TROISIÈME VOLUME.

LIVRE SECOND
(Suite).

CHAPITRE XXXVI.

10,

21, Aueugle.—Ce qui ne veut pas dire qu’il était aveugle-né; croire qu’Homère est né aveugle, dit Velleius Paterculus, c’est être soi-même aveugle et privé de tout sens et surtout de bon sens.

21, Auant que.—Les éd. ant. aj.: les arts et.

12,

17, Elle est.—Les éd. ant. aj.: foible et.

23, Imiter.—Ce jugement sur Homère a été formulé par Velleius Paterculus, I, 5.

23, Aristote.—Poétique, 24.

24, Substantiels.—Les éd. ant. aj.: et massifs.

26, Coffret.—Pline, Hist. nat., VII, 9.—A la bataille d’Issus, tout le camp de Darius, qui traînait avec lui sa famille, sa cour, des richesses considérables, et où régnait un luxe inouï, était tombé aux mains du vainqueur.

28, Militaires.—Plutarque, Alexandre, 2.

29, Cleomenes.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.

32, Plutarque.—Dans son traité Du trop parler, 5.

37, Point.—Plutarque, Alcibiade, 3.

42, Qu’il est.—Plutarque, Apophth. des rois, art. Hiéron.

43, Philosophes.—Cicéron, Tusc., I, 32.

46, Helene.—Fille de Jupiter et de Léda, femme de Tyndare roi de Sparte, était sœur de Castor et de Pollux, ainsi que de Clytemnestre femme d’Agamemnon. Elle épousa Ménélas, qui succéda à Tyndare comme roi de Sparte et dont elle eut une fille Hermione. Elle fut enlevée par Pâris, fils de Priam, roi de Troie, ce qui détermina la guerre de ce nom, entre les Grecs et Troie. Après la prise de cette ville qu’Hélène livra perfidement aux Grecs pour rentrer en grâce auprès de son époux, celui-ci la ramena à Sparte. Ménélas mort, elle dut quitter Sparte et se retira à Rhodes où Polixo, femme de Tlépolème qui avait péri au siège de Troie, la fit pendre.

47, Iamais.—Montaigne semble avoir des doutes que le siège de Troie ait jamais eu lieu.

14,

5, Troyens.—Les Romains se réclamaient, par la descendance d’Énée, d’une prétendue origine troyenne; cette origine a été également revendiquée par les Vénètes; on a même été jusqu’à l’établir pour les Francs.

7, Moy.—Cette lettre a toujours passé pour apocryphe.—En citant ce passage, Bayle dit: «Voilà comment des maux chimériques, forgés par des poètes, ont servi d’apologie à des maux réels»; forgés par des poètes, par d’autres ou par nous-mêmes; cette réflexion est bien juste.

12, Athenæ.—Vers grec cité par Aulu-Gelle, III, 11, et reproduit en latin.—La même incertitude règne sur le lieu de naissance de quelques illustrations semblables: Christophe Colomb est revendiqué par Gênes, Savone, Nervi, Cogoletto, Cuecaro et Calvi. Huit villes se sont disputé l’honneur d’avoir vu naître Cervantès: Madrid, Tolède, Séville, Lucana, Esquivias, Alcazar de San Juan, Consnegra et Alcala de Hénarès.—On ne connaît pas avec certitude où est né Charlemagne.

13, Alexandre le Grand.—Fils de Philippe et d’Olympias, eut Aristote pour précepteur et monta sur le trône en 336. Dès son début, il soumit la Grèce qui, se fiant sur sa jeunesse, avait cru pouvoir secouer le joug que son père lui avait imposé, et détruisit Thèbes de fond en comble. Puis, se faisant nommer généralissime des Grecs contre les Perses, il franchit l’Hellespont avec 30.000 hommes et 5.000 chevaux; défit sur les bords du Granique (334) l’armée de Darius roi des Perses et soumit l’Asie Mineure; l’année suivante il le vainquit lui-même à Issus en Cilicie (333), et y fit prisonnière sa famille qu’il traita avec générosité; acheva la soumission de la Syrie, de l’Égypte où il fit bâtir Alexandrie, et pénétra jusqu’en Libye où il se fit déclarer fils de Jupiter, par l’oracle d’Ammon. A son retour, il remporta une nouvelle victoire sur Darius (331), qui fut bientôt suivie de la mort de ce roi et le rendit maître de toute la Perse. Poursuivant ses conquêtes, il attaqua les Scythes, les Indiens, défit le roi Porus qu’il traita avec magnanimité et s’avança jusqu’à l’Indus. Ses soldats refusant de le suivre plus loin, il revint à Babylone où il mourut d’une fièvre aiguë (323), usé qu’il était par les débauches et les excès de toutes sortes.—A sa mort, son corps, après avoir été embaumé et exposé pendant sept jours, fut placé dans un cercueil d’or et transporté, suivant le désir qu’il en avait manifesté, à Alexandrie (Égypte). Sur le chariot qui effectuait le transport et qui était traîné par 64 mulets, attelés à quatre timons, se présentant 8 de front, sur une égale profondeur, s’élevait une chambre sépulcrale monumentale où abondaient l’or, la pourpre et les pierreries. César et Auguste se firent ouvrir son tombeau, et sur sa tête ce dernier plaça une couronne d’or; l’empereur Septime Sévère en interdit l’accès; et, depuis, on ignore ce qu’il est devenu.

31, Possession.—Alexandre ne désigna personne pour lui succéder, se contentant de léguer sa couronne au plus digne. Son empire fut partagé entre ses généraux et ce partage fut la source de guerres longues et sanglantes. Perdiccas, auquel en mourant il avait remis son anneau royal, se considérant de ce fait comme appelé à régner sur l’ensemble, effectua le partage sans rien se réserver pour lui-même en particulier: Séleucus reçut la Syrie et la haute Asie; Ptolémée, l’Égypte; Antigone, l’Asie Mineure; Eumène, la Cappadoce et la Paphlagonie; Lysimaque, la Thrace; Antipater, la Macédoine et la Grèce. Quelques-uns, comme Séleucus et Ptolémée, firent souche et leurs dynasties régnèrent jusqu’au moment où, deux ou trois siècles après, leurs états devinrent simples provinces romaines.

32, Temperance.—Ce mot est à prendre ici dans le sens de modération, bien qu’Alexandre n’ait guère été plus modéré que tempérant.

34, Reproche.—Les éd. ant. à 88 aj.: que la colere.

38, Thebes.—Certaines éditions postérieures ajoutent: et de Persepolis.—Pour ce qui est de la ruine de Thèbes, V. N. I, 22: [Esclaues]. Celle de Persépolis, que Montaigne eût également pu citer, eut lieu dans les conditions suivantes: Dans le cours d’une orgie et sous l’influence de l’ivresse et à l’incitation de Thaïs, courtisane athénienne, Alexandre, quittant la salle du festin, portant lui-même une torche enflammée, alla mettre le feu au palais des rois de Perse; ce palais, dont les ruines subsistent encore, construit en bois de cèdre, passait pour la huitième merveille du monde (331).

38, Menander.—Commandant d’une forteresse en Perse, ne voulut pas y demeurer quand Alexandre se proposa de passer dans les Indes; irrité de son refus, ce prince le tua de sa propre main.

39, Hephestion.—Favori d’Alexandre, compagnon de ses travaux et de ses plaisirs, atteint de maladie, mourut du fait de sa propre imprudence; Alexandre fut si affecté de cette mort, qu’il fit, dit Plutarque, mettre en croix le médecin qui le soignait. Arrien conteste le fait.

39, Persiens.—Après la bataille d’Issus, où les pertes des Perses s’élevèrent, dit-on, à cent mille hommes.

40, Indiens.—Ces Indiens, guerriers de profession, se mettaient à la solde des peuplades voisines et les servaient avec fidélité et courage; ils avaient fait souvent du mal à Alexandre qui, les tenant assiégés dans une ville d’abord difficile, leur offrit une capitulation honorable pour les amener à en sortir; comme ils se retiraient, il les surprit dans leur marche et les fit tous passer par le fil de l’épée (330).

16,

1, Cosseïens.—Pour se distraire du chagrin que lui causait la mort d’Héphestion, Alexandre, dit Plutarque, partit en guerre, comme on va à une partie de chasse, contre les Cosséiens qu’il extermina, sans distinction de sexe, ni d’âge, n’épargnant même pas les petits enfants: holocauste, dit son entourage, à la mémoire d’Héphestion (327).

2, Clytus.—Quinte-Curce, X, 5.—Clitus était frère de la nourrice d’Alexandre, l’avait suivi dans toutes ses expéditions et lui avait sauvé la vie au passage du Granique. Dans un festin, le roi, échauffé par le vin, et irrité de ce qu’il mettait les exploits de son père au-dessus des siens, le tua (326). Revenu à lui, il le pleura et lui fit faire des funérailles magnifiques; mais ce qui contribua le plus à calmer sa douleur et ses remords, c’est que la veille du meurtre, l’ayant vu en songe vêtu d’une robe noire, assis au milieu des enfants de Parménion qui tous étaient morts, le divin Aristandre lui rappela ce songe, comme un indice certain que c’était là un événement réglé par le destin; et que, d’autre part, le philosophe Anaxagoras s’évertua à lui prêcher que toutes les actions des princes sont justes et légitimes, et qu’il se devait à lui-même de ne pas se laisser maîtriser par une vaine opinion.

5, Vices.—Si Alexandre a pu mériter d’être jugé ainsi au début, il n’en a pas été de même plus tard, quand la nature s’éveillant en lui et la prospérité l’enivrant, ses passions ont pris le dessus. Dès lors, il se plongea dans la débauche et sa vie ne fut plus qu’une suite ininterrompue de désordres de tous genres qui scandalisèrent ses anciens sujets. Tite-Live et Athénée le jugent beaucoup moins favorablement que Montaigne qui, comme Plutarque et Quinte-Curce ses historiens, se montre fort indulgent à son égard. C’est chez ce dernier qu’on trouve le récit curieux de son attitude vis-à-vis de Bagoas, cet eunuque mignon de Darius, qui servit de même aux plaisirs de son vainqueur, lequel en plein théâtre lui prodiguait les baisers les plus lascifs; Tite-Live, qui ne s’est occupé de lui qu’incidemment, estime qu’il n’eût pas triomphé des Romains aussi facilement qu’il a subjugué les nations orientales.

9, Indes.—Ses troupes refusant de le suivre au delà du Gange, Alexandre revint sur ses pas. Mais, pour laisser dans ces contrées une haute idée de son nom, il fit, dit Plutarque, forger des armes plus grandes, des mangeoires pour chevaux plus hautes, des mors plus pesants que d’ordinaire, et les abandonna, les faisant semer çà et là.

10, Fortune.—Voir sur les faits qui précèdent: Plutarque, Alexandre, 18, 19, 22, etc.;—Quinte-Curce, IX, 3; X, 4, 5, etc.;—Diodore de Sicile, XVII, 95.

13, Hommes.—Annibal, d’après Tite-Live, donnait le pas à Alexandre sur tous autres, parce qu’avec une poignée d’hommes, il avait triomphé d’innombrables ennemis, et qu’il avait atteint les régions extrêmes qu’il était donné à l’homme de pouvoir atteindre. V. N. II, 622: [Hannibal].

15, Miracle.—Les éd. ant. à 88 aj.: car on tient entre autres choses que sa sueur produisoit une tres douce et souafue odeur, ce que Montaigne a déjà dit dans son chapitre des senteurs, I, 574.

23, Medailles.—Trébellius Pollion, Trig. tyrann., 14.—On a eu la même opinion, après saint Louis, sur les pièces de monnaie à son effigie.

18,

1, Epaminondas.—S’était d’abord adonné à l’étude des lettres et de la philosophie. Lié avec Pélopidas, il l’aida à délivrer Thèbes des Lacédémoniens qui s’en étaient emparés par trahison. Nommé général lors de la guerre qui s’ensuivit, il fut vainqueur à Leuctres (371), et releva Messène de ses ruines pour l’opposer à Lacédémone. Postérieurement, il obtint plusieurs avantages sur Alexandre, tyran de Phères; puis, la guerre ayant repris contre les Lacédémoniens, il les battit à nouveau à Mantinée, mais y fut blessé mortellement (363). Épaminondas donna l’exemple de toutes les vertus; il n’avait pas moins de frugalité et de désintéressement que de génie et de courage. V. N. I, 344: [Reng].

13, Eux.—Diodore de Sicile, XV, 88; Pausanias, VIII, 13, etc. C’est aussi le jugement de Cicéron, De Orat., III, 34; Tusc., I, 2; il est vrai qu’ailleurs, Acad., II, 1, il en dit autant de Thémistocle.

16, Luy.—Plutarque, De l’Esprit familier de Socrate, 23.

20, Partie.—Les éd. ant. aj.: qui est de la vertu et.

23, Cestuy-cy.—Épaminondas.

25, Parangon.—En comparaison. Ce mot s’employait aussi dans le sens de modèle: «O dame illustre, ô parangon d’honneur!» Marot.

20,

18, Leuctres.—Plutarque, Coriolan, 2; et dans le traité où il entreprend de prouver Qu’on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d’Épicure, 13.

19, Beaucoup.—Coucher de beaucoup, c’est exagérer, se vanter.—Ce mot «coucher» était à l’époque fréquemment employé et présentait des acceptions très diverses suivant la nature du complément qui l’accompagnait: «coucher de peu», c’était faire bon marché de, faire le modeste; «coucher gros», mettre gros jeu sur une carte par exemple; «coucher par écrit» se dit encore dans le langage familier. Regnier a dit: «Ne couche de rien moins que l’immortalité», c.-à-d. ne vise, n’aspire à rien moins qu’à l’immortalité.

20, Tant.—L’éd. de 88 aj.: vtile et.

22, Cause.—Plutarque, De l’Esprit familier de Socrate, 4.

25, L’espargner.—Id., ibid., 17.

22,

2, Luy.—Diodore de Sicile, XX, 88; Cornélius Népos, Épaminondas, 10; Justin, VI, 8; etc.

CHAPITRE XXXVII.

3, Pieces.—C’est son livre même que Montaigne désigne de la sorte.

9, Oster.—Cependant, précisément dans ce chapitre (pag. 26), a été supprimé et remplacé par quelques mots, un assez long passage qui se trouvait dans l’édition de 1588.

18, Conuersation.—C.-à-d. une vie qui se prolonge jusque dans la vieillesse ne se passe...

30, Membre.—Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux aj.: mais c’estoient vaines propositions.

24,

7, Mæcenas.—S’était lié avec Auguste, alors que celui-ci étudiait en Grèce. Il l’accompagna dans toutes ses guerres et, quand il devint empereur, se contenta d’être son ami et refusa toutes charges et honneurs. Il ne se servit de son crédit que pour le porter à la clémence et surtout favoriser les gens de lettres: Virgile, Horace, Properce étaient ses amis et ses protégés; lui-même avait composé quelques poésies, dont il ne reste que quelques fragments.

11, Bene est.—Vers de Mécène conservés par Sénèque et que La Fontaine a traduits ainsi dans sa fable La Mort et le malheureux:

«... Qu’on me rende impotent,

Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu’en somme

Je vive, c’est assez: je suis plus que content.»

17, Stoïcien.—Ou plutôt «le cynique». Est le fondateur de cette école: il était disciple de Socrate et fut le maître de Diogène. Il faisait consister le souverain bien dans la vertu qu’il plaçait dans le mépris des richesses, des grandeurs et de la volupté; c’est lui qui, le premier, prit la besace et le bâton de mendiant comme symbole de la philosophie.—Ce trait est rapporté par Diogène Laerce, VI, 18.

38, Essayé.—Éprouvé.

26,

6, Accointer.—Me familiariser avec la mort.

13, Opter.—La pensée exprimée par ce vers de Martial a été souvent reproduite:

«Las d’espérer et de me plaindre

Des Muses, des grands et du sort,

«Être satisfait de son sort,

Quel qu’il soit, ne jamais s’en plaindre,

C’est ici que j’attends la mort,

Sans la désirer ni la craindre.» Meynard.

Et regarder venir la mort

Sans la désirer ni la craindre.» Bussy-Rabutin.

Madame de Tracy l’a développée: «La vraie philosophie c’est de préférer ce qu’on a, et de voir toutes choses du bon côté; de même le vrai christianisme consiste à faire à tous les êtres animés, bêtes et gens, le plus de bien possible et à attendre la mort sans crainte, comme sans impatience.»—Quinault l’a résumée ainsi:

«Faites choix de l’indifférence,

Elle assure un sort plus heureux.»

20, Gestes.—Au lieu de: «Qu’elle laisse... gestes» (l. 18 à 20), les éd. ant. portent: comme si elle dressoit les hommes aux actes d’vne comedie, ou comme s’il estoit en sa iurisdiction, d’empescher les mouuements et alterations que nous sommes naturellement contraincts de receuoir: qu’elle empesche donq Socrates de rougir d’affection, ou de honte, de cligner les yeux à la menace d’vn coup, de trembler et de suer aux secousses de la fiebure: la peincture de la Poesie, qui est libre et volontaire, n’ose priuer des larmes mesmes, les personnes qu’elle veut representer accomplies et parfaictes.

E se n’afflige tanto,

Che si morde le man, morde le labbia,

Sparge le guancie di conticuo pianto,

elle deburoit laisser cette charge à ceulx, qui font profession de reigler nostre maintien et nos mines.—Traduction de la citation: «Son affliction est telle qu’il se mord les mains, qu’il se mord les lèvres et que sa joue est sans cesse inondée de pleurs» (Auteur inconnu).

20, Condonne.—Accorde, permette, du latin condonare qui a même sens.

22, Voyelle.—Qui se décèle par la voix, par des plaintes, des gémissements.

29, Instruire.—Les éd. ant. aj.: qu’elle luy ordonne ses pas et le tienne en bride et en office.

35, En accidens.—Précédé dans l’éd. de 88 par: Voyla sa charge: du dehors, il importe peu et.

37, Corps.—Les éd. ant. port.: C’est bien assez que nous soyons tels, que auons nous accoustumé en nos pensées et actions principales: quant au corps, s’il, au lieu de: «Si le corps».

38, Tourneboule.—Qu’il se tourne et se retourne comme une boule.

28,

5, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 18.

8, Cæstibus.—Cestes: gantelets garnis de fer ou de plomb, dont se servaient les athlètes dans les combats du pugilat.

12, Assaux.—Les éd. ant. aj.: de la douleur.

19, Desespoir.—Les éd. ant. aj.: et à la rage.

22, Refert.—Vers du Philoctète d’Attius, cités deux fois par Cicéron, De Finibus, II, 29 et Tusc., II, 14.

30, Cicero.—De Divinat., II, 69.

32, Desgarcent.—Mot forgé par Montaigne pour exprimer que les douleurs de la pierre ne le portaient à rêver qu’il avait commerce avec une femme, comme il était arrivé à l’individu dont parle Cicéron.

33, Vreteres.—Canaux qui mettent en communication les reins et la vessie.

34, Ordinaire.—Les éd. ant. aj.: ie deuise, ie ris, i’estudie, sans esmotion et alteration.

36, Preparer.—Les éd. ant. aj.: par estude et.

30,

1, Essayé.—Je me suis cependant mis à l’essai, à l’épreuve.

8, Santé.—Les éd. ant. aj.: et pure de douleurs.

13, Presomption.—Socrate disait d’Antisthène affectant de ne porter que des vêtements dépenaillés, qu’il apercevait sa vanité au travers des trous de son manteau.—«L’excès de modestie est un raffinement d’orgueil.» Pascal.—«La simplicité affectée est une imposture délicate.»—«L’orgueil est égal chez tous les hommes; il n’y a de différence qu’aux moyens et à la manière de le mettre à jour.» La Rochefoucauld.

32, Cartilage.—Pline, Hist. nat., VII, 12.

34, Illegitime.—Plutarque, dans son traité De ceux dont Dieu diffère la punition, 19, ne dit pas qu’on ait jamais tenu pour illégitimes ceux qui ne portaient pas l’empreinte d’un fer de lance sur le corps; il remarque au contraire qu’après avoir disparu, cette empreinte avait reparu dans cette même famille après un assez long intervalle de temps.

36, Ressemblance.—C’est ce qu’Hérodote, VI, 180, raconte d’un peuple de Libye.

32,

15, Mere.—Le père de Montaigne paraît avoir eu dix enfants, dont les deux aînés seraient morts en bas âge, peut-être avant la naissance de Michel, de telle sorte que, né le troisième après cinq années de mariage, il se trouva être l’aîné de quatre frères et trois sœurs qui parvinrent à âge d’homme. V. N. I, 114: [Frere].

38, Deux.—Ramon Eyquem, son bisaïeul, mort en 1478.

41, Sept.—Les éd. ant. port.: six.

34,

10, Empeschement.—Les éd. ant. port.: rengregement de mal.

13, Quatre.—Ces quatre frères étaient: Pierre, le père de Montaigne, qui était l’aîné. Thomas, que l’on appelait M. de S.-Michel, parce qu’il était curé de cette paroisse où se trouvait sis le château de Montaigne; il mourut jeune. Pierre minor, dit Seigneur de Gaviac; il succéda aux emplois ecclésiastiques de son frère Thomas et devint chanoine de S.-André et de S.-Seurin de Bordeaux et curé de Lahontan, localité dont il est question plus loin, page 60. Enfin Raymond, Seigneur de Dussaguet, avocat au parlement de Bordeaux.

16, Mal.—Et cela lui réussit si mal.

19, Dyspathie.—Aversion; le mot est emprunté du grec, nous disons aujourd’hui antipathie.

25, Consideration.—Préjugé.

29, Epicurus.—Cicéron, Tusc., V, 33; Diogène Laerce, X, 129.

35, Iniurieuse.—Les éd. ant. port.: ne peut auoir ny grace, ny faueur, au lieu de: «nous vient... à estre iniurieuse».

40, Secours.—Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux port.: de s’ayder de ces nobles, au lieu de: «d’appeler à son secours».

36,

2, Chere.—Les éd. ant. port.: espineuse.

6, Certain.—Les éd. ant. aj.: Mais ie dy que ce qui s’en void en practique, il y a grand dangier que ce soit pure imposture, i’en crois leurs confraires Fiorauanti et Paracelse.

8, Refforts.—Raifort; sorte de rave sauvage de goût très prononcé.

9, Sené.—Arbrisseau des pays chauds, dont les valves des fleurs sont purgatives.

11, Solon.—C’est Plutarque qui le lui fait dire dans le Banquet des sept Sages, 19.

14, Vberté.—Fertilité; du latin ubertas qui a même signification.

15, Arondes.—Hirondelles; cet ancien nom de l’hirondelle se retrouve encore dans «queue d’aronde», à la fois terme de charpentier et de fortification.

19, Pastissage.—Mélange informe, espèce de salmigondis ou de macédoine.

25, Designe.—Prescrit, ordonne.

26, Estime.—Montaigne raconte dans son Voyage que, se trouvant, pour sa santé, aux bains «della Villa» près de Lucques, en 1581, il laissa échapper cette exclamation: «La vaine chose que la medecine!» Ce qui suit prouve que ce mot partait du fond de l’âme; et pour le confirmer dans son idée, plusieurs fois, rapporte-t-il encore, il fut appelé à Rome à des consultations de médecins; à l’une, entre autres, le malade était résolu de s’en tenir à sa décision; et il ajoute: «J’en riois en moi-même.» Le Clerc.

37, Ordonnances.—Les éd. ant. port.: drogues.

38,

1, Point.—Je ne me fais pas un sujet de frayeur, je ne souffre pas d’être sans médecin;—c’est le sens propre de «passionner» qui ne se dit plus aujourd’hui qu’au sens figuré.

13, Censeur.—Pline, d’où cette assertion semble tirée, émet en effet que les médecins ne furent reçus à Rome que six cents ans après la fondation de cette ville; mais pour ce qui est de leur expulsion, il dit expressément qu’elle n’eut lieu que longtemps après la mort de Caton.

18, Plutarque.—Vie de Caton le Censeur, 12.

19, Pline.—Hist. nat., XXV, 8.

20, Herodote.—Liv. IV, ch. 187.—Hippocrate dit à peu près la même chose des Scythes.

40,

2, Platon.—Dans le Timée.

3, Appartiennent.—Dont nous avons la disposition.—Ces trois modes de perturbations intestines sont les vomitifs, les purgations et la saignée.

7, Harpades.—Combats; coups de harpon ou de griffes.—Se harper, c’est lutter à qui mieux mieux, corps à corps, se prenant aux cheveux, se mordant, mettant tout en jeu pour se faire le plus de mal possible.

10, Infiable.—Incertain, sur lequel on ne peut compter.

14, Dihore.—Expression employée jadis dans le Languedoc et qui peut se traduire par «Holà!» ou encore: «Alerte, à l’aide, au secours»;—était employée couramment dans cette région, alors dans son premier sens, par les laboureurs, les charretiers pour presser la marche de leurs bêtes.

15, Impiteux.—Impitoyable, sans pitié.

21, Entraine.—Imitation de ce vers de Sénèque, Epist. 107: «Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (Le destin mène qui s’y prête et contraint qui résiste).» Ce que Fénelon a rendu sous cette autre forme: «L’homme s’agite, Dieu le mène.»

27, Tué.—Pline l’Ancien, qui vivait avant Adrien, cite une épitaphe exactement conçue dans les mêmes termes: «Le trop grand nombre de médecins qui l’ont assisté, l’a tué.»—Dans une de ses comédies, Casimir Delavigne exprime la même idée, en parodiant le vers si connu de Corneille et l’appliquant à un malade auquel plusieurs médecins ont apporté leurs soins: «Que vouliez-vous qu’il fît contre trois?—Qu’il mourût.»

28, Diogenes.—Diogène Laerce, VI, 62.

29, Autresfois.—«Parlons franchement, Docteur, dit un jour, en plaisantant, Frédéric II de Prusse à son médecin. Combien avez-vous tué d’hommes pendant votre vie?—Sire, répondit celui-ci, à peu près trois cent mille de moins que Votre Majesté.»—«Diaulus était médecin, maintenant il est croque-mort; il n’a pas changé de métier.» Martial.—«Tu tuais les hommes étant médecin; gladiateur, tu les tues encore.» Martial.

29, Nicocles.—Le mot de Nicoclès se trouve dans le ch. 46 de la Collection des moines Antonius et Maximus; cette épigramme a souvent été répétée.

33, Faute.—Les éd. ant. à 88 port.: heur, que leur erreur et leurs fautes sont soudain mises sous terre et enseuelies, au lieu de: «heur... faute».

37, Moy.—Les éd. ant. port.: query à moy, au lieu de: «query moy».

39, Subiects.—C.-à-d. les médecins s’en font honneur auprès de ceux qui se sont mis entre leurs mains.

42,

15, Morfondement.—Ce que nous appelons aujourd’hui un chaud et froid, une affection causée par un froid subit, vous surprenant ayant chaud.

21, Propos.—De la République, III.

27, Conte.—Dans sa fable Le malade et le médecin.—Les éd. ant. à 88 port.: ce me semble.

40, Propres.—Les Chinois, les Japonais paient, dit-on, leurs médecins, tant par journée de bonne santé; et, quand ils sont malades, ils sont soignés gratis. La chose n’est pas aussi paradoxale qu’elle en a l’air au premier abord; c’est l’analogue de ce qui se pratiquait il y a un demi-siècle en France, et qui se pratique peut-être encore dans les campagnes, où l’on contractait abonnement avec le médecin; c’est également ce qui se passe dans les sociétés de secours mutuels. Ce mode a disparu dans les grandes villes depuis que les médecins ont mis leurs soins à des prix tellement exorbitants que, pour échapper à leurs exigences souvent peu en rapport avec leur science (les plus modestes ne sont pas les moins bons), beaucoup de personnes de condition aisée cherchent à se faire admettre dans les hôpitaux. On se plaint qu’en agissant ainsi, elles volent les pauvres pour lesquels ces établissements ont été créés; c’est la nécessité qui les y oblige: elles n’ont d’autre moyen de se procurer des soins dont elles soient sûres, et d’échapper ainsi à l’ignorance des uns et aux prix exagérés des autres. «Les anciens ne voulaient pas surtout que la vie des hommes fût au prix d’un énorme salaire»; mais déjà du temps de Pline qui écrivait ainsi, les médecins étaient parfois payés des prix excessifs, effet de la civilisation qui, augmentant le bien-être physique, fait que chacun tient davantage à la vie. D’après lui, Erasistrate aurait reçu cent talents (575.000 fr.) pour avoir guéri le roi Antiochus et il en cite plusieurs qui en ont laissé plus de mille à leurs héritiers, après en avoir dépensé autant durant leur vie. Aujourd’hui on a également tendance à l’exagération, et quand on leur parle de tarif, les princes de la science répondent en concédant le paiement de leurs honoraires au prorata du revenu représenté par le prix du loyer. Si encore ils étaient tenus de garantir la guérison ou seulement du soulagement!

44,

1, Æsculapius.—Avait appris la médecine du centaure Chiron. Non content de guérir les malades, il ressuscitait même les morts; c’est ainsi qu’il rendit la vie à Hippolyte, fils de Thésée, qui, repoussant les obsessions de Phèdre sa belle-mère, accusé par elle auprès de Thésée d’avoir voulu la séduire, sur la demande, adressée par son père à Neptune, de le venger, avait été déchiré par un monstre marin. Jupiter, irrité de l’audace d’Esculape, le foudroya, à la prière de Pluton, dieu des enfers, dont l’empire, s’il eût eu des imitateurs, eût couru risque de devenir désert.

2, Hypolitus.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. port. à tort Heleine, au lieu de «Hypolitus».

6, Stygias.—Du Styx. Ce fleuve faisait sept fois le tour des enfers; ses eaux étaient glacées et vénéneuses; c’est par lui que les dieux avaient coutume de jurer et leur serment alors était irrévocable; s’ils y manquaient, ils étaient déchus pendant neuf ans de leur divinité.

9, Mon.—Vraiment oui, puisqu’il peut impunément...—Expression elliptique d’usage fréquent du temps de Montaigne, mise pour: «C’est mon avis».—Cette réponse de Nicoclès se trouve dans le ch. 146 de la Collection des moines Antonius et Maximus.

18, Cassam.—En citant ce vers, Cicéron l’explique, ajoutant: «au lieu de dire comme tout le monde, «un limaçon» ou plutôt fort probablement «un bouillon de limaçons».

20, Fanatiques.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. port.: fantastiques.

46,

2, Contestations.—Pline, Hist. nat., XXIX, 1.

22, Hierophilus.—Celse, préface du Ier livre.—Hiérophile fut le créateur de l’anatomie; on dit qu’il poussa l’amour de la science jusqu’à disséquer des corps de criminels vivants.

23, Erasistratus.—Erasistrate s’est adonné à l’anatomie; a été le chef de l’école des Méthodistes qui, procédant d’après des méthodes déterminées, était opposée à celle des Empiriques, qui s’appuyaient exclusivement sur l’expérience; son école a jusqu’à Galien joui d’une grande célébrité.

23, Asclepiades.—Il préconisait les douches; le premier, il a pratiqué la bronchotomie dans le cas de l’angine.

24, Alcmæon.—A écrit sur la nature de l’âme et sur la médecine; admettait comme causes de toutes choses, certains principes fondamentaux, dont chacun avait son contraire.

27, Strato.—Straton; il passa une partie de sa vie en Égypte où il fut précepteur de Ptolémée Philadelphe. Il expliquait tout par la force productrice de la nature et les maladies par les entraves qu’on lui opposait.

28, Hippocrates.—Le père de la médecine, ainsi qu’on l’a surnommé.—Avait beaucoup voyagé; enseigna et pratiqua, surtout à Athènes. Se basait, pour traiter les malades, sur l’observation, plus que sur des hypothèses, comme on l’avait fait jusqu’à lui; usait de remèdes simples; le premier, divulgua les méthodes curatives jusqu’alors tenues secrètes; a beaucoup écrit, en relatant ses observations; n’a pas craint d’avouer ses erreurs. On a dit de lui qu’il avait refusé des propositions d’Artaxerxès, roi des Perses, qui, à prix d’or, voulait l’enlever à la Grèce et se l’attacher.

28, Amis.—Pline l’Ancien, Hist. nat., XXIX, 1, au commencement.

