter.
26, Boule.—Dans le Timée; voir également Cicéron, De Nat. deor., I, 10.
196,
7, Constitution.—Décrites par Platon et Cicéron: par le premier dans le Timée; par le dernier dans son traité De la Nature des dieux, II, 54 etc.
13, Vitales... c’est.—Les éd. ant. port.: et plus nobles, c’est à ce que disent les médecins.
17, Excusables.—Les éd. ant. aj.: puis que l’homme n’auoit pas de quoy se presenter nud à la veue du monde.
20, Soye.—Les éd. ant. aj.: et autres commoditez empruntées.
25, Libre.—Add. des éd. ant.: connoissance.
31, Refroidie.—Les éd. ant. port.: desgoutée.
32, Cognoissance.—Var. des éd. ant.: iouyssance.
33, Autres.—C’est ce qu’exprime cet adage ancien:
«Après trois jours, l’homme s’ennuie
De femme, d’hôte et de pluie.»
198,
4, Ordre.—C.-à-d.: ce que je dis là ne concerne que le commun des hommes et des femmes, et je ne serai pas sacrilège au point...
5, Sacrilege.—Var. des éd. ant.: Temeraire.
8, Terrestre.—Compliment à l’adresse de la reine Marguerite. V. N. II, 180: [Donné].
13, Raison.
«De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air,
Qui marchent sur la terre ou nagent dans la mer,
De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome
Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.» Boileau, Sat., VIII.
17, Faire.—Les Latins disaient: «Se bien porter, est la première des choses»; les Grecs: «Qui n’a santé, n’a rien»; c’est ce que nous disons tous quand nous l’avons perdue.
18,—Stoïque.—Plutarque, Des communes conceptions contre les Stoïciens.
23, Circé.—A fourni à l’Odyssée d’Homère un de ses principaux épisodes: Ulysse ayant abordé dans son île (l’île d’Æa, au S. de l’Italie), elle transforma, par ses breuvages enchantés, tous ses compagnons en pourceaux; seul il échappa, grâce à un antidote que Mercure lui avait donné. Devenue éprise de lui, Circé rendit à ses compagnons leur forme première et les retint près d’elle une année entière.
36, Abandon.—Cette phrase, ainsi qu’en témoigne du reste sa contexture, est une ironie de la part de Montaigne.
38, Vaine fantasie.—L’éd. de 80 port.: biffe et piperie.
41, Insensé.—Les éd. ant. aj.: C’est donc toute nostre perfection d’estre homme.
200,
3, Discours.—C.-à-d. par de bonnes raisons.
5, Societé.—Voir N. II, 170: [Nous].
11, Surpayé.—Exalté cette belle raison.
15, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 4, 12.—L’éd. de 88 port.: la philosophie.
34, Grecs.—Varron et Aristote.—Varron, homme de loi, fut aussi tribun du peuple, exerça un commandement militaire en Espagne; d’une immense érudition, était surnommé par ses contemporains «le plus savant des Romains»; a écrit plus de cinq cents volumes dont il ne nous reste que fort peu.—Aristote, V. N. I, 32: [Aristote].
202,
1, Sienne.—Aristote fut l’objet de nombreuses imputations, mais qui sont loin d’avoir été prouvées. On a dit que, dans sa jeunesse, il avait dissipé son patrimoine; qu’à Athènes, il aurait joué le rôle d’espion, lorsqu’en 348 av. J.-C. la guerre éclata entre les Athéniens et Philippe de Macédoine; qu’il aurait comploté contre Alexandre, parce que Callisthène, son parent et disciple, s’était attiré la haine de ce prince; enfin, il fut accusé d’impiété comme ayant rendu un culte à sa femme, en l’érigeant en divinité à l’égal de Cérès.
4, Rigent.—«Au jeu d’amour, le muletier fait rage,» répond La Fontaine.
11, Tient... choses.—Var. des éd. ant.: est encore moins.
13, Plus comme.—L’ex. de Bordeaux ajoute: la beauté.
36, Epicurus.—Ou plutôt l’épicurien Colotès, ainsi qu’on peut voir dans le traité que Plutarque a écrit contre lui.—Un autre philosophe de cette même école a dit: «Si tous les hommes pouvaient voir les choses de la même manière et se ressouvenir à propos du parti le plus utile à prendre, ils n’auraient pas besoin de lois.»
204,
1, Cuider.—La présomption, la prétention, une confiance exagérée en soi.
5, Sereines.—Par la douceur de leur chant, les Sirènes entraînaient les voyageurs pour lesquels elles étaient invisibles à se précipiter dans la mer, où ils se noyaient.—Dans l’Odyssée, XII, 188, Ulysse, prévenu, ne leur échappe qu’en bouchant avec de la cire les oreilles de ses compagnons et se faisant attacher lui-même au mât de son navire. V. aussi Cicéron, De Fin., V, 18.
11, Cecy.—Add. des éd. ant.: pour le moins.
14, Nous.—Var. des éd. ant.: La science ne nous décharge point de douleur, de crainte, de desir et de reume, au lieu de: «Mais... nous».
17, Pituita.—Pituite; humeur blanchâtre et visqueuse que, dans certaines indispositions, on rejette par la bouche.
20, Presumption.—L’éd. de 88 aj.: et la gloire.
20, Epictete.—Manuel, 11.
26, Braues.—C.-à-d.: entendez ce pauvre et malheureux animal faire le brave, se pavaner.
31, Offense.—Cicéron, Tusc., I, 26.
206,
7, Cestuy-cy.—Lucrèce. Un breuvage que lui donna sa femme ou sa maîtresse lui troubla la raison et il finit par se donner la mort. Chron. d’Eusèbe.
9, Sapience.—«Folie et génie sont congénères»; c’est une des applications fréquentes de cet autre proverbe: «Les extrêmes se touchent», et les exemples à l’appui sont nombreux. En tout cas, il faut reconnaître que beaucoup d’hommes de génie et de personnages illustres se sont trouvés affectés d’une demi-aliénation mentale et sujets à un état anormal du système nerveux: Socrate, Malebranche, Newton, Descartes, J.-J. Rousseau, Le Tasse, étaient hallucinés; Lucrèce, Pierre le Grand, Balzac, Michel-Ange étaient maniaques.—Cicéron dit qu’«il ne se trouve pas d’esprit sublime sans quelque mélange de folie, et que la mélancolie est le propre des natures excellentes».—Mme de Stael: «La mélancolie est le sceau du génie.»
10, Choses.—Cicéron, Acad., II, 23.
11, Mortels.—Cicéron, De Fin., II, 13.
12, Dieu.—Plutarque, Des communes conceptions, etc., 30.
14, De soy.—Add. des éd. ant.: et aquis par ses estudes.
17, Surmonte.—Sénèque, Epist. 23, à la fin.
19, Il n’y a.—Les éd. ant. font précéder ces mots de: et toutesfois ie reconnoy qu’il.
27, Poules.—Il usera jusqu’à épuisement de toutes ses ressources.—«Faire de ses œufs poules», c’est s’abuser sur sa richesse, ses ressources; c’est un proverbe qui a le même sens que le proverbe anglais: «Tout homme prend ses oies pour des cygnes.»
28, Chemise.—Proverbe; c.-à-d. le réduire à la pauvreté la plus absolue, presque à la nudité.
32, Mal.—Cicéron, Tusc., II, 25.
34, Secte.—Add. des éd. ant.: ce n’est que vent et paroles.
35, Carneades.—Cicéron, De Fin., V, 31.—Un des familiers d’Épicure, par suite, autre que le fondateur de la nouvelle académie qui est postérieure de 60 ans à ce dernier.
208,
5, Stoïques.—Le fait est donné par Cicéron, Tusc., II, 25, qui, dans un autre passage, dit que ce même philosophe, ayant mal aux reins, criait à tue-tête que tout ce qu’il avait jugé auparavant de la douleur était faux.
6, Rabattre.—Les éd. ant. aj.: quelque chose des pointes de la douleur et de.
8, Pyrrho.—Diogène Laerce, IX, 69.—Pyrrhon, chef de l’école des Sceptiques, posait en principe que rien n’est certain; qu’à chaque proposition on peut opposer une proposition contraire également probable; que, par suite, le sage doit suspendre son jugement et tout soumettre à l’examen (en grec Σκέπτις). On a prêté à Pyrrhon mille folies que dément la réputation de sagesse dont il jouissait auprès de ses contemporains.
17, Naturelle.—Add. des éd. ant.: Certes la cognoissance nous esguise plutost au ressentiment des maux qu’elle ne les allege.
19, Ignorance.—Certains ont voulu voir là une allusion à la castration; le texte s’explique cependant très bien sans semblable hypothèse; de ce que l’enfant ne s’attend pas à une opération quelle qu’elle soit, qu’on va lui faire subir, et que chez un cheval, il ne s’en rend pas compte davantage, n’éprouvant pas d’appréhensions, ils s’en défendent moins.
22, Discours.—Sorte de gens sur lesquels, dans Le Malade imaginaire, Molière a si spirituellement exercé sa verve satirique.
23, Science.—C’est la médecine que Montaigne met ici en cause; ce qu’il indique lui-même plus loin, en ajoutant du reste que ce qu’il en dit s’applique à toutes autres.
27, Indisposition.—Critique à l’adresse de la chiromancie qui, ainsi que l’astrologie, avait encore nombre d’adeptes à cette époque.
210,
2, Philosophes.—Des philosophes sceptiques. V. N. II, 208: [Pyrrho].
13, Viure.—Allusion aux avances qui lui étaient faites pour obtenir qu’il rentrât dans la vie publique, dont il s’était déjà retiré.
14, Maladies.—Les éd. ant. aj.: et de foiblesse; et 80 aj. en plus: Les hommes engagés au seruice des Muses m’en sçauroient bien que dire.
24, Homme.—Idée qu’a traduite La Fontaine. V. N. II, 202: [Rigent].—Avant Montaigne et lui, Marot avait dit:
«Six ou sept fois, ce n’est point le mestier
D’homme d’honneur; c’est pour le muletier.»
212,
14, Ouurages.—Un oratorien, Thomassin (1619 à 1695), homme d’une érudition profonde, qui avait fait de nombreuses conférences sur les Pères de l’Église, les conciles, l’histoire, oublia sur la fin de sa vie tout ce qu’il avait su et ne se souvenait même plus d’avoir rien écrit. Payen.
15, Informes.—Il s’agit ici du Tasse, l’auteur de la Jérusalem délivrée, qui, lorsque Montaigne voyageait en Italie, en 1580, était enfermé comme fou dans un couvent de Ferrare où il demeura ainsi pendant sept ans, de 1579 à 1586. Le texte pris à la lettre implique que Montaigne l’a vu dans sa prison et la gravure a reproduit cette visite; néanmoins il ne semble pas qu’elle ait eu lieu et il n’en dit rien dans son journal de voyage. Le mot «voir» serait, dans ce cas, mis pour avoir appris, savoir, sens dans lequel il est assez fréquemment employé, en parlant d’un fait accompli.
18, Assagir.—St Paul, Épître aux Romains, a dit de même en renversant la proposition: «Ils allaient disant vouloir devenir des sages, ils sont devenus des sots.»—Assagir, rendre sage, n’est pas demeuré dans la langue française, qui a retenu abestir, rendre bête, stupide; dans La Boétie, on trouve de même formation assotir, pour rendre sot.
19, Guider.—«Prenez de l’eau bénite, faites dire des messes, cela vous fera croire et vous abêtira; étrange moyen de nous rapprocher de Dieu, que d’étouffer la raison qui est un don de lui et nous fait à son image.» Pascal.—Tertullien n’a-t-il pas dit: «Credo quia absurdum (j’y crois par cela même que c’est une absurdité)»;—et Bossuet: «Nous ne sommes capables d’entendre Dieu, que par une entière cessation de notre intelligence»;—Joubert: «Ferme les yeux et tu verras»;—Huet: «Pour arriver à croire, il est utile de ne pas croire»;—Diderot: «Le premier pas vers la philosophie, c’est l’incrédulité»;—la reine Christine: «En matière de foi, il faut se crever les yeux pour voir clair»;—enfin l’Évangile: «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.»
24, Fuir.—Les éd. ant. port.: à desirer qu’à craindre, au lieu de: «à coup qu’à fuir».
32, Valentem.—Ces vers sont tirés de la satire de La Boétie, dont il a été question liv. I, ch. XXVII, I, 306.
34, Volupté.—La secte d’Épicure.—Les éd. ant. aj.: et l’a montée à son plus haut pris.
36, Auoir de bien.—Var. des éd. ant.: heureux bien estre.
38, Mali.—Citation que Montaigne fait précéder de sa traduction.
214,
7, Plombée.—Dans un tel état d’apathie.
13, Sentir.—Cicéron, Tusc., III, 7.
216,
1, Soufferts.—Cicéron, Tusc., III, 45.
2, Oubly.—C’est pourtant là le moyen le plus efficace, peut-être le seul de retrouver le calme et de n’être pas trop malheureux. Ressasser constamment, au contraire, en son esprit, les griefs vrais ou imaginaires que l’on peut avoir contre les hommes ou contre les choses, rend l’existence insupportable. «Ce qui est passé, est mort,» dit un proverbe arabe; et, quand on s’y applique, il n’est pas si malaisé que le dit Montaigne. La nature nous y aide, en atténuant avec le temps nos souvenirs; mais il faut pour cela écarter résolument et aussi souvent qu’ils se présentent à nous, les sujets dont nous voulons nous dégager; et, si nous y joignons une occupation suivie qui empêche que nous ne demeurions sans cesse en tête-à-tête avec nos pensées, sur ce point comme sur bien d’autres, la volonté finit par avoir raison de toute obsession, quelle qu’elle soit.
13, Perdre.—«On s’en souvient, en songeant qu’il faut qu’on l’oublie.» Moncrif.
17, Ausus.—D’Épicure.
31, Acceptassent.—Il est douteux que semblable marché soit accepté de quiconque a encore du sang dans les veines. Cette vie agréable et tranquille que les Italiens qualifient de vita del beato porco (vie béate du porc) ne saurait convenir à qui a du cœur et se sent capable de faire mieux, état d’âme que Racine a mieux su rendre que Montaigne, quand il fait dire à Achille:
«Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d’ans sans gloire,
Ou peu de jours suivis d’une longue mémoire;
Mais, puisqu’il faut enfin que j’arrive au tombeau,
Voudrais-je, de la terre inutile fardeau...
Et toujours de la gloire évitant le sentier,
Ne laisser aucun nom et mourir tout entier?»
218,
7, Desplaisir.—Cette histoire et celle de Lycas qui précède sont tirées d’Athénée, XIII.
9, Βίος.—Montaigne a traduit ce vers avant de le citer.
10, Ecclesiaste.—Ch. 1, versets 17 et 18.
18, Resiste.—Le commencement de cette citation est un passage altéré de Sénèque; le reste est de Cicéron.
20. Cette réflexion sur la transformation du B en V ne doit s’appliquer ici qu’à bibat; introduite dans abeat, elle n’aurait aucun sens; le proverbe latin: «Aut bibat, aut abeat (qu’il boive ou qu’il s’en aille)» qui signifie: «Il faut s’accoutumer à l’humeur de ceux avec qui on vit ou s’en séparer», devient alors avec la prononciation gasconne: «Aut vivat aut abeat (qu’il vive ou qu’il meure).»—C’est cette même transformation de lettres familière aux Gascons qui a fait dire d’eux: «Beata gens, cui bibere idem est ac vivere (Heureuses gens pour qui boire et vivre ne font qu’un)»; ou encore: «Felices quibus bibere, vivere est (Heureux ceux pour lesquels boire, c’est vivre).»
32, Pendre.—Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 14.
34, Approcher.—Id., ibid.
36, Hart.—Diogène Laerce, VI, 86.
37, Plutarque.—Comment on pourra apercevoir si on s’amende, etc., 5.—Sextus le pythagoricien est cité fréquemment par Sénèque dans ses différents ouvrages, en particulier dans ses lettres 59, 64, etc.
220,
12, Valentian.—L’empereur Valens.
14, Mahumet.—Mahomet, fondateur de l’Islamisme qu’il commença à prêcher à la Mecque vers quarante ans; l’opposition qu’il rencontra au début l’obligea à s’enfuir à Yatreb (622) où il fut accueilli avec transports et dont le nom, dans la suite, a été changé en celui de Médine (ville du prophète), en souvenir de cette fuite ou hégire, d’où date l’ère des Musulmans (Musulman et Islamisme ont même étymologie et viennent de l’arabe سلم selam qui signifie abandon complet en Dieu de sa personne et de ses biens, résignation). A partir de ce moment, Mahomet poursuivit avec succès son œuvre les armes à la main; et, à sa mort, survenue en 632 à Médine où est sa tombe, dans la majeure partie de l’Arabie, y compris la Mecque, la religion nouvelle avait remplacé le culte des idoles. Ses successeurs ou khalifes (lieutenants), continuant ses conquêtes et son prosélytisme, ont été en progrès constant jusqu’au XIVe siècle; leurs croyances dominent encore aujourd’hui sur une grande partie du globe: l’Asie occidentale, l’Afrique septentrionale, la Turquie. Les dogmes et les préceptes de la religion de Mahomet sont consignés dans le Coran (le livre, livre par excellence), qui embrasse à la fois la religion, la législation pénale et civile, ainsi que l’administration. Ses principaux dogmes sont: l’unité de Dieu, l’immortalité de l’âme, un paradis avec des jouissances toutes sensuelles; le fatalisme, n’excluant pas pourtant la responsabilité de nos actes; les préceptes sont: la circoncision, la prière, l’aumône, les ablutions, le jeûne, l’abstinence du vin et de toutes les liqueurs fermentées; la polygamie est autorisée, le Coran autorise quatre femmes légitimes.—Mahomet n’a nullement interdit ni les sciences, ni les lettres à ses adeptes; mais dans le principe, ses lieutenants se conduisirent à la vérité comme si elles étaient proscrites. Un revirement se fit plus tard et pendant un temps les arts et les sciences ont compté des savants émérites parmi ses sectateurs, mais il faut convenir qu’actuellement il ne semble plus guère en être question dans le monde musulman.
16, Lycurgus.—Sa législation, qui fit de Sparte une république militaire plus qu’une monarchie, et à laquelle elle dut la prépondérance sur toute la Grèce, tant qu’elle l’observa fidèlement, avait principalement pour but d’établir l’égalité entre tous les citoyens et de former un état guerrier sans esprit de conquêtes. Ses dispositions essentielles étaient: le partage des terres en portions égales, avec interdiction d’accroître, de diminuer et d’aliéner tout ou partie du lot échu à chaque famille; la substitution d’une monnaie de fer à la monnaie d’or et d’argent; les repas pris en commun; une éducation austère, toute martiale, et exclusivement dirigée en vue de développer la moralité, la force et l’adresse, donnée en public; les arts, les sciences, et tous les métiers en général abandonnés aux esclaves; comme gouvernement: deux rois, ayant l’initiative des lois, présidant à tous les actes de la vie publique, commandant les armées, mais dont l’autorité était limitée par les Ephores; un sénat de 28 membres décidant de la paix ou de la guerre et des alliances; l’assemblée du peuple élisant les magistrats, votant les contributions, ratifiant les lois.—D’après la tradition, Lycurgue, après avoir fait jurer aux Spartiates l’observation de ses lois jusqu’à ce qu’il revînt, se serait expatrié sans esprit de retour.
37, Vices.—Ce passage est une reproduction d’une idée de Varron, qu’on trouve consignée dans Nonius Marcellus.
222,
11, Droicturiere.—C’est là, bien qu’il ne les nomme pas, une sortie de Montaigne contre Luther et Calvin.
13, Δεισιδαιμονία.—Desdémone (superstition); c’est le nom de l’héroïne de la tragédie d’Othello, de Shakespeare.
14, Πείτεται.—Mot attribué à Socrate et que Montaigne a traduit avant de le citer.
15, Empesches.—Pascal s’est inspiré de cette pensée: «Il y a, dit-il, assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui sont en disposition contraire; assez de clarté pour éclairer les uns et assez d’obscurité pour les porter à s’humilier; assez d’obscurité pour aveugler les autres et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables,... c’est pourquoi il est juste et utile que Dieu nous soit en partie caché et en partie découvert.»—«La vanité et l’orgueil coûtent plus que la faim et la soif.» Jefferson.
16, Sage.—Platon, Apologie de Socrate.—Chérophon, disciple et ami de Socrate, étant à Delphes, demanda à l’oracle s’il y avait sur la terre un homme plus sage que Socrate; la prêtresse lui répondit qu’il n’y en avait aucun; ce que Socrate interpréta, en disant que la réponse de l’oracle n’avait d’autre but que de le donner pour exemple, parce qu’il reconnaissait qu’il n’y avait véritablement aucune sagesse en lui. V. N. III, 576: [L’vn].
24, Sagesse.—«La vanité est l’amour-propre qui se montre; la modestie, l’amour-propre qui se cache.» Fontenelle.
26, Cendre.—«Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière», c’est la formule, tirée de la Genèse, III, 19, de l’Église à la cérémonie du mercredi des cendres.
«Dieu connaît le néant d’où naissent les humains,
Puisque ses propres mains
Les ont jadis créés de poussière et de boue;
Il connaît leur faiblesse, et sait de quel mépris
La fortune se joue
De tous les grands desseins que forment leurs esprits.» Racan.
27, Ombre.—Cette phrase se trouve dans les Psaumes de David.—On lit encore dans l’Ecclésiaste: «Dieu a fait l’homme semblable à l’ombre après le coucher du soleil»; et aussi: «Pendant les jours de sa vie fugitive, l’homme passe comme l’ombre.»—Dans l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, Bossuet dit: «L’homme que Dieu a fait à son image, n’est-il qu’une ombre?»
38, Scire.—«Dieu t’a fait pour l’aimer, et non pour le comprendre.» L. Racine.
224,
4, Ayme.—Ne trouve-t-on pas dans l’Écriture elle-même que Dieu se repent: «Jéhovah se repentit du mal qu’il avait parlé de faire à son peuple», Exode, XXXIII, 14; qu’il se moque, qu’il se rit, etc.
8, Cognoistre.
«Qu’est-ce que Dieu?
Loin de rien décider de cet être suprême,
Gardons, en l’adorant, un silence profond;
Le mystère est immense et l’esprit s’y confond.
Pour dire ce qu’il est, il faut être lui-même.» L. Racine.
10, Prudence.—Le passage qui suit est une traduction intégrale de Cicéron, De Nat. deor., III, 15.
20, Aristote.—Morale à Nicomaque, VII, 1.
226,
6, Croyans.—S. Paul, Ep. aux Corinthiens, I, 1, 19.
11, Recognoistre.—Add. des éd. ant.: sa vilité et.
17, Cornes.—L’idée est reproduite de Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 10; mais l’expression appartient à Montaigne.
22, Appris.—Cicéron, De Nat. deor., I, 17.
29, Descouure.—Diogène Laerce, I, 122.
29, Onques.—Socrate (V. N. II, 222: [Sage]).—Les éd. ant. aj.: (Et qui à l’auenture n’eust nulle plus viste occasion, d’estre appelé sage, que cette sienne sentence).
31, Rien.—«Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien,» disait aussi de lui-même Pline l’Ancien.
39, Lettres.—Valère Maxime, II, 2, 3, ne dit rien de semblable; Montaigne a été ici induit en erreur par une incorrection qui subsiste dans quelques éditions de cet auteur.
228,
21, Admirables.—Les éd. ant. aj.: en reglement et en droicture.
28, Queste.—C’est précisément par là que Sextus Empiricus, d’où Montaigne a tiré bien des choses, commence son livre des Hypotyposes (expositions, hypothèses) pyrrhoniennes, et en déduit d’une façon générale la caractéristique des différentes manières de philosopher: l’une dogmatique, c’est celle qui assure avoir trouvé la vérité; une autre académique, appliquée par ceux qui déclarent qu’elle est au-dessus de notre compréhension; la troisième sceptique, qui est le propre de ceux qui la cherchent encore.
30, Stoiciens.—Péripatéticiens, V. N. I, 32: [Aristote], et I, 82: [Peripateticiens];—Epicuriens, V. N. I, 30: [L’aduenir];—Stoiciens, V. N. I, 18: [Stoiques].
33, Academiciens.—École philosophique fondée à Athènes, par Platon, vers 388; elle tirait son nom d’un jardin, devenu promenade publique, ayant appartenu primitivement à un certain Academus et dans lequel Platon donnait ses leçons.—On compte trois Académies: la première, ou Académie ancienne, avait pour base les enseignements de Socrate, transmis et érigés en système par Platon: elle admettait l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; au point de vue moral, elle considérait la raison humaine comme impuissante à nous donner la solution précise de toutes les questions en présence desquelles l’homme se trouve, et indiquait dans l’ordre moral la pratique du bien, comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur; dans les arts, le beau, comme l’idéal du but à poursuivre; Aristote, qui plus tard fonda l’école des Péripatéticiens, Speusippe, Xénocrate, Crantor en firent partie. La deuxième, ou Académie moyenne, fondée vers 244, par Arcésilas, posait en principe qu’en rien on ne peut arriver à la certitude. La troisième, ou Académie nouvelle, fondée par Carnéade, vers 160, sans tomber dans un scepticisme absolu, enseignait que l’on ne peut atteindre qu’au probable.—Ces principes se modifièrent encore par la suite, avec Philon notamment qui, vers l’an 88, revint à la doctrine de Platon et s’efforça de la concilier avec le stoïcisme.
37, Epechistes.—Qui hésitent, qui s’abstiennent de juger; qualification donnée aux sceptiques et que Montaigne explique un peu plus loin.—V. N. II, 208: [Pyrrho], et Lexique au mot Sceptiques.
38, Homere.—Auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, considérées toutes deux comme les chefs-d’œuvre de l’épopée. On ne sait que peu de chose de lui; la tradition le représente vieux et aveugle, errant de ville en ville et récitant ses vers; certains ont contesté son existence et émis l’idée que ces deux poèmes résument les œuvres éparses d’une époque fabuleuse de la Grèce.—Dans l’Iliade, Homère chante les effets de la colère d’Achille, les malheurs des Grecs au siège de Troie pendant la retraite de ce héros et la vengeance terrible qu’il tire du meurtre de Patrocle son ami. On y admire la grandeur des conceptions, la beauté et la simplicité du plan, la hardiesse de l’imagination, la richesse et la sublimité des images.—Dans l’Odyssée, il raconte les aventures d’Ulysse errant de contrée en contrée après la prise de Troie, et le retour de ce prince dans son royaume d’Ithaque. Le plan en est régulier, l’imagination moins éclatante, mais un vif intérêt et une séduisante naïveté vous captivent.—Ces deux poèmes, en dehors de leur beauté intrinsèque, avaient pour les anciens le mérite de renfermer les traditions théologiques, les noms et l’origine des peuples, la description et la situation des pays, et, à ce titre, jouissaient chez eux, sous ces divers rapports, d’une grande autorité.
38, Sages.—Thalès, Solon, Bias, Chilon, Cléobule, Pittacus, Périandre; quelques-uns substituent à ce dernier Myson, d’autres Anacharsis, bien que celui-ci fût scythe; ils s’occupaient surtout de morale et de politique.
39, Archilochus.—Aussi méchant que licencieux dans ses poésies; il fut banni par plusieurs villes qui mirent ses écrits en interdit, et il finit par être assassiné; il était cependant tellement estimé pour ses talents poétiques, qu’on le regardait presque comme l’égal d’Homère; il ne reste de lui que quelques fragments de poésie.
39, Euripide.—Son style, modèle d’élégance, brille surtout par le pathétique; il fait exprimer à ses héros des maximes philosophiques d’une grande hardiesse. Il avait composé, dit-on, 84 tragédies; il ne nous en est parvenu que dix-neuf; les plus estimées sont Hécube, les Troyennes, Médée, Iphigénie en Tauride.
230,
21, Science.—Cicéron, Acad., II, 47.
232,
27, Infrasquer.—Du latin infrascare qui signifie couvrir de feuillages, d’où par métaphore, embrouiller, embarrasser.
31, Choisissiez.—Cicéron, Acad., II, 43.
234,
1, Panætius.—Montaigne continue de traduire Cicéron, Acad., II, 33.
8, Præoccupé.—Prévenu, rempli de préjugés.
17, Sustineatur.—Cicéron, Acad., I, 2.—Le texte porte assensio, au lieu de assertio, qui semble une erreur de copie.
236,
2, Naturelles.—Sextus Empiricus, Pyrrh. hypot., I, 6.
7, Pyrrho.—Les éd. ant. port.: ce que Laertius dict de la vie de Pyrrho et à quoy Lucianus, Aulus Gellius et autres semblent incliner, car ils, au lieu de: «ce qu’on... Ils».—Du temps de Julien, la plupart des écrits de Pyrrhon avaient déjà péri, et cet empereur s’en félicitait. Lebeau.
11, Souche.—Montaigne, qui se déclare ici ouvertement et avec raison contre cette aveugle insensibilité qu’on a attribuée à Pyrrhon, semble la reconnaître ailleurs (liv. II, ch. XXIX, II, 592), quoiqu’elle lui paraisse, dit-il, quasi incroyable.
17, Secte.—Ici encore l’auteur copie Cicéron, Acad., II, 31.
37, Deuement.—La complaisance avec laquelle Montaigne s’étend ici sur le Pyrrhonisme et conclut en sa faveur, montre bien qu’il est de cette école. Tous les principes qu’il expose comme étant ceux de ces philosophes sont les siens; cela ne fait pas doute pour qui est au fait de sa vie et auxquels les Essais sont quelque peu familiers; ce sont eux qui lui ont inspiré sa devise «Que sais-je?» que l’on retrouve un peu plus loin; il leur a même emprunté la leur «Ἐπέχω (je m’abstiens)». V. N. II, 276: [Que sçay-ie?]
238,
14, L’Ecclesiaste.—III, 22, et V, 17.
20, Troisiesme.—Les deux premières comprennent les Académiciens et les Sceptiques; la troisième, que Montaigne désigne sous le nom collectif de Dogmatistes, comprend les Péripatéticiens, les Stoïciens, les Épicuriens.
29, Sectateurs.—Des sectateurs de Platon, de qui est le Timée dont il vient d’être question, et non des Dogmatistes dont l’auteur semble, au début de l’alinéa, vouloir nous entretenir en détail; du reste le philosophe qu’il met en cause est Cicéron, qui était de l’école des Académiciens.
240,
6, Et si.—C.-à-d. Aristote est le prince des dogmatistes, et cependant nous apprenons de lui.
7, Doubter.—Cette pensée n’est pas d’Aristote; on l’attribue à Æneas Sylvius, qui a été pape en 1458, sous le nom de Pie II.
8, Escient.—Les éd. ant. aj.: (comme pour exemple sur le propos de l’immortalité de l’âme).
19, Difficulté.—L’obscurité,—pour en voiler leurs opinions (add. de l’éd. de 1588).
23, Estoit.—Cicéron, Acad., II, 45.
24, Facilité.—C.-à-d. c’est pourquoi Épicure a évité dans ses écrits d’être clair et facile à entendre.
25, Σκοτεινὸς.—Le ténébreux. Cicéron, De Fin., II, 5.
31, Cicero.—De Offic., I, 6.
35, Cyrenaiques.—Diogène Laerce, II, 92.—Secte de philosophes grecs qui avaient pour chef Aristippe de Cyrène (Afrique sept.), qui, après la mort de Socrate, dont il était un des disciples, fonda cette école, qui ne tarda pas à se fondre avec les Épicuriens. Dénaturant la morale de son maître, il plaçait le souverain bien dans les plaisirs des sens modérés par la raison.
37, Disciplines.—Diogène Laerce, VIII, 32.
39, Exercice.—Chrysippe, dans Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 25, dit le contraire de ce que Montaigne lui fait dire ici.
242,
9, Profuerunt.—Ici, comme en maintes autres, le texte de la citation est altéré.
10, Sçauoir.—Add. des éd. ant.: et par la philosophie.
13, Dubitateur.—Add. des éd. ant.: et ne rien établissant.
22, Asseuerante.—Chancelante et n’assurant rien.
22, L’est.—Pic de la Mirandole, un des disciples les plus fervents de Platon, à dix-huit siècles d’intervalle, après beaucoup d’efforts pour déterminer le but de chacun des dialogues de ce philosophe, fut obligé de convenir qu’il n’y en avait pas. Dans le traité des Lois, il est parlé de la nature de l’âme, de sa génération, de son immortalité; il est encore question de cette immortalité dans Phédon, le Phèdre et le Timée; il est parlé de géométrie dans le dialogue de Menon, qui est un discours sur la vertu, sur laquelle on trouve une digression dans celui d’Alcibiade, etc. etc. Payen.—On s’étonne quelque peu de voir cet admirateur sans égal de Montaigne relever chez un autre ce désordre littéraire, quand c’est là une des caractéristiques essentielles de son auteur de prédilection.
22, Disoit.—Dans le Théétète de Platon.
30, Engin.—Esprit; du latin ingenium.
31, D’autrui.—Socrate résumait son rôle, en se disant «Accoucheur d’esprits», avouant et rappelant ainsi la profession de sa mère qui, elle-même, était sage-femme. V. N. III, 576: [L’vn].
38, Prez.—Les éd. ant. port.: Chez qui se peut voir cela plus clairement, que chez nostre Plutarque? combien diuersement discourt il de mesme chose? combien de fois nous presente il deux ou trois causes contraires de mesme subiect, et diuerses raisons, sans choisir celle que nous suons à suiure, au lieu de: «Cela... prez» (lig. 36 à 38).
244,
5, Fantasies.—Socrate entendant Platon lire son dialogue de Lysis, ou de l’Amitié, se serait écrié: «Dieux! que de choses ce jeune homme me prête!» Et, en effet, Platon a mis sous le nom de son maître beaucoup de choses que celui-ci n’a jamais dites. Diogène Laerce.
26, Verité.—Add. de 88: Car au bout de ses discours, il venoit à s’escrier...
29, Elle est.—Cicéron, Acad., II, 5; Sextus Empiricus, Adv. mathem.
35, Bride.—Retenue; modération, comme port. les éd. ant.
36, Figues.—Le texte grec de Plutarque, Propos de table, I, 10, porte concombre au lieu de figue (ce qui du reste importe peu à la moralité de l’histoire); Montaigne a suivi ici la version française d’Amyot ou le latin de Xylander. Coste.
246,
3, Despita.—Add. des éd. ant.: et se mit en cholere.
26, Profession.—Ainsi s’exprime Cicéron, Acad., II, 41.
31, Soudainement.—Plutarque. Qu’on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d’Epicure, 8.—L’éd. de 88 aj.: comme fut Phaeton.
248,
1, Nombres.—Les Atomes, les Idées, les Nombres, sont des hypothèses diverses imaginées par ces philosophes pour expliquer, chacun à sa façon, leurs théories sur le système du monde; c’est du reste ce qu’indique la citation latine qui suit.
2, Sages.—Les éd. ant. port.: cleruoyans.
8, Contraires.—C’est l’idée du proverbe italien: «Se non e vero, e bene trovato (si ce n’est vrai, c’est bien trouvé).»
15, Religions.—Les éd. ant. aj.: car il n’est pas deffendu de faire nostre profit de la mensonge mesme, s’il est besoing.
20, A certes.—C.-à-d. comme certain.
26, Loix.—Les Lois, de Platon, traité sur les institutions à donner à un peuple.
31, Republique.—Liv. V. La République de Platon, traité sur la meilleure forme de gouvernement.
32, Piper.—D’où cette coutume, assez généralement existante dans les religions anciennes, de s’entourer de mystères et d’en tenir les profanes à l’écart. En Gaule, notamment, les Druides agissaient ainsi: ils cachaient avec soin au peuple les doctrines qu’ils s’étaient faites sur la terre et les cieux, ne les enseignaient qu’à leurs disciples sans les écrire, et il fallait à ceux-ci jusqu’à vingt années d’études pour acquérir toute cette science.
38, Academique.—V. N. II, 228: [Academiciens].
40, Belutez.—Etudiés, scrutés; bluter, c’est passer au blutoir (tamis pour séparer la farine du son).
250,
28, Sortables.—Montaigne (liv. I, ch. XXXI, I, 378) blâme l’usage «de chercher à affermir et appuyer nostre religion par la prospérité de nos entreprises; nostre créance, ajoute-t-il, a assez d’autres fondemens, sans l’authoriser par les euenemens».
36, Et.—Add. des éd. ant.: voylà pourquoi.
39, Excusable.—Saint Paul, ayant reçu mission du Saint-Esprit de prêcher les Gentils, était à Athènes (51). Conférant avec quelques philosophes épicuriens et stoïciens sur les idées qu’il venait propager, ceux-ci le menèrent à l’Aréopage pour qu’il y exposât sa doctrine, et là il s’exprima de la sorte: «Athéniens, lorsqu’en passant je regardais les objets de votre culte, j’ai aperçu un autel avec cette inscription: Au dieu inconnu; ce Dieu que vous adorez sans le connaître, c’est lui que je viens vous annoncer.» Actes des apôtres, XVII, 23.
40, Pres.—Approcha la vérité de plus près, en traça une image plus fidèle.—Adombra, mot latin francisé par Montaigne, de adumbrare, imiter, représenter.
252,
5, Numa.—D’origine sabine, Numa vivait dans la solitude et avait quarante ans, quand les Romains l’appelèrent au trône. Pas une guerre ne troubla son règne, tout entier voué à la législation et aux institutions religieuses. Il fonda des temples, donna des lois écrites, régularisa l’année qui jusque-là n’avait que dix mois et à laquelle il en donna douze, et répartit le peuple en corps de métiers. Pour faire adopter ses institutions, il feignait des révélations d’Egérie, nymphe révérée des Romains comme déesse des fontaines. Certains critiques modernes pensent que Numa n’a pas existé et qu’il n’est que la personnification de la législation religieuse et civile des Romains.
20, Effect.—La religion de Confucius observée en Chine est la religion des lettrés, ses pratiques extérieures ne sont que des formalités traditionnelles qui au fond lui sont étrangères; de fait, elle reconnaît un Dieu suprême, n’a ni dogmes, ni culte, ni prêtres, consiste uniquement en principes de morale qui ne le cèdent en rien à ceux de la religion chrétienne, et est peut-être celle qui se rapproche le plus de la religion idéale philosophique. Mais Montaigne est dans le vrai quand il estime qu’il faut aux peuples une religion qui les saisisse; et l’Église catholique avec son unité, le principe de l’amour du prochain qui en est la base essentielle, les espérances si consolantes, si bien conçues, pour aider l’homme à lutter contre ses mauvais instincts, à le soutenir contre les adversités auxquelles chacun est ou se croit plus ou moins en butte ici-bas, la confession qui lui rend la paix de la conscience quand il l’a perdue, ses cérémonies répétées, si bien ordonnées, tout à la fois simples et grandioses, si propres à saisir l’imagination et en même temps accessibles à tous, est incontestablement sous ce rapport la plus parfaite de toutes, lorsque ses ministres s’abstiennent de l’intolérance si peu dans l’esprit du Christ, si compatissant au contraire pour toutes les faiblesses humaines, à laquelle certains ont quelque propension et qui, à d’autres époques, en ont terni l’histoire.
D’une façon générale la religion qui répond à un des besoins essentiels de l’humanité (car à qui a la foi, elle donne un but à la vie), est un soutien et une consolation dans ses épreuves, en est aussi l’agent moralisateur par excellence, et personne jusqu’ici n’a rien trouvé en approchant qui comme efficacité soit de nature à lui être substitué. «S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer», a-t-on dit de Dieu; on peut en dire autant de la religion, et bien aveugles sont ceux qui le nient, bien criminels ceux qui la combattent. Si son action est bienfaisante, et en conscience le contraire n’est pas soutenable, qu’importe ce que sont ses dogmes et ses mystères! ses ennemis au nom de la raison les taxent de superstition, de mystifications, peut-être, mais qu’opposer à ce fait qu’il y a parmi les croyants autant d’intelligences supérieures que parmi ceux qui ne le sont pas?
De nos jours ces derniers, l’emportant dans les conseils du Gouvernement, dans l’espoir de la saper, après en avoir chassé les Congrégations religieuses enseignantes et hospitalières dont, à juste titre, ils redoutaient l’influence pour le triomphe de leurs idées, sont, dans leur aveuglement, arrivés à faire prononcer en France la séparation de l’Église et de l’État. Envisagée à ce seul point de vue, c’est là une lourde faute politique: l’État y perd la main-mise sur le clergé, qu’il avait du fait du Concordat; après quelques années d’épreuve, l’Église, devenue indépendante, sera plus forte que jamais, et aura acquis de pouvoir jouer un rôle politique considérable alors qu’auparavant elle n’en avait aucun. Quel sera ce rôle? Il est douteux qu’elle entre dans le jeu de ceux qui ne rêvent que sa ruine; conservatrice par essence, elle apportera aux conservateurs un point d’appui qui leur fait actuellement défaut, et son action pourra devenir prépondérante si elle a la sagesse de ne s’inféoder plus particulièrement à aucun des partis (monarchiques ou républicains) de cette nuance. Il lui suffira, pour cela, qu’après avoir, par les moyens dont elle dispose, fait de la propagande et stimulé le zèle électoral de tous ses fidèles, restant neutre entre tous les partis conservateurs jusqu’après le premier tour de scrutin, de propos délibéré elle agisse au second tour, avec toute son énergie, exclusivement en faveur de celui d’entre eux, quel qu’il soit, qui, au premier, aura obtenu la majorité, lui ralliant tous ceux sur lesquels son influence a action.
20, Celles.—Des divinités.—Dans les éd. ant. cette phrase suit immédiatement celle où il est parlé de la divinité inconnue à Athènes, ce qui explique l’interruption d’idée que le texte présente.
21, Requis.—Add. des éd. ant.: pour la conception du peuple.
23, Soleil.—De toutes les idolâtries, celle du soleil passe pour la plus ancienne, et, comme le dit Montaigne, c’est la plus naturelle. Encore au VIIe siècle, les Perses adoraient le Soleil; son culte, d’où découle celui du feu observé par les sectateurs de Zoroastre, subsiste encore en certains lieux de l’Asie centrale; dans le nouveau monde les Péruviens, les Natchez le pratiquaient; par contre les Hottentots adoraient la Lune.
42, Thales.—Cette analyse de la théologie païenne est extraite surtout de Cicéron, De Nat. deor., I, 10, 11, 12, etc.
256,
1, Iupiter.—Ou Zeus; le dieu suprême, père et maître des dieux et des hommes chez les Romains, comme chez les Grecs. Il était fils de Saturne et vainquit les Titans qui avaient détrôné son père qu’il rétablit sur le trône, et qu’il renversa lui-même plus tard, pour se partager l’empire du monde avec ses frères Neptune et Pluton, donnant au premier les mers, au second les enfers, et se réservant le Ciel et la Terre. Il épousa sa sœur Junon, dont le caractère altier lui causa bien des ennuis, et eut une foule de maîtresses tant parmi les déesses que parmi les mortelles. Vulcain, Bacchus, les Muses, Apollon et Diane, Mercure, Hercule, Minerve et nombre d’autres étaient ses enfants. Il est représenté sur un trône, tenant d’une main un sceptre, de l’autre lançant la foudre; à ses pieds un aigle déployé. Le chêne lui était consacré; ses temples les plus célèbres étaient ceux de Dodone et d’Olympie en Grèce, d’Ammon en Libye et le Capitole à Rome.
19, Genus.—Ennius, cité par Cicéron, De Divinat., II, 50.
23, Miennes.—Les mœurs et les idées qui diffèrent des miennes.
32, L’ancienneté.—Les éd. ant. port.: car d’adorer celles de nostre sorte, maladiues, corruptibles et mortelles, comme faisoit toute l’ancienneté, des hommes qu’elle auoit veu viure et mourir, et agiter de toutes nos passions, au lieu de: «Parquoy... ancienneté».
33, Discours.—C’est ce que même la faiblesse de notre raison ne peut excuser.
258,
20, Isis.—Sérapis, dieu égyptien en lequel ses adorateurs voyaient le dieu suprême, celui qui ressuscite et donne la vie et la santé; on l’identifie parfois avec Osiris, et il semble que ce soit le cas de Montaigne. Isis était sœur et femme d’Osiris; l’Égypte célébrait en son honneur des mystères qui se répandirent dans la Grèce et l’Italie.—En réalité Osiris et Isis, avant d’être déifiés, auraient été, croit-on, des souverains qui avaient régné sur l’Égypte et y avaient fait fleurir l’agriculture; le bœuf Apis, qui y était adoré, semble n’avoir été qu’un emblème rappelant ce règne bienfaisant.
23, Varro.—Cité par S. Augustin, De Civ. Dei, XVIII, 5.
26, Cicero.—Tusc., I, 26.
33, Pluton.—Ou plutôt prairie où, suivant Platon, au sortir du corps, toutes les âmes vont séjourner plus ou moins longtemps d’après ce qu’ont pu rendre nécessaire, pour se purifier, leurs faits et gestes en ce monde. Deux chemins en partent: l’un conduit au Tartare (partie de l’Enfer des anciens où les méchants subissaient la peine due à leurs crimes), l’autre aux îles fortunées; c’est en somme la conception, sous une forme plus anodine, du Purgatoire de la religion chrétienne. Plutarque appelle de ce même nom et donne cette même affectation à l’espace entre la terre et la lune, où, suivant lui, les âmes viennent après la mort et d’où, après une pénitence suffisante, celles des bons se rendent dans les régions visibles de la lune, et celles des méchants dans les régions invisibles.
260,
17, Ce qu’elle peut.—Var. des éd. ant.: nous sçauons la foiblesse et incapacité de nos forces.
29, S. Paul.—Lettre aux Corinthiens, I, 2, 9, d’après Isaie, LXIV, 4.
35, Hector.—Participa avec gloire au siège de Troie où il soutint de nombreux combats contre les plus redoutables guerriers grecs; tua plusieurs de leurs chefs, entre autres Patrocle, l’ami d’Achille, et périt lui-même sous les coups de ce dernier, sorti de son inaction pour venger son ami. Achille vainqueur attacha son cadavre à son char et le traîna trois fois autour des murs de la ville; il consentit cependant à rendre ce corps à Priam venu pour l’implorer; ces faits et la colère d’Achille qui les a précédés sont le sujet principal de l’Iliade.
262,
4, Ny que... nous.—Var. des éd. ant.: et qu’il souffre pour luy? et.
12, Premier.—Pline, Nat. Hist., X, 2.—Le phénix était un oiseau fabuleux qui, suivant les anciens, était unique en son espèce, vivait plusieurs siècles, se faisait périr sur un bûcher et renaissait de ses cendres.
40, Luy.—Selon l’expression du pape S. Calixte et de S. Augustin que le concile de Trente a adopté, «Dieu couronne ses dons, en couronnant nos mérites».
43, Faillir.—«Pourquoi nous as-tu fait fourvoyer, ô Eternel, hors de tes voyes, pourquoi as-tu estrangé nostre cœur de ta crainte?» Isaie, traduction de Calvin.
264,
14, Plutarque.—Dans le traité: Pourquoi la justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices, 4.
20, Cognoissance.—De nos jours, on n’hésite cependant pas, en France, à faire de pareils gens ministres de la guerre et de la marine et eux-mêmes ne doutent pas un instant être à hauteur de leur tâche et les voilà jouant avec la plus entière conviction le rôle de la mouche du coche, avec cette différence toutefois que leur action, moins anodine, s’exerce surtout sur le personnel qu’ils bouleversent, sans la moindre conscience, au gré de leurs passions politiques. Pour le reste, la machine, il est vrai, continue à fonctionner en vertu de la vitesse acquise; les conséquences de leur direction nulle ou néfaste ne se font sentir qu’à la longue, alors qu’en a déjà disparu la cause; mais le mal est fait, l’aiguillon demeure dans la plaie! Puissent les événements, par de trop cruelles épreuves, ne pas ouvrir trop tardivement nos yeux sur le danger que présentent pour le pays ces atteintes flagrantes au bon sens.
29, Sempronius.—En 196.—Tite-Live, XLI, 16.
32, Minerue.—Tite-Live, XLV, 33. A Amphipolis, en 168, lors des fêtes données pour célébrer la défaite de Persée et la pacification de la Grèce; mais les armes seules des ennemis furent brûlées, les autres dépouilles furent envoyées à Rome et les masses de numéraire, lingots et objets d’orfèvrerie versés au Trésor étaient si considérables que les citoyens romains ne payèrent plus, dit-on, d’impôt jusqu’à l’an 44, c.-à-d. pendant plus d’un siècle.
35, Aussi.—«A l’embouchure de l’Indus, Alexandre s’avança au delà et en pleine mer sacrifia aux dieux et précipita dans les flots les taureaux immolés à Neptune et les coupes d’or qui ont servi aux libations, demandant aux dieux de protéger le voyage que Néarque va entreprendre dans le golfe Persique.» Arrien, VI, 19.—Aucun historien ne parle des sacrifices humains ou boucheries d’hommes, que lui prête Montaigne.
40, Vmbris.—Pallas, fils d’Évandre, roi du Latium, allié d’Énée, ayant été tué par Turnus, roi des Rutules, que la jalousie avait armé contre ce dernier, celui-ci, après lui avoir fait de magnifiques funérailles, comprenant les sacrifices dont il est ici question, vengea sa mort en tuant Turnus. Ce sujet est le thème des six derniers livres de l’Énéide.
266,
1, Getes.—Hérodote, IV, 94.
10, Amestris.—Plutarque, De la superstition, 13; Hérodote, VII, 114.—Amestris était la femme et non la mère de Xerxès; celle-ci était Atossa, fille de Cyrus.
14, Themixtitan.—Ou plutôt Tenuxtitlan, pris souvent pour une divinité, est l’ancien nom de Mexico; ce nom de Mexico (source d’eau) n’était alors lui-même que celui d’une partie de la ville, les Espagnols l’ont appliqué à la ville entière.
16, Innocence.—Ces sacrifices humains, d’enfants et autres, étaient fréquents chez les Mexicains; en une seule fois, rapportent les chroniques, auraient été immolés douze mille prisonniers de guerre. Au début de la conquête, des blancs, faits prisonniers ou dont les indigènes s’étaient emparés par surprise, furent sacrifiés de la sorte. Dans certains temples, on nourrissait parfois une année durant, un esclave qui représentait l’idole principale et qui, après avoir joui tout ce temps de l’adoration, était sacrifié à la fin de son règne. Herrera et autres.
18, Carthaginois.—Plutarque, De la superstition, 13.
22, Lacedemoniens.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens, vers la fin.
25, Gratifier.—Add. des éd. ant.: l’ouurier par la ruyne de son ouurage, et.
27, Coulpables.—Préserver les coupables de la peine qu’ils avaient méritée.
30, Commises.—V. N. I, 24: [Dueil].
33, Et ces... ennemis.—Var. de 88: Et que Decius pour acquerir la bonne grace des dieux, enuers les affaires Romaines, se brulast tout vif en holocauste à Saturne, entre les deux armées.
33, Decius.—Décius, consul romain, dans une bataille qu’il livra aux Latins, se voua aux dieux infernaux, sur la foi d’un oracle, pour assurer la victoire à son armée, et se jetant au milieu des rangs ennemis, y périt sous leurs coups (341). Son fils et son petit-fils imitèrent son dévouement: le premier, dans une bataille livrée aux Samnites (295); le second, dans la guerre contre Pyrrhus (279).—Codrus, le dernier roi d’Athènes, se sacrifia de même dans une guerre contre les Ioniens, un oracle ayant déclaré que l’avantage demeurerait à celui des deux peuples dont le chef serait tué (1132).
268,
9, Poisson.—Hérodote, III, 41 et 42.—La mauvaise fortune que Polycrate avait si infructueusement tenté de conjurer, finit par l’atteindre: alors qu’il méditait la conquête de l’Ionie, il fut pris par trahison et mis en croix (524).
11, Mahometans.—Les Corybantes étaient les prêtres de Cybèle dont ils célébraient le culte, de la façon la plus bruyante et la plus désordonnée, hurlant et allant jusqu’à se déchirer dans leurs accès de frénésie (V. N. II, [594]).—Les Ménades ou Bacchantes célébraient le culte de Bacchus, leur dieu, par des orgies où elles se livraient à des transports furieux de même ordre.—De nos jours encore, chez les Mahométans, les Aissaoua en Afrique, les Fakirs en Orient et surtout dans les Indes, se soumettent aux jeûnes les plus austères et aux tortures les plus affreuses pour mériter la félicité éternelle et la vénération de leurs coreligionnaires.
20, Mastiner.—C.-à-d. de mutiler son corps, le rendre incapable des fonctions qui lui appartiennent, fonctions purement matérielles et soumises par leur nature à la direction de l’âme, et cela pour épargner à celle-ci...
33, Interest.—Préjudice.
270,
2, Cela.—Diogène Laerce, II, 117.
26, Seiour.—Sans jamais se reposer.
32, Attaquent.—Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: attachent.
272,
14, L’asseure.—Dans le Timée.
23, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 85.
29, Ceres.—Bacchus répandit, parmi les hommes, la culture de la vigne; Cérès leur enseigna l’agriculture.
29, Herodote.—Les dires qui suivent sont tirés de Pline, VII et VIII, et d’Hérodote, III et IV; mais, en les rapportant, ils ne les présentent que comme des on-dit, et déclarent en même temps ne pas y croire; Pline ajoute même que, si on les admettait, il faudrait également ajouter foi à tous les contes dont la fausseté a été avérée depuis tant de siècles.
34, Pates.—Pline estime que ce doit être une espèce de singes.
40, Feu.—Dans les îles Mariannes, dans le Grand Océan, découvertes par Magellan en 1521, les habitants, outre quantité de choses que nous croyons nécessaires à la vie, qui leur manquaient, n’avaient jamais vu de feu; ils ignoraient également qu’il y eût d’autres terres et se regardaient comme les seuls hommes qui fussent dans l’univers.
41, Noire.—Un curieux et habile anatomiste, dit Hérodote, m’a assuré que le fait était absolument faux.
42, Hommes.—Il est vraisemblable que ces transformations étaient produites tout simplement parce que ces gens se vêtissaient une partie de l’année de peaux de loup et de cheval.
43, Plutarque.—Dans son traité De la face de la Lune; Pline, VII, 2.
44, Odeurs.—Plutarque en effet, et Pline avec lui, parlant sur la foi de Mégasthène, disent qu’à l’extrémité des Indes, près des sources du Gange, il y a une peuplade qui n’a point de bouche, ce qui les fait nommer «Astômes»; ils sont tout velus, et ne mangent ni ne boivent; ils font brûler une certaine racine qui se trouve dans le pays et se nourrissent du parfum qui s’en exhale, qu’ils respirent par les narines.
274,
14, N’auoit.—Add. des éd. ant.: ny force, ny cognoissance.
16, Noire.—Cicéron, Acad., II, 23 et 31; Galien, II, 1; Lactance, Div. Instit., III, 23; etc. Dans des temps plus rapprochés, un Allemand, Voigt, a publié aussi une dissertation Adversus alborem nivis (contre la blancheur de la neige).
18, Dire.—Cicéron, Acad., II, 23; Sextus Empiricus, Hyp. Pyrrh.
21, Ἔστι.—Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.—Cette pensée d’Euripide a été utilisée, comme forme et comme fond, par Arnobe, Descartes, Bossuet, Pascal et d’autres: «Ce que l’on appelle veiller (être éveillé), n’est peut-être qu’une phase du sommeil perpétuel.» Arnobe.—«Qui sait si cette autre partie de la vie où nous pensons veiller, n’est pas un autre sommeil, peu différent du premier.»
24, Eloise.—Eclair. Le mot est encore employé couramment dans les campagnes du S.-O. de la France; vient du latin elucere, briller, comme le mot éclair lui-même.
29, Melissus.—Diogène Laerce, IX, 24.
32, Protagoras.—Diogène Laerce, IX, 51; Sénèque, Epist. 99.
35, Mansiphanes.—Sénèque, Epist. 88.—Est mis ici, par erreur de typographie, pour Nausiphanez, rectification que porte l’ex. de Bordeaux.
276,
2, Comprins.—Cicéron, Acad., II, 37; Sénèque, Epist. 88.
3, Il m’a.—Dans les éd. ant. ce passage commence par cette précaution oratoire: Ie ne sais si la doctrine Ecclesiastique en iuge autrement, et me soubs-mets en tout et par tout à son ordonnance, mais il m’a.
11, Grammariens.—C.-à-d. viennent du fait des grammairiens; sont «question de mots», dirions-nous aujourd’hui.—Cette influence omnipotente de la grammaire, Molière, dans Les femmes savantes, la signale de la sorte:
«La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois,
Et les fait, la main haute, obéir à ses lois.»
«Quelque étrange que cette assertion puisse paraître, dit de son côté Mgr Dupanloup, Discours de réception à l’Académie française, je ne crains pas d’affirmer que la grammaire et le dictionnaire sont deux colonnes de la raison et de la société humaine.»
16, Hoc.—Mot latin qui signifie «ceci», et par lequel commence la formule de la consécration dans le sacrement de l’Eucharistie: «Hoc est corpus meum (ceci est mon corps).»—Allusion de Montaigne à la querelle sur ce point des catholiques et des protestants, ceux-ci niant la transsubstantiation, autrement dit le changement qui s’opère en ce moment du pain et du vin en la substance même du corps et du sang de N.-S. Jésus-Christ.
Boileau, dans sa Satire XII, Sur l’Équivoque, qui traite précisément de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire qui fut frappée d’interdit et ne parut qu’après la mort de l’auteur), celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au IVe siècle, entre les orthodoxes disant que le Fils est de même substance que le Père «homousios», et les Ariens soutenant qu’il est d’une substance semblable «homoiousios», mots qui ne diffèrent que par la diphtongue oi, qui manque dans le premier et se trouve dans le second, a dit:
«Et l’Eglise elle-même eut peine à s’en sauver...
Lorsque attaquant le Verbe et sa divinité,
D’une syllabe impie, un seul mot augmenté
Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières
Et fit du sang chrétien couler tant de rivières!»
Il avait d’abord écrit:
«Tu fis dans une guerre et si triste et si longue,
Périr tant de chrétiens, martyrs d’une diphtongue.»
21, Donc.—C’est le raisonnement désigné en scolastique sous le nom de «Sophisme du menteur», attribué par les uns à Zénon (Cicéron, Acad., II, 29; Aulu-Gelle, XVIII, 2; etc.), par d’autres à Épaminondas, et qui a été le sujet de discussions innombrables: «Tu dis que tu es un menteur; si tu dis vrai, tu mens; si tu mens, tu ne dis pas vrai; donc tu n’es pas un menteur.»
36, Que sçay-ie?—Cette devise et la balance en équilibre, sont devenues l’épigraphe des Essais. Elles figurent pour la première fois dans l’édition de 1635, au-dessous du portrait de Montaigne. Elles caractérisent du reste parfaitement sa philosophie, que peint également bien cette maxime qu’il avait inscrite en grec sur les solives de sa bibliothèque: «Il n’est point de raisonnement auquel on ne puisse opposer un raisonnement contraire.» C’est ce «Que sçay-ie?» qui indignait si fort Pascal et lui a fait dire en parlant de Montaigne: «Il met toutes choses dans un doute si universel et si général, que l’homme doutant même s’il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos, s’opposant également à ceux qui disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l’est pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute de soi, et dans cette ignorance qui s’ignore, que consiste l’essence de son opinion. Il ne peut l’exprimer par aucun terme positif; car, s’il dit qu’il doute, il se trahit en assurant au moins qu’il doute, ce qui étant formellement contre ses intentions, il en est réduit à ne s’expliquer que par interrogations, de sorte que, ne voulant pas dire: «Je ne sais», il dit: «Que sais-je?» de quoi il a fait sa devise, en la mettant sous les bassins d’une balance, lesquels pesant les contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre; en un mot, il est pur Pyrrhonien.»—Et, ce disant, Pascal était bien dans le vrai, car non seulement Montaigne était pyrrhonien, mais il en a convenu: Lors de la reconstruction de son château, après l’incendie de 1885, on a trouvé dans les décombres un jeton de cuivre dont l’empreinte figure au Musée de Périgueux et porte: sur une face les armes de Montaigne entourées du collier de Saint-Michel et l’exergue «Michel, seignevr de Montaigne»; au revers, dans un écu, une balance dont les plateaux sont horizontaux et la légende «42. 1576 Ἐπέχω» (Je m’abstiens), qui est précisément le mot d’ordre et le principe essentiel de l’école des sceptiques: le chiffre 42 indique l’âge que Montaigne avait alors, en 1576.—Une autre épigraphe: «Vires acquirit eundo (ses forces s’accroissent au fur et à mesure qu’il va)», se trouve sur une édition de 1598 et un grand nombre d’autres subséquentes. Elle est écrite de la main même de l’auteur sur l’exemplaire de Bordeaux qui devait servir à la réimpression de l’ouvrage, et cependant elle n’a été reproduite ni sur l’édition de 1595, ni sur celle de 1635, ce qui porte à croire que les éditeurs posthumes de Montaigne, s’inspirant probablement de sa pensée qu’ils avaient été à même de connaître, ne l’ont considérée que comme une idée à laquelle, à la réflexion, il n’aurait pas été donné suite; si exacte fût-elle, puisque le texte primitif allait toujours en augmentant, appliquée à son œuvre par l’auteur lui-même, elle eût dénoté par trop de prétention, escomptant par avance une vogue qui n’est venue que notablement plus tard.
278,
2, Irreuerence.—Dont il est question plus haut: «Dieu ne peut faire ceci ou cela.»
6, Ancien.—Cet ancien c’est Pline, II, 7, dont Montaigne, dans les éd. ant., avait inscrit le nom que, finalement, il a rayé.
28, Point.—Ne le comprend point.—Du temps de Montaigne, le mot appréhender, du latin apprehendere, prendre, saisir, n’était employé que dans ce sens et absolument inconnu dans celui de craindre qui, aujourd’hui, a tendance à prédominer.
32, Poix.—Montaigne, en philosophe, contredit ici l’auteur qu’il a traduit et qu’il dit défendre: «L’homme, dit très orthodoxement Sebond, est, par sa nature, en tant qu’homme la véritable et vivante image de Dieu; de même que le cachet marque son empreinte sur la cire, Dieu a empreint en l’homme sa ressemblance, etc...»
38, Encore.—C.-à-d. et je désire qu’aucun chrétien ne fasse comme eux.
40, Yeux.—Et mesurer à nostre mesure, ajout. les éd. préc.
41, Nostres.—C.-à-d. chrétien comme nous. Il s’agit ici de Tertullien, dans ce passage si connu et si souvent cité dans les discussions théologiques: «Quis negat Deus esse corpus, etsi spiritus sit? (Qui peut nier que bien qu’esprit, Dieu n’ait aussi un corps?)» ce qui, à tout prendre, n’est qu’une assertion de rhéteur qui n’éclaire en rien la question.
280,
1, Curant.—Cicéron, De Nat. deor., III, 35.—Ce que ce même auteur a encore exprimé sous cette autre forme plus connue: «De minimis, non curat prætor (le préteur [magistrat romain qui, dans les provinces, était investi de tous les pouvoirs] ne s’occupe pas des détails)»; maxime favorite de bien des paresseux et de bien des ignorants, portés à en faire l’excuse de leur paresse et de leur ignorance, par une application abusive et aussi une traduction fautive, pour être trop littérale, son vrai sens étant: Le préteur ne se laisse ni absorber ni arrêter par les détails, une fois sa décision prise et l’action en train.
26, S. Paul.—Ep. aux Romains, I, 22 et 23.
34, Faustine.—Hérodien, IV.—C’est par ironie que Montaigne l’appelle «honneste femme»; ses débauches n’étaient ignorées, dans l’empire, que de Marc-Aurèle, son mari.
35, Cheuremorte.—Porter quelqu’un ainsi, c’est le porter sur le dos, ses bras entourant le cou, ses jambes, que l’on soutient, enserrant le corps de celui qui porte.
282,
9, Offre.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
10, Douzaines.—La Bruyère a exprimé la même pensée: «Faites donc seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie, tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La Bruyère.
10, Trismegiste.—Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte, et que l’on place dans le XXe siècle. Il existait sous son nom quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et scientifique des premiers temps de l’Égypte.
13, Faire.—Asclepius dialog., ap. Apuleium.
17, Animal.—Animé.—Cicéron, De Nat. deor., III, 13, 14; tous les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12, 16, etc.
284,
1, Imbecillité.—De faiblesse, d’imperfection.
8, Desbastiment.—Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour et contre la divinité, se forgent...
10, Estirons.—Étendons, allongeons.
21, Mont Senis.—Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro (6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en Asie, la plus haute montagne du globe.—Quant à la profondeur des mers, on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.
22, Astrolabe.—Instrument pour mesurer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon.
27, Temple.—Le fait, rapporté par Josèphe, Ant. jud., XVIII, 4, qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en raison de la violence de son amour.
38, Diuins.—Plutarque, Romulus, 3, qui donne Taruncius, qu’il nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.
39, Estoc.—Des deux côtés, du côté paternel et maternel.—Estoc, ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière rapporte son commencement. Nicot.
286,
2, Neptune.—Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.
4, Platon.—Plutarque, Symposiaques, VIII, 1, rapporte que, d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu, dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi Diogène Laerce, III, 2.—C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle, à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.
11, Langue.—Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu, disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.
23, Figure.—Cicéron, De Nat. deor., I, 18.
26, Xenophanes.—Eusèbe, Prép. évang., XIII, 13.
28, Nous.—Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»
36, Mangent.—Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en opposition complète avec Sebond, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme): Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité, ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale, et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi tu esiouis tes esprits, etc...»—Bossuet, critiquant sur ce point la manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion, prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison: «Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner; ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève, ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin, s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»
38, Region.—Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe, au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi magnifiquement et de tant faire pour moi!»
288,
11, Veteris.—Telluris iuvenes, les Enfants de la Terre, appelés aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale, qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes volcaniques. Myth.
17, Tenet.—Neptune avait construit les murs de Troie; mais le salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de Pâris. V. Lex., Scæes.
22, Territoire.—Hérodote, I, 172.
23, Necessité.—C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et répartie suivant nos besoins; l’un guérit...—On peut en dire autant des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos jours.
28, Ponant.—Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe siècle.
35, Venerandus.—Le texte d’Ovide ajoute erat, addition qui figure également sur la plupart des éditions modernes.
41, Mille.—Ce renseignement paraît tiré d’Hérodote, Opera et Dies, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment par Maxime de Tyr, qui dit qu’ils sont innombrables, et par Varron.—On estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.
290,
5, Physiciens.—Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée parfois, dit-on, en Angleterre. Payen.
9, Chrysippus.—Plutarque, Des communes conceptions, etc., 27.
13, Creten.—Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. Myth.
18, Fallitur.—S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures, gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors, chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.
21, Phaeton.—Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée, les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en foudroyant l’imprudent conducteur.
25, Fer, et.—L’ex. de Bordeaux aj.: auecq Anaxagoras.—Xénophon, Memor., IV, 7, 7; Plutarque, De Plac. phil., II, 20.
26, Dit-il.—Cicéron, De Nat. deor., II, 22.
32, Socrates.—Xénophon, Mém. sur Socr., IV, 7, 2.
34, Polyænus.—Cicéron, Acad., II, 38.
37, Xenophon.—Mémoires sur Socrate, IV, 7, 6 et 7.
292,
1, Perscrutent.—Qui recherchent, scrutent; mot forgé par Montaigne, du latin perscrutari, chercher, rechercher avec soin, examiner à fond.
7, Herbes.—Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions. Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le soleil.
8, Point.—Ce n’est pas précisément sur les questions de science, auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande sœur et presque encore en enfance.
24, Ordo.—Citation empruntée à la description du char du Soleil.
29, Platon.—République, X, 3.
34, Acceptat.—Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas textuelle.—Les cinq zones dont il est ici question, environnant le monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze constellations. V. N. I, 254: [Aqua].
294,
1, Ainigmatique.—Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».
9, Descousu.—Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de miracles; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.—Timon est un poète satirique, cité par Diogène Laerce, dans sa Vie de Platon.
16, Empruntée.—Sous François II, Montaigne étant encore enfant, les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté; les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. Essais historiques sur Paris, 1757.—Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai, que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour faire bouffer leurs robes?
19, Epicycles.—Cercles dont les centres se meuvent sur la circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de ces mouvements.
20, Astrologie.—Du temps de Montaigne, on entendait par là l’astronomie.
22, Subject.—S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.—Alphonse, roi de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.
25, Platon.—Dans le Timée.
32, Rauissement.—Rétrogradation, trépidation, ascension sont autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée, qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde: reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.
34, Petit monde.—En grec: microcosme.
39, Ame.—Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois. C. de M.
296,
1, Imaginaire.—Une république, un gouvernement imaginaire.
9, Condonons.—leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du latin condonare, accorder, pardonner, remettre.
21, Pieds.—Platon, qui dans le Théétète conte ce fait, dit seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir fourni à La Fontaine le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits», où il dit:
«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»
et encore:
«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères
Ce pendant qu’ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»
24, Plagas.—Cette critique présentée par Montaigne, comme émise par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci et est dirigée contre le premier.—Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) La Fontaine reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se perd dans les cieux.»
27, Platon.—Dans le Théétète, là même où il est question de l’accident de Thalès.
42, Congé.—Autorisation, permission.
298,
6, Faucée.—Du latin fauces, entrée, avenue, défilé, brèche, pénétration.—Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard, que du temps de Montaigne.
8, Sçeu.—Les éd. ant. aj.: comme dict Salomon.
9, Pline.—Nat. Hist., II, 37.
9, S. Augustin.—De Civ. Dei, XXI, 10.
33, Autre.—L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629, cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique reçue par l’Église. Bayle.
300,
1, Diogenes.—Diogène d’Apollonie. Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., III, 4.
9, Priuation.—Montaigne énumère ici les principes essentiels que chacun des philosophes qu’il mentionne avait imaginés pour expliquer le système du monde:—Platon admettait l’existence de certains types ou modèles qu’il appelait Idées;—Épicure expliquait tout par le concours fortuit des Atomes;—Leucippe et Démocrite, par le Vide et les Atomes en nombre infini doués d’un mouvement éternel;—Thalès posait comme principe matériel de toutes choses l’Eau ou l’état liquide, et y ajoutait l’esprit comme principe moteur;—pour Anaximandre, c’était l’Infini;—pour Diogène d’Apollonie, c’était l’Air;—pour Pythagore, les Nombres; le monde lui-même n’était qu’un tout harmonieusement composé;—pour Parménide, il n’existait qu’un être, unique, immuable, infini;—Anaxagore estimait qu’à l’origine, tous les éléments, en nombre infini, étaient confondus, et que c’est par l’intervention d’une intelligence suprême qu’avait eu lieu la séparation des éléments hétérogènes et l’assemblage des éléments similaires.—Empédocle admettait quatre éléments: le feu, la terre, l’air et l’eau, et deux causes premières: l’amitié qui les unit, la haine qui les sépare;—pour Héraclite, il n’existait qu’un principe, le feu, mais un feu pur et subtil, bien différent de celui que nous voyons;—enfin Aristote, estimant que les points de vue sous lesquels toute chose peut être envisagée se réduisent aux éléments dont elle est composée, à sa nature intime ou essence, à sa cause et au but ou fin vers laquelle elle tend, distinguait quatre principes: la matière, la forme, la cause efficiente et le principe final, lesquels doivent se retrouver partout et que la philosophie a pour mission de déterminer.
15, L’escole.—Aristote, dont les éd. ant. mettent le nom.
21, Boule-veuë.—A première vue; comparaison tirée du jeu de boules. Jouer à boule-vue, c’est agir sur un simple coup d’œil jeté sur le jeu sans se donner le temps d’apprécier la distance ni de calculer ce qu’il y a de mieux à faire.
26, Volonté.—«Appartenir à une école, c’est en épouser nécessairement les préjugés et le parti pris.» Le Bon. Cela est vrai aussi bien en politique qu’en scolastique.
302,
9, Philodoxes.—Platon, Rép., V (vers la fin), les définit ainsi: Gens qui se remplissent d’opinions dont ils ignorent les fondements, qui s’entêtent de mots, qui n’aiment et ne voient que les apparences des choses.
15, Philosophique.—Il ne saurait cependant à de semblables propos, être fait de réponses plus probantes.
40, Essais.—C’est aller un peu loin que de vouloir d’un philosophe qu’il connaisse le pourquoi et le comment de toutes choses; il observe, cherche à se rendre compte de tout, mais ne saurait être tenu d’en donner, quand même, une explication.
304,
15, L’aimant.—Diogène Laerce, I, 24.—Combien aujourd’hui avec ce que nous connaissons de l’électricité, qui n’est du reste qu’une forme particulière du magnétisme ou aimantation, s’affermirait en eux cette idée, bien moins singulière à la réflexion qu’elle ne semble de prime abord.
22, Dicæarchus.—C.-à-d. la raison humaine a appris à Cratès et à Dicéarque qu’il n’y avait absolument point d’âme et que le corps s’ébranlait, etc. Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., II, 5; Cicéron, Tusc., I, 10.
24, Platon.—Lois, X.
25, Repos.—Thalès ajoutait: «et qui se meut de soi-même». Plutarque, De Plac. phil., IV, 2; là, se trouve également rapportée l’opinion d’Asclépiade.
27, Parmenides.—Macrobe, in Somn. Scip., I, 14.
27, Empedocles.—Cicéron, Tusc., I, 9.
27, Sang.—Certains font dériver le mot latin anima, âme, du grec αἷμα, qui signifie sang.
29, Posidonius.—Diogène Laerce, VIII, 156.
30, Chaleureuse.—Galien, tout en admettant cette idée, déclare qu’en fin de compte il n’ose rien affirmer sur la nature de l’âme.
32, Hippocrates.—Macrobe, in Somn. Scip., I, 14.
32, Varro.—Lactance, De Opif. Dei, 17.
35, Elemens.—Suivant Zénon, l’âme est du feu; et cette idée qu’elle est la quintessence des quatre éléments que lui attribue Montaigne, est d’Aristote qui, au dire de notre auteur, quelques lignes plus loin, se serait tu sur sa nature. Cicéron, Tusc., I, 10.
35, Ponticus.—Stobée, Eclog. phys., I, 40.
35, Xenocrates.—Macrobe, in ">Somn. Scip., I, 14.
40, Aristote.—S.-ent. qui définit l’âme.
41, Entelechie.—Mot grec signifiant «la perfection». Cicéron, Tusc., I, 10.
306,
2, Lactance.—De Opif. Dei, 47, au commencement.
3, Seneque.—Nat. quæst., VII, 14.
6, S. Bernard.—Lib. de anima, I.
8, Heraclitus.—Diogène Laerce, IX, 7.
11, Essence.—Qu’est-ce que l’âme? disons-nous à notre tour. C’est le principe de la vie, ou encore, d’après nos dictionnaires, l’ensemble des facultés morales et intellectuelles de ce qui a vie. Mais ce ne sont là que des effets et ils n’en expliquent pas la production. De fait, nous nous trouvons en présence d’un de ces infinis problèmes que notre intelligence n’arrive pas à résoudre, et si nous tentons de l’élucider, il nous faut, comme en tant d’autres choses, déduire l’inconnu du connu. Or les manifestations de l’âme ne prennent naissance en nous que peu à peu; au début de l’existence, rien n’apparaît; c’est ensuite l’instinct, c’est-à-dire une action irréfléchie, qui se montre seul; puis, en germe, chez l’homme, du moins, parce que son organisme le comporte, tout ce qui compose l’âme telle que nous la concevons dans l’être humain: la notion du bien et du mal, les vertus et les vices, toutes les qualités bonnes ou mauvaises, les affections, les répulsions ainsi que la volonté, la mémoire, l’intelligence, la raison, la réflexion qui les mettront en œuvre, variables chez chaque individu suivant la conformation de son cerveau, qui est l’organe qui en est le point de départ et dont un rien congénital ou accidentel suffit à différencier toute la vie durant ou momentanément l’homme de génie de l’imbécile, le fou du sage, le criminel de l’honnête homme, ce que du reste le bon sens populaire rend si exactement quand il dit de quelqu’un qui n’est pas comme tout le monde, qu’il lui manque une case; et cet ensemble grandissant ensuite peu à peu, s’épanouissant au fur et à mesure que le corps lui-même se développe; et, chez tous, reposant quand il repose, s’oblitérant plus ou moins quand il est malade, mourant quand il meurt, l’abandonnant la plupart du temps partiellement avant même que la vie n’ait pris fin, dès que la désagrégation commence.—Qu’en conclure, sinon que l’âme est essentiellement fonction de l’être, qu’elle ne fait qu’un avec lui, qu’elle est une conséquence de son organisation à laquelle elle ne survit pas? Pas plus que lui elle ne vient du néant, ni n’y retourne, mais, comme lui, elle se forme et se transforme, telles l’électricité, la chaleur, la lumière qui partout, à l’état latent, apparaissent ou disparaissent suivant que les éléments d’où elles naissent sont dans telles ou telles conditions; tel encore par exemple le fer qui, dans le minerai, échappe à notre vue et dont certaines transformations le dégagent, que certaines préparations assimilent aux êtres animés, aux végétaux, que la rouille réduit en poussière et rend à la terre, où ses molécules impalpables, sans jamais cesser d’exister, demeurent susceptibles de participer à tout, sans jamais redevenir elles-mêmes; ainsi l’âme qui, en nous, naît dans des conditions données, se transforme avec ces conditions; et quand celles-ci cessent d’exister, elle se désagrège et ses éléments retournent se confondre avec l’universalité des choses, où de toute éternité là aussi tout est dans tout, à l’état embryonnaire.
12, Herophilus.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.
13, Aristote.—Sextus Empiricus, Adv. Mathem.
20, Stoïciens.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.
20, Erasistratus.—Id., ibid.
21, Empedocles.—Id., ibid.
22, Moyse.—Genèse, IX, 4; Lévit., VII, 26; Deutér., XII, 23; etc.
24, Strato.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.
30, Chrysippus.—Galien, De Plac. Hipp. et Plat., II, 2.
39, Stoïciens.—Sénèque, Epist. 57.
42, Trapelle.—Souricière, de l’italien trappola, qui a même signification.
308,
8, Plutarque.—Thésée, préambule.
8, Chartes.—Cartes géographiques; du latin charta, feuille de papier.
8, Orée.—Bord, extrémité; du latin ora qui a même sens.
14, Bestise.—Pascal a dit aussi en parlant de l’homme: «Trop et trop peu d’instruction l’abêtissent.» Et, en un autre passage: «Les sciences ont deux extrémités qui se joignent: la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant; l’autre est celle où atteignent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent dans cette même ignorance, d’où ils sont partis.»
19, Platon.—Plaisanterie que l’on attribue à Diogène le Cynique, et à laquelle il fut répondu en ajoutant à la définition déjà donnée «et à larges ongles». Diogène Laerce, IV, 40.
35, Iliade.—Cicéron, De Nat. deor., II, 37.
36, Zenon.—Id., ibid., III, 9.
38, Cotta.—Id., ibid., II, 12.
310,
6, Sectes.—Les éd. ant. aj.: comme il s’en voit infinis chez Plutarque contre les Epicuriens et Stoïciens: et en Seneque contre les Peripateticiens.
8, Montre.—Un échantillon.
17, Lasches.—Les éd. ant. aj.: combien de fois leur voyons-nous dire les choses diuerses et contraires?
18, Ailleurs.—Dans le premier Alcibiade. C’est Socrate qui, par ses arguments, réduit Alcibiade à le dire.
32, Inconstante.—«Montaigne sut ramener sur le territoire de la philosophie le bon sens qui en avait été si longtemps exilé.» Dégerande.
312,
17, Fortuit.—C.-à-d. je me suis trouvé philosophe sans l’avoir cherché et tout à fait par hasard.
18, Ame.—Les éd. ant. aj.: (car i’ai choisi ce seul exemple pour le plus commode à tesmoigner nostre foiblesse et vanité).—L’analyse qui suit de la doctrine de Platon est prise dans la seconde partie du Timée, ou simplement de Diogène Laerce, III, 67.
24, Ratiocine.—Raisonne; du latin ratiocinari qui signifie la même chose.
31, Inconuenient.—Aussi n’est-il pas étrange, extraordinaire.
42, Vniuerselle.—L’empereur Julien pensait ainsi. Payen.
314,
6, Locum.—Delille a donné de cette citation la traduction ci-après:
«Dieu remplit, disent-ils, le ciel, la terre et l’onde;
Dieu circule partout, et son âme féconde
A tous les animaux prête un souffle léger;
Aucun ne doit périr, mais tous doivent changer,
Et, retournant aux cieux, en globes de lumière,
Vont rejoindre leur être à la masse première.»
28, Touche.—Plutarque, Pourquoi la justice div., etc., 19.
30, Recordation.—Souvenir; mot francisé par Montaigne, du latin recordatio qui a cette même signification.
37, Sçauantes.—Add. des éd. ant.: et pleines de suffisance.
41, Sçauoir.—Add. des éd. ant.: de cette prudence et sapience.
42, Platon.—Dans le Phédon.
316,
15, Nous.—Vivants.
31, Futurs.—Autant de mauvaises actions on aurait commises, autant de personnes on aurait lésées de la sorte, seraient d’après Platon, République, X, punies d’une peine de dix ans chacune, jusqu’à concurrence de dix fois, soit cent ans, durée de la vie humaine.
33, Temporelles.—Origène, d’après saint Augustin, rejetait l’éternité des peines.
36, Receue.—Add. des éd. ant.: aux siecles anciens.
318,
12, Desmue.—Tirée hors de, déplacée, détournée; participe passé de desmouvoir, qui vient du latin dimovere, dont c’est la signification.
43, Philosophe.—Ils ne remédient pas au cas où, par accident, chez un philosophe...
320,
12, L’vsage.—Var. des éd. ant.: le goust.
28, Decidere.—Montaigne a traduit cette citation avant de la transcrire.
38, Aristote.—Métaphys., II, 1.
43, Syrius.—De Syros. Cicéron, Tusc., I, 16.—Le texte latin porte Tullius.
322,
11, Gloire.—Les éd. ant. aj.: et de la reputation.
13, Platon.—Lois, X, 13.
20, Estançonner.—Appuyer, étayer; s’estançonner par ses inventions, c’est assurer, renforcer son existence par ses propres imaginations.
324,
7, Nemroth.—Il semble que la pyramide dont il est ici question soit celle qui existait à Barsippe en Chaldée, pyramide quadrangulaire à gradins, demeurée inachevée de temps immémorial et que les Chaldéens identifiaient avec la tour de Babel.
24, Raison.—Car cela ne nous a été nullement appris par la nature, non plus que par la raison.
24, Retentera.—Essayer, éprouver de nouveau; du latin retentare, tenter derechef.
29, Stoïcien.—Sénèque.
326,
1, Nous.—L’ex. de Bordeaux aj.: en diuers lieux; add. dont il a été tenu compte dans la traduction; cette croyance existe en effet en Perse, en Hindoustan et ailleurs.
2, Pythagoras.—La métempsycose, que Lucrèce appelle un officieux mensonge qui délivre des frayeurs de la mort et rassure l’esprit en lui donnant l’espérance de renaître dans un autre corps.
7, Maison.—Les éd. ant. ajout.: Socrate, Platon et quasi tous ceux qui ont voulu croire l’immortalité des ames, se sont laissez emporter à cette inuention, et plusieurs nations, comme entr’autres la nostre et nos Druides.—Ces derniers mots: et nos Druides manquent dans l’éd. de 1588.
10, Ans.—Montaigne a déjà traité ce sujet et cite (vol. II, pag. 106) un passage d’Ovide à ce propos.—D’après Héraclide de Pont, Pythagore racontait avoir été Éthalide que l’on disait fils de Mercure; et ce Dieu lui ayant promis de lui accorder tout ce qu’il voudrait, excepté l’immortalité, il lui avait demandé à conserver pendant sa vie et après sa mort, la mémoire de tout ce qui lui arriverait; c’est pourquoi il était à même d’affirmer être passé dans le corps d’Euphorbe après avoir été Éthalide; être ensuite devenu Hermotine; puis Pyrrhus, un pêcheur de Délos, et enfin Pythagore. D’autre part, Euphorbe, blessé par Ménélas au siège de Troie, déclarait avoir été Éthalide et prétendait se rappeler par quelles plantes, dans quels animaux son âme avait successivement passé depuis qu’il avait cessé d’être Éthalide, ce qu’elle avait éprouvé aux enfers et ce qu’il avait vu éprouver aux autres. Hermotine disait avoir été Euphorbe et, pour le prouver, avait été au temple d’Apollon et avait montré son bouclier que Ménélas, après l’en avoir dépouillé, avait consacré à ce Dieu, à son retour de Troie. Pyrrhus, le pêcheur de Délos, se souvenait d’avoir été Éthalide, Euphorbe, Hermotine; et Pythagore avait conservé les mêmes souvenirs, en y ajoutant celui de Pyrrhus.—V. également Diogène Laerce, VIII, 4, 5.
16, Recite.—De quelques faiseurs d’horoscope, dit S. Augustin, De Civ. Dei, XXII, 28.
18, Chrysippus.—Lactance, Div. instit., VII, 23.
19, Platon.—Dans le Ménon.
21, Ailleurs.—Platon, dans le Timée.
328,
17, Dit-il.—Romulus, 14.
28, Socrates.—Ce sont là deux des opuscules des œuvres morales de Plutarque, intitulés, l’un, «De la face qui apparaît dedans le rond de la lune»; l’autre, «Du démon de Socrate».
330,
3, Physicien.—V. N. II, 290: [Physiciens].
4, Disoit.—Diogène Laerce, II, 17.
6, Dit.—Plutarque, Des Opin. des phil., V, 3. Les citations qui suivent sont tirées de ce même chapitre.
19, Democritus.—Plutarque, Des Opin. des phil., V, 5, dit expressément que Démocrite était d’une opinion contraire, mais que Zénon et Aristote étaient tous deux de cet avis sur ce point.
28, Moys.—Ceci porte à croire que la mère de Montaigne était, ou croyait être accouchée de lui au onzième mois de sa grossesse. En ce qui me touche, la conception d’une de mes petites-filles m’a été annoncée par ses parents un premier janvier, et, sous la direction d’un médecin des hôpitaux de Paris, la mère, qui a ressenti successivement tout ce que la femme éprouve en pareil cas, a pris les précautions d’usage, et l’enfant n’est venu au monde que le vingt-deux décembre, sans que rien d’anormal, sauf sa durée, se soit produit dans la gestation.—En pareille matière, rien n’est moins certain que la supputation du temps, la question n’a jamais été complètement décidée pour l’espèce humaine, et les observations faites sur les animaux prouvent qu’il y a chez eux de grands écarts (Cuvier). D’après la loi française, l’enfant qui vient au monde avant l’expiration du 300e jour (dix mois) après la mort du mari est seul réputé légitime; Pline, chez les anciens, admettait onze mois; Rabelais également, qui cite de nombreux auteurs à l’appui de son dire.
37, Protagoras.—Sextus Empiricus, Adv. Math.
332,
6, Thales.—Diogène Laerce, I, 36.
8, Vous.—La personne à laquelle ce chapitre est dédié, et qu’ainsi qu’il a été dit plus haut, on pense être Marguerite de France, fille de Henri II, reine de Navarre, à la demande de laquelle cette apologie de Sebond aurait été écrite.
9, Corps.—De m’étendre si longuement sur un même sujet.
16, Reseruément.—De ce passage on peut conclure que Montaigne est d’avis que, dans les disputes philosophiques en général, et en particulier dans celles où la religion est intéressée, il ne faut invoquer l’incertitude de nos connaissances, se réfugier dans le doute et, en matière religieuse, admettre la tradition, que lorsque, pressé de toutes parts, on n’a plus aucune bonne raison à alléguer en faveur de son opinion.
21, Deux.—Hérodote, III, 78.—En 522, lors de la conjuration qui donna le trône à Darius (V. N. III, 324: [Perse]). Gobrias, un des conjurés, avait saisi l’usurpateur par le corps et luttait avec lui dans l’obscurité, quand, de crainte de voir son adversaire lui échapper, il dit à Darius, son complice, de frapper sans souci de l’atteindre lui-même.
26, Impatiens.—Ne pouvant supporter.
33, Mie.—Pas, nullement.
38, Attrempance.—Mesure, réserve gardée dans ce qu’on fait et dans ce qu’on dit.
334,
3, Plaist.—Ceci confirme ce que l’on suppose de la dédicace de ce chapitre à Marguerite de France (N. II, 332: [Vous]), en raison de son rang, de son érudition et aussi de ce qu’elle était une des plus belles personnes de son temps.
6, Fantasie.—Add. des éd. ant.: et qui se fut seruy à faire son amas, d’autres que de nostre Plutarque.
7, Epicurus.—Plutarque, Contre Colotès, 27.
9, Platon.—Lois, IX.
28, Outrageux.—L’éd. de 1588 port.: dangereux.
35, Effrenée.—Les éd. ant. port.: iugement à cette liberté desreglée, au lieu de: «vol... effrenée».
336,
14, Vsage.—On ne plaide plus, on ne discute pas pour savoir si cette monnaie est de bon ou de mauvais aloi, mais seulement si elle est d’usage, si elle passe ou ne passe pas.
16, Liaisons.—Nouement d’éguillettes. V. N. I, 136: [Liaisons].
17, Domifications.—Du latin domus, maison, et facere, faire. Terme d’astrologie signifiant le partage du ciel en douze zones, en vue de tirer l’horoscope de quelqu’un.
18, Philosophale.—Substance à la recherche de laquelle s’adonnaient les alchimistes et à laquelle on prêtait la propriété de transformer en or tous les métaux.
23, Vitale.—Mensale, vitale, etc., sont des termes de chiromancie (art de prédire la destinée par l’inspection de la main): la mensale est la ligne qui à l’intérieur de la main va de dessous le petit doigt vers l’index; la vitale, celle qui du milieu du poignet va aboutir entre le pouce et l’index; la moyenne naturelle, celle qui a son point de départ entre le pouce et l’index et aboutit entre le poignet et le petit doigt; au centre de la main est le triangle sur lequel Mars a action; l’enseigneur, c’est l’index; les tubercles, appelés monts, sont les proéminences formées par la dernière phalange de chaque doigt. Chacune est plus spécialement soumise à l’action d’un dieu ou d’une déesse et son plus ou moins de saillie accuse, plus ou moins accentués chez l’individu, la qualité ou le vice auxquels préside cette divinité.
338,
9, Leschant.—Add. de 80: et formant.
33, D’accord.—Add. des éd. ant.: s’ils ne le sont meshuy après tant de siecles!
340,
1, Iugement.—Les académiciens admettaient quelques modifications à ce jugement sur notre complète ignorance.
5, Sphere.—Eudoxe estimait le monde formé de sphères concentriques dont la terre était le centre et dans chacune desquelles se mouvaient dans l’ordre suivant, d’après leur éloignement de la terre: la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne; une huitième sphère comprenait les mouvements de tous les autres astres, système qui fut adopté par Platon et par Aristote.
10, Plus vray-semblables.—Var. des éd. ant.: beaucoup plus veritable et plus ferme.
15, Vraysemblable.—Logique. Montaigne veut dire que l’opinion des pyrrhoniens est plus liée, se soutient mieux que celle des Académiciens.
27, Pas.—Add. des éd. ant.: le corps et.
30, Vanter.—Jouer, aller au gré du vent.
342,
8, L’autre.—Add. des éd. ant.: car la verité n’est iamais qu’vne.
344,
19, Pas.—Sous-entendu: habiter, tenir; ellipse analogue à celle que présente cette locution: «Il n’en peut plus».
35, Sappho.—Les anciens sont unanimes pour admirer la verve et le feu qui brillaient dans ses vers; on la surnommait la dixième muse; il ne nous reste d’elle que quelques fragments. Se confond souvent avec une autre Sapho, également lesbienne, courtisane célèbre qui vécut plus tard.
36, Cleomenes.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
346,
1, Fortuna.—Add. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: qu’il iouysse de ce bon heur (traduction de la citation qui précède).
7, Part là.—Le code criminel, établi lors de la refonte de nos codes, après la première révolution, était très dur et très rigoureux, et était tel, disait-on, parce qu’il avait été rédigé par Treilhard (1742 à 1810) alors tourmenté de la gravelle.
7, Areopage.—Ce tribunal était composé de 31 membres; on n’y tolérait aucun artifice oratoire susceptible d’émouvoir ou d’attendrir les juges; longtemps il jouit d’une immense réputation de sagesse et d’impartialité; il siégeait de nuit comme l’indique Montaigne et rendait son jugement séance tenante, nul procès à Athènes ne pouvant durer plus d’un jour.
15, Tourneuirent.—Le tournent et le virent en tous sens.
21, Vie.—Un dicton latin résume ainsi l’existence humaine: «Nasci, pati, mori (naître, souffrir, mourir).»
348,
14, Homme.—Montaigne dit ailleurs (III, 186): «Ie croy Platon de bon cœur, qui dit les humeurs faciles ou difficiles, estre vn grand preiudice à la bonté ou mauuaistié de l’ame.»
21, Moy.—Add. de 88: sans le congé du iugement.
26, Virer.—Add. des éd. ant.: en cent visages.
42, Comme moy.—Var. de l’éd. de 88: bien.
350,
7, Formaliser.—Pour y conformer son esprit, son jugement, son attention.
31, Cupiditez.—Passions.
32, Themistocles.—Prit part à la bataille de Marathon (490) et porta un coup mortel à la flotte de Xerxès par la victoire de Salamine (486); exilé par suite des intrigues de Sparte, il se réfugia chez les Perses et s’empoisonna pour n’être pas obligé de porter les armes contre la Grèce.