37, Peloponnesiaque.—Guerre du Péloponnèse; guerre mémorable de la Grèce ancienne, qui eut lieu de 431 à 401, entre Sparte et Athènes, et qui, après des alternatives de succès et de revers, se termina par la défaite de cette dernière.

38, Science.—Tous ces détails sur la médecine sont extraits de Pline, Hist. nat., XXIX, 1.

48,

7, Themison.—Restaurateur de l’école méthodiste, basée sur ce qu’il n’y a dans la nature que de la matière animée et que la diversité des corps provient de la diversité des atomes ou éléments qui les composent.

7, Musa.—Guérit Auguste d’une maladie dangereuse, ce qui lui valut d’être comblé d’honneurs par le prince et par le Sénat: sa statue fut placée dans le temple d’Esculape; et, à sa considération, les médecins furent exempts de toutes sortes d’impôts.—Musa était l’ami d’Horace et de Virgile; c’est lui, a-t-on dit, que ce dernier a célébré dans le livre XII de l’Énéide, sous le nom de Iapis.

9, Messalina.—Les éd. ant. aj.: femme de Claudius Cæsar.

23, Latineurs.—Gens qui s’expriment en latin.

25, Cueillons.—Les éd. ant. port.: nous ne sçaurions donner pris aux drogues que nous cognoissons: si elle ne nous est inconnue, si elle ne vient d’outre-mer, et ne nous est apportée de quelque lointaine region, elle n’a point de force; au lieu de: «la drogue... cueillons».

26, Gayac.—Arbre de la Jamaïque à bois très dur et résineux dont la décoction est un sudorifique; on le nomme aussi «bois saint».

26, Salseperille.—Salsepareille; plante d’Amérique, dont la racine est dépurative et sudorifique.

27, Esquine.—Bois d’esquine; racine d’un certain jonc des Indes, dont il est fait usage en médecine.

30, Mespriser.—Les éd. ant. aj.: et estimer vaines.

34, Paracelse.—Prétendait révolutionner la médecine; et après avoir joui d’une grande réputation, tomba dans le discrédit et mourut à l’hôpital.

34, Fiorauanti.—Mêlait à un peu de science beaucoup de charlatanisme, acquit une certaine notoriété.

35, Argenterius.—Se distingua par ses vives attaques contre Galien.

50,

2, More.—Ésope, dans sa fable l’Éthiopien.—Les Maures sont distincts des Berbers, des Arabes et des Nègres dont l’ensemble forme la majeure partie de la population de l’Afrique; ils semblent un croisement de ces deux dernières races, habitent de préférence les villes, sont vigoureux, basanés, fourbes et cruels, s’adonnent volontiers au brigandage, à la piraterie et à la traite des nègres.

22, Merueilleusement.—Met à une rude épreuve.

23, Repos.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ne troubler rien en son estat.

30, Affuster.—Ajuster, mener à bien; au propre, c’est appliquer une garniture de bois à quelque chose.

40, Faut.—S’il se méprend, s’il manque.

52,

14, Conseil.—L’éd. de 88 aj.: (car d’en voir plusieurs bien d’accord il est mal aisé: ilz haissent l’vni-son de la musique).

15, Suader.—Persuader, comme portent les éd. ant. Suader est le mot latin suadere qui a même signification.

22, Foye.—De nos jours, cela n’est plus exact: l’invention de Roentgen, autrement dit les rayons X réalisent dans une certaine mesure ce fait qui dépasse notre intelligence, bien que nous le reproduisions à volonté, de rendre translucides des corps opaques, notamment le corps humain, et de nous en révéler l’ossature et la présence de tout corps étranger.

24, Et qui.—L’éd. de 80 porte: desquels, ils disent, qu’il y en a aucuns qui, au lieu de: «et qui».

35, Diuerses.—Plus tard, Voltaire, exprimant la même idée, a dit de même: «Quelle bonne farce, d’introduire dans un corps que l’on connaît peu des médicaments que l’on ne connaît pas.»

54,

4, Officier.—Qui est pourvu d’un office, d’une charge. Ici d’un pharmacien ou, comme on disait alors, de l’apothicaire.

6, Pourpointiers.—Tailleurs qui ne faisaient que le pourpoint (ancien vêtement français qui couvrait le corps du cou à la ceinture); doit s’entendre de l’ensemble des vêtements du haut du corps.

6, Chaussetiers.—Ne faisaient que les hauts-de-chausses (culottes) et les bas.

13, Ægyptiens.—Hérodote, II, 84.

14, Descouper.—Diviser en parties complètement séparées; on dit actuellement créer des spécialités.—A cet égard, le vœu de Montaigne est aujourd’hui complètement réalisé; les spécialistes foisonnent, il y en a de toutes sortes. L’idée est bonne, sa réalisation l’est moins. Adressez-vous à l’un d’eux, à peine s’il vous examine, admet sans conteste que vous ne faites pas erreur, que votre cas relève bien de lui et, ne voyant que sa partie, de la meilleure foi du monde, quels que soient votre tempérament et vos antécédents qu’il ne recherche même pas, vous trace un traitement d’après une des formules qu’il a adoptées. Hors certains cas de chirurgie où incontestablement les spécialistes, en raison d’une pratique plus fréquente, ont plus de dextérité et sont à préférer, il n’y en a pas un seul, si grande soit sa réputation, qui vaille mieux qu’un médecin modeste et consciencieux auquel vous vous confiez d’habitude, qui vous voit fréquemment, qui vous porte affection, vous suit et de longue date connaît votre tempérament.—En somme, il est sage de n’avoir recours à un spécialiste que sur le conseil de son médecin ordinaire.

21, Amy.—La Boétie, mort de la dysenterie en 1563.

25, Dissentieuses.—Par ces drogues mêlées confusément et qui ont des qualités discordantes et contraires.

29, Graue.—Gravelle; maladie des reins et de la vessie donnant lieu à la production de concrétions calcaires semblables à de petits grains de sable.

29, Pierre.—Maladie dans laquelle les concrétions qui se produisent chez certaines personnes atteintes de gravelle, s’agglomèrent, ce qui rend leur expulsion beaucoup plus difficile et douloureuse.

56,

3, Expeller.—Chasser; du latin expellere, qui a même signification et dont le participe passé expulsus a fourni les dérivés «expulsé, expulsion».

8, Eau.—Uriner; expression gasconne qui s’est généralisée et s’emploie aujourd’hui assez couramment dans le langage familier.

19, Il est bon.—Le passage commençant par ces mots et se terminant pag. 60, lig. 14, par ceux-ci: «en cet art», était rédigé ainsi qu’il suit dans l’édition de 1580: Somme, ilz n’ont nul discours, qui ne soit capable de telles oppositions. Quant au iugement de l’operation des drogues, il est autant ou plus incertain. I’ay esté deux fois boyre des eaux chaudes de noz montaignes: et m’y suis rangé, par ce que c’est vne potion naturelle, simple, et non mixtionnée, qui au moins n’est point dangereuse, si elle est vaine: et qui de fortune s’est rencontrée n’estre aucunement ennemie de mon goust (il est vray que ie la prens selon mes regles, non selon celles des medecins) outre ce que le plaisir des visites de plusieurs parens et amis, que i’ay en chemin, et des compaignies qui s’y rendent, et de la beauté de l’assiete du pais, m’y attire. Ces eaux là ne font nul miracle sans doute, et tous les effectz estranges qu’on en rapporte ie ne les croy pas; car pendant que i’y ay esté, il s’est semé plusieurs telz bruits que i’ay decouuers faux m’en informant vn peu curieusement. Mais le monde se pipe aiseement de ce qu’il desire. Il ne leur faut oster aussi qu’elles n’esueillent l’appetit et ne facilitent la digestion, et ne nous prestent quelque nouuelle alegresse, si on n’y va du tout abatu de forces. Mais moy ie n’y ai esté ny ne suis deliberé d’y aler que sain et auecques plaisir. Or quant à ce que ie dis de la difficulté, qui se presente au iugement de l’operation, en voicy l’exemple. Je fus premierement à Aigues-caudes, de celles là ie n’en sentis nul effet, nulle purgation apparente: mais ie fuz vn an entier aprez en estre reuenu sans aucun ressentiment de colique, pour laquelle i’y estoy allé. Depuis ie fus à Banieres, celles cy me firent vuyder force sable, et me tindrent le ventre long temps apres fort lache. Mais elles ne me garantirent ma santé que deux mois: car apres cela i’ay esté tresmal traicté de mon mal. Ie demanderois sur ce tesmoignage, ausquelles mon medecin est d’auis que ie me fie le plus, ayant ces diuers argumentz et circonstances pour les vnes et pour les autres. Qu’on ne crie donc plus apres ceux, qui en céte incertitude se laissent gouuerner à leur appetit et au simple conseil de nature. Or ainsi, quand ils vous conseillent vne chose plus tost qu’vne autre, quand ils nous ordonnent les choses aperitiues, comme sont les eaux chaudes, ou qu’ils nous les deffendent: ils le font d’vne pareille incertitude, et remettent sans doubte à la mercy de la fortune l’euenement de leur conseil: n’estant en leur puissance ny de leur art de se respondre de la mesure des corps sableux, qui se couuent en noz reins: là où vne bien legiere differance de leur grandeur peut produire en l’effet de notre santé des conclusions contradictoires. Par cet exemple lon peut iuger de la forme de leurs discours. Mais pour les presser plus viuement, il ne fauldroit pas vn homme si ignorant comme ie suis de leur art.

31, Bastelant.—Faisant les bateleurs, se jouant et badinant.

58,

33, Della Villa.—Bains près de Lucques; on les nomme actuellement tout simplement i Bagni (les Bains).

60,

1, Prise.—C.-à-d. on retient les malades au lit dans l’établissement même où ils ont bu l’eau.

3, Corneter.—Corneter et ventouser sont synonymes; le premier est hors d’usage; dans quelques dictionnaires modernes, on trouve encore «cornet à ventouses».

4, Doccie.—Douches; jets d’eau chaude ou froide que l’on dirige sur le corps ou une de ses parties. Leur emploi, restreint au temps de Montaigne à l’état de traitement curatif, s’est généralisé, et est devenu en outre un de nos moyens courants d’hygiène et de propreté.

19, Effertur.—Ausone, Epig. 74, de qui sont ces vers, joue ici sur le mot effertur, efferre signifiant emporter et aussi porter en terre.—En fait de médecins du nom d’Alcon, on n’en connaît qu’un, dont Pline dit qu’il vivait à Rome du temps de Claude, et qu’ayant été exilé et ses biens s’élevant à dix millions de sesterces (2.100.000 Fr.) confisqués, il en gagna autant en peu d’années, après avoir été rappelé.

25, Caupene.—Ce baron de Caupène était petit-fils du maréchal de Montluc.

27, Benefice.—Charge ecclésiastique pourvue d’un revenu; les patrons étaient ceux qui avaient contribué, eux ou leurs ancêtres, à la fondation de l’église; ils présidaient aux cérémonies, présentaient un candidat à la nomination de l’évêque et percevaient quelquefois une partie des revenus du bénéfice. Celui dont il est question ici, était la cure de Lahontan, dont avait été titulaire un des oncles de Montaigne. V. N. III, 34: [Quatre].

37, Destroit.—District, pays, se livrer à la mendicité.

43, Maistres.—Voir N. II, 478: [Maistre Iean].

62,

2, Grand.—Ou monsieur, comme portent les éd. ant.

4, Comperes.—L’éd. de 80 port.: cousins.—Les bourgeois s’appelaient entre eux compères, comme les gentilshommes s’appelaient cousins.

12, Apostemes.—Abcès non ouverts; apostème et apostume se disent encore, quoique rarement; on le trouve chez La Fontaine, dans sa fable Le cheval et le loup:

«J’ai, dit la bête chevaline,

Un apostume sous le pied.»

25, Raccourcies.—Ce membre de phrase: «leurs vies raccourcies de moitié», est de trop. On ne saurait nier que la médecine ne soit parvenue à force d’hygiène à prolonger la vie humaine dont certaines statistiques fixent, de nos jours, la durée moyenne, en France, à 46 ans, alors qu’il y a un siècle à peine, on la tenait moindre de près de 10 ans. De fait, les maladies engendrées ou aggravées par la misère et les logements insalubres, la malpropreté, la négligence dans les soins donnés aux enfants en bas âge, ont bien diminué; et aussi les épidémies, par suite des mesures prises dès leur apparition pour en arrêter le développement; enfin la vaccination a de plus en plus raison de nombre de maladies, et non des moindres, contre lesquelles la science était jadis impuissante. Mais à quel prix ce résultat est obtenu, Montaigne nous le dit, et cet affaiblissement qu’il accuse dans nos tempéraments est bien réel: notre vie est plus longue, mais plus souffreteuse; l’intensité de l’existence qui aujourd’hui se passe, pour le plus grand nombre, dans un état de préoccupations et souvent de surexcitations continues qui, jadis, n’était l’apanage que de quelques-uns; la sophistication des denrées alimentaires quelles qu’elles soient, la contamination presque générale de l’eau que nous buvons; l’alcoolisme qui va gagnant sans cesse, font que finalement, dès la jeunesse, nous sommes aux prises avec des maux d’estomac, d’intestins, avec des douleurs de toute nature qu’autrefois on ne connaissait guère que dans l’âge avancé, et témoignent d’une dégénérescence qui va augmentant de génération en génération.—Parmi ces infirmités devenues plus précoces et multipliées, la tuberculose, qui présentement en France emporte 350.000 personnes par an, tient le premier rang, tant par sa gravité que par la rapidité de son extension. Son développement excessif, depuis une cinquantaine d’années, tient à ce qu’elle est héréditaire, et que la sélection qui, il n’y a pas encore cent ans, s’opérait aux débuts de la vie et s’étendait à tout ce qui était venu au monde avec une organisation débile, se trouvant considérablement réduite par les progrès de l’hygiène, tous ceux qui n’ont échappé que grâce à ces conditions d’hygiène, vont procréant des êtres qui sont tout désignés pour être atteints à bref délai et propager à leur tour les germes morbides qu’ils ont reçus en naissant. On peut essayer de guérir les tuberculeux, on y parviendra peut-être pour nombre d’entre eux; mais tous les moyens curatifs existants ou à trouver: régime, sanatoria, sérums, ne seront que des palliatifs insuffisants contre le fléau; pour l’enrayer, il n’est qu’un remède d’efficacité absolue: il faut le prévenir, en tarir la source en interdisant le mariage, c’est-à-dire la propagation de leur mal, à ceux qui sont contaminés; et pour cela il suffit que la loi édicte qu’un bulletin de visite médicale, délivré à bon escient, soit joint aux pièces à produire à la mairie, par quiconque est en instance de mariage. Conçu en termes généraux, ce bulletin aurait, du même coup, pour effet de protéger les familles contre l’introduction subreptice dans leur foyer des syphilitiques et autres avariés qui, plus heureux que les tuberculeux, ont des chances de guérison; il ne serait qu’un renseignement qui leur permettrait de savoir à quoi s’en tenir, celles qui le jugeraient à propos ayant, à moins que l’expérience ne montre la nécessité d’un interdit formel, la faculté de passer outre; le remède n’est ni difficile, ni coûteux, ni gênant pour ceux qui sont indemnes, il suffit de vouloir.

40, Curieux.—Les éd. ant. à 88 aj.: et d’autres auec moy.

64,

5, Inusité.—Il s’agit ici de pelotes, de grosseur variable, pouvant atteindre cinq à six centimètres de diamètre, nommées par les savants «egagrophytes» et aussi «besourds d’Allemagne», composées de détritus de plantes, de poils de l’animal et de concrétions calcaires qui se forment assez fréquemment dans le premier et parfois dans le deuxième estomac des ruminants.

15, Petrifiante.—Les éd. ant. aj.: Et si cette beste est suiette à cette maladie, ie trouue qu’elle a esté mal choisie pour nous y seruir de medicaments.—En supprimant ce membre de phrase, Montaigne s’est bien inconsciemment épargné les démentis que l’avenir lui eût apportés, lorsque 150 ans plus tard la vaccine était découverte et que trois siècles après lui le génie de Pasteur, qui n’était pas médecin, imaginait de communiquer certaines maladies à certains animaux et par des traitements appropriés d’en tirer ces sérums qui immunisent l’homme et aussi d’autres animaux contre ces mêmes maladies ou les en guérissent, ouvrant à la science un champ illimité d’expériences et d’applications.

21, Euenemens.—Néanmoins, elles réussissent dans quelques heureuses circonstances.

22, Necessité.—«Honore les médecins à cause de la nécessité (sous-entendu: où tu es d’y avoir recours),» dit l’Ecclésiastique, XXXVIII, 1; et il ajoute: «parce qu’il est une création du Très-Haut».

23, Asa.—«Affligé, dit l’Écriture (II Paralipomènes, XVI, 12), d’un mal qui lui tomba sur les pieds et remonta plus haut (probablement la goutte), il n’eut point recours au Seigneur et mit plutôt sa confiance dans la science des médecins.» On croit que par médecins, il faut entendre ici les magiciens, parce qu’alors la plupart des médecins usaient de sortilèges et de superstition, et qu’il est vraisemblable que s’il en eût été autrement, ce reproche ne lui eût pas été adressé.

25, Aymez.—«Le médecin, d’après Alphonse Daudet, est un homme qui console toujours, soulage souvent, guérit parfois.» Définition fort juste en tant qu’appliquée au médecin familial, qui vous suit au cours de la vie, étudie et connaît votre tempérament, est votre ami autant que votre conseiller, ce qui est rare dans les grands centres où abondent par trop ce que l’on est convenu d’appeler les princes de la science et aussi les spécialistes et les prolétaires. Aux premiers le temps fait défaut, les seconds ne voient que ce qui les touche, les derniers parfois n’ont pas assez de scrupule; chez certains d’entre les uns et les autres les honoraires demandés sont souvent d’une exagération excessive, lors même que leur science s’est trouvée en défaut ou que leurs soins n’ont pas abouti.

28, Vacations.—Professions.

32, Loy.—Je leur permets, je leur donne licence.

33, Sorte.—Les éd. ant. port.: me coucher sur le costé droit, si i’ayme autant y estre, que sur le gauche, au lieu de: «m’abrier... sorte».

36, Clairet.—Ancien nom du vin de Bordeaux que, dit-on, les Anglais, qui en sont fort amateurs et gros consommateurs, lui ont conservé et qui vient de ce que, relativement aux autres vins du Midi, il est peu chargé en couleur.

66,

10, Destroussement.—Ouvertement.

14, Soif.—Les éd. ant. port.: faim.

24, Place.—Places publiques. «C’était une loi sagement établie», dit Hérodote, I, 197, qui ajoute: «il n’était pas permis de passer près d’un malade sans s’enquérir de son mal».—V. aussi Strabon, XVI.

29, Breuets.—Barbotages est pris ici au figuré et signifie marmottages, prières cabalistiques, etc.; les brevets sont les préservatifs contre le poison, les enchantements, les maladies, etc., généralement sous forme de billets enfermés dans une sorte de gaine en étoffe ou en peau qu’on suspendait aux bras, aux poignets et autres parties du corps, autrement dit des amulettes; il nous en reste bien quelque chose.

32, Homere.—Odyssée, IV, 231.

36, Confrairie.—Société habituelle; lorsqu’il écrivait les Essais et en particulier ce chapitre où il se met assez souvent en cause, il ne faisait plus partie du Parlement.

68,

2, Desprendre.—Je ne puis quitter ce sujet.

6, Simples.—Nom vulgaire des herbes et plantes médicinales.

17, Galen.—Galien; séjourna plusieurs années à Alexandrie pour y étudier l’anatomie; vint à Rome et y devint le médecin des empereurs Marc-Aurèle, Vérus et Domitien. C’est, après Hippocrate, dont il suivait la doctrine, le premier médecin de l’antiquité; il a publié une foule d’écrits qui formaient un corps complet d’études médicales, plusieurs sont perdus. Il expliquait tout, en médecine comme en physique, par le fait des quatre éléments: l’eau, l’air, la terre, le feu, et celui des quatre qualités: le chaud, le froid, l’humide, le sec; et pour expliquer les phénomènes de la vie, il admettait un fluide vital.

20, Vaisseau.—Vase. Un auteur du XVIIe siècle dit qu’à cette époque les Indiens considéraient du bouillon de serpent comme un excellent préservatif contre la lèpre.

30, Aisée.—C.-à-d. à laquelle il faut prêter une croyance bien souple et bien accommodante; il se trouve à nouveau non moins embarrassé pour discerner dans quel cas et à quelle maladie il peut faire application de ce remède.

36, Maladies.—Devant chacun de ces compléments: l’épilepsie, au mélancolique, en hiver, etc..., les mots «que c’est», sont chaque fois sous-entendus.

70,

16, Experiences.—Hippocrate, Galien et Celse.

24, Pas.—Sur ce passage, ce sujet.

72,

9, Tibere.—Tacite, Ann., VI, 46.—Tibère, encore jeune, se distingua aux armées et, plus tard, fit fleurir la paix, l’ordre, la justice dans les provinces et administra bien les finances; mais, soupçonneux et cruel, il donna, lorsqu’il eut le pouvoir suprême, libre cours à ces instincts. Sur la fin de sa vie, il s’était retiré dans l’île de Caprée, non loin de Naples, pour échapper à la haine qu’il sentait s’élever autour de lui et se livrer en toute liberté à ses vices.

26, Suffisance.—L’éd. de 88 aj.: pour m’agencer et meliorer, non pour me parer et honorer;—celle de 88 aj.: et de la valeur.

33, Creu.—Ailleurs pourtant, Montaigne dit qu’il faut colloquer les gens non selon les facultés de leur père, mais selon celles de leur âme. Si tous ceux, «sous de meschantes chausses», n’avaient pas fait de livres, que de chefs-d’œuvre n’existeraient pas: Homère a mendié; Virgile naquit paysan; Horace était fils d’esclave; Corneille, qui touchait six francs de droits d’auteur quand on jouait le Cid, demandait un crédit de trois sols pour un ressemelage de souliers; La Fontaine avait souvent besoin de Fouquet; Boileau empruntait cent pistoles à Racine pour aller aux eaux, et Racine les demandait à Louis XIV pour les prêter à Boileau.

34, Moy.—Ne me le demandez pas à moi, qui aimerais encore mieux être un bon cuisinier, si.

37, Ailleurs.—Le Talmud dit dans le même sens: «La science sans richesse est comme un pied sans soulier; la richesse sans la science comme un soulier sans pied.»

74,

12, Latins.—Bien d’autres médecins latins ont écrit, entre autres: Celius Aurelianus, contemporain de Galien; Serenus Samonicus, qui vivait sous l’empereur Septime Sévère; Marcellus Empiricus, sous Théodose le Grand; Æmilius Macer, contemporain de Virgile; Apulée, contemporain de Celse; il est, du reste, à observer que les Romains s’abstenaient en général de pratiquer cet art, que n’exerçaient guère que les Grecs. Payen.

12, Celsus.—A traité de toutes les sciences, et en particulier de la médecine; seul, demeure son ouvrage sur ce dernier sujet, remarquable par le style autant que par la valeur du fond.

14, Pincer.—C.-à-d. je ne fais que critiquer légèrement cet art des médecins.—Montaigne fait le mot «art» tantôt féminin, tantôt masculin, mais plus souvent féminin.

14, Pline.—Liv. XXIX, ch. 1.

15, Corde.—Ou de leur latin, comme port. les éd. ant.; c.-à-d. de leurs ressources.

21, Gramontoises.—C.-à-d. il ne parle pas des eaux thermales de ce côté-ci des Pyrénées qui relèvent de la seigneurie de Gramont.—Cette seigneurie, située dans la Basse-Navarre, appartenait à la famille du même nom, dont était madame de Duras.—L’éd. de 88 aj. ici: les montaignes où elles sont assises ne sonent et ne retentissent rien que de Gramont.

21, Ils.—Les éd. ant. port.: Nos médecins sont encore plus hardis, car ils, au lieu de: «Ils».

29, Pericles.—Chef du parti démocratique à Athènes; il aimait les lettres et les arts qui prirent, sous son initiative, un essor qui fait souvent désigner son époque sous le nom de «siècle de Périclès». Il signala son administration à l’intérieur par la construction de beaux édifices et des fêtes somptueuses; au dehors, par de grands succès, mais qui ne se maintinrent pas. Il détenait le pouvoir quand éclata la guerre du Péloponnèse (V. N. III, 162: [Peloponnesiaque]); il n’en vit que les débuts et mourut de la peste.

30, Breuets.—Amulettes. V. N. III, [66].

76,

5, Dragmes.—Poids et monnaie grecs: comme poids, la drachme était environ de trois grammes; comme monnaie, de cinquante à quatre-vingts centimes environ, sa valeur ayant varié à diverses époques.

5, Opiate.—Préparation pharmaceutique de consistance un peu molle et dont le suc de pavot (opium) était la base.

6, Violente.—Les éd. ant. aj.: et qui aura troublé l’assiette de mon entendement et de ma raison.

11, Deriuée.—C.-à-d. qui m’est venue de, qui m’a été transmise par mes ancêtres.

18, Assené.—Bien singulier, bien mal placé, peu justifié.

37, Diuersité.—«Diversité est ma devise,» a dit La Fontaine.—Les éd. ant. aj.: et la discordance.


LIVRE TROISIÈME

CHAPITRE PREMIER.

78,

Troisieme.—Ce troisième livre a paru pour la première fois dans l’éd. de 1588.

Honeste.—Ce chapitre traite de la conduite à tenir dans les guerres civiles. Il mérite attention et est assez difficile à comprendre; Montaigne y développe les idées qui ont dû le guider et les sentiments qui ont dû l’animer pendant le temps durant lequel il a occupé des fonctions publiques.

2, Curieusement.—Avec recherche, avec prétention, de parti pris.—Pascal a encore ramassé ici, chez Montaigne, comme cela lui arrive souvent, une pierre pour le lapider. Après lui avoir reproché de s’être fait le sujet principal de son livre, il termine: «Car de dire des sottises par hasard et par faiblesse, c’est un mal ordinaire; mais d’en dire par dessein, c’est ce qui n’est pas supportable...»

6, Eust.—Pour peu qu’elles me coûtent.

11, Poison.—Tacite, Ann., II, 88.

38, Parer.—«L’hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu.» La Rochefoucauld.

80,

9, Sentent.—«Cet âge est sans pitié,» a dit La Fontaine, parlant de l’enfant.

28, Impudence.—Cette même thèse est exposée par Boguet, ce juge de Saint-Claude qui, dans son discours sur les sorciers (1602), blâme la perfidie dont on usait envers eux, ne voulant pas que l’avocat trahisse son client, que le juge promette grâce à l’accusé pour le faire mourir; blâmant les épreuves auxquelles on les soumettait, la torture qu’on leur infligeait, et qui tout en préconisant ces principes humanitaires, fit du pays un désert; il n’y eut jamais juge plus consciencieusement exterminateur (V. N. III, 540: [Vif]).

32, Peine.—Que difficilement je trahirois le prince pour un particulier, moi qui serais très fâché, etc.

36, Princes.—Entre le roi de Navarre, depuis Henri IV, et le duc de Guise; postérieurement entre Henri III et le roi de Navarre. V. de Thou, De Vita sua, III, 9.

82,

3, Masque.—Engageassent la pointe de leur lance ou de leur épée dans mon masque.

3, Mestier.—Les diplomates.

5, Peuuent.—Contrefont la plus parfaite neutralité et se montrent les plus amis qu’ils peuvent, les plus dévoués aux intérêts de ceux avec qui ils traitent.—«Un diplomate, disent les Italiens, doit avoir la physionomie ouverte et la pensée impénétrable.»

15, Hipperides.—Plutarque, De la différence du flatteur avec l’ami, 24.—Hypéride s’employa activement contre les Macédoniens qui, vainqueurs, se le firent livrer, lui arrachèrent la langue et le soumirent aux pires tortures.

24, Peut.—Que le coup porte, s’il est possible.

27, Particuliere.—Tacite dit de même: «Galba, Othon, Vitellius ne me sont connus ni par les bienfaits, ni par les offenses que j’en ai reçus.»

28, Priué.—Ni excitée, ni ralentie par un intérêt personnel.

29, Iuste.—Cette cause est celle de la Ligue, confédération du parti catholique sous Henri III, fondée par le duc de Guise, dans le but apparent de défendre la religion contre les Calvinistes; en réalité, pour renverser le roi. Henri IV y mit fin par ses victoires et son abjuration en 1593.

31, Potest.—Cette citation ne figure pas ici dans l’ex. de Bordeaux; elle est reproduite dans la présente édition une seconde fois, III, 502.

84,

4, Vieille.—Allusion à un dicton de l’époque. La vieille femme en offrant un cierge à saint Michel, un autre au dragon avec lequel, dans les tableaux, on le représente en lutte, cherche à ménager les deux adversaires, la chèvre et le chou, comme dit un autre proverbe. Montaigne, à son instar, est disposé à faire sa cour aux deux partis en présence. Cet aveu prêterait fort à la critique sans le commentaire qui le suit et dont il ne saurait être séparé.—La Fontaine, et lui sans commentaires, a dit aussi: «Le sage dit, selon les gens: Vive le roi, Vive la Ligue»; mais ce n’est qu’une constatation qu’il fait et non une opinion personnelle qu’il émet.—Ce passage rappelle encore celui de Macrobe, où il parle d’un homme qui avait dressé deux corbeaux, l’un pour féliciter Auguste, l’autre pour applaudir Marc-Antoine.

7, Besoing.—Add. de 88: et s’il ne sert.

9, Atticus.—Cornélius Népos, Atticus, 6.—Atticus s’éloigna de Rome, pendant les guerres civiles, pour ne pas prendre part aux troubles publics. Il se refusa constamment à toute situation officielle et resta constamment lié avec les hommes les plus éminents, quoiqu’ils fussent divisés entre eux, avec Sylla et Cinna, Pompée et César, Antoine et Cicéron, Brutus et Octave. Jouissant d’une grande fortune et d’un grand crédit, il n’en usa que pour faire réparer les injustices et secourir les victimes des divers partis.

17, Honneste.—Combien est d’à propos cette appréciation de Montaigne sur la conduite à tenir en cas de troubles. En ces temps, dès qu’il s’en produit, on gémit, on ferme boutique, on se clôt chez soi, on émigre ou encore on va voir, semblant faire cause commune avec les fauteurs de désordre et de la sorte donnant plus d’importance au mouvement et ajoutant à la difficulté de la répression, s’en remettant exclusivement du soin de ramener l’ordre au Gouvernement qui parfois trahit, parfois lâche pied, et en tout cas, n’a pas toujours sous la main de quoi parer au mal, qui va grandissant d’instant en instant. Il en serait souvent autrement si dès le début chacun s’y employait; en Angleterre, quand le fait se produit, chacun prenant parti a possibilité de s’enrôler momentanément dans la police, à laquelle ce concours immédiat permet la plupart du temps d’étouffer le mal dès qu’il se manifeste. Que ne tente-t-on pareille chose en France! il ne manque pas de gens d’ordre et de cœur pour s’y prêter; sa réalisation serait peut-être plus facile qu’on ne se l’imagine, et procurerait un appoint moral sérieux et effectif qui n’est pas à négliger.—On commence du reste, dans nos grandes villes où les attaques nocturnes vont se multipliant dans une proportion inquiétante, à se faire à l’idée que le plus sûr est encore de se protéger soi-même, et à préconiser la création de gardes de nuit, à la charge des particuliers et à l’instar des sérénos en Espagne et de ce qui existe de semblable en d’autres pays sous d’autres noms, spécialement chargés de veiller dans telle rue, tel quartier, à la sûreté de tous, prévenir les effractions, prêter assistance aux passants attardés, poursuivre et arrêter les malfaiteurs.—Cette attitude inerte des populations en cas de troubles, se retrouve également lorsque se produit un incendie; la plupart viennent voir, puis se dérobent aussitôt, laissant aux sapeurs-pompiers et à l’armée, quand il s’en trouve des détachements sur les lieux, la tâche exclusive de le combattre; cette observation n’a pas trait, bien entendu, à Paris et autres villes, où le service de secours contre l’incendie est organisé de toutes pièces et n’a besoin d’aucune aide.

18, Applicent.—D’un fait particulier auquel a trait cette citation, Montaigne fait une maxime générale, en changeant un peu les paroles de l’auteur.