32, Demosthenes.—Ce prince de la parole n’acquit son grand talent oratoire que grâce à un travail long et opiniâtre; son style était pur et concis; son éloquence, éminemment persuasive, était absolument dépouillée d’artifice. Pendant quinze ans il s’employa tout entier contre Philippe de Macédoine qui voulait asservir sa patrie, et prononça contre lui ses immortelles Philippiques et Olynthiennes; il assista à la bataille de Chéronée (388); après la mort d’Alexandre, il mit son éloquence au service des Grecs confédérés, et s’empoisonna pour échapper à Antipater.
38, Clemence.—Var. de l’éd. de 80: liberalité et à la iustice.
352,
9, Vertueuses.—Add. des éd. ant.: Au moins cecy ne sçauons nous que trop, que les passions produisent infinies et perpetuelles mutations en nostre ame et la tyrannisent merueilleusement. Le iugement d’vn homme courroucé ou de celuy qui est en crainte, est-ce le iugement qu’il aura tantost quand il sera rassis?
18, Trouble.—Var. des éd. ant.: desreglement et de la cecité?
19, Maladie.—Var. des éd. ant.: fauceté.
20, Perturbation.—Var. des éd. ant.: l’erreur.
20, La temerité.—Var. des éd. ant.: le mensonge.
25, Insensez.—Platon, Phèdre.
28, Sommeil.—Cicéron, De Divinat., I, 57.
31, Apporte.—Par son anéantissement (l’anéantissement de la raison), causé par la fureur ou le sommeil, image de la mort, nous devenons...
40, Pas.—La philosophie.
354,
5, Infiable.—Infidèle, peu digne de foi.
13, Souffre.—«Le premier soupir de l’amour est le dernier de la sagesse.»
22, Planir.—Diminuer et s’aplanir.
39, Volubilité.—Add. des éd. ant.: et imperfection.
40, Constance.—Add. des éd. ant.: et fermeté.
356,
7, Entier.—Var. de 1588: pur et entier, au lieu de: «entier».
19, Nicetas.—Cicéron, Acad., II, 39, où suivant l’édition on lit Nicétas ou Hicétas.
19, Syracusien.—Var. des éd. ant.: il y a enuiron 18. cens ans que quelqu’vn, au lieu de: «Cleanthe... Syracusien».
21, Aixieu.—V. N. I, 254: [Aqua].—Cette constatation semble due aux Assyriens, desquels l’auraient tenue Pythagore et son école, mais contre laquelle s’éleva Aristote. Pour cette théorie, Cléanthe, au dire de Plutarque, De la Face de la Lune, 4, sur la dénonciation d’Aristarque, qui demandait qu’il fût poursuivi comme blasphémateur, faillit avoir le sort qui, vingt siècles après, menaça Galilée pour avoir soutenu cette même thèse alors que déjà deux cents ans auparavant elle avait été rééditée par Copernic. Celui-ci admettant en effet le double mouvement de la terre sur elle-même, mouvement s’effectuant suivant un plan (celui de l’écliptique) incliné par rapport à la ligne des pôles, établit sur ce principe le système planétaire qui porte son nom et qui a renversé celui de Ptolémée admis jusqu’alors.—Certains toutefois estiment, en ce qui concerne Cléanthe, qu’une erreur a dû être commise dans la transcription du texte de Plutarque et que les rôles y sont inversés: d’après eux ce serait Aristarque qui affirmait le mouvement de la terre et Cléanthe qui lui en faisait un crime.
24, Ne nous... deux.—Var. des éd. ant.: n’y a guiere d’asseurance, ny en l’vn ny en l’autre.
34, Vogue.—Var. des éd. ant.: credit et authorité.
35, Precedentes.—Les Essais venaient à peine de paraître, quand s’est produite cette tierce opinion, émise par Tycho-Brahé (1546 à 1601), dont le système en progrès sur celui de Copernic, modifié par Képler (1571 à 1631) que lui-même avait formé, et confirmé par Newton (1642 à 1727), est la base de l’astronomie moderne.
37, Introduicts.—V. au sujet de ces principes N. II, 300: [Priuation].—Les éd. ant. aj.: de matiere, forme et priuation.
39, Lettres.—S.-ent. de crédit.
43, Boute-hors.—D’être déboutés, jetés dehors.
43, Deuanciers.—«Y a-t-il une chose, dit l’Ecclésiaste, dont on puisse dire: c’est du nouveau? Non, cette chose a déjà été dans les siècles qui furent avant nous; on ne se souvient plus des choses d’autrefois, de même on ne se souviendra plus des choses à venir, parmi ceux qui viendront plus tard.» Ceci, qui était déjà vrai du temps de Salomon, l’est probablement encore aujourd’hui; car nul ne peut assurer que notre civilisation ne disparaîtra pas comme d’autres qui l’ont précédée; et des hommes, dans la suite des siècles, découvriront encore ce que nous avons découvert avant eux et croiront que c’est du nouveau (Harduin).
358,
36, Toucher.—Telles sont en effet l’hyperbole et ses asymptotes: la première ligne courbe, de la nature de celles que l’on obtient en sectionnant un cône par un plan oblique à son axe, les secondes, lignes droites en corrélation particulière avec la première, si bien que toutes trois prolongées indéfiniment, les asymptotes vont approchant toujours de plus en plus l’hyperbole sans, comme l’indique leur nom, jamais la rencontrer, quoique sises dans le même plan. Mais leur découverte est bien antérieure à Jacques Peltier; on en trouve mention dans Apollonius, géomètre grec du IIIe siècle.
39, Combattre.—Add. des éd. ant.: et ruiner.
360,
7, Antipodes.—L’existence des antipodes a été fort controversée dans les temps passés: les philosophes anciens ne les admettaient pas; l’Église primitive pas davantage. Lactance dit à cet égard: «Quel est l’homme assez insensé, pour croire qu’il y a des hommes dont les pieds sont plus élevés que la tête?» S. Augustin abondait dans le même sens, parce que, disait-il, «les antipodes seraient au delà de la mer et que la mer est intraversable». Cette idée des antipodes, émise par Virgile prêtre, depuis fait évêque et canonisé, fut même qualifiée d’hérésie par le pape Zacharie, comme admettant, sous la terre, une autre terre, un autre soleil, une autre lune et des habitants sur cette autre terre, ne descendant pas d’Adam.
13, Sçauoir mon.—Il reste à savoir.
15, Disent.—Add. de 88: Aristote dict que toutes les opinions humaines ont esté par le passé et seront à l’aduenir, infinies autresfois. Platon qu’elles ont à renouueller et reuenir en estre après trente six mille ans.
17, Platon.—Dans le dialogue intitulé la Politique.
20, Herodote.—Liv. II, 142, 143, etc.
28, Salomon.—«Ce qui a été, est encore; ce qui doit être, a déjà été; Dieu rappelle ce qui est passé.» Ecclésiaste, III, 15.—Outre qu’il bâtit le temple de Jérusalem et les murailles de cette ville, Salomon possédait un savoir immense; on lui attribue plusieurs des livres saints: les Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste.
28, Isaïe.—«Je m’en vais créer de nouveaux cieux, une terre nouvelle, et tout ce qui a été auparavant s’effacera de la mémoire.» Isaie, LXV, 17. Nombre des prophéties d’Isaïe nous sont parvenues; elles se distinguent par la sublimité des idées, l’énergie des tableaux et le style qui est d’une véhémence extraordinaire; on admire surtout le cantique sur la ruine de Babylone.
31, Changement.—Rien ne se fait avec rien, donc l’univers n’a pas eu de commencement; rien ne se perd, tout se transforme, donc il ne prendra jamais fin. Ce dernier principe, nous en voyons par nous-mêmes l’action incessante en ce qui touche les choses de la terre; il n’est pas moins vrai en ce qui concerne les astres. Ceux-ci, en raison de la loi de la gravitation universelle, dont la réalité est vérifiée par le mouvement des corps célestes qu’elle explique jusque dans leurs anomalies apparentes qu’elle arrive à prévoir, ne peuvent résister éternellement à la désagrégation, ni se désagréger sans que leurs débris aillent, à travers les espaces, s’agglomérer à la longue à d’autres existants.
32, Escholes.—Celle de Platon.
39, Derriere.—Cette théorie du monde, de la terre, etc... pourvus d’une âme en même temps que d’un corps, et ayant des mouvements propres, aurait été émise par l’école de Pythagore; d’autres la trouvent en germe dans certains passages du Timée de Platon. Corpet.
39, Heraclitus.—Diogène Laerce, IX, 8.
362,
2, Mere.—On estime que cette lettre n’est pas d’Alexandre le Grand, mais d’un Alexandre, écrivain grec du Ier siècle. S. Augustin, qui la relate, semble avoir fait confusion.
5, Cicero.—De Divinat., I, 19.
5, Diodorus.—Liv. III, 31.
7, Pline.—Nat. Hist., XXX, 1.
7, Zoroastre.—Sa doctrine, qui constituait la religion des mages et prédominait en Perse avant que cette contrée ne devînt musulmane, est consignée dans le Zend Avesta. Elle admettait deux principes opposés, au-dessus desquels s’élève un Dieu suprême; elle prescrivait le culte du feu, réglait la vie publique comme la vie privée, annonçait des peines et des récompenses après la mort; c’est en somme un dieu unique, l’immortalité de l’âme et le jugement dernier. On ignore si Zoroastre a réellement vécu, ou si on a simplement rattaché à ce nom les traditions de cette religion des mages qui dominait dans le centre de l’Asie du XIIIe au VIe siècle.
8, Dit.—Dans le Timée.
11, Saïs.—Il y existait un temple d’Isis, où se lisait cette inscription: «Je suis ce qui a été, ce qui est, ce qui sera, et nul n’a encore soulevé le voile qui me couvre.»
16, Exemples.—Montaigne entasse ici, comme il l’a déjà fait précédemment, sans les avoir contrôlés, nombre de récits relatés dans les premiers ouvrages écrits par les Espagnols, après la conquête de l’Amérique, où l’ignorance et la prévention se sont donné beau jeu et dont l’exactitude est plus que douteuse.
29, Credit.—Pierre Meslie, Diverses leçons, I, 3, établit que le signe de la croix était pratiqué et estimé en certaines contrées de l’ancien monde, bien avant que N.-S. Jésus-Christ ne fût crucifié.
30, S. André.—Croix dont les deux branches sont de même longueur et ne se coupent pas à angle droit. C’est sur une croix de cette nature, par suite les jambes écartées à l’égal des bras, que S. André fut crucifié, d’où son nom; c’est également sur une croix de cette espèce, au lieu de roue, que souvent l’on plaçait les grands criminels condamnés à être roués, les y clouant et leur rompant ensuite bras et jambes.
364,
22, Liberté.—Tacite en dit autant des Germains.
24, Figures.—Dans le genre de l’écriture hiéroglyphique, ou encore de la langue chinoise. Cette langue, remarquable par son originalité, son antiquité, son immutabilité, son extension dans les contrées les plus peuplées de l’Asie, est, de toutes les langues anciennes, non seulement la seule qui soit encore parlée de nos jours, mais la plus usitée des langues actuelles.—La langue écrite n’est pas alphabétique; c’est la réunion d’une immense quantité de caractères plus ou moins compliqués, dont chacun exprime un mot, représente une idée ou un objet. Les caractères primitifs, qui sont des signes ou plutôt des dessins grotesques, sont au nombre de 214. Il y a quelques caractères pour le ciel, l’homme, les parties du corps, les animaux, les métaux, les plantes, etc. Ces caractères primitifs ont servi à former une innombrable quantité de signes, composés le plus souvent arbitrairement, mais qui offrent quelquefois des symboles ingénieux, des définitions vives et pittoresques, des énigmes d’autant plus intéressantes qu’on en a perdu la clef. Les notions abstraites furent très difficiles à exprimer: la colère est peinte par un cœur surmonté du signe de l’esclavage; une main tenant le symbole de milieu, désigne l’historien, dont le devoir est de n’incliner d’aucun côté; le caractère de la rectitude indique le gouvernement; deux images de perles (il est si difficile d’en trouver deux bien appareillées) désignent un ami; d’autres mots ont des compositions tout arbitraires, mais un grand nombre sont intéressants à analyser; beaucoup d’allusions et de traits piquants sont perdus, les étymologies ne se retrouvent pas toujours, mais bien certainement les Chinois se sont peints dans leur langue.—On traçait primitivement les signes avec une pointe métallique sur un bambou; mais trois siècles avant J.-C., on découvrit l’art de faire du papier et de l’encre, et le pinceau remplaça le poinçon. On écrit les caractères en lignes verticales en commençant par la droite et allant vers la gauche. Il y a aujourd’hui 30 à 40.000 caractères, mais les deux tiers seuls sont usités, et, en retranchant les synonymes, on trouve que la connaissance de 5 à 600 caractères suffit à comprendre les textes originaux.—La langue parlée est composée d’un nombre limité d’intonations monosyllabiques, 450 environ, qui, par la variation subtile des accents, se multiplient jusqu’à 1.600 environ; elle serait très facile (Gal Niox).
30, Aspergez.—Goupillons; le mot aspergez, qui vient de ce à quoi sert la chose, existe encore à l’état de substantif, mais est peu usité.
366,
10, Deffubler.—Découvrir, dégager, ôter un affublement.
25, Poste.—A son gré; c’est une expression italienne: a sua posta.
27, Main.—Nous sommes à même de nous rendre compte, de constater.
30, L’ame.—Chaque race possède une constitution mentale qui lui est propre, née à la longue de la communauté de sentiments et d’idées, créée par suite plus du fait des ancêtres que des vivants, car l’homme ne se forme pas tout seul, et la race dont il sort, comme le milieu où il vit, lui apportent leurs diverses influences. De cette mentalité procèdent ses croyances et ses institutions qui sont plus souvent des effets que des causes; son rôle dans l’existence de la race est prépondérant par l’influence qu’elle exerce d’une façon latente, mais continue, sur sa moralité, autrement dit sur ses règles fixes de conduite et sa fidélité à les observer, ainsi que sur ses actes.—Les différences dans la constitution mentale des peuples font qu’ils sentent, raisonnent et agissent de façons fort différentes, de sorte qu’ils se trouvent fréquemment en dissentiment sur nombre de questions dès qu’ils sont en contact; de là naissent la plupart des guerres.—Ces mentalités par exemple, chez les races latine et anglo-saxonne, se distinguent en ce que la première est beaucoup plus vaniteuse, loquace, superficielle, mobile, l’imagination y prédomine, elle est davantage portée à l’agriculture, la seconde à l’industrie, au commerce, à la colonisation. Les Latins se soucient peu de la liberté (chaque parti estime qu’elle règne, quand il est le plus fort), mais ils sont épris d’égalité, ce qui leur fait supporter tous les despotismes, à condition qu’ils soient impersonnels: et, de fait, chez eux, république, monarchie, socialisme sous des étiquettes différentes ont même effet, l’absorption de l’individu par l’État; les Anglo-Saxons sont assoiffés de liberté, la réalité est un mythe, et qu’ils soient en monarchie comme en Angleterre, ou en république comme aux États-Unis, l’action de l’État est réduite au minimum, celle des particuliers est sans limites.
En France en particulier, où les idées socialistes gagnent de plus en plus et viennent ajouter à la mentalité latine, s’accentue cette ingérence de l’État en toutes choses; alors qu’il ne devrait pas être le tuteur et le professeur perpétuels des citoyens, mais uniquement leur protecteur, parfois leur initiateur et dans certains cas leur serviteur, il va substituant son action à celle des individus et des associations et entrave ainsi leur libre développement, en dépit de l’expérience qui enseigne combien la gestion directe par l’État est plus onéreuse, plus routinière et moins à la dévotion du public; c’est ainsi qu’il monopolise les postes, le télégraphe, le téléphone, les tabacs, les allumettes, on pourrait même dire l’instruction, convoite les chemins de fer, a une imprimerie, des manufactures (Sèvres, les Gobelins), exploitant au lieu de se borner à contrôler. Il est vrai que c’est un moyen de se procurer des emplois à donner à soi-même quand la roue de la fortune tournera, à ses adhérents toujours nombreux à la curée, et d’augmenter le nombre des fonctionnaires et des employés qui sont autant d’électeurs dont on escompte les votes.
Cette intervention de l’État s’étend à tout, disons-nous; n’a-t-elle pas été s’immiscer dans les détails de ces fêtes séculaires qui ont lieu chaque année à Orléans, en mémoire de la levée, en 1429, du siège de cette ville, par le fait de Jeanne d’Arc!
32, Athenes.—Elle était consacrée à Minerve, d’où son nom Athéna qui est celui en grec de cette déesse. Pendant des siècles elle eut dans l’antiquité un éclat tout particulier; longtemps elle domina sur mer et eut de nombreux comptoirs et fonda un grand nombre de colonies: plus longtemps encore y fleurirent les lettres, les arts et l’esprit; elle fut la patrie de Phidias, de Socrate, de Périclès, de Démosthène et d’une multitude de philosophes, d’hommes d’état, d’écrivains, d’artistes éminents: on y admirait une foule de monuments, dont quelques-uns tels que le Parthénon étaient des chefs-d’œuvre et dont les ruines dénotent encore la splendeur.
35, Valentes.—Hésiode, Pindare, Épaminondas, Plutarque, nés à Thèbes ou environs, démentent la complète exactitude de cette réputation de «lourdauds» faite aux Béotiens.
368,
10, Infertiles.—Hérodote, IX, d’où le fait est tiré, prête à Cyrus une seconde raison: «De conquérants qu’ils étaient, leur dit-il, ils deviendraient la proie de quelque peuple belliqueux»; argument, ajoute l’historien, qui leur fit perdre l’envie qu’ils avaient eue d’émigrer.—Cette influence du climat, qu’Hérodote constatait il y a vingt-deux siècles, disant: «Les pays mous font des hommes mous», a été reconnue de tous temps; on la trouve accusée, entre autres, par Hippocrate, Platon, Galien, Cicéron, Sénèque, Bodin, Malebranche, Montesquieu, J.-J. Rousseau.
22, Iouyssance.—Qu’en dehors de ce que nous ne pouvons réaliser, même en imagination nous sommes incapables de désigner...
32, Lacedemoniens.—Platon, Second Alcibiade.
37, Et le Chrestien... Dieu.—Var. des éd. ant.: C’est pourquoy le chrestien plus humble, et plus sage, et mieux recognoissant que c’est que de luy, se rapporte à son créateur de choisir et ordonner ce qui luy faut. Il ne le supplie d’autre chose, sinon, au lieu de: «Et le Chrestien supplie Dieu».
370,
2, Desprier.—Mot créé par Montaigne; on n’en saurait trouver de plus clair, de plus court, de plus expressif pour rendre l’idée qu’il exprime ici; il est demeuré dans la langue, mais avec un sens plus restrictif, celui de retirer une invitation.
2, Prieres.—Pour le délivrer de ce don funeste, dont il l’avait gratifié sur sa demande, Bacchus fit baigner Midas dans le Pactole qui, depuis, dit la fable, roule des paillettes d’or dans ses flots.
8, Aueindre.—Atteindre; se disent encore l’un pour l’autre dans certaines parties de la France.
11, Biton.—Hérodote, I, 31.—Un jour de sacrifice, alors que tardaient à venir les bœufs qui devaient traîner au temple le char de leur mère qui en était prêtresse, ils s’y attelèrent eux-mêmes. Le peuple les acclama; leur mère, ravie, pria la déesse de leur accorder en récompense ce qui leur serait le plus avantageux, et, quand elle sortit du temple, elle les trouva tous deux endormis pour toujours dans les bras l’un de l’autre; «la mort est donc, en conclut Plutarque, qui conte aussi le fait, ce qu’il y de plus heureux».
11, Agamedes.—Plutarque, Consolation à Apollonius, 14.—Ayant demandé à Apollon leur salaire pour la construction du temple de Delphes, le dieu leur répondit qu’il le leur donnerait le septième jour, et ils moururent ce jour-là.—Une autre version raconte leur fin d’une façon moins honorable pour eux et moins probante pour la morale que Montaigne veut en tirer. Chargés postérieurement de bâtir pour le roi d’Orchomène un édifice pour y conserver ses trésors, ils y ménagèrent une entrée secrète, au moyen de laquelle ils venaient, la nuit, y puiser. Ce prince s’étant aperçu qu’on le volait, tendit un piège. Agamède y fut pris. Trophonius, craignant ses révélations, lui coupa la tête et s’enfuit en l’emportant, ce qui est une réédition de l’histoire de l’architecte de Rhampsinit. V. N. I, 56: [Enfans].
32, Varro.—S. Augustin, De Civ. Dei, XIX, 2.
34, Disputat.—Au lieu de disputat, l’ex. de Bord. porte dissentit, variante conforme au texte de Cicéron.
372,
1, Apparences.—«Le corps d’un athlète et l’âme d’un sage, voilà, a dit Voltaire, à propos de Buffon, ce qu’il faut pour être heureux»; c’est le «mens sana in corpore sano (du jugement et de la santé)» de Juvénal, Sat., X, 152. Mais cela ne dépend pas de nous et, d’un moment à l’autre, peut cesser d’être; seul, celui qui sait être content de son sort, possède les conditions de bonheur en ce monde.—Le bonheur est une illusion, le plaisir souvent une duperie; il faut arranger sa vie de manière à éviter la douleur et se garer de l’ennui (d’après Schopenhauer).
6, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 3.
7, Archésilas.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 33.
12, Ataraxie.—Mot grec qui signifie tranquillité, sérénité parfaite, indifférence absolue.
17, Lipsius.—Juste Lipse a rempli en partie ce vœu dans un ouvrage assez considérable sur le stoïcisme qui parut en 1604, douze ans après la mort de Montaigne.
31, Diuin.—C.-à-d. qu’ainsi que la divinité, au dire même de Socrate, le lui avait elle-même appris, c’est satisfaire à ses devoirs que de se conformer aux lois de son pays.
38, Loix.—Cette agitation ne semble pas s’être calmée depuis l’époque où Montaigne écrivait. En France, durant la législature de 1898 à 1902, la dernière pour laquelle ce renseignement subsiste, en quatre ans, ont été présentés: 2.781 projets ou propositions de loi, dont 627 dits d’intérêt général, et il a été statué sur 1.690 d’entre eux; à quoi il y a lieu d’ajouter la discussion de 130 interpellations, 118 questions adressées aux Ministres, et enfin le dépôt de 3.597 pétitions; ce qui ne veut pas dire que la législature ait été plus profitable ou plus utile qu’une autre; jamais, au contraire, nous n’avons été plus éloignés de la pratique de cet adage: «acta, non verba» qui devrait être la devise d’un état bien gouverné; mais chacun veut avoir l’air de faire.
39, Voisins.—Montaigne a pu voir en effet, de 1534 à 1558, les Anglais ou plutôt la cour d’Angleterre sous Henri VIII, Edouard VI, Marie Tudor et Elisabeth, changer quatre fois de religion.
374,
5, Capitale.—Qui nous exposerait à une peine capitale.
10, Ancien.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 1.—Ce Dieu, c’est Apollon, dont la Pythie, sa prêtresse, rendait à Delphes ses oracles, montée sur un trépied.
15, Estoit.—Il serait peut-être plus exact de dire: «celle dans laquelle on a été élevé»; d’aucuns diraient: à quoi bon? ou, avec Renan: «l’orthodoxie procure de grandes joies, mais elle ferme à la vérité». Admirons avec quelle hâte après avoir risqué cette assertion, sur laquelle du reste il ne se prononce pas, Montaigne fait amende honorable; il se trouve là tout entier. C’est un grand tort, à mon sens, que de lier d’une manière indissoluble ces deux idées: Dieu et la Religion. La première, personne ne la discute, et le plus souvent ceux qui en raisonnent, déraisonnent, parce que pour tous c’est l’inconnu; seule, la seconde est en cause: elle s’étaye sur la première dont elle ne saurait se passer, tandis que celle-ci, dans son infinité, n’a que faire d’elle.
Il n’en est pas moins vrai que la Religion est une idée naturelle à l’homme dès qu’il est à même de juger de son néant en face de l’Univers et de ses merveilles sans cesse renaissantes qui n’ont point eu de commencement et n’auront pas de fin, et ce n’est pas sans raison que la Providence, l’âme de ce tout sans limites, tout en ne faisant pas qu’elle soit identique chez tous, ce qu’elle n’a pas probablement jugé indispensable, nous l’ait infusée, comme elle a fait de la raison, de la conscience, laissant à notre libre arbitre d’en faire l’estime que nous croyons, de même que, dans tous nos actes, nous tenons plus ou moins compte de ce que nous soufflent la raison et la conscience.
La religion, chez ses adeptes sincères, nous affermit dans l’observation de nos devoirs envers nous-mêmes et envers le prochain, et par l’espérance nous soutient dans l’adversité; elle ne fait que du bien, jamais de mal; par elle la morale et la résignation pénètrent les masses sur lesquelles n’ont point prise les dissertations philosophiques qui ne s’adressent qu’à la raison; il leur faut quelque chose qui préférablement agisse sur l’imagination, ce que leur offrent les légendes religieuses et les cérémonies du culte.
Chaque religion comporte trois choses: la morale, le dogme et le culte.
Chez les peuples civilisés elles n’ont jamais beaucoup différé sous le premier de ces rapports. Entre toutes cependant, la religion chrétienne qui a pour base essentielle la charité, aimer le prochain comme soi-même, faire à autrui ce qu’on voudrait qu’il soit fait pour vous-même, tient incontestablement, par cela même, le premier rang.
Comme dogmes, toutes se valent. Toutes ont pour point de départ l’existence de Dieu que tout démontre, que personne ne nie, que chacune dépeint à sa manière, y joignant, pour le rehausser, comme s’il en était besoin, certains faits surnaturels qui relèvent exclusivement de la foi, sorte d’hypnotisme, auquel il est difficile de se prêter quand on ne l’a pas; sur ces faits qu’elles imposent à notre croyance, toute discussion est stérile, car la raison et la foi sont deux antipodes, et entre elles nul ne sait où est la vérité.
C’est sous le rapport du culte que les diverses religions, et dans chacune, ses diverses sectes, diffèrent le plus.—Par son unité, par ses cérémonies réellement impressionnantes, la religion catholique l’emporte de beaucoup à cet égard sur toutes les autres. Elle l’emporte aussi par la confession auriculaire, qu’à l’encontre de bien d’autres je prise particulièrement; très discutable en théorie, bien innocente en réalité, elle permet à l’homme, être essentiellement faible, par l’aveu de ses fautes et l’absolution qu’il en obtient, d’en mesurer l’étendue, d’en éprouver des regrets, du repentir, d’être encouragé à les réparer, à résister aux tentations qui peuvent se reproduire, d’en faire en quelque sorte pénitence et en recevoir l’absolution, allège, réconforte et amende, à l’instar de ce qui se passe quand le criminel fait l’aveu de son crime au juge d’instruction et qu’il paie sa dette à la justice humaine; l’idée est grande et l’effet salutaire.
Ce sont ces considérations qui font que, personnellement, je place la religion catholique, apostolique et romaine au-dessus de toutes les autres. Mais si j’estime d’effet utile, pour le maintien de l’unité, l’autorité du pape, en matière de dogme et de culte, je tiens pour abusive son ingérence dans les questions d’administration diocésaine et les rapports du clergé avec les fidèles, et ceux des uns et des autres avec l’État; ce sont là des affaires du ressort, en cas de conflit, de conciles provinciaux ou nationaux.—Les erreurs, les abus si monstrueux commis à diverses époques par ses ministres, qui se sont montrés si intolérants chaque fois qu’ils ont eu la suprématie, n’altèrent en rien son excellence; ces ministres sont hommes et en ont les imperfections, il faut le regretter, sans en faire porter la responsabilité à l’institution; et c’est pourquoi je suis de tout cœur de l’Église catholique, apostolique et romaine en ce qui touche le spirituel, français en ce qui est afférent au temporel.
27, Au delà.—Pascal, qui a jugé si sévèrement Montaigne et copié en tant d’endroits, dit: «On ne voit presque rien de juste ou d’injuste, qui ne change de qualité, en changeant de climat; trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité; à quelques années d’intervalle, les lois fondamentales modifient le droit; plaisante justice qu’une rivière ou une montagne borne: qui, vérité en deçà des Pyrénées, est erreur au delà!... Pourquoi me tuez-vous? Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau?»—Cette même idée, Chateaubriand l’exprime lui aussi: «Un homme, écrit-il, peut être pendu de ce côté-ci d’un ruisseau, pour des principes réputés sacrés de l’autre côté de ce même ruisseau.» Payen.
376,
7, Indifferentes.—Les philosophes de la secte de Zénon et de Pyrrhon l’admettaient aussi, cela et bien d’autres choses; en le relatant, Sextus Empiricus ajoute que toutefois ils se fussent bien gardés de jamais, dans la pratique, agir à l’encontre de ce qui est universellement admis.
7, Platon.—De la République, I.
24, Inconstance.—Autre pensée que Pascal s’est encore appropriée et qu’il rend de la sorte: «Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout cela a sa place entre les actions vertueuses...; il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison humaine a tout corrompu.» Payen.
28, Autre.—Ce qui gouverne les hommes, ce sont les idées, les sentiments, les mœurs; leur ensemble crée à chaque race une mentalité particulière; les coutumes, les institutions, les lois ne sont que l’expression de cette mentalité; aussi, comme elle, sont-elles variables d’un peuple à un autre.
30, Coustume.—Les Hindous. Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., III, 24.—Strabon l’attribuait aussi aux Massagètes (peuple de la Scythie): «Ils estimaient, dit-il, que la mort la plus honorable, quand l’âge les a rendus inutiles, c’est d’être tués et mangés avec de la viande de mouton; quant à ceux qui étaient usés par la maladie, ils les détruisaient comme impies et ne les considéraient que comme dignes d’être dévorés par les bêtes féroces.» Un autre auteur les représente comme ne tenant rien comme plus malheureux que de périr autrement que par le fer, et c’est pourquoi ils se faisaient une loi de tuer ainsi les vieillards et de les manger. V. I, 170 et N. [Eux-mesmes].
378,
10, Courage.—Diogène Laerce, II, 78.
14, Goujon.—Id., II, 67.
17, Choulx.—Diogène Laerce, II, 68; Horace, Epist., I, 17, 1.
23, Pacis.—Après la citation, les éd. ant. aj.: Il aduient de cette diuersité de visages, que les iugements s’appliquent diuersement au choix des choses.
27, Impuissantes.—Diogène Laerce, I, 63.
30, Socrates.—Id., II, 35.
32, Seruitude.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., III, 24; Plutarque, Cicéron, 26; Juvénal, I, 105, etc.
33, Public.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14; III, 24.
37, Colit.—«Les chrétiens, qui adorent un seul et même Dieu, se sont, à diverses reprises, montrés aussi acharnés les uns contre les autres que ces anciens peuples, parce que leurs croyances différaient sur certains points.» Coste.
380,
5, Semble.—Un avocat italien disait à une cour devant laquelle il plaidait: «Le mois dernier vos Excellences ont jugé ainsi; ce mois-ci, dans le même cas, vous jugez d’une façon tout opposée; de quelque façon que ce soit, c’est parfait.» Payen.
18, Considerable.—A considérer.
19, Fust.—C.-à-d. qu’il ne fallait pas considérer (qu’il importait peu), dans la paillardise, de quelle manière on s’y livrait.—Plutarque, Règles et préceptes de santé, 5. Mais Arcésilas entendait condamner, par là, la débauche sous quelque forme qu’elle se produisît chez l’un aussi bien que chez l’autre, parce que, ajoute Plutarque, il y a autant de mal d’un côté que de l’autre.
23, Propos.—De l’amour des garçons.
24, Diogarchus.—L’ex. de Bord. porte Dicearchus, ce qui est conforme au texte latin.
382,
8, Ceremonies.—Les éd. ant. aj.: Chacun a ouy parler de la deshontée façon de viure des philosophes cyniques.
8, Chrysippus.—Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 31.
12, Hippoclides.—Hérodote, VI, 129.
12, Fourché.—Jeu d’enfant consistant à se tenir verticalement sur les bras, contre un arbre ou un mur, la tête en bas, les jambes en l’air écartées l’une de l’autre.
13, Metrocles.—Diogène Laerce, VI, 94.
24, Affoler.—Ravaler, déprécier.
28, Estimation.—Le mystère, la réserve, la circonspection dans la jouissance des plaisirs de l’amour, font partie de leur prix.
35, Oisifs.—L’ex. de Bord. raye: vagabonds et oisifs.
35, Malaisance.—Pie V voulut, au commencement de son pontificat, supprimer les maisons de tolérance, mais il se vit bientôt dans l’obligation de les rétablir.—Au début de la conquête de l’Algérie, le général Bedeau, bien que, par son caractère et ses sentiments religieux, fort opposé à la prostitution, favorisa à Sétif, où il commandait, l’établissement de maisons publiques, comme sauvegarde de la tranquillité des femmes honnêtes.
36, Coruine.—Le texte de Martial porte Scævine.
384,
8, Aulx.—Ce fait, généralement attribué à Diogène le Cynique, n’est fondé sur le témoignage d’aucun auteur ancien. Bayle, Hipparchia.
9, Autheur.—S. Augustin, De Civ. Dei, XIV, 20.—Le passage où il exprime cette appréciation est, pour le moins, aussi licencieux que le français de Montaigne.
19, Frottant.—Diogène Laerce, VI, 69.
21, Rüe.—Id., VII, 58.
23, Discretion.—Sans faire de distinction; du latin discretio, qui a cette signification; aujourd’hui, ce mot ne s’emploie plus dans ce sens.
25, Regle.—Diogène Laerce, VI, 96.—L’ex. de Bord. portait: s’accouploit à lui en public; mais cette addition a ensuite été rayée.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. ajoutent: Solon fut, à ce qu’on treuue, le premier qui donna par ses loix liberté aux femmes, de faire profit publique de leurs corps. Cette phrase rayée depuis sur l’ex. de Bord. y avait été complétée de la sorte: toutefois, si ie ne me trompe, Herodote recite auant lui cet vsage receu à plusieurs polices, addition qui a pareillement été rayée.
31, Protagoras.—Sextus Empiricus, I, 29 et 32.
386,
7, Maintenir.—Luther faisant allusion aux interprétations diverses que chacun en tirait à l’appui de ses dires, appelait l’Écriture sainte «le livre des hérétiques».—Montesquieu en parle de même: «C’est un pays où les chrétiens de toutes sectes font des descentes et vont comme au pillage; c’est un champ de bataille où les nations ennemies se rencontrent, se livrent bien des combats, où l’on s’attaque, où l’on escarmouche de bien des manières; la plupart des interprètes n’ont point cherché dans l’Écriture ce qu’il fallait y croire, mais ce qu’ils croyaient en eux-mêmes.»
23, Pourtant.—C’est pourquoi, c’est pour cette raison.—Montaigne, qui fait un usage fréquent de ce mot, l’emploie presque toujours dans ce sens.
32, Landit.—Par le landit.—Le landit ou lendit était le salaire de leurs leçons que les écoliers donnaient à leurs maîtres, et qu’il était d’usage de remettre lors de la foire dite du Landit, qui se tenait à S.-Denis; d’où le nom attribué à ce paiement fait constamment à cette époque et qui, pour les élèves de l’université, consistait en six ou sept écus d’or fichés dans un citron et qu’on mettait dans un verre de cristal; les écoliers désignaient entre eux, sous le nom de «frippelandis», ceux qui frustraient leurs régents de ce présent. Quant au nom même de la foire, il viendrait du latin indictum, comme ayant toujours lieu à jour dit, fixé d’avance une fois pour toutes.
37, Dire.—Rabelais, prologue du livre I de Gargantua, exprime la même idée: «Croyez-vous, en vostre foy, qu’oncques Homere, escriuant l’Iliade et Odyssée, pensast es allegories, lesquelles de luy ont calfreté Plutarche, Heraclides Ponticq, Eustatie, Phornute, et ce que d’iceux Potitian a desrobé? Si le croyez, vous n’approchez ne de pieds ne de mains à mon opinion qui decrete icelles aussi peu auoir esté songées d’Homere que d’Ouide, en ses Metamorphoses, les sacremens de l’Euangile, lesquels vn frere Lubin, vray croquelardon, s’est efforcé demonstrer, si d’aduenture il rencontroit gens aussi fols que luy.»
388,
16, Mesmes.—Et on le met en opposition avec lui-même.
20, Heraclitus.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 29.
25, Amer.—Sextus Empiricus, Adv. Math., 163.
28, Cyrenayens.—Ou Cyrénaïques. Cicéron, Acad., II, 7.
34, Chacun.—Cicéron, Acad., II, 46.
37, Retirée.—Séparée, disjointe.
38, Cogitation.—C’est la conclusion que Platon poursuit dans le Phédon et le Théétète.
390,
14, Sentiment.—C’est à peu près la même idée qu’exprime Helvetius, quand il dit: «Juger, c’est sentir.»
17, Cognoissance.—Descartes, Locke, Condillac et autres philosophes de temps postérieurs à Montaigne, n’ont fait que le copier, quand ils ont dit et répété leur fameux: «Cogito, ergo sum (Je sens, je pense, donc j’existe).»
24, Dit.—Acad., II, 27.
30, Perdu.—Plutarque, Contredits des phil. stoïques, 9.
392,
22, Apprehendent.—Ne le saisissent, ne le conçoivent.
31, Bute.—Le tir à l’arquebuse.
40, Costier.—Que le coup a porté trop haut, ou à côté du but.
394,
1, Dire.—Que nous ayons à regretter, qui nous manque.
4, Sens.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
7, Rapporter.—Que peuvent être ces vertus d’assécher ou restreindre que Montaigne prête à la pomme? S’il veut dire qu’elle pourrait être susceptible de se dessécher et de se contracter, ce qui est, nous le constatons par la vue; s’il entend par là causer de l’altération et de la constipation, nous sommes à même de le constater par le palais et les intestins. Aussi, tout en saisissant parfaitement l’idée de l’auteur qui veut dire que «si la pomme a d’autres propriétés que celles que nous lui connaissons, elles nous échappent parce que peut-être nous ne possédons pas les sens nécessaires pour que nous nous en apercevions», faute de pouvoir préciser plus qu’il ne fait, nous le reproduisons textuellement.
12, Choses.—Cette réflexion de Montaigne se confirme de plus en plus de nos jours, avec les progrès de l’électricité dont nous constatons les effets, les produisant et même en tirant parti, alors que leur explication nous échappe et qu’eux-mêmes vont déroutant complètement notre entendement, comme il arrive encore de la télégraphie sans fil, des rayons X, du radium, etc., etc.
396,
11, Videtur.—Montaigne a traduit ces deux vers, avant de les citer.
21, Timagoras.—Cicéron, Acad., II, 25.
25, Epicuriens.—Au jugement des Épicuriens, c’est de.
398,
6, Plaira.—Aux exemples qu’il va donner, Montaigne aurait pu en ajouter beaucoup d’autres, particulièrement en ce qui touche la vue, le plus trompeur de nos sens; les illusions d’optique dues à la réflexion, à la réfraction, au mirage etc..., abondent en effet.
34, Vastité.—Étendue, immensité; mot forgé par Montaigne, du latin vastitas, d’où vient notre adjectif vaste.
41, Zenon.—Diogène Laerce, IV, 23.
400,
6, Fascheux.—Ne fut pas blâmable, n’eut pas tort.
9, Moy.—Diogène Laerce, IV, 36.
19, Espaigne.—Le corail.
20, Oceane.—Les perles.
22, Sien.—«L’irréel est, dans certains cas, plus vrai que le réel; ainsi, les objets ont des états, des formes nettement déterminés; états et formes qui n’importent pas tant que ceux sous lesquels nous les voyons constamment, souvent très différents de la réalité» (Le Bon), ainsi qu’il arrive, dans les effets de perspective, au théâtre, par exemple.
27, Narcisse.—Était d’une admirable beauté; s’éprit de sa propre image et, de chagrin de ne pouvoir la posséder, se noya dans la source où il l’apercevait et fut changé en la fleur qui porte son nom.
34, Sequitúrque.—Le texte latin porte loquiturque.
38, Tours.—Leur hauteur est de 68 m. L’église est érigée sur l’emplacement de l’ancienne cathédrale mérovingienne qui avait, elle-même, remplacé un temple païen; sa construction, commencée en 1163, ne fut achevée qu’en 1230, et encore seulement dans son ensemble.
402,
3, Terre.—Idée reproduite par Pascal: «Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut pour marcher à son ordinaire, s’il y avait dessous un précipice, quoique la raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra.»
4, Deça.—Les Pyrénées, de ce côté-ci de la France.
12, Yeux.—Démocrite; mais le fait est controuvé. Cicéron, De Fin. bon. et mal., 29, n’en parle que comme d’une chose incertaine, et Plutarque, De la Curiosité, II, dit positivement que c’est une fausseté.
20, Theophrastus.—Plutarque, Comment il faut ouïr, 2.
28, Fureur.—L’inverse se produit également: David, jouant de la harpe, calmait Saül tourmenté par le mauvais esprit; Odette de Champdivers endormait parfois, en touchant de son luth, la sombre folie de Charles VI; et, de nos jours, des médecins parlent de traiter par la musique certaines maladies.
34, Protocole.—Protocole était, du temps de Montaigne, le qualificatif appliqué à qui, le texte d’un discours en main et placé derrière celui qui le prononçait, lui soufflait ce qu’il avait à dire s’il se trompait ou demeurait court; qui en un mot remplissait un rôle analogue à celui du souffleur au théâtre. Ce terme ne s’applique plus aujourd’hui qu’au formulaire suivi dans l’accomplissement d’actes publics et aux procès-verbaux auxquels donnent lieu certains d’entre eux.
34, Gracchus.—Plutarque, Comment il faut refréner la colère, 6.—T. Gracchus était emporté, violent dans sa manière de dire, et avait pour le calmer un de ses serviteurs qui, avec une petite flûte, jouant sur un ton doux et mélodieux quand sa voix s’élevait, l’en avertissait. «Je voudrais, quant à moi, ajoute Plutarque, que l’on me présentât un miroir quand je me mets en colère et que j’y visse mes traits convulsés par cette passion; ce serait aussi utile à d’autres.»—L’histoire romaine présente un autre cas d’un joueur de flûte attaché aux pas d’un autre personnage; mais c’est à un tout autre titre, non pour le rappeler à lui-même, mais pour le signaler aux autres: à Duilius, vainqueur à la première bataille navale remportée sur les Carthaginois (l’an 200, lors de la première guerre punique), le Sénat accorda, à titre d’honneur, d’être reconduit le soir à la lueur de flambeaux et précédé d’un joueur de flûte. A cette même occasion fut érigée à Rome une colonne rostrale qui, restaurée à diverses reprises, existe encore; l’inscription qu’elle porte est un des monuments les plus anciens de la langue latine; cette colonne est aujourd’hui surmontée d’un bec de gaz!
404,
1, Enuy.—Pascal a reproduit cette même idée, en employant les mêmes termes: «Les sens abusent la raison par de fausses apparences; et cette même piperie qu’ils lui apportent, ils la reçoivent d’elle à son tour. Elle s’en revanche: les passions de l’âme troublent les sens et leur font des impressions fâcheuses. Ils mentent et se trompent à l’envy.»
3, Thebas.—On voit..., comme voyait Penthée, roi de Thèbes, poursuivi par les Bacchantes dont il avait surpris les mystères et qui le mirent en pièces.
25, Cymmeriennes.—Semblables aux ténèbres au milieu desquelles vivent les Cimmériens, peuple mythologique habitant la région montagneuse au Sud de Naples, et qui passait pour vivre sous terre dans des ténèbres continues; les poètes plaçaient chez eux l’une des entrées de l’enfer.
406,
4, Democritus.—Plutarque, Des Opinions des phil., IV, 10.
14, Cherchons.—Pendant longtemps, la salive a joui d’une grande réputation contre beaucoup de maladies, en particulier contre les plaies et les ulcères. Payen.
15, Marins.—Poisson qu’on nomme aussi cycloptère ou blème. «Il ne peut, dit-on, raconte Pline (Nat. Hist., XXXII, 1), être capturé vivant; par contre, lorsqu’il est dans son élément, il suffit de le toucher du doigt, pour être empoisonné et en mourir.»
18, Poisson.—C.-à-d.: Que croire? est-ce le poisson qui est un poison pour l’homme, ou l’homme qui est un poison pour le poisson?
25, Hyposphragma.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.—L’Hyposphragma est un épanchement de sang sous la conjonctivite, membrane qui unit les paupières au globe de l’œil.
408,
4, Ordinairement.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
28, Choses.—Les éd. ant. portent: Les malades prestent de l’amertume aux choses douces: par où il nous appert que nous ne receuons pas les choses comme elles sont, mais, au lieu de: «Nous... choses».
34, Quoy.—S’agit-il maintenant de prouver que les sens...; ou encore: Veut-on une preuve que nos sens...
36, Plate.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
38, Sentiment.—Odorat.
40, Veue.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
41, Pennes sans fin.—Bague en métal bruni fort en usage jadis et qui n’a pas complètement disparu, qu’on appelle parfois aujourd’hui «bague sorcière», constituée par un anneau strié extérieurement comme des barbes de plumes. Les stries qui forment entre elles un angle obtus semblent, par un effet d’optique, s’évaser lorsqu’on tourne la bague sur le doigt, présentant alors quelque ressemblance avec la plume d’oiseau; si le métal n’est pas bruni, l’illusion est moins prononcée. C’est un effet analogue à celui qui se produit quand on regarde deux colonnes torses dont les hélices sont en sens contraire; elles paraissent n’être pas parallèles, alors même que toutes deux sont dressées verticalement.
410,
6, Oculaire.—Sénèque, Nat. Quæst., I, 16.
11, Humeur.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
24, Veillent.—Les éd. ant. aj.: puis que cet estat là, a force de donner aux choses vn autre estre, que celuy qu’elles ont: puis qu’vne humeur iaunâtre, nous change toutes choses en iaune.
29, Temperé.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
34, Verité.—Les éd. ant. aj.: ny quelle est leur nature.
412,
16, Rouet.—C.-à-d. au bout de nos moyens d’action.—Être au rouet, terme de chasse, se dit du lièvre qui, pourchassé et épuisé par une longue course, ne fait plus que tourner autour des chiens.
27, Passions.—Sensations, perceptions.
29, Discrepances.—Différences, du latin discrepantia, contradiction, disconvenance, diversité.
414,
15, Platon.—Dans le Théétète.
18, Fluxion.—Vicissitude; du latin fluere, couler, s’échapper, s’évanouir.
18, Muance.—Changement, transformation, du latin muere qui a même signification.
22, Labile.—Sujette à changer; du latin labilis, tombant, caduc, fragile.
25, Heraclitus.—Sénèque, Epist. 58; Plutarque, Traité sur le mot Εἴ.
29, Autres.—Tout ce qui suit, jusqu’aux mots «et sans fin» (pag. 418, lig. 15), excepté les vers qui s’y trouvent inclus, est un passage de Plutarque, Traité sur le mot Εἴ, transcrit dans les propres termes d’Amyot, son traducteur.
416,
41, Incontinent.—«Le moment où je parle est déjà loin de moi.» Boileau. «Le présent est très court; si court que quelques hommes ont nié son existence; en effet, il est toujours en marche: il vole, se précipite, il a cessé d’être avant d’être arrivé.» Sénèque.
418,
9, Sera.—Plutarque ne fait ici que transcrire et développer ces paroles du Timée de Platon: «Nous avons tort de dire, en parlant de l’éternelle essence: Elle fut, Elle sera; ces formes du temps ne conviennent pas à l’éternité; elle est, voilà son attribut. Notre passé et notre avenir sont deux mouvements; or l’immuable ne peut être de la veille, ni du lendemain; on ne peut dire qu’il fut, ni qu’il sera; les accidents des créatures sensibles ne sont pas faits pour lui, et des instants qui se calculent ne sont qu’un vain simulacre de ce qui est toujours.»
19, Payen.—Plutarque, ou peut-être Platon dont Plutarque vient d’exprimer la pensée.
20, Condition.—Païen comme le premier, c’est Sénèque.
21, Dit-il.—Sénèque, Nat. Quæst., I, préf.
27, Car.—Les éd. ant. port.: Il n’est mot en toute la secte stoïque plus veritable que celuy là, mais, au lieu de: «Voilà... car».
31, Celestes.—Cette conclusion résume bien la thèse absolument contraire à celle de Sebond, que l’auteur s’est proposée dans ce long chapitre: que l’homme ne peut, par ses propres moyens, arriver à rien de certain et qu’il a besoin à cet effet, d’être éclairé par une lumière divine.
CHAPITRE XIII.
420,
2, Humaine.—«C’est un beau cinquième acte, qu’une bonne mort.» Sainte-Beuve.
4, Resolus.—Persuadés, convaincus.
35, Qu’vn.—J.-J. Rousseau exprime et développe cette même pensée, qui chaque jour devient de plus en plus vraie, en ce temps de vie à outrance: «Nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout; les temps, les lieux, les hommes, les choses, tout ce qui est, tout ce qui sera, importe à chacun de nous; notre individu n’est plus que la moindre partie de nous-mêmes... O homme! resserre ton existence au dedans de toi.»
422,
5, Mei.—César, dans sa hâte de suivre Pompée passé en Grèce, avait, faute de moyens de transport suffisants, laissé la majeure partie de ses troupes à Brindisi. Ne les voyant pas arriver et craignant qu’elles ne fussent coupées de lui par la flotte dont disposait Pompée alors que lui-même n’avait que des bâtiments de commerce, voulant presser leur venue, il s’embarqua incognito, de nuit, sur une barque, par un temps affreux; et, le pilote n’arrivant pas à surmonter les difficultés, César, pour stimuler ses efforts, lui dit: «Que crains-tu? tu portes César et sa fortune.» Nonobstant cette confiance en lui-même, il ne parvint pas à effectuer la traversée qu’il avait en vue, les flots le rejetèrent à son point de départ.
18, Actions.—L’éd. de 88 et l’ex. de Bord. aj.: et qu’vn grand roy lui couste plus à tuer qu’vne puce.
29, Temps.—Il faut encore tenir compte si c’est une mort soudaine ou qui vienne pour ainsi dire à pas comptés.
32, Tourmens.—Le cruel empereur qui voulait faire sentir la mort à ses victimes, c’est Caligula (Suétone, Caligula, 30); et c’est Tibère qui dit, de l’une des siennes qui s’était tuée elle-même, qu’elle lui avait échappé (Suétone, Tibère, 61); mais ces deux monstres se ressemblent si fort en cruauté, qu’il est aisé de les prendre l’un pour l’autre.
39, Desseignoit.—Avait dessein, projetait.
43, Planché.—Planchéié, comme il se dit aujourd’hui.
424,
4, Mourir.—Lampridius, Heliog., 33.—Héliogabale fut tué dans une sédition militaire par des soldats qui le massacrèrent dans des latrines où il s’était réfugié: son cadavre fut traîné par les rues et jeté dans un égout; mais l’égout s’étant trouvé trop étroit, on le précipita, une pierre au cou, dans le Tibre (222). V. I, 380 et N. [Retraict].
8, Propre.—Si on l’eût mis dans le cas de se tuer.
14, Prusse.—Les Abruzzes, province de l’Italie méridionale.—On a pensé qu’il y avait là une faute d’impression évidente et qu’il faut lire Prusse; c’est douteux, du moins en ce qui touche la substitution d’un P au B: certains auteurs, en effet, écrivent Apruzia, d’où Montaigne a fait la Prusse, comme l’Apulia, autre province de la même région, est devenue la Pouille.
15, Apres.—En 48, à Corfinium. Désespérant de pouvoir s’y défendre, Domitius demanda du poison à son esclave qui était médecin. L’ayant absorbé et apprenant avec quelle bonté César traitait ses prisonniers, il regretta son acte, mais son esclave le rassura en lui avouant que ce n’était qu’un narcotique qu’il lui avait remis. Satisfait de cette assurance, il alla trouver César qui l’accueillit avec beaucoup d’amitié, ce qui ne l’empêcha pas de passer, peu après, à nouveau dans le camp de Pompée. Plutarque, César, 10.
22, Gents.—Tacite, Annales, IV, 22.—Plautius Sylvanus était sous le coup d’une accusation capitale pour avoir précipité sa femme du haut de sa maison (22).
24, Parties.—A ses ennemis.—Tacite, Ann., VI, 48. Albucilla était accusée d’adultère et d’impiété envers le prince (36).
25, Sicile.—Plutarque, Nicias, 10.—Lors de l’expédition des Athéniens en Sicile, en 413, Démosthène, l’un de leurs généraux, se voyant, après une résistance opiniâtre, hors d’état d’échapper, se perça de son épée; mais, ne s’étant pas tué du coup, il fut fait prisonnier et, quelque temps après, lapidé par les Syracusains.
26, Impetra.—Obtint par des prières; du latin impetrare qui a cette signification; impétrer est demeuré dans le langage judiciaire.
27, Acheuer.—Appien, De Bello Mithrid.—Fimbria, un des plus fougueux et plus cruels partisans de Marius. Envoyé en Asie Mineure, il y assassina son général pour se substituer à lui; pressé par Sylla, il se donna la mort (85). Un de ses hauts faits fut la destruction de fond en comble d’Ilion (l’ancienne Troie), et le massacre de tous ses habitants.
31, Transperça.—Tacite, Ann., XVI, 15.—Ostorius, qui jouissait d’une grande réputation militaire et de l’éclat d’une couronne civique méritée en Bretagne, fut réduit à se tuer, parce que, chez lui, avait été lu un poème satirique contre Néron (68).
35, Tuer.—Xiphilin, Adrien.—Cette précaution ne lui réussit pas; pressé par la maladie et voulant en finir, il ne trouva personne qui voulût lui porter le coup mortel, ni lui donner du poison.
37, Courte.—Suétone, César, 87.—César tint ce propos dans un repas, la veille de sa mort; ce disant, il faisait allusion aux conspirations journellement ourdies contre lui et dont on ne cessait de l’entretenir, et il ajouta: «Mieux vaut mourir une fois, que de craindre toujours.»
39, Humaine.—Pline, Hist. nat., VII, 53, dit: «une mort subite».—«Le dernier plaisir de la vie, est de mourir sans y penser.»
426,
4, Mourir.—De là cette locution si répandue: «Je voudrais, je préférerais être mort», qui se dit fréquemment à propos de toute difficulté ou souffrance morale ou physique dont la mort vous délivrerait. Mais avant d’être mort, ce que l’on peut souhaiter de fort bonne foi, il faut mourir; et nos appels à la mort en sont moins sincères, ainsi que l’a si bien rendu La Fontaine, dans sa fable de «la Mort et le bûcheron»; parce qu’entre les deux, pour qui est en pleine possession de lui-même, il y a un moment redoutable à franchir: le corps s’y trouve généralement aux prises avec la douleur, et fréquemment l’âme appréhende l’inconnu de l’au-delà.
5, Æstimo.—Le vers latin, qui est de Cicéron, est la traduction d’un vers grec d’Epicharme.
13, Cogitation.—Mesuré et calme, plutôt qu’aigri et surexcité par le fardeau d’une telle pensée. V. N. III, 576: [L’vn].
28, Fois.—Cornelius Nepos, Atticus, 22.—Nulle mort dont le récit nous a été conservé ne témoigne un plus grand détachement de la vie; parmi les plus belles, on peut dire que celle de Socrate lui était imposée par sa condamnation, celle de Caton par la situation, et qu’ils ont eu à cœur de se montrer à hauteur de leurs principes; chez Atticus, aucun motif n’excite son courage, il meurt parce qu’il est las de la vie, sans forfanterie, à l’insu de tout le monde.
33, Cleanthes.—Diogène Laerce, VIII.
40, Marcellinus.—Tout ce récit est emprunté de Sénèque, Epist. 77.
428,
13, Roüons.—Tournons. Ce mot est encore aujourd’hui employé comme terme de marine: Rouer un câble, c’est le plier en l’enroulant sur lui-même.
15, Mort.—C’est ce que les Anglais appellent le spleen.
30, Essayer.—La goûter, la savourer.
430,
4, Premier.—Après la bataille de Thapsus (46), Caton qui commandait à Utique, voyant les affaires perdues, après avoir pourvu à la sûreté de tous ceux qui s’étaient réfugiés dans la place et se trouvaient compromis, résolut de se tuer, ne voulant pas en outre devoir de grâce à César, dont on connaissait les dispositions bienveillantes à son égard. Sa résolution avait transpiré; pour l’empêcher de la mettre à exécution, la veille on lui avait retiré son épée; il s’en était aperçu et l’avait fait rapporter, observant à ses proches et amis qui le pressaient de renoncer à son dessein, que finalement une épée n’était pas indispensable pour mettre fin à ses jours. Il passa la nuit à lire et méditer le Phédon, dialogue où Platon traite de l’immortalité de l’âme. Le lendemain matin, jugeant le moment venu, il fit retirer chacun et se perça de son épée; le bruit qu’occasionna sa chute fit accourir son fils et ses amis; on profita de son évanouissement pour panser la blessure qu’il s’était faite, mais revenu à lui, il repoussa le médecin avec violence, arracha le pansement, déchira la plaie de ses propres mains et expira sur-le-champ.—Ce sujet fut le premier donné, l’an V (1797) de la République, par l’Institut national de France, aux élèves de peinture pour le concours du grand prix, après l’interruption causée par la Révolution. V. N. II, 586: [Ieune Caton].
CHAPITRE XIV.
7, Iustement.—Également.
10, Faim.—C’est le sophisme dit de l’âne de Buridan qui, supposant un âne également pressé par la faim et la soif, placé entre une mesure d’avoine et un seau d’eau et à égale distance, demandait: «Que fera-t-il?» Si on lui répondait qu’il demeurerait immobile: «Il se laissera donc mourir?» disait Buridan. On lui répliquait qu’il ne serait pas bête à ce point. «Alors, concluait-il, se tournant d’un côté plutôt que d’un autre, il a donc son libre arbitre.»—Ce sophisme embarrassa fort, paraît-il, les dialecticiens de l’époque; il était cependant aisé d’y répondre: Comment aurez-vous la certitude que lorsqu’il se décidera l’animal sera au même degré pressé par un besoin et par l’autre, et qu’il ne cède pas à celui qui, à votre insu, le presse le plus?
11, Stoïciens.—Plutarque, Contredits des phil. stoïques, 24.
28, Circonference.—Ces absurdités sont jeux d’écoliers, nous ne connaissons pas le raisonnement captieux démontrant que «le contenu est plus grand que le contenant».—Pour prouver que «le centre d’un cercle est aussi grand que sa circonférence, on suppose le cercle se déroulant suivant une ligne droite; sa circonférence se développant de A en A’,
le centre O vient en O´, or OO´ = AA´. De même acabit sont les problèmes suivants:
«Le diamètre d’un cercle est égal à sa demi-circonférence.» Observons tout d’abord que dans un cercle les deux demi-circonférences décrites sur les deux moitiés d’un diamètre sont au total égales à la demi-circonférence qui les englobe;
appliquant ce principe de proche en proche à toutes les demi-circonférences intérieures que l’on peut construire de la sorte, leur total reste égal à la demi-circonférence extérieure en même temps qu’elles en arrivent à se confondre avec le diamètre.—Si on considère que dans le problème précédent AA´ est égal à trois fois le diamètre, et que la présente démonstration conclut à ce que le diamètre est égal à la demi-circonférence, on en arrive à ce que un égale deux.
Si un égale deux, «deux égale trois». Supposons trois nombres a, b, c, tels que: a = b + c. Il en ressort que: 2a = 2b + 2c et aussi 3a = 3b + 3c; de ces deux additions égales en inversant les deux termes de la seconde, on a: 2a + 3b + 3c = 2b + 2c + 3a; de chacun des deux termes de cette dernière retranchons 5a, elle devient 3b + 3c - 3a = 2b + 2c - 2a ou 3 (b + c - a) = 2 (b + c - a); supprimant le facteur commun b + c - a, on a 3 = 2.
«Une bouteille vide égale une bouteille pleine.» On est en droit de poser: ½ bouteille vide = ½ bouteille pleine; supprimons ½ facteur commun, et l’énoncé du problème est démontré.
«Une flèche qui atteint le but, dit Zénon d’Élée, n’a pu cependant franchir la distance.» Divisons cette distance en deux parties; ce qui reste également, continuons de la sorte indéfiniment, il restera toujours quelque chose à diviser, et par suite à franchir.—C’est une démonstration du genre de celle qui prouve que deux courriers se pourchassant, si vite qu’aille celui qui poursuit, il ne peut rattraper l’autre, si lente que soit l’allure de ce dernier et si faible que soit la distance qui les séparait au début.
30, Cercle.—La recherche de la pierre philosophale (alchimie) et de la quadrature du cercle (construction d’un carré de surface équivalente à celle d’un cercle donné) sont deux problèmes insolubles, qui occupaient beaucoup les esprits aux temps jadis.
32, Pline.—Les éd. ant. aj.: Il n’y a rien de certain que l’incertitude et rien de plus misérable et plus fier que l’homme. Cette addition est la traduction de la citation qui suit.
CHAPITRE XV.
432,
Malaisance.—Difficulté d’avoir les choses.
2, Remaschois.—Au figuré, remâcher, c’est repasser à diverses reprises dans son esprit.
2, Mot.—Les éd. ant. aj.: et tres veritable.—Cet ancien, c’est Sénèque, Epist. 4.
5, Preparez.—Sénèque, Epist. 4.
6, Fruition.—Jouissance; mot forgé, par Montaigne, du latin frui, jouir.
9, Estroict.—Les éd. ant. port.: ferme.
15, Parens.—Danaé, fille d’Acrisius, roi d’Argos (Grèce), fut enfermée dans une tour d’airain par son père, auquel l’oracle avait prédit qu’il serait tué par l’enfant qui naîtrait d’elle. Jupiter pénétra dans cette tour sous forme d’une pluie d’or (la toute-puissance de l’argent a été connue de tous temps), et séduisit Danaé. De cette union naquit Persée, qui plus tard, en effet, fut, par accident, le meurtrier d’Acrisius. Myth.
24, D’autre.—Plutarque, Lycurgue, 11.
28, Sauce.—Dans son poème Les filles de Minée, La Fontaine dit:
«La défense est un charme; on dit qu’elle assaisonne
Les plaisirs, et surtout ceux que l’amour nous donne.»
34, Morsures.—Plutarque, Pompée, 1.
434,
6, Ancone.—La marche d’Ancône, province de l’Italie centrale, où est le sanctuaire de N.-D. de Lorette en qui l’on croit posséder la Santa Casa ou maison de la S. Vierge et une statue d’elle, en bois de cèdre, sculptée par l’apôtre S. Luc. Cette maison de la Vierge aurait été transportée par les saints Anges de Nazareth à Lorette; à l’encontre de cette tradition un érudit, le chanoine Ulysse Chevalier, a publié en 1906 que, d’après ses études, elle a tout simplement été construite avec les pierres d’une carrière voisine, par des architectes nommés Anges.
7, Sainct Iaques.—S.-Jacques de Compostelle à Santiago en Galice (Espagne), où se trouvait le corps de l’apôtre S. Jacques.
8, Liege.—A Liège (Belgique). Non loin de là se trouvent les eaux de Spa, appelées ici, par Montaigne, les bains d’Aspa.
10, François.—Par application du proverbe: «Nul n’est prophète en son pays.»
12, Autre.—Plutarque, Caton d’Utique, 7.—Caton, qui avait deux enfants d’un mariage antérieur, avait consenti à se séparer de sa femme Martia, dont il n’en avait pas, pour la céder à Hortensius son ami, qui n’en avait pas non plus, ce qui était admis par les mœurs romaines. A la mort d’Hortensius, autant par affection que pour ne pas la laisser dans une position difficile, Caton reprit Martia par un second mariage en règle, toutes choses qu’autorisait à Rome la faculté illimitée du divorce; César néanmoins lui en faisait de vifs reproches dans son Anti-Caton: «S’il avait besoin de femme, disait-il, pourquoi céder la sienne à un autre; et, s’il n’en avait pas besoin, pourquoi la reprendre? Cela ne montre-t-il pas une arrière-pensée: on prêtait une femme pauvre à Hortensius, on espérait la retrouver riche». V. N. II, 586: [Ieune Caton].
28, Plus.—La Fontaine disait à une courtisane chez laquelle il était entré un jour par hasard et qui se laissait doucement caresser, sans opposer la moindre résistance à ses désirs: «Je t’en prie, repousse-moi un peu.»
37, Amants.—Tacite, Ann., XIII, 45.—Chez les Lacédémoniens, les filles sortaient en public à visage découvert et les femmes voilées, parce qu’il faut, disaient-ils, que les filles trouvent mari et que les femmes gardent celui qu’elles ont; comme quoi, une même chose peut être envisagée à deux points de vue complètement opposés.
41, Bastions.—Au propre, saillants de fortification; ici, pris au figuré, allusion aux vertugadins, paniers dont les dames faisaient alors usage dans leur toilette, sorte de jupons garnis de cercles de baleine, assez analogues aux crinolines du second empire, soutenant les jupes et rendant les robes bouffantes.
43, Appetit.—Par la difficulté, aj. l’éd. de 88.
436,
8, Desbaucher.—Porter à une gaîté licencieuse.
10, Triompher.—Add. de l’éd. de 88 et de l’ex. de Bord.: de la rigueur.
14, Haissent.—Add. de l’éd. de 88: mortellement.
30, Seruist.—Valère Maxime, II, 1, 4.—Cette assertion est-elle exacte? ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Rome les femmes étaient assez libres et le divorce appliqué pour la moindre cause.—Toujours est-il que son introduction en France est loin de confirmer la thèse de Montaigne. Il y a été autorisé en 1884; de 1885 à 1890, la moyenne annuelle des demandes a été de 9.300, suivant d’année en année une progression ascendante constante. En 1901, 10.500 instances ont été introduites se répartissant à peu près également entre gens ayant des enfants et gens n’en ayant pas, 9.000 ont été accordées, à quoi il convient d’ajouter plus de 2.000 séparations de corps. En 1904, il y en a eu 9.860 prononcés en dehors des séparations de corps; en 1905, 10.019.—Il est à observer que les divorces pour cause d’adultère sont presque en nombre double pour adultère de la femme, que pour cette même faute commise par l’homme; ce n’est pas que celui-ci soit plus respectueux de la foi conjugale, mais outre que dans son cas il n’y a pas risque d’un enfant pouvant en résulter, cela tient encore à ce que pour des raisons diverses la femme supporte plus facilement d’être trompée et aussi qu’elle est plus facile à l’être. Et aujourd’hui que le divorce est passé dans les mœurs, l’idée gagne de l’affranchir des fictions judiciaires qui en restreignent l’obtention: les motifs légaux n’existant pas, on les suppose, on va jusqu’à en créer les apparences de commun accord; d’où la tendance à l’admettre par consentement mutuel, et même sur la volonté d’un seul avec conditions de délai; il y a bien la question des enfants, mais n’a-t-on pas déjà passé outre! C’est là le seul point intéressant; et à l’encontre de ce qui se pratique, il semble qu’il vaudrait mieux pour eux, quel que soit le motif du divorce, au lieu d’être attribués à l’un, sous réserve de certains droits concédés à l’autre, que celui auquel ils sont laissés, les ait sans restriction ni obligation vis-à-vis de la partie adverse; les obtiendrait celui en faveur duquel le divorce serait prononcé dans les cas d’indignité, d’inconduite, de sévices et injures graves; celui contre lequel la demande en divorce aurait été introduite dans le cas d’incompatibilité d’humeur quand il sera admis, ce qui avec les idées actuelles ne saurait tarder beaucoup.—Du reste, le mariage lui-même tend à être réduit à sa plus simple expression. On voudrait le rendre aussi facile que possible à contracter, ne le subordonner à aucun consentement autre que celui de ceux qui veulent s’unir; supprimer la puissance maritale, chacun des conjoints ayant mêmes droits, toute liberté et toute indépendance; le régime de la séparation de biens deviendrait la règle unique; l’adultère cessant d’être un délit ne serait plus qu’une cause de divorce, dont l’obtention serait du reste grandement facilitée, si bien que les seules différences qui subsisteraient encore entre le mariage et l’union libre, se réduiraient à la publicité donnée à l’union contractée, l’octroi de la légitimité aux enfants nés pendant sa durée et la possibilité de liquider les intérêts matériels de chacun après sa dissolution.
438,
5, Serpunt.—L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion; Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.
8, Moyen.—Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée, la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs, dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!» En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.—Et pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés en désuétude: le «Treadmill» où le condamné est mis automatiquement dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à faire tourner une roue; le Cat (le chat à neuf queues) qui consiste à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté, sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique, que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.
9, Argippées.—Hérodote, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver, il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été. Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme sacrés.
19, Violence.—C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.
32, Frontieres.—Ce n’est pas en effet des places frontières qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint, particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible, avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi, Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.
36, Riches.—Pauvres et riches s’intéressent au pillage que promet une incursion sur un territoire étranger; les riches seuls le sont à s’en défendre sur leur propre territoire.
37, Faitte.—Le père de Montaigne avait, en 1554, réédifié sa maison, en la fortifiant selon les habitudes et les nécessités de l’époque; Montaigne nous fait connaître ici que lui-même ne jugea pas à propos de tirer parti de ces dispositions défensives. Cette maison demeura telle jusqu’en 1859, où ses descendants s’en défirent. Déjà en partie transformée par les changements que les acquéreurs y avaient apportés, elle devint la proie des flammes en 1885, à l’exception de la grosse tour et de quelques communs qui furent épargnés; elle a été reconstruite depuis, mais sur un plan notablement différent: seules la tour et la pièce constituant la bibliothèque de Montaigne qu’il décrit III, 156, ont été maintenues dans leur état primitif.
440,
2, Defortifié.—Henri IV et surtout Richelieu firent en effet démanteler quantité de ces forteresses particulières.
3, Dangereux.—Regrettable, triste, fâcheux.
6, Infiables.—Suspectes.
12, Improuidence.—Votre défaut de vigilance et de prévoyance à pourvoir à votre sûreté.—Montaigne affectionne ces mots négatifs formés avec un préfixe (dé, il, im, in, ir, suivant le cas), et les forge fréquemment quand ils n’existent pas.
29, Enregistrable.—La maison de Montaigne, épargnée jusque-là, finit par être pillée.
29, Ans.—Ces troubles avaient commencé en 1560.
CHAPITRE XVI.
442,
19, Hominibus.—Dans l’Évangile de S. Luc, d’où cette citation est tirée, la phrase est complétée par ces mots: bonæ voluntatis (aux hommes de bonne volonté).
23, Diogenes.—Cicéron, De Fin., III, 17.
32, Loüanges.—«L’art de louer commença l’art de plaire.» Voltaire.
36, Fleurisse.—Traduction d’un vers d’Homère, que Cicéron a également traduit, De Fin., V, 18.
39, Acquerir.—Cicéron, De Fin., III, 17.
444,
5, Cache ta vie.—Ce précepte, dû à Nicoclès frère d’Épicure, devint un des principes fondamentaux de l’école. Dans un de ses traités, intitulé: Si ce mot commun «cache ta vie» est bien dit? Plutarque s’élève avec force contre cette maxime qu’il considère comme destructive de tous intérêts sociaux, en détournant de se mêler des affaires publiques, dont le tracas est incompatible avec la tranquillité; elle est plutôt à entendre comme signifiant qu’exposés à l’envie comme nous le sommes, il est prudent de cacher ses avantages pour pouvoir en jouir à l’aise.
«Pour être heureux, n’excitez point l’envie.
Le secret du bonheur est de cacher sa vie.» De la Bouisse.
8, Celuy.—Épicure.
23, Hermachus.—Cette lettre d’Épicure est dans Cicéron, De Fin., II, 30, qui dit Hermarchus; Diogène Laerce, X, 22, la donne comme adressée à Idoménée, autre disciple de ce philosophe.
446,
1, Metrodorus.—Cicéron, De Fin., II, 31.
2, Desirable.—Cicéron, De Fin., III, 17, attribue cette doctrine aux Stoïciens, et ajoute qu’ils ne l’ont admise que parce que, sur ce point, ils n’ont pu répondre à Carnéade.—Carnéade, député à Rome par ses concitoyens, s’y était fait remarquer par son éloquence; mais une fois, ayant parlé au Sénat avec un égal talent pour et contre une même question, Caton fit décider de renvoyer au plus tôt un sophiste aussi dangereux.
8, Fuyr.—Aristote, Morale à Nicomède.
10, Subiect.—Ce traité de Cicéron sur la gloire est aujourd’hui perdu; Pétrarque semble l’avoir possédé. C. de M.
13, Suitte.—Marcellus avait élevé un temple à la Vertu, un autre à l’Honneur, et il fallait passer par le premier pour arriver au second, symbolisant ainsi que la vertu est le principe même de l’honneur.
18, Philosophe.—Montaigne, dont les critiques à l’égard de Cicéron sont jusqu’ici pour la plupart justifiées, en arrive à l’exagération et à l’injustice. Cicéron aimait passionnément la gloire, comme il aimait la justice et aussi la liberté à laquelle il a fait le sacrifice de sa vie. Il n’a pas dit que la gloire fût préférable à la vertu: «Si la vertu, lit-on dans son Discours pour Milon, pouvait envisager un prix, le plus haut de tous serait la gloire; elle seule nous console de la brièveté de la vie par les longs ressouvenirs de la postérité; elle nous rend présent où nous ne sommes point, elle nous fait vivre même après la mort.»
26, Toy.—Cicéron, De Fin., II, 18.
31, Richesses.—Plotius avait légué toute sa fortune à Peduceus, à l’insu de sa veuve, à laquelle celui-ci la restitua. Cicéron, De Fin., II, 18.
34, Cicero.—De Fin., II, 18.—Un nommé Fadius Gallus, homme extrêmement riche, pour éluder une loi qui limitait ce dont pouvaient hériter les femmes, avait institué comme son légataire S. Rufus, mais en le priant de transporter tout son héritage à sa fille Fadia. S. Rufus nia cette clause, et, se retranchant derrière la loi, se borna à abandonner à Fadia ce à quoi elle avait légalement droit.
36, Hortensius.—Quelques intrigants avaient apporté de Grèce à Rome un faux testament d’un nommé Minucius Balbus, homme fort riche. Afin de recueillir plus facilement la succession, ils s’étaient donné pour cohéritiers Crassus et Hortensius, deux des hommes les plus puissants de l’époque. Ceux-ci soupçonnaient bien la fausseté de l’acte, mais ils n’y avaient pas trempé et ils ne se refusèrent pas à profiter du crime d’autrui. Cicéron, De off., III, 18.
448,
16, Vouloit.—«La gloire suit la vertu, comme l’ombre suit le corps.» Cicéron.
450,
4, Blessé.—L’éd. de 88 aj.: mais d’Hannibal ie sçay bien qu’on le dit, et de Scanderberg.—Alexandre l’a été maintes et maintes fois (V. N. I, [486]), parfois assez grièvement, notamment au siège de Tyr, et dans son expédition contre les Malliens Oxydraques, peuplade du bassin de l’Indus. Napoléon l’a été une fois à la cuisse au siège de Toulon, une autre fois au talon à Ratisbonne, chaque fois sans gravité.—Une blessure à la guerre ne prouve généralement pas grand’chose, sinon qu’on y était, surtout actuellement avec la longue portée des armes; bien rares sont celles reçues dans l’accomplissement d’un fait méritant une mention personnelle. Napoléon, à Waterloo, avait un guide pris sur place, suivant son habitude, les cartes n’indiquant que d’une façon générale et sommaire les mouvements de terrain; ce guide, lié sur son cheval, faisait mauvaise figure aux balles et aux boulets, il s’agitait sur sa selle, détournait la tête, se courbait sur l’encolure de sa monture, si bien que l’empereur lui dit à un moment: «Mais, mon ami, ne remuez pas tant; un coup de fusil vous tuera aussi bien par derrière que par devant et vous fera une plus vilaine blessure.» H. Houssaye. Dans ma jeunesse, un de mes camarades, fort brave du reste, qui depuis a été tué en 1870 à Frœschviller, et qui avait fait ses premières armes en Crimée où il avait été blessé deux fois et avait été décoré de la médaille militaire, nous contait, en toute franchise, que sa première blessure, il l’avait reçue alors que derrière une haie il mettait culotte bas, et la seconde, alors que surpris par les Russes dans une embuscade il fuyait à toutes jambes; pas plus dans un cas que dans l’autre, il ne faisait face à l’ennemi.
40, Faire.—C’est-à-dire la satisfaction du devoir accompli. Mais l’homme est homme; et, outre qu’il y en a peu qui n’aient besoin d’être encouragés dans la voie du bien, c’est un impérieux devoir pour ceux auxquels cela incombe, que de rechercher et récompenser ceux qui demeurent ainsi dans l’ombre et de ne pas s’en laisser imposer par ces autres, toujours prêts à se faire valoir, soit en s’exaltant eux-mêmes, soit en recourant à autrui à charge de revanche; les sociétés d’admiration mutuelle sont un des plus grands obstacles que le vrai mérite rencontre sur sa route.
452,
18, Demetrius.—Sénèque, Epist. 91.
454,
1, Timon.—Passage de Sénèque, Epist. 85, que Montaigne paraphrase.
7, Absence.—Tite-Live, XLIV, 22.—En 168.—«N’ajoutez foi, dit en substance Paul-Émile au peuple romain, qu’à ce que je vous écrirai; n’accréditez pas, par votre crédulité, des rumeurs vaines et sans fondement. Il y a des gens qui s’érigent en maîtres, critiquent tout ce qui n’est pas conforme à leur manière de voir; cette habitude est funeste. Je ne me crois pas infaillible, mais c’est de ceux qui ont de l’expérience, qui sont sur les lieux et connaissent la situation, que je prends avis. Si donc il est quelqu’un parmi vous qui se croit à même de me donner quelque conseil utile, qu’il vienne avec moi, je le défrayerai de tout; autrement qu’il se taise et sache que les avis de mes compagnons d’armes me suffisent.»—Semblable propos serait également de mise aujourd’hui en France; mais ce n’est pas à un personnage ayant le courage de le tenir que l’on confierait le commandement de nos armées; et en tout cas, si, y étant nommé, il se révélait tel, de semblables exhortations de sa part demeureraient lettre morte, et le premier prétexte venu, le moindre échec sans conséquence, toujours possible, le feraient indubitablement tomber en disgrâce.—Ce discours de Paul-Émile est donné par l’avant-dernier chapitre de Tite-Live qui nous ait été conservé, car nous ne possédons qu’une faible partie de son Histoire qui allait jusqu’à l’ère chrétienne, et ce qui nous en reste s’arrête à l’an 166. Le pape Grégoire, vers la fin du VIe siècle, le jugeant dangereux en raison des fréquents prodiges qu’il rapporte, le comprit dans la proscription des livres profanes qui lui est attribuée et fit brûler tous les manuscrits qu’il en put découvrir.
8, Destourbier.—Trouble, obstacle, empêchement; du latin disturbare, empêcher.
12, Consentement.—Fabius, par sa prudence, s’étant attiré beaucoup de critiques et Minutius, son chef de cavalerie, ayant obtenu quelques légers succès en combattant contre la défense qu’il lui en avait faite, avait vu son autorité répartie entre eux deux, et pour ne pas l’affaiblir avait proposé à son ancien lieutenant de commander à tour de rôle. Celui-ci, pour rester maître de ses actions, avait préféré répartir les troupes entre eux. Peu après, il se faisait battre et n’était sauvé que par Fabius, auquel spontanément il fit amende honorable, en même temps qu’il se replaçait sous ses ordres (217).
34, Main.—Il est ici question de l’anneau de Gygès. Platon, République, II, 3; Cicéron, De Off., III, 9.—Gygès était le favori de Candaule, roi de Lydie (Asie Mineure). Candaule, fier de la beauté de sa femme, la lui fit voir toute nue; celle-ci, outragée, mit Gygès dans l’alternative de périr lui-même ou de tuer le roi; il prit ce dernier parti et épousa la reine et monta lui-même sur le trône (VIIe). Platon fait de Gygès un berger et raconte qu’ayant trouvé dans les flancs d’un cheval d’airain un anneau ou bague merveilleuse qui, en tournant le chaton à l’intérieur de la main, rendait invisible celui qui le portait, il en profita pour séduire la reine et assassiner le roi; et il ajoute que si un tel anneau était en la possession d’un sage, il ne s’en prévaudrait pas pour faire le mal, les honnêtes gens considérant si une chose est honnête et non si elle est ignorée.
456,
17, Herostratus.—Le temple de Diane à Éphèse (Asie Mineure), qu’Érostrate brûla (356), dans le but de s’illustrer par quelque moyen que ce fût, était regardé comme une des sept merveilles du monde. (On désigne communément sous ce nom, sans toutefois que l’accord existe à cet égard: 1o les jardins suspendus et les murs de Babylone; 2o les pyramides d’Égypte; 3o le phare d’Alexandrie; 4o le colosse de Rhodes; 5o le Jupiter Olympien de Phidias; 6o le tombeau de Mausole; 7o le temple d’Éphèse). L’incendie de ce temple eut lieu la nuit même de la naissance d’Alexandre le Grand. Les Éphésiens, pour déjouer les calculs du fou qui en était l’auteur, rendirent un décret qui défendait sous peine de mort de prononcer son nom; c’était le meilleur moyen de les réaliser.—La réflexion que relate Montaigne à son sujet, émane de Valère Maxime, VIII, 14, et non de Trogue-Pompée.
17, Capitolinus.—Tite-Live, VI, 11.—Après la bataille de l’Allia, Manlius, voyant Rome au pouvoir des Gaulois, se jeta dans le Capitole. Cette forteresse elle-même allait tomber aux mains des Barbares qui déjà en escaladaient les murs, lorsque Manlius, éveillé par le cri des oies sacrées que l’on y nourrissait, prit les armes et précipita l’ennemi du haut des murailles, ce qui lui valut le nom de Capitolinus (390). Dans la suite, aspirant à la tyrannie et accusé devant le peuple, il sut se faire absoudre en montrant le Capitole qu’il avait sauvé; mais une autre fois l’assemblée s’étant réunie dans un autre lieu d’où on ne pouvait apercevoir ce théâtre de ses exploits, il fut condamné à être précipité du haut de la roche Tarpéienne (384).
20, Parle.—Nous avons plus de souci qu’on parle de nous, que de la façon dont on en parle.
23, Autruy.—Il semble que pour être connu, il faille en quelque sorte commettre sa vie...
26, Fantastique.—Boileau, dans une de ses épîtres, blâme également cette tendance à trop agir avec la préoccupation de ce que les autres pourront en penser:
«C’est là de tous nos maux le fatal fondement;
Des jugements d’autrui nous tremblons follement,
Et chacun, l’un de l’autre, adorant les caprices,
Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vices.»
458,
1, Surnom.—Ce nom d’Eyquem, que l’auteur qualifie de surnom (mais au XVIe siècle, surnom s’employait souvent comme synonyme de nom), était bel et bien son nom de famille, et il est le premier qui l’ait abandonné.—Son bisaïeul, Ramon Eyquem, habitait le village de Blanquefort en Médoc, à quelques kil. N.-O. de Bordeaux, et avait dans cette dernière ville une maison de commerce de vins, de pastels et de poissons salés, située près du fort du Ha (actuellement le palais de justice), dans l’espace existant entre ce fort et l’église cathédrale de Saint-André. Ce Ramon acheta, en 1478, la maison noble de Montaigne (à environ cinq lieues en aval de Bergerac), dont son arrière-petit-fils prit le nom à l’exclusion du sien, ce qui se faisait et se fait encore communément.—Ce nom d’Eyquem, il est vraisemblable que Montaigne ne l’a supprimé qu’après la mort de son père et après avoir quitté ses fonctions de conseiller, car on trouve encore les deux noms accolés dans le passage du testament de La Boétie où celui-ci lègue ses livres et papiers à M. Michel Ayquem de Montaigne, conseiller, etc.—Ce nom, qui semble venir du flamand Ecke (chêne) et du germain Heim (hameau, habitation), existant en Gascogne et se retrouvant en Angleterre, il est probable que c’est le fait des alliances contractées entre Gascons et Anglais durant les trois siècles pendant lesquels la domination étrangère s’est maintenue dans cette partie du midi de la France.
4, Place.—L’autre nom de Montaigne, c’est Michel, son prénom qui, en effet, pouvait et a dû être attribué à bien d’autres.
6, Fauorir.—Favoriser, donner du relief; du latin favere qui a le même sens; c’est un mot que comme un certain nombre d’autres Montaigne a fait passer de son chef dans notre langue. Favorir l’inanité, c’est favoriser le néant, donner de l’importance à ce qui n’est pas.
7, Inanité.—L’éd. de 88 aj.: quel proufit m’en reuient-il?
9, Violæ.—Montaigne change ici le sens de la citation, où, en outre, il substitue les mots Laudat posteritas à Laudant convivæ.
34, Nous.—Combien peu de Grecs et même de Romains, malgré tant d’écrivains... dont les noms sont parvenus jusqu’à nous!
«Un redoutable instant nous détruit sans réserve:
On ne voit au delà qu’un obscur avenir;
A peine de nos noms un léger souvenir
Parmi les hommes se conserve.» Mme Deshoulières.
37, France.—Montaigne ne prévoyait pas les progrès que devait faire l’imprimerie et le développement que prendraient ses moyens de vulgarisation.—Une autre raison du reste qui a fait qu’à rencontre de ses prévisions, le souvenir de ces temps troublés est de ceux de notre histoire qui se sont le moins effacés, c’est qu’un des effets des guerres civiles est de faire que plus qu’en toute autre situation, chacun se montre à découvert, avec ses talents et ses vices prédominants, et que les bouleversements profonds et imprévus qui en résultent, modifient souvent du tout au tout la fortune des individus et parfois aussi celle des classes de la société et des partis qui la divisent. Qui connaîtrait Cromwell, sans la révolution de 1649; Napoléon, sans celle de 1793; Gambetta, sans celle de 1870?—Nonobstant, l’observation de Montaigne est très juste; aujourd’hui les noms d’un beaucoup plus grand nombre reçoivent de la publicité, mais combien éphémère! Bientôt enfouis dans les bibliothèques, ils y dorment du plus profond sommeil, à jamais ignorés tout comme avant, en dépit des efforts, pour de bien rares exceptions, de quelque érudit en mal de réputation pour lui-même; on peut même dire plus: notre époque, avec ses idées utilitaires, plus préoccupée du présent et de l’avenir que ses devancières, en dehors de ceux qui y ont un intérêt direct, se soucie au fond beaucoup moins qu’elles du passé.
38, Muses.—Elles étaient au nombre de neuf, et présidaient: Clio, à l’histoire; Euterpe, à la musique; Thalie, à la comédie; Melpomène, à la tragédie; Terpsichore, à la danse; Erato, à l’élégie; Polymnie, à la poésie lyrique; Uranie, à l’astronomie; et Calliope, à l’éloquence et à la poésie héroïque.
38, Battaille.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
460,
8, Faueur.—C’est ce qu’un poète latin a rendu: «Habent sua fata libelli (Les livres ont leur destinée).» Cet aphorisme, après avoir été attribué aux plus célèbres poètes latins, se trouve être d’un des plus obscurs, Terentianus Maurus; il est lui-même un exemple de la vérité de sa réflexion, car on ne cite guère de lui que ce fragment de vers, et encore en le croyant d’un autre (Larousse).—Ceux qui suivent, assez médiocres, du reste, d’un auteur non moins inconnu, expriment cette même idée, en la développant davantage:
«L’esprit seul ne saurait faire vivre un écrit,
Chaque jour nous en donne une nouvelle preuve.
Il faut plus, si du temps on veut franchir l’épreuve.
Que d’auteurs qu’on a lus, que de livres de prix...
Enveloppent le poivre, ou sont mangés des vers!
Seule la destinée éternise les vers.»
12, Assignées.—Rangées.
40, Traian.—Fils d’un soldat de fortune élevé aux honneurs par Vespasien, Trajan se montra lui-même brave et habile. Élevé à l’empire, il refréna les Daces et les Parthes, qui le menaçaient; à l’intérieur, il fit fleurir la justice, cesser les délations, s’environna de capacités de tous genres, allégea les impôts et mérita, au moins par sa vie publique, d’être considéré comme le meilleur des empereurs romains.
40, Neron.—Empereur grâce aux intrigues d’Agrippine sa mère qui l’avait fait adopter par Claude, au détriment de son propre fils, il affecta beaucoup de douceur au début de son règne, mais bientôt se montra cruel et débauché, s’entoura de courtisanes, d’histrions, prit part aux jeux du cirque et finit par se livrer aux pires atrocités, ne reculant devant aucun crime, assassinant successivement Britannicus, sa mère, sa femme; accusé d’un incendie qui consuma la moitié de Rome, il en rejeta l’accusation sur les chrétiens et ouvrit contre eux une ère de persécutions qui fut des plus violentes; fit périr quiconque lui déplaisait ou le gênait, et lui-même, renversé par une conspiration amenée par ses excès, eut à peine le courage de se tuer. Il demeure, dans l’histoire, le type le plus accompli d’un tyran exécrable, d’un monstre de cruauté.
462,
4, Platon.—Lois, XII.
9, Pedagogue.—Platon et Socrate.—La plupart des ouvrages de Platon sont présentés sous forme de dialogues. Le personnage principal expose le fond du sujet; ses auditeurs, par leurs questions et leurs objections, aident à son développement. Dans presque tous, c’est Socrate qui est ce personnage principal; dans les Lois, c’est Platon lui-même qui, par modestie, dissimule sa personnalité sous celle d’un Athénien étranger.
13, Miracles.—Diogène Laerce, Platon, III, 26.
23, Numa.—V. N. II, 252: [Numa].
23, Sertorius.—Avait, dans la guerre civile entre Sylla et Marius, embrassé le parti de ce dernier; quand il fut vaincu, Sertorius passa en Espagne (84), s’y rendit indépendant et se maintint tel jusqu’à sa mort. Il avait établi dans son armée un simulacre de Rome: un sénat, des consuls, etc...; il inspirait à ses soldats une confiance aveugle et leur avait persuadé qu’il était en commerce avec les dieux, par l’entremise d’une biche blanche dont il se faisait suivre partout; il fut assassiné par un de ses lieutenants jaloux de sa supériorité.
27, Zoroastre.—V. N. II, 362: [Zoroastre].
29, Oromazis.—Principe du bien, comme Ahriman était celui du mal, c’est lui qui avait créé le monde, la lumière, la chaleur, les puissances bienfaisantes; il est constamment en lutte contre l’esprit des ténèbres.
29, Trismegiste.—Trismégiste, législateur des Égyptiens, leur donna des lois au nom de Mercure; cette double élision se reproduit dans les membres de phrase qui suivent.
30, Zamolxis.—V. Lexique.
30, Charondas.—Se perça, dit-on, de son épée, parce qu’il avait enfreint par mégarde une loi qu’il avait portée lui-même, qui défendait de se présenter en armes dans l’assemblée du peuple; à celui qui lui faisant observer qu’il était en défaut en enfreignant sa loi: «Non, dit-il en se tuant, je la confirme.»
31, Minos.—Gouverna avec tant de sagesse, que les poètes en ont fait un des trois juges des enfers avec Rhadamante, son frère, et Éaque, roi d’Égine.
31, Lycurgus.—V. N. II, 220: [Lycurgus].
32, Dracon.—Ses lois criminelles étaient si rigoureuses qu’on alla jusqu’à dire qu’elles étaient écrites avec du sang; aussi ne tardèrent-elles pas à tomber en désuétude.
32, Solon.—Un des sept sages de la Grèce; reçut mission vers l’an 593, des Athéniens, de leur donner des lois au lieu et place de celles qu’ils avaient reçues de Dracon; y substitua un code sage, humain; établit en même temps une constitution qui était un mélange habile de démocratie et d’aristocratie, et calma ainsi momentanément les troubles violents dont la ville était l’objet incessant et qui reprirent de plus belle moins de dix ans après, pour aboutir à la tyrannie de Pisistrate.
34, Moïse.—Né en Égypte, où les Hébreux étaient en quelque sorte captifs, Moïse fut exposé dès sa naissance sur le Nil, en vertu des ordres de Pharaon, roi d’Égypte, qui voulait faire périr tous les enfants mâles de cette race; il fut sauvé par la fille même du roi, élevé à la cour et instruit dans les sciences des Égyptiens. Informé de sa naissance, il s’enfuit au désert et reçut, de Dieu, mission de délivrer les Israélites de la servitude; il y parvint (1645), et mourut, les ayant amenés jusque sur les confins de la terre de Judée, et leur ayant donné, dans l’intervalle, les tables de la loi que lui-même avait reçues de Dieu, sur le mont Sinaï. Moïse est l’auteur du Pentateuque, c’est-à-dire des cinq premiers livres de l’Ancien Testament, qui renferment l’histoire sacrée depuis la création du monde jusqu’à l’entrée des Hébreux dans la Terre promise, un code de lois et un recueil de prescriptions religieuses.—Il est à observer que le moyen employé par Moïse pour faire accepter ses lois, est analogue à celui dont ont usé les législateurs dont Montaigne vient de parler: Il s’entretenait seul à seul sur le Sinaï avec Dieu, par des temps d’orage et de brouillard, le peuple étant consigné à distance (Exode, XIX).
35, Bedoins.—L’islamisme.
35, Iouinuille.—Dans ses Mémoires, 58.
464,
6, Escorce.—V. N. I, 62: [Tout].
CHAPITRE XVII.
Presumption.—Dans ce chapitre, Montaigne dit d’excellentes choses et donne des détails sur son caractère et la nature de son esprit, sur sa personne, ses écrits, son style, son défaut de mémoire, son ignorance des choses les plus communes, sur son irrésolution qu’il appelle une cicatrice bien mal propre à produire en public.
21, Valeur.—De notre mérite.
466,
27, Fuit.—Pour avoir écrit leurs mémoires.