19, Gelon.—Hérodote, VIII, 163.—En 480; mais le fait n’est pas exact: Gelon allait se joindre aux Grecs contre Xerxès, quand les Carthaginois, à l’instigation de ce prince, attaquèrent la Sicile, où du reste ils furent complètement battus, et une des conditions que leur imposa le vainqueur fut l’abolition des sacrifices de victimes humaines.

22, En eschauguette.—En sentinelle; se dit et du lieu d’où l’on surveille et de l’action elle-même.

24, Concilier.—Faire alliance avec, se rendre favorable.

30, Veut.—C.-à-d. auxquelles, qui le voudrait, ne peut se dispenser de prendre part.—La traduction présente ici un contre-sens que corrige l’errata placé à la fin du volume.—La difficulté de compréhension de ce membre de phrase disparaît en le lisant: «ne s’empesche pas qui ne veut pas», ce qui n’en change pas le sens.

31, Attrempance.—Modération, du latin temperantia, qui a cette signification.

34, De Moruilliers.—Personnage considérable de l’époque; prit part au traité de Cateau-Cambrésis et au concile de Trente. Protégé par les Guise, il se montra toujours contraire à la Réforme, mais ne s’associa point aux persécutions dont elle fut l’objet.

34, Ouurent.—Travaillent.

37, Appreste.—Ceci est fort sujet à discussion. A moins de s’annihiler complètement, et encore, ce qui en tout cas n’est ni digne, ni conforme au devoir, la neutralité, dans les divisions politiques, est peu admise; il faut être nettement d’un côté ou de l’autre et qui n’est pas du côté du manche, est du côté du balai; vienne l’occasion, on le lui fera bien voir.

86,

3, Marcher.—Par ce fait qu’on marche.

14, Guerre.—«Nos vertus ne sont souvent que des vices déguisés.» La Rochefoucauld.—«Les vices entrent dans la composition des vertus, comme en médecine les poisons dans la composition des remèdes; la prudence les assemble et les tempère et elle s’en sert utilement dans les diverses circonstances de la vie.» La Rochefoucauld.

25, Homme.—Quand, le 15 juin 1815, de Bourmont, chef d’état-major d’un corps d’armée français, passa à l’ennemi, quelques heures après il rencontrait Blücher qui commandait l’armée prussienne qui nous était opposée. Le vieux soldat, révolté de voir un homme portant l’uniforme de général de division déserter le matin d’une bataille, le laissa passer sans rien lui demander et un de ses officiers s’étonnant de sa brusquerie à son égard, alors qu’il avait arboré la cocarde blanche, dit tout haut, sans se soucier d’être entendu par le transfuge: «Qu’importe la cocarde, Jean foutre sera toujours Jean foutre.»

88,

7, Lysimachus.—Plutarque, De la Curiosité, 4.—Lysimaque appartenant à la garde royale d’Alexandre le Grand et ayant encouru sa disgrâce, fut, par ordre de ce conquérant, exposé sans armes à la fureur d’un lion énorme; comme l’animal ouvrait la gueule pour le dévorer, il lui saisit la langue avec la main et l’étouffa, ce qui excita si fort l’admiration d’Alexandre qu’il lui rendit son amitié; il se révéla par la suite un de ses meilleurs généraux, et à sa mort devint roi de Thrace; plus tard il conquit la Macédoine et périt en cherchant à s’agrandir davantage encore; d’un caractère qui était en rapport avec sa force brutale, il se rendit odieux par ses cruautés; n’épargnant pas même les siens, il mit à mort un de ses fils sur de légers soupçons.

9, Secrets.—«La pensée intime du roi doit demeurer secrète.» Livre de Tobie.

90,

1, Succedoit.—C.-à-d. et cela avec succès.

2, Heure.—C.-à-d. cependant je m’en détachai de bonne heure.—Allusion aux fonctions de conseiller au parlement de Bordeaux que Montaigne occupa de 1554 à 1570.

20, Engin.—Esprit; du latin ingenium qui a cette signification.

29, Bastonnades.—Cette fable d’Esope a été reproduite par La Fontaine: L’âne et le petit chien, IV, 5.

92,

1, Dandamys.—Plutarque, Alexandre, 20; Strabon, XV, qui l’appelle Mandanis.—Le propos, tenu par Dandamis, sur ces philosophes grecs était qu’ils pensaient sagement, mais avaient tort de faire passer la loi et les coutumes avant la nature, sans quoi ils ne rougiraient pas d’aller nus et de vivre simplement. C’est par ses conseils que le roi Taxile aurait fait sa soumission à Alexandre. Invité à se rendre auprès de lui par ce conquérant qui lui promettait récompense s’il obéissait et le menaçait de châtiment dans le cas contraire, il refusa, faisant répondre qu’il n’avait nul besoin qui ne trouvât déjà ample satisfaction et que la mort le débarrasserait d’une guenille charnelle déjà usée par la vieillesse et lui procurerait en échange une vie meilleure.

9, Necessaires.—Telle, par exemple, celle qui a pour objet la propagation de l’espèce.

23, Rome.—Tacite, Ann., II, 65.—En 18, ces deux compétiteurs étaient l’oncle et le neveu, et l’empereur qui intervint ce fut Tibère; Pomponius Flaccus, employé en cette circonstance, était lié avec celui qu’il reçut mission d’arrêter et c’est ce qui l’avait fait désigner à cet effet, ce choix devant moins exciter sa défiance.

26, Sentir.—Montaigne fait ici allusion à quelque trait de perfidie qui s’est produit à l’époque où il écrivait; mais dans ces temps de corruption et de troubles il y eut tant de faits de ce genre, qu’on ne peut deviner duquel il veut parler. Peut-être est-ce de la Saint-Barthélemy succédant à la paix qui venait d’être conclue avec les Protestants et ayant lieu en même temps que se célébrait le mariage de la sœur du roi avec le roi de Navarre leur principal chef, ou encore on a cru que ce pouvait être de la feinte réconciliation de Catherine de Médicis avec le duc de Guise et qui aboutit à l’assassinat de celui-ci, qu’il était question; c’est douteux, parce que l’événement s’est produit l’année même où s’imprimait cette partie des Essais (1588) et qu’à ce moment semblable dénouement ne pouvait se prévoir.

35, Non que.—Alors que cela n’irait pas jusqu’à assassiner...

38, Lacedemoniens.—Plutarque, Différence entre le flatteur et l’ami, 21.

94,

5, Iuges.—Plutarque, Apophth. des rois.—Il y a longtemps de cela! Que de fois depuis, malgré ce qu’a pu dire un des siens, a-t-elle, dans les causes politiques, rendu des services en rendant des arrêts; cela est et sera toujours en plus ou en moins, suivant les hommes et les temps.

18, Fabricius.—Combattant Pyrrhus, le médecin de ce prince lui proposa de l’empoisonner; il en avertit le roi auquel il renvoya le traître chargé de liens; Pyrrhus, frappé de sa générosité, lui rendit sans rançon tous les prisonniers qu’il lui avait faits et bientôt après évacua l’Italie (278). Quelques années auparavant (282), vainqueur des Samnites, il avait refusé les présents qu’ils lui offraient pour leur avoir fait accorder la paix. Deux fois consul, une fois censeur, il mourut si pauvre que l’État fut obligé de doter sa fille et de faire les frais de ses funérailles.—L’éd. de 88 port. Flaminius, ce qui est une erreur.

23, Practiqua.—Gagna, soudoya.

26, Galant.—En habile homme.

31, Arse.—Brûlée, du latin arsus, part. passé de ardere qui a cette signification.

31, Totale.—Avec massacre général;—occision, du latin occidere, tuer; part. passé, occisus.

36, Conduitte.—En 1138.—Boleslas lui avait tendu une embuscade dans laquelle il était tombé, et était demeuré quelque temps son prisonnier. Martin Cromer, De rebus Polon., V.

96,

1, Argyraspides.—Corps des plus estimés de l’armée macédonienne, composé de vieux soldats et qui faisait partie de la garde d’Alexandre; à sa mort, ils suivirent Eumène. Ils avaient de petits boucliers d’argent, d’où leur nom, et étaient armés de la sarisse, sorte de longue lance.

1, Eumenes.—Plutarque, Eumène, 9.—Eumène avait été secrétaire de Philippe, père d’Alexandre. A la mort de ce dernier, il se fit le protecteur de sa veuve et de son fils, ce qui le mit en lutte continue avec les autres généraux et, en particulier, contre Antigone, auquel le livrèrent ses soldats fatigués de ces guerres sans fin et gagnés par les promesses qui leur furent faites. Antigone le laissa mourir de faim; mais obligé de décamper et la mort ne se produisant pas assez vite, il le fit égorger (315).

2, Mais.—A peine l’eut-il fait tuer.

13, Tarpeien.—A Rome; roche située près du Capitole et d’où l’on précipitait les criminels coupables de trahison; l’esclave qui avait trahi Sulpitius en fut précipité coiffé du bonnet de liberté, fruit de sa scélératesse. Valère Maxime, VI, 5, 7.

15, Canacre.—Grégoire de Tours, II, 41, d’où le fait semble tiré, dit Chararic, au lieu de Canacre, et ne le rapporte pas de la sorte; Montaigne a dû faire confusion. Il est à croire qu’il s’agit plutôt de Cloderic, dont il est question immédiatement chez ce même historien: Cloderic avait fait égorger Sigebert, son père, roi de Cologne, à l’instigation de Clovis; celui-ci le fit tuer à son tour par des émissaires, qui le massacrèrent comme il leur montrait le trésor dont la mort de son père l’avait rendu maître (509).

16, Pratiquez.—Ce à quoi il les avait incités.

20, Race.—Suivant ce qui est de coutume chez eux.

30, Conscientieuse.—C’est ainsi que venait d’en agir (1501) le duc de Valentinois, César Borgia, et le souvenir de ce fait, consigné du reste dans Machiavel, Prince, 7, n’en était pas encore perdu, à l’égard de Remiro d’Orso, établi par lui gouverneur de la Romagne, qu’il lui avait asservie par la terreur, et qu’il fit ensuite poursuivre et exposer éventré sur la place publique, en désaveu des cruautés qu’il avait commises dans son intérêt, pensant par là se concilier les populations qui ne furent pas dupes du procédé.

98,

3, Seianus.—Quand Tibère se retira à Caprée, Séjan exerça toute l’autorité à Rome, enchérissant encore sur la tyrannie de son maître; mais, pressé par l’ambition, il alla jusqu’à aspirer au pouvoir suprême et pour y arriver conspira contre l’empereur; découvert, il fut arrêté et étranglé.

5, Forcée.—Violée.—Montesquieu fait à ce sujet la réflexion que Tibère, en agissant ainsi, détruisait les mœurs pour conserver la coutume: Voltaire conteste cette aggravation d’un acte de cruauté déjà si odieux par lui-même. L’enfant avait sept ans, Tibère en avait soixante-dix et était trop adroit pour ordonner une barbarie aussi infâme qui, sans utilité, lui aurait valu, malgré l’abaissement des caractères, la réprobation universelle. Du reste ni Tacite, Ann., V, 9, ni Suétone, qui rapportent le fait, ne disent que cette action exécrable ait été commise avec son assentiment ou celui du Sénat; ils se bornent à la présenter comme un bruit rapporté par les écrivains du temps.

13, Propre parricide.—En commettant un crime semblable.

16, Vuitolde.—Cromer, De rebus Pol., XVI.

22, Foy.—Fait manquer à sa parole et violer sa foi.

27, Gehenne.—Tourmenté, pressé, gêné.

100,

2, Reserue-il.—Dans quelle nécessité plus pressante et plus juste veut-il s’en remettre à la pure conduite du ciel?

9, Naturelles.—De droit commun, dictées par la nature.

27, Frere.—Diodore de Sicile, XVI, 65; Plutarque, Timoléon, 3; Cornélius Népos, Timoléon, 1.—Son frère Timophane voulant usurper le pouvoir à Corinthe, Timoléon, n’ayant pu le détourner de ses projets criminels, le tua (365); après ce cruel sacrifice, il s’exila et resta vingt ans éloigné des affaires. En 343, chargé par Corinthe d’aller délivrer Syracuse de la tyrannie de Denys le Jeune, il le chassa, délivra de même plusieurs autres villes de la Sicile des tyrans qui les opprimaient et repoussa les Carthaginois; partout il rétablit la république, fit refleurir l’ordre et la prospérité, puis abdiqua le pouvoir souverain. Il est regardé comme un modèle de grandeur d’âme, de sagesse et de modération.

28, Diuers.—Si étrange, si singulier.

35, Cettuy-cy.—C.-à-d. le but que se proposait Timoléon en tuant son propre frère qui oppressait sa patrie, est excusable, autant qu’une pareille action peut l’être.

102,

1, Orde.—Sale; dérive du latin sordidus, par suppression de la lettre initiale; de ce mot dont on ne se sert plus aujourd’hui, est venu «ordure», qui est encore en usage.

3, Garand.—Pour justifier.

9, Elles.—Cicéron, De Offic., III, 22.

13, Aueugle.—Le maître punit son disciple de ce qu’il a été docile; et le clairvoyant, l’aveugle qu’il guide, du faux pas qu’il lui fait faire.

20, Rien.—Ce point de morale est controversé; V. la note ci-dessous, lig. 28: [adhiberi].—A l’appui de l’opinion de Montaigne, on peut citer le fait de Turenne qui, dévalisé par des brigands, leur demanda de leur racheter un des bijoux qu’ils lui avaient enlevés, auquel il tenait particulièrement, et chez qui, peu après, confiant dans sa parole, l’un de ses voleurs n’eut pas crainte de se présenter pour toucher le prix convenu.

24, Parole.—De tenir fermement ma parole. La «maille» était une petite monnaie de cuivre (il en fallait vingt-quatre pour faire un sou); faire la maille bonne, c’est garantir que le compte est exact.

28, Adhiberi.—Cette citation est de Cicéron, De Offic., III, 30, qui parle de Régulus, c’est-à-dire de la conduite à tenir à l’égard d’un ennemi légitime, vis-à-vis duquel tout engagement pris doit être tenu. Au contraire et à l’encontre de ce qu’en pense Montaigne, Cicéron (De Off., III, 29) estime que vis-à-vis d’un ennemi illégitime, tel qu’un pirate, c’est l’exemple dont il se sert: «Il ne peut y avoir entre vous et lui ni foi ni serments»; il avait déjà dit à ce même propos, dans le même ouvrage (I, 10): «Qui ne sent qu’on n’est pas obligé de tenir les promesses arrachées par la crainte, ou surprises par fraude?»

31, Excellens.—Voir liv. II, ch. XXXVI, III, 18.

104,

4, Iustice.—Plutarque, De l’Esprit familier de Socrate, 4 et 24.

14, Gauchit.—Et évite, au milieu d’une telle mêlée, la rencontre... Plutarque, De l’Esprit familier de Socrate, 17.

17, Benignité.—C’est-à-dire celui-là maîtrisait bien la guerre, qui arrivait à lui faire admettre la pratique de la bonté.

23, Armez.—Plutarque, Pompée, 3.—Ce langage fut tenu par Pompée aux Mamertins qui, cités par lui à son tribunal, s’y refusaient, invoquant des traités antérieurs. Le différend se termina par la prise de leur ville (82), qui ne dut d’échapper à une destruction totale qu’au dévouement d’un de ses citoyens. V. N. I, 20: [Peine].

25, Deux.—Plutarque, César, 11.—Réponse faite par César qui, au début de la guerre civile, manquant d’argent, mit la main sur la réserve du trésor public destinée à subvenir aux guerres contre les Gaulois, créée lors du sac de Rome en 390. Cette réponse s’adressait à Métellus, tribun du peuple, qui s’opposait à cet enlèvement; César alla même jusqu’à le menacer de le tuer, lui disant: «Et tu sais, jeune homme, qu’il m’est plus facile de le faire que de le dire»; déjà aux objections qui lui avaient été faites, touchant l’affectation déterminée de cette réserve, il avait répondu qu’«elle n’avait plus sa raison d’être, puisque, grâce à lui, la Gaule était soumise»; et les tribuns hésitant encore à lui en ouvrir les portes, il ordonna de la briser.

26, Loix.—Plutarque, Marius, 10.—Ce propos fut tenu par Marius, auquel on faisait reproche d’avoir en 90, au mépris de la loi, concédé le droit de cité à un millier d’habitants de l’Ombrie, et à d’autres, pour s’en faire des partisans.

28, Ennemis.—Épaminondas n’avait-il pas emprunté aux Lacédémoniens...—Les Lacédémoniens sacrifiaient aux Muses, en usant à la guerre d’instruments de musique dans le but indiqué ici; et aussi pour que, par leur intervention, leurs hauts faits passassent à la postérité.

29, Destremper.—Modérer, tempérer.

30, Parentes.—Le premier de ces deux membres de phrase est interrogatif dans Cicéron, et la réponse est loin d’être aussi péremptoire que le donne à supposer la citation telle qu’elle est présentée.

106,

5, Desreglée.—César.—Lucain, VII, 320, dont sont les vers qui suivent, semble s’être laissé entraîner ici par sa verve poétique. Ces exhortations, qu’il prête à César, sont en effet contraires à ce que l’histoire rapporte de lui recommandant à ses soldats, notamment le jour de la bataille de Pharsale, d’épargner les citoyens romains. Le jugement que Montaigne porte ici sur lui, sur la foi du poète, est en contradiction avec un passage antérieur des Essais (liv. II, ch. XXXIV, II, 658), où lui-même dit que César ne considérait pas tous les moyens comme licites pour se procurer la victoire.

15, Regret.—Tacite, Hist., III, 51.—Le fait cité se passa en 88, dans un combat livré au mont Janicule, sous les murs mêmes de Rome, entre Cinna, partisan de Marius, et Cn. Pompée, père du grand Pompée.

17, Capitaines.—Tacite, Hist., III, 51.—Sous Vitellius. Les lois humaines ne permettant pas de récompenser ce monstre, ni l’intérêt de la guerre de le punir, on remit à un autre temps de lui donner satisfaction, sous prétexte que le service rendu méritait plus qu’on ne pouvait faire sur le moment; on ne sait ce qui arriva ensuite.—Cette réflexion sur le changement survenu avec le temps dans les mœurs romaines, rappelle celle d’Annibal mourant: «Jadis, les Romains dénonçaient à Pyrrhus qui, à la tête d’une armée, avait envahi l’Italie, son médecin méditant de l’empoisonner; aujourd’hui, ils envoient un personnage consulaire au prince dont je suis l’hôte, pour qu’il les débarrasse de moi par un crime.» Tite-Live.

24, Honeste.—L’éd. de 88 port.: digne.

CHAPITRE II.

Ce chapitre est un des plus beaux des Essais; il est grave, profond, et partout d’un grand sens. Montaigne ne s’y montre pas fort orthodoxe, il traite son sujet en philosophe et ne le perd pas un moment de vue.—La même question a été étudiée par Charron, De la Sagesse, II, 3, 9, qui a puisé largement ici ses inspirations.

108,

1, Fait.—Aujourd’hui, c’est fini, terminé, achevé.

3, Perenne.—Perpétuelle, comme portent nombre d’éd. post.;—du latin perennis qui a cette signification. Le style de Montaigne est plein de mots latins qu’il a francisés de la sorte, changeant simplement leur terminaison.

5, Pyramides.—Monuments de l’ancienne Égypte qui servaient à la sépulture des rois ou des animaux sacrés. Les plus célèbres sont celles de Chéops (243m de large à la base, 150m de haut), de Chéfrem (102m à la base, 133 de haut), de Mycérinus (93m à la base, 51 de haut); elles s’élèvent dans le désert au S.-O. du Caire; leur construction remonte à une date incertaine, du XXe au XVe s., croit-on.—Certains pensent, et il y a lieu de croire qu’il en a été ainsi, que ces grands travaux et autres de même nature, assez nombreux dans l’antiquité, ont été accomplis en y employant, en dehors des ouvriers d’art, les hommes valides désœuvrés et que c’est une des raisons qui ont fait que la mendicité, cette plaie gangreneuse des sociétés modernes, était alors à peu près inconnue. Mais ces travaux n’ont eu qu’un temps et ne pouvaient intéresser que des territoires limités; et l’absence de mendicité dans ces temps tient surtout à la simplicité de vie d’autrefois, les besoins étaient moindres et recevaient plus aisément satisfaction; il en est encore ainsi chez les peuples à demi civilisés de notre époque où les mœurs se sont conservées telles. La mendicité tant soit peu développée, avec accroissement des crimes et délits spéciaux contre les personnes et la propriété, est une des conséquences les plus tangibles des progrès de la civilisation, par ce fait que les nécessités de l’existence et les appétits grandissants exigent plus d’efforts auxquels ne peuvent ou ne veulent satisfaire ceux qu’accablent certaines infortunes ou que tiennent la paresse et l’inconduite.

18, Demades.—Plutarque, Démosthène, 3.—Montaigne paraphrase à sa manière ce que disait cet orateur: «Qu’il s’estoit bien contredit a soy mesme assez de fois, selon les occurrences des affaires; mais contre le bien de la chose publique, iamais.»—Ce passage des Essais explique et justifie en même temps toutes les contradictions qui peuvent s’y trouver. Quel est, en effet, l’homme toujours invariable dans sa manière de voir et qui n’en change pas dans le cours de la vie, sur des points indifférents par eux-mêmes et sur lesquels on peut, sans inconvénient pour soi et pour les autres, abandonner l’opinion qu’on en a? Naigeon.

20, Resoudrois.—Je parlerais catégoriquement.

26, Premier.—Moi, je suis le premier qui me communique...

30, Cognoissance.—C.-à-d.: Mais est-ce une raison pour que, simple particulier comme je suis et qui n’ai rien de remarquable, je prétende m’ériger en homme public par la connaissance que je donne de moi?

110,

3, Discipline.—Du moins, j’ai ceci conforme aux principes de la science.

14, Bauasser.—Babiller, folâtrer.

21, Mesme.—C.-à-d. l’homme vraiment capable, l’est en tout; son instruction apparaît dans sa conversation comme dans ses ouvrages et jusque dans son ignorance.

37, Raconte.—L’éd. de 88 port.: narre.

112,

4, Ignorance.—«Tout vice est issu d’ânerie.»—Ailleurs (liv. II, ch. XII, II, 110), Montaigne dit de ce même proverbe: «Si cela est vray, il est subiect à vne longue interprétation.»

6, Empoisonne.—Pensée tirée de Sénèque, Epist. 81.

«La crainte suit le crime, et c’est son châtiment.» Voltaire, Sémiramis.

«La peine suit le crime, elle arrive à pas lents.» Voltaire, Oreste.

9, Repentance.—«Le repentir est une douleur volontaire et qui soulage; le remords, une douleur qui s’impose et torture sans soulager.»

114,

3, Mercurialiser.—Reprendre, censurer. Ce mot vient de «mercuriales», séances du parlement de Paris qui se tenaient deux fois par an, un mercredi (jour de Mercure), où le Président, usant parfois d’un langage sévère, parlait contre les désordres et les abus commis dans l’administration de la justice.

4, Semons.—Invité, averti, sollicité; même étymologie et même sens que «semonce», mot encore en usage.

13, Toucher.—Par lequel nous puissions juger, comme avec une pierre de touche, du mérite de nos actions.

20, La vostre.—Celle de vostre conscience, comme port. l’éd. de 88.

25, Domicile.—Si fortement ancré en nous, qu’il semble faire partie intégrante de nous-mêmes.

30, Sens.—Montaigne, en résumé, dit qu’on ne se repent pas de ses fautes habituelles, mais seulement, par un effet de la versatilité de notre caractère, de celles que nous commettons accidentellement, ce qui est bien vrai si on y réfléchit.

33, Genæ.—Horace fait ici regretter à Ligurinus, sur le retour d’âge, de n’avoir pas abusé de sa beauté, quand cela lui était possible.

116,

1, Eschaffaut.—En plein théâtre, en public.

5, Pourtant.—Et c’est pour cela, d’après ces principes, que Bias... Plutarque, Banquet des sept Sages, 14.

8, Hommes.—Montaigne aurait pu citer aussi la réponse d’Aristippe à quelqu’un lui disant: «En quoi êtes-vous donc supérieurs au reste des hommes, vous autres philosophes?—En ce que, répondit-il, si les lois étaient supprimées, notre conduite n’en serait pas moins régulière.» Diogène Laerce.

9, Drusus.—Ou plutôt M. L. Drusus, comme dit Velleius Paterculus. Distingué par sa naissance, son éloquence et ses vertus, étant tribun du peuple et ses propositions sur les jugements, le partage des blés et des terres, l’extension du droit de cité aux peuples d’Italie inquiétant le Sénat, il fut tué dans un soulèvement organisé à cet effet (91). Lui mort, toutes les lois qu’il avait fait rendre furent révoquées, comme prises les auspices étant contraires.

13, Agesilaus.—Plutarque, Agésilas, 5.

17, Domestiques.—«Il faut être bien héros, disait le Maréchal de Catinat, pour l’être aux yeux de son valet de chambre.»—«La seule réputation fondée est celle que nous font les gens avec lesquels nous vivons.» Bacon.

19, Histoires.—«La plupart des héros sont comme certains tableaux; pour les estimer, il ne faut pas les regarder de trop près.» La Rochefoucauld.—«Pour son siècle incrédule, un héros n’est qu’un homme.» Lamartine.

24, M’achettent.—Réédition du proverbe: «Nul n’est prophète dans son pays», cité quelques lignes plus haut, et qui se retrouve encore dans celui-ci: «Le sainct de la ville n’est pas oré» (prié, du latin orare).

26, Moins.—Moins de crédit, de renommée.

118,

2, Aristote.—Morale à Nicomaque, X, 7.

11, Puis.—A ce propos, J.-B. Rousseau a écrit:

«Vous, chez qui la guerrière audace

Tient lieu de toutes les vertus,

Concevez Socrate à la place

Du fier meurtrier de Clitus.

Vous verrez un roi respectable,

Humain, généreux, équitable,

Un roi digne de vos autels.

Mais à la place de Socrate,

Le fameux vainqueur de l’Euphrate

Sera le dernier des mortels.»

25, Non.—Et qui de nous ne donne pas à Tamberlan.

28, Erasme.—L’homme le plus savant de son siècle; écrivain latin des plus purs, élégant, spirituel, en même temps qu’un des hommes les plus sages de son temps. D’accord avec Luther sur la nécessité d’une réforme, il se sépara de lui quand il le vit recourir à la violence, n’aimant pas la vérité séditieuse. Son œuvre est considérable; le nombre de ses adages et apophthegmes dépasse 4.000.

120,

4, Eschappé.—Mille natures (caractères) ont pris de mon temps le chemin de la vertu ou du vice, quoiqu’elles eussent reçu une éducation qui semblait devoir les acheminer dans un sens tout opposé.

11, Magistro.—Lucain, IV, 237.—C’est ainsi que ces jours-ci (1905), nous avons vu au jardin des Plantes de Paris un éléphant, d’ordinaire fort tranquille, soigné depuis 15 ans par un gardien qui s’y employait avec grande sollicitude, et entre lesquels régnait une réelle affection, saisir ce gardien avec sa trompe, lui briser les reins et le piétiner ensuite avec rage. Chez l’homme le plus doux ne constate-t-on pas aussi, maintes fois, des retours aux pires instincts, où la brute assoupie qui est en nous reparaît, notamment quand il est perdu dans les foules. Il y devient alors absolument inconscient, capable de passer d’un instant à l’autre, sans motif (et encore notre éléphant, lui, pensait-il probablement et non sans raison apparente que c’était à son gardien, auquel il voyait continuellement ouvrir et fermer sa cage, qu’il devait sa longue et étroite captivité, ou qu’il ne tenait qu’à lui d’y mettre fin; et que, ne le faisant pas, c’était un ennemi), par les sentiments les plus opposés et commettre des actes d’une férocité inouïe, qu’une fois seul, revenant à lui-même, il réprouve de toute son âme, ne comprenant pas comment il a pu en arriver là. Cela se voit constamment dans les mouvements d’effervescence populaire, où un rien suffit pour que les foules deviennent criminelles et leur frénésie, leur cruauté sans limites; qui n’en a été témoin, ne peut s’en faire une idée; une fois le monstre surexcité, personne ne sait jusqu’où il ira, il est tout spontanéité. Aussi, combien sont coupables ceux qui vont déchaînant les passions des masses qu’ils ne pourront pas contenir, sans compter que ces instigateurs, une fois la mise en branle effectuée, ont, pour la plupart, grand soin de se tenir de leur personne prudemment à l’écart.

21, R’aduiser.—Corriger, réformer; on dit bien se raviser pour changer d’avis, mais raviser les mœurs, dans le sens de les redresser, ne se dit guère.

24, Seiourne.—On s’abstient, on se dispense.

25, Externes.—Add. de 88: et internes; l’ex. de Bordeaux port. arbitreres, que dans la traduction on a cru devoir maintenir.

35, Rauisemens.—Retours sur soi-même, à la raison, changements d’avis; vient de raviser, mais n’est pas demeuré dans la langue.

122,

1, Mesme.—S.-ent. du vice.

3, Chafourée.—Confuse, barbouillée. Vieux mot de la langue française, dont Brantôme a pareillement usé.

26, Mercy.—Grâce à.

32, Science.—De la connaissance...

124,

17, Puis pas.—L’éd. de 88 aj.: facilement.

20, Ainsin.—C.-à-d. sans que l’homme soit lui-même déterminé par sa propre volonté à persister dans ses péchés provenant de son tempérament et de sa profession.

126,

8, Regret.—De ce passage, on peut inférer que Montaigne croyait que les actions humaines s’imposent à l’homme, par une sorte de fatalité résultant de la connexion inévitable des causes et des effets; ce qu’il confirme dans les lignes qui suivent.

19, Moy.—Suivant la mesure de mes forces.

21, Macheure.—Tache, contusion, meurtrissure.

26, Negoces.—Affaires.

128,

6, Moy.—Add. de 88: de ne l’auoir sceu preuoir.

11, Fit-il.—Plutarque, Apophth., art. Phocion.

17, Ie n’ay deu.—L’éd. de 88 port.: cependant ie n’ay peu.

27, Volonté.—V. ci-dessus, liv. II, ch. XVII, II, 488, ce que Montaigne dit de son aversion pour la délibération; cela explique ce qu’il dit ici.

29, Enquis.—Enquis signifie ici «requis».

130,

1, Gariement.—C.-à-d. et d’être dispensé d’en répondre.—Gariement est un vieux mot signifiant garantie, sauvegarde.

8, Celuy.—Sophocle.—Quelqu’un lui ayant demandé si, dans sa vieillesse, il jouissait encore des plaisirs de l’amour, il répondit: «Aux dieux ne plaise! et c’est de bon cœur que je m’en suis délivré, comme d’un maître sauvage et furieux.» Cicéron, De Senect., 14.

14, Conscience.—Qui soit l’effet du repentir et d’une conscience qui se réforme.

20, Ores que.—A présent que...

30, Coniure.—L’éd. de 88 port.: esconiure, qui donne au texte cette signification: «je les prie de se retirer»; conjurer a ici ce même effet, mais, pour cela, est détourné de son sens propre.

33, Clarté.—Je ne vois pas que ma raison juge de la volupté autrement ni plus sainement qu’alors.

34, Maleficiée.—En mauvaises conditions.—L’éd. de 88 port.: maladiue.

132,

3, Gents.—C’est bon pour les gens...

4, Deliure.—Libre, comme portent plusieurs éd. post.

7, Maladie.—V. sur ce même sujet liv. III, ch. IX, III, 380.

14, Antisthenes.—Diogène Laerce, VI, 5.

32, Douloureuses.—C.-à-d. à ce repentir que l’âge apporte et qui n’est que le résultat d’un cas de force majeure et de l’impuissance.

35, Appetits.—L’éd. de 88 port.: la defaillance de nos forces, au lieu de: «l’affoiblissement de nos appetits».

«Chaque âge a ses humeurs, ses goûts et ses plaisirs.» Régnier.

«Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.» Boileau.

134,

7, Vieillesse.—Ce passage où Montaigne s’exprime avec une grande netteté est un des mieux pensés des Essais.

9, Nez.—On me reprochait de parler alors que je n’avais pas encore de barbe au menton.

16, Enuie.—Je trouve surtout dans la vieillesse, de l’envie...

17, Visage.—Idée que Corneille a reproduite dans son Epître au Roi:

«Pour bien écrire encor, j’ai trop longtemps écrit;

Et les rides du front passent jusqu’à l’esprit.»