31, Propensions.—Il n’est pas étrange, il n’est pas extraordinaire que nous ayons des qualités, des penchants, etc.
36, Consente.—Qui s’accordait, qui était en harmonie avec...
37, Gras.—Add. des éd. ant.: Estant douez d’vne extreme beauté, ils s’y aidoient vn peu, sans y penser, par mignardise.
37, Cæsar.—Plutarque, César, I, à la fin.—On a dit la même chose de Pompée. Sénèque, Contr., III, 19; Plutarque, De l’Utilité à retirer de ses ennemis, 6.
39, Rincer.—Froncer, rider; du latin ringi, grogner en montrant les dents, en parlant des chiens enragés.
42, Salutations.—Var. de 1588: Bonnetades.
468,
2, Gloire.—Par orgueil.
9, Constantius.—L’empereur Constance II, fils de Constantin; Ammien Marcellin, XXI, 14, se borne à parler de sa prestance et de sa dignité hautaine; le surplus semble une amplification de Montaigne.
15, Moy.—Les gestes et le port du corps, dont il a parlé plus haut.
17, Vice.—A une vaine et sotte fierté, ainsi qu’il est dit également au commencement de ce paragraphe.
32, Maistrise.—La possession.
470,
4, Effect.—Lorsque je me propose de faire telle ou telle chose, je n’ai point d’avance la notion exacte des moyens dont je pourrai user pour réussir, et je n’en suis instruit que par le résultat.
7, Desseigne.—Je les détermine, j’en forme le dessein.
30, Escriture.—L’Ecclésiaste dit: «Ce désir infini de savoir qui est né avec nous, a été donné par Dieu à l’homme, comme une démangeaison et une lèpre, pour le tourmenter sans aucun fruit.»—Les légendes d’Ève chez les chrétiens, de Pandore chez les anciens, sont la personnification des méfaits de la curiosité.
37, Prix.—Je me regarde comme étant de la classe commune et ordinaire des hommes, et m’en contente; les défauts les plus communs, les plus répandus dans les basses classes, je les ai et ne les désavoue ni ne m’en excuse; la seule chose que j’apprécie en moi, c’est que je sais ce que je vaux.
472,
5, Foiblesse.—Les éd. ant. aj.: Ie me connoy tant, que s’il estoit party de moy chose qui me pleut, ie le deuroy sans doubte à la fortune.
7, Ouurer.—A l’employer, à la mettre en œuvre.
11, Poësie.—Il est sûr que c’est l’espèce d’ouvrage qui souffre le moins la médiocrité, et c’est bien de la poésie et des poètes qu’on peut dire: «Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré.» Naigeon.
18, Est.—Ce mot manque dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
19, Peuples.—Des peuples tels que ceux dont il va être parlé, qui, malgré sa puissance, marquèrent si vivement le mépris qu’ils éprouvaient pour la mauvaise poésie de Denys.
29, Olympiques.—Ces jeux se célébraient tous les quatre ans à Olympie. Pendant leur durée les hostilités étaient suspendues; les femmes n’y pouvaient assister; seuls les Grecs (y compris ceux de leurs colonies) pouvaient y prendre part. Ils comprenaient des courses de chars et de chevaux;—des courses à pied;—la lutte, où les adversaires étaient absolument nus et oints d’huile;—le pugilat, où ils avaient la tête protégée par une calotte d’airain et usaient de gantelets en lanière de cuir; cet exercice, toujours sanglant, était souvent mortel et ceux qui s’y livraient mouraient presque tous avant l’âge; le pancrace, comprenant la lutte et le pugilat; mais les poings étaient nus, il était interdit de mordre et le combat se prolongeait jusqu’à ce que l’un des adversaires se déclarât vaincu, aussi y avait-il souvent mort d’homme;—le panthèle, se composant, comme l’indique son nom, de cinq épreuves: la lutte, le saut, la course, le jet du disque et celui du javelot; les enfants y prenaient part dans un concours particulier.—Ils comportaient aussi des concours de poésie.—Les vainqueurs étaient particulièrement honorés; les poètes, les sculpteurs ont maintes fois célébré leurs hauts faits; Chylon, un des sept sages, mourut de bonheur en embrassant son fils victorieux.
De nos jours on a cherché à faire revivre en Grèce, quelque peu modifiés en raison des temps, ces jeux auxquels ce nom a été maintenu, bien qu’ils aient lieu à Athènes. En 1906, les résultats des principaux exercices ont été les suivants: Course, dite de Marathon, exécutée sur le parcours suivi par ce guerrier qui, après la bataille de ce nom (490), vint en toute hâte à Athènes annoncer la victoire et, sa mission remplie, tomba mort d’épuisement aux pieds des magistrats: la distance à franchir, 42 kil., l’a été en 2h 51 min.: il est à observer que la route est dure et en mauvais état; même parcours (aller et retour) sur vélocipède en 2h 41; saut en hauteur avec élan, 1m,77; sans élan, 1m,56; lancement du disque, 35m,17.
30, Faillit.—Manqua, ne put aborder.
33, Poëme.—Diodore de Sicile, XIV, 104.
43, Leneïens.—Diodore de Sicile, XV, 74.—La tragédie dont il est ici question, présentée par Denys aux fêtes Lenéennes (fêtes qui avaient lieu à Athènes en l’honneur de Bacchus, et se célébraient par des concours dramatiques), a nom «la Rançon d’Hector».
474,
1, Conceut.—V. N. I, 28: [Tyran].
19, Estage.—Les éd. ant. portent: Et en mon imagination mesmes, ie ne conçoy pas les choses en leur plus grande perfection, au lieu de: «Et cette... estage».
25, D’y aspirer.—Var. des éd. ant.: de me le representer.
27, Quelqu’vn.—Ce quelqu’un, c’est Xénocrate. Plutarque, Préceptes du mariage, 26.
30, Gratiis.—«L’amitié même a besoin d’elles», a dit Moncrif. Dans une épître à Fontenelle, le cardinal de Bernis écrit:
«Les Grâces seules embellissent
Nos esprits, ainsi que nos corps;
Et nos talents sont des ressorts
Que leurs mains légères polissent.»
36, Moy.—C’est pour me conformer à moi-même, être fidèle à mon caractère.
476,
1, Rabirius.—Orateurs qui, au dire de Cicéron, Acad., I, 2, dissertaient sur toutes choses, sans art, en style vulgaire et sans jamais conclure; ils appartenaient à la secte des Épicuriens, lesquels méprisaient la rhétorique et la dialectique.
11, Les raisons.—Les éd. ant. font précéder ces mots de ceux-ci: Ce que i’ay à dire, ie le dis tousiours de toute ma force.
13, Commune.—De sujets communs, de choses vulgaires.
15, Exorde.—Cicéron, De Universo, 2.—L’exorde est la première partie d’un ouvrage.
20, Profonder.—Approfondir.
26, Iamais.—Cela est particulièrement vrai pour Platon, qui est souvent bien vide de choses et dont le plus grand mérite consiste dans le style et l’élocution. Naigeon.
30, Affection.—Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: l’affectation; version qui a été introduite dans la traduction.
34, Platon.—République, X.
40, Seneque.—Montaigne n’a ni les saillies de Sénèque, ni en général son style et sa manière; il est plus dense, plus serré, plus nerveux; il ne revient pas aussi souvent que Sénèque sur les mêmes pensées et ne cherche pas autant que lui à faire de l’esprit; comme lui, son style est heurté, inégal, mais la manière et la tournure d’esprit diffèrent notablement. Naigeon.
41, Taire.—L’ex. de Bord. porte: faire; variante adoptée dans la traduction.
478,
6, Tacitus.—De Oratoribus, à la fin.
10, Creu.—«Ce n’est pas le langage de Montaigne, c’est son imagination qu’il faut regretter.» Voltaire.—Nonobstant, ce langage a bien son mérite, eu égard à l’état de la langue française à l’époque où il écrivait.
16, Angoulemoisin.—Ou mieux, comme porte l’ex. de Bordeaux: Angoumoisin, patois de l’Angoumois et non d’Angoulême.
18, Gascon.—Les éd. ant. aj.: pur et desirerois le sauoir.
25, Maistre Iean.—Est ici synonyme de savant. Cette qualification de «maistre», en dehors de son sens ironique (V. N. I, 112: [Maistre Iehan]), était aussi donnée aux lettrés et à ceux qui excellaient dans un art quelconque; elle est devenue courante à notre époque, particulièrement à l’égard des gens du barreau et de bien d’autres encore; quoique fréquemment employée abusivement, elle est de celles qui flattent le plus ceux auxquels elle s’adresse, et bien rares sont ceux qui s’en offusquent.
480,
16, Beauté.—C’est bien plutôt la force, la finesse, la ruse, en un mot ce droit
«... qu’un esprit, vaste et ferme en ses desseins,
A sur l’esprit grossier des vulgaires humains»,
qui ont donné aux uns le pouvoir sur les autres. Les avantages corporels ont contribué sans doute à établir, ou du moins à préparer cette supériorité; mais la vraie source de ce pouvoir, et ce qui a servi à le conserver chez ceux qui en jouissaient, n’est autre que l’inégalité des facultés intellectuelles. La force physique asservit un individu à un autre individu, mais elle ne lui soumet pas une multitude; s’il est plus fort que tel ou tel homme, il est plus faible que trois, que quatre, que dix; mais un degré supérieur d’intelligence suffit pour fonder cette prééminence d’un individu sur tout un peuple. Lucrèce n’a pas manqué de joindre sur ce point à la force physique la supériorité de l’esprit, et s’il assigne également une grande influence à la beauté, c’est lorsqu’elle se trouve réunie à la force corporelle et au génie. Naigeon.
23, Presence.—Prestance.
25, Haulteur.—Végèce, I, 5.
28, Doigt.—L’Église fait de même pour ses prêtres, et, indépendamment des autres conditions à remplir, n’accepte pas, pour ces fonctions, ceux de taille trop au-dessous de la moyenne, ou affectés de défauts physiques qui prêteraient à la raillerie.
30, Militaire.—S’il n’a pas cette taille commune, déjà assez faible, que le Courtisan exige pour son gentilhomme, et s’il était au-dessous, je n’en voudrais pas comme soldat.
31, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 7.
34, Procerité.—Haute taille; mot forgé, par Montaigne, du latin proceritas, grandeur.
34, Personnes.—Aristote, Politique, IV, 4, le dit des Éthiopiens; en ce qui concerne les Indiens, c’est Strabon qui rapporte que certains d’entre eux choisissaient pour roi le plus beau d’entre les concurrents.
482,
2, Hominum.—La question de la beauté de Jésus-Christ a été souvent débattue. Montaigne donne ici la prophétie de David dix siècles avant sa venue: «Il est le plus beau des hommes»; d’autre part, deux siècles après, le prophète Isaïe disait: «Nous l’avons vu, il n’avait ni éclat, ni beauté»; on concilie ces deux témoignages opposés en objectant qu’Isaïe le représente au moment de la Passion, quand il est abreuvé d’outrages et en proie à la souffrance. Ce qui est, c’est qu’aucune constatation pouvant être tenue pour authentique, n’existe. Ceux qui en tiennent pour l’opinion de David font surtout valoir que du fait même de sa divinité, il ne pouvait en être autrement; les autres, que s’il en eût été ainsi, cela eût été immanquablement consigné dans les documents de l’époque ayant trait à lui et notamment dans les évangiles; ce qui porte à adopter une opinion moyenne et à dire qu’il est probable qu’au point de vue physique, rien en lui n’attirait particulièrement les regards, mais que la sublimité de sa vie a fait croire à la beauté de ses traits.
2, Platon.—République, VII.
7, Philopœmen.—L’éd. de 80 porte: Phocion (ie puis aisement me mesconter aux noms, mais non pas à la substance).—Le fait est tiré de Plutarque, Philopœmen, 1. Philopœmen était le généralissime de la Ligue achéenne (ligue qui subsista de 281 à 146), constituée par les principales villes du Péloponnèse (Grèce), pour sauvegarder leur indépendance et dont pendant longtemps il fit triompher les efforts; il mourut les armes à la main; on l’a surnommé le dernier des Grecs. A des talents militaires sérieux, il joignait toutes les vertus civiques.
11, Philopœmen.—Var. de l’éd. de 80: Phocion.
28, Maladies.—Les éd. ant. à 88 portent: quoyque ie m’en sois serui assez licentieusement, au lieu de: «rarement... maladies».
31, Vns.—Ce qui donne à penser que ceci a été écrit un peu après 1573, «pieça» n’existant pas dans les premières éditions.
37, Euntes.—C’est ce qui fait que les contemporains s’étonnent souvent de ne pas reconnaître certains personnages dans les statues qu’on leur élève après leur mort; c’est qu’avec juste raison le sculpteur fait choix le plus souvent, pour les représenter, de l’époque où, dans la plénitude de leurs moyens, ils ont accompli ce à quoi ils doivent de se survivre. Si notre image doit passer à la postérité, n’est-il pas juste que ce soit tel que nous étions «avant d’avoir subi du temps l’irréparable outrage»? C’est ce qui conduisit la reine Victoria d’Angleterre, alors octogénaire, à faire faire, dit-on, sa statue la représentant à vingt ans, dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté, qui aurait été déposée, à l’insu de tous, dans une chapelle close et à demi enfouie sous les ronces d’une de ses demeures seigneuriales, et découverte par hasard quelques années après sa mort, avec cette mention «qu’elle l’avait fait faire afin que l’on sût qu’elle avait été jolie femme et épouse aimée».
484,
6, Gourdes.—Pesantes, maladroites; du latin gurdus qui, en langage trivial, signifiait sot, stupide; de gourd, vient engourdir.
8, Clerc.—A part cela, en dépit de ces défectuosités qui n’entachent pas le fond, j’en sais autant qu’un autre.—Clerc est à prendre ici dans le sens de savant, capable, comme dans la fable de La Fontaine «les Animaux malades de la peste»:
«Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal.»
10, Plume.—Avant que l’usage des enveloppes de lettres se fût généralisé, on pliait celles-ci pour les fermer; et avant l’invention des plumes métalliques qui ne remonte guère qu’à quatre-vingts ans, on écrivait avec des plumes d’oie, que chacun taillait pour s’en servir.
12, Oyseau.—Dans la chasse au faucon, et aussi avec d’autres oiseaux y employés, chasse qui ne se pratique plus guère aujourd’hui, l’oiseau prêt à être lancé, était encapuchonné et porté sur le poing, jusqu’au moment où on le lâchait sur le gibier.
24, Aurum.—Les flots du Tage roulent de l’or en petite quantité.
26, Soing.—Montaigne avait d’abord écrit: Ie ne treuue rien si cherement acheté que ce qui me couste du souing; addition portée sur l’ex. de Bord. et qui finalement a été rayée.
36, Inquietude.—La parenthèse et ce qu’elle renferme ne figurent pas sur le manuscrit de Bordeaux qui porte: et en vn tel degré de sens que i’ay senti en auoir occasion; addition dont il a été tenu compte dans la traduction.
38, Austris.—Les vents étaient fils du Ciel et de la Terre. Ils avaient pour roi Eole, qui les tenait enfermés dans les cavernes des îles Eoliennes (auj. Lipari, au N. de la Sicile), d’où il les déchaînait sur la terre et les mers; les principaux étaient: Eurus, le vent d’orient; Notus et Auster, les vents du midi; Borée et Aquilon, les vents du nord; Zéphyr, celui d’occident. Myth.
41, Contenter.—Je n’ai eu besoin que de la suffisance de me contenter de ce que j’avais.—Les éd. ant. commençaient cette phrase ainsi: Estant né tel, qu’il ne m’a fallu mettre en queste d’autres commoditez...
486,
18, Mises.—De mes dépenses.
21, Furibus.—Montaigne détourne ici les paroles d’Horace de leur vrai sens, pour les adapter à sa pensée.
488,
10, Rabillage.—Par l’incertitude de les prévenir ou de les atténuer.
23, Gaudisseur.—Railleur. Gaudir, c’est se moquer par jeu et en riant. Nicot.
490,
16, Passé.—Les auteurs anciens qu’il affectionnait.
24, Sont.—Dans une édition des Essais (Lefebvre, Lyon, 1595), on a supprimé, comme injurieux pour la nation, ce passage qui relate un propos que certains ont attribué au chancelier Michel de l’Hôpital. Tite-Live ne nous avait pas beaucoup plus ménagés, dans ce passage que Rabelais, dans Gargantua, traduit de la sorte: «Telle est la nature et la complexion des Français, qu’ils ne valent qu’à la première pointe: lors, ils sont pires que des diables; mais s’ils séjournent, ils sont moins que femmes.»
492,
8, Vtiles.—C.-à-d. un prince ne peut faire ses affaires (réussir) qu’en se conciliant la bonne volonté (l’affection de son peuple); et nulles autres qualités (plus que celles qui viennent d’être indiquées) ne peuvent lui gagner cette affection, lui être plus utiles.
16, Plier.—L’ex. de Bord. porte tordre, qui est bien plus expressif.
26, Humain.—Les éd. ant. portent: tel qu’il est, car il n’y a rien qui ne soit digne d’estre veu, au lieu de: «Tout y... humain».
26, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 8.
29, Apollonius.—Sentence rapportée par Philostrate.
32, Sert.—Parce que cela lui sert, lui est utile.
38, Sottise.—«Il y a des vérités qu’il faut laisser au fond de leur puits.»—«Les injures sont souvent des vérités sans voile.»—«La vérité est utile à qui l’entend, nuisible à qui la dit.» Térence, Andrienne.
494,
6, Princes.—Louis XI, Charles VIII.
8, Macedonicus.—Aurelius Victor, De Viris ill., 66.—Nombre d’éditions postérieures à 1595 ajoutent ici: et publier. Cette variante, étant dans le sens de la phrase, a été adoptée dans la traduction, bien que ne se trouvant ni dans les éd. antérieures, ni dans l’ex. de Bordeaux.
9, Regner.—Maxime favorite de Louis XI.
20, Chose.—Donneraient un conseil de quelque utilité.
33, Enfance.—En 1537; Montaigne avait quatre ans.
496,
2, Dissimulé.—Cette phrase est à lier avec le membre de phrase qui termine l’avant-dernier alinéa: «Qui est desloyal enuers la verité, l’est aussi enuers le mensonge»; il en était ainsi dans les éd. ant. où l’alinéa intermédiaire n’existe pas.
17, Aristippus.—Diogène Laerce, II, 68.
21, Tout.—Montaigne s’est déjà plaint de la faiblesse de sa mémoire, liv. I, ch. IX (I, 58).
24, Tablettes.—Je ne saurais me charger de quelque commission, sans en prendre note.
498,
32, Maison.—V. III, 156 et Notice sur les Illustrations, [pl. III], vol. IV, fasc. A.
500,
7, Memoire.—Pline, Nat. Hist., VII, 24, dit que Messala Corvinus oublia jusqu’à son nom.
8, Trapezonce.—Mourut dans une extrême vieillesse, ayant oublié tout ce qu’il savait.
13, Perfluo.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent effluo.
16, Ciceron.—«Je n’ai jamais ouï dire, écrit Cicéron, dans son Traité sur la vieillesse, 7, qu’un vieillard ait oublié l’endroit où il avait caché son trésor; il se souvient à merveille de tout ce qui l’intéresse, et sait fort bien ce qu’il a affermé ses terres, quels sont ses créanciers et surtout ses débiteurs.»
26, Dire.—Mlle de Gournay s’est livrée à ce travail qui porte sur près de douze cents citations, et, sauf une cinquantaine, les a, à peu près, toutes retrouvées, tâche difficile, l’auteur en ayant mêlé parfois deux ou trois ensemble et parfois aussi les ayant altérées soit dans la forme, soit dans le sens.
502,
10, Occupation.—Allusion à une anecdote que rapporte Pline le Jeune, V, 3, pour montrer combien son oncle, Pline l’Ancien, était ménager de son temps, ayant été jusqu’à s’impatienter de ce qu’un de ses amis assistant avec lui à une lecture, avait interrompu pour faire répéter une phrase mal lue, mais cependant encore intelligible.
28, Get.—Ou mieux ject, du latin jactus. Ni avec des jetons, ni avec la plume. V. N. I, 210: [Ietter].
42, Brossailles.—Ceci s’applique à Démocrite, jugeant à Abdère, et non à Athènes, des dispositions de Protagoras pour les sciences, en le voyant arranger artistement des fagots. Diogène Laerce, IX, 53 et Aulu Gelle, V, 3.
44, Faim.—L’éd. de 80 ajoute: et fay grand doubte, quand i’auroy vn cheual et son équipage, que i’eusse l’entendement de l’accommoder pour m’en seruir.
504,
4, Suiet.—Les éd. ant. ajoutent: qui est moy.
23, Barleduc.—Lors du voyage que la cour de France y fit en 1559, le roi conduisant en Lorraine Claude de France, sa sœur, mariée au duc Charles III.
24, René.—Le père du duc René, le vainqueur de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. C’est ce roi René qui se retira en Provence, ce qui donna lieu au dicton: «Se chauffer à la cheminée du roi René», pour dire: se chauffer au soleil.—On a pensé que l’exhibition de ce portrait avait eu pour objet de donner occasion aux Guise d’entamer un plaidoyer en faveur de leur maison, afin d’obtenir pour l’un des leurs l’investiture qui leur fut octroyée du duché de Bar, lequel duché était distinct de la principauté du même nom qu’ils détenaient déjà et qui à la mort du dit roi René avait fait retour à la couronne de France; du reste François II était inféodé aux Guise dont il avait épousé la nièce, Marie Stuart.
27, Creon.—Crayon; beaucoup de personnes encore prononcent créon, d’après l’orthographe ancienne.
35, Chrysippus.—Diogène Laerce, VII.
42, Vent.—Expression proverbiale fondée sur ce que font parfois ceux qui, ne sachant où porter leurs pas, jettent une plume en l’air et vont du côté vers lequel l’emporte le vent; ici, elle veut dire, comme Montaigne l’explique lui-même, s’abandonner à la merci de la fortune.
506,
5, Dets.—Rabelais a aussi imaginé un procès ainsi jugé avec des dés.
9, Matthiam.—Lors de l’élection par les Apôtres, pour se compléter à douze, d’un des disciples du Christ, en remplacement de Judas qui s’était donné la mort après l’avoir trahi et livré.—Le nom de Mathias ne figure pas néanmoins parmi ceux des autres apôtres dont, à certain moment de la messe, il est fait mention; tandis que celui de S. Paul, quoiqu’il n’ait pas compté au nombre des apôtres proprement dits, s’y trouve accolé à celui de S. Pierre. Cette anomalie tient précisément à ce que Mathias n’a pas été choisi comme apôtre par Jésus-Christ en personne et que S. Paul a été appelé à lui, sur le chemin de Damas, par Notre-Seigneur lui-même; et il a été qualifié l’apôtre des Gentils, parce que ses prédications ont eu principalement pour objet la conversion des Gentils ou païens, plus que celle des Hébreux.
11, Baston.—Voyez combien de bouts a ce bâton; c’est-à-dire de combien de façons chaque chose peut être présentée.
26, Machiauel.—Son principal écrit est «le Prince», ouvrage où il enseigne aux tyrans le moyen de réussir, même au mépris de la justice et de l’humanité, et où il expose cette détestable politique qui a reçu, de son nom, la qualification de machiavélique. On a aussi de lui le «Discours sur Tite-Live», où il se montre grand penseur et où l’on retrouve des doctrines non moins perverses; enfin, des comédies licencieuses. Quelque opinion que l’on ait de sa moralité, on ne peut contester qu’il ne soit un grand écrivain.
508,
5, Remuement.—Cette assertion étrange, qui étonne de la part de Montaigne, quelque satisfait qu’il pût être de son propre sort et si assoiffé qu’il fût de tranquillité, ne s’explique que par la lassitude résultant de l’état de troubles et de guerres civiles continues, durant lequel tout allait de mal en pis, qui en son siècle a désolé la France.
23, Monde.
«Sans songer comment va la flotte
Qui vogue avec moi sur les eaux,
Je laisse la crainte au pilote,
Et la manœuvre aux matelots.» Gresset.
26, Celeste.—Ne dirait-on pas ceci écrit de nos jours quand on voit combien le peuple, sans distinction aucune, pas plus sous le rapport de l’intelligence que sous celui des moyens d’existence, et les plus fortunés, à cet égard, plus encore peut-être que ceux qui le sont moins, se désintéressent absolument des actes de leurs mandataires.—C’est ainsi qu’on en est arrivé à voir ces atteintes légales ou illégales journellement portées à la liberté religieuse, à la liberté politique, à la liberté du travail, à la liberté individuelle, à toutes les libertés, et souffrir toutes licences de quiconque a une attache gouvernementale officielle ou officieuse; à être témoin d’un gaspillage des deniers publics tel que ni l’accroissement effrayant de notre dette, ni l’augmentation continue des impôts n’y peuvent suffire; à assister à la délation érigée en système de gouvernement, à l’antimilitarisme progressant sans cesse dans notre armée de terre et de mer dont les chefs sont constamment tenus en suspicion et jamais soutenus; à l’impossibilité d’obtenir justice pour qui n’adhère pas hautement et ne donne de gages aux idées sectaires qui nous dominent; c’est à cela encore que nous devons notre politique étrangère si hésitante et si timorée, ces tendances à accroître les monopoles de l’État si contraires à toutes les lois économiques et que nous devrons l’impôt sur le revenu qui nous assujettira tous au bon plaisir des répartiteurs.—Il faudrait cependant réagir, et pour cela d’abord ne pas s’abandonner comme nous le faisons tous, les partis extrêmes exceptés. Lors des élections, des comités se forment qui provoquent des réunions électorales, donnant à ce moment un coup de collier; mais une fois les élections terminées, plus rien, c’est fini, les comités se dissolvent ou sommeillent, on laisse aller les choses à vau-l’eau; sauf, comme nous venons de le dire, chez les partis avancés, qui, eux, ne perdent pas de vue leur élu, lui envoient des injonctions, l’obligent de temps à autre à venir s’expliquer, rendre compte de son vote. C’est là ce que tous doivent faire; les comités demeurer constitués en permanence, pour secouer l’apathie des électeurs, les convoquer chaque fois que des questions importantes sont à l’ordre du jour, recueillir leur manière de voir, la porter à la connaissance de leur mandataire, de telle sorte qu’il n’en ignore et y puise une force qui lui permette de réagir contre les influences étrangères qui trop souvent déterminent son vote; et, lors des réélections, rejeter impitoyablement tous ceux qui auraient forfait par faiblesse ou autrement aux idées sous l’empire desquelles ils avaient été élus.
Mais surtout il ne faudrait pas aux élections, entre les divers groupes de conservateurs (monarchistes et républicains), de ces divisions intransigeantes qui sont la chance la plus sûre de leurs adversaires communs, lors même que ceux-ci, ce qui est le cas le plus fréquent, ont l’infériorité numérique. Il devrait être de règle absolue qu’au premier tour de scrutin, si l’accord n’a pu se faire, que chacun vote suivant ses préférences; mais qu’au second tour, n’en tenant plus aucun compte, tous, sans exception aucune, votent pour le candidat conservateur qui aurait obtenu le plus de voix au premier tour, tous les autres se désistant en sa faveur; hors de là, pas de salut!
Voilà pour l’avenir; en ce qui touche le présent, alors qu’on voit ceux qui détiennent le pouvoir, manquer au premier de leurs devoirs qui est de s’appliquer à faire régner l’ordre et la paix dans le pays, y semer l’inquiétude, fomenter l’agitation et, se faisant les complices des fauteurs de troubles, le mener à sa ruine, comment s’étonner de voir certains caractères énergiques qui, estimant que les grands maux appellent les grands remèdes, cherchent à stimuler le clan si craintif et si veule des conservateurs de toutes nuances et préconisent le recours à la violence, comme en Russie, mais dans un but diamétralement opposé, contre les criminels qui entretiennent pareil état de choses, provoquant contre eux des actes individuels dont il est malaisé de se défendre parce qu’ils ne peuvent se prévoir et que celui qui a fait le sacrifice de sa vie est maître de celle d’autrui, à l’exclusion de tout acte collectif qui, dirigé contre quiconque dispose de la force et de la légalité, serait en ce temps de télégraphe, de téléphone, d’armes à tir rapide, inévitablement écrasé dès qu’il serait démasqué.
32, Contradiction.—C.-à-d., si on s’aperçoit qu’on manque de jugement, cela seul est au contraire une preuve qu’on en a.
40, Disposition.—De bonne santé, c’est le sens qu’a encore aujourd’hui l’adjectif dispos.
40, Beauté.—Les éd. ant. ajoutent: et de la noblesse; addition qui avec juste raison a disparu, car la différence est grande entre le titre et la chose, elle existe chez beaucoup qui ne sont point qualifiés pour la posséder et inversement, et dans bien des cas le monde est loin de ratifier le jugement qu’à cet égard chacun porte sur soi.
510,
2, Touchons.—Nous sentons, nous apercevons bien facilement si elles surpassent les nôtres.
6, Peine.—Et encore avec beaucoup de peine.
10, Nom.—Les éd. ant. ajoutent: Le plus sot homme du monde pense auoir autant d’entendement que le plus habile.
13, Art.—C.-à-d. on doit s’attendre à fort peu d’encouragements et d’éloges à propos des ouvrages philosophiques et des simples productions de l’entendement que nous pouvons écrire parce que les savants qui les ont dans leur domaine, ne font cas que de l’érudition et de l’art et n’attachent de prix qu’à la science.
22, Sens.—Du jugement.
26, Siennes.—«D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et qu’un esprit boiteux nous irrite? C’est qu’un boiteux reconnaît que nous marchons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons.» Pascal.
514,
24, Nul.—J’ai soixante-dix ans, j’ai vu et approché beaucoup de monde et je puis en dire autant. Bien rares sont les hommes qui, vus de près, s’élèvent notablement au-dessus de la moyenne des gens que nous tenons comme bien doués; plus rares encore sont ceux qui présentent un ensemble de qualités essentielles dont rien ne trouble l’harmonie. Parmi ces exceptions je n’en ai guère connu que trois: le général Desvaux, le commandant du Vallon, le général Niox.
Le général Desvaux (1810 à 1885), dont j’ai été l’officier d’ordonnance, devenu sous-gouverneur de l’Algérie et commandant de la cavalerie de la Garde impériale en 1870, à Metz, où il fut l’un des rares membres, le seul, dit-on, du Conseil de guerre, convoqué à la dernière heure, qui se soit prononcé contre la capitulation, était un homme chez lequel le jugement, l’instruction, la capacité, le caractère et les qualités du cœur allaient de pair; c’était un excellent administrateur et un chef militaire de premier ordre. A diverses reprises, après nos désastres, le Ministère de la guerre lui fut offert; il s’y refusa, les nécessités de la politique intérieure du moment rendant impossible l’obtention des mesures que son intégrité et son esprit de discipline lui faisaient considérer comme indispensables et sur lesquelles sa conscience ne lui permettait pas de transiger.
Le commandant du Vallon (1837 à 1866), tué au Mexique, étant à 29 ans déjà chef d’escadron et officier de la Légion d’honneur, et qui par sa grande intelligence, son esprit résolu, son ampleur de vue, sa facilité d’élocution, sa carrière si brillamment commencée, était appelé, si la mort ne l’eût arrêté, à de hautes destinées, étant donnés les événements qui ont suivi et dont seul Gambetta a émergé, tant étaient grandes les médiocrités, pourtant si nombreuses, en situation de devenir quelqu’un, qui s’y sont trouvées mêlées.
Le général Niox (né en 1840), l’ami de toute ma vie, devenu commandant de la place de Paris, puis des Invalides et Directeur du Musée de l’armée, qui lui doit son organisation. Remarquable entre tous par son intelligence supérieure, un jugement jamais en défaut, une honnêteté de sentiments à toute épreuve et une grande indulgence naturelle affermie par ses idées philosophiques, il est bien regrettable, au point de vue de l’intérêt commun, qu’une faiblesse de l’ouïe l’ait empêché, comme toutes ses qualités et connaissances l’y appelaient, d’arriver à la direction de notre état militaire qui n’eût jamais été en meilleures mains.
34, Liures.—Les éd. ant. aj.: et de la science.—Cette classe de gens qui, de nos jours, a nom «intellectuels», n’a pas varié dans leurs vaniteuses prétentions qui les poussent parfois hors des bornes de la raison; ils ont de la science, de l’esprit à foison, mais pas toujours du bon sens, appelé si à tort du sens commun.
516,
12, Hierosme.—S. Jérôme; a laissé un grand nombre d’écrits, les uns historiques, les autres polémiques, dans lesquels il combat les hérésies de son temps; son style est pur et éloquent, mais il se laisse entraîner à de vifs emportements; son plus beau titre est sa traduction latine de la Bible, faite sur l’hébreu, connue sous le nom de Vulgate et adoptée comme canonique par le concile de Trente.
14, Institution.—Système d’instruction ou mieux d’éducation.—Se reporter particulièrement à ce sujet au ch. XXIV du liv. I.
22, Elle.—Notre éducation nous a appris.
34, Lecteur.—Lecteur public, professeur.
37, Vie.—Polémon, dans sa jeunesse, s’était livré à la dissipation; la leçon qu’il entendit de Xénocrate parlant sur la tempérance, lui fit concevoir une telle honte de ses excès, qu’il se convertit aussitôt à la philosophie; il devint le disciple le plus zélé de Xénocrate et mérita de lui succéder dans la chaire de l’Académie. Diogène Laerce, Polémon, IV, 16; Valère Maxime, VI, 9, etc.
518,
22, Excellent.—Daurat, de Bèze, etc., sont ici cités pour leurs poésies en latin; Ronsard, du Bellay comme poètes français.
30, Vieillesse.—A la bataille de S.-Denis (1567) où, lors de la deuxième guerre de religion, les catholiques furent vainqueurs, mais perdirent leur chef le connétable de Montmorency, homme d’une austérité qui atteignait à la rudesse.
33, De la Nouë.—Après avoir changé plusieurs fois de parti, fut blessé mortellement, pour le service de Henri IV, au siège de Lamballe (Bretagne); on a de lui des «Discours politiques et militaires», mémoires qui renferment des faits intéressants.
34, Parts.—Partis, factions.
36, I’ay pris.—Cet alinéa, consacré à Mlle de Gournay, n’existe pas dans les éditions antérieures; c’est en effet seulement lorsque Montaigne vint à Paris pour surveiller l’impression de l’édition de 1588, qu’il fit sa connaissance.—Dans l’édition de 1635, qu’elle-même a publiée, ce passage est modifié ainsi qu’il suit: les mots «beaucoup plus que» et les deux membres de phrase ci-après: «Et enueloppée... au monde», «Et entr’autres... cruellement», sont supprimés. Il est à croire qu’ils avaient prêté à de malignes interprétations et que leur suppression dont elle s’excuse en disant: «En ce seul poinct ai-je esté hardie, de retrancher quelque chose d’vn passage qui me regarde», a été une concession qu’elle a faite aux mauvaises langues de son temps, de même que quelques autres coupures dans cette même édition ont été une satisfaction donnée aux scrupules de ceux que choque une certaine liberté d’expressions.—Cicéron avait eu aussi sa Marie de Gournay: une dame romaine nommée Carolli se lia d’intimité avec lui, en tout bien, tout honneur, par amour pour la philosophie; elle avait 70 ans. Marie de Gournay n’en avait que 22.
38, D’alliance.—Marie le Jars, demoiselle de Gournay du nom du lieu où elle habitait (1565 à 1645), née à Paris.—Elle avait dix-huit ans, quand ayant lu les deux premiers livres des Essais, elle se prit pour leur auteur d’une véritable admiration. En 1588, ayant appris la présence de Montaigne à Paris, elle vint l’y voir et le charma si bien par son esprit et son érudition, qu’elle réussit à l’attirer à Gournay, en Picardie, chez sa mère, où il fit plusieurs séjours prolongés. De retour chez lui, il s’empressa d’insérer dans la nouvelle édition en préparation de son ouvrage, celle à laquelle la mort l’empêcha de mettre la dernière main, l’éloge de sa jeune admiratrice, qu’il qualifie sa fille d’alliance.—Mademoiselle de Gournay pleura Montaigne comme un père lorsqu’il mourut cinq ans plus tard; elle et un ami, le poète Pierre de Brach, l’avaient aidé lors de l’impression de sa dernière édition, aussi les désigna-t-il comme exécuteurs d’une réédition à laquelle il travaillait lorsque la mort vint l’atteindre. En vue de cette réédition il avait annoté et retouché un exemplaire de son édition de 1588; fidèle observatrice de ses intentions, sa veuve, pour ne pas se défaire de l’original, chargea Pierre de Brach de la mise au net de ces notes manuscrites, qu’il transcrivit en leur lieu et place sur un autre exemplaire de cette même édition, se bornant à rectifier quelques incorrections, et cette copie, envoyée en 1594 à Mademoiselle de Gournay qui la fit imprimer accompagnée d’une trop longue préface qu’elle-même avait composée, constitua l’édition de 1595. Cette copie est perdue; quant à l’original, longtemps ignoré, il a été retrouvé deux siècles après chez les Feuillants de Bordeaux et se trouve actuellement à la bibliothèque de cette ville.—Ce pieux devoir accompli, Mademoiselle de Gournay, en 1596, se rendit en Guyenne pour faire visite à la veuve et à la fille de son père par alliance, et s’inspirer de la vue des lieux où il avait vécu et où il avait écrit ce livre qu’elle mettait au-dessus de tout; elle n’avait alors que 29 ans; elle en vécut encore cinquante, toujours fidèle au culte de Montaigne, ne publiant pas moins de onze éditions de ses Essais, dont la dernière en 1635, magnifique in-folio qu’elle eut la bonne fortune de pouvoir dédier au cardinal de Richelieu. Elle-même était écrivain, et prit une large part au mouvement littéraire de l’époque; on a d’elle des poésies, quelques écrits dont le plus remarquable est «L’Égalité des hommes et des femmes», et des traductions de morceaux de Virgile, de Tacite et de Salluste.
520,
7, Bastantes.—Suffisantes; de l’italien bastare, suffire, d’où vient également «baste» encore en usage dans le style familier.
12, Quartier.—Pays.
15, Consideration.—Il est à remarquer que Montaigne parle toujours avec plus de chaleur et d’enthousiasme de ces liaisons où le sang n’est pour rien, de son amitié avec La Boétie, de son alliance avec Mlle de Gournay, que de ses affections de famille.
16, Aage.—Dans ce siècle, en ce temps.
CHAPITRE XVIII.
28, Ouuroirs.—Ateliers. Ce mot «ouvroir», qui s’appliquait jadis aux locaux où «ouvraient» (travaillaient) les gens de métier, ne se dit plus aujourd’hui que de locaux où on forme les jeunes filles à la couture et d’autres travaux analogues, et où des associations charitables exécutent, préparent des travaux de même genre pour les jeunes filles et femmes pauvres.
522,
2, Fermir.—Appuyer, fortifier; du latin firmare.—Affermir, qui est d’usage, a même racine et à peu près même signification; ferme, fermeté en dérivent plus directement encore.
3, Solide.—Allusion aux Commentaires de César et à l’Anabase de Xénophon, où tous deux font le récit de faits auxquels ils ont pris part; c’est également ce qui donne tant d’intérêt aux Commentaires de Napoléon.
8, Rogatus.—Le texte d’Horace porte coactus, qui signifie: je ne fais cette lecture qu’à mon corps défendant, lorsque j’y suis obligé; le changement apporté par Montaigne exprime plus exactement sa pensée.
14, Turgescat.—L’éd. de 88 donne le vers de Perse en entier, ajoutant: dare pondus idonea fumo (de donner du poids à la fumée).
18, Image.—A entrer en communication avec moi et me rappeler à son souvenir, grâce à ce tableau que je trace de moi-même.
29, Seing.—Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction: des heures (livre de prières, dénomination qui subsiste encore).
30, Peculiere.—Particulière, personnelle; du latin peculiaris, qui a même signification.—Les éd. ant. ajoutent: vn harnois, vne espée qui leur a serui, ie les conserue pour l’amour d’eux, autant que ie puis, de l’iniure du temps.
30, Gaules.—On vaquait beaucoup à ses affaires, à cheval, en ce temps; et on a supposé que ces longues gaules pouvaient être des sortes de cravaches confectionnées en bois de houx ou tout autre également flexible, comme il s’en fait aujourd’hui dans le Roussillon en bois de micocoulier; peut-être n’était-ce que de simples baguettes comme on en tient souvent à la main; mais en raison du qualificatif qui les accompagne, il y a plutôt probabilité que ce devait être de longs bâtons, constituant de hautes cannes, comme celles qui furent si fort à la mode sous Louis XIV.
36, Escriture.—L’imprimerie.
37, Aisée.—Les éd. ant. ajoutent: pour m’exempter de la peine d’en faire plusieurs extraits à la main.
524,
4, Testonner.—Ajuster, parer. La Fontaine a employé ce mot, en l’expliquant, dans sa fable «L’homme entre deux âges»:
«Ces deux veuves, en badinant,
L’allaient quelquefois testonnant,
C’est-à-dire ajustant sa tête.»
7, Premieres.—Me peignant pour autrui, je me suis réellement rendu meilleur que je n’étais auparavant; le portrait a formé l’original.
8, Autheur.—Mon livre et moi sommes un; je ne suis pas autre qu’il me représente, et il n’est pas différent de ce que je suis. C’est cette même idée dont Montaigne tirait parti, quand il écrivait à Henri III, auquel il avait fait hommage de la première édition des Essais et qui l’en avait fait complimenter, disant que l’ouvrage lui plaisait extrêmement: «Il faut donc que je plaise à Votre Majesté, car il ne contient qu’un discours (une reproduction) de ma vie et de mes actes.» Bonnefon.
13, Heure.—Dans un soliloque de quelques instants.
13, Primement.—Exactement.
32, Sagoin.—Sagouin, sorte de petit singe.—Allusion ironique appliquée à un Sagon, par Marot contre lequel était dirigée son épître intitulée: «Fripelippes, valet de Marot, à Sagon».
526,
6, Pindare.—Clément d’Alexandrie, Strom., VI, 10; Stobée, Serm., XI.
13, François.—Vers 450, époque où écrivait Salvianus, De Gubernatione Dei, I, 14; il s’agissait des Francs, tribu de la Germanie, qui habitaient entre le Mein, la mer du Nord, l’Elster et l’Elbe, et qui venaient d’envahir la Gaule septentrionale.
31, Ancien.—Plutarque, Lysandre, 4.
34, Vilité.—Bassesse; du latin vilitas, comme l’adjectif vil qui est demeuré dans notre langue.
528,
11, Prononcée.—Rien chez les Perses, lit-on dans Hérodote, n’est si honteux que mentir; et, après le mensonge, que contracter des dettes, surtout, disent-ils, parce que celui qui a des dettes, ment nécessairement.
11, Grece.—Lysandre; voir sa vie dans Plutarque.
19, Grecs.—A l’appui de cette assertion on peut, entre autres, indiquer les deux faits historiques ci-après:—Marius, défié par un des chefs ennemis, lors de la guerre sociale (90), qui lui criait: «Si tu es si grand capitaine, viens te battre avec moi!» lui répondit: «Si tu es toi-même si grand guerrier, force-moi à combattre.»—Après la bataille d’Actium (31), Antoine ayant envoyé défier Octave, celui-ci répondit qu’Antoine avait assez d’autres chemins pour aller à la mort, sans s’exposer à périr honteusement comme un gladiateur.
26, Barbe.—Plutarque, Pompée, 16; Caton d’Utique, 7.—Il n’est pas exact que César fût appelé voleur à sa barbe. Il était en Gaule et Curion demandant au Sénat, ou que Pompée congédiât son armée, ou que César fût autorisé à retenir la sienne sous les drapeaux, le consul Marcellus, traitant ce dernier de brigand, opina pour qu’il fût déclaré ennemi de la Patrie, s’il ne posait immédiatement les armes.—Quant à la circonstance où Caton le qualifia d’ivrogne devant ce même corps constitué, elle est relatée au ch. XXXIII de ce même livre des Essais (II, 638).
CHAPITRE XIX.
Ce chapitre, traduit presque textuellement d’Ammien Marcellin, contient un bel éloge de l’empereur Julien; et, à son tour, a fourni à Voltaire la plupart de ce qu’il a dit sur ce prince.—Ce même chapitre, en raison des termes en lesquels il y est parlé de Julien, et avec lui les passages où, dans les Essais, sont taxés de cruauté les supplices au delà de la mort simple, et surtout l’usage répété qui s’y rencontre du mot «fortune», employé dans le sens de hasard, de fatalité, en place de celui plus orthodoxe de Providence, donnèrent lieu, à Rome, en 1580, de la part de la censure, à des observations dont l’auteur, du reste, ne tint aucun compte. V. N. I, 588: [Indisciplinatis], et V. N. III, 474: [Reuere].
530,
16, Monde.—Vopiscus, in Tacito imp., 10.
18, Creance.—Une grande partie des ouvrages de cet historien a été perdue, Montaigne en donne l’explication. Nous n’avons que des fragments de ses Annales qui allaient de la mort d’Auguste à celle de Néron; et de ses Histoires qui vont de l’avènement de Galba jusqu’à Nerva. Tacite est universellement regardé comme le plus grand historien des temps anciens; il est grave, profond, énergique, concis sans manquer d’abondance; il peint ses portraits des plus vives couleurs; ses jugements flétrissent le crime et la tyrannie; il est d’ailleurs exact, n’écrivant que ce qu’il a vu ou que des contemporains lui ont raconté.
22, Julian.—Était neveu de Constantin le Grand. Envoyé en Gaule avec le titre de César, il fixa son séjour à Lutèce (Paris) et se signala contre les Germains. Élu empereur en 361, il renonça ouvertement au christianisme dans lequel on l’avait élevé, ce qui le fit surnommer l’Apostat (du grec ἀφίσταμαι, se retirer), et fit de vains efforts pour relever le paganisme. Il ne régna que deux ans; durant ce temps, il fit de sages lois, réforma les abus les plus criants, fit la guerre aux Perses, débuta par des succès, mais dut battre en retraite, la région où il avait pénétré ayant été dévastée par l’ennemi et n’offrant plus aucunes ressources; blessé mortellement au cours de cette retraite, il mourut peu après (363).—Dédaigné à la cour dans sa jeunesse, il s’était adonné à l’étude et possédait à fond l’éloquence et la philosophie; il appartenait à l’école des Stoïciens dont il portait le manteau, la longue barbe, en même temps qu’il pratiquait l’austérité de leurs mœurs; jamais sa haine contre le christianisme ne le porta à aucune violence contre les Chrétiens.
23, L’apostat.—«Ce sont deux grands écueils de tout croire et de ne rien croire. Si vous voulez savoir quels étaient Constantin et Julien, ne croyez ni tout le mal qu’on a dit de Julien, ni tout le bien qu’on a dit de Constantin.» Catherinot.