24, Accoustumée.—Xénophon, Apologie de Socrate devant ses juges, le dit expressément, considérant qu’à son âge, il lui serait plus avantageux de mourir que de vivre.

26, Puissante.—Var. de l’éd. de 88: violente.

CHAPITRE III.

136,

Un des meilleurs chapitres de Montaigne. Il y tourne en ridicule les femmes savantes et détermine le genre de connaissances qu’il estime leur convenir. Il parle de ses amours, de la sincérité à apporter dans le commerce des femmes; du caractère des hommes dont on doit rechercher la liaison; il passe à son troisième commerce qui est celui des livres, dont il fait l’éloge, ainsi que l’apologie des lettres et de l’étude et de leurs avantages. Naigeon.

13, Tordre.—Quand, en effet, on embrasse une opinion quelconque, on ne s’oblige pas à y persévérer à tout jamais, pas plus qu’on ne conserve sa vie durant les goûts que l’on peut avoir à un moment donné; quiconque se ferait une loi de ne pas varier à cet égard, serait en contradiction avec tout ce qui l’entoure qui est en perpétuelle vicissitude et dont les sensations que nous en percevons, sont éminemment variables.

31, Iuger.—Add. de 88: Au pris de ce fruit et amendement essentiel auquel il vise, il fait peu de compte de l’estude qu’on emploie à charger et meubler sa memoire de la suffisance d’autruy.

138,

2, Forger.—Façonner.

8, Aristote.—Morale à Nicomaque, X, 8.

10, Discours.—Ma raison.

12, Effort.—C.-à-d. aussi peu d’entretiens dont le sujet n’est pas sérieux et qui ne demandent aucun effort de tête, me plaisent et captivent mon attention.

16, Lasches.—Add. de 88: sans pois et sans grace.

19, Resueuse.—Add. de 88: par fois.

24, Volet.—Entre plusieurs choses de même espèce, choisir la meilleure.—Cette expression vient, suivant les uns, de l’habitude qu’ont les jardiniers de répandre leurs graines sur une planche, qu’ils nomment volet, quand ils choisissent les meilleures pour semer; suivant d’autres, de l’usage qu’on avait, en France, de mettre les étoffes sur le volet intérieur des fenêtres, pour pouvoir les examiner en détail et au grand jour.

25, Incommode.—Impropre.

29, Insipience.—Folie, sottise; du latin insipientia, dont Montaigne s’est contenté de changer la terminaison.

140,

5, Peut.—Xénophon, Mém. sur Socrate, I, 2, 3.

8, Disconuenir.—C.-à-d. de ne pouvoir m’accommoder avec les gens, en somme assez peu nombreux, avec lesquels le hasard m’oblige à avoir des relations fréquentes.

18, Harpe.—Je me harponne, je m’attache fortement...

23, Froid.—Var. de 88: mal.

24, Affriandé de.—Var. de 88: acoquiné dès.

25, Parfaicte.—Celle d’Etienne de la Boétie.

28, Ancien.—Plutarque, De la Pluralité d’amis, 2.

142,

5, Platon.—Traité des Lois, VI.

6, Maistral.—Magistral, d’un ton de maître.

7, Raison.—La raison que je viens d’alléguer.

14, Æacus.—Eaque. Se signala tellement par sa justice et sa sagesse, qu’à sa mort, Jupiter en fit un des trois juges des Enfers; il fut le grand-père d’Achille.

29, Forchetta.—Parler sur la pointe d’une fourchette, c.-à-d. pour une bagatelle.—Expression italienne qui correspond à notre locution française: «Disputer sur la pointe d’une aiguille». Les Grecs disaient: «Disputer sur l’ombre d’un âne», tiré d’une digression de Démosthène, au cours d’une de ses harangues aux Athéniens, leur contant, pour ranimer leur attention, une discussion entre un ânier et un individu auquel il avait loué son âne et qui, descendu de sa monture, en cours de route, voulait s’abriter à son ombre des rayons du soleil, ce que, voulant faire de même, l’ânier lui contestait, disant lui avoir loué l’âne, mais non l’ombre de l’animal.

34, Magistere.—Science doctorale et magistrale.

144,

11, Totæ.—Ce mot de Sénèque, Epist. 115, qu’il applique aux petits maîtres de son temps, lesquels, sous aucun rapport, ne le cédaient à ceux de nos jours. L’un d’eux, transporté par ses esclaves, des bains chez lui, dans sa chaise à porteurs, ne demandait-il pas «s’il était assis», comme si c’était chose au-dessous de lui de savoir ce qu’il faisait!

17, Iudiciaire.—La science judiciaire, le droit.

18, Besoing.—La Bruyère compare une femme savante à une belle arme de luxe.

19, Loy.—Loisir, liberté, occasion, moyen.

20, Baste.—Il suffit, c’est assez; de l’italien basta.

29, Parlier.—Parleur, bavard.

35, Seruiteur.—Amant.

146,

2, Production.—Et me porte à produire.

7, Estrangere.—Ecartant de moi le souci que pourraient me causer les affaires des autres.

11, Louure.—A la cour.

16, Vie.—Outre qu’il fut en rapport constant avec Henri de Navarre et son entourage, Montaigne vint à diverses reprises à la cour de France; notamment, pour la première fois, vers 1555, accompagnant son père qui venait d’être nommé maire de Bordeaux, et allait demander le rétablissement de privilèges supprimés; puis, en 1559, lors des obsèques de Henri II et du sacre de son successeur, à la suite duquel il alla à Bar-le-Duc; en 1562, sous Charles IX, qu’il suivit à Rouen; en 1588, où son séjour fut marqué par son incarcération de quelques heures à la Bastille.

24, Conuoiemens.—Action de reconduire quelqu’un qui s’en va.

148,

4, Substitutions.—Disposition par laquelle un testateur substitue un héritier à un autre qui n’a que l’usufruit, sans avoir la propriété du bien laissé; question de droit qui, aux temps jadis surtout, était pleine de complications et une source de difficultés.

6, Confabulations.—Conversations, entretiens, discours familiers.

10, Rüe.—«A la manière dont ils rapportent leurs provisions du marché», dit Plutarque, Dion, 1; ce qui porte à croire que c’était là une coutume assez générale en Grèce, au moins chez les gens du commun, d’aller soi-même au marché.—Un poète français a rendu, ainsi qu’il suit, la même idée:

«Même quand l’oiseau marche, on sent qu’il a des ailes.»

13, Suffragante.—Souple, humble, modeste, venant en seconde ligne.

15, Demette.—Qu’elle descende, s’abaisse jusqu’à nous, s’accommode à notre portée.

16, Vtile.—Var. de 88: belle.

22, Femmes.—Add. de 88: et bien nées.—«Une cour sans femmes, disait François Ier, est un parterre sans roses.»

32, Argolica.—D’Argos; qualification donnée ici à la flotte grecque, parce qu’Agamemnon, roi d’Argos, en avait le commandement suprême.

32, Capharea.—C’est près du cap de ce nom que la tempête dispersa la flotte des Grecs, au retour de la guerre de Troie.

150,

6, Iouyr.—Il faut avoir réellement bien désiré ce dont on veut avoir bien réellement le plaisir de jouir.—Dorat, dans sa comédie de La feinte par amour, a dit: «Qui plaît sans aimer, jouit sans être heureux.» On en a fait:

«Qui jouit sans aimer, jouit sans être heureux.»

6, Masque.—Hypocrisie.

11, Brachmanes.—Dits aussi Brahmes, Bramines; prêtres de la religion de Bouddha. Ils se distinguent par un costume spécial, et, bien qu’en principe constituant une caste d’ordre supérieur, vivant des dons des fidèles, beaucoup sont en réalité dans la misère.

24, Platon.—Selon les principes posés par Lysias (au commencement du Phèdre de Platon), et que réfute ensuite Socrate.

28, Engeance.—C.-à-d. je ne connais pas plus la femme sans amour, que je ne reconnais mère celle qui n’a pas d’enfant.

152,

8, Preambulaires.—Qui précèdent un mal plus violent, plus dangereux.

11, Tibere.—Tacite, Ann., VI, 1.

13, Flora.—Était de bonne maison et de grande lignée, et fut particulièrement en relations avec Pompée. Ce dont Montaigne, d’après Brantome, Vie des Dames galantes, I, se fait ici l’écho, est tenu comme faux par Bayle, art. Flora.

15, Deduit.—Plaisir; viendrait, suivant certains, du latin deducere, emmener, parce que, disent les étymologistes, jamais à court de déductions, lorsque quelqu’un a du chagrin, on l’emmène ailleurs pour le consoler (?).

16, Brocadel.—La brocatelle, ou le brocart.

24, La beauté.—Var. de 88: le corps.

31, Commerces.—L’un avec les hommes par une conversation libre et familière, l’autre avec les femmes par l’amour.

154,

14, Bride.—Proverbe signifiant qu’il est facile de supporter quelques ennuis, quand on a le remède sous la main.

15, Sicile.—Ce roi est dit «nostre», parce qu’il était de la famille régnante de France, se trouvant descendre comme elle de saint Louis, son aïeul à la cinquième génération.

37, Librairie.—Je me retire un peu plus souvent dans ma bibliothèque.—Voir sur cette bibliothèque la notice afférente aux illustrations, [IV, fas. A].

156,

2, Dicte.—Montaigne, comme tous les seigneurs de son temps, avait à sa disposition un secrétaire, ou quelque serviteur pouvant en tenir lieu; la relation de ses voyages, dont on possède le manuscrit, a été écrite partie par lui, partie sous sa dictée.

9, Poly.—Propre, orné, de l’italien polito, qui signifie propre, net.

11, Despense.—Si je craignais aussi peu les embarras que la dépense.

19, Liures.—A la mort de Montaigne, sa fille fit don à un abbé, grand vicaire du diocèse d’Auch, de la totalité des livres que son père avait possédés et dont lui-même a évalué le nombre à un millier. La plupart sont aujourd’hui perdus, soixante-seize seulement demeurent: français, grecs, latins, espagnols, italiens, consistant en ouvrages de médecine, de droit, un ou deux romans, quelques poètes et relativement nombre d’historiens, entre autres les «Commentaires» de César (N. II, 82: [Lisant], et 646: [Militaire]).

21, Prospect.—Vue, perspective; du latin prospectus francisé par Montaigne.—Elle a trois fenêtres qui, chacune, offrent une vue agréable et étendue.

27, Presse.—C.-à-d. je suis bien aise qu’il soit un peu pénible d’y monter et qu’elle soit à l’écart, parce que cela me fournit l’occasion de faire quelque exercice et aussi m’éloigne de la foule.

158,

7, Quest.—Le gain, comme port. l’éd. de 88; du latin quæstus d’où est dérivé acquêt.—Maintenant pour m’amuser, et jamais en aucun temps pour le gain.

CHAPITRE IV.

160,

4, Faisant.—En vous opposant brusquement à leur tristesse.

7, Œuure.—Mirabeau prétendait au contraire que la laideur est une chance de succès dans un certain nombre de professions, au nombre desquelles il plaçait la médecine.

14, Persuader.—Add. de 88: quand il y a resistance.

17, Temps.—Var. de 88: bonne piece.

20, Plaint.—Cicéron, Tusc., III, 31.

25, Amas.—C.-à-d. et n’employant pas, pour en faire usage suivant le cas, ces divers genres de consolation banale.

162,

2, Peloponnesiaque.—Plutarque, Périclès, 21.—On a accusé Périclès d’avoir fait naître cette guerre pour détourner de lui les accusations dont il était l’objet, par suite de l’envie qu’il excitait.

2, Reuoquer.—Éloigner; en ce sens, c’est purement le mot latin revocare.

5, Liege.—De Comines, Mém., II, 3.—En 1468. La ville était en conflit avec son évêque qui était son suzerain et que patronnait le duc de Bourgogne; elle était divisée et le parti de la paix avait fait décider d’ouvrir ses portes au duc, qui s’était fait précéder du Sire d’Himbercourt. Cette velléité de résistance eut pour effet quelques exécutions, le démantèlement de la ville et une forte contribution de guerre, ce qui n’empêcha pas les Liégeois de se soulever à nouveau l’année suivante, sédition qui aboutit aux rigueurs les plus excessives.

20, Grasses.—Des offres plus avantageuses.

25, Predicament.—De cette catégorie. On appelle «prédicaments», en logique, les dix catégories d’Aristote.

25, Atalante.—Ovide, Métam., X, 571.

164,

9, Fil.—On l’accoutume difficilement à combattre les maux en face.

19, Ptolomee.—Ptolémée Lagus (du nom de son père) passait pour fils d’une maîtresse de Philippe de Macédoine, laquelle aurait ensuite épousé Lagus, un des principaux officiers de ce prince. A la mort d’Alexandre, il reçut en partage l’Égypte où régnèrent ses descendants jusqu’à la mort de Cléopâtre. Habile et actif à la guerre, il ne le fut pas moins à l’intérieur et protégea les lettres et les sciences; ce fut lui qui fonda la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Il mourut en 283, il avait abdiqué deux ans auparavant.

20, Discours.—Cicéron, Tusc., I, 34; Valère Maxime, VIII, 9.—Hégésias prétendait qu’il vaut mieux mourir que vivre, parce que la somme des maux l’emporte sur celle des biens; ses paroles imprimaient, dit-on, si avant dans l’esprit de ses auditeurs l’image des choses qu’elles représentaient, que lorsqu’il avait parlé des maux de la vie, la plupart de ceux qui l’écoutaient, voulaient se tuer de leurs propres mains.

32, Raualoit.—Se fixait, se reportait sur...

166,

4, Deffaict.—Exécuté.—Tacite, Ann., XV, 67; il a déjà été question de Subrius Flavius, I, 30.

15, Estocade.—Les uns lisent «estocade», les autres «estacade». Dans le premier cas, cela signifie «à l’épée», l’estoc était une épée longue et étroite; dans le second, cela veut dire «en champ clos», l’estacade était une sorte de lice, environnée de barrières, où les champions se renfermaient pour se battre à outrance, sans être gênés par le public tout en demeurant sous ses yeux; de fait, les deux interprétations aboutissent au même sens.

17, Crioit.—Add. de 88: qu’il estoit mort, et.

20, Se descharger.—Se dégager, se débarrasser.

21, Syllanus.—Tacite, Ann., XVI, 9.

168,

3, Manes.—Les mânes étaient, dans la mythologie des Romains, les âmes des morts considérées comme divinités infernales; on leur rendait un culte et les distinguait en bonnes et méchantes.

3, Imos.—Malédiction proférée, au dire de Virgile, En., IV, 382, 387, par Didon contre Énée qui l’abandonne. C’est par une fiction bien éloignée de la vérité historique que le poète fait vivre cette princesse au temps du héros troyen, auquel elle est postérieure de plus de trois siècles.

9, Teste.—Valère Maxime, IV, 10; Diogène Laerce, Xénophon; Elien, Hist. div., III, 3.—En 363; Xénophon avait deux fils, Cyrillus était l’aîné. Par son geste, il témoignait que la bravoure dont son fils avait fait preuve, lui causait plus de satisfaction que sa mort ne lui faisait ressentir d’amertume: «Je savais, dit-il, que mon fils était mortel!»—Le Maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, eut son fils tué, en Espagne, dans une embuscade, après une défense héroïque (1811). Son corps, retrouvé peu de temps après, était couvert de blessures; ce voyant, le vieux guerrier eut un moment d’orgueil qui sécha presque ses larmes; et racontant à un ami cette mort de son enfant unique: «Ses morceaux, dit-il, se défendaient encore.»

9, Epicurus.—Dans sa lettre à Hermachus. V. liv. II, ch. XVI, II, 444.

13, Soldat.—Cicéron, Tusc., II, 26.

14, Costé.—Cornélius Népos, Epam., 9.—Epaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (363), apprenant que l’ennemi est en déroute: «J’ai assez vécu, dit-il, puisque je meurs sans avoir été vaincu.» Et, quelqu’un exprimant le regret qu’il n’eût pas de postérité: «Je laisse deux filles immortelles, Leuctres et Mantinée», fit-il en rappelant ses deux victoires; peu après, il expirait. Il fut enterré sur le champ de bataille même, et, du temps de Strabon, deux cippes existaient sur son tombeau, l’un avec une inscription béotienne, l’autre érigé par l’empereur Adrien qui en avait composé lui-même l’inscription. V. N. III, 18: [Epaminondas].—La même chose arriva à Nelson, à la bataille de Trafalgar (1805); apprenant que la victoire était complète: «A présent, dit-il, je meurs satisfait; grâces soient rendues à Dieu, j’ai accompli mon devoir.»

20, Autres.—L’école des Stoïciens.

22, Mal.—Sénèque, Epist. 22.

23, Yurongne.—Sénèque, Epist. 83.

24, Blanc.—Est-ce atteindre le but?—Cette expression vient de ce que jadis, comme maintenant, les tirs à l’arc, à l’arbalète, à l’arquebuse, etc... s’effectuaient sur des buts où la partie à atteindre était marquée en blanc; aujourd’hui que l’on tire de plus loin, un point à viser est apposé sur cette partie blanche qu’autrefois on visait elle-même.

25, Consorce.—Dégager de notre communauté.—Consorce a été forgé par Montaigne du latin consortium, société, association.

33, Passion.—«Cette passion (la vengeance), pour un moment plus douce que le miel, dit Homère, trouble ensuite l’âme de sombres vapeurs et lui prépare souvent, pour toute la vie, des maux irréparables.»

170,

3, Seiournez-le.—Donnez-lui du repos, amortissez-le...

10, L’amitié.—Est-ce l’amour de sa future femme ou d’une autre (Montaigne s’est marié en 1565), qui a ainsi fait diversion au chagrin qu’il ressentait de la perte de son ami La Boétie survenue en 1563?

21, Muant.—Changeant de lieu.

23, M’esgare.—Et ne sais ce que je deviens, me perd de vue.

31, Leniment.—Adoucissement, du latin lenire.

35, Chien.—Ce chien, dit Plutarque, Alcibiade, 4, remarquable par sa taille et sa beauté, et dont la queue était le plus bel ornement, avait coûté 70 mines, environ 50.000 fr.

172,

1, Desuoyer.—Mettre hors de la voie, du chemin, désorienter.

1, Parleurs.—Les indiscrets, les cancaniers.

3, Enuoye.—Var. de 88: chasse.

17, Enfance.—Dans le traité intitulé: Consolation envoyée à sa femme, sur la mort d’une sienne fille, ch. 1; le même que dans une circonstance analogue Montaigne envoyait à sa femme, le 10 septembre 1570, également en manière de consolation.

20, Romme.—Le corps ayant été porté sur la place publique où l’oraison funèbre devait être prononcée, Antoine en la terminant prit la robe toute sanglante et montrant les coups qu’il avait reçus (César avait été frappé de 23 blessures, dont une seule mortelle qui lui avait été faite à la poitrine), excita le peuple qui, prenant tout ce qui était à sa portée, les bancs, les tables des boutiques environnantes, dressa séance tenante un grand bûcher où le corps fut placé; et, quand le feu eut fait son œuvre, chacun s’emparant d’un tison enflammé courut aux maisons des conjurés pour les incendier, mais déjà ils s’étaient fortifiés et avaient paré au danger.

21, Tintoüine.—Tinte, retentit; mot forgé par Montaigne du latin tintinnare.

24, Grammairienne.—L’ex. de Bordeaux aj.: et voyelle, add. qui a été admise dans la traduction.—C.-à-d. une plainte uniquement composée de mots et de sons, à l’exclusion de tout sentiment effectif.

33, Desirer.—Même de désirer l’éviter.

34, Empereur.—Tibère, ce monstre de cruauté, qualifié ici de «bon» par antiphrase. Suétone, Tibère, 62.

36, Bourrellerie.—Des bourreaux, des tortures.

37, .—Dans un état semblable.

174,

11, Didon.—Après l’abandon d’Énée; V. N. III, 168: [Imos].

11, Ariadné.—Après l’abandon de Thésée.

16, Iambe.—Diogène Laerce, IV, 17.—Polémon en était arrivé à se dominer au point que jamais on ne vit la moindre altération sur son visage, ni sa voix trahir aucune émotion, soit sous l’effet de la douleur, soit sous celui de la crainte ou des plaisirs.

18, Accession.—Augmentation, accroissement, du latin accedere, part. passé accessus, qui a même sens.

29, Empruntée.—Qu’ils s’affligent d’une douleur simulée.

33, La Fere.—En 1580; par le Maréchal de Matignon qui s’en empara sur les Protestants; le duc de Grammont y fut tué par un boulet qui lui emporta un bras.

37, Quintillian.—Inst. orat., IV, 2, vers la fin.

176,

7, Prestre-martin.—Expression proverbiale fondée sur le conte d’un prêtre du nom de Martin qui, disant la messe, faisait à la fois fonctions de prêtre et de clerc, chantant et répondant, ce qui s’appelle aujourd’hui: faire les demandes et les réponses.

11, Desdaing.—Et faire diversion à la pitié par le dédain.

15, Instructiue.—Comme si le regret était un sentiment instructif, qui nous révélât des qualités inconnues dans celui qui en est l’objet.

18, Digne.—Le texte porte digne, ce qui ne se comprend pas. Il est probable que le texte initial portait indigne, et que c’est une erreur d’impression dans l’édition de 1580; et que, passée alors inaperçue, elle s’est reproduite dans celles qui ont suivi.

20, Exemple.—Le texte et le sens prêtent aussi bien à dire: que je dois, ou qui m’est donné; nous avons préféré cette dernière version parce que l’homme est plus souvent entraîné par l’exemple comme les moutons de Panurge, que porté à le donner.

178,

7, Puisse.—Est-il un seul être dans la nature, l’homme excepté, qui se sustente du néant; un seul être sur lequel le néant ait action?

10, Fié.—Hérodote, III, 30.—En 525; et cela parce qu’étant en Égypte, il avait vu en songe un courrier de Perse, où était demeuré Smerdis son frère, lui annonçant que son frère avait été aperçu assis sur le trône. A ce moment du reste, Cambyse était sujet à des accès de démence que les Égyptiens attribuaient à ce qu’il avait fait tuer le bœuf Apis.—Diodore de Sicile raconte cet autre fait non moins atroce: Un certain Marsyas avait rêvé qu’il coupait la gorge à Denys le Tyran; celui-ci, qui eut connaissance de ce rêve, le fit mourir, disant qu’il n’y aurait pas songé la nuit, s’il n’y avait pas pensé le jour.

12, Chiens.—Plutarque, De la Superstition, 9.—En 724; Aristodème était alors en guerre avec les Lacédémoniens; outre ces hurlements dont il augurait mal, du chiendent avait poussé autour de sa demeure!

12, Autant.—Plutarque, De la Superstition, 9.—Midas s’empoisonna, dit-on, avec du sang de taureau, pour la raison qu’indique Montaigne.

17, Prometheo.—Selon les uns, il fit l’homme avec de l’argile et l’anima avec le feu du ciel qu’il avait dérobé. Selon d’autres, Jupiter n’avait pas donné aux hommes l’usage du feu; Prométhée, en dérobant au soleil, les en dota; Jupiter, irrité de son audace, le fit enchaîner sur le Caucase, où un vautour lui rongeait le foie qui sans cesse renaissait; Hercule le délivra. Myth.

CHAPITRE V.

Ce chapitre est un des plus curieux, des plus variés des Essais; Montaigne s’y montre tour à tour sérieux et badin, grave et plaisant, sage et fou, moraliste austère et cynique effronté; on y trouve de tout: de la gaîté, du goût, de la raison, de la philosophie, une grande connaissance du cœur humain, des vues et des conseils très sages sur la manière de tirer parti de la vieillesse; des observations fines et judicieuses sur l’amour en général, sur le mariage, ses avantages et ses inconvénients; sur ses accidents, sur l’injustice de la jalousie, sur la chasteté, devoir difficile à observer, sur les inconvénients de notre curiosité à cet égard; sur les caractères de la véritable éloquence; sur la force que les bons esprits donnent à leur langue et les nouvelles richesses qu’ils lui apportent; sur les avantages et les défauts de la langue française; sur la liberté des écrits et des paroles, sur les avantages qu’on pourrait retirer de l’amour dans un âge avancé, etc.; en un mot, Montaigne y traite incidemment toutes sortes de matières liées à son sujet, mais dont le rapport réel n’est pas toujours facile à saisir. On croit, en lisant ce chapitre, entendre causer ensemble cinq ou six hommes d’esprit qui laissent aller la conversation comme elle vient; qui s’arrêtent plus ou moins longtemps sur certains textes, et disent toutes les folies qui leur passent par la tête; il est peu de chapitres où se montre plus de verve et d’originalité. Naigeon.

22, Pensemens.—Réflexions.

23, Onereux.—A mesure que les réflexions sur des sujets d’utilité sont plus profondes et plus solides, elles deviennent plus embarrassantes et plus fatigantes.

24, Greuent.—Pèsent, accablent, font souffrir, du latin gravare; est encore en usage.

28, Bandée.—Elle extravague, pour être continuellement appliquée à une étude si sérieuse.

31, Office.—Dans le devoir.

180,

7, Seiourne.—Qui la repose.

17, Folie.—Cette même pensée a déjà été exprimée (I, 344): «Soyez sobrement sages.»

«Dans le mal comme dans le bien,

Tous les excès ne valent rien». Paris ridicule, 1666.

19, Siet.—Le texte latin porte: ne foret.

23, Ieunesses.—Var. de 88: folies.

28, Peuuent.—Add. de 88: encor.

30, Secousses.—De temps à autre.

34, Platon.—Traité des Lois, II.

39, Esbaudi.—Signifie à peu près la même chose que «resioui», mais l’allégresse qu’il marque est plus démonstrative et agitée; n’est usité aujourd’hui que dans le langage populaire.

182,

3, Tressaillir.—J’en suis bientôt au point de me féliciter...

4, Deult.—Ne me fait du mal.

11, L’estre.—C’est, mot pour mot, ce que dit Cicéron dans son traité De la Vieillesse, 19.

13, Voluptez.—Cette phrase incidente: «telles que les satisfactions d’amour-propre», que porte la traduction, n’est pas dans le texte; c’est une phrase explicative dérivant de ce qui suit.

18, Prinssé-ie.—Que ne puis-je encore éprouver du plaisir...

20, Salutem.—Vers d’Ennius, cité par Cicéron, De Off., I, 24, au sujet de Fabius Maximus qui, dit-il, travaillait au bien public, sans se mettre en peine de tout ce qu’on publiait à Rome pour décrier sa conduite. Coste.

32, Logis.—Cicéron, De Senectute, II.—Nous imposent le repos, en nous libérant de certaines obligations, ou nous contraignant à la cessation de certaines fonctions à des âges déterminés, ce qui, plus que jamais, est de règle de nos jours. Cette limite, dans l’armée, varie avec le grade; dans la magistrature, elle vient à 70 ans; dans les autres administrations et carrières civiles, elle est d’ordinaire de 60 ans et 30 ans de services.

41, Mal.—Souffrance, peine, douleur.

184,

11, Personne.—Add. de 88: d’honneur.—Ce souhait de Montaigne a été exaucé: Pierre Charron, chanoine théologal de Condom (1551 à 1603), avec lequel il était déjà en relations depuis quelques années, devint, vers 1589, le confident de ses dernières années et le continuateur de sa pensée, dans son traité De la Sagesse.

12, Resseante.—Fixe, sédentaire.—C.-à-d. qui soit à demeure quelque part ou qui aime à voyager.

14, Paume.—Elle n’a qu’à faire un signe.—«Siffler en paume», c’est siffler en soufflant d’une certaine façon entre ses doigts.

16, Vieillesse.—D’échapper à la vieillesse.

19, Affreté.—Attaché, lié, accroché.—Var. de 88, de l’ex. de Bord. et de l’éd. de 1635: affreré.

22, Colligence.—Étroite liaison; du latin colligare, joindre, lier, nouer ensemble.

23, Compagnon.—Le corps.

33, Par venuës.—Sans interruption; littéralement par train continu, suite entretenue.

34, Eloises.—Éclairs. V. N. II, [274].—Est pris ici au figuré: des idées, des conceptions.

35, Esperdus.—Pour ne pas dire les plus extravagants.

39, Veut.—Mon esprit veut encore...

186,

1, Rire.—Pline, Hist. nat., VIII, 19.—Crassus, pour ce motif, avait été surnommé «Agélaste», le glacé.—On a dit aussi de Jésus-Christ qu’on ne l’avait jamais vu rire, mais qu’on l’avait souvent vu pleurer.

17, Archeanassa.—C.-à-d. de critiquer les écrits de Platon et de glisser légèrement sur les relations qu’on lui prête avec...—On a cru trouver la preuve de ces relations et autres de même sorte, prêtées à Platon, dans diverses épigrammes que lui attribue Diogène Laerce, et qui portent:

«Alexis n’est plus, prononcez seulement son nom et chacun se retourne; Phédon n’était pas moins beau et nous l’avons perdu».—Alexis semble avoir été un poète comique de l’époque; Phédon était le co-disciple de Platon aux leçons de Socrate, il était retourné en Élide, après la mort de Socrate; Platon a donné son nom à un de ses plus importants dialogues sur l’immortalité.

«Cher Dion, de quel amour tu embrases mon cœur!»—Dion était le gendre de Denys l’Ancien, Platon fut constamment dans les meilleurs rapports avec lui.

«Quand tu considères les astres, chez Aster, je voudrais être le ciel, pour te voir avec autant d’yeux qu’il y a d’étoiles.»—Aster était un jeune homme qui se livrait à l’astronomie avec Platon; Montaigne l’appelle Stella, probablement parce que les deux mots ont en latin même signification.

«La belle Archeanassa, de Colophon, est à moi. Oh! de quelle ardeur elle a dû vous embraser, vous qui avez goûté les premiers de sa jeunesse.»

«Quand je couvrais Agathon de baisers, mon âme était tout entière sur mes lèvres, prête à s’envoler.»

32, Mineuses.—Affectées, minaudières.

188,

7, Biens faicts.—Bonnes actions; est pris ici dans le sens opposé à mesfaicts, mot qui suit et dont l’acception n’est pas douteuse.

19, Moins.—Montaigne fait dire ici à Thalès le contraire de ce qu’il a dit: «Un homme qui avait commis un adultère, conte Diogène Laerce, I, 36, d’où le fait est tiré, ayant demandé à Thalès s’il devait le nier par serment, Thalès lui répondit: «Mais le parjure n’est-il pas pire que l’adultère?»

23, Vice.—Quand on lui donne à choisir entre quelque entreprise périlleuse et une action vicieuse.

24, Origene.—Comme on en usa avec Origène, en le réduisant au choix ou d’idolâtrer, ou de se souffrir...

28, Celles.—Pourtant, dans leur erreur, elles ne seraient pas dégoûtées, les femmes qui...

31, Ariston.—Plutarque, traité De la Curiosité, 3.

33, Rebrasser.—Retrousser, découvrir; on trouve dans le dictionnaire de l’Académie: «rebrasser ses manches».

190,

1, Sot.—Cela arrive très souvent, et a fait dire à La Rochefoucauld dans ses Pensées qu’un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon.

3, Paroy.—Le côté intérieur d’une muraille.

5, Huguenots.—Mot qui dérive par corruption de eidgenossen, qui signifie confédéré par serment.

10, Eschange.—D’être pris pour autre que je ne suis.

17, Cher.—J’aimerais autant.

19, Archelaus.—Plutarque, Apophth. des rois.—Tout le monde connaît le mot de Turenne à un de ses domestiques qui, lui ayant, par méprise, appliqué un grand coup sur les fesses, lui en demandait pardon à genoux, disant qu’il l’avait pris pour Georges son camarade: «Et quand c’eût été Georges, dit tranquillement Turenne, en se frottant le derrière, était-ce une raison pour frapper si fort!»

22, Socrates.—Diogène Laerce, II, 36.

35, Cabinet.—C.-à-d. que les femmes, en raison de la liberté avec laquelle il y parle de l’amour, n’oseront lire ce chapitre qu’en particulier, dans leur boudoir.

192,

4, Reglez.—Dans sa préface de l’édition de 1595, Mademoiselle de Gournay entrant dans les idées de Montaigne à ce propos et le défendant, dit en substance: «Qu’ils sont donc chatouilleux sur cette question, ceux qui font croire à la jeunesse qu’on ne peut entendre parler de l’amour sans le ressentir; c’est comme si un prédicateur venait dire que c’est rompre l’abstinence en temps de carême, que d’entendre parler de manger et de ce qui s’y rapporte.» Mais il faut ajouter qu’en fait d’amour, fort probablement Mademoiselle de Gournay ne s’y connaissait guère (en 1595 elle avait déjà 30 ans), et qu’elle en parlait un peu comme un aveugle des couleurs.

5, Trahir.—Cicéron, Epist. fam., IX, 22; dans cette lettre Cicéron expose sur la liberté de langage les principes des Stoïciens.

8, Bon.—Car il est à remarquer que...

14, Franchise.—Dans l’asile, sous la sauvegarde.

14, L’arracher.—Ce que Montaigne dit ici est exact; mais la cause de cet état de choses qu’il peint si bien n’est autre que, si cette loi du silence, devenue instinctive et contre laquelle il s’élève, n’existait pas, les dévergondages occasionnés par cette passion, déjà si grande, en arriveraient à un degré tel qu’ils ne pourraient plus être contenus; elle est une sauvegarde de la société sur un point où celle-ci est à la vérité quelque peu en contradiction avec la nature. Où irions-nous, si on en pouvait parler en toute liberté? La délimitation entre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dire sans inconvénient sur ce sujet est trop délicate à fixer, serait trop difficile à observer; il a été plus pratique et plus sage de proscrire complètement ce thème de conversation.

20, Supprimez.—Tacite, parlant des Annales de Cremutius Cordus, que le Sénat fit brûler, dit: «L’ouvrage n’en est pas moins resté, on le cacha et plus tard il reparut.»

St-Amand apprécie de même cette mesure dans sa Rome ridicule:

«C’est doublement les faire vivre,

Que les faire mourir ainsi».

20, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 9.

21, Honteux.—La pudeur doit servir...

24, Estriuent.—Résistent.

25, Suiuent.—Vers de la traduction, par Amyot, du traité de Plutarque, Qu’il faut qu’un philosophe converse avec les Princes, 5.

30, Mal mesler.—Brouiller.

194,

4, Dieu.—Il n’y a pas si longtemps que j’ai cessé d’être enrôlé sous les drapeaux de ce dieu.

32, Maritale.—Cette appréciation de Montaigne est aussi celle de Bernardin de S.-Pierre qui, dans son Préambule de l’Arcadie, insère la citation qui précède et la fait suivre de ce commentaire: «Mais, pour affaiblir ce que ce tableau a de licencieux et de contraire aux mœurs conjugales, le sage Virgile oppose immédiatement après, à la déesse de la volupté, qui demande à son mari des armes pour son fils naturel, une mère de famille, chaste et pauvre, occupée des arts de Minerve pour élever ses petits enfants; et il applique cette image touchante, aux mêmes heures de la nuit, pour présenter un nouveau contraste des différents usages que font du même temps le vice et la vertu.»

33, Mousses.

«L’amour que l’on contracte entre mains de notaire,

Ne connaît point d’amour les plus secrets mystères;

C’est un amour bâtard, qui naquit (ce dit-on),

Là-bas, dans les enfers, de la vieille Alecton.

Mais l’autre, qui fut fils de la belle Cyprine,

D’une plus douce flamme échauffe la poitrine.

Il nous apprend des tours qui sont bien plus plaisants,

Et de cent mille jeux entretient nos beaux ans.» Gilles Durand de la Bergerie, 1591.

37, Raison.—Doivent avec raison être pris en considération, entrer en ligne de compte.

196,

3, Ailleurs.—Liv. I, ch. XXIX; II, 346.

4, Prudemment.—Il faut prudement, c.-à-d. avec pruderie, décence, réserve; Aristote dit en effet: «Que le mari approche de sa femme avec pruderie et modestie; qu’il soit vergogneux (chaste, réservé) en paroles, droiturier et honnête en actions.»—Le concile de Trente a dit de même: «Le mariage est une chose sainte, il faut le traiter saintement.»—Dans le langage du XVIe siècle, pruderie était toujours pris en bonne part et signifiait décence austère, exempte d’hypocrisie, comme dans ces vers du Roman de la Rose:

«Prudes femmes, par Saint Denys,

Autant en est que de Phenix.»

16, D’aguet.—Avec précaution, circonspection; en demeurant sur ses gardes.

21, Troubler.—Var. de 88: mesler.

25, Vertu.—Sage et judicieuse réflexion sur la noblesse comparée à la vertu.

28, Nil.—Les sources de ce fleuve, si célèbre de toute antiquité, qui a un cours de 6.500 kil., sont longtemps demeurées inconnues; leur recherche préoccupait déjà les anciens.—Néron envoya une expédition pour les découvrir. Au IIe siècle, le géographe Ptolémée faisait sortir le Nil de deux grands lacs situés au pied de montagnes couvertes de neiges éternelles (montagnes de la Lune) et les cartes et les sphères du XVIe siècle indiquent d’une manière relativement précise la situation de ces lacs, indication que ne reproduisent pas les cartes du XVIIIe siècle. A partir du commencement du XVIe siècle, les Européens entrèrent en relations avec les rois d’Abyssinie et connurent les sources du Nil bleu qui sort du plateau abyssin, mais plus de trois siècles devaient encore s’écouler avant que celles du Nil blanc (Bahr el-Abiad) ne fussent découvertes. En 1850, un explorateur anglais, Livingstone, le signala comme sortant d’un grand lac de l’Afrique équatoriale qu’il ne put atteindre. En 1858, Speke, officier de l’armée des Indes, y parvint, lui donna le nom de Victoria-Nyanza, mais n’arriva pas à reconnaître l’endroit d’où le fleuve en sort. Ce ne fut qu’en 1875 que Stanley le constata, en même temps que l’existence d’un autre lac qu’il appela l’Albert-Édouard, dont les eaux se déversent dans le cours d’eau sorti du Victoria-Nyanza. Enfin en 1892, un missionnaire allemand, Baumann, reconnut le Kagera, principal tributaire du Victoria-Nyanza, qui sort d’un lac de beaucoup moindre étendue qu’il nomma lac Alexandra; de telle sorte qu’on tient aujourd’hui comme sources du Nil blanc le lac Albert-Édouard (source occidentale) et le lac Alexandra (source orientale).

38, Antigonus.—Plutarque, De la mauvaise honte, 10.

198,

10, Ruffiens.—Amants, galants; mot de provenance italienne.

12, Leur.—Arrien dit que chez les Indiens, le peuple était divisé en plusieurs ordres, et qu’une loi défendait les mariages entre individus d’ordres différents: un laboureur ne pouvait épouser la fille d’un artisan et ainsi des autres.

13, Pollus.—Souillés; du latin pollutus, qui a même signification.

18, S’entreheurter.—En dehors de ruelles étroites, il n’y a à proprement parler que fort peu de rues à Venise; des canaux de largeur variable et en nombre infini en tiennent lieu. On y chemine en gondoles (barques légères), qui dans leur marche silencieuse courraient risque de se heurter, aux tournants, dans les croisements où la vue est interceptée par les maisons en bordure, si, par un cri particulier, les gondoliers ne se signalaient entre eux.

28, Est.—Ce membre de phrase et ce qu’il dit plus loin (III, 344): «Il y a toujours quelque piece qui va de trauers, etc.», donnent à penser que dans le ménage de Montaigne tout n’allait pas continuellement pour le mieux; mais, comme il le dit, n’est-ce pas une règle générale et peut-il en être autrement, étant donné la versatilité de notre nature?

«Qui se marie par amour,

A bonnes nuits et mauvais jours;

Qui se marie par argent,

A jour et nuit le cœur dolent.»

200,

9, Socrates.—Diogène Laerce, II, 33.

9, Commode.—Avantageux.

11, Repentira.

«Aller à la guerre ou se marier

Ne doit se conseiller.»

«C’est le célibataire qui n’a point de disputes» (Proverbe cité par S. Jérôme).—«Es-tu délivré de femme, n’en cherche point.» S. Paul.

12, Lupus.—La première de ces deux sentences: «L’homme est à l’homme un dieu», est du poète comique Cécilius, qui ajoute: «s’il connaît son devoir». La seconde, «un loup», est de Plaute, qui la complète en disant: «lorsqu’il ne sait quel il est».

18, Collo.—Nombre de gens pensent de la sorte; il en a été ainsi de tous temps, mais cela ne fait que croître avec les besoins de bien-être qu’amènent les progrès de la civilisation et les difficultés de la vie; le mariage a tendance à être délaissé, malgré l’atténuation résultant du divorce rendu chaque jour plus accessible, et la femme, exposée de plus en plus à rester fille, est réduite à chercher par elle-même les moyens d’existence qu’elle devrait tenir du travail d’un mari.—C’est qu’aussi combien est plus facile la vie pour le célibataire: les restaurants pourvoient à sa nourriture, les cercles à son intérieur, les maisons de santé le recueillent quand il est malade; il lui est aisé de satisfaire ses appétits sensuels, au mieux de ses caprices du moment; il ne connaît ni les orages, ni les embarras ni les soucis d’un ménage; les enfants ne lui sont point à charge; il n’a à penser et ne pense qu’à lui; toutes choses égales, il est libre et riche, alors que le père de famille a des obligations et se trouve dans la gêne. Même sous le rapport de l’affection, ayant dans le présent plus de ressources, pour l’avenir l’entière disposition de son héritage, l’entourage ne lui fait pas défaut et il trouve chez des parents, des étrangers, les attentions, les témoignages de sentiments en apparence les plus désintéressés, qu’on ne rencontre pas toujours chez les enfants, auxquels on en passe davantage et qui ont des droits, qui font qu’ils en prennent beaucoup plus à leur aise.—Le célibataire est un parasite, qui ne rend pas à la société ce qu’il en retire; à Sparte, il était noté d’infamie, certaines exclusions étaient portées contre lui et parmi les hontes qui lui étaient imposées, à certaine fête, les femmes lui faisaient faire le tour d’un autel, en le battant de verges. On ne saurait à notre époque user de semblables procédés qui seraient par trop inefficaces, et cependant il ne serait qu’équitable de compenser, dans la mesure du possible, les obligations auxquelles il échappe; on pourrait par exemple dans l’obtention de certains emplois, de certaines faveurs, avantager à mérite égal les pères de famille tandis que souvent cette situation tourne contre eux; mais surtout un impôt spécial, proportionnel à leurs revenus, devrait frapper les célibataires et le produit en être affecté à l’attribution de subsides aux familles chargées d’enfants qui sont nécessiteuses, etc.

19, Dessein.—A suivre mon inclination naturelle, de mon propre mouvement.

28, Rebours.—Et plus à contre-cœur.

30, Esperé.—Montaigne avait épousé en 1565 Françoise de la Chassaigne, fille d’un conseiller au Parlement de Bordeaux, comme lui-même l’était à ce moment. Il semble s’être marié un peu pour combler le vide laissé en lui par la mort de La Boétie, survenue deux ans auparavant. Bien que, dans les Essais, Montaigne se soit en quelque sorte fait une loi de passer sous silence sa vie conjugale, qu’il n’y fasse guère allusion que lorsqu’il se plaint des difficultés que présente par moments la vie domestique, ou qu’il exprime la confiance qu’il a, lorsqu’il s’absente, en qui en son absence a la gestion de sa maison, il y a lieu de penser qu’avec les idées qu’il avait sur le mariage si, comme il est probable, l’affection et la confiance ont régné entre les deux époux, leurs épanchements ont toujours été modérés, et qu’il n’eût pu dire, à son lit de mort, à sa femme comme son ami La Boétie, qui avait sur ce point des idées d’une élévation de sentiments bien autres, le dit à la sienne ainsi qu’il le rapporte lui-même: «Ayant été joint à vous par le saint nœud du mariage, qui est l’un des plus respectables et inviolables que Dieu nous ait donnés ici-bas, je vous ai aimée, chérie et estimée autant qu’il m’a été possible et suis tout assuré que vous m’avez rendu réciproque affection que je ne saurais reconnaître.»—De fait, Françoise de la Chassaigne, morte en 1627, femme de sens, très rangée, très entendue dans les soins du ménage, paraît avoir été en même temps une épouse discrète, s’effaçant volontiers, telle que Montaigne pouvait la souhaiter; lui mort, elle se dévoua à sa mémoire et à son œuvre.

202,

5, Traistre.—Ces deux vers sont d’un auteur inconnu; on peut leur appareiller ceux-ci dont la source est également ignorée:

I

Si tu as maistre, sers-le bien:

Dis bien de lui, garde le sien;

Son secret cèle, quoi qu’il fasse,

Et sois humble devant sa face.

II

Ne souffre à ta femme pour rien,

Mettre son pied dessus le tien;

Le lendemain, la bonne bête

Le voudra mettre sur ta teste.

10, Galantise.—Var. de 88: gentillesse.

11, Appetit.—Qui ne s’accorde pas avec mes désirs.

14, Recognoistre.—«Et c’est là pour moi une consolation, a dit un commentateur; je sais que je fais mal, donc je n’ai pas encore perdu la connaissance du devoir et par suite l’espérance de revenir au bien.»

20, Maistre.—Vole son maître. «Ferrer la mule», est une expression du temps de Montaigne, signifiant gagner sur un achat fait pour le compte d’un autre, autrement: «Faire danser l’anse du panier.»—Cette expression paraît venir de ce qu’aux temps où les magistrats allaient au palais montés sur des mules, les laquais qui gardaient ces bêtes pendant l’audience, buvaient ou jouaient pour se désennuyer, puis cherchaient quelquefois à s’indemniser de leur dépense ou de leur perte, en comptant à leurs maîtres des frais supposés pour le ferrage des mules.

32, Repentis.

«Amours qui commencent par anneaux,

Finissent par couteaux.»

33, Iupiter.—Homère, Iliade, XIV, 295.

38, Considerations.—Préjugés.

39, Empescher.—Sans que cela nous arrête.

39, Isocrates.—Élien, Hist. div., XII, 25.

204,

6, Deuroient.—Add. de 88: au moins.

7, Differentes.—Ælius Verus pensait comme Montaigne, quand il disait à sa femme lui reprochant ses infidélités: «Souffrez que je passe mes caprices avec d’autres, le titre d’épouse est synonyme d’honnêteté et non de débauche.» V. I, 348.

13, Profuse.—Prodigue, s’étend trop loin; du latin profusus, que Montaigne a francisé, mais qui nous a donné «profusion» qui est resté.

15, Lycurgus.—A Sparte, tout jeune homme désirant une jeune fille en mariage l’enlevait à sa famille, la conduisait chez une matrone qui la recueillait et la cachait; lui-même ne venait la voir qu’à la dérobée et continuait à aller coucher la nuit dans les dortoirs communs avec les autres jeunes gens; cela durait quelquefois si longtemps que des maris avaient des enfants qu’ils ne s’étaient pas encore montrés en public avec leurs femmes; par là les époux s’accoutumaient à la tempérance et à la sagesse, qui entretenaient en eux la vigueur et la fécondité, leur conservaient leur première ardeur et renouvelaient leur amour.

19, Riotte.—Petite querelle, petite dispute.

21, Tempestueux.—Même dans les rapports les plus intimes que, d’un commun accord, nous avons avec elle, il y a encore désaccord et dispute.

25, Femme.—Ovide, Métam., III, 323.—Tirésias, un des plus célèbres devins de l’antiquité. La fable raconte que rencontrant deux serpents qui frayaient ensemble, il les sépara et aussitôt devint femme; au bout d’un certain temps, les rencontrant à nouveau en même situation, il reprit sa première forme d’homme. Comme il avait de la sorte connu les deux sexes, un différend s’étant élevé entre Jupiter et Junon sur la question de savoir si les femmes ont plus de part que les hommes au plaisir vénérien, il fut pris pour juge et prononça que de dix parts de plaisir dans cet acte, il y en avait neuf pour la femelle et une pour le mâle; la déesse, irritée de ce qu’il avait prononcé contre elle, le rendit aveugle; pour le dédommager, Jupiter lui accorda le don de prophétie.

28, Empereur.—Flavius Vopiscus, Proculus.—Proculus, tribun militaire en Gaule qui, sous le règne de Probus, fut fait imperator par ses troupes; vaincu, il fut mis à mort; il avait quelques talents militaires (280).

29, Emperiere.—Impératrice. Cette impératrice c’est Messaline, épouse de l’empereur Claude, qui se livra, s’imposa même parfois à tout homme de tout rang et de tout état, allant jusqu’à épouser publiquement, du vivant de son époux, un de ses amants qu’elle aimait éperdument; ce qu’apprenant, Claude la fit mettre à mort.

35, Cateloigne.—En Catalogne.

38, Foy.—Qu’en ce qui touche la religion, que ceux qu’elle impose à notre foi.

40, Hergnes.—Humeur chagrine, acariâtre; même racine que «hargneux (querelleur)», qui est encore en usage.

206,

4, Dix.—Add. de 88: par iour.

14, Prix.—Nicolas Bohier, jurisconsulte de Bordeaux, mort en 1553, conte ainsi le fait: «En son temps, un homme de la Catalogne avait de telles facultés prolifiques, que chaque jour il entrait jusqu’à dix fois en rapport avec sa femme; la reine d’Aragon en fut informée secrètement; elle le fit venir et il avoua le fait. Sur ce la reine lui interdit sous peine d’avoir la tête tranchée d’entrer désormais plus de six fois par jour en rapport avec sa femme, que davantage le mettait en péril de mort. Qu’est-ce qui en cela est le plus étonnant: ou ce dont le mari était capable ou la mauvaise querelle que lui avait faite son épouse?»

14, Solon.—Plutarque, De l’Amour.

17, Cela.—Que les femmes sont plus ardentes que nous aux effets de l’amour, ce que lui-même a dit à la page précédente, pour ne donner que maintenant sa conclusion.

18, Extremes.—Peut-être le sens est-il: «au risque de leur faire endurer les pires et plus extrêmes souffrances» (?)

208,

1, Polemon.—Diogène Laerce, III, 17.

3, Cassez.—Quant à ces autres femmes qui épousent des hommes vieux, cassés.

8, Approchée.—Xiphilin, Caligula.—Clodia Latea, à la mort de Caligula, subit le supplice infligé aux Vestales convaincues d’avoir manqué à leur vœu de virginité. Les vestales, prêtresses de Vesta, étaient à Rome chargées d’entretenir le feu sacré sur l’autel de la déesse; elles faisaient vœu de virginité durant le cours de leur ministère qui, commencé entre 6 et 10 ans, durait trente années; elles étaient au nombre de 6. Créées par Numa, elles furent abolies par Théodose; elles n’étaient point cloîtrées; jouissaient de grands privilèges, notamment d’être émancipées, d’aller en public précédées de licteurs, et de sauver la vie à tout criminel, mené au supplice, qu’elles rencontraient fortuitement. Si elles laissaient éteindre le feu commis à leur garde, elles étaient punies du fouet; celles infidèles à leur vœu de chasteté, primitivement lapidées, furent par la suite ensevelies vivantes: on les descendait dans un étroit caveau muré, où elles trouvaient un petit lit, une lampe allumée, un peu de pain, de l’eau et de l’huile; la pierre de ce sépulcre était refermée sur elles et scellée: leur complice devait mourir sous le fouet.

13, Boleslaus.—Surnommé «le Pudique». Cromer, De rebus Pol., VIII.—D’après l’Histoire ecclésiastique, Marcien, empereur d’Orient (Ve s.), et Ste Pulchérie auraient agi de même; et aussi S. Henri, empereur d’Allemagne, duc de Bavière (Xe s.), et Ste Cunégonde.

13, Roys.—Réminiscence de l’espagnol, où les Reyes (les rois) se disait alors souvent pour le roi et la reine; comme les Padres (les pères), pour le père et la mère; les Hijos (les fils), pour les fils et les filles.

20, Desgouster.—L’éducation des filles est un point que Montaigne ne fait qu’effleurer pour condamner les réticences exagérées dont on use vis-à-vis d’elles et qui ne font qu’exciter leur curiosité. Si on se reporte en outre à la manière dont, un peu plus loin, il parle des républiques où, dans les gymnases, les deux sexes se montraient à nu l’un à l’autre, il semble avoir été assez porté vers les idées actuelles de coéducation où, à l’instar de ce qui a lieu dans certaines écoles mixtes d’Angleterre, garçons et filles sont réunis, système préconisé comme essentiellement moralisateur et donnant à celles-ci plus de caractère.

21, Excusent.—Admettent, tolèrent le mariage pour celles chez lesquelles le besoin s’en fait prématurément sentir.—Ceci a dû être écrit vers 1586; Léonor, née en 1571, venait d’avoir quinze ans, limite inférieure à laquelle la femme, en France, pouvait et peut se marier; pour l’homme il le peut à 17 ans. En Autriche, ces limites sont de 20 ans pour l’homme et 16 pour la femme; elles étaient de 15 et 13 ans chez les Romains; Lycurgue les avait fixées à 37 et 17, Platon à 30 et 20. Chez les Orientaux elles sont moindres que chez nous, la nature étant plus précoce à cet égard dans les pays chauds que dans les pays tempérés; dans certains états de l’Amérique du Sud, un homme peut se marier à quatorze ans, une femme à douze, le mariage pourrait même avoir lieu plus tôt avec le consentement des pères et mères, mais un garçon de quatorze ans et une fille de douze ne dépendent plus sous ce rapport que de leur volonté. V. II, 26.

26, Fouteau.—C’est le nom du hêtre en vieux français; mais en langage trivial de l’époque on désignait aussi de ce nom, dérivation du mot latin fatuere (V. N. II, 178: [Futuam]), l’organe génital de la femme.

34, Scelerées.—Criminelles, scélérates.

35, Interdiction.—«On peut tout dire devant les jeunes filles, disait un contemporain de Montaigne: quand elles comprennent, on ne leur apprend pas grand’chose; quand elles ne comprennent pas, on ne leur apprend rien du tout.» A quoi on peut répondre: on excite les premières, lesquelles sont plus nombreuses que l’homme ne le croit et fort excitables à cet âge, et on provoque la curiosité des autres.

39, Vngui.—Voltaire, à l’âge de quinze ans, traduisait ainsi ces vers d’Horace:

«Voyez cette beauté; sous les yeux de sa mère,

Elle apprend en naissant l’art dangereux de plaire

Et d’exciter en nous de funestes penchants.

Son enfance prévient le temps d’être coupable;

Le vice trop aimable

Instruit ses premiers ans.»

210,

1, Science.—«Le renard sait beaucoup, une femme amoureuse en sait bien davantage.» Proverbe espagnol.

4, Autresfois.—«Quiconque, dit Platon dans le Timée, aura mené la vie des justes, retournera dans l’astre fraternel jouir de la félicité suprême; les coupables deviendront femmes, quand ils reparaîtront sur la terre.»

7, Nostre-Dame.—Ancienne exclamation dite pour: «Par Notre-Dame!» Aujourd’hui par dérivation et en accentuant l’ellipse, nous disons «Dame!» dans le même sens.

14, Ame.—«Nature, jeunesse et santé sont trois bons maîtres.» Sedaine.

15, Engendrent.—«Les hommes consacrent leur jeunesse à se former un esprit, que les femmes apportent en naissant. Il vient à une fille avant la raison; à 15 ans, elle est faite, tandis qu’à 30, un homme souvent n’est qu’un sot.» J.-J. Rousseau.

22, Diffamez.—Var. de 88: affolez.

29, Escarquillements.—Ecartement des cuisses. «Esquarquiller», est-il dit dans le Dictionnaire de Monet, c’est ouvrir en élargissant.

31, Strato.—Diogène Laerce, V, 59.

32, Theophraste.—Id., ib., 43.

35, Phalereus.—Id., ib., 81.

36, Ponticus.—Id., ib., 87.

37, Antisthenes.—Id., VI, 15 et 18.

38, Aristo.—Id., VII, 163.

39, Cleanthes.—Id., ib., 175.

40, Spherus.—Id., ib., 178.

41, Eshontée.—Effrontée au delà de tout ce qui peut être souffert, admis, «plus le fait d’impudiques créatures que de dieux», ajoute Diogène Laerce, VII, 187, 188.

212,

3, Cet office.—Dans l’éd. de 88, cette phrase suit immédiatement celle où l’on trouve quelques lignes plus haut que Zénon, par ses lois, réglait «les secousses du dépucelage». L’intercalation que Montaigne a faite postérieurement, rompt la liaison des idées et fait que l’on ne voit pas tout d’abord à quoi se rapportent ces mots «à cet office».

4, Nation.—Dans l’île de Chypre (Hérodote, I, 199; Athénée, XII);—à Héliopolis, en Phénicie (Eusèbe, Vie de Constantin, III, 58);—à Sicca Veneria, auj. le Kef, en Numidie (Valère Maxime, II, 6, 15).—A Babylone, dit Hérodote, I, 199, les dames, par dévotion, se prostituent une fois dans leur vie. Chacune, à cet effet, se rend au temple, et n’en sort qu’après avoir subi qui a jeté son dévolu sur elle; ne lui demandant rien pour prix de ses complaisances et tenue de recevoir ce qu’il lui remet. Celles qui ont une taille élégante et de la beauté n’y font pas long séjour; les laides y restent davantage parce qu’elles ne peuvent satisfaire à la loi, il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans. Après ce sacrifice, rentrées chez elles, leur vertu y est à l’abri de toute faiblesse.

5, Garces.—L’éd. de 88 aj.: et de garçons.

6, L’office.—V. III, 232 et N. [Vie] et [Polices].

8, Extinguitur.—Un proverbe grec dit pareillement: «On éteint le feu par le feu»; et une galante marquise du XVIIe siècle le parodiant, disait: «C’est en succombant à la tentation qu’on y résiste.»

20, Diuinitez.—Athénée dit, d’après Héraclide de Syracuse, que dans cette ville, lors de la fête des Thesmophories, en l’honneur de Cérès et de Proserpine, le principal objet du culte des femmes était la partie qui les distinguait des hommes; il en était fait une image avec de la farine et du miel, et on la promenait en procession. Naigeon.

20, Bacchanales.—Fêtes en l’honneur de Bacchus qui prirent naissance en Égypte, d’où elles s’introduisirent en Phénicie, puis en Grèce, et de là en Italie. Au début, les femmes y participaient seules; ensuite les hommes y furent admis et les désordres devinrent tels que le Sénat romain les interdit (184). Mais la loi demeura peu de temps en vigueur; et sous l’Empire, les Bacchanales furent célébrées de nouveau avec plus de licence que jamais.

23, Corps.—Hérodote, II, 48.

24, Couurechef.—Voilette que les dames nobles portaient à peu près dans les mêmes conditions que cette partie de la toilette se porte aujourd’hui.

27, Matrones.—Dame romaine: suivant les uns, la matrone était la femme mariée qui n’avait pas d’enfant; suivant d’autres, celle qui n’en avait qu’un, celle en ayant plusieurs étant la mère de famille.

28, Priapus.—Était surtout en honneur à Lampsaque (Asie Mineure). Ses fêtes, là et partout ailleurs où son culte se pratiquait, étaient accompagnées d’affreux désordres.

30, Nopces.—Lactance, Divinat. Institut., I, 20; S. Augustin, De Civit. Dei, VI, 9.—Afin, dit Rozini dans son ouvrage sur les Antiquités romaines publié en 1700, «que le Dieu semble avoir les prémisses de leur virginité». Si cet usage n’était pas très conforme aux lois de la pudeur, il était du moins fort prudent; il ôtait aux maris tout prétexte à des soupçons qui, fondés ou non, sont la source la plus féconde des mauvais ménages et de tous les maux qu’ils entraînent après eux. Cette cérémonie couvrait les faiblesses des jeunes filles d’un voile impénétrable, leur rendait leur innocence première et assurait à leurs maris une tranquillité qu’aucun nuage ne pouvait plus troubler et ne contribuait pas peu à leur bonheur mutuel. Naigeon. V. N. III, 234: [Estrangere].

32, Chaussure.—Signifie ici les hauts-de-chausses ou culotte, le reproche que leur fait Montaigne de dessiner d’une façon trop apparente les parties sexuelles ne laisse aucun doute à cet égard. V. N. I, 176: Public, et I, 499: [Chaussure].

32, Suysses.—Les régiments suisses qui, à la solde de la France, entraient dans la composition de nos armées, depuis l’an 1521, époque à laquelle leur pays avait conclu avec François Ier une alliance perpétuelle.

34, Grecgues.—Grègues, espèce de hauts-de-chausses ou culotte; ce mot s’emploie encore quelquefois et toujours au pluriel.

214,

2, Vray.—Les nations les moins avancées en civilisation, dont les mœurs conservent leur simplicité primitive, portent encore des vêtements qui accusent dans toute leur réalité chez la femme les formes des parties qu’elles recouvrent; mais on peut en dire autant des costumes tailleur et des corsets dits de la faculté et autres de nos jours, qui chez nous les moulent bien autrement, en en rectifiant en outre l’esthétique.

4, Pied.—C.-à-d.: Alors, on instruisait le public des avantages qu’à cet égard on avait reçus de la nature (aujourd’hui il ne faudrait pas s’y fier), comme à présent on donne la mesure de son bras ou de son pied.

5, Veue.—Des dames du pays, aj. l’éd. de 88.—Ce bon homme paraît être le pape Paul IV (Caraffa), qui régna de 1555 à 1559. Vers la même époque, un prince Pamphyle, à Rome, à la sollicitation des Jésuites, mutila pareillement la plupart de ses statues et tableaux; postérieurement, dit-on, il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. On cite encore le duc de Mazarin, époux d’une des nièces du Cardinal, et la duchesse de Guise comme ayant commis le même vandalisme. Bien avant eux, à la fin du VIe s., S. Grégoire avait fait mettre à couvert certaines statues antiques de Rome que les étrangers venaient considérer plus par amour de la chair que par amour de l’art. Un autre pape avait fait entourer de voiles de plomb les parties trop nues de magnifiques statues placées aux angles d’un tombeau monumental. La même idée fit, à Paris, sous Charles X, adopter sous la forme d’une feuille de vigne, une mesure analogue, qui s’applique parfois encore.

8, Deesse.—Cérès.

13, Ruunt.—Virgile, Georg., III, 244, que Delille traduit:

«Amour, tout sent tes feux, tout se livre à ta rage,

Tout, et l’homme qui pense, et la brute sauvage,

Et le peuple des eaux, et l’habitant des airs.»

14, Platon.—Vers la fin du Timée, d’où Montaigne a pris tout ce paragraphe.

18, Forcene.—Il extravague, perd son bon sens.

23, Legislateur.—«Le bon homme», c’est-à-dire le pape dont il a été précédemment parlé. Une intercalation faite dans l’éd. de 95 entre le passage où il en a été question et celui-ci qui se faisaient suite dans l’éd. de 88, en a rompu la liaison.

32, Royales.—Allusion aux images obscènes que, de tous temps, les gamins ont tracées et tracent encore grossièrement, au charbon ou à la craie, sur les murs des édifices publics et autres.

32, Vient.—De là vient que les femmes ont un profond mépris...

216,

3, Cela.—A Sparte, où il en était ainsi, il n’y avait pas de loi contre l’adultère.

12, Liuia.—Dion, Tibère.—Livie eut un grand ascendant sur l’empereur, auprès duquel elle poussait la complaisance jusqu’à le pourvoir de jeunes filles, belles et vierges; aussi parvint-elle à lui faire adopter et désigner comme successeur Tibère qu’elle avait eu d’un premier mari, auquel il l’avait enlevée, alors qu’elle était enceinte d’un second enfant (Drusus). Le mot que Montaigne rapporte d’elle est du reste tout à son éloge: elle le dit pour sauver des individus qu’on allait mettre à mort parce qu’ils s’étaient rencontrés devant elle, dans la plus complète nudité, ce qui constituait un crime de lèse-majesté.

16, Exercices.—Non seulement, à Sparte, les jeunes filles assistaient aux jeux auxquels dépouillés de tout vêtement les jeunes gens se livraient dans les gymnases, mais elles-mêmes, dans le même état de nudité, aux yeux de tous, les célibataires seuls exclus, car c’était là l’une des flétrissures qui leur étaient infligées, pratiquaient ces mêmes exercices: la course, la lutte, le jet du disque et du javelot; allant aussi chantant et parfois leurs chants, appropriés aux faits du moment, raillaient l’un des assistants, donnait à un autre des éloges, tout cela dans le but d’exciter chez tous une noble émulation.