23, Rare.—Par ses vertus et ses actes, l’empereur Julien a été au-dessus de son époque, et Montaigne, avec juste raison, le représente comme tel.—Il est à observer toutefois, d’une façon générale, que notre auteur ne se piquait nullement d’exactitude, acceptait sans les contrôler (il en a fait l’aveu I, 150) tous faits et dires qu’il jugeait à propos, pour les traiter à sa mode; si ses déductions sont presque toujours frappées au coin de la logique et du bon sens, on ne saurait cependant sans discussion s’appuyer sur son autorité en matière d’histoire ou de science.
30, Vne.—Ammien Marcellin, XXIV, 8.
532,
2, Predecesseurs.—Ammien Marcellin, XXII, 10; XXV, 5 et 6.—«Julien, a dit Voltaire, qui eut le malheur d’abandonner la religion chrétienne, mais qui fit tant d’honneur à la religion naturelle; Julien, le scandale de notre église et la gloire de l’empire romain.»—Plus philosophe qu’empereur, il était de ceux qui, si déjà l’empereur Antonin ne l’avait exprimé, auraient pu inspirer à Etienne Tabourot, auteur comique du XVIe siècle, ces mauvais vers qui traduisent une pensée assurément juste:
«Heureuses seront les provinces,
Dedans lesquelles régneront
Des princes qui philosopheront,
Ou quand les sages seront princes.»
4, Marcellinus.—Ammien Marcellin.—V. II, 58 et N. [Marcellinus]. A écrit une histoire des empereurs romains depuis Nerva jusqu’à Valentinien; le premier livre en est perdu. Cet ouvrage jouit d’une grande autorité, surtout dans sa dernière partie, où l’auteur rapporte ce qu’il a vu; la modération, bien rare pour l’époque, qu’il apporte quand il parle du christianisme et du paganisme, fait qu’on ne peut deviner par ses écrits et qu’on ne sait, quoique Montaigne donne à supposer ici qu’il était chrétien, à quelle religion il appartenait.
4, Histoire.—Amm. Marcellin, XXII, 10, etc.
9, Nous.—Chrétiens.
11, Recitent.—Sozomène, Hist. ecclés., V, 4.
16, Affectant.—Julien affecta, témoigna en cette circonstance.
21, Sang.—Eutrope, X, 8.—Sans persécution; par opposition à celles qu’à diverses reprises avait eu à endurer le christianisme naissant.—L’édition de 1580 porte ici le passage afférent à l’exclamation prêtée à l’empereur Julien, lorsqu’il se sentit frappé à mort, que l’édition de 1595 reproduit légèrement modifiée, un peu plus loin (II, 534: Ce langage, etc.).
24, Constantius.—Amm. Marcellin, XXII, 2.—A la mort de Constantin le Grand (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils: Constantin, Constance et Constant. Le second ne tarda pas à demeurer seul par suite de la mort de ses frères (350); mais il se rendit tellement odieux, que les armées de Gaule proclamèrent Julien empereur; il marchait contre lui, quand la mort le surprit en route (361).
26, Accoustumoit.—Les éd. ant. ajoutent: tousiours.
27, Guerre.—Amm. Marcellin, XVI, 2.
31, Estudier.—Id., XVI, 17; XXVI, 5.
40, Artifice.—Id., XVI, 2.
534,
8, Armées.—Amm. Marcellin, XXV, 3.
13, Sacrifices.—Id., XXV, 6.
27, Gloire.—Id., XXV, 4.
28, Brutus.—Dans la nuit qui précéda la première bataille de Philippes (42), où Cassius, battu, se tua, Brutus, qui commandait avec lui, avait vu apparaître un fantôme qui, interpellé, lui dit: «Je suis ton mauvais génie, tu me verras dans les plaines de Philippes.» Un mois après, la veille de la deuxième bataille de ce nom, où, à son tour, Brutus éprouva le même sort que Cassius, et comme lui se tua, cette vision se serait renouvelée. V. N. II, 646: [Brutus].
29, Mort.—Amm. Marcellin, XX, 5; XXV, 2.
30, Nazareen.—Théodoret, Hist. ecclés., III, 20.
35, Attache.—Ce passage: «Ce langage... attache» (lig. 29 à 35), existe un peu modifié dans l’édition de 1580 (V. N. II, 532: [Sang]); supprimé dans les éditions suivantes, il a été rétabli dans celle-ci où nous le retrouvons.
36, Marcellinus.—Amm. Marcellin, XXI, 2.
536,
5, Constantinople.—Paraît avoir été fondée par les Grecs, sous le nom de Byzance, à une époque très reculée et avoir joué dès les temps les plus anciens un rôle important; à diverses reprises ravagée ou détruite, elle devint sous Constantin le Grand, qui lui donna son nom, la capitale de l’empire (330), et bientôt surpassa Rome même, par la magnificence de ses monuments, sa population, ses richesses et son commerce. Les Turcs s’en sont emparés et en ont fait leur capitale en 1453.
8, Religion.—Amm. Marcellin, XXII, 3.
12, Intelligence.—Cette même politique avait été observée, au dire de Diodore de Sicile, par les Égyptiens qui laissaient se multiplier chez eux divers cultes, dans l’idée que les dissensions qui se produiraient entre eux, détourneraient de créer des difficultés au gouvernement; c’est un peu ce que chercha à faire Catherine de Médicis pour contenir les catholiques par les protestants et réciproquement; c’est également le système actuel de gouvernement des sultans de Constantinople, ce n’est en somme qu’une application particulière du principe d’application si générale: «Diviser, pour régner.»
CHAPITRE XX.
31, Elemens.—L’air, le feu, la terre et l’eau, tenus encore, du temps de Montaigne, comme les éléments essentiels de tout ce qui a vie.
32, Matiere.—Les éd. ant. ajoutent: plus vile.
538,
1, Seruice.—L’or et l’argent, en raison de leur peu de dureté relative, ne sont, en effet, employés à l’état pur, ni dans les monnaies, ni dans l’orfèvrerie, mais alliés au cuivre à raison de 9/10 de métal fin (or ou argent) et 1/10 de cuivre pour les monnaies; pour les pièces d’orfèvrerie la proportion de l’alliage (du cuivre) est un peu plus forte.
4, Aristippique.—Telle que la conçoit l’école cyrénaïque fondée par Aristippe. V. N. II, 240: [Cyrenaiques].
12, Morbidezza.—Terme de peinture et de sculpture; mollesse et délicatesse des chairs, en particulier chez la femme et chez l’enfant.
17, Donnent.—C’est là une pensée d’Épicharme, conservée par Xénophon, dans ses Mémoires sur Socrate, II, 1, 20. Elle a été reproduite par Voiture: «Pour l’ordinaire, la fortune nous vend bien chèrement ce qu’on croit qu’elle nous donne.» Elle se retrouve chez La Fontaine, qui dans son poème de «Philémon et Baucis» semble l’avoir imitée de Voiture:
«Il lit au front de ceux qu’un vain luxe environne,
Que la Fortune vend ce qu’on croit qu’elle donne.»
De son côté, Voltaire dit:
«Le bonheur est un bien que nous vend la Nature.»
21, Socrates.—Dans le Phédon de Platon.
23, Metrodorus.—Sénèque, Epist. 99.
29, Melancholie.—La Fontaine, dans Psyché, II, exprime la même pensée:
«... Il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.»
32, Seneque.—Epist. 63.
34, Veteris.—L’ex. de Bordeaux porte vetuli, et aussi le texte de Catulle.
540,
3, Fondre.—S’enfoncer, s’effondrer, succomber.
7, Enfondrer.—Où il ne peut se fixer et où il craint de s’embourber.
16, Platon.—Telle n’est pas la pensée beaucoup plus restrictive émise par Platon, République, IV, 5, qui dit que si au préalable on ne fait pas l’éducation de la jeunesse et qu’on ne la dresse pas à respecter les lois, elles deviennent inutiles, parce qu’il n’y en a pas de parfaites, et quelque amendement qu’on y apporte, on ne pare à un inconvénient qu’en en substituant d’autres, si bien que quelles qu’elles soient, elles sont toujours en défaut dans un cas donné. Naigeon.
17, Hydra.—L’hydre de Lerne, serpent monstrueux qui, d’après la Fable, séjournait dans le lac de Lerne en Argolide (Grèce ancienne); il avait sept têtes, et chacune repoussait à mesure qu’on la coupait; Hercule en délivra la terre. Le monstre, transporté au ciel, forme la constellation australe de l’Hydre. Myth.
26, Pourtant.—C’est pour cela que...
542,
6, Verité.—Cicéron, De Nat. deor., I, 22; Bayle, Simonide.—Le roi Hiéron avait prié Simonide de lui dire ce que c’est que Dieu; celui-ci lui répondit qu’il avait besoin d’un jour pour examiner la question. Le lendemain, le roi ayant renouvelé sa question, le poète demanda encore deux jours pour faire réponse; et, chaque fois, il alla doublant le nombre de jours demandés. Cicéron, rapportant le fait, dit: «Je crois que Simonide, après avoir promené son esprit d’opinions en opinions, toutes plus subtiles les unes que les autres, et cherché vainement la plus probable, désespéra finalement de trouver la vérité.»
6, Qui.—Cet alinéa fait suite à l’avant-dernier de ceux qui précèdent; entre les deux a été intercalé l’incident de Simonide, qui n’existe pas dans les éditions précédentes, d’où un peu d’obscurité dans le texte.
8, Engin.—Un esprit ordinaire, de moyenne capacité; vient du mot latin ingenium, esprit.
12, Mesnage.—D’économies, de savoir-faire.
18, Conte.—Probablement Henri III; ce fut aussi le caractère de Louis XV.
CHAPITRE XXI.
23, Debout.—Suétone, Vespasien, 24.
25, Propos.—Spartien, Verus, 6. «Un empereur doit mourir dans la plénitude de ses facultés physiques et morales et non affaibli par l’âge ou les maladies.» On peut du reste en dire autant de tous ceux qui ont à commander ou à administrer, toutefois l’application de ce principe augmente d’autant plus d’importance que la fonction occupée en a elle-même davantage.
30, Appoltronny.—Proprement accoutumé au lit; viendrait de poltroniser, dérivé lui-même de poltro qui, en italien, signifie lit, couche, oreiller, coussin; d’où, par extension, s’accoutumer à la paresse, rendu lâche, énervé; c’est là une étymologie de notre mot poltron, quelque peu différente de celle qu’on lui attribue généralement (V. N. II, 568: [Voyage]).
32, Nonchalant.—Si peu soucieux.
544,
13, Absence.—Henri de Navarre, devenu Henri IV.
13, Selym I.—Plein de courage et de fermeté, mais ambitieux, perfide et cruel, Sélim Ier détrôna et fit périr son père, ordonna la mort de plusieurs de ses frères, soumit la Syrie et prit le titre de calife (vicaire de Mahomet), dont il déposséda le dernier calife Abbasside de Bagdad et que ses successeurs à Constantinople ont conservé depuis; conquit l’Égypte sur les Mamelouks, la Mecque et Alger.
15, Completes.—Cela est exact; mais, par contre, tout aussi vrai quand au lieu de victoires que l’on remporte, ce sont des défaites que l’on éprouve: François Ier, à Pavie; Philippe de Valois, à Crécy; Jean le Bon, à Poitiers; Charles XII, à Pultawa; Napoléon, à Waterloo, etc.—C’est là du reste une question qui n’est pas d’actualité en France où de parti pris le chef de l’État n’a guère chance d’être un soldat; il semble d’ailleurs devoir en être de même dans un avenir prochain du Ministre de la guerre. Les gens politiques n’ont-ils pas toute science infuse, et qu’y aura-t-il de changé sauf que les bureaux dirigeront au lieu d’être dirigés, et que le personnel sera bouleversé au gré des influences et passions politiques du moment? Aussi, ce qu’en semblable situation on peut espérer de mieux pour notre état militaire c’est l’existence d’un Conseil supérieur de la guerre, comprenant tous ceux désignés pour, en cas de guerre, exercer le commandement de nos armées, dont les avis en toute question militaire de quelque importance soient d’obligation et toujours communiqués in extenso à qui il appartient de décider; l’établissement des tableaux d’avancement et l’initiative des nominations à tous les hauts grades et emplois de l’armée devraient également lui être attribués. La guerre éclatant, le Ministre, qu’il soit civil ou militaire, demeurerait, continuant à pourvoir aux besoins de tous, avec l’assistance de l’un des sous-chefs de l’État-Major général du temps de paix, toujours prêt à remplacer son chef, devenant, ipso facto, le Major général des armées opérant sur le principal théâtre d’opérations. Une fois les hostilités commencées, ce sont les événements qui décident de ce qui suit, toute prévision à cet égard est sans objet, toute idée préconçue peut être une entrave; il faut et il suffit que les hommes appelés à y pourvoir aient été choisis à hauteur de la tâche qui peut leur incomber, qu’ils soient au fait de la situation et aient du caractère.
17, Pensée.—Cela n’a jamais été d’une absolue vérité, l’action dirigeante du chef en dehors du combat ayant toujours eu quelque influence sur le résultat, bien qu’incomparablement moindre qu’aujourd’hui, comparée à sa conduite pendant le combat proprement dit. D’abord on ne manœuvrait guère autrefois, on se bornait généralement à se porter à la rencontre les uns des autres; et, d’autre part, le combat se livrait sur une étendue peu considérable, si élevés que fussent les effectifs en présence; tout ce qui s’y passait, était vu d’un grand nombre et, transmis à la voix, était à l’instant su de tous; l’effet en était immédiat, et dans ces conditions l’attitude du chef était d’importance capitale.—De nos jours, c’est tout autre: Dès le principe et longtemps avant qu’on n’en vienne aux mains, le chef manœuvre en vue d’acquérir la supériorité morale, d’avoir toute liberté de mouvements et d’entraver celle de l’adversaire, et de faire que, tout en ne se compromettant pas trop lui-même, un succès de sa part, quand le heurt se produira, soit aussi désastreux que possible pour son ennemi. Quand approche le moment de l’action, il prend, dans la mesure du possible, les dispositions que commande la situation. Quand elle s’engage, il observe, mais de loin pour mieux juger de l’ensemble sans être distrait par les détails, et n’intervient que par l’envoi en ligne de ses réserves quand il le juge utile. Lorsqu’elle prend fin, c’est lui qui, s’il a le dessus, s’applique à faire que la poursuite transforme la défaite de l’adversaire en déroute, ou à le contenir s’il a le dessous. Du commencement à la fin, sa pensée est toujours en action, et moins il engage sa personne, mieux il fait; sur une zone aussi étendue que celle sur laquelle se livrent les combats actuels, à moins qu’il ne s’agisse d’un engagement insignifiant par le nombre des combattants, l’intervention personnelle d’un chef, dans la mêlée, ne saurait guère excéder en résultat physique celle du moindre de ses soldats, elle a toute chance d’être sans effet réellement utile, et risque fort de compromettre la direction.—Cette dernière partie de l’assertion de Montaigne qui, de fait, est on ne peut plus vraie, doit donc s’entendre du chef qui, présent sur le théâtre de l’action, exerce le commandement effectif des troupes engagées, à l’encontre de celui qui, à distance, prétend gouverner les événements et dicter des ordres à ceux qui, sur place, sont aux prises avec les difficultés dont il ne peut juger.
20, Ferme.—«Ayant les pieds sur la terre ferme», comme un planteur de choux. Coste.
21, Hottomane.—Branche de la race turcomane (race dominante dans le Turkestan, en Perse et en Asie Mineure), du nom d’Othman I, fondateur de l’empire turc (XIIIe siècle).
25, Ammurath.—Vainquit les Perses et les Hongrois, enlevant aux premiers trois provinces, aux seconds, l’importante place de Raab; avait débuté en faisant étrangler ses cinq frères, tous en bas âge.
27, Edouard.—Prétendant à la couronne de France, du chef de sa mère, sœur de Charles le Bel, gagnait contre Philippe de Valois la bataille de Crécy (1346), prit Calais (1347) et plusieurs autres villes; son fils le prince de Galles gagnait sur le roi Jean, successeur de Philippe, la bataille de Poitiers (1356); mais moins heureux contre Charles V, il perdait peu à peu toutes ses conquêtes et ne possédait plus que quelques places maritimes en France, quand il mourut.
28, Charles.—Fit avec succès la guerre à Edouard III d’Angleterre qui avait envahi la France, au roi de Castille, et réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une partie du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne. Il eut pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin, Boucicaut; témoin des malheurs causés par la captivité de son père Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il s’était fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirigeait tout du fond de son cabinet.
33, Castille.—Montaigne fait ici allusion à la découverte et à la conquête du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, du Chili et de Buenos-Ayres, réalisées à cette époque, au nom des rois de Castille, par les Christophe Colomb, les Fernand Cortez, les Pizarre, etc.
33, Portugal.—Par les expéditions de Diaz, de Vasco de Gama, de Cabral, les conquêtes d’Albuquerque, le Portugal, au XVIe siècle, était maître, en Asie, des Indes, des Moluques, et en Amérique, du Brésil.
35, Facteurs.—Agents des grandes compagnies par lesquelles, jadis, les états européens exploitaient leurs colonies.
39, Respirer.—Zonaras, d’où ceci est tiré, dit: «Julien se démontra si sobre, que presque il ne rotait ni ne crachait et allait jusqu’à dire que, s’il était possible, un philosophe devrait même se garder de respirer.»
546,
3, Persienne.—Xénophon, Cyropédie, I, 2, 16, ne parle pas plus de la sueur à propos des Perses, que Zonaras à propos de Julien; il dit seulement qu’il était déshonnête parmi eux de cracher, de se moucher et de paraître plein de vents.
5, Seneque.—Epist. 88.
10, Fortune.—«Venez voir mourir un maréchal de France,» disait Ney faisant à Waterloo (1815) un dernier effort, avec la brigade Brue, contre les lignes anglaises prenant l’offensive pour seconder l’action de Blücher. «Je ne rentrerai à Paris que mort ou victorieux,» disait de son côté le général Ducrot, en sortant pour livrer la bataille de Champigny (1871). Et tous deux, bien que demeurés constamment exposés aux coups des ennemis, se retrouvaient vivants en fin d’action, malgré ce qu’ils avaient dit et espéré.
17, Gradiuum.—Porteur de glaive, surnom du dieu Mars.
18, Deos.—En 479. Les Romains, en guerre avec les Èques, avaient vu échouer leurs efforts par l’insubordination de leurs soldats, motivée par une loi agraire en discussion à Rome. Redoutant la même mauvaise volonté l’année suivante, alors qu’on était en présence des Étrusques, qui venaient les insulter jusque dans leur camp, les consuls refusèrent quand même d’en venir aux mains, jusqu’à ce que leurs soldats eussent juré de vaincre ou de mourir, ce qu’ils firent, et tinrent parole, à l’encontre de ce qu’en dit Montaigne.—Celui-ci semble confondre cet épisode avec celui des Fabiens, guerriers à l’effectif de 306, tous de la famille Fabia, qui, deux ans après (477), ayant à leur tête le consul Fabius Vibulanus, se chargèrent à eux seuls de combattre les Véiens, qu’ils battirent en diverses rencontres; mais étant tombés dans une embuscade, ils périrent tous, accablés par le nombre.
31, Philistus.—Plutarque, Dion, 8. Philistus défait fut, suivant les uns, pris et tué par les ennemis; selon d’autres, il se tua pour ne pas tomber entre leurs mains.
38, Frustratoirement.—Inutilement, en vain. Frustratoire est encore en usage au palais; frustratoirement n’est plus français.
548,
4, Castille.—De Thou, LXV.—Bataille d’El-Ksar el-Kebir, au Maroc, en 1578. Y périrent: Sébastien, roi de Portugal, qui disparut dans le combat; le vainqueur Muley Abd el-Melek, roi de Fez et de Maroc, terrassé par la maladie dans le cours même de la bataille; Muley Mohammed, son neveu, qu’il avait détrôné et à l’instigation duquel était venu Sébastien, auquel il s’était joint, se noya dans sa fuite; de la sorte périrent par la maladie, le fer et l’eau, trois rois dans cette même journée.—Sébastien ne laissant pas d’enfants, le cardinal Henri, son oncle, lui succéda; et, à la mort de celui-ci (1580), Philippe II, roi d’Espagne, s’empara de la couronne du Portugal.
34, Tracasser.—Mener çà et là, malgré les souffrances qu’il éprouvait.
550,
2, Nouuelle.—De Thou, LXV, raconte qu’on prêtait le même fait à Charles de Bourbon, l’ancien connétable, tombant expirant au pied des murailles de Rome, à laquelle il donnait l’assaut avec les bandes à la tête desquelles il s’était mis (1527).—Nelson, en 1805, à Trafalgar, en agit de même: blessé à mort sur le pont de son vaisseau amiral, et transporté dans sa chambre, il se fit couvrir la figure et ses décorations de son mouchoir, afin de n’être pas remarqué de l’équipage et de ne pas l’impressionner défavorablement.
10, Main.—V. N. II, 430: [Premier].—Une fois sa résolution arrêtée, dit Plutarque qui raconte cette mort avec grands détails, ayant près de lui l’épée avec laquelle il était décidé à se tuer, il s’endormit lisant le Phédon et alternativement prenant un peu de repos.
CHAPITRE XXII.
13, Essaye.—Éprouve, fatigue.
13, Lisois.—Dans la Cyropédie de Xénophon, VIII, 6, 9.
20, Gruës.—Les empereurs du Mexique avaient des courriers à pied, qui atteignaient à peu près à la même vitesse; ils étaient dressés à la course et leurs exercices, à Mexico, avaient comme but final les pieds d’une idole auxquels on arrivait en montant 120 marches.
20, Cæsar.—De Bello civili, III, 11.
24, Mille.—Suétone, César, 57. Le mille romain valait environ 1500m (exactement 1481); cent milles font donc à peu près cent cinquante kilomètres.
27, Tiberius Nero.—Pline, Nat. Hist., VII, 20. Tibère, le même qui devint plus tard empereur. Le fait se passait en l’an 9; son frère Drusus, après de nombreux succès en Gaule, opérait en Germanie, quand il tomba malade et mourut. Tibère prit la conduite des opérations et acheva la déroute des Germains, 8.
552,
3, Peruenit.—Tite-Live, XXXVII, 7.—En 190; l’armée romaine, en marche contre Antiochus, devait traverser la Thrace; Sempronius Gracchus fut député à Philippe de Macédoine dont elle dépendait, pour pénétrer ses sentiments et savoir si on l’aurait pour ou contre soi.—La distance d’Amphise à Pella est d’environ trois cents kilomètres.
3, Postes assises.—Relais permanents, d’usage habituel.—Louis XI, en France, fut le premier qui établit un service de poste régulier; les relais étaient placés de deux en deux lieues (8 kilomètres).—Qu’est-ce que la vitesse de ces moyens de transport auprès de celles réalisées de nos jours par les moyens de locomotion qui sont venus s’ajouter aux anciens; alors que sur hippodrome, la plus grande vitesse obtenue à pied a été de cinq kilomètres en seize minutes et celle à cheval de 3.000m en 3m 15 (réalisée en 1903, par Quo Vadis, au Grand Prix de Paris), déjà avec le vélocipède, dont aujourd’hui tout le monde use, on fait aisément d’une façon suivie sur une bonne route 25 à 30 kil. à l’heure; tandis qu’en mer on arrive à des vitesses de 33 nœuds (60 kil. à l’heure) par des torpilleurs; l’Angleterre a même actuellement sur chantier un croiseur qui doit marcher à 36 nœuds (65 kil. 400); des trains de chemin de fer vont couramment à la vitesse de 100 kil. à l’heure, le dépassant même; des automobiles ont atteint jusqu’à 120.
5, Cecinna.—Il avait, dit Pline, Nat. Hist., X, 24, des quadriges (chars attelés à quatre chevaux de front) qu’il faisait courir; et, pour annoncer à ses amis le résultat, il lâchait celles de ses hirondelles qu’il emportait avec lui à Rome, teintes de la couleur du parti qui avait remporté la victoire.—La vitesse des hirondelles semble notablement supérieure à celle des pigeons: récemment, une hirondelle avait été amenée d’Anvers à Compiègne et, en même temps, 250 pigeons de même provenance. Lâchés ensemble, l’hirondelle aurait regagné son nid en une heure sept minutes, ce qui donne 207 kilomètres à l’heure, tandis que les premiers pigeons arrivés auraient mis quatre heures et deux minutes pour franchir cette même distance de 235 kilomètres.
10, Rome.—Les théâtres, dans l’antiquité, étaient à ciel ouvert. Indépendamment des représentations théâtrales, ils servaient, à Rome, aux combats de gladiateurs, aux courses, etc., lesquels étaient l’objet de paris dont il importait de connaître les résultats qui se transmettaient ainsi.
13, D. Brutus.—Pline, Nat. Hist., X, 77.—Assiégé dans Mutine (Modène), D. Brutus fit parvenir au camp des consuls des lettres attachées aux pattes de pigeons, et déjoua ainsi la vigilance d’Antoine, malgré les filets tendus par celui-ci en travers du fleuve pour intercepter toute communication (43).
14, Ailleurs.—Cet emploi des pigeons pour les communications rapides est très ancien. Les Grecs en usaient aux jeux olympiques pour signaler les vainqueurs, les Romains aux jeux du cirque; les Chinois s’en servaient; en Égypte, on annonçait de la sorte à l’intérieur l’arrivée des bateaux à Alexandrie. Leur usage à la guerre est plus récent, Montaigne en cite le premier exemple connu; pendant les croisades, les Sarrasins en firent grand usage et les Croisés les imitèrent dans des proportions plus restreintes. En Europe, il ne remonte guère qu’au milieu du siècle dernier, mais il s’est depuis considérablement étendu, nonobstant le télégraphe et l’invention de la télégraphie sans fil. La vitesse des pigeons bien entraînés est estimée de 60 à 80 kil. à l’heure, et les traites fournies atteindre 4 à 500 kil., cela toutefois semblant des maxima.—Les anciens, comme tous les peuples primitifs, ont souvent usé, pour communiquer à distance, de feux allumés sur des points élevés dont, de jour la fumée, de nuit la lueur, marquaient qu’un événement attendu venait de se produire. C’est à cela que servaient, au moyen âge, les nombreuses tours dont les ruines s’aperçoivent encore sur notre rivage méditerranéen; elles signalaient par leurs feux l’apparition au large des navires suspects et invitaient les populations éparses dans les campagnes à se mettre en sûreté dans les bourgs.—Citons encore comme moyen de communication rapide en usage au temps jadis les cris répétés de distance en distance; c’est ainsi, dit César, dans ses Commentaires, que le massacre des Romains qui avait été fait à Orléans au lever du soleil, fut connu à neuf heures du soir en Auvergne à cinquante lieues de distance.—Le télégraphe aérien, inventé sous la Révolution, outre sa permanence, réalisait le grand avantage, par son code de signaux, de pouvoir transmettre à peu près tout; mais son fonctionnement était interrompu par la nuit et le brouillard. La télégraphie électrique qui s’est substituée à lui, presque instantanée, puis le téléphone semblaient le nec plus ultra, et voici que la télégraphie sans fil va encore au delà de ce que l’on pouvait concevoir; née d’hier, elle a déjà donné possibilité de communiquer à des distances de deux cents kilomètres.
20, Chemin.—Il en était de même chez les Romains, où, comme on l’a vu plus haut, ce service comportait aussi des coches. Le cas échéant, chevaux de selle, bêtes de trait et véhicules pouvaient être réquisitionnés par les courriers dans l’embarras; cette servitude fut abolie par l’empereur Adrien.
22, Seiour.—Soulagement.
23, Vsage.—C’est cependant d’un effet salutaire pour les longues courses, se répétant plusieurs jours de suite, qu’on les fasse à pied ou à cheval, mais il faut y être habitué.—Les sultans entretenaient également des courriers à pied, auxquels, dit-on, par une opération chirurgicale, on enlevait la rate pour les rendre plus dispos et plus agiles. Payen.
CHAPITRE XXIII.
554,
11, Atletes.—En dehors de l’entraînement continu auquel de nos jours sont soumis les jockeys qui prennent part aux courses, on leur fait suivre un régime spécial et, entre autres choses, on provoque pareillement, chez eux, d’abondantes transpirations pour les rendre plus légers, avant qu’ils ne montent à cheval pour courir.
20, Marée.—Foule; comme on dit «les flots de la multitude».
22, Grece.—Les Turcs; mais cette situation a pris fin en 1830, époque à laquelle une insurrection datant de 1821 et la bataille navale de Navarin, gagnée en 1827 par les flottes combinées de France, d’Angleterre et de Russie, rendirent à la Grèce son indépendance.
32, Inconuenient.—C’est actuellement encore, en Europe, une des causes de guerre des plus à redouter que de servir de palliatif à des difficultés économiques, ou de dérivatif à des difficultés de politique intérieure, qui vont croissant sans cesse par suite de l’aveuglement, de l’inertie et de la division des conservateurs et, d’autre part, de l’esprit de plus en plus entreprenant et des exigences de plus en plus grandes des socialistes.
39, Carthaginois.—Carthage, située non loin de l’emplacement où se trouve actuellement Tunis, devenue la capitale d’une république maritime très puissante, et la rivale de Rome, eut à soutenir contre celle-ci de longues luttes connues sous le nom de «guerres puniques», qui se terminèrent par la prise et la destruction de la cité africaine (146).
39, Bretigny.—Froissart, I, 213.—Le traité de Brétigny (1359), par lequel le roi Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, abandonnait à l’Angleterre, pour racheter sa liberté, toutes les conquêtes faites par ses prédécesseurs, ne fut pas reconnu par les États généraux convoqués à cet effet par le Dauphin. La guerre reprit alors de plus belle, pour ne se terminer qu’en 1453, par la bataille de Castillon; elle avait duré cent quinze ans.
556,
2, Outre-mer.—Allusion à une expédition en Angleterre, méditée vers 1338 par Philippe IV de Valois, pour laquelle il avait réuni vingt à trente mille hommes, et que devait commander son fils Jean, duc de Normandie, depuis Jean le Bon, alors âgé de 20 ans; cette expédition n’eut pas lieu, le roi d’Angleterre ayant pris lui-même l’offensive et envahi la France.
10, Ruine.—C’était l’avis de l’amiral de Coligny; et, s’il se trouvait à Paris lors de la S.-Barthélemy, c’est qu’il était question, à ce moment, entre le roi et lui, d’une guerre dans les Pays-Bas devant servir de dérivatif à nos troubles intérieurs d’alors, guerre dans laquelle il eût exercé un commandement.
13, Commodité.—«La guerre n’est qu’un instrument de la politique.» Clausewitz.
14, Virgo.—Némésis, déesse de la vengeance, chargée de punir le crime et de renverser une insolente prospérité; surnommée Rhamnusia, de ce qu’elle avait un temple à Rhamnus, bourg de l’Attique.
20, Elotes.—Plutarque, Lycurgue, 21.—Elotes ou Ilotes; à l’origine ce nom désignait les habitants d’Hélos, ville de Laconie (Grèce anc.), prise et détruite en 1059 par les Lacédémoniens qui les réduisirent en esclavage. Il fut ensuite étendu à tous leurs esclaves indistinctement, qu’ils traitaient avec une extrême dureté, les entretenant soigneusement dans l’état le plus abject.
27, Art.—Celse dit à cet égard: «Ceux qui pratiquent la médecine rationnelle, estiment qu’Hérophile et Erasistrate agissaient bien, en obtenant des rois que les criminels leur fussent livrés pour être disséqués vivants, et qu’on pût observer, alors qu’ils étaient encore pleins de vie et avant qu’ils eussent rendu l’âme, la disposition, la couleur, la forme, les dimensions des organes»; mais il ajoute: «disséquer ainsi des hommes vivants, est aussi cruel qu’inutile».
35, L’empereur.—Ce ne fut qu’en 403 que les combats de gladiateurs furent abolis par l’empereur Honorius, après que les spectateurs eurent tué à coups de pierre un anachorète, nommé Télémaque, qui, venu exprès de l’Orient à Rome, s’était jeté entre les combattants pour les séparer.
558,
17, Rumpi.—Dans les combats de gladiateurs, le vaincu devait mettre bas les armes et était égorgé, à moins que les spectateurs ne voulussent lui sauver la vie; le vainqueur les consultait du regard: le bras étendu, le poing fermé, le pouce détaché et en dessus, marquait qu’il eût à achever son adversaire; le poing renversé, le pouce en dessous, qu’on faisait grâce.
30, Interest.—Le fait était assez fréquent jadis: le landgrave de Hesse, le duc de Brunswick en Allemagne vendaient leurs sujets aux recruteurs anglais; le prince de Waldeck, aux Hollandais; les Suisses se vendaient eux-mêmes. A la bataille de S.-Quentin, il y avait des Allemands des deux côtés; de même des Suisses, à la bataille de Fontenoy, etc.
CHAPITRE XXIV.
31, Romaine.—Ce qui a le plus contribué à rendre les Romains les maîtres du monde, c’est qu’ayant combattu successivement tous les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs usages, sitôt qu’ils en ont trouvé de meilleurs. Montesquieu.
560,
4, Suetone.—César, 56.
10, Moy.—Cicéron, Epist. fam., VII, 5.—La lettre en question porte M. Orfius.—Quelques-uns ont regardé l’offre de César comme un badinage, Montaigne la prend au sérieux et il a probablement raison; ces chefs de peuplade étaient de fait des lieutenants de la république romaine et il n’y a pas à s’étonner qu’elle pourvût à leur nomination.
12, Deiotarus.—Cicéron, De Divinat., II, 37.—Déjotarus était allié de Rome; malgré ses traités avec elle, César lui enleva son royaume parce qu’il avait suivi le parti de Pompée auquel il s’était lié d’amitié; plus tard, il le reçut en grâce.
13, Gentil-homme.—Les éd. ant. à 88 ajoutent: sien amy.
16, Escus.—Suétone, César, 54, indique comme se montant à six mille talents (27.900.000 fr.) la contribution que versa Pompée.
19, Marcus Antonius.—Plutarque, Antoine, 8.
34, Immortels.—En 170. Tite-Live, XLV, 12 et 13.
562,
5, Reges.—Citation que Montaigne a traduite, avant de la donner.—C’est le régime qui, de nos jours, subsiste dans la partie de l’Hindoustan soumise à la domination de l’Angleterre, qui en a absorbé une portion, en administre une autre directement et a laissé le reste à ses princes indigènes respectifs à titre de tributaires, vassaux ou alliés. C’est ce qu’elle est en train d’appliquer à l’Égypte; et ce que nous-mêmes pratiquons en Tunisie, sous le nom de protectorat.
10, Acquis.—En 1526, Jean Zapoly disputait à Ferdinand d’Autriche (le frère de Charles-Quint) le trône de Hongrie: battu par son compétiteur, il s’adressa à Soliman dont il se reconnut le vassal, et en obtint, en retour, l’investiture d’une partie de ce royaume et des secours.
CHAPITRE XXV.
21, Appian.—Guerres civiles, IV.
29, Hebetée.—Affaiblie.
34, Liaisons.—Bandages.
564,
1, Froissard.—Mémoires, 1, 29.
8, Bicles.—Ceux qui louchent.
11, Mot.—C’est ce qui arrive fréquemment quand, pour se moquer, les enfants contrefont un tic, un défaut de prononciation: c’est ce qui leur fait contracter si facilement et d’une façon inconsciente l’accent des pays où ils séjournent; c’est également un effet analogue qui fait qu’entendre tousser, voir bâiller nous provoque à le faire nous-mêmes. Cela avait donné lieu chez les Grecs à un proverbe que rapporte Plutarque: «Si tu fréquentes un boiteux, tu apprendras à clocher»; et à ce propos, Montaigne dit encore au chap. XX du livre I des Essais (I, 132): «Vn tousseur continuel irrite mon poulmon.»
15, Seiourner.—Et de me reposer dessus.
19, Pline.—Nat. Hist., VII, 50.
22, Ailleurs.—«Fortis imaginatio generat casum, disent les clercs»; entrée en matière du ch. XX du liv. I (I, 132).
28, Lucilius.—Sénèque, Epist. 50.
CHAPITRE XXVI.
566,
20, Barbares.—Tacite, Ann., XII, 47.—Cette coutume était en usage chez les peuples de l’Asie septentrionale: les Ibériens, les Arméniens, les Parthes.
26, Pollere.—Les éd. ant. aj.: qui signifie exceller sur les autres.
568,
6, Populariter.—V. N. II, 558: [Rumpi].
11, Armées.—Suétone, Auguste, 24.
12, Italique.—Ou sociale; guerre entre les Romains et leurs alliés les peuples d’Italie, qui réclamaient, pour prix de leurs services, le droit de bourgeoisie et les privilèges attachés au titre de citoyen romain (91 à 87).
15, Voyage.—Les éd. ant. portent: cette guerre, au lieu de: «ce voyage».—Valère Maxime, V, 3, 3.—On croit que c’est de là (a pollice trunco, de ce qu’on se mutilait le pouce pour se dispenser du service militaire) que vient le mot poltron (V. N. II, 542: [Appoltronny]).—En 367, l’empereur Valentinien condamna à être brûlés vifs ceux qui se coupaient les doigts pour se soustraire à la milice. De nos jours, en France, ceux qui se rendent coupables de faits semblables ou analogues, ce qui arrive de temps à autre, sont punis judiciairement et, à l’expiration de leur peine, envoyés dans des corps de discipline où ils accomplissent leur temps de service.
15, Quelqu’vn.—Ce quelqu’un c’est Philoclès, un des généraux d’Athènes, dans la guerre du Péloponnèse, qui, lui-même fait prisonnier un peu plus tard à la bataille d’Ægos Potamos (404), fut mis à mort avec 3.000 autres prisonniers. Plutarque, Lysandre, 5; Xénophon, Hist. Gr., II; etc.
18, Æginetes.—En 458. Cicéron, De Off., III, 11; Valère Maxime, IX, 2; mais Elien, Plutarque et Xénophon, qui relatent également le fait, disent que ce fut pour les mettre hors d’état de manier la lance, sans les rendre incapables de ramer. Peut-être est-ce en retour que fut rendue à Égine cette loi qui ordonnait de mettre à mort tout Athénien qui aborderait dans l’île, loi dont faillit être victime Platon quand il y fut déporté par ordre de Denys le Tyran; il n’aurait dû son salut qu’à ce que quelqu’un aurait dit par dérision que ce n’était qu’un philosophe, sur quoi on se borna à l’agréer comme esclave.—A certains moments de l’empire romain, on coupa aussi les jarrets aux prisonniers de guerre pour les empêcher de servir plus tard.
19, Lacedemone.—Plutarque, Lycurgue, 14.
CHAPITRE XXVII.
21, Couardise.—Lâcheté, poltronnerie.
25, Friuoles.—Robespierre, au plus fort de la Terreur, voyant pêcher, après un repas qu’il avait fait à la campagne, s’apitoyait, dit-on, sur les souffrances des poissons qui, une fois pris, mouraient hors de l’eau. Mme Campan.
28, Andromache.—Hécube, pendant la guerre de Troie, perdit presque tous ses enfants au nombre de dix-neuf, vit massacrer sous ses yeux son mari, sa fille Polyxène, son petit-fils Astyanax, fils d’Hector, et devint l’esclave d’Ulysse, tandis que sa fille Andromaque devenait celle de Pyrrhus, fils d’Achille, qui l’épousa. Les malheurs de l’une et de l’autre ont fait le sujet de tragédies grecques et aussi de tragédies françaises.
29, Iours.—Plutarque, Pélopidas, 15.—Alexandre de Phères, assistant à une représentation des Troades d’Euripide, sortit brusquement du théâtre et fit dire à l’acteur de ne pas s’inquiéter et de continuer à bien jouer son rôle; que s’il était sorti, ce n’était pas qu’il fût mécontent de son jeu, mais qu’il avait honte que lui, qui sans pitié envoyait tant de gens à la mort, on le vît s’attendrir sur les malheurs d’Hécube et d’Andromaque.
570,
2, Voir.—S’arrête, dès qu’elle voit.
8, Gendarme.—S’accoutume au meurtre et devient cruel par l’habitude de plonger, jusqu’aux coudes, ses mains et ses bras dans le sang.—«Se gendarmer», c’est se mettre en humeur, en posture d’homme qui veut combattre.
20, Bouquer.—«Faire bouquer quelqu’un», c’est lui causer du dépit, le mortifier, le faire enrager, l’obliger à céder. Au propre, c’est, en se jouant, donner sur les joues du patient, qui les tient gonflées, deux petites tapes, du plat et du revers de la main, qui l’obligent à desserrer et à laisser échapper l’air qui sort avec un bruit semblable à celui d’un petit coup de baguette sur un tambour.
29, Commise.—Plutarque, Des délais de la Justice divine, 2.—Montaigne se trompe en disant que Bias plaignait les Orchoméniens; c’est Patrocle, un des interlocuteurs de ce dialogue de Plutarque, qui cite cet exemple de la vengeance trop tardive des dieux, sans indiquer en quoi a consisté cet acte de trahison, ni à quelle époque il a été commis, mais seulement que de ce fait les Orchoméniens auraient perdu enfants, parents et amis, et que ce ne serait que longtemps après que Lyciscus aurait été atteint d’une maladie par suite de laquelle son corps tombait en décomposition et que lui-même considérait comme une punition du ciel.
37, Pistolade.—Coup de pistolet.
572,
16, Vertu.—Courage.
19, Vaincre.—Les éd. ant. portent: mais lâchement, sans combat et sans hazard; au lieu de: «plus seurement qu’honorablement».
24, Aueugle.—«Faire la figue à quelqu’un», c’est lui faire la nique, lui tirer la langue, lui rire au nez, en un mot se moquer de lui en lui faisant quelque grimace (V. N. I, 124: [Figue]).
24, Sourd.—«Dire des pouilles à quelqu’un», c’est lui dire des injures, des paroles méprisantes.
27, Morts.—Pline, dans sa Préface à Vespasien. C’est Plancus lui-même qui fit la réponse donnée par Montaigne comme exprimée en son nom.
29, Noisif.—Querelleur; dérive de noise que l’on retrouve encore dans cette expression souvent employée: «chercher noise».
29, Aristote.—Diogène Laerce, IX, 18.
32, Coup.—Les éd. ant. ajoutent: de baton.
574,
8, Combat.—C’est ce à quoi on est revenu de nos jours.
33, Henry.—Chroniques de Monstrelet, I, 9.—En 1371; le duc d’Orléans, frère de Charles VII et père de Dunois, accusé d’avoir contribué à la maladie du roi devenu fou, et de le tenir en chartre privée, avait provoqué Henry IV roi d’Angleterre, qui avait tenu ce propos; chacun devait être accompagné de cent chevaliers. Henry n’accepta pas le défi, disant qu’il n’était pas dans les usages de ses prédécesseurs que le roi se mesurât avec quelqu’un qui n’était pas de son sang (de moindre état qu’il n’était lui-même).
34, Lacedemoniens.—Hérodote, I, 82; Pausanias, X, 9; Athénée, XV, 6; etc.—Les Argiens et les Lacédémoniens, en querelle au sujet du territoire de Thyrée, convinrent de remettre leurs intérêts à trois cents de chaque parti. Le combat eut lieu; il ne demeura que deux Argiens et un Lacédémonien du nom d’Othryadès; la nuit les sépara; les deux Argiens se retirèrent; Othryadès, resté seul, érigea un trophée avec les armes des ennemis, y traça de son propre sang une inscription qui attribuait la victoire à son pays et se donna la mort pour ne pas survivre à ses compagnons. Mais cela ne servit de rien; on ne s’entendit pas sur le vainqueur; les deux armées en vinrent aux mains et la victoire demeura à Sparte (VIe siècle).
35, Curiatiens.—Le combat eut lieu à la vue des deux armées, pour décider à laquelle, de Rome ou d’Albe, appartiendrait la suprématie. Trois frères de part et d’autre, les Horaces pour Rome, les Curiaces pour sa rivale, étaient en présence: au premier choc deux Horaces tombèrent, les trois Curiaces étaient blessés. Le survivant des Horaces, craignant de succomber contre ses trois adversaires réunis, feignit de prendre la fuite afin de les diviser, persuadé qu’ils le suivraient plus ou moins vite suivant la gravité de leurs blessures. Sa prévision se réalisa; revenant alors impétueusement sur ses pas, il immola successivement ses trois adversaires et assura ainsi le triomphe de sa patrie (667).—En citant ce fait, Plutarque en conte un autre, à peu près identique dans ses détails, survenu lors d’une guerre entre les habitants de Tégée et de Phenée (Grèce); des deux côtés, les champions étaient trois frères jumeaux.
39, Meslé.—A ajouter à cette nomenclature le combat des Trente, célèbre défi porté en 1351 par Jean, sire de Beaumanoir, au châtelain anglais de Ploërmel. Trente chevaliers bretons et autant d’anglais en vinrent aux mains au pied du chêne Mi-voie (Bretagne); huit anglais furent tués, les autres se rendirent. Dans l’ardeur de l’action Beaumanoir blessé, épuisé de fatigue et de la perte de son sang, faiblissait: «Bois ton sang, Beaumanoir!» lui cria son frère qui était au nombre des combattants. Bouillet.
39, Domestique.—De famille.—Ce duel, dont il va être parlé, Montaigne n’en fait pas mention dans son journal de voyage, ce qui donne à penser qu’il a dû avoir lieu après son départ d’Italie, où son frère l’avait accompagné et où il demeura après lui; on peut voir tout le détail de cette affaire dans les Mémoires de Brantôme, touchant les duels.
576,
29, Theorique.—Nous disons aujourd’hui théorie, quoique nous ayons conservé pratique; c’est une bizarrerie de l’usage.—Rabelais, I, 5, dit comme Montaigne: «Ie n’entends point la théorique; la practique, ie m’en aide quelque peu.»—Brantôme, parlant des duels, dit pareillement: «Les Italiens en ont tres bien sceu les théoriques et practiques.»
34, Germains.—Tite-Live, XXVIII, 21.—Tous deux se disputaient la succession à une principauté; ils résolurent de s’en remettre au sort des armes. Ils se battirent en présence de l’armée romaine, dans l’arène des gladiateurs à Carthage (et non en Espagne), alors qu’on y célébrait des jeux funèbres à l’occasion de la mort des deux Scipion (206).
578,
15, Butes.—C’étaient des tirs organisés pour l’arc et l’arbalète, avec ou sans banquette pour le tireur d’une part; et de l’autre, à distance convenable, une levée de terre contre laquelle se plaçait le but à atteindre comme il en existe encore beaucoup dans le Nord de la France. Le mot «butes» signifie ici ce genre de tir, plutôt que son aménagement.