17, Platon.—République, V.—Platon ne parle pas des femmes lacédémoniennes, mais des femmes en général.

18, Vertugade.—Ou vertugadin; gros bourrelet que les femmes portaient sous leur robe pour en faire gonfler la jupe et produire un effet analogue à celui obtenu au XVIIIe siècle des cercles en baleine dont étaient formés les paniers, et aux cercles en acier constituant la crinoline au XIXe.

19, S. Augustin.—De Civit. Dei, XXII, 17.

23, Acharne.—Excite.—Acharner est employé ici dans son sens direct, qu’il n’a plus actuellement et que rend bien l’expression triviale «porter à la peau».

24, Ventre.—Puis nous leur reprochons les désirs que nous avons fait naître en elles.

218,

5, Garde.—«La continence est une chose très difficile et de très pénible garde; il est mal aysé de résister du tout à nature; or c’est icy qu’elle est plus forte et ardente, etc.» Charron, De la Sagesse, III, 41.

8, Hallebrenez.—Épuisés, meurtris, hors d’état de subvenir à leur tâche. Hallebrené est un terme de fauconnerie qui sert à désigner l’oiseau de chasse qui a une ou plusieurs plumes rompues.

15, Occupet.—Citation dont Boileau a traduit ainsi la dernière partie:

«... Un baiser cueilli sur les lèvres d’Iris

Qui mollement résiste, et par un doux caprice

Quelquefois le refuse, afin qu’on le ravisse.»

24, Lumbis est.—Citation dont Montaigne a inscrit lui-même la traduction en marge de l’exemplaire de Bordeaux.

30, Galant.—Un homme adroit et expérimenté.

33, Choix.—C.-à-d. et non parce qu’elle se réserve pour un galant favorisé.

220,

8, Orront.—Écouteront.—Futur du verbe «ouïr» qui est encore en usage.

13, Chasteté.—On croit que cette reine est Marguerite, reine de Navarre.—On a rapproché de ce passage celui où Ovide dit: «Est chaste, celle que personne n’a jamais sollicitée.» Les deux idées ne sont pas identiques: d’après Ovide, seules les femmes qui n’ont pas été mises à l’épreuve seraient chastes, ce qui revient à nier la chasteté chez la femme; tandis que la reine dit que celles-là seules peuvent se vanter d’être chastes qui, mises à l’épreuve, n’ont pas succombé.—Corneille, dans Polyeucte, émet la même pensée:

«Ce n’est qu’en ces assauts qu’éclate la vertu,

Et l’on doute d’un cœur qui n’a pas combattu.»

Régnier, lui, se montre plus sceptique et n’épargne que la vierge

«Et la veuve, aussi bien comme la mariée,

Celle est chaste, sans plus, qui n’en est pas priée.»

16, Se forfaire.—Il peut se donner quelque liberté sans se rendre coupable.—L’éd. de 88 port.: s’affoler.—Forfaire, c’est mal faire; il est généralement suivi d’un complément et signifie alors violer, manquer à: il a forfait à l’honneur.

32, Iniure.—A été longtemps compromise et injustement soupçonnée.—«Par injure» est un latinisme: injuria, c’est-à-dire sine jure, sans justice.

38, Langage.—Ceci est rapporté dans les sentences recueillies par Antonius et Maximus.

222,

11, Douceurs.—Var. de 88: diuines graces, au lieu de: «tendres et mignardes douceurs».

19, Addresse.—Est sans influence sur moi, ne m’atteint pas.

21, Cratis.—Élien, Hist. des animaux, XII, 12.

32, Angoisse.—Le père du triumvir. Qualifié le plus méchant des hommes, par Sylla auquel il espérait succéder; il s’était composé à cet effet une troupe de gens sans aveu; chassé d’Italie, il se retira en Sardaigne où il mourut de maladie qui lui vint non tant du regret de la ruine de ses affaires, dit Plutarque, Pompée, 5, que de la douleur qu’il éprouva d’une lettre qui tomba entre ses mains, par laquelle il connut que sa femme avait forfait à son honneur.

35, Raphanique.—Surmulets, poissons de mer de même espèce que le rouget. Allusion au supplice que les Athéniens infligeaient aux adultères, consistant à leur introduire dans le corps, par le fondement, des raves ou des surmulets.

37, Honte.—Vulcain, qui, ayant surpris Vénus son épouse avec Mars, les emprisonna pendant leur sommeil dans un filet d’acier aux mailles imperceptibles et appela ensuite à jouir de ce spectacle les autres dieux qui se moquèrent de lui.

40, Molles.—Var. de 88: douces.

224,

1, Bastard.—Énée, fils de Vénus qui l’avait eu d’Anchise et auquel elle fit faire de nouvelles armes par Vulcain, quand, fuyant Troie qui venait de succomber, il passa en Italie, pour y fonder une nouvelle patrie.

22, Maltalent.—Méchanceté, dépit.

28, Don.—C’est ce qui ne fut que trop bien vérifié par un Octavius. Ce fait donna lieu à un acte de dévouement d’un des affranchis du meurtrier, qui, pour sauver son maître, se déclara l’auteur du crime; mais, quelque temps après, la vérité fut connue et justice fut faite (58). Tacite, Ann., XIII, 44.

34, Monopoles.—Assemblées factieuses.

226,

6, Chasteté.—Var. de 88: temperance.

12, Couuertement.—Hérodote, IV, 2, dit bien que les Scythes ôtaient la vue à leurs esclaves, mais il ne parle ni de leurs femmes, ni du motif que Montaigne leur prête.

13, Opportunité.—«Une femme (fort sage d’ailleurs à ce que dit l’histoire) déclarait qu’elle répondait d’elle toute l’année, hormis le mois de mai.» Payen.

27, Discrepance.—Que sommes-nous du reste, sinon un amas de pensées et de passions contraires, qui sont sans cesse en opposition entre elles?—Discrepance: contrariété, discordance, du latin discrepantia; n’est plus usité.

31, Enuis.—Mal volontiers, à contre-cœur, avec répugnance; du latin invitus.

32, Homere.—Odyssée, XVII, 347.

228,

3, Difficulté.—Et j’ai autant de peine à refuser ceux qui sollicitent mon assistance.

8, Pulmonique.—Poitrinaire, ou, comme on dit plus généralement aujourd’hui, tuberculeuse.—«En elles, dit un proverbe lorrain, le haut défend le bas.»

11, Marché.—Elles n’en rendent leur vertu que plus suspecte, d’autant que les excuses...

20, Contraire.—Ces deux dernières phrases, depuis le mot «Outre», se rapportent à ce que Montaigne a dit plus haut des femmes «qui se vantent d’avoir leur volonté vierge et froide».

26, Contrepoil.—Qui fait entendre le contraire de ce qu’elles disent.

34, Estrangere.—Qui sans ingérence étrangère, uniquement laissées à elles-mêmes.

230,

5, Adiré.—Égaré, perdu. Vient de «à dire»; est encore en usage dans le langage judiciaire: une pièce adirée, est une pièce qui est à dire, qui manque. V. N. I, 164: [A dire].

10, Fatua.—Varron, dans Lactance, 1, 22.

13, Hommes.—«Un jour, quelqu’un reprochant à Hiéron qu’il avait l’haleine puante, et lui tançant sa femme de ce qu’elle ne lui en avait jamais rien dit, elle lui répondit: «Je pensais que l’haleine de tous les hommes sentait ainsi.» Plutarque, Apophth. des rois, et dans son traité Comment on pourra recevoir utilité de ses ennemis, 7.

21, Soy.—S. Augustin conte un fait analogue: «Acindynus, consul l’an 430, étant gouverneur d’Antioche, avait menacé un débiteur du trésor public qui était en retard pour le paiement d’une livre d’or, de le faire pendre, s’il ne s’acquittait à bref délai. Celui-ci avait une femme dont était épris un homme fort riche, qui lui offrit de payer cette dette, si elle voulait passer une nuit avec lui. La femme, après avoir pris conseil de son mari qui était retenu en prison, y consentit: mais après cet homme éluda sa promesse. La victime alla porter plainte au Gouverneur qui, se reconnaissant le premier coupable pour trop de sévérité, se condamna lui-même à désintéresser le trésor et punit le mystificateur.» Bayle.

27, Entremise.—A cet égard, le monde n’a pas changé, et, aujourd’hui comme alors, combien d’hommes doivent leur fortune à leurs femmes! L’ignorent-ils? quelques-uns assurément; mais pour la plupart on n’en saurait douter, surtout quand on les entend attribuer impudemment à leur seul mérite les hautes positions auxquelles ils sont parvenus. Victor Thierry.

27, Argien.—Plutarque, traité De l’amour, 16.

29, Mecenas.—Plutarque, De l’amour, 16.—Ce fait est aussi rapporté par Cicéron d’après Lucilius qui vivait cent ans avant lui. Ce n’est donc pas de Mécène, qui vivait au temps d’Auguste, qu’il est ici question; on ignore également le Galba dont il s’agit.

31, Coussin.—On mangeait alors, chez les Romains, à demi couché sur des lits analogues aux canapés sans dossier et chaises longues de notre époque.

36, Desbordées.—Dans l’éd. de 88, cette phrase suit immédiatement ces mots qu’on a lus plus haut: «Gardons les à vn plus noble siege».

232,

6, Indes.—Arrien, Hist. Ind., 17.

13, Viure.—Diogène Laerce, II, 105; Aulu-Gelle, II, 18.—Phédon n’en fit pas métier de son plein gré, comme Montaigne le donne à entendre; mais, étant esclave, son maître l’y forçait. V. N. I, [650].

15, Vie.—«Voyant, dit Hérodote, la ville remplie de jeunes gens qui, dans l’ardeur de leurs passions effrénées, ne cessaient d’attenter à ce qui devait être l’objet de leurs respects, Solon acheta et plaça dans des lieux déterminés, des femmes toujours prêtes et à l’usage de tous»; nos maisons publiques ne sont pas autre chose.

16, Polices.—Notamment chez les Lydiens, Hérodote, I, 94; les Babyloniens, Hérodote, I, 196; etc.

17, Sollicitude.—De la jalousie.

19, Boucler.—Pris ici au figuré; réminiscence des ceintures de chasteté dont il était fait usage au moyen âge et dont il existe des spécimens dans les musées, notamment dans celui de Cluny, à Paris.

25, Rengrege.—Aggrave encore davantage.

36, Veoir.—Quelle folie d’arracher...

234,

1, Rapport.—Qui n’affligent que par la publicité qu’on leur donne.

5, Voyage.—Plutarque, Les demandes des choses romaines, 9.

10, Estrangere.—Montaigne donne de ce singulier abus qui a existé aux temps barbares de la féodalité une explication admissible. La religion, du fait de ses ministres, alors que la femme était bien peu (aujourd’hui elle est beaucoup, et va tendant à devenir trop), a pu dans le principe intervenir pour la sauvegarder quand son passé n’était pas irréprochable et assurer ainsi la paix des ménages. V. N. III, 212: [Nopces]. Par la suite le seigneur, un autre sentiment (libidinage, cupidité) se joignant à la cause première, sera arrivé à se substituer au prêtre et de la sorte se sera établi ce droit dit de jambage, de cuissage, de prélibation, dont l’existence a été niée, mais dont on retrouve de nombreuses preuves irréfutables. V. N. I, 162: [Faire]. Ce droit, suzerains clercs et laïques le possédaient bel et bien jadis et de fait en usaient quand bon leur plaisait, le remplaçant quand ils le jugeaient à propos par une redevance qui, à la longue, devint la règle quand les mœurs s’adoucirent et surtout lorsque serfs et bourgeois en arrivèrent à imposer leurs revendications.—Les chanoines de Lyon, notamment, sont mentionnés comme l’ayant possédé et s’étant longtemps refusés à y renoncer, probablement dans sa forme pécuniaire. Rabelais y fait allusion. Parmi ceux qui aujourd’hui le révoquent en doute, il en est qui y voient simplement une interprétation maligne, transmise par la tradition, de la coutume qui aurait existé au commencement, dans la Chrétienté, de consacrer à la prière les trois premiers jours du mariage, usage renouvelé, paraît-il, des Athéniens, où la mariée, durant ces trois jours, conservait sa couronne virginale.

24, Vicissitude.—Attendez-vous donc à la pareille et préparez-vous à l’être à votre tour, car tout est vicissitude dans la nature et tout y est compensé.

32, Sages.—«Les sages ne dévoilent pas leurs dissensions domestiques.» Euripide.

34, Languager.—Ou langagier; bavard, verbeux, loquace, qui aime à parler.

36, Sent.—Camus, évêque de Belley, répondit à un mari qui le priait d’engager sa femme à une vie plus honnête et plus décente: «Tout ce que je pourrais représenter à votre femme serait assez inutile; le silence de ma part, et surtout de la vôtre, me paraît beaucoup plus sage. Croyez-moi, mon ami, il vaut mieux s’appeler «Cornélius Tacitus» que «Publius Cornélius.» Naigeon.

236,

6, Pittacus.—Plutarque, Du contentement ou repos de l’esprit, 14.

6, Defaut.—Incommodité, quelque chose qui trouble notre repos et nous empêche d’être heureux.

11, Interiner.—Déclarer valable, accepter.—On dit aujourd’hui «entériner», et le mot n’est plus employé qu’en langage judiciaire.

13, Femme.—Ce cas, donné par Montaigne, comme admis par le Sénat de Marseille, pour justifier à ses yeux le suicide, est de l’invention de l’auteur; les raisons admises étaient uniquement l’adversité ou une trop grande prospérité, ainsi qu’il est indiqué, d’après Valère Maxime, liv. II, ch. III des Essais, I, 650.

17, Sourd.—C’est-à-dire qu’une femme doit fermer les yeux sur bien des peccadilles et qu’un mari ne doit pas prêter l’oreille à tous les commérages. Bonnefon.—Cette maxime est du roi Alphonse V d’Aragon, elle a été ainsi mise en vers:

«Il faut, pour qu’un hymen en tous points soit heureux,

Que le mari soit sourd et la femme sans yeux.»

23, Cheuet.—Hausser le chevet; expression usitée du temps de Montaigne pour dire «renchérir sa marchandise».

27, Flaminius.—En 192. Devant entrer en opérations contre Antiochus roi de Syrie, auquel on prêtait force alliés, pour ramener à leur juste valeur les forces de ce prince qu’on exaltait devant lui, Flaminius contait qu’un hôte, chez lequel il avait été reçu, lui ayant offert, au mois de juin, un festin où figuraient du gibier en quantité abondante et variée, on s’étonnait qu’il pût en être ainsi en cette saison. A quoi l’hôte répondit que cette diversité n’était qu’apparente, que cette venaison n’était autre que de la chair de porc déguisée par les assaisonnements. «Il en est ainsi, ajoute Flaminius, des armées du roi, dont il vient d’être fait une description si emphatique.» Tite-Live, XXXV, 49.

27, Felon.—Var. de 88: ambitieux.

39, Parties.—Ses intrigues.

238,

10, Ville.—En 48. Tacite, Ann., XI, 26, 27.

13, Insistant.—En lui résistant.

21, Intelligence.—Tacite, Ann., XI, 36.—Entre autres Mnester et Traulus Montanus. Le premier était un danseur dont Messaline était éperdument amoureuse; ne pouvant le faire consentir à ses désirs, elle pria l’empereur de lui commander d’obéir; Claude, sans plus s’inquiéter de ce dont il s’agissait, lui ordonna de faire tout ce qu’il plairait à Messaline, et dès lors, il ne fit plus de résistance.—Traulus Montanus était un jeune chevalier romain qui, dans la même nuit, avait été appelé et renvoyé par elle, qui passait avec une égalité du désir au dégoût (49).—Quelques années auparavant (42), un Appius Silanus avait été mis à mort pour l’avoir offensée en refusant de consentir à sa passion.

24, Vulcan.—Voir plus haut (III, 194): Dixerat...

240,

1, Infusus.—Tous ces mots si naturels et si expressifs se trouvent, les uns dans le passage de Virgile cité III, 194, les autres dans celui de Lucrèce qui vient d’être reproduit.

3, Rencontre.—Pointe d’esprit, jeu de mots.

4, Constante.—Douce, coulante.

7, D’efforcé.—De forcé, disons-nous aujourd’hui.

11, Penser.—A quelqu’un lui demandant la recette de son style, J.-J. Rousseau répondait: «Pensez comme moi, vous écrirez comme moi.»

23, Choses.—Plutarque, Démosthène, 1, s’exprime ainsi: «Bien tard déjà, étant au déclin de ma vie, quand je vins à m’occuper d’ouvrages latins, il m’arriva une chose étrange bien que très vraie: c’est que je n’ai pas tant compris ce qu’ils contenaient par la connaissance que j’avais de la langue, que parce que je savais ce dont il était question, ce qui m’a conduit à saisir aisément la signification des mots employés.»

30, Langue.—«La fréquente lecture d’Amyot et de Montaigne est une fort bonne initiation à l’art d’écrire, parce que les tours de phrase et certaines des expressions de leur temps ont une naïveté, une richesse ou une énergie auxquelles notre langue actuelle atteindrait difficilement.» Ch. Nodier.

33, Appesantissent.—Leur donnent plus de poids, plus de force, plus d’expression, enrichissent la langue de tours nouveaux, grâce à l’application sage et ingénieuse qu’ils savent en faire.

242,

4, Siecle.—Montaigne vise ici vraisemblablement Ronsard et son école, les poètes de la Pléiade.

5, Discretion.—Mais l’appropriation qui laisse à désirer et l’abus qu’ils en font les perdent.

8, Nouuelleté.—Pourvu qu’ils puissent trouver dans la nouveauté de quelques mots de quoi s’applaudir, ils ne se mettent point en peine de peindre exactement les choses.—«Se gorgiasser», qui signifie se plaire, se flatter, s’applaudir, est présentement tout à fait hors d’usage.

13, Emprunter.—Suivant l’idée exprimée ici, beaucoup de termes employés soit à la chasse, soit à la guerre, sont passés dans la langue, quelques-uns avec une acception un peu modifiée et, comme le prévoyait Montaigne, sans rien perdre de leur grâce. De la chasse, nous viennent: prendre son essor, tenir en ses serres, faire gorge chaude, fureter, être aux aguets, à l’affût, aux abois, sur la voie, sur la piste, sur les traces, aller sur les brisées, se rabattre, etc...; de la guerre: se ranger sous les drapeaux, se jeter dans la mêlée, recruter des adhérents, revenir à la charge, reparaître dans l’arène, être désarçonné, rompre en visière, être armé de toutes pièces, etc...

15, Maniant.—Souple, flexible, maniable.

22, Commun.—En notre langage des basses classes.

28, Mode.—Manière; du latin modus, qui signifie manière, façon.

34, Faire.—Dieu veuille qu’ils aient eu raison d’agir ainsi!

244,

2, Equicola.—Allusion aux ouvrages intitulés: «Les Assolains, de la nature d’amour» du cardinal Bembo, et «Della Natura d’Eamore» d’Equicola.

9, Antinonydes.—D’après Valère Maxime, Aulu-Gelle, Plutarque et Suidas, c’est «Antigénides».

25, Inaduertement.—Ce qui ne peut guère être autrement, puisque j’écris à la hâte et sans attention.

36, Moy.—V. N. II, 524: [Autheur].

246,

20, S’encheuestroyent.—Se mettaient la chevêtre (le licou), comme on fait à une bête de somme;—signifie ici «s’embarrasser», ce qui est son acception la plus ordinaire.

21, Eux mesmes.—Elien, De Animal., XVII, 25; Strabon, XV.—Alexandre était sur les bords de l’Hydaspe, occupé à construire la flotte qu’il envoya en reconnaissance sur le golfe Persique, lorsque sur le sommet d’une colline lui apparurent rangés en bataille un assez grand nombre de ces singes; les prenant pour des ennemis, il allait les faire charger, quand le roi Taxile, qui l’accompagnait, le détrompa; ils étaient de taille extraordinaire, c’étaient probablement des orang-outangs (nom qui en malais signifie homme de la forêt) qui existent encore dans ces contrées; ils ont une grande ressemblance avec un homme et par leur intelligence et leur conformation semblent des êtres intermédiaires entre lui et la brute; se tiennent ordinairement debout sur les pieds de derrière, sont pleins de force et d’agilité et de caractère relativement doux. Pour s’en emparer vivants, les chasseurs, quand ils en voient sur un arbre, s’établissent avec un seau d’eau à portée de leur vue et font mine de se débarbouiller, substituent à leur seau un pot rempli de glu et s’éloignent; le singe descend de son arbre, s’englue la figure et, n’y voyant plus, devient de proie facile. On procède encore, en ayant de grands sacs dans un desquels entre le chasseur qui, en se retirant, en laisse d’autres garnis de poils et enduits de glu à l’intérieur, que naturellement les singes essaient de chausser, ce qui les met à leur merci; néanmoins on les connaît peu, tous ceux qui ont été amenés en Europe, n’ayant pu y supporter les rigueurs du climat.—A la même catégorie appartiennent le Gibbon qu’on trouve également dans ces contrées, le Chimpanzé qui dans l’ensemble se rapproche encore plus de l’homme et appartient au continent africain. En Afrique se trouve aussi le Gorille, de taille beaucoup plus considérable, dépassant parfois deux mètres, beaucoup plus fort et de caractère offensif, n’hésitant pas à attaquer l’homme, dont, au contraire, les autres évitent l’approche.

25, Serments.—Ce juron s’emploie encore fréquemment; s’il est la plus droite des exclamations de cette nature, la moins droite, autrement dit la moins orthodoxe, était Jarnidieu (je renie Dieu), fort employée aussi à cette époque; d’où pour éviter un blasphème est venu Jarnicoton qui avec Ventre-saint-gris étaient les jurons habituels d’Henri IV; Louis XI disait Pasquedieu; Duquesne, Cent diables.—Par le Chien! est un juron sans signification particulière, imaginé pour éviter de jurer par les dieux, analogue à celui de Vertuchou, par la vertu du chou, qui s’emploie parfois en France. Cappari viendrait, dit-on, du nom italien du câprier, auquel cas il ne signifierait également rien; ne serait-ce pas plutôt le juron grec altéré catara, qui signifie malédiction et qui est d’usage courant dans le pays de Naples?

27, Cappari.—Diogène Laerce, VII, 32.

27, L’air.—Diogène Laerce, VIII, 6.

28, Superficielles.—Ceci a rapport à ce que Montaigne a dit plus haut, qu’«on l’a veu plus souuent iurer par similitude que par complexion»; les deux phrases se suivent immédiatement dans l’éd. de 88.

32, Enuis.—Plus à contre-cœur.

248,

11, Resueries.—C’est de ce nom que Montaigne a déjà qualifié son livre (liv. I, ch. XXV, I, 226), et Boileau dit en en parlant:

«Tantôt son livre en main, errant dans les prairies,

J’occupe ma raison d’utiles rêveries.»

14, I’ahane.—Plus je m’efforce de...

20, Soif.—Var. de 88: faim.

22, Vases.—Ses organes génitaux.—L’auteur avait d’abord écrit «ses rognons»; contre son habitude, il y a substitué le mot «vases», comme plus décent, scrupule qu’il n’avait pas eu lorsqu’il a traduit la citation de S. Jérôme (III, 218).

24, Socrates.—Dans le Banquet de Platon.

27, Cratippus.—Il enseignait à Athènes, eut pour disciple Brutus, le meurtrier de César; Pompée alla le voir après la bataille de Pharsale et en reçut des consolations.

250,

3, Platon.—Lois, I, 13.—Ce mot est cité par Polybe, XV; Clément d’Alexandrie, VIII; Synesius, II; etc.

4, Iouët.—Var. de 88: qu’on se ioue de nous, au lieu de «qu’il est... iouet».

17, Deuantiere.—Si elle est toute découverte. «Devantière» était le nom d’une sorte de grand tablier que les femmes portaient à cheval.

26, Alexandre.—Plutarque, Moyens de discerner le flatteur d’avec l’ami, 23.

39, Estendu.—Toutes les opinions s’accordent sur ce point, sans compter que l’usage si étendu de la circoncision en est un témoignage.

39, Circoncisions.—Qui en est vne punition, add. de l’ex. de Bord. qu’on a cru devoir insérer dans le texte.

252,

4, Esseniens.—Pline, Nat. Hist., V, 17.—Les Esséniens proscrivaient le mariage, la servitude et la guerre; ils formaient une sorte d’association morale et religieuse, vivant dans des espèces de monastères, mettant en commun leurs biens et se livrant à l’agriculture; ils offraient une grande analogie avec ce qu’étaient les premiers chrétiens. Ils ont duré environ deux siècles.

9, Zenon.—Diogène Laerce, VII, 13.

12, Fuit.—Var. de 88: desdaigne.

19, Atheniens.—Thucydide, III, 104.

20, Mundifier.—Purifier.

22, Pœnitet.—«Nous estimons à vice nostre estre»; Montaigne a ainsi traduit cette citation, que l’éd. de 88 fait suivre: Nous accusons en mille choses, les conditions de nostre estre.

23, Mangeant.—Jean Léon, dans sa Description de l’Afrique, dit: «Dans les déserts de Libye, les gentilshommes du pays portent en tête un linge noir, dont ils se couvrent le visage, n’en laissant apercevoir que les yeux, et vont toujours ainsi; quand ils mangent, ils lèvent leur voile pour introduire leur nourriture dans la bouche et le baissent aussitôt: ils donnent pour motif de cette singularité que de même qu’il est indécent de rejeter devant tout le monde ce qu’on a dans l’estomac, de même il est inconvenant de le remplir à la vue de chacun.»—Ce port d’un voile d’une façon continue, est encore pratiqué par les peuplades qui sillonnent le Sahara, notamment par les Touareg, et est motivé par le besoin de se protéger contre les sables ténus qui constituent le sol dans ces contrées que le moindre vent déplace, qui sont en permanence en suspension dans l’air et pénètrent partout, les vêtements aussi bien que les tentes, sans qu’on puisse s’en défendre.

23, Grandes.—Add. de 88: en toute sorte de grandeur.

254,

6, Adorées.—En Afrique: les Atarantes, dit Hérodote; les Éthiopiens (Strabon); les Atlantes (Pline).

10, Necessaires.—Var. de 88: naturelles.

18, Partisanes.—Féminin de partisans; ces lois doivent donc être des lois de parti, de faction; mais comme Montaigne oppose ici les lois partisanes de l’homme aux lois universelles de la nature, ces lois partisanes doivent être des lois partielles, particulières, comme il les nomme à la ligne suivante; de son invention, comme le porte une variante de l’éd. de Bordeaux. V. ci-dessous: [Ordonnances].

18, Fantastiques.—C.-à-d. aux tiennes qui sont dictées par tes passions personnelles et tes préjugés.

20, Ordonnances.—Var. de l’ex. de Bord.: regles positiues de ton inuention t’occupent et attachent et les regles de ta paroisse; celles de Dieu et du monde, au lieu de: «ordonnances... monde».

23, Poëtes.—De Virgile sur Vénus et Vulcain, III, 194; et de Lucrèce sur Vénus et Mars, III, 238.

26, Reseul.—Guimpe, sorte de fichu en étoffe légère.—Reseul, littéralement réseau, du latin reticulum, filet à mailles, d’où vient également réticule, nom donné au petit sac qu’actuellement les dames portent presque constamment au bras, les exigences de la mode faisant que les robes n’ont plus de poche.

29, Ægyptien.—Plutarque, De la curiosité, 3.

256,

1, Ceux-ci.—Virgile et Lucrèce.

4, Mineuses.—Minaudières, comme nous disons aujourd’hui.

6, Aualloit.—On attribue ce souhait à Philoxène, le même que Denys le Tyran condamnait aux carrières pour avoir trouvé ses vers mauvais. Aristote, Ethic., III, 10; Athénée, I, 6.

25, Commodité.—Cette mesure apportée à nos plaisirs, tournerait à notre avantage...

258,

2, Paissoit.—Diogène Laerce, VII, 130, donne une autre raison de la continence de Thrasonydes: c’est qu’il n’était pas aimé de sa maîtresse et qu’appartenant à l’école stoïcienne, ses poursuites étaient contraires aux principes de cette école qui tenait l’amour comme étant de l’amitié éveillée par la vue de la beauté. Si la raison que lui prête Montaigne eût été réelle, c’eût été bien de l’inexpérience de sa part, une occasion perdue ne se retrouvant guère, comme l’ont dit Horace: «Carpe diem (Saisis le jour où elle se présente)»; Martial: «Vive hodie (Vis aujourd’hui même)», et tant d’autres, y compris La Fontaine dans son conte de Nicaise et sa fable Le Loup et le Chasseur:

«Jouis!—Je le ferai.—Mais quand donc?—Dès demain.

—Eh, mon ami! la mort peut te prendre en chemin,

Jouis dès aujourd’hui...»

5, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 11.

11, Culilingis.—Montaigne a changé le dernier mot de cette citation pour la rendre plus acceptable.

12, Party.—Partagé.

12, Laides.—«On a cent mauvais jours pour une bonne nuit.» Remarques d’un cosmopolite, 1791.

15, Bon.—Martial, dans plusieurs de ses épigrammes, s’élève contre cette mode des baisers. Les premiers chrétiens se baisaient ainsi sur la bouche dans leurs agapes; cet usage, qui dura plus de quatre siècles, fut aboli à cause de ses conséquences. Ce mode d’embrasser les femmes de la sorte existait jadis en France; on dit qu’il est encore fréquent en Angleterre.—De nos jours, le baiser où que ce soit, est l’objet d’une campagne tendant à sa suppression par raison d’hygiène, comme propagateur de certaines maladies contagieuses: la tuberculose, la syphilis, la diphtérie, les maladies éruptives, etc. En Amérique s’est même formée une ligue contre son usage. Baiser les bibles, les évangiles, les patènes, etc., offre même danger. Les perruches en vous bécotant, les chiens en vous léchant sont susceptibles de communiquer pareillement certaines maladies, surtout, de la part du chien, des maladies parasitaires (les vers), quand ce sont des enfants qui les caressent.

22, Practiquer.—Gagner par des pratiques adroites.

24, Saillir.—L’éd. de 88 port.: sallir.

25, Faicte.—Valère Maxime, VIII, 11, 5.—Cette Vénus, qui était en marbre blanc, ornait le temple de Gnide (Asie Mineure). «Ce temple, écrit Pline, est ouvert de toutes parts, de sorte qu’on peut la contempler de tous les côtés, ce qu’on croit ne pas déplaire à Vénus; dans quelque sens qu’on l’examine, on ne cesse de l’admirer. Un inconnu, dit-on, se passionna pour elle, se cacha la nuit dans le temple, et laissa sur le marbre la tache dénonciatrice de ses amours.»—On cite dans ce même ordre d’idées, mais plus excusables parce qu’ils sont le fait d’erreurs occasionnées par l’art, sur des êtres privés de raison: un cheval hennissant à la vue d’une cavale en peinture; des chiens aboyant à la vue d’une chienne représentée dans un tableau; un taureau, à Syracuse, s’enflammant et devenant furieux, pour une génisse d’airain de parfaite ressemblance. Valère Maxime.

26, Ensueroit.—Envelopper d’un suaire, d’un linceul; ce mot, fort usité du temps de Montaigne, ne l’est plus aujourd’hui.

30, Enterrement.—Hérodote, II, 89.

31, Merueilleusement.—Var. de 88: monstrueusement.

32, Trespassée.—On ne sait d’où Montaigne a tiré ce fait. Diogène Laerce, I, 96, dit que Périandre, irrité contre sa femme par ses concubines, la tua dans un accès de colère, en la précipitant du haut des degrés de son palais, en lui donnant un coup de pied, pendant une grossesse. Quoi qu’il en soit, on rapporte aussi qu’il sacrifia à sa mémoire toutes les parures des femmes de Corinthe. Leur ayant prescrit de se réunir dans le temple de Junon, elles s’y rendirent comme à une fête avec leurs plus riches parures et là, sans distinction de rang, ni de naissance, elles furent dépouillées par des gardes apostés à cet effet, et tous leurs habits brûlés en holocauste.

34, Mignon.—D’après la Fable, avait été placé dans le ciel par Jupiter qui, ensuite, l’en chassa et le condamna à un sommeil perpétuel, parce qu’il avait osé attenter à l’honneur de Junon. Diane s’éprit d’une vive passion pour lui pendant qu’il dormait et venait souvent le visiter; il est à croire qu’Endymion cultivait l’astronomie et passait les nuits à suivre le cours de la lune et que c’est là ce qui l’aura fait passer pour son amant.

260,

7, Ailleurs.—Certains ont vu là un écho de la légende de la Belle Ferronnière qui passa pour avoir causé la mort de François Ier, dont elle était la maîtresse, parce que le mari jaloux aurait inoculé à dessein à sa femme le virus d’une maladie mortelle à cette époque, pour que son infidèle épouse la communiquât à son insu au roi; c’est peu probable, parce que le sens de la phrase porte sur un tout autre ordre d’idée et que François Ier est mort d’une fistule au périnée et non des suites d’une maladie syphilitique. Payen.

13, Comme.—Comme leur plairait la compagnie d’un gros...

29, Brutalité.—Stupidité, bêtise.

32, Rien.—Var. de 88: guere.

37, Serue.—Tyrannique, astreignante.

262,

4, Feu.—Montaigne semble disposé à généraliser ici, en ce qui touche la femme en Italie, ce proverbe qui y a cours: «A Gênes, les hommes sont sans foi, les femmes sans pudeur, les montagnes sans bois, les mers sans poissons.»

9, Liberté.—L’éd. de 88 aj.: Ayant tant de pieces à mettre en communication, on les achemine à y employer tousiours la derniere, puisque c’est tout d’vn pris. Nous courons à peu pres mesme fortune. Ils sont trop extremes en contraincte, nous en licence. De ces trois phrases, l’ex. de Bordeaux conserve les deux dernières, que nous avons cru devoir pareillement maintenir dans la traduction.

19, Sauues.—Sans encourir de dommages. On appelait jadis bague, non seulement les anneaux qui se mettent aux doigts, mais encore tous les bijoux précieux.

22, Tousiours.—Add. de 88: estoient.

23, Sarmates.—Hérodote, VIII, 117.

29, Aristippus.—Diogène Laerce, Aristippe, II, 69.

32, Nom.—Sa réputation, sa renommée.

264,

3, Tenants.—A ceux qui ont à se défendre.—Tenants est l’opposé d’assaillants.

3, Gourmandise.—Add. de 88: et de faim.

9, Scythes.—«L’amour ne meurt jamais de besoin, mais souvent d’indigestion.» Ninon de Lenclos.

16, Intestins.—Cachés et renfermés.

19, Amazones.—Diodore de Sicile, XVII, 16; Quinte-Curce, VI, 5.—Cette peuplade, sur laquelle on a peu de données précises, semble avoir pris à un moment quelque extension par la force des armes. Les Amazones se perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des pays voisins et exposaient leurs enfants mâles; on dit aussi qu’elles se brûlaient la mamelle droite pour pouvoir tirer de l’arc avec plus de facilité.—Le fait rapporté ici est, d’après Plutarque, de pure invention, et à l’appui de son dire il invoque le témoignage de Lysimachus, l’un des précepteurs d’Alexandre qui ne l’avait jamais quitté et déclarait n’en pas avoir connaissance.

33, Nous sommes.—Dans l’éd. de 88, ce paragraphe suit immédiatement la phrase du précédent où Montaigne dit que la nature a fourni les femmes de pièces uniquement propres à la défensive. Il a ajouté depuis l’histoire de Thalestris, d’où une certaine interruption dans le sens.

36, Fermir.—De fixer, d’affermir.

266,

4, Estonnent.—S’étonnent de l’inconstance en amour.

5, Incroyable.—Var. de 88: monstrueuse.

7, L’arrest.—La constance.

15, Sac.—De confiance, sans voir ni connaître ce que l’on achète. On dit aujourd’hui «chat en poche» et tel est même le texte de l’éd. de 88.—Cette expression: «acheter chat en sac» vient de ce que jadis où le braconnage était très sévèrement puni, les braconniers, pour moins s’exposer, vendaient leur gibier enfermé dans des sacs, que l’acheteur n’ouvrait même pas de peur d’être surpris; aussi parfois, au lieu du lièvre ou autre produit de chasse pour lequel il avait fait marché, ne trouvait-il qu’un chat, et, étant lui-même en faute, il n’avait garde de porter plainte.

21, Abusée.—Bayle, art. Jeanne Ire de Naples.—En 1345, André, appelé par les Italiens Andreosso, était de sa nature très ombrageux; mécontent de n’avoir aucune autorité parce qu’il n’était que le mari de la reine, alors que de son propre chef il avait des droits personnels à la couronne primant ceux de sa femme, à juste titre jaloux de ses débordements qui étaient connus de tous, redouté pour les projets de vengeance qu’on lui prêtait et son emportement, une conspiration se forma, dont tous les conjurés étaient de l’entourage de la reine, et ils l’étranglèrent avec un lacet de soie, persuadés qu’un anneau que sa mère lui avait donné était un talisman le préservant de mourir par le fer ou le poison (1547). Son frère Louis, roi de Hongrie, pour venger sa mort, envahit le royaume de Naples; Jeanne s’enfuit dans la Provence qui lui appartenait et ne put revenir dans ses états d’Italie que lorsque le Pape, au jugement duquel on convint de s’en remettre, l’eut déclarée innocente de cet assassinat, après lequel elle avait épousé son amant qui en avait été le principal auteur. Elle-même mourut étouffée en 1587.

21, Que l’action.—C’est la suite de la phrase qui commence par: «elles peuuent attaquer». Depuis l’édition de 1588, Montaigne a intercalé l’exemple de Jeanne de Naples, ce qui rend la liaison des idées moins saisissable.

22, Platon.—Traité Des Lois, XI.

27, Essayant.—Il peut advenir qu’en nous essayant, ainsi que porte l’éd. de 88.

268,

5, Personne.—Add. de 78: d’honneur.

8, Lustrum.—Il y a dans le texte d’Horace «le huitième lustre (quarante ans)», au lieu de «onzième (cinquante-cinq ans)» qu’y a plus judicieusement substitué Montaigne.

25, Consens.—Témoins.

35, Illibenter.—De ces trois vers, le premier est le commencement d’une épigramme des Veterum poetarum Catalecta, intitulée Priapus; les autres sont tirés d’une autre épigramme du même recueil, ayant pour titre Ad matronas.

41, L’essence.—Nous nous déferons aisément des vices qui ne sont tels qu’en apparence, lorsque nous n’en aurons plus de réellement enracinés en nous.

270,

2, Nouueaux.—Que nous imaginions à notre fantaisie des devoirs nouveaux.

5, Fautes.—Où les fautes sont des crimes, et où les crimes ne sont que des fautes.

10, Iustes.—Cette maxime est d’une application bien générale, qu’il s’agisse de la morale ou d’actes.

10, Superficiels.—Dont la vertu est toute en apparence.

13, Rechargeons.—Au contraire, nous en augmentons...

14, Panneaus.—Vieux haillons de drap; du latin pannus, qui signifie drap, étoffes en loques.

27, N’ont.—Qu’ils ne doivent pas s’en prendre...

30, Rythme.—Pour qu’en raison de mon peu de mesure, de règle.—Certains estiment qu’il faudrait traduire: «qui, parce que je ne m’exprime pas en vers».

31, Deux.—Théodore de Bèze (auteur du vers latin qui suit), qui a écrit dans sa jeunesse qui fut assez dissolue des poésies latines élégantes, mais licencieuses; et S.-Gelais (auteur du vers français cité après), qui, bien que dans les ordres, ne s’en livrait pas moins aux plaisirs et n’y renonça que lorsqu’il fut nommé évêque (1474).

32, Crestez.—Des plus huppés, des plus en relief.

34, Traicte.—«Quelqu’un qui prononcerait aujourd’hui ce vers parmi nous, serait regardé comme un crocheteur ivre. Défaisons-nous donc de nos préjugés, quand nous lisons d’anciens auteurs ou que nous voyageons chez des nations éloignées; la nature est la même partout et les usages diffèrent partout.» Voltaire, Dictionnaire philosophique.

272,

17, Remises.—Défaillances.

27, Desfuytes.—Détours, dissimulations, défaites.

274,

2, Capitulations.—Add. de 88: ceremonieuses.

2, Faussées.—Violées.

3, Caler.—Distendre, relâcher; terme de marine: caler les voiles, les vergues contre les mâts, c’est les replier et les fixer; signifie ici céder, ployer.

4, Fois.—Plus d’une fois, dans l’intérêt de leur honneur, j’ai maîtrisé le plaisir que j’aurais pu éprouver, dans la crainte d’exposer leur réputation en les rendant mères.

5, Assignations.—J’ai, autant que j’ai pu, pris sur moi le danger de nos rendez-vous.

16, Genitales.—Dans l’ex. de Bord., Montaigne avait d’abord ajouté: Le dessein d’engendrer doit estre purement legitime, qu’il a rayé ensuite; cette addition lève tout doute sur ce qu’il a voulu dire dans la phrase précédente.

22, Deo.—Montaigne veut dire par là qu’après avoir été exposé par l’amour à bien des traverses, il est enfin débarrassé pour toujours de cette dangereuse passion.

276,

2, Est.—Sénèque, Epist. 95; le texte porte manet au lieu d’est. La Fontaine reproduit cette idée, bien que sous une autre forme, dans sa fable des Deux chiens et l’âne mort:

«Les vertus devraient être sœurs

Ainsi que les vices sont frères.

Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs,

Tous viennent à la file, il ne s’en manque guères.»

6, Orbes.—Contondants, produisant des meurtrissures, sans occasionner de plaies.

9, Panetius.—Sénèque, Epist. 117.

16, Venues.—Les assauts, les chocs continus.

18, Ensemble.—Marcher de pair, s’accorder.—«Oh! qu’il est malaisé, dit Agésilas (Plutarque, Agésilas, 4), d’aimer et d’être sage tout à la fois.»

19, Illegitime.—Var. de 88: vitieuse.

23, Dilaier.—L’éloigner le plus longtemps des atteintes de la vieillesse.—Var. de 88: retarder.

31, Sage.—L’éd. de 88 port.: bon homme.

32, Socrates.—Xénophon, Banquet, IV, 27.

40, Humaines.—Add. de 88: en regle et.

41, Dea.—Pourquoi cela ne serait-il pas.

42, Estriue.—Lutte contre, combat, conteste, contrarie, interdit.

278,

4, Ingenieusement... affame.—Var. de 88: ingenieusement, d’éuiter toute viande et boisson, qui nous altere et nous affame, c’est-à-dire qui nous fasse desirer nouuelle faim.

5, Saturité.—Satiété; de saturitas, d’où viennent saturer et saturation.

12, Rigueur.—Add. de 88: et d’inhumanité.

14, Prosterné.—Délabré, affaibli, affaissé.

19, Desmembrons.—Var. de l’ex. de Bord.: dessirons, qui n’est autre que le mot «deschirons» qu’il avait d’abord mis et qu’il a effacé pour l’écrire avec une orthographe conforme à la manière dont ce mot se prononce en Gascogne.

21, Elle.—La «douleur» dont il vient d’être parlé, et non la «fantasie», c.-à-d. l’imagination dont il a été parlé beaucoup plus haut.

24, Colligance.—Union intime; du latin colligere, unir, joindre ensemble.

30, Refroidir.—D’en inspirer le dégoût à l’âme...

34, Infondre.—Imprégner; du latin infundere, verser dedans.

280,

4, Me tienne en haleine.—Var. de 88: m’exerce.

17, Les nerfs.—Var. de 88: l’aleine.

36, Ancien.—Bion.—Diogène Laerce, IV, 67.

282,

6, Peut.—Var. de 88: ne peut.

7, Conference.—A entretenir commerce avec des personnes auxquelles il est à charge.

14, Suiue.—Dans la Cyropédie, Cyrus haranguant ses soldats qu’il conduit contre Crésus, leur dit: «Poursuivre l’ennemi, frapper, tuer, s’emparer de tout, s’entendre louer, être libre, commander, voilà le partage des vainqueurs; un sort tout contraire attend les lâches; que ceux qui s’aiment, combattent donc pour moi!» C’est ce qui fait que nombre d’éditions des Essais portent: «Qui s’aymera, si me suyue», bien que l’éd. de 95 et l’ex. de Bord. où seul ce passage existe, porte: «Qui m’aymera, si me suiue», ce qui est en effet une erreur manifeste de l’auteur, que confirme la citation italienne qui précède. Il est probable que du temps même de Montaigne comme maintenant le dicton «Qui m’aime, me suive» était en usage, et aura causé une faute d’impression qui aura échappé à l’auteur et aura été se reproduisant d’édition en édition, jusqu’à ce qu’un éditeur avisé l’ait relevée. Toutefois le mot de la présente édition a bien été dit, notamment par Scipion Nasica ameutant ses partisans contre Tibérius Gracchus (133), et par bien d’autres depuis, parmi lesquels Philippe de Valois se résolvant à la guerre contre les Flamands (1328).—Dans la bouche de Cyrus, «Qui s’aime, me suive» a la même signification que cet appel que, chez les Romains, dans les cas de danger subit et grave, le Consul ou le Général, prenant un étendard, adressait à tous, en s’écriant: «Que ceux qui veulent sauver la République, me suivent»; ou que ce mot en France: «La Patrie est en danger», de la République de 1793.—Ce sont des gestes du même genre que celui de Sylla à Orchomène (87) voyant ses soldats plier, saisissant une enseigne et les ramenant en leur disant: «C’est ici que je veux périr; et, quand on vous demandera où vous avez abandonné votre Général, souvenez-vous de répondre que c’est à Orchomène!» De Souvaroff, en 1800, au pont du Diable en Suisse, se couchant pour obliger les siens en retraite à s’arrêter, ce à quoi il ne parvint pas. De Bonaparte cette même année à Marengo, reportant ses troupes en avant par ces mots: «C’est assez reculer, soldats! souvenez-vous que j’ai l’habitude de coucher sur le champ de bataille.»—Cette erreur en rappelle une autre de même nature, qui se rencontre dans Virgile, du fait de l’interpolation d’un copiste: «Audaces fortuna juvat», au lieu de: «Audentes fortuna juvat», qui présentent deux assertions de sens essentiellement différents: la première, en disant que le succès appartient aux audacieux quels qu’ils soient, est assez aventurée et pas toujours exacte; la seconde, en le préconisant pour ceux qui osent après avoir pesé le pour et le contre, est fort judicieuse et se réalise le plus souvent.

16, Composition.—Mélange.

19, Xenophon.—Anabase, II, 6, 15.

19, Menon.—Le même dont Platon a donné le nom à un de ses dialogues, fut l’un des chefs des Grecs à la solde de Cyrus le Jeune, lorsque celui-ci se révolta contre son frère (400); bien que soupçonné d’avoir trahi, lorsque les Perses attirèrent ces chefs et les mirent à mort, il fut arrêté avec eux et subit le même sort.

24, Galba.—Suétone, Galba, 21.

25, Miserable.—Ce misérable c’est Ovide qui, relégué en Sarmatie, écrit à sa femme, demeurée à Rome sur ses instances, pour intercéder en sa faveur et qui s’y emploie vainement, qu’apparemment le souci des maux qu’il endure a dû le vieillir, et termine par les vers qui suivent.—Frappé par Auguste, en l’an 9 de J.-C., pour un motif qui est demeuré une énigme, mais que l’on suppose être une intrigue de cour qu’il aurait connue et divulguée, Ovide ne rentra jamais en grâce, quelques sollicitations dont il fût l’objet; ses espérances de rappel semblent même s’être évanouies lors de l’avènement de Tibère. Il mourut dans son exil en l’an 18.

30, Emonez.—Diogène Laerce, IV, 31.

284,

3, Sophiste.—Signifie «ami de la sagesse»; s’employa d’abord en bonne part et c’est ici le cas; mais tomba dans le discrédit, quand ceux qui se disaient tels, se mirent à enseigner à prix d’argent l’art de parler et de disputer sur tout, faisant eux-mêmes profession de soutenir indifféremment en toutes questions le pour et le contre et à attaquer les principes les plus évidents et les plus respectés. Ils fleurirent en Grèce, surtout au Ve siècle; Socrate les combattit ardemment en détournant ses concitoyens de ces disputes frivoles pour les ramener à la recherche sincère de la vérité.

4, Harmodiens.—Aristogiton et Harmodius étaient deux jeunes Athéniens, liés d’une étroite amitié. La sœur du second ayant été outragée par Hipparque qui, avec Hippias son frère, exerçait la tyrannie à Athènes, ils conçurent le projet d’en délivrer la ville. Harmodius fut tué, après s’être défait d’Hipparque; et Aristogiton, mis à la torture pour dénoncer ses complices, nomma tous les amis d’Hippias qui furent aussitôt mis à mort. Interrogé s’il n’en restait pas d’autres, il répondit qu’il n’y avait plus que lui Hippias qui méritât la mort; celui-ci le fit aussitôt conduire au supplice (514). Leur initiative amena l’expulsion d’Hippias; les Athéniens leur érigèrent alors une statue et consacrèrent leur mémoire par des fêtes.—Bion donnait les noms d’Aristogitons et Harmodiens aux premiers poils follets qui venaient estomper le visage des jeunes gens, laissant entendre par là qu’ils les débarrassaient des importunités dont ils étaient l’objet, comme Aristogiton et Harmodius avaient mis fin à l’oppression d’un tyran. Plutarque, De l’amour, 34.

5, Non qu’en.—Mais pas autant que dans.

13, Port.—Le port, la figure de l’amour.

16, Nescit.—Longtemps avant saint Jérôme, Anacréon avait dit: «Bacchus, aidé de l’amour, folâtre sans règle.»

16, Galbe.—Bonne grâce, agréments. Ancien mot gaulois qui signifiait gros et gras, et qui, pour ce motif, donné comme surnom à un ancêtre de l’empereur Galba, est demeuré à la famille.

20, Folastrant.—Var. de 88: aueugle.

20, Ceps.—Aux fers, dans les chaînes; du latin cippus, entrave.

30, De faire... Socratique.—Var. de 88: d’entrer en cette noble troque.—Harde signifie troc, changement, et ici: sacrifice, concession.

33, Platon.—République, V.

286,

1, Preoccuper.—De s’emparer, avant ses compagnes, de la gloire...

20, Nostre.—«La vertu de l’homme et celle de la femme sont les mêmes,» disait Antisthène. Diogène Laerce, VI, 12.

22, Paele.—Le fourgon, long crochet en fer dont se sert le boulanger pour remuer la braise du four; paele, pelle dont il se sert pour enfourner et retirer les pains. L’un et l’autre faisant même service et également noircis par les cendres, «le fourgon se moque de la pelle» (dicton populaire qui se dit aussi: «le chaudron se moque de la poêle») peut se traduire: «l’un vaut l’autre», ou encore «qui critique les autres, n’est pas sans y prêter lui-même».

CHAPITRE VI.

23, Coches.—Au XVIe siècle, on appelait «coches» des voitures et aussi des bateaux affectés aux transports publics, tant par terre que par eau.—En tant que voiture le coche était à peu près le carrosse de nos jours, un landau ne se découvrant pas.

288,

6, Recueil.—Chez les Orientaux, l’usage est autre; c’est à celui de ces effets qui se produit par la bouche, provenant de vapeurs émises par l’estomac et témoignant d’une certaine satisfaction de cet organe quand il est repu, qu’ils font bon accueil. Ils ne se gênent aucunement pour le produire; sa manifestation chez eux ne blesse en rien la bienséance, et les assistants y répondent par la formule sacramentelle, الحمد الاله (louange à Dieu), qui correspond à celle de «Dieu vous bénisse», que nous répondons à ceux qui éternuent.

7, Aristote.—Problem., 33, 9.

7, Plutarque.—Dans le traité intitulé Les Causes naturelles, 11.

32, D’armes.—La citation qui suit, se trouve dans le Banquet, dialogue que Platon consacre à l’amour et qu’il termine par cet éloge de Socrate qu’il place dans la bouche d’Alcibiade.

32, Route.—Déroute. V. N. I, [366].

290,

23, Leuée.—Rompre la digue, la chaussée qui m’empêche d’être submergé.

24, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 117.

27, Robe.—A moi, comme à chacun, Dieu donne le froid, selon qu’il est vêtu: «A brebis tondue, Dieu mesure le vent.»

29, Desarmé.—M’ayant peu garni de force...

32, Littiere.—C’était un lit reposant sur des brancards, qui étaient portés d’ordinaire par des chevaux, surtout quand c’était une litière de voyage.

292,

2, Esgallement.—Les navires, à cette époque, marchaient soit à la voile (vaisseaux), soit à la rame (galères).

2, Toue.—Remorque; d’où touage, ce procédé de remorquage établi sur la Seine, dans la traversée de Paris, au moyen d’une chaîne reposant sur le lit du fleuve et sur laquelle se hèlent les bateaux remorqueurs.

15, Peres.—Tout le XVe siècle est rempli des guerres de la Hongrie contre la Turquie.

16, Rondelier.—Soldat armé d’une rondelle ou rondache, sorte de bouclier, ainsi nommé parce qu’il était rond, au lieu d’être oblong.

18, Pauesade.—Ou pavoisade, garniture de pavois ou boucliers juxtaposés en grand nombre que l’on plaçait au-dessus du pont des bateaux armés en guerre, pour mettre de tous côtés à l’abri des traits ceux qui servaient à bord, rameurs et autres.

18, Galliotte.—Galiote.—Bateau de petite grandeur.

25, Logis.—Un poste, une position, un cantonnement, un bivouac.

26, Impost.—Impotent, peu dispos.

28, Peinture.—Semblable à ceux que je viens de décrire.

30, Neantise.—Fainéantise.

31, Race.—Ces rois sont désignés dans l’histoire sous le nom de «rois fainéants», parce qu’ils étaient dépourvus de toute autorité et que l’exercice du pouvoir était entièrement aux mains des maires du palais. Ils commencent à Thierry III (673) qui se laissa gouverner par Ebroïn, puis par Pépin d’Héristal, et prennent fin à Childéric III (752), qui fut détrôné par Pépin le Bref, son maire du palais.

32, Bœufs.

«Quatre bœufs attelés, d’un pas tranquille et lent,

Promenaient dans Paris le monarque indolent.» Boileau.

34, Luy.—Et, avec lui, une jeune musicienne (la comédienne Cytheris). Plutarque, Antoine, 3; Cicéron, Philippic., II, 24; Pline, Hist. nat., VIII, 16.

34, Heliogabalus.—Æl. Lampridius, Heliog., 28, 29.

294,

1, Nud.—En des temps plus rapprochés, semblables exhibitions se sont produites. A l’entrée solennelle à Paris de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, dans le bassin d’une des places publiques, s’ébattaient deux belles filles entièrement nues.—Lors de son entrée à Anvers, Charles-Quint fut escorté d’un essaim de belles jeunes filles de la société, plus ou moins nues.—Vers 1880, à l’inauguration à Vienne (Autriche) du nouvel Opéra, le directeur, a-t-il été dit, fit défiler devant lui, dans une fête intime, le corps de ballet au grand complet, chaque danseuse, sans aucun voile, portant sur l’épaule une lampe allumée, soutenue à la manière antique.

3, Rouler.—L’historien Flavius Vopiscus, Firmus, 6, ne dit pas que Firmus attelait des autruches à son char, mais qu’assis sur elles, il semblait voler avec elles; il dit aussi qu’il montait des hippopotames et accomplissait d’autres prouesses du même genre.

13, Roy.—Discours à Nicoclès.

17, Parure.—N’ayant pas d’autre moyen de me faire distinguer, et cela m’allait bien.

18, Pleurent.—Il est des hommes auxquels de beaux habits ne conviennent pas.

21, Demosthenes.—IIIe Olynthienne.

25, Theophrastus.—C’est Cicéron, De Off., II, 16, qui est l’auteur de cette critique.

27, Aristote.—Cicéron, De Off., II, 16.

28, Commune.—La populace.

30, L’emploitte.—La dépense. Montaigne continue à reproduire les pensées de Cicéron, De Off., 17.

34, Gregoire treizieme.—S’est surtout rendu célèbre par la réforme du calendrier Julien; était très versé dans la jurisprudence; aimait les lettres et les arts et embellit Rome de plusieurs édifices; fit célébrer par d’odieuses réjouissances la S.-Barthélemy.

35, Catherine.—Catherine de Médicis, qui fit commencer les Tuileries et encouragea les travaux de Bernard Palissy, quand il eut découvert l’émail. Quant au Pont-Neuf, jeté sur la Seine à Paris où il existe encore sous ce nom, commencé en 1578 sous Henri III, ses travaux furent interrompus de 1580 à 1601, et il ne fut achevé qu’en 1604, sous Henri IV.

296,

9, Pourtant.—C’est pour cela que...

10, Porter.—Var. de 88: aporter.

11, Boëte.—Sa cassette particulière (distincte du trésor public).

12, Mien.—Plutarque, Galba, 5.—Autres temps, autres mœurs: N’avons-nous pas vu en ces temps-ci un Président de la République, élu pour entrer en charge un mois après, s’abstenir dans l’intervalle de remplir ses fonctions de Président du Sénat, en percevoir nonobstant les émoluments et croire faire largesse en faisant abandon de ces 6.000 francs au personnel inférieur sous ses ordres, à la grande admiration de tous. En équité, sinon en conscience, les avait-il gagnés et pouvait-il vraiment dire comme Galba: «Ce n’est pas du public, c’est du mien.»

17, Sien.—Aujourd’hui, et nous ne saurions le regretter, les recettes budgétaires des états sont moins que par le passé à la dévotion des souverains, qui en usaient comme ils l’entendaient; chefs d’état, rois ou autres, ont actuellement leurs revenus et leur liste civile, absolument distincts du trésor public, mais tout abus n’a pas de ce fait disparu. Il y en a qui thésaurisent comme de bons bourgeois, qui se livrent à l’agiotage, jouant sur les fonds publics en connaissance de cause comme du reste la plupart des membres du Gouvernement, grâce aux renseignements qu’ils ont avant tous autres et avec plus de certitude des événements qui peuvent influer sur les cours, il leur arrive même de les faire naître pour servir leurs intérêts. Nombreux sont ceux qui placent leurs fonds à l’étranger pour se ménager des ressources contre les fluctuations de la politique; ils n’entament même que bien peu leur liste civile dans leur représentation; quand ils ont des cadeaux à faire, des prix à allouer, ils puisent généreusement dans les manufactures de l’État, Sèvres, les Gobelins, dont c’est présentement à peu près l’unique raison d’être, dans les haras nationaux; et, à tout propos: voyages, réceptions de souverains ou visites rendues, expositions, etc., se font allouer des crédits supplémentaires; toutes choses qu’il est bon de connaître pour ne pas admirer outre mesure un faste qui, en réalité, est un surcroît de charges pour le contribuable, lequel, malgré l’apparence, en fait tous les frais.

21, Soy.—Ce principe a-t-il jamais existé autrement qu’en théorie? on en douterait à voir ce qui en est aujourd’hui, où chaque jour, au grand préjudice de nos crédits budgétaires, on crée et maintient nombre d’emplois dont le besoin ne se fait nullement sentir. Est-il rien de plus typique à cet égard que le cas des sous-préfets, devenus une superfétation depuis que les moyens de communication ont pris le développement que l’on sait (chemins de fer, automobiles, télégraphe, téléphone, machines à écrire)? leur inutilité est reconnue de tous, leur suppression est périodiquement votée; on les conserve quand même parce que ce sont de précieux agents électoraux, et que leurs emplois sont des ressources tout particulièrement décentes et avantageuses pour récompenser ce genre de services, ou encore pourvoir les créatures gouvernementales, en même temps que se ménager l’affection des villes qui en sont dotées, et à l’importance desquelles elles ajoutent; ici, comme partout, la politique intérieure intervenant, l’intérêt général est sacrifié à l’intérêt particulier.

22, D’elle.—C’est pourquoi en architecture, par exemple, il n’y a pas de véritable beauté sans l’utilité, et que dire: «Voilà un bel édifice», n’a pas de sens; on devrait dire: «Voilà une belle église, un beau palais.» Dans l’appréciation, le but poursuivi, qui est ici la destination, est la première condition dont il y a à tenir compte.—C’est ce qui fait qu’une armée dont la valeur militaire est en décroissance, une magistrature dont les arrêts prêtent à suspicion, un gouvernement qui n’a pas pour unique objectif l’intérêt public et la défense de la société, quoi qu’ils fassent d’autre part, sont jugés exclusivement sur ces points essentiels qui sont leur seule raison d’être.

34, Dionysius.—Apophth. de Plutarque.

35, Apprendroy.—J’apprendrais plutôt à un roi ce proverbe, etc. Cette sentence que Montaigne traduit après l’avoir citée est tirée de Plutarque, Si les Athéniens ont été plus excellents en armes qu’en lettres, 4, où Corinne s’en sert pour faire sentir à Pindare qu’il avait entassé trop de fables dans une de ses poésies.

298,

10, Practique.—Gagne.

16, Telle maniere.—Var. de 88: bouffons, maquereaux, menestriers et telle racaille...

35, Assenoit.—Plaçait.

300,

17, Princes.—Xénophon, Cyrop., VIII, 9 et suivants.

21, Excez.—Chez les Romains, les jeux publics faisaient partie du culte. Il y en avait de diverses sortes; les principaux étaient les «Jeux Romains» ou «Grands Jeux», institués par Tarquin l’Ancien (603); ils se célébraient du 4 au 12 septembre, tous les travaux et affaires publics étaient interrompus pendant leur célébration.

31, Coffre.—Cicéron, De Off., II, 15.—Ces reproches ne lui profitèrent guère: Alexandre se montra toute sa vie d’une prodigalité extrême. En témoignage d’admiration, il envoie 50 talents (250.000 fr.) au philosophe Xénocrate, qui les refuse d’abord, lui faisant répondre «qu’il a lui-même à satisfaire à plus de besoins que lui»; et finit par accepter 30 mines (2.700 fr.) pour ne pas désobliger ses envoyés désolés de son refus.—A un acteur qui a, dans son rôle, inséré un vers à sa louange, 10 talents (50.000 fr.).—Un de ses soldats conduisant un mulet de son trésor, l’animal étant fatigué et son conducteur pour le soulager ayant pris la charge sur son dos, Alexandre l’en gratifie.—A un courtisan tombé en défaveur, auquel il rendait ses bonnes grâces et qui lui dit: «Daignez m’en accorder un gage», 5 talents (25.000 fr.).—A l’occasion de son mariage avec Statira, fille de Darius, il acquitte toutes les dettes des Macédoniens de son armée, 9.870 talents (environ 50.000.000 fr.).—Pour les obsèques et le tombeau d’Héphestion, il dépense plus de 12.000 talents (environ 60.000.000 fr.).—Sur la fin, il avait fixé la dépense de sa table; en dehors de tous autres repas, 100 mines (9.000 fr.) étaient quotidiennement allouées pour le souper, auquel à la vérité étaient chaque jour conviés soixante à soixante-dix de ses amis, ce qui constituait encore une dépense de 150 à 160 fr. par tête.

302,

7, Probus.—Vopiscus, Probus, 19. Cet auteur donne une description détaillée de ces jeux.

15, Sufficit.—Le cens fixé par la loi pour appartenir à l’ordre équestre a varié suivant les époques; au temps de César, il était de 400.000 sesterces (77.500 fr.).

24, Vermillon.—Composition de soufre et de mercure d’un beau rouge vif.

25, Storax.—Sorte de résine jaune, brune ou rougeâtre, d’odeur agréable.

41, Surgeons.—Sources; du latin surgere, sourdre.

45, Labourez.—Travaillés; du latin laborare qui a cette signification et qui vient lui-même de labor, travail, d’où labourage, le travail par excellence.

304,

6, Retia.—Citation que Montaigne a traduite avant de la reproduire.

10, Esprits.—Bien autrement inventifs que ne sont...

14, Pas.—La puissance de la nature est infinie et l’esprit humain ne saurait préjuger ce que progressivement il lui sera donné d’en découvrir et d’en faire application, jusqu’à ce qu’une de ces évolutions prévues ou imprévues fasse prochainement ou dans des milliards de siècles, c’est tout un pour l’éternité, disparaître l’homme à son tour. Quant à ces allées et venues de la science qui font dire à Montaigne que nous tournons toujours dans le même cercle, ce qui est vrai encore et sera éternellement en ce qui touche les idées et les institutions humaines, elles provenaient de ce que jadis l’imprimerie ne fixait pas et ne propageait pas comme aujourd’hui chaque progrès réalisé; toute invention, tout perfectionnement était local et momentané, au lieu d’entrer comme maintenant immédiatement et à toujours dans le domaine public; aussi l’invention de l’imprimerie est-elle, sans conteste, la plus considérable qui se soit produite; par elle, rien ne se perd, tout progresse en bien comme en mal, seul l’homme ne change pas.

23, Poetæ.—Les deux derniers vers de cette citation sont employés ici dans un sens tout différent de celui qu’ils ont dans Lucrèce.

24, Solon.—Dans le Timée.—L’Égypte fut un des premiers états du monde connu des anciens à se civiliser, son origine se perd dans la nuit des temps; les calculs les plus modérés font régner vers l’an 2500 Ménès, le premier de leurs rois dont nos histoires font mention.

31, Formarum.—Montaigne a modifié les deux derniers mots de cette citation pour l’approprier à son sujet, qui est tout autre que dans Cicéron.

42, Auparauant.—Les Chinois font remonter leur histoire à une très haute antiquité; il semble vraisemblable d’admettre que leur premier législateur vivait vers le XXXe siècle, et eux-mêmes font partir de l’an 2637 leur ère historique. Longtemps avant les Européens, ils ont connu la boussole, l’imprimerie, la poudre à canon, mais ces inventions sont demeurées chez eux à l’état rudimentaire.

306,

7, Cettuy-là.—Le poète Lucrèce, auteur du vers qui précède et de ceux qui suivent.

14, Autre.—L’Amérique, que Christophe Colomb venait de découvrir en 1492.

16, Heure.—Il est hors de doute qu’à l’heure actuelle, toute la surface habitable de la terre nous est connue; c’est ce qui fait que les excursions dans les régions polaires arctique et antarctique sont de si peu d’intérêt, en dehors de la notoriété qu’y recherchent ceux qui s’y livrent; mais il est non moins indubitable que des modifications considérables peuvent se produire sur la surface terrestre; que de nouveaux continents peuvent surgir, d’anciens disparaître, sous l’action des forces constamment en travail dans l’intérieur de notre planète; comme aussi de notables changements climatériques se produire, le Gulf Stream par exemple se modifiant, ou d’autres courants s’établissant, et les conditions dans lesquelles elle est habitée s’en trouver pareillement modifiées.

22, Siecle.—C.-à-d. si de ce que dit ce poète pour prouver la jeunesse de son siècle, nous concluons que notre monde avance vers sa fin...

26, Contagion.—Par notre communication avec lui.

30, Practiqué.—Gagné.

32, Eulx.—Les Américains.

34, Cusco.—Les Péruviens regardaient cette ville comme sacrée; on y admirait le temple du soleil, l’un des plus vastes et des plus riches qui aient jamais existé, et le palais des Incas (dynastie régnante lors de la conquête du Pérou par les Espagnols).

308,

19, Dure.—Allusion aux casques, cuirasses, hauberts, brassards, cuissards, etc... en métal que portaient Fernand Cortez, Pizarre et leurs compagnons.

26, Inexperimenté.—Si n’ayant aucune idée des effets de ces armes, il eût été soudainement attaqué.

310,

28, Mercadence.—Les avantages du commerce, du latin merces, marchandise.

34, Miserables.—Dans les Essais apparaît partout ce noble sentiment d’humanité, premier bienfait de la philosophie: mais il ne se montre nulle part plus énergique et plus éloquent que lorsque Montaigne portant ses regards sur le Nouveau Monde, n’y aperçoit de tous côtés que des bourreaux et des victimes. Abbé Jay.

34, Mines.—Il s’agit ici de l’expédition (1513 à 1517) de Balboa, officier espagnol qui, à la recherche des régions où gisait l’or trouvé au Mexique, au moment de sa conquête, parvint, par l’isthme de Panama, jusqu’à l’Amérique du Sud, mais dut rétrograder, n’ayant pas de troupes suffisantes.

312,

33, Enfance.—Voilà comme balbutiaient ces prétendus enfants.

36, Cannibales.—Ceci donne une idée de ce qu’étaient mes Cannibales, c.-à-d. ces hommes du Nouveau Monde que nous traitons de sauvages.

39, Peru.—Atahualpa, dernier roi du Pérou, de la famille des Incas. Fait prisonnier par Pizarre, il fut, quelques mois après (1533), étranglé par son ordre. Zarate, II, 7; de la Vega, I, 36; Gomera, 117; Herrera, V, III, 4 et autres historiens de la conquête de l’Amérique.

314,

9, Preuue.—On forma contre lui une accusation aussi fausse que les preuves qu’on en donnait, savoir qu’il...

19, Mexico.—Guatimozin, dernier empereur indien de Mexico. Fait prisonnier par Fernand Cortez en 1521, après avoir vainement tenté de défendre sa capitale contre ce chef espagnol, il fut d’abord traité avec générosité, mais plus tard eut à endurer les plus cruels tourments dans le but de lui faire dénoncer où se trouvaient ses trésors et finalement fut pendu en 1522. Bernal Diaz del Castillo, 157; Gomera, 146; Herrera, III, 11-8; Torquemada, I, et autres historiens de l’Amérique.

32, Cour.—Le cacique de Tacuba.

35, Mercy... plus.—Var. de 88: congé de dire ce qu’il en sçauoit, pour se redimer de cette peine insupportable.

316,

3, Roy.—Disons plus, un roi si grand...

4, Honteuse.—Var. de 88: vaine.

12, Ventent.—Var. de 88: publient.

24, De Castille.—Var. de 88: d’Espagne.

25, Mal voulus.—Haïs, à qui on veut du mal. Diego d’Almagro qui le premier pénétra dans le Chili, et qui dans le principe avait marché d’accord avec Pizarre le conquérant du Pérou, battu par lui à Cusco, y fut décapité par son ordre (1538). Son fils, ralliant ses partisans, vengea son père, par le meurtre de Pizarre (1541); et peu après éprouva le même sort que lui, dans le même lieu (1542). Gonzalès Pizarre, frère du précédent, se substitua à lui au Pérou, où pendant trois ans il régna en maître, jusqu’à ce que par ordre de Charles-Quint il fut arrêté et mis à mort comme rebelle (1544).

31, Prudent.—Philippe II, roi d’Espagne. Sous son règne (1556 à 1598), les colonies espagnoles de l’Amérique et des Indes rapportèrent immensément d’or et d’argent; mais ce prince consomma follement toutes ces richesses dans ses vains projets de monarchie universelle, et à sa mort, le trésor était vide et obéré.

318,

2, Commerce.—Employé au commerce, en achat de marchandises; emploite signifie ici achat ou emplette, comme on écrirait et prononcerait aujourd’hui.

17, Paumes.—Environ cinq mètres.

320,

6, Perennes.—D’eaux vives coulant continuellement, ne tarissant pas, du latin perennis, continu, permanent.

9, Chef.—Au bout, à la fin de la journée de marche, de chaque étape.

17, Apres.—Voir à ce sujet et sur tout ce qui précède, Robertson, Histoire de l’Amérique, liv. VIII. L’auteur, dans cet ouvrage, s’applique à réduire dans une juste mesure l’exagération des premiers historiens de la conquête du Nouveau Monde.—A ce travail gigantesque qu’était cette route de Quito à Cusco, on peut assimiler le Grand Canal impérial de la Chine qui met en relations Pékin, la capitale du Nord, avec Nankin, la capitale du Sud, et avec Canton; ce canal a été commencé au IXe siècle av. J.-C. et les travaux en sont continués jusqu’à nos jours; il offre une superbe voie navigable de 2.700 kil. sans compter de nombreux embranchements. Ce canal peut faire le pendant de la grande muraille élevée également en Chine sur la frontière N. et N.-E. pour protéger l’empire contre les incursions des nomades: Mongols, Mandchous, Tartares, et qui, formée d’un parapet de terre, revêtu de briques dans certaines de ses parties, s’étend sur une longueur de 1.700 kilomètres, a 6 ou 8m d’élévation et forme une sorte de chaussée pavée, assez large pour donner passage à 5 ou 6 cavaliers de front; il est aujourd’hui ruiné en bien des endroits. Gal Niox.

26, Terre.—A la bataille de Caxamalca (1532). De la Vega, II, 1, 25. Ce fut Pizarre lui-même qui le précipita ainsi de sa chaise à porteurs.—Avaller, c’est mettre à val, jeter bas.

CHAPITRE VII.

322,

2, Tomber.—Par exemple, par abdication comme firent Dioclétien, Charles-Quint, Marie-Christine; ou encore, comme les chefs d’état élus pour un temps déterminé et qui quittent le pouvoir à l’expiration de leur mandat, ou spontanément parce qu’ils ne veulent pas se prêter à des exigences que réprouve leur conscience.

9, D’affaire.—De difficulté.

15, Esgarée.—Détournée.

25, L’autre.—César.—En traversant les Alpes, dit Plutarque, César, 3, il passa par une bourgade de Barbares, habitée par quelques malheureux ayant grand’peine à vivre; dans son entourage, on se demandait en plaisantant si là aussi on intriguait pour obtenir les charges publiques et s’il y avait des compétiteurs. César, prenant la parole, dit: «Je ne sais, mais quant à moi, je préférerais être le premier ici, que le second à Rome.»

28, Incognu.—Ni avoir à me débattre aux portes avec un huissier, comme un misérable inconnu...

30, Moyen.—L’aurea mediocritas d’Horace.

«La médiocrité est le trésor des sages.» Voltaire.

«O médiocrité,

Mère des bons esprits, compagne du repos.» La Fontaine, Les souhaits.

«Si le bonheur nous est permis,

Il n’est point sous le chaume, il n’est point sur le trône:

Voulons-nous l’obtenir, amis?

La médiocrité le donne.»

32, Autrement.—Que désiré.

324,

2, A l’equipollent.—Par contre, en revanche, en compensation, en récompense.

7, Encombriers.—Accidents, empêchements, encombrements.

10, Regulus.—Vainqueur des Carthaginois en Sicile et en Afrique, il fut à son tour défait par eux et fait prisonnier (256). Quelques années après, en 250, les Carthaginois lui donnèrent la liberté sur parole, afin qu’il accompagnât la délégation envoyée par eux à Rome pour traiter de l’échange des prisonniers; mais au lieu d’appuyer cette mesure, il ne prit la parole au Sénat que pour en dissuader ses concitoyens, et, après avoir parlé ainsi contre lui-même, ne craignit pas de revenir prendre ses fers à Carthage; on l’y fit périr au milieu d’atroces supplices.

12, Luy.—Cicéron, De Fin. bon. et mal., II, 20, auquel Montaigne a emprunté ce parallèle entre Th. Balbus et Régulus, donne sans conteste la préférence à ce dernier: «La vertu, dit-il, ne laisse pas de proclamer plus heureux que Thorius vidant sa coupe sur un lit de roses, Régulus qui, retourné de Rome à Carthage sans y être contraint autrement que par la parole qu’il en avait donnée à ses ennemis, périt au milieu des plus cruels tourments, déchiré par la faim et les veilles.»

13, Mienne.—Les comparer à la mienne...

16, Aduenir.—Ce mot a ici le sens d’atteindre, comme le mot «aveindre» qui est au commencement de ce chapitre; tous deux dérivent du latin advenire.

17, Vsage.—Cette manière de voir, Montaigne a eu occasion de la traduire en fait, lorsque prirent fin ses fonctions de Maire. Il était absent, sa charge allait expirer, il n’avait plus qu’à présider à l’élection de son successeur; à ce moment la peste sévissait avec intensité à Bordeaux; il ne crut pas, dans cette situation, devoir s’y rendre. Cette attitude, contraire aux idées de nos jours, si différente de celle tenue par Rotrou dans le siècle suivant, dans des circonstances presque identiques, lui a été vivement reprochée en ces derniers temps; jusque-là on n’y avait pas prêté attention, parce qu’il était au terme de son mandat et que ce n’était pas en opposition aux idées de l’époque, bien que se soient produites à ce moment de très honorables exceptions. En cette occasion, Montaigne a été conséquent avec lui-même; homme de devoir, il ne lui convenait pas d’être sans nécessité un héros. «Rien de trop» était aussi du nombre de ses devises.

20, Perse.—Hérodote, III, 83.—A la mort de Cambyse, roi de Perse (522), un mage se fit passer pour son frère Smerdis, que lui-même avait fait mettre à mort (V. III, 178 et N. [Fié]), et lui succéda. La supercherie ayant été reconnue, il se forma un complot de sept grands de l’empire (Otanez était du nombre) qui tuèrent l’usurpateur (V. II, 332 et N. [Deux]). Pour le remplacer sur le trône, il fut convenu entre les conjurés que le premier d’entre eux dont le cheval hennirait au lever de l’aurore aurait la couronne. Ce fut Darius qui l’obtint par l’artifice de son écuyer qui avait envoyé d’avance une cavale au lieu du rendez-vous. C’est à cette épreuve que renonça Otanez, aux conditions qu’indique Montaigne.

25, Commande.—Ayant autant d’aversion à commander qu’à être commandé.

29, Desmesurée.—Cette situation s’est bien modifiée; dans les monarchies constitutionnelles, comme dans certaines républiques, qui ne diffèrent qu’en ce que, là, la royauté est à vie et héréditaire, au lieu qu’ici, le président est nommé à l’élection et pour un temps déterminé, le chef de l’état a plus le pouvoir d’empêcher que celui d’agir. Nonobstant, si restreint qu’il soit devenu, ce pouvoir est encore considérable et suffisant pour prévenir le mal, sous condition qu’il soit dévolu à un homme de caractère, qui ne soit inféodé à aucun parti, et qui, au lieu de toujours céder, use des moyens que la Constitution met à sa disposition, pour arrêter ce qu’il condamne dans son for intérieur ou même dans des manifestations platoniques; mais combien en agissent différemment, trahissant par leur faiblesse les intérêts qui leur sont confiés. A Siéyès revient dans les temps modernes l’honneur de cette conception, et il espérait au début faire accepter ces fonctions au général Bonaparte. On sait quel accueil fut fait à sa proposition. Ce rôle de fétiche, assez semblable à celui des derniers rois de la race mérovingienne, qui toutefois n’est telle que lorsque la personnalité n’en impose pas, car ici, comme en tout, tant vaut l’homme, tant vaut la chose, a été assez exactement défini par cette boutade humoristique attribuée au roi des Belges Léopold I, un jour que le Président de son conseil des ministres cherchait à l’intéresser aux difficultés avec lesquelles il était aux prises: «Avez-vous la majorité? Si oui, permettez que j’aille me promener; si non, allez-y vous-même!»

326,

4, Finer.—Trouver, disposer. Signifie proprement: mettre à fin, venir à bout de trouver.

5, Escossois.—Deux ouvrages d’auteurs écossais.

6, Populaire.—L’auteur qui se fait l’avocat du gouvernement par le peuple.

20, Eux.—J.-J. Rousseau disait: «Je respecte trop M. le prince de Conti, pour ne pas toujours le gagner aux échecs.»

27, Faëes.—Enchantées.

27, Brisson.—Plutarque, Du contentement ou repos de l’esprit, 12, dont le fait est tiré, appelle ce même athlète Crisson dans un autre de ses ouvrages, Comment discerner le flatteur de l’ami, 15.

32, Gaigné.—Saint-Simon rapporte une sincère admonestation du duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, fils de Louis XIV, à un jeune courtisan qui se laissait toujours vaincre par ce prince au jeu du palet.

34, Crocheteur.—V. N. I, [542].

35, Troye.—Vénus, dans l’Iliade, voulant sauver Énée son fils, blessé et sur le point de succomber sous les coups de Diomède, est elle-même légèrement blessée au bras.

35, Saincte.—Déesse.

328,

11, Qualitez.—Les bonnes qualités des princes...

18, Qualité.—D’être prince.

25, Tybere.—Il ne semble pas que le Sénat romain décernât des prix d’éloquence; Suétone ne mentionne que le refus par Tibère du surnom de «Père de la patrie» qui lui était offert.

27, Ressentir.—Prévaloir.

30, Costé.—Penchant un peu sur le côté. Plutarque, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.

31, Dionisius.—Plutarque, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.

34, Luy.—Philippe de Macédoine ayant eu un œil crevé au siège de Méthone, Clisophus, un de ses courtisans, ne parut plus devant lui qu’avec un bandeau sur l’œil.

34, Greueures.—Hergnes ou hernies.

35, Plutarque.—De la différence entre le flatteur et l’ami, 8; mais Montaigne a légèrement altéré la narration du fait en question.

330,

2, Mitridates.—Plutarque, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.

7, Fauorinus.—Spartien, Adrien, 15. Favorinus jouit quelque temps de la faveur de l’empereur Adrien, mais finit par se l’aliéner par ses sarcasmes.

10, Asinius Pollio.—Macrobe, Saturn., II, 14.

12, Proscrire.—«A qui peut tout prendre, donne ce qu’il demande.»

14, Carrieres.—Plutarque, Du contentement de l’esprit, 10; Diodore de Sicile, XV, 6, 7; Diogène Laerce, III, 18 et 19.—Philoxène ayant exprimé trop franchement à Denys l’Ancien, à la cour duquel il vivait, sa pensée sur des vers de celui-ci, le tyran l’envoya aux carrières (lieux d’où on extrait des pierres); quelque temps après, en étant sorti et consulté à nouveau par Denys sur le mérite d’une pièce nouvelle qu’il venait de composer, au lieu de répondre, il se contenta de dire: «Qu’on me ramène aux carrières»; cette fois, le maître se mit à rire et pardonna.—Le mot est devenu proverbial, c’est être prêt à recommencer ce qui vous a déjà attiré une injuste persécution.

14, Esclaue.—Platon, se trouvant à Syracuse, s’attira par sa franchise la colère de Denys l’Ancien, qui le fit vendre comme esclave (398) pour le prix de vingt mines (1.822 fr.); les autres philosophes se réunirent pour le racheter et le renvoyèrent en Grèce, en lui rappelant comme un avis salutaire qu’un philosophe doit parler à un tyran le plus doucement possible. Plutarque, Du contentement de l’esprit, 10; Diodore de Sicile, XV, 6, 7; Diogène Laerce, III, 18 et 19.

15, Ægine.—Le cardinal de Richelieu eut un pareil accès de jalousie littéraire contre Corneille; et, à l’apparition du Cid, il fit critiquer la pièce par l’Académie (1636); par la suite, il revint sur cet acte de faiblesse, accorda une pension au poète, auquel l’Académie ouvrit ses portes (1647).

CHAPITRE VIII.

Chapitre des plus intéressants, dont le sujet est traité à fond et sans digressions étrangères. On y trouve des réflexions sur l’utilité de la conversation que Montaigne considère comme plus instructive que l’étude des livres qui est languissante et n’échauffe pas; une peinture très vive et très spirituelle des vices qui accompagnent d’ordinaire les disputes, et, à ce sujet, un mot en passant sur l’abus que les savants font de la science. Montaigne constate encore que ce qui frappe nos sens, est la cause déterminante de nos jugements; il donne une règle pour juger de la capacité d’un homme dans la conversation et termine par une appréciation sur le génie et le caractère de Tacite. Naigeon.

17, L’aduertissement.—Var. de 88: le seul exemple.

18, Platon.—Lois, XI.

24, Euiter.

«Heureux celuy qui, pour devenir sage,

Du mal d’autruy fait son apprentissage!»

332,

5, Similitude.—Var. de 88: exemple.

6, Caton.—Plutarque, Caton, 4.

8, Lyre.—C’était un thébain, du nom de Gémonide; il faisait jouer devant ses disciples de bons et de mauvais joueurs de flûte et disait: «En ce mode, il faut jouer; en cet autre, non.»

20, Mauuais.—«Un fol avise un sage.» Proverbe.

20, Ordinaire.—Au lieu du développement qui suit, l’éd. de 88 porte seulement: la veuë ordinaire de la volerie, de la perfidie a reiglé mes meurs et contenu.

24, Inuincibles.—Au-dessus de ma portée.

25, Conference.—Conversation, discussion.

29, Parler.—C’est généralement ce dont conviennent les personnes qui, ayant joui de tous leurs sens, ont plus tard perdu soit l’ouïe, soit la vue. Ceux que ce malheur n’a pas atteints, peuvent néanmoins se faire une opinion à cet égard, s’ils ont eu occasion de remarquer combien en général les aveugles conservent leur bonne humeur et recherchent la société, tandis que les sourds demeurent taciturnes et la fuient, parce qu’ils s’y trouvent isolés.

334,

20, Autres.—S.-ent. Pyrrhoniens.

24, Balance.—Emblème de Montaigne.

34, Nature.—Encore faut-il reconnaître que les opinions accidentelles du vulgaire peuvent être de quelque poids, qu’elles ne sont pas absolument vaines et fantastiques, de pures rêvasseries...

336,

17, Instruit.—Var. de 88: aduertit.

21, La decision.—Var. de 88: le iugement.

27, Troigne.—Trogne, air, mine; ce mot, devenu trivial, ne s’emploie plus qu’en mauvaise part.

27, Magistrale.—D’un visage, d’une mine arrogante et trop impérieuse.

31, Ceder.—Add. de l’ex. de Bord: Ouy, à mes despens, que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.—Montaigne veut dire que dans les discussions, il cède souvent plus par civilité que par conviction, et il en donne la raison.

36, Soys.—Quelle que soit la forme sous laquelle on me connaîtra, soit qu’on me condamne, soit qu’on m’approuve.

338,

2, Paille.—Je me brouille.—«Rompre paille» avec quelqu’un, c’était déclarer ouvertement qu’on cessait toute relation avec lui. Quand, aux temps féodaux, un vassal voulait rompre les liens qui l’unissaient à son seigneur, il lui envoyait une paille rompue, ou en rompait une devant lui; ainsi agirent, à Soissons, Robert comte de Paris et ses adhérents à l’égard de Charles le Simple ne voulant pas leur accorder le renvoi de son ministre Hagenon (922).

5, Suiure.—Si on fait difficulté de le suivre.

5, Recueilloit.—Accueillait, recevait.

15, Antisthenes.—Plutarque, De la mauvaise honte, 12.

31, Theme.—Du sujet de leur dispute.

340,

9, Republique.—Liv. VII, vers la fin.

14, Artiste.—Artificiel, savant.

18, Similitude.—Var. de 88: comparaison.

19, Plus.—L’un s’attache à un mot, à une comparaison; un autre ne sent plus...

20, Vous.—Add. de 88: respondre.

22, L’effort.—Le fort; altération du fait de la prononciation gasconne.

30, Alemaigne.—Querelle d’Allemand; querelle sans raison sérieuse.

342,

5, Differendum.—Lire disserendum.—C’est ce qu’Épicure pensait de la dialectique des Stoïciens, au dire de Cicéron.

9, Arts.—Professeur d’humanités et de philosophie.

27, Latentes.—En marge de l’ex. de Bord. Montaigne a inscrit la traduction de cette citation, et aussi le membre de phrase auquel, dans Sénèque, elle fait suite: Numquam auctores, semper interpretes (jamais auteurs, toujours traducteurs); mais l’une et l’autre de ces deux additions ont été ensuite rayées.

30, Nullement.—Var. de 88: rarement.

32, Exinanition.—Épuisement, anéantissement; du latin exinanitio, qui a même sens; on dit plus simplement aujourd’hui «inanition».

37, Marotte.—Sorte de sceptre surmonté d’une tête coiffée d’un capuchon bizarre de différentes couleurs et garni de grelots; c’est l’attribut de la folie, c’était celui des fous des rois.—A l’imitation de Montaigne, on a dit:

«Egarant parfois les humains,

La science est sublime ou sotte;

C’est un sceptre en certaines mains,

En d’autres c’est une marotte.» Kerivalant.

344,

6, Protagoras.—Euthydème et Protagoras sont les deux contradicteurs de Socrate dans les deux dialogues de Platon qui portent leurs noms, dirigés tous deux contre les sophistes, dont le second surtout était un des échantillons le plus complets. Il avait été portefaix dans sa jeunesse, était devenu disciple de Démocrite, puis avait tenu école de rhétorique et de grammaire: il fut un des premiers qui fit payer ses leçons. Il enseignait que sur toute question on peut également plaider le vrai et le faux; que tout est arbitraire, lois, vertu, vérité; qu’on ne peut savoir s’il y a des dieux ou non. Protagoras avait écrit sur la rhétorique, la physique, la politique, mais tous ses écrits furent brûlés par ordre des magistrats d’Athènes. V. N. I, 212: [Peine].

16, Diuine.—Montaigne traduit ici Lactance, Div. Inst., III, 28.

22, Fist.—C’est malheureux parce qu’en regardant autant l’avocat que la cause, on en arrive à ce que de bonnes causes sont si souvent gâtées par la manière dont elles sont défendues, et que de mauvaises triomphent uniquement par le talent de leur avocat.

346,

3, Pourtant.—C’est pourquoi.

10, Passé.—Héraclite.—Juvénal, X, 32.

12, Mison.—Diogène Laerce, I, 108.

26, Moy.—Quand on voit quelqu’un commettre une faute, il faut se demander, comme faisait Platon: «Est-ce que je ne lui ressemble pas?» Plutarque.

33, Olet.—Proverbe latin rapporté par Erasme et dont Montaigne a changé le premier mot, substituant stercus (fumier) à crepitus (vent sonore).—Add. de 88: Somme, il faut viure entre les viuants et laisser chacun courre sa mode, sans notre soing et alteration.

36, Clairement.—«Comment peux-tu dire à ton frère: Laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien?» Évangiles selon Saint Matthieu et selon Saint Luc.

37, Inaduertence.—«Les mêmes défauts qui, dans les autres, sont lourds et insupportables, sont chez nous comme dans leur centre; ils ne pèsent plus, ils ne sont plus. Tel parle d’un autre et en fait un portrait affreux, qui ne voit pas qu’il se peint lui-même.» La Bruyère.—La Fontaine a traité de même façon ce même sujet dans sa fable de La Besace:

«Lynx envers nos pareils et taupes envers nous,

Nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes.

On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain.

Le fabricateur souverain

Nous créa besaciers, tous de même manière,

Tant ceux du temps passé que du temps d’aujourd’hui.

Il fit pour nos défauts la poche de derrière,

Et celle de devant pour les défauts d’autrui.»

39, Entendement.—Et gentil personnage, add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.

348,

9, Age! si.—Certaines éd. post. portent Agesis; la signification est la même, toutefois les deux mots séparés accentuent davantage la forme conditionnelle et par suite ironique.

11, Tache.—C.-à-d. je n’entends même pas que, pour accuser, il faille être exempt des mêmes vices qu’on reproche à un autre.

20, Socrates.—C’est Platon qui le lui fait dire dans le Gorgias.

22, Cela.—C.-à-d. qu’en général pour contenir et persuader les hommes, il faut parler à leurs sens.

34, Passées.—Luther, Calvin et autres, promoteurs de la religion réformée.

350,

3, Conference.—Il en est de même de la conversation.

8, Morguant.—Et qui a tant de morgue.

13, Commune.—A la conversation ordinaire, à parler de choses communes.

33, Effectuelle.—Effective. Autant celle qui est en paroles, que celle qui se traduit par des actes.

352,

8, Ineptes.—Inaptes, inhabiles.

13, Engin.—Esprit.

16, Socrates.—Dans la République de Platon, VI.

17, Estuyée.—En mauvais étui.—Placée en un lieu qui ne lui convient pas, comme une liqueur fine qui se gâte, si elle est renfermée dans un vase qui n’est pas net.

18, Affollent.—Se nuisent à eux-mêmes.

27, Pourtant.—C’est ce qui fait que pour eux le silence est non seulement...

30, Apelles.—Plutarque, Des moyens de discerner le flatteur d’avec l’ami, 14, et Elien, Hist. div., II, 2, racontent ce trait comme étant de Zeuxis.—Alexandre, grand admirateur de son talent, ne permit qu’à Apelles de faire son portrait. C’est aussi de lui qu’on cite le trait suivant: il exposait ses ouvrages à la vue du public pour recueillir les jugements des passants; dans le nombre, un savetier qui venait de critiquer une sandale, se mit à vouloir juger aussi du reste du tableau; mais le peintre l’arrêta, lui disant ce mot passé en proverbe: «Ne sutor ultra crepidam (que le savetier ne juge pas au delà de la chaussure)», ce que Voltaire a réédité avec une variante: «Faites des perruques, Monsieur André,» dit-il à un André perruquier qui avait composé et fait imprimer une tragédie des plus médiocres qu’il lui avait dédiée.—«Fou qui se tait, passe pour sage,» dit un proverbe.

30, Ouurouer.—Ouvroir, boutique, atelier.

37, Impertinemment.—Non pertinemment, sans être à même.

354,

1, Merite.

«Ce monde n’est rien qu’une loterie

De biens, de rangs, de dignités, de droits,

Brigués sans titre et répandus sans choix.» Voltaire.

4, Suos.—Cette citation, tirée d’une épigramme de Martial, a été traduite en vers par Constant Dubois, qui la termine ainsi:

«La vertu des sujets est de chérir leur maître,

Celle des souverains est de les bien connaître.»

17, Yssue.—Tite-Live, Diodore de Sicile estiment qu’il faut juger du mérite des personnes, non par le succès de leurs entreprises qui est tout entier du domaine de fortune, mais d’après les moyens qu’ils ont mis en œuvre.—«A Carthage, dit Tite-Live (XXXVIII, 48), on condamne à être crucifiés les généraux d’armée qui, dans une expédition militaire, n’ont pas bien pris leurs mesures, lors même que le succès a favorisé leurs entreprises.»

28, Succedoient.—Réussissaient.

30, Fortune.—Plutarque, Apophth. des anciens rois, princes et capitaines. Prologue.—«Et son roi», aj. l’historien grec qui en outre porte «Siramnez».

32, Elles mesmes.—«Le monde se gouverne par lui-même», disait le pape Urbain VIII.—Les opinions les plus diverses se sont produites au sujet de la part que la fortune, le hasard, la chance jouent dans la vie humaine. Notre bonne et notre mauvaise fortune, disent les uns, dépendent de notre conduite; la fortune est un fantôme que la religion a aboli; la fortune favorise ceux qui osent. D’autres pensent comme Denys le Jeune, auquel Philippe de Macédoine demandait comment il ne s’était pas maintenu dans le royaume que son père lui avait laissé: «Mon père m’a laissé ses biens, mais non sa fortune.» Juvénal a émis les deux opinions; dans une de ses satires il parle de «la toute-puissance de notre étoile», dans une autre il dit que «tout dépend de notre prudence». Régnier a dit de même:

«La fortune est un mot et n’est mauvaise ou bonne,

Que selon qu’on la forme ou bien qu’on se la donne...

Elle avance un chacun, sans raison et sans choix.

Les fous sont, aux échecs, les plus proches des rois.»

37, L’affaire.—Probablement la St-Barthélemy, qui fut le plus grand fait de l’époque.

356,

2, Lasches.—Var. de 88: molles, au lieu de «basses et lasches».

15, Fortune.

«Tous faits humains dépendent de fortune,

Non de conseil, ni de prudence aucune.» Amyot, traduit de Plutarque.

33, Thucydides.—Liv. III, 37, Harangue de Cléon.

358,

4, Suffisance.—De grande capacité, de grande habileté.

15, Melanthius.—Plutarque, Comment il faut ouïr, 7.

18, Offusquée.—Masquée, obscurcie par l’emphase du langage.

21, Antisthenes.—Diogène Laerce, VI, 8.

38, Peuple.—Lopez de Gomara, Hist. gén. des Indes, II, 77.—«Les Bourguignons déposaient leur roi lorsqu’il avait des insuccès à la guerre ou que l’année avait été stérile, le considérant comme le maître des événements et des saisons.» Lebeau.

360,

3, C’est.—Combien il est avantageux.

10, Estrangere.

«Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous;

Il faut être ignorant comme un maître d’école

Pour se flatter de dire une seule parole

Que personne ici-bas n’ait pu dire avant vous.» Victor Hugo.

«C’est imiter quelqu’un que de planter des choux.» A. de Musset.

«Imaginer n’est autre que se souvenir.» La Harpe.—«Rien de nouveau sous le soleil.» L’Ecclésiaste.

20, Ceder.—La phrase précédente, introduite dans la présente éd. (95), interrompt quelque peu le sens.

21, A escient