Tous les exercices concourant au développement de la force et de l’adresse, sont à pratiquer, et notamment ceux qui sont d’utilité immédiate à la guerre. A ce titre le tir à l’arme de guerre est particulièrement à encourager, car la défense nationale y est intéressée: les efforts individuels de quelques-uns à cet égard sont insuffisants, il faut que cela devienne une institution d’État. Pour ce faire, et c’est possible, facile même, il faudrait que ces tirs à la cible pussent s’effectuer au centre même des populations, et nonobstant n’offrir aucun danger; être gratuits dans une certaine mesure, pour tout individu de nationalité française, de l’âge des enrôlements volontaires à celui du passage dans l’armée territoriale. On peut satisfaire aux deux premières conditions, en établissant ces tirs souterrainement, dans les villes, sous les promenades publiques ou les principales artères (à Paris par exemple sous l’esplanade des Invalides, aux Tuileries sous la terrasse du bord de l’eau, etc.), et dans les localités moindres, dans le voisinage immédiat, à l’instar des tirs forains. On emploierait à cet effet des tuyaux métalliques de 2 à 5m de longueur, s’ajoutant les uns aux autres, de forme appropriée, de 1m de hauteur sur 0.60 de largeur, d’épaisseur variable suivant qu’ils seraient en acier ou en fonte, suffisante pour n’être pas perforés par la balle; leur longueur totale permettant le tir à 200m. A l’origine du tir serait, pour le personnel et les tireurs, une construction également souterraine analogue à celle qui vient d’être édifiée pour un tout autre usage, à Paris, près de l’église de la Madeleine; l’autre extrémité serait aménagée pour les marqueurs; un fil électrique les relierait. Des organisations analogues ont déjà fonctionné à Lisieux, à Bergerac, et donnent les meilleurs résultats.—Le tir aurait lieu les dimanches et jours de fête. Le nombre des cartouches allouées annuellement à titre gratuit aux seuls individus dont il a été question ci-dessus, pourrait être de 36 à chaque ayant-droit, qui aurait la faculté de les tirer quand bon lui semblerait par série de six, en trois séances au moins: l’État trouverait là un heureux moyen de renouveler ses approvisionnements de mobilisation; on intéresserait les tireurs, en leur tenant compte des résultats lors de l’appel sous les drapeaux ou des périodes d’instruction. L’installation de ces tirs, et il devrait en être créé un au moins par canton, serait peu considérable: 3.000 fr. environ; elle serait à la charge des communes du canton. L’État pourrait leur venir en aide par des subventions, cela constituant au premier chef une dépense d’utilité publique indispensable pour que le tir, qui importe à un si haut degré à notre sécurité et à notre indépendance, pénètre dans les mœurs.
15, Tournois.—Sorte de fête publique, très en faveur au moyen âge, où les chevaliers se mesuraient entre eux à cheval, armés de pied en cap, mais à armes courtoises. Ces jeux, qui souvent entraînaient mort d’homme, prirent fin en France en 1559, à la suite d’un accident survenu au cours de l’un d’eux et qui causa la mort du roi Henri II.
15, Barrieres.—C’était une variante de ce qui se pratiquait dans les tournois: au lieu d’avoir liberté entière de mouvements, les deux adversaires étaient séparés par des barrières qui empêchaient le combat corps à corps.
19, Dommageables.—Par ce qu’il a dit du duel et ce qu’il dit ici de l’escrime—qui en est l’exercice préparatoire—on voit que Montaigne réprouve à la fois l’un et l’autre. En ce qui touche le duel proprement dit, cette réprobation est parfaitement justifiée, c’est un reste d’institutions barbares où le bon droit n’entre pour rien et a trop souvent le dessous, mais il est dans les mœurs et par cela même difficile à déraciner, au point que la peine de mort édictée contre les duellistes, et appliquée à certains moments, n’a pu en avoir raison. De nos jours, où les lois, à cet égard, sont absolument lettre morte, il est surtout cultivé par de faux braves auxquels il sert à faire de la réclame. Il n’en serait pas ainsi si on ridiculisait comme elles le méritent ces rencontres sans motifs sérieux, aboutissant à des résultats qui ne le sont pas davantage. Si, chaque fois, elles devaient se poursuivre jusqu’à la mise hors de combat de l’un des deux adversaires et n’étaient pas arrêtées à la moindre égratignure, ou à la première balle tirée même perdue, leur nombre s’en réduirait déjà considérablement; et bien plus encore si chaque fois aussi la justice, comme c’est son devoir, citait devant elle sans exception et non à sa fantaisie tous ceux ayant soit comme adversaires, soit comme témoins participé à un duel, quel qu’en ait été le résultat, et frappait impitoyablement pour fait ou tentative d’homicide ou de coups et blessures celui qui serait reconnu avoir à sa charge les torts ayant rendu le duel indispensable ou l’ayant amené abusivement. Dans ces conditions, on se respecterait davantage les uns les autres, tout en n’allant sur le terrain que pour des raisons en valant la peine, si toutefois il en existe qui justifient que, quelle que soit l’inégalité que crée entre les adversaires la pratique des armes, se faire tuer ou blesser répare une injure dont on a été victime. Cela est tellement absurde qu’il serait tout aussi efficace et bien plus logique de la part de ceux qui sont d’accord pour régler leurs querelles de la sorte, de fixer d’abord à l’amiable, par l’intermédiaire de leurs témoins, la réparation jugée nécessaire: la mort, une balle ou un coup de poignard dans la poitrine, dans un membre, ou encore payer une amende, accomplir tel ou tel acte, satisfaire à telle convention, suivant ce qui aurait été ainsi décidé, et tirer au sort auquel des deux il échéerait de s’exécuter. De cette façon, les chances seraient égales, le but ne serait pas dépassé, et la justice n’aurait pas à intervenir; sans compter que si hétéroclite que cela paraisse, ce mode de réglement a parfois été déjà employé.
Quoi qu’il en soit, le duel est et restera toujours une institution qui n’a pas le sens commun:—Tandis qu’il est permis aux personnes soi-disant distinguées de se faire justice à coups d’épée ou de pistolet, il est défendu à l’homme du peuple de se la faire à coups de bâton (Colonel Perron).—On rougit dans le monde honorable de ruiner un joueur qui ne sait pas jouer, on ne rougit pas d’ôter la vie à qui ne sait pas se défendre.—Ces rencontres sont tout à l’avantage de l’homme immoral qui, parce qu’il sait manier une arme, se croit tout permis; elles ne prouvent même pas la véritable bravoure, s’allient souvent aux vices les plus dégoûtants et même avec la lâcheté militaire; les plus hardis bretteurs ne sont parfois que de mauvais soldats (le journal l’Eclair).
22, Confus.—Erreur évidente; il faut lire «consul», comme le porte du reste l’ex. de Bordeaux.—Le fait est rapporté par Valère Maxime, II, 3, 2.
28, Pharsale.—Plutarque, César, 12.—La recommandation faite par César à ses troupes, de frapper leurs adversaires plutôt au visage, tenait à ce que la cavalerie de Pompée était recrutée en majeure partie parmi les jeunes patriciens, qui appréhendaient surtout de se voir défigurés. Ce qu’avait prévu César, arriva: détournant la vue, se couvrant la tête pour se préserver la face, ils ne tardèrent pas à prendre honteusement la fuite, ce qui causa la perte du reste de leur armée.
31, Philopœmen.—Plutarque, Philopœmen, 12.
580,
1, Cape.—En habit de guerre.
2, Sachez.—Platon, dans le dialogue de ce nom.
8, Platon.—Traité des Lois, VII.
9, Cecyo.—L’ex. de Bord. porte Epicius, au lieu d’«Epeius», et Cercyo au lieu de «Cecyo».
11, Conferent.—Contribuent. «Conférer», dans ce sens, est purement latin.
12, Maurice.—Philippe est désigné sous le nom de Philippicus et indiqué comme beau-frère et non comme gendre de l’empereur Maurice, par Zonaras et Cedrenus.—Phocas, avant de tuer l’empereur qu’il avait fait prisonnier, fit égorger, en présence de sa victime, ses cinq enfants. La nourrice du plus jeune, pour le sauver, lui avait substitué le sien; Phocas l’apprit et le fit livrer au bourreau.
26, Macedoine.—Tite-Live, XL, 3 et 4.—Ce Philippe est celui qui, à deux reprises, fit la guerre aux Romains, et, en dernier lieu, subit à Cynoscéphales, en Thessalie (Grèce), une défaite qui fut suivie d’un traité honteux; il allait reprendre les hostilités, quand il mourut. De naturel très soupçonneux, il alla, sur de faux rapports, jusqu’à faire mettre à mort son propre fils.
28, Resoudre.—Se rassurer.
37, Propos.—Ce passage «Les belles matieres... à mon propos», ne figure pas dans l’ex. de Bord. Son intercalation coupe assez inopportunément le récit, qui est tiré de Tite-Live, XL, 4, que toutefois Montaigne ne s’est pas astreint à traduire bien fidèlement.
582,
8, Roy.—Qui ordonnait de saisir les enfants de tous ceux qu’il avait fait tuer.
19, Ioindre.—Comme ces gardes étaient sur le point de les atteindre.
24, Traictes.—Tirées du fourreau, mises à nu; du latin tractus.
26, Forte.—Plus noble, plus courageuse.
34, Maistres.—Le fait se passait en 185.
38, Vengeance.—Allusion au mot de Caligula: «Je veux qu’il se sente mourir.» Suétone, Caligula, 30.
584,
1, Engins.—C.-à-d. les voilà forcés de trouver des moyens par lesquels ils puissent savourer, à la fois, complètement et lentement le plaisir de la vengeance.
4, Cruauté.—Cette même pensée se trouve déjà exprimée dans les mêmes termes, liv. II, ch. II (II, 102), et ce fut un des passages des Essais dont la censure, à Rome, fit reproche à son auteur.—Là se borne l’appréciation de Montaigne sur la peine de mort, et les philanthropes de nos jours qui en poursuivent l’abolition ne sauraient s’appuyer sur lui. Cette peine n’est pas à supprimer, même à l’égard des criminels ne jouissant pas de la plénitude de leurs facultés; ils ont montré qu’ils sont un danger public, comme l’est un chien enragé, la société a le devoir de se débarrasser d’eux comme de lui. Quant à son efficacité préventive, elle n’est pas niable, pas plus que celle des châtiments corporels si malencontreusement supprimés en France. Ce qui restreint l’effroi salutaire qu’elle inspire c’est surtout l’espoir d’y échapper, depuis que les jurys et le chef de l’État ont exigé en principe, les uns les circonstances atténuantes lors même qu’il n’y en a pas, l’autre la grâce octroyée lors même qu’elle est le moins justifiée. Par trop de sensiblerie pour les mauvais, on en est arrivé à compromettre la sécurité des bons: l’assassinat, les attaques nocturnes sont devenus en France de pratique courante; à Londres, qui a six millions d’habitants, on ne compte en moyenne par an que seize à vingt assassinats, tandis qu’à Paris, où la population est moitié moindre, il y en a dix fois plus. C’est qu’aussi chez nos voisins d’outre-Manche tout assassin est pendu: il n’y a ni circonstances atténuantes, ni distinction de sexe; toute attaque nocturne est punie du «Chat à neuf queues», sorte de knout, sans préjudice du «hard labour» (travaux forcés), et celui qui en a goûté une fois, ne s’expose guère à le recevoir une seconde.—Quant à la publicité des exécutions, elle est sans utilité et a même des inconvénients, dont le plus grave est de diminuer la crainte qu’elle inspire, en montrant combien c’est peu de chose; l’abus qu’on en fit sous la Terreur n’avait-il pas enlevé à la plupart des prisonniers déférés au Tribunal révolutionnaire, certains dès le premier moment du sort qui les attendait, et familiarisés avec cette idée, les préoccupations inhérentes d’ordinaire à ceux qui sont sous le coup d’accusations capitales!
10, Iosephe.—Dans l’Histoire de sa vie, vers la fin.
16, Mechmed.—Chalcondyle, Hist. des Turcs, liv. X.—Mahomet II; s’empara de Constantinople dont il fit sa capitale et subjugua la presque totalité des provinces qui font partie ou relèvent encore actuellement de la Turquie d’Europe; à la gloire des armes, joignit celle des lettres; l’histoire lui reproche cependant des actes d’une cruauté révoltante.
10, Simeterre.—Ou mieux cimeterre; sabre à lame fort large et recourbée dont faisaient particulièrement usage les Turcs.
27, Cræsus.—Hérodote, I, 92; Plutarque, De la malignité d’Hérodote.
29, Foullon.—Artisan qui fabriquait le drap.
30, Cardes.—Sorte de peignes formés de pointes de fer très fines, disposées sur un grand nombre de rangées, servant à démêler la laine, la bourre ou la soie dont on fait les étoffes.
33, Vayuode.—Titre porté autrefois par les princes des principautés danubiennes.
38, L’enuie.—Toute la haine qu’inspiraient les méfaits de l’un et de l’autre. Du latin invidia qui a cette signification; exemple, parmi tant d’autres, de la propension de Montaigne à écrire le français en latin, y transposant et adaptant tous mots, expressions et tournures de phrase lui semblant propres à mieux rendre sa pensée.
586,
3, Suitte.—Chronique de Carion et Annales de Silésie.—En 1514. A l’occasion d’une croisade projetée en Hongrie contre les Turcs, un soulèvement de gens sans aveu éclata. Ils prirent pour chef Georges Sechel, qui commit à l’égard de la noblesse les actes les plus horribles. Vaincu en diverses rencontres et en dernier lieu à Temesvar, Sechel expia ses forfaits par le supplice qu’indique Montaigne: nu et enchaîné sur un chevalet, on lui mit sur la tête une couronne de fer ardent; on le saigna et on fit boire son sang à son frère; puis après lui avoir refermé les veines, on fit dévorer à belles dents son corps par vingt de ses complices et ce qui demeura de son corps fut haché, bouilli et rôti, et on le leur fit manger; eux-mêmes, on les fit périr ensuite dans d’affreux supplices.
CHAPITRE XXVIII.
4, Caton le Censeur.—Fut préteur; consul, obtint par ses succès en Grèce les honneurs du triomphe; enfin censeur, fonctions qu’il exerça avec une grande sévérité. Dans ses dernières années, redoutant la rivalité de Carthage, il terminait tous ses discours au Sénat, quel qu’en fût l’objet, en disant qu’il fallait la détruire. On lui a reproché son avarice (V. N. I, 564: [Dehors]; N. II, 110: [Seruy]) et trop de penchant pour le vin (V. N. I, 616: [Virtus]).
4, Ieune Caton.—Montra de bonne heure une âme ferme et courageuse qui ne se démentit jamais. Lors de la rivalité de César et de Pompée, il se déclara pour ce dernier; du reste bien avant déjà il s’était prononcé contre César dont il redoutait l’ambition et qui avait été l’amant de sa sœur. Après la défaite de Pompée, il rallia son armée et passa en Afrique pour continuer la résistance; la bataille de Thapsus anéantit ses espérances; enfermé dans Utique, il s’y donna la mort, et de ce fait a été appelé Caton d’Utique pour le distinguer de son grand-oncle Caton le Censeur (V. I, 502 et N. [Escarmouche]; N. II, 430: [Premier]; N. II, 434: [Autre]; N. I, 404: [Catoni]).
5, Apparient.—Les éd. ant. portent: font à mon opinion grand honneur au premier: car ie les trouue eslongnez d’vne extreme distance; au lieu de: «apparient... siecle».
6, Visages.—C.-à-d. le premier montra son beau naturel sous plus d’aspects différents.
6, Precelle.—L’emporte; du latin præcellere, surpasser, vaincre.
11, Scipion.—L’animosité de Caton le Censeur contre Scipion l’Africain ne prit jamais fin. Non content de l’attaquer lui-même, il lui suscita des accusateurs (V. I, 660); et, ne parvenant pas à l’atteindre à cause de son illustration, il poursuivit son frère Lucius qu’il fit condamner à une amende excédant ses ressources et plus tard, lorsque lui-même fut censeur, il alla jusqu’à le priver de son cheval, pour insulter à la mémoire de son frère.
13, Dit.—Plutarque, Caton le Censeur, 1.
14, Grecque.—Caton avait quatre-vingts ans quand il commença à se livrer à l’étude de cette langue.
17, Enfantillage.—En enfance. Cette expression de Montaigne est de celles que Pasquier lui reproche d’avoir employées dans un sens inaccoutumé.
17, Et tout.—Aussi. On dit encore dans certaines parties de la France, notamment en Sologne, «itout», pour aussi.
18, Patenostre.—L’oraison dominicale, le Pater noster, comme l’on dit quelquefois, ou simplement le Pater, expression d’usage courant. Patenostre, au dire de Pasquier, était à l’époque une expression purement gasconne: «Dieu nous garde des patenostres de M. le Connétable», disait-on alors, en parlant du connétable de Montmorency qui, dévot autant que sévère, marmottait toujours Pater, Credo et Ave Maria, ne s’interrompait que pour ordonner des mesures de rigueur et reprendre aussitôt ses oraisons.
21, Gaigna.—Plutarque, Parallèle de Flaminius avec Philopœmen.—En 197; à la bataille de Cynoscéphales, où il défit Philippe V, roi de Macédoine.
22, Honestis.—Dans Juvénal, d’où elle est tirée, cette phrase a un sens tout autre que celui dans lequel elle est employée ici.
24, Encore?—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens. Xénocrate, dit-il, venait à l’école d’Eudeminondas pour y apprendre la vertu: «Quand en usera-t-il, s’il en est encore à la chercher?» aurait observé celui-ci. Le fait ainsi présenté semble douteux, Xénocrate ayant été des disciples de Platon, au nombre desquels comptait également Eudeminondas, et ayant dirigé l’Académie, après Speusippe, pendant vingt-cinq ans; mais il se peut que Xénocrate qui, lui aussi, l’avait eu pour auditeur, allât parfois l’entendre quand il en vint lui-même à professer.
25, Philopœmen.—Plutarque, Philopœmen, 12.
588,
1, Sages.—Cette maxime est tirée de Sénèque, Epist. 36.
20, Cettuy-cy.—Caton le Censeur.
23, Abecedaire.—Sénèque, Epist. 36.
40, Nuict.—Sénèque, Epist. 71 et 104. Le jour où Caton échoua dans l’obtention de la préture, dit l’auteur latin, il alla jouer à la paume; Montaigne parle à cette occasion de la nuit au lieu du jour, probablement par licence littéraire, pour mieux établir le parallèle entre ce fait et celui de sa mort.
CHAPITRE XXIX.
590,
6, Quelqu’vn.—Sénèque, Epist. 73, et De Providentia, 5.—Cela rappelle ces vers de Sylvain Maréchal, un des chantres de la Liberté et de la déesse Raison (1750 à 1803):
«Le Sage est plus que Dieu, sur ce globe bizarre:
Les maux que Dieu permet, le Sage les répare;
D’un souffle, en se jouant, Dieu créant l’univers,
Est moins que Régulus redemandant des fers.»
8, Imbecillité.—La faiblesse; du latin imbecillitas, qui a même signification.
9, Dieu.—Cette même pensée a été bien souvent exprimée.—Cicéron: «Il n’est point de puissance que la force ou le fer ne viennent à bout de briser ou de détruire; mais se vaincre soi-même, étouffer son ressentiment, modérer sa victoire..., c’est là un héroïsme qui vous élève au-dessus des plus grands hommes ou plutôt vous assimile aux dieux eux-mêmes.»—P. Syrus: «On vainc deux fois quand, victorieux, on se vainc soi-même.»—Salomon: «Qui se domine est plus grand qu’un conquérant.»—Sénèque: «Il n’y a pas plus puissant, que celui qui se possède.»—Th. Corneille:
«Un roi, né pour l’éclat des grandes actions,
Dompte jusqu’à ses passions;
Il ne se croit point roi, s’il ne fait sur lui-même
Le plus illustre essai de son pouvoir suprême.»
La Fontaine: «La plus belle victoire est de vaincre son cœur.»
26, Manque.—Défectueux, imparfait, faible.
28, Iours.—Les actes de la vie ordinaire et sa manière d’être habituelle.
592,
6, Conte.—Diogène Laerce, 62 et 63.
11, Amis.—Montaigne a dit précédemment (liv. II, ch. XII, vol. II, p. 236) que ceux qui dépeignent ainsi Pyrrhon, enchérissent sur sa doctrine.
27, Discours.—Diogène Laerce, 66.
28, D’icy.—Du manoir de Montaigne.
31, Bien-veignant.—L’accueillant, en manière de bienvenue.
35, Nostres.—Un fait semblable, chez un jeune gentilhomme de la Sologne, est relaté par Henry Estienne, dans son Apologie pour Hérodote, I, et se serait passé au milieu du XVIe siècle; peut-être est-ce le même auquel Montaigne fait allusion.
40, Extulerat.—Le texte de Tibulle porte extulit.
594,
3, Cibele.—Les Galles, prêtres de Cybèle, se mutilaient eux-mêmes, en se faisant initier, coutume que l’on fait remonter à Atys leur fondateur qui, aimé de Cybèle et commis par elle à son culte, après lui avoir juré de garder la chasteté, ayant manqué à son serment, fut inspiré par la déesse d’une telle fureur qu’il se mutila lui-même.
28, Iours.—Peut-être Marco Polo, vénitien, dont les voyages en Asie, notamment en Tartarie, où cette coutume semble avoir existé, bien qu’effectués à la fin du XIIIe siècle, n’ont été publiés qu’au commencement du XVIe.
596,
1, Baller.—Danser, de l’italien ballare qui a même signification.
17, Tristesse.—L’usage de se jeter dans les flammes à la mort du mari existe encore dans l’Inde; dans la partie soumise aux Anglais, il faut en obtenir la permission, et le nombre de ces sacrifices qu’ils ont tolérés s’est, de 1817 à 1821, en cinq ans, élevé à 3.402 (trois mille quatre cent deux)!
26, Gymnosophistes.—Quinte-Curce, VIII, 9; Strabon, XV.—Ils allaient toujours nu-tête et nu-pieds, d’où leur nom; faisaient profession de vivre dans la retraite, de fuir le mariage et de mépriser la douleur. Montaigne mentionne ici d’après Plutarque, Alexandre, 21, la mort de l’un d’eux; trois siècles plus tard, un autre nommé Zarmenochegas en agissait de même, dans Athènes, devant Auguste.
28, Façon.—Usage, coutume.
39, Fatum.—Le destin, la fatalité. Allusion aux querelles suscitées à maintes reprises, dans l’Église même, par le don de prescience attribué à Dieu, qui enlèverait à l’homme son libre arbitre, son arbitrage, comme dit Montaigne quelques lignes plus loin.
598,
26, Sarrazins.—Cette appellation donnée au moyen âge aux armées musulmanes, viendrait de ce qu’au début certaines tribus pillardes de l’Arabie (Serrak, en arabe, signifie voleur) constituaient leur force principale.
27, S. Louys.—Atteint d’une maladie dangereuse, fit vœu d’aller combattre les infidèles. Il débarqua en Égypte où, après quelques succès, il fut battu et fait prisonnier à la bataille de Mansourah; ayant racheté sa liberté, il passa en Palestine, où il demeura quatre ans sans grands résultats. En 1270, il s’embarqua pour une seconde guerre sainte, et aborda près de Tunis; mais la peste se mit peu après dans son armée, lui-même en fut atteint et mourut.
34, Mort.—Mémoires de Joinville.
42, Improuueu.—En 1498. Savonarole, moine jacobin et partisan de la France à Florence, était accusé d’hérésie, de paillardise et de tromper le peuple dans ses prédications. Un cordelier, adversaire politique et religieux des Jacobins, offrit de démentir ses impostures et ses fausses doctrines par l’épreuve du feu: tous deux devaient ensemble monter sur un même bûcher; il ne doutait pas d’y rester, mais avec lui son adversaire qui se disait certain d’y échapper. Savonarole se présenta ayant en main le Corpus Domini (une hostie consacrée), prétendant que c’était là sa sauvegarde; le cordelier protesta, mais en vain, disant qu’il était impie d’exposer l’hostie à être brûlée, et, de ce fait, l’épreuve n’eut pas lieu. Quelques jours après, condamné par le représentant du pape, Savonarole périt dans les flammes.—Mémoires de Ph. de Comines, VIII, 19; Sismondi, Républiques italiennes du Moyen Age, XII, 98.
600,
2, L’Huniade.—En 1448, lors de la bataille de Crassovie, où, pendant trois jours, les Hongrois résistèrent à l’armée ottomane quatre fois plus nombreuse qu’eux.
2, Donner.—«A se livrer» ou «à se choquer», batailles ayant ici le sens d’«armées».
7, Forme.—«Au gîte», terme de chasse.
29, Espaule.—Henri de Navarre, depuis Henri IV, qui par son activité, et quelquefois par sa témérité, suppléait aux ressources qui lui manquaient.
31, D’Orange.—Guillaume de Nassau, chef des Pays-Bas révoltés contre la domination des Espagnols qui avaient mis sa tête à prix. Assassiné en 1584 par un fanatique qui le tua d’un coup de pistolet, il avait déjà été, deux ans auparavant, l’objet d’une semblable tentative de meurtre.
602,
3, Troublé.—Actuellement le poignard est bien délaissé dans le cas où ces attentats sont inspirés par la politique ou la question sociale qui sont devenues tout un; au pistolet s’est substitué le révolver; mais c’est aux explosifs que l’on a recours de préférence. Les facilités d’exécution et les chances d’échapper soi-même sont beaucoup plus grandes; le nombre des victimes étrangères à la cause est à la vérité plus considérable, mais de cela n’ont cure ceux qui, à l’abri de tout danger, ont préparé le forfait.
11, Pareil.—En 1563, par Poltrot de Méré, lequel assassina le duc de Guise qui, venant de mettre le siège devant Orléans, revenait à cheval à son logis. Contrairement à ce que dit Montaigne, l’assassin était à pied, embusqué derrière un buisson, et tira à six pas de distance; son arrestation n’eut lieu que le lendemain; après jugement, il fut écartelé. Mémoires de Brantôme, à l’art. M. de Guise, tome III.
23, L’aultre.—Balthazar Gérard, l’assassin du prince d’Orange; il fut pareillement écartelé.
25, Assassins.—Assassiniens. Peuplade de Phénicie; leur chef n’était connu des croisés que sous le nom de «Vieux de la Montagne»; l’obéissance absolue des initiés à ses ordres le faisait redouter de tous; nul n’était à l’abri des arrêts de mort qu’il prononçait.—On a beaucoup discuté sur leur nom, d’où nous avons fait assassins et qui est passé dans notre langue: les uns le font dériver du pays qu’ils occupaient et qui se serait appelé Haschischa; d’autres de ce que c’étaient des fumeurs de «haschisch» (sorte de préparation enivrante du chanvre); d’autres, de ce que leur arme de prédilection était un poignard appelé Sahs, etc.; pour nous, nous estimons qu’il vient du mot arabe asses (gardes), encore actuellement usité, parce qu’ils étaient les gardes de leur chef et que leur rôle actif en avait fait la terreur des contrées environnantes.—Consulter à ce sujet Sylvestre de Sacy.
34, Saincte.—En 1151; ce crime fut le fait d’un fanatique religieux.
34, Montferrat.—En 1192, à Tyr; Conrad qui en était seigneur y fut assassiné pour n’avoir pas fait droit à une réclamation du Vieux de la Montagne qui revendiquait, comme lui appartenant, un vaisseau dont les Tyriens s’étaient emparé.
CHAPITRE XXX.
604,
29, Teste.—Montaigne parle ici d’un être né viable à deux corps et une seule tête. Ce cas est moins fréquent que celui de jumeaux unis tangentiellement par une membrane qu’aujourd’hui on tente parfois de disjoindre par une opération chirurgicale: tels les frères Siamois, dans la première moitié du siècle dernier, qui arrivèrent à âge d’homme et demeurèrent ainsi unis jusqu’à leur mort; celle de l’un entraîna celle de l’autre.—En Suisse, les sœurs Marie-Adèle, opérées en 1882 et qui succombèrent toutes deux.—En 1886, les filles du docteur allemand Bœhm, opérées par leur père quelques jours après leur naissance; l’une d’elles mourut.—Les sœurs brésiliennes Rosalina-Maria, opérées en 1900 et dont l’une mourut six jours après.—Les sœurs hindoues Radica-Doodica, fillettes de 8 à 9 ans, toutes deux tuberculeuses, opérées en 1902, qui moururent l’une six jours, l’autre douze à quinze mois après.—Les sœurs Rosa-Josepha, nées en 1877, dans les environs de Prague, opérées en Amérique, en 1906, avec succès, semble-t-il.—Deux jeunes Chinois, encore indemnes, que l’on exhibe à travers le monde dans les fêtes foraines.
30, Roy.—Henri III, sous lequel s’agitaient trois partis puissants: les Catholiques, la Ligue et les Protestants.
35, Reculons.—La remarque est d’Aristote qui, dans sa Rhétorique, III, 12, dit qu’Épiménide n’exerçait point sa faculté divinatrice sur les choses à venir, mais sur celles qui étaient passées et encore inconnues.
606,
7, Homme.—«Cette opinion de Montaigne: «Ce que nous appelons monstres, etc...», résume admirablement l’opinion qui prévaut de nos jours, et la science d’aujourd’hui ne saurait rendre d’une manière plus concise et plus énergique l’opinion à laquelle elle s’est arrêtée et qui est bien plus sage que celle qui consiste à dire que la monstruosité est l’absence de quelque cause finale.» Chateaubriand.—Le même dit encore: «Les monstruosités nous sont envoyées pour nous montrer ce que serait la création, si Dieu retirait sa main.»—«L’univers, pour qui saurait l’embrasser d’un seul coup d’œil, serait un fait unique, une grande vérité.» D’Alembert.—«Ce qui est hasard à l’égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut.» Bossuet.
12, Soit.—«Cela est absolument vrai au physique comme au moral; tout est dans la nature, le vice comme la vertu; et il est impropre de dire, par exemple, que tel crime est contre nature, il n’y en a point de tel.» Naigeon.
CHAPITRE XXXI.
20, Aristote.—Morale à Nicomaque, X, 9, où se trouve cité le passage d’Homère sur les Cyclopes, Odyssée, IX, 114.
21, Cyclopes.—Suivant la fable, étaient des géants monstrueux n’ayant qu’un œil au milieu du front et forgeant dans l’Etna, sous les ordres de Vulcain, les foudres de Jupiter; suivant l’Histoire, ce furent les premiers habitants de la Sicile, hardis pirates, toujours sur la côte à épier s’il ne passait pas quelque navire pour le piller.
608,
7, A tout.—«Avec», comme on l’a déjà vu plusieurs fois.
7, Esclatante.—Avec une voix aiguë, des éclats de voix.
10, Eslochements.—Synonyme d’esboittements et qui, tous deux, signifient dislocations.
15, Sincerité.—Pureté, netteté de jugement; c’est le sens propre du mot latin sinceritas.
18, Pedantes.—Aux maîtres d’école.
29, R’accoisez.—Apaisés, tranquillisés, revenus de notre emportement. Vient de l’ancien mot «coi», qui ne se retrouve plus que dans les expressions «se tenir coi», «demeurer coi», et qui dérive lui-même du latin quietus, qui a même signification.
29, Brouillas.—Brouillards.—Ce passage est emprunté de Plutarque, Comment il faut refréner la colère, et dans les mêmes termes que ceux employés par Amyot son traducteur.
39, Gorgoneo.—Gorgones.—C’étaient trois sœurs hideuses à voir, qui n’avaient qu’un œil en commun et changeaient en pierre tous ceux qui les regardaient; Persée en délivra la terre et parvint, avec le secours de Minerve, à trancher la tête de Méduse, l’une d’elles, que la déesse fixa sur son égide ou bouclier. Myth.
40, Rabirius.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent: Lucius Saturninus, ce en quoi il y a confusion.—Rabirius avait été un des sénateurs les plus opposés à Saturninus lorsque, 37 ans auparavant, ce tribun du peuple, chaud partisan de Marius, dont César était le neveu, avait été assassiné; et c’est de cet assassinat commis non par lui, mais par un esclave, qu’en la circonstance, il était accusé.
610,
1, Faire.—«Bien dire fait rire, bien faire fait taire.»
2, Ceux-là.—Les Protestants.
7, Croit pas.—Il n’est en effet que trop vrai que les mœurs ne sont pas toujours en concordance avec les principes religieux; on ne saurait nier cependant, en ce qui touche le Christianisme, que leur action ne peut être que favorable.
11, Eudamidas.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens, porte Eudemonidas.
14, Cleomenes.—Plutarque, ibid.
19, Viuement.—C.-à-d. le fait entre plus avant dans l’âme, frappe plus fortement l’esprit de ceux qui le lisent ou l’écoutent.—Les éd. ant. ajoutent: et presse bien autrement.
30, Bien.—L’éd. de 88 porte: d’honneur, au lieu de: «de bien».
31, Proposer.—Aulu-Gelle, XVIII, 3.
35, Aul. Gellius.—Aulu-Gelle, I, 26; on a de lui un ouvrage qui ne nous est pas parvenu en entier, intitulé «Nuits attiques», où l’on trouve de précieux renseignements sur l’antiquité et beaucoup de fragments d’auteurs anciens perdus.
612,
3, Vantoit.—Cet esclave de Plutarque lui reprochait non de n’être pas philosophe, mais de ne pas agir en philosophe.
16, Disputons.—«La valeur ne se connaît que dans la guerre, l’amitié dans le besoin, la sagesse dans la colère.» Prov. oriental.
16, Archytas.—Cicéron, Tusc., IV, 36; De Republica, I, 38; Valère Maxime, IV, 1; Lactance, De ira Dei, 18; etc.
20, Bien.—Les éd. ant. portent: comme tu mérites, au lieu de: «bien».
21, Platon.—Sénèque, De Ira, III, 12.
23, Charillus.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
32, Vertu.—Sénèque, De Ira, I, 16, d’où le fait est tiré, est moins favorable à Pison: «C’était, dit-il, un homme exempt de plusieurs vices, mais mauvais et dans l’esprit duquel la sévérité était la fermeté d’âme.» Il passait pour avoir, à l’instigation de Tibère, empoisonné Germanicus; accusé de ce crime par Agrippine et craignant de n’être pas soutenu par l’empereur, il se donna la mort.
614,
5, Negotier.—Qui ont affaire à des femmes têtues.
8, Celius.—Sénèque, De Ira, III, 8.
15, Phocion.—Plutarque, Instructions pour ceux qui manient affaires d’État.—Phocion, aussi redoutable à la tribune que sur le champ de bataille, fut le rival de Démosthène qui l’appelait la «hache de ses discours»; il était célèbre par son désintéressement et sa rigidité de principes; injustement accusé de trahison, fut condamné par ses concitoyens à boire la ciguë.
616,
3, Dehors.—Peut-être le duc d’Anjou, devenu Henri III.
4, Diogenes.—Diogène Laerce, IV, 34.—Diogène, venu de bonne heure à Athènes, y étudia la philosophie, et, adhérant aux principes de l’école des Cyniques, outra leur austérité, vivant dans la plus grande misère, habitant, dit-on, dans un tonneau et ne subsistant que d’aumônes; faisait surtout consister la sagesse dans les privations volontaires. On cite de lui nombre d’anecdotes dont l’authenticité est douteuse.
7, Buffe.—Soufflet.—L’éd. de 88 porte: nazarde à son valet à peu, au lieu de: «buffe... peu».
14, Famille.—Cet alinéa semble avoir été écrit par Montaigne à l’adresse de sa femme, qu’il ne met du reste presque jamais ostensiblement en cause.
29, Partie.—Sans partie adverse, sans antagoniste.
30, Portent.—C.-à-d. pour en user là seulement, où elles peuvent produire quelque effet.
618,
6, Mesme.—La chute des corps graves abandonnés à eux-mêmes est, en effet, accélérée au fur et à mesure qu’ils descendent; cela est vrai au moral comme au physique.
7, Paye.—Ce qui me satisfait, me dédommage, c’est que lorsque les occasions sont d’importance.
10, Ceruelle.—En inquiétude.
28, Aristote.—Morale à Nicomaque, III, 8.
29, Contredisent.—Sénèque, De Ira, I, 16.
CHAPITRE XXXII.
620,
9, Neufuiesme.—Le règne de Charles IX fut déchiré par les guerres des Catholiques et des Protestants; et la paix étant conclue, déshonoré par le massacre de ces derniers, ordonné à l’instigation de la reine mère Catherine de Médicis et pratiqué à la fois sur tous les points de la France, dans la nuit de la S.-Barthélemy (24 août 1572).
15, Esprit.—Les éd. ant. portent: sa viuacité, au lieu de: «son esprit».
22, Seneque.—Sénèque a compté, de tous temps, des partisans très décidés et de très violents adversaires: Montaigne, Balzac, le comte de Maistre sont au nombre des premiers; Diderot en fait un éloge outré; Dryden et La Harpe le déprécient outre mesure.
24, Dion.—A écrit une histoire romaine depuis Énée jusqu’aux temps où lui-même vivait. Il est en général exact; on lui reproche cependant de la partialité envers certains, entre autres contre Sénèque.
622,
5, Mort.—Tacite, Annales, XIII, 11; XIV, 53, 54, 55; XV, 60, 64. Il faut reconnaître cependant qu’il y a dans Tacite même de terribles imputations contre lui, notamment quand il le représente (XIV, 7) demandant à Burrhus s’il faut ordonner aux soldats le meurtre d’Agrippine, et se chargeant ensuite (XIV, 11) de l’apologie de ce parricide.
23, Hannibal.—Cette appréciation d’Annibal aurait été émise par lui dans une rencontre qu’il aurait eue à Éphèse avec Scipion, lorsque le premier était réfugié auprès d’Antiochus et que le second était en ambassade auprès de ce prince (190). Elle est relatée par Plutarque dans les vies de Pyrrhus et de Flaminius. Dans la première Annibal aurait assigné à Pyrrhus le premier rang, à Scipion le second et s’attribuait à lui-même le troisième. Dans la seconde, il donnait la prééminence à Alexandre, le second rang à Pyrrhus, le troisième à lui-même. A quoi Scipion lui ayant dit: «Et comment jugeriez-vous, si vous m’aviez vaincu?» Annibal aurait répondu: «Je me placerais au-dessus de tous les autres capitaines du monde.»—Tite-Live relate également cette conversation, comme le fait Plutarque dans la vie de Flaminius; néanmoins, elle est généralement considérée comme apocryphe, on ne croit même pas qu’Annibal et Scipion se soient rencontrés nulle part après Zama.
23, Autrement.—Les éd. ant. ajoutent: recité.
30, Larecin.—Plutarque, Lycurgue, 14.—Montaigne a déjà mentionné ce fait, I, 458.
33, Loy.—Plus de moyen, de faculté, de liberté.
36, Pyrrhus.—Plutarque, Pyrrhus, 12.
624,
9, Ailleurs.—Immédiatement après l’exemple de cet enfant dont il est question plus haut, qui se laissa dévorer le ventre par un jeune renard qu’il avait dérobé.
12, Cicero.—Tusc., II, 14; V, 27.
18, Tesmoins.—Valère Maxime, III, 3, cite aussi le fait, mais en attribuant ce trait de courage à un enfant macédonien qui assistait à un sacrifice offert par Alexandre.
29, Recite.—Liv. XXII, vers la fin du ch. 16.
40, Tua.—Tacite, Annales, IV, 45.—L’an 25, sous le règne de Tibère. L. Pison était gouverneur de l’Espagne citérieure; ce meurtre fut attribué à la sévérité avec laquelle il poursuivait les rentrées au trésor public.
40, Epicharis.—Tacite, Annales, XV, 57.
626,
10, Argoulets.—Auprès de nos soldats, de nos gens d’armes.
17, Pistole.—Avec le chien d’un pistolet. Les chiens des armes à feu de l’époque se composaient de deux plaquettes en fer ou mâchoires reliées par une vis et formant étau, pour tenir soit la mèche, soit la pierre servant à mettre ou à produire le feu.
20, Rançon.—Prix payé pour se racheter de captivité ou de mauvais traitements auxquels on se trouvait exposé.
23, Dague.—Sorte de poignard.
628,
4, Ailleurs.—Ch. XXVI du premier livre (I, 288 et suivantes).
14, Insupportable.—L’ex. de Bord. porte: Quelle bestiale stupidité! au lieu de «O... insupportable?»
14, Considere.—Les éd. ant. portent: aucunes de ces armes anciennes esleuées iusqu’au ciel au pris de la mienne, au lieu de: «aucuns... anciens».
21, Celles-là.—En introduisant la variante qui précède, Montaigne, ayant substitué «hommes» à «âmes», aurait dû pareillement remplacer «celles-là» par «ceux-là».
26, Mulcté.—Mis à l’amende; du latin mulctatus qui a ce même sens. Le fait est tiré de Plutarque, Agésilas, 1.
32, Petalisme.—L’ostracisme était, à Athènes, une sentence de bannissement politique pour dix ans qui, lors du vote, s’inscrivait sur une coquille, d’où son nom.—Le pétalisme était à Syracuse et à Corinthe ce que l’ostracisme était à Athènes; mais sa durée n’était que de cinq ans et le vote s’exprimait sur une feuille d’olivier, d’où aussi le nom qu’il portait.
36, Cicero.—Fut successivement préteur, édile et consul. Mérita le nom de «Père de la patrie», en déjouant la conjuration de Catilina; embrassa le parti de Pompée, après Pharsale se rallia à César. Ce dernier mort, il opposa Octave, neveu de César, à Antoine qu’il attaqua vivement et dont l’influence le fit proscrire; il périt égorgé comme il cherchait à fuir. V. N. II, [72].
36, Aristides.—Célèbre par ses vertus civiles et militaires; son intégrité le fit surnommer «le Juste»; il était de ceux qui commandaient à la bataille de Marathon, contribua au succès de celles de Salamine et de Platée, fut frappé d’ostracisme par crainte de son crédit, chargé d’administrer le trésor commun des Grecs destiné à pourvoir aux guerres futures contre les Perses, et mourut si pauvre que l’État fut obligé de pourvoir à ses funérailles et de doter ses filles.
36, Sylla.—Lieutenant, puis collègue et enfin rival de Marius contre lequel il représentait l’oligarchie; vainqueur de Mithridate roi du Pont, il parvint après quelques alternatives à triompher des partisans de Marius qui était mort dans l’intervalle, et, maître absolu de Rome, élu dictateur perpétuel, ensanglanta ses succès par d’horribles cruautés et de nombreuses proscriptions. Deux ans après, sans crainte des haines qu’il avait suscitées, il abdiquait et rentrait dans la vie privée; il mourut l’année suivante. V. II, 156 et N. [Sylla].
36, Lysander.—Remporta sur les Athéniens la victoire navale d’Ægos-Potamos qui mit fin à la guerre du Péloponnèse (405), fut tué dix ans après dans un combat livré contre les Thébains.
36, Marcellus.—Fut cinq fois consul; battit les Gaulois (222); envoyé contre Annibal après la bataille de Cannes, il releva les affaires des Romains à Nole, puis à Syracuse dont il s’empara après un siège de trois ans; Archimède périt dans le sac de cette ville, malgré l’ordre qu’il avait donné de l’épargner (112); vainqueur d’Annibal à Canusium (210), il périt deux ans après dans une embuscade. On l’avait surnommé «l’épée de Rome», comme Fabius Cunctator en était «le bouclier».
37, Pelopidas.—Ami d’Epaminondas; contribua puissamment à l’expulsion des Spartiates de Thèbes (379); fut tué en 364 à Cynoscéphales (Thessalie), dans un combat contre Alexandre de Phères.
37, Pompeius.—Général romain, surnommé le Grand. Embrassa le parti de Sylla; reprit la Sicile et l’Afrique aux partisans de Marius. Sylla mort, il reprend la Narbonnaise et l’Espagne à ses adversaires politiques à la suite de la défaite et la mort de Sertorius (78). Il triomphe en Italie d’une révolte des esclaves; extermine les pirates de la Méditerranée, achève la guerre de Mithridate, conquiert une partie de l’Asie et forme le premier triumvirat (60), avec Crassus et César dont il a épousé la fille. A la mort de cette dernière et Crassus ayant été tué chez les Parthes, il rompt avec César; dans la lutte qui s’ensuit, soutenu par le Sénat, il n’en est pas moins chassé d’Italie, passe en Grèce, tient un instant son ennemi en échec à Dyrrachium, mais battu à Pharsale, il va demander asile en Égypte, où à son débarquement il est assassiné par ordre du roi. Pompée parvint au faîte des grandeurs, il le dut surtout à sa bonne fortune; il avait de l’ambition, de la morgue, des talents, mais le génie lui faisait défaut.
37, Agesilaus.—Roi de Sparte; vainquit les Perses en Asie et conquit l’Asie Mineure; gagna la bataille de Coronée sur les Grecs coalisés, et fut lui-même vaincu à Mantinée par Epaminondas; il se distinguait par son courage et sa grandeur d’âme; à l’âge de quatre-vingts ans il guerroyait encore.—Au nombre des recommandations expresses faites par Lycurgue, était celle de ne pas combattre trop fréquemment contre les mêmes ennemis, afin qu’ils n’arrivassent point à acquérir l’expérience de la guerre; c’est le reproche qu’on a fait à Agésilas, d’avoir, par ses expéditions répétées en Béotie, rendu les Thébains aussi experts en cet art que les Lacédémoniens et avoir fini par être battu par eux. C’est aussi ce qui est arrivé à Napoléon qui, après avoir vaincu l’Europe si souvent, a été vaincu par elle, autant parce qu’au jeu de la guerre, comme en tout autre, on ne gagne pas toujours, que parce qu’en battant sans cesse ses adversaires, il avait laissé pénétrer par quelques-uns, partie des secrets de son génie.
630,
4, Œuures.—V. II, 70 et N. [Profitable].
6, Vertu.—Ce même esprit d’équité que Montaigne relève dans les «Vies illustres» de Plutarque et notamment dans les Parallèles qui s’y trouvent insérés, se retrouve dans la «Collation d’aucunes histoires romaines avec les autres semblables grecques», de ce même auteur ou parues sous son nom. On y voit d’un côté Posthumius livrant au supplice son fils, bien que vainqueur, pour avoir combattu contre son ordre; et, de l’autre, Epaminondas en agir de même. Là c’est Agamemnon sacrifiant sa fille pour obtenir des vents favorables; ici c’est la fille de Métellus qu’atteint la même infortune. De même à propos du dévouement de Décius, de l’héroïsme de Mucius Scevola, de la trahison du roi Pausanias de Sparte et de la manière dont elle fut punie, etc... Il cite des faits analogues chez la partie adverse, s’appliquant d’une façon indéniable à tenir la balance égale entre les Grecs et les Romains.
25, Labienus.—L’un des plus habiles lieutenants de César en Gaule; se sépara de lui quand celui-ci, franchissant le Rubicon, marcha sur Rome; embrassa alors le parti de Pompée et prit part à la bataille de Munda (Espagne) qui mit fin à la guerre civile.
25, Ventidius.—César lui confia quelques affaires importantes en Gaule; après la mort du dictateur, il seconda Antoine contre ses meurtriers; postérieurement opposé aux Parthes, il les chassa de l’Asie Mineure (35).
28, Agis.—Agis III tenta de remettre en vigueur les lois de Lycurgue, d’abolir les dettes, de faire un nouveau partage des terres, mais il échoua et fut mis à mort par l’influence de ceux dont il menaçait les intérêts (244 à 239).
28, Cleomenes.—Cleomène III, poursuivant l’œuvre d’Agis III son prédécesseur, opéra une révolution à Sparte, égorgea les éphores qui s’y opposaient, détruisit le Sénat, abolit les dettes, effectua un nouveau partage des terres et bannit le luxe. Ayant à combattre les Achéens, d’abord vainqueur, il finit par être vaincu; il passa alors en Égypte pour y chercher des secours, mais déçu dans ses espérances, et peu après menacé dans sa liberté, il fut réduit à se donner la mort.
29, Lycurgus.—Les éd. ant. ajoutent: et Scipion encore à Epaminondas qui estoyent aussi de son rolle.
32, Parangonner.—Comparer; mot d’étymologie grecque, que les Italiens ont conservé avec le sens qu’il a ici; en français, n’est plus employé que comme terme d’imprimerie.
35, Dit-il.—Dans son Parallèle de Pompée avec Agésilas.
37, Conferer.—Comparer, du latin conferre; Montaigne en fait un fréquent usage dans cette acception.
38, Dit-il.—Dans son Parallèle entre ces deux personnages.
632,
4, Separement.—Ainsi que l’auteur l’observe, Plutarque, dans ses Parallèles, ne porte pas d’appréciation d’ensemble sur les deux hommes qu’il met en comparaison; il fait ressortir pour chacun, sur quelques points caractéristiques, ce qu’il y a de plus particulier à retenir, et il est assez difficile de conclure pour lui:
Entre Démosthène et Cicéron, il donne le prix de l’éloquence au premier et insiste sur la supériorité des mœurs du second. Il apprécie le désintéressement et la réserve d’Aristide, et constate que Caton l’Ancien, dont il ne méconnaît pas le caractère, occupe une beaucoup plus grande place. Sylla, dit-il, a fait de plus grandes actions, Lysandre de moins grandes fautes; celui-ci a été plus tempérant et plus sage, l’autre a témoigné de plus de capacité et de valeur militaires. Entre Marcellus et Pélopidas, la balance est à peu près égale: leur vie comme leur mort a bien de l’analogie; le premier a plus fait, toutefois la délivrance de Thèbes par le second a été admirablement conçue et exécutée. Pompée se distingue par l’éclat de ses succès et sa probité politique; Agésilas a plus de valeur militaire réelle. Les exploits de Camille, sa droiture, le différencient de Thémistocle qui avait incontestablement plus d’adresse. Entre les Gracques et Agis et Cléomène, Tibérius Gracchus lui semble l’emporter par sa vertu. La législation de Numa est plus douce que celle de Lycurgue; il l’a imposée par la persuasion, Lycurgue par la force; les Romains ont obtenu d’autant plus de succès qu’ils se sont éloignés des institutions du premier, les Spartiates ont perdu leur supériorité pour avoir abandonné les lois du second.
CHAPITRE XXXIII.
8, Spurina.—Ce n’est que dans le deuxième avant-dernier alinéa de ce chapitre qui porte sur le rôle essentiel de l’âme et des particularités afférentes à César, avec lesquels l’histoire de Spurina n’a aucun rapport, qu’il est question de lui qui, à en juger par le titre, devrait en être le sujet principal.
634,
9, Portent.—Montaigne joue ici sur les mots: haire, cilice, chemise de crin, et hère, homme de peu, sans vigueur, sans bien, sans mérite ou sans crédit.
9, Xenocrates.—Diogène Laerce, IV, 7.—Laïs reçut les hommages de tout ce que la Grèce renfermait d’illustre et fut la maîtresse d’Alcibiade; on dit qu’ayant suivi en Thessalie un jeune homme dont elle était éprise, les femmes de cette contrée, jalouses de sa beauté, l’assassinèrent.
12, Beauté.—Les éd. ant. ajoutent: de ses mignardises.
19, Satieté.—Montaigne avait oublié cette phrase, lorsqu’il écrivait vers la fin du ch. suivant, pag. 658: «Il y peut auoir quelque iuste moderation en ce desir de gloire, et quelque sacieté en cet appetit comme aux autres».
25, Pinceter.—Épiler.—Suétone, César, 45.
30, Fois.—César eut quatre femmes légitimes: Cossutia, issue d’une famille équestre, possédant une grande fortune, qu’il répudia pour épouser Cornelia, fille de Cinna lieutenant de Marius. Celle-ci étant morte, il épousa Pompeia nièce de Sylla, avec laquelle il divorça parce qu’elle était soupçonnée d’adultère. Enfin, Calpurnie, nièce de Pison.—Lors de sa mort, une loi avait été préparée, et devait être présentée en son absence, qui, pour lui permettre d’avoir des enfants, l’autoriserait à épouser autant de femmes qu’il voudrait.
31, Nicomedes.—Quand, à Rome, leurs généraux recevaient les honneurs du triomphe, les soldats avaient coutume d’égayer par des chants la marche du triomphateur; lorsque César célébra son triomphe sur les Gaules, parmi les couplets qui se répétèrent en chœur ce jour-là, figurait celui-ci:
«César a mis dix ans à subjuguer les Gaules,
Et Nicomède, une heure à soumettre César»,
allusion au commerce intime auquel il s’était prêté dans son enfance avec ce roi de Bythinie et dont il rejaillit sur lui un opprobre qui de son vivant a servi de texte à une foule de railleries. V. N. I, 550: [Nicomedis].
32, Cleopatra.—Non moins remarquable par son esprit que par sa beauté, fut la maîtresse de César, puis celle d’Antoine qui, pour l’épouser, répudia Octavie sœur d’Octave. Après la défaite et la mort d’Antoine et après avoir en vain cherché à séduire le vainqueur, afin de ne pas tomber vivante en son pouvoir, elle se donna la mort, en se faisant piquer au bras par un aspic.
33, Cæsarion.—Plutarque, César, 13.—Cet enfant fut déclaré roi d’Égypte en 42 par les triumvirs Antoine, Octave et Lépide, sous le nom de Ptolémée XIV et la tutelle de sa mère. En 32, il recevait le vain titre de Roi des rois et l’an 30, peu après la mort de sa mère, il périssait par ordre d’Auguste.
34, L’amour.—Suétone, César, 50, 52, etc.
39, Cæsar.—Julie, qui par sa douceur empêcha longtemps la discorde entre le beau-père et le gendre; sa mort, survenue en 55, fit disparaître la principale cause à laquelle on devait que la guerre civile n’eût point encore éclaté entre eux.
636,
2, Ægisthus.—Egisthe, fils incestueux de Thyeste et de sa fille Pélopée, était à la fois le frère et le fils de sa mère; Pompée, en épousant la fille de César qui avait été l’amant de sa femme, se trouvait être à la fois pseudo-beau-frère et gendre de son beau-père.
8, Amoureuse.—Lorsqu’il rentra dans Rome, sur son char de triomphe, après la conquête des Gaules, les soldats, auxquels en pareille circonstance était laissée une grande licence, chantaient: «Bourgeois, cachez vos femmes, nous amenons le galant au crâne dénudé.» Suétone, César, 51.
10, Place.—Salluste dit de même de Sylla: «D’une grande intelligence, assoiffé de volupté, il l’était plus encore de gloire, car, si plongé qu’il fût dans la luxure, jamais elle ne lui fit perdre de vue les affaires.»
14, Soldat.—Aussi vigoureux et infatigable athlète en amour qu’à la guerre.
20, Ladislaus.—Sismondi, Histoire des républiques italiennes, tome VIII, raconte la mort de Ladislas d’une manière un peu différente: il aurait été atteint à Pérouse d’une maladie que ses débauches excessives auraient occasionnée; et une de ses maîtresses, qu’on accusait de l’avoir empoisonné et qui était fille d’un médecin de cette ville, serait morte peu de jours après, emportée par la même maladie.
24, Destroict.—Ayant réduit, par un siège rigoureux, la ville de Florence en telle détresse.
31, Attournoit.—Orner, parer; est d’étymologie grecque. D’attourner vient atours, qui est fort en usage.
638,
10, Escrit.—En dehors de ses Commentaires sur la guerre des Gaules et la guerre civile qui seuls nous restent, de ses lettres au Sénat, à Cicéron, à ses amis, César aurait écrit sur la grammaire, l’éloquence, l’histoire, et encore des poèmes, une tragédie d’Œdipe et des recueils de faits mémorables qu’Auguste défendit de publier; on lui attribuait aussi des livres sur les Augures et une Cosmographie qui ne furent probablement composés que sur ses ordres.
15, Actiue.—Suétone dit qu’il faisait au besoin cent milles par jour (150 kil.), passait les rivières à la nage ou sur des outres, arrivait souvent avant qu’on ne fût instruit de son départ. Florus le compare à la foudre; et Cicéron, dans le temps même où il parlait de lui en ennemi, le regardait comme un prodige de promptitude et de vigilance.
16, Labeur.—Dur au travail; c’est une expression toute latine.
19, Oppius.—Suétone, César, 53.—Oppius, lieutenant et ami de César, est regardé comme le véritable auteur des guerres d’Alexandrie, d’Afrique et d’Espagne, attribuées à César. Plutarque estime qu’il ne saurait être cru qu’avec réserve dans tout ce qu’il rapporte des amis et des ennemis de celui-ci, dont lui-même était le familier.
22, Boulenger.—Chez les Romains, tous les artisans étaient des esclaves.
25, Pays.—Suétone, César, 53.
28, Catilina.—Perdu de dettes, Catilina entreprit de rétablir sa fortune par le sac de Rome. Sa conjuration, ourdie parmi ses compagnons de débauche et tous les libertins de la ville, fut déjouée par Cicéron; lui-même mourut les armes à la main, en combattant les troupes envoyées contre lui.
29, Cachetes.—Une lettre, un billet doux qui se remettent en cachette, à la dérobée.
34, Yurongne.—Plutarque, Caton d’Utique, 7.
640,
10, Douceur.—Montaigne, liv. II, ch. II (II, 100), se montre moins indulgent qu’ici vis-à-vis de César. Parmi les actes qui lui sont reprochés est l’exil à perpétuité, en un lieu déterminé avec privation de tous leurs droits de citoyens, de nombre de ses adversaires politiques, les Plancius, les Nigidius, les Cecina, etc., qui n’avaient d’autres torts que d’avoir défendu contre lui le Sénat et les lois.
17, Liberté.—Cn. Magius, L. Vibullius Rufus, etc. César, De Bello civili, I, 24; III, 10, etc.
20, Luy.—Suétone, César, 75.
27, Romains.—Id., ibid., 75.
32, Conduire.—Ce ne fut que durant la guerre civile et seulement envers ceux qui avaient qualité de citoyens romains que César en agit ainsi; ailleurs et contre tous autres il agit bien différemment, souvent avec la plus grande inhumanité: il ne faisait d’ordinaire aucun quartier à l’ennemi; ordonnait fréquemment, après une victoire, qu’on tuât «toute la durée d’un jour». A Uxellodunum (que l’on croit être Cahors), il fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes. Il lui est arrivé de faire fermer les ouvertures de cavernes où s’étaient réfugiées des populations inoffensives et de les faire de la sorte mourir de faim et d’incendier des forêts pour faire périr les restes d’armées en déroute. Quant à sa conduite à l’égard de Vercingétorix vaincu (II, 656), pour être de pratique fréquente chez les Romains, on ne saurait certes pas la qualifier de magnanime.
37, Feindre.—«La modération, a dit Montesquieu, en parlant de César, que l’on montre après qu’on a tout usurpé, ne mérite pas de grandes louanges.»
40, Consul.—Suétone, César, 73.
642,
1, Testonner.—Piquer, satiriser (V. N. II, [524]); ce mot peut être traduit ici presque littéralement, en y employant le langage familier où l’on dit de quelqu’un vivement critiqué, qu’il a été habillé de bonne façon.
2, Mamurra.—Chevalier romain qui acquit de prodigieuses richesses dans les Gaules où, en qualité d’Intendant de l’armée, il avait accompagné César dont il était un des compagnons de débauche. Catulle, carmen 29.
3, Table.—Suétone, César, 73.
5, Aduerty.—Id., ibid., 75.
9, Autheurs.—Id., ibid., 75.
12, Descouuert.—Id., ibid., 72.
15, Plaignist.—Id., ibid., 48.
22, Largesse.—Dion Cassius relate que le soin extrême qu’avait César d’accumuler des richesses et de se faire donner de l’argent sous quelque prétexte que ce fût, provenait des dépenses excessives qu’il avait à faire pour arriver à la domination, s’y maintenir et l’agrandir, disant lui-même que pour parvenir à ce but, on avait besoin de deux choses qui se soutenaient l’une par l’autre: de l’argent et des troupes.
26, Bien.—Suétone, César, 72.
26, L’enyura.—Cette furieuse passion l’enivra.
28, Nom.—L’éd. de 88 aj.: vain.
29, Loix.—Suétone, César, 77.
30, Luy.—Ce corps politique lui apportait un décret qu’il venait de rendre pour augmenter les honneurs qui lui étaient décernés; César était alors assis dans le vestibule du temple de Vénus, où il était demeuré afin qu’on ne pût dire qu’il avait, par sa présence, ôté aux Sénateurs la liberté d’opiner comme bon leur semblait; il ne se leva pas en voyant venir le Sénat et écouta assis ce qu’on avait à lui dire, ce qui irrita tellement les sénateurs et les autres Romains, que ce fut l’un des principaux prétextes de ceux qui conspirèrent contre sa vie. Dion Cassius.
39, Autres.—Notamment Henri IV qui laissa perdre tous les avantages de sa victoire de Coutras (1587) afin de courir après sa maîtresse, la belle Corisande d’Andouins, si chère à Montaigne. Mézerai.
644,
16, Continents.—L’éd. de 80 porte: des dames les plus continentes, au lieu de: «plus continents».
23, Visage.—Ce fait, rapporté par Valère Maxime, IV, 5, remonte à une époque où l’Étrurie (nom ancien de la Toscane) ne jouissait pas encore du droit de bourgeoisie romaine et par conséquent est antérieur au Ier siècle av. J.-C.
646,
10, Scipion.—Allusion à l’acte de Scipion, premier Africain, auquel, après la prise de Carthagène (Espagne), une femme d’une grande beauté, faite prisonnière, fut amenée. Respectant son honneur, Scipion fit rechercher un jeune prince celtibérien dont elle était la fiancée et la lui remit; lui-même n’avait alors que vingt-cinq ans.
CHAPITRE XXXIV.
15, Recommandation.—On ne saurait dire que les Essais aient été la lecture favorite de Napoléon: toutefois dans le volume 23 de sa correspondance, pag. 399, on le voit faire écrire à son secrétaire, le 7 mai 1812, au moment de partir pour la campagne de Russie: «Un Montaigne, petit format, serait peut-être bon à mettre dans la petite bibliothèque.»
16, Aphricain.—Scipion sauva la vie à son père blessé à la bataille du Tessin, il n’avait encore que 17 ans; préteur en Espagne en 211, il s’empara de Carthagène tombée au pouvoir des Carthaginois, battit Asdrubal et reconquit en quatre ans cette province. De retour en Italie, envoyé contre Annibal, il fit triompher l’idée de transporter la guerre aux portes de Carthage, et chargé de son exécution, gagna sur Annibal, rappelé par ses concitoyens alarmés, la bataille de Zama, qui mit fin à la deuxième guerre punique (202). En 190, comme lieutenant de son frère, il accompagna celui-ci en Asie, et l’aida à triompher d’Antiochus le Grand, roi de Syrie, qu’ils contraignirent à la paix. A leur rentrée à Rome, injustement accusés par le parti populaire auquel sa hauteur et sa partialité pour les patriciens le rendaient odieux, il fut condamné à l’exil où il mourut, tandis que son frère, frappé d’une amende considérable qu’il ne put payer, était jeté en prison. Scipion réunissait au génie militaire, tous les genres de vertu: l’humanité, la tempérance, le désintéressement, etc.
16, Brutus.—Lors de la guerre civile entre César et Pompée, embrassa le parti de ce dernier et combattit à Pharsale; néanmoins César qui l’aimait et qui, pensait-on, était son père, l’attira à lui et le combla de caresses; mais l’éducation stoïcienne qu’il avait reçue de son oncle et son nom même l’armèrent contre lui, quand le dictateur aspira au pouvoir suprême, et il participa à sa mort (44). Après ce meurtre, poursuivi par Antoine, et vaincu dans les plaines de Philippes, désespérant alors du salut de la république, il se tua. V. N. I, 638: [L’occasion].
16, Polybius.—Combattit avec Philopœmen et, envoyé en otage à Rome où il demeura 17 ans, se lia avec Scipion Émilien qu’il accompagna au siège de Carthage; voyagea en Afrique, en Espagne, en Gaule, et écrivit divers ouvrages qui sont perdus et dont le plus considérable était une histoire en 40 livres de Rome et des autres états contemporains, ouvrage dont il ne reste que cinq livres entiers. L’exactitude, le jugement, l’impartialité, sont ses qualités maîtresses; il scrute les événements, les analyse, ce qui en fait l’historien des hommes d’état, des hommes de guerre et des penseurs.
17, Cinquiesme.—Charles-Quint, déjà roi d’Espagne en 1516, fut élu empereur d’Allemagne trois ans après, succédant à Maximilien son aïeul. Il avait comme compétiteur à l’empire François Ier, roi de France, avec lequel il fut en guerre pendant la majeure partie de son règne; il remporta sur lui la victoire de Pavie (1525); échoua dans une expédition contre Marseille (1536), fut défait à Cérisoles (1544) et assiégea inutilement Metz (1552). Il fit avec des alternatives de succès et de revers plusieurs expéditions contre l’Afrique. Il fut l’adversaire de la Réforme, mais n’en fut pas moins obligé d’accorder la liberté du culte aux Protestants (1552). En 1556, affaibli par les maladies, aigri par les revers, il abdiqua et céda l’empire à son frère; déjà l’année précédente, il avait remis l’Espagne à son fils, et il se retira au monastère de S.-Just en Estramadure où il mourut; on dit qu’il regretta vivement le pouvoir dont il s’était démis; il était d’un caractère très dissimulé.
18, Ailleurs.—Semble désigner la reine Catherine de Médicis qui passait pour s’en inspirer et qui, en tout cas, y conformait ses actes et sa politique.
22, Militaire.—Montaigne possédait un exemplaire des Commentaires de César (V. N. II, 82: [Lisant]), sur lequel, suivant son habitude, il a consigné l’impression que la lecture de cet ouvrage lui laissait; on y lit: «C’est un livre qu’un Général d’armée devrait avoir continuellement sous les yeux, comme patron, ainsi que faisait le maréchal Strozzi qui le savait quasi par cœur et l’a traduit; et non je ne sais quel Philippe de Comines que Charles Cinq avait en pareille recommandation; de même que le grand Alexandre avait les œuvres d’Homère, etc...» Ce dédain que dans ces annotations marque Montaigne pour Philippe de Comines témoigne qu’elles ont dû être écrites avant les Essais, où l’auteur ne laisse pas de lui témoigner beaucoup plus de considération, notamment dans son chapitre «des livres» où il rapporte le jugement qu’il a porté après lecture sur les Mémoires de cet historien et aussi au chapitre VIII du livre III.
648,
1, Iuba.—Juba Ier; embrassa le parti de Pompée, accueillit après la bataille de Pharsale les restes de l’armée vaincue; joint à eux, il livra à César la bataille de Thapsus (46); vaincu, il se fit tuer par un de ses serviteurs.
9, Armée.—Suétone, César, 66.—Sur son exemplaire annoté des Commentaires de César, Montaigne a inscrit: «On craint souvent l’ennemi plus par réputation que par l’effet.»
16, Execution.—Suétone, César, 65.—«Une armée ne se doit enquérir des desseins de son général» (annotation de Montaigne sur son ex. des Commentaires de César).—A cela, on serait tenté d’opposer ce mot de Napoléon: «A la guerre, chacun doit connaître sa manœuvre»; mais la contradiction n’est qu’apparente: Napoléon ne veut parler que du mouvement en exécution, dont la divulgation n’offre plus d’inconvénient dès que l’ordre d’exécution est donné, parce que le temps faisant défaut à l’ennemi, il ne peut prendre pour y parer de nouvelles dispositions et en est réduit à celles en lesquelles il se trouve.
20, Souisses.—César, De Bello Gallico, I, 7.—En 58; ils avaient quitté leur pays en masse, pour venir s’établir en Gaule; les uns furent exterminés, les autres refoulés sur la contrée d’où ils étaient partis.
31, D’accord.—Souvent, en effet, il lui est arrivé de n’accorder des trêves que pour les violer.
33, Desobeyssance.—«César estimait plus encore l’obéissance que la vaillance» (annotation de Montaigne sur son ex. des Commentaires de César).
38, Combat.—Suétone, César, 67.
650,
1, Armez.—Suétone, César, 67.—V. I, 520: Pareillement, qui auroit etc.
1, Grauez.—L’éd. de 80 porte: labourez.
4, Compagnons.—Suétone, César, 67.
10, Estoit.—Les éd. ant. aj.: trop molle et.
12, Soldats.—Suétone, Auguste, 25.
13, Seuerité.—Les éd. ant. aj.: et asseurance.
14, Plaisance.—Suétone, César, 69.—V. N. I, 198: [Metuens].
17, Douceur.—Suétone, César, 69.—La 10e légion se mutina, à Rome, en 46, alors qu’il était sur le point de passer en Afrique; c’était sa légion préférée. Il la fit rentrer dans l’ordre en se présentant aux mutins et les appelant «Citoyens», au lieu de «Soldats»; ils protestèrent qu’ils étaient soldats. Il leur pardonna, mais les plus compromis perdirent le tiers du butin et des terres qui leur étaient destinés.
18, Rhin.—César, De Bello Gallico, IV, 17.—Le pont construit par César sur le Rhin, le fut en l’an 55, près de Bonn. Il était sur pilotis et fut achevé en dix jours; en cet endroit le fleuve a 600m de large, mais c’était l’époque de l’année où ses eaux sont le plus basses et, de ce fait, cette largeur peut être réduite de moitié.
26, Combat.—Sur ce point, Cyrus, estimant les harangues inutiles (V. III, 364), différait d’avis avec César; peut-être était-ce en raison de la difficulté d’en user, par suite des effectifs considérables et de la composition des armées asiatiques formées de nombreux contingents de peuples divers, assez peu disciplinés, alors que les armées romaines, bien inférieures en nombre, beaucoup plus disciplinées, homogènes, constituaient des groupes compacts dont le chef pouvait être vu et entendu.—Dans les armées modernes, par suite des étendues considérables sur lesquelles opèrent les armées, les harangues sur le champ de bataille sont généralement remplacées par des ordres du jour lus avant le combat; toutefois, il est encore des circonstances où elles se produisent.—On a conservé le souvenir de celle qu’Henri IV, en 1590, à la bataille d’Ivry, adressait à ses troupes: «Gardez bien vos rangs, et si vous perdez vos enseignes, cornettes et guidons, ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire.»—Napoléon excellait dans l’un et l’autre genre, comme en tout ce qui touche à l’art de la guerre: Sa proclamation à l’armée d’Italie, en 1796, au début des hostilités, après lui avoir énuméré ce qu’il attendait d’elle, se terminait ainsi: «Soldats d’Italie, manqueriez-vous de courage et de constance?» Dans cette même campagne, au moment d’entrer en Vénétie, ayant déjà conquis le Piémont et la Lombardie, après leur avoir fait miroiter le triomphe: «Vous rentrerez dans vos foyers, leur disait-il, et vos concitoyens, en vous montrant, diront: Il était de l’armée d’Italie!» En 1798, à la bataille des Pyramides: «Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent!» A Marengo, en 1800, lorsque, à la fin de la journée, il reprenait l’offensive: «Souvenez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille!» En 1812, le matin de la bataille de la Moskowa, alors que le soleil, jusque-là caché par un épais brouillard, venait de se montrer: «Soldats, leur dit l’empereur, voilà le soleil d’Austerlitz.» En 1815, trois jours avant Waterloo, comme l’armée entrait en Belgique, il lançait une proclamation, la dernière, se terminant par ces mots: «Pour tout Français qui a du cœur, le moment est venu de vaincre ou de mourir!»—Citons encore ce fait de Nelson, à la bataille de Trafalgar (1805), au moment où le combat allait s’engager, communiquant par signaux à tous les navires de sa flotte ces simples mots devenus depuis si célèbres: «L’Angleterre compte qu’aujourd’hui, chacun fera son devoir!»
29, Tournay.—César, De Bello Gallico, II, 21.—Cette bataille, qu’il conviendrait mieux d’appeler de la Sambre, se livra sur le territoire des Nerviens, aux environs de Maubeuge, contre la Gaule du Nord (53). César fut surpris, pendant qu’il fortifiait son camp: les soldats attaqués se rallièrent aux premières enseignes venues, l’arrivée de l’arrière-garde rétablit le combat; la race et le nom des Nerviens y furent presque anéantis; de 60.000 h. en état de porter les armes, il en resta à peine 5.000.
36, D’autres.—Jadis un chef, embrassant du regard l’ensemble de ses troupes sur un champ de bataille, pouvait, de sa personne, se porter utilement d’un point à un autre; il n’en est plus ainsi, et, en général, moins il se déplace dans le courant de l’action, mieux cela vaut; renseigné, minute par minute, sur les mouvements de l’adversaire et les fluctuations du combat qu’il suit sur la carte, échappant par son éloignement aux impressions suggestives exagérées que causent toujours les événements dont on a le spectacle sous les yeux, il juge plus sainement et peut donner avec plus d’à-propos des ordres plus réfléchis.
652,
3, Sien.—Suétone, César, 55.—Les éd. ant. aj.: C’estoit le plus laborieux chef de guerre et le plus diligent qui fut onques.
5, Coche.—Plutarque, César, 12.—L’éd. de 88 porte: sa coche.
11, Passa.—Surpassa, surmonta.
11, Extremes.—Dans cette guerre, César fut souvent en danger par les embûches qu’on lui dressa, et son armée faillit périr par la disette (48).
13, Marseille.—La ville, qui avait promis sa neutralité à César, avait ouvert son port à la flotte de Pompée. Le siège fut long, et les assiégés, plusieurs fois battus, ne se rendirent qu’à la dernière extrémité, manquant de vivres, leurs remparts démantelés et plus aucun espoir d’être secourus (48).
14, Ægypte.—César y détrôna le jeune Ptolémée XII, tant pour le punir d’avoir donné son assentiment au meurtre de Pompée, qu’en raison des dissentiments qui s’étaient élevés entre ce prince et Cléopâtre, sa femme et sa sœur, dont les charmes l’avaient séduit et en faveur de laquelle il se déclara (48). Il le remplaça par son frère Ptolémée XIII, âgé de 11 ans, qu’épousa Cléopâtre au lieu et place de son frère aîné; elle-même avait 21 ans; ce second époux mourut quatre ans après.—Dans cette expédition d’Égypte qui se réduisit, comme action militaire, à la répression du soulèvement d’Alexandrie, devant laquelle César, poursuivant Pompée, s’était arrêté en apprenant la mort de son rival, et avait débarqué précédé de ses licteurs, ce que les Égyptiens avaient considéré comme une offense à la majesté de leur roi et qui leur avait fait prendre les armes, les Romains mirent le feu à plusieurs édifices, entre autres à cette célèbre bibliothèque des Ptolémée. 400.000 volumes furent brûlés. Reconstituée par la suite, elle fut à nouveau partiellement incendiée par accident sous Théodose le Grand et finalement anéantie en 638 de parti pris, par la barbarie des Musulmans, qui pendant des mois employèrent les innombrables et précieux volumes dont elle se composait à chauffer les bains publics.
16, Pharnaces.—Fils de Mithridate le Grand auquel il succéda à la suite d’une sédition militaire; avait espéré, à la faveur des guerres civiles des Romains, rentrer dans les conquêtes faites et perdues par son père. César en cinq jours et dans un combat de quatre heures anéantit ses espérances (47). C’est à cette occasion qu’il écrivit au Sénat ce compte rendu célèbre de ses opérations ne comprenant que trois mots: Veni, vidi, vici (je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu), qui, lors de son triomphe, furent reproduits sur un tableau qui figurait au cortège.
17, Iuba.—A Thapsus, en 46. V. N. II, 648: [Iuba].
18, Pompeius.—A Munda, en 46. L’aîné des fils de Pompée s’y trouvait seul; il périt dans sa fuite; cette bataille où César avait contre lui Labienus, son ancien lieutenant en Gaule, et qu’il faillit perdre, mit fin à la guerre civile et assura d’une manière décisive son triomphe.
26, Auaricum.—César, De Bello Gallico, VIII, 24.—Aujourd’hui Bourges; en 52, au début du soulèvement des Gaules provoqué par Vercingétorix.
31, Angleterre.—Suétone, César, 58.—L’expédition de César contre les peuples de la Grande-Bretagne (55), où par deux fois il franchit le détroit actuel du Pas de Calais, peut compter parmi celles témoignant le plus d’audace; on dit qu’il l’entreprit uniquement dans l’espoir d’y trouver des perles dont il était fort avide, comme aussi des pierres précieuses, des statues et des tableaux antiques. Ni l’une ni l’autre de ces descentes ne donnèrent de résultats sérieux; la première eut pour prétexte les secours prêtés aux Gaulois, la seconde que les conditions de paix n’avaient pas été remplies. César semble chaque fois s’être embarqué partie à Wissan, partie à Boulogne, et avoir débarqué à Kent près de Douvres, au N. de Douvres, à la pointe orientale du comté de Kent qui porte aujourd’hui le nom de North Foreland près de Ramsgate.
32, Gué.—Vraisemblablement la profondeur de l’eau près du rivage, qu’il fallait gagner en marchant plus ou moins dans la mer, les navires ne pouvant approcher assez près pour qu’il fût possible d’aborder autrement; du reste Suétone, César, 58, dit à ce propos: «Il ne passa en Bretagne qu’après avoir reconnu par lui-même le point de débarquement, l’itinéraire à suivre et les conditions d’accès.»
35, Refusa.—César, De Bello civili, I, 72.
38, Ost.—Armée; du latin hostis (ennemi). Ce mot était, dans l’ancienne langue française, employé indifféremment pour désigner l’un et l’autre de deux adversaires: «Si l’ost savait ce que fait l’ost, disait un adage militaire de l’époque, l’ost déferait l’ost (Si l’un connaissait les projets de l’autre, le premier battrait le second).»
38, Necessité.—César fit, à diverses reprises, franchir des cours d’eau à son armée dans des conditions assez délicates, ses hommes ayant de l’eau jusqu’aux aisselles, notamment la Loire, en 51, lors de l’insurrection générale des Gaules, et la Sègre en Espagne, comme l’indique ici Montaigne, lors de ses opérations contre Afranius en 49. En ces circonstances, sa cavalerie, répartie de l’un et l’autre côté, était employée, en amont, à rompre le courant; en aval, à recueillir ceux qui auraient été entraînés.
654,
21, Bouclier.—César, De Bello Gallico, II, 25.—En l’an 53.
25, Presence.—Suétone, César, 58.
25, Dirrachium.—Suétone, César, 58; Plutarque, César, passim; Appien, Guerre civile, II; etc.
35, Siennes.—César franchit le Rubicon avec 5.000 fantassins et 3.000 cavaliers; il avait en Égypte 3.200 fantassins et 800 cavaliers; il n’amena en Afrique contre Scipion et Juba que 3.000 fantassins et quelques cavaliers.—A la bataille de Pharsale il perdit 200 hommes; Pompée, 15.000. A celle de Thapsus il en perdit 50; à celle de Munda, 1.000, et ses adversaires leur armée entière.
35, Gens-là.—Alexandre et César.
37, Disoit-il.—César.
656,
3, Bout.—Suétone, César, 62.
4, Alexia.—Ce siège, qui se termina par la prise de la ville et la reddition de Vercingétorix (52), mit fin au soulèvement général de la Gaule; il ne resta plus à faire rentrer dans l’ordre que quelques peuplades; la pacification complète se termina l’année suivante.
6, Cheuaux.—Dans ses Commentaires, VII, 64, César dit «huit mille chevaux»; c’est le nombre qu’il faut lire; il est probable que Montaigne avait écrit sur son manuscrit «huit à neuf mille», l’imprimeur aura lu «cent neuf mille.»
7, Maniacle.—Littéralement «furieuse»; ici, incroyable, merveilleuse. Dans l’ancien français, maniacle et maniaque étaient synonymes; ce dernier seul est resté.
12, Tigranocerta.—Tandis que Lucullus, avec 15 à 20.000 hommes, assiégeait Tigranocerte sa capitale, Tigrane roi d’Arménie vint la secourir traînant avec lui une armée de 250.000. Lucullus, malgré son infériorité numérique, marcha contre eux; les barbares s’enfuirent sans presque soutenir le choc et perdirent 100.000 h.; Lucullus n’aurait eu que cinq morts et cent blessés; peu après, il était maître de la ville (69).
20, Est.—Les éd. ant. aj.: rare et.
19, Confusion.—César, De Bello Gallico, VII, 71.
28, Secours.—Xénophon s’exprime ainsi: «Ce n’est ni le nombre, ni la force qui donnent la victoire; elle est acquise à ceux qui, avec l’aide des dieux, attaquent avec le plus de fermeté d’âme.»—C’est là une vérité relative, à l’appui de laquelle on peut citer de nombreuses batailles dans l’antiquité, alors que le combat corps à corps jouait un rôle presque exclusif et toujours prédominant, où des résultats inouïs ont été obtenus avec des forces absolument disproportionnées. Mais l’invention des armes à feu et leurs perfectionnements incessants, leur accroissement en portée, en justesse et en vitesse, ont réduit à néant l’influence de la force physique des combattants et augmenté celle du nombre dans une très notable proportion. Aujourd’hui, où la question est souvent aux trois quarts résolue quand on est encore hors de vue et bien avant que le feu soit ouvert, et où la victoire est à peu près décidée sans que parfois on se soit abordé sur le point décisif, même avec des effectifs en présence atteignant des centaines de mille hommes de part et d’autre, le nombre joue un rôle considérable en facilitant les mouvements enveloppants. Toutefois il n’est pas plus que jadis le seul facteur du succès; le moral des troupes, l’initiative, l’habileté manœuvrière des chefs, surtout chez le général et ses principaux lieutenants, peuvent, encore comme par le passé, donner la victoire à une armée numériquement inférieure, si elle ne se cantonne pas dans une passivité continue et, par sa mobilité et ses propres attaques exécutées en temps opportun, s’applique à contenir et à déjouer les mouvements et les attaques de l’adversaire.
30, Tamburlan.—Tamerlan, appelé aussi Timour et dont le véritable nom est Timour-Leng; né à Samarcande, dans le Turkestan, il conquit ce qui aujourd’hui constitue la Perse, l’Afghanistan, la partie N. de l’Hindoustan et l’Asie Mineure; il marchait sur la Chine, quand il mourut. Sanguinaire et fanatique, il incendia Delhi, Damas, Bagdad et nombre d’autres villes; devant Delhi, il fit égorger 100.000 captifs; à Bagdad, il érigea un obélisque avec 90.000 têtes coupées.
32, Confusion.—A Ancyre (Asie Mineure), en 1402. Un million de combattants se choquèrent en cette journée; la bataille dura trois jours et deux nuits; 240.000 h., dit-on, furent tués sur le terrain même. Des deux adversaires, l’un, Tamerlan, était manchot et boiteux par suite de blessures reçues à la main et au pied, l’autre était borgne.
34, Baster.—Suffire à un habile général.—C’était vrai jadis, et Turenne dans son admirable campagne d’Alsace de 1675, Bonaparte dans celle non moins remarquable de 1796 en Italie, l’ont bien montré; mais avec le principe de la nation armée et la puissance de l’armement actuel, les petites armées où le chef exerçait une action prédominante et pouvait conduire les choses à son gré, ne sont plus. Le général placé aujourd’hui à la tête d’une armée de plusieurs centaines de mille combattants, se mouvant sur une étendue de 80 à 100 kilomètres et même davantage, livrant bataille sur un front de plusieurs lieues, n’est plus, malgré le télégraphe, aussi maître que jadis de les faire se mouvoir à son gré et avec une rapidité suffisante, et une fois l’action générale engagée, les combats partiels dont elle se compose sont si multipliés, se livrent à de telles distances et sont d’une importance telle, que son intervention, quelque grand que soit son génie, peut être impuissante ou tardive. Aux temps anciens et au moyen âge, on a bien vu des masses aussi considérables en présence, mais, outre que les non-combattants s’y trouvaient dans une proportion énormément plus considérable, le défaut d’organisation, le combat corps à corps qui était seul pratiqué, la courte portée et la puissance bien moindre des armes de jet, ne permettaient guère de manœuvrer et le nombre perdait par là beaucoup de son importance.
37, Vercingentorix.—Arverne de naissance (les Arvernes avaient pour territoire à peu près l’Auvergne actuelle), Vercingétorix souleva la Gaule centrale que César venait de soumettre et se fit nommer généralissime (53). César accourant aussitôt, après avoir échoué devant Gergovie, capitale des Arvernes (située proche l’emplacement actuel de Clermont-Ferrand), le battit en plusieurs rencontres, s’empara d’Avaricum, sa principale place d’armes, l’enferma dans Alésia et le contraignit à se rendre (52). Jeté dans un cachot à Rome, Vercingétorix y demeura six ans et, après avoir orné le triomphe du vainqueur, fut étranglé (47). Vercingétorix était chez les Gaulois, non un nom propre, mais un titre de commandement qui pourrait se traduire par généralissime; on ignore comment s’appelait le chef arverne connu sous ce nom et vaincu à Alésia.
39, Alexia.—César, De Bello Gallico, VII, 8.
658,
3, Consideré.—Retenu, réfléchi, réservé, prudent; d’où inconsidéré, étourdi.
3, Appius.—Suétone, César, 60.
4, Estimant.—Les éd. ant. aj.: dict Suetone.
12, Appetit.—Montaigne a dit précisément le contraire, liv. II, ch. 33, II, 634.
18, Ariouistus.—Venu en Gaule comme allié des Séquanes (peuple qui habitait le territoire de l’anc. Franche-Comté), Arioviste voulut s’opposer aux conquêtes de César après avoir feint d’être l’ami des Romains, mais il fut complètement battu, en 58, près de Vesontio (auj. Besançon).
23, Foy.—César, De Bello Gallico, I, 46.
27, Ennemis.—Suétone, César, 68.
30, Guerre.—Les histoires grecques et romaines contiennent de nombreux récits des prouesses que les nageurs ou plongeurs ont exécutées dans l’antiquité.
33, Alexandre.—Tout comme Alexandre du reste, César était aussi un excellent cavalier. V. I, 530.
660,
2, Cotte d’armes.—Signifie ici son manteau de général, riche casaque qui se mettait comme signe distinctif, par-dessus la cuirasse; du reste les éd. ant. à 88 portent acoustrement, au lieu de «cotte d’armes», qui se dit plus généralement d’une sorte de blouse faite de petits anneaux de fer entrelacés, d’où son nom de «cotte de mailles».—En ce qui concerne les tablettes, Voltaire conteste le fait: «Outre que César n’en parle pas dans ses Commentaires, dit-il, quand on se jette à la mer des papiers à la main, on les mouille»; et, quant à la cotte d’armes, Dion dit au contraire: «César jeta son manteau de pourpre qui pouvait l’empêcher de nager; les Égyptiens s’en emparant, s’en firent un trophée.»
3, L’aage.—Suétone, César, 64.—En 48. V. N. II, 652: [Ægypte]. Il attaquait un pont dans Alexandrie, quand une brusque sortie de l’ennemi le contraignit à se jeter dans une barque; il avait alors 53 ans.
4, Creance.—N’inspira tant de confiance.
5, Centeniers.—Centurions, chefs d’une troupe de cent hommes.
8, Necessiteux.—Suétone, César, 68.
8, Chastillon.—Plus connu sous le nom d’amiral de Coligny; jouit dès le début d’une grande faveur à la cour et fut élevé en 1552 à la dignité d’amiral; mais las des intrigues qui se menaient autour de lui, il ne tarda pas à résigner tous ses emplois et à se retirer dans ses terres. En 1562, lors des guerres de religion, il fut fait lieutenant-général par le parti protestant; comme tel, prit part à la bataille de Dreux, au combat indécis de S.-Denis, aux batailles de Jarnac et de Montcontour qui furent fatales à son parti. Après la paix de S.-Germain (1570), il revint à la cour où il fut des plus choyés et en 1572 une des premières et la plus illustre victime de la S.-Barthélemy. Il était d’un caractère grave, doux et bienveillant, général assez habile, mais malheureux.
11, L’accompagnoient.—Les Français de son armée, c’étaient les protestants; les étrangers étaient les contingents allemands au service de ce parti.
18, Prenoient.—En 725; Carthage employait des mercenaires dans ses armées en présence desquelles on était, d’où cette qualification appliquée en la circonstance dans l’armée romaine à ceux qui ne firent pas ce sacrifice aux difficultés du moment.
21, Tancer.—Suétone, César, 68.—Dans les nombreuses actions de guerre qu’il engagea, César n’éprouva que deux échecs, du reste bien vite et glorieusement réparés: l’un devant Gergovie en Gaule, l’autre à Dyrrachium.
21, Legions.—L’effectif de la légion romaine a varié de trois à six mille fantassins et trois cents cavaliers; la cohorte en était une fraction qui comprenait cinq cents hommes.
24, Flesches.—Suétone, César, 68; César, De Bello civili, III, 53.
24, Scæua.—César, De Bello civili, III, 53; Florus, IV, 2; Valère Maxime, III, 3, 23; Suétone, César, 68.
29, Party.—Suétone, César, 68.
34, Propre.—En 48.—Plutarque, César, 5.
35, Salone.—César, De Bello civili, III, 9.—En 49, pendant les opérations autour de Dyrrachium.
37, Aduint.—Les éd. ant. aj.: et extraordinaire.
662,
2, Engins.—Machines de guerre.
4, Cordes.—Les femmes de Carthage firent de même, lors du siège de cette ville par Scipion Émilien.
CHAPITRE XXXV.
18, Sçait.
«Et si je sais compter,
Il en est jusqu’à trois que je pourrais citer.» Boileau.
664,
8, Dolent.—Citation dont les termes sont légèrement altérés, sans que le sens soit modifié.
8, Rechigner.—Air renfrogné; rechigner, dit Nicot, c’est user de paroles et de regards mal gracieux et vient de ce que c’est faire en quelque sorte comme un chien mécontent.
9, Dispenserons.—Permettrions, accepterions; dispenser signifiait autrefois permettre. Nicot.
16, Voix.—«Femme rit quand elle peut et pleure quand elle veut.» Proverbe.
21, Payement.—C.-à-d.: Cette cérémonieuse contenance est bien moins pour le mort que pour les vivants; elle a plus pour objet d’acquérir que de payer.
30, Pline le ieune.—Epist. VI, 24.
666,
20, Faux.—Le milieu.
26, Riches.—Var. des éd. ant.: de grand lieu, au lieu de: «riches».
27, Arria.—Le récit qui suit est en entier extrait de Pline le Jeune, Epist. 111, 16.
28, Consulaire.—Qui avait été consul.
32, Plusieurs.—Cecina Pœtus se tua dans les circonstances que rapporte ici Montaigne (43); Thraseas Pœtus son gendre, illustre par sa vertu et son courage, fut un des représentants de la faible opposition sénatoriale qui osait désapprouver Néron; il sortit du Sénat, pour ne pas entendre l’apologie du meurtre d’Agrippine faite par Sénèque. Accusé sous de frivoles prétextes, il fut condamné à mourir et s’ouvrit les veines; sa femme, imitant l’exemple de sa mère, ne voulait pas lui survivre. Thraseas la pria instamment de se laisser vivre pour Fannia leur fille (66).
668,
15, Sçauriez.—«Ne savez-vous pas, fait dire Martial à Porcie fille de Caton d’Utique, qu’on ne peut empêcher personne de mourir; je croyais que mon père vous l’avait appris?» V. N. II, 430: [Premier].
29, Instant.—Var. des éd. ant.: Cela dit, au lieu de: «Et en mesme instant».
39, Riche.—Il est incontestable que les trois mots mis par Pline dans la bouche d’Arria, en disent beaucoup plus, dans leur concise simplicité, que la phrase étudiée que lui prête Martial.
44, Crainte.—Var. des éd. ant.: en quoy il estoit de suyure son conseil, au lieu de: «de la suyure en mourant».
670,
2, Paulina.—Tacite, Ann., XV, 61 et 64.
2, Ieune.—L’éd. de 80 porte: belle, ieune.
4, Seneque.—Fut d’abord orateur, puis s’adonna à la philosophie; accusé d’intrigues criminelles avec la fille de Germanicus, il fut exilé en Corse et il y demeura huit ans; rentré en grâce, il fut choisi comme précepteur de Néron. Lorsque, parvenu à l’empire, celui-ci donna carrière à sa mauvaise nature, Sénèque essaya de s’y soustraire en sollicitant sa retraite; l’empereur s’y opposa par hypocrisie, puis ne voyant en lui qu’un censeur incommode, il feignit de le trouver compromis dans la conspiration de Pison et lui envoya l’ordre de se donner la mort, ce qu’il fit en se faisant ouvrir les veines et témoignant d’un calme absolu, ce dont Montaigne nous donne ici un récit complet (68). On a reproché à Sénèque les richesses considérables acquises pendant qu’il était en crédit, l’approbation qu’il a donnée à l’empoisonnement de Britannicus et l’apologie qu’il a faite du meurtre d’Agrippine. On a de lui des écrits philosophiques et de nombreuses lettres à Lucilius; partout il y prêche la morale la plus austère et le mépris de la mort; Montaigne leur a fait de très fréquents emprunts; son style est brillant, élégant, quoique un peu affété. Sénèque semble né à Rome; on le donne parfois comme étant de Cordoue, d’où était son père venu à l’âge de 15 ans à Rome, où il a vécu et où il est mort.
13, Estriuoit.—Refusait de se soumettre.
672,
18, Beauté.—Var. des éd. ant.: noblesse, au lieu de: «beauté».
20, Vieillesse.—L’éd. de 80 ajoutait: (car il auoit lors enuiron cent quatorze ans); il en avait en réalité soixante-cinq.
30, Elle.—La poison; le mot, du temps de Montaigne, était féminin; aujourd’hui encore, on le fait tel dans le langage trivial.
37, Fascheuse.—Var. des éd. ant. à 88: lourde, au lieu de: «fascheuse».
674,
6, Commun.—C’est du reste de la réalité, à laquelle n’atteint jamais la fiction, que les auteurs, se bornant à modifier certains détails et parant le tout avec plus ou moins de talent, tirent généralement le fond des ouvrages qui leur font le plus honneur; l’imagination serait impuissante à concevoir l’infinité des situations que nécessite la production littéraire qui va sans cesse croissant; et c’est en serrant au plus près la vie réelle, ses incidents et ses accidents, qu’ils captivent le plus notre intérêt.
15, De ce.—Les éd. ant. portent: ou comme Arioste a rangé en vne suite, ce; au lieu de: «de ce».
22, Lucilius.—Epist. 104.
NOTES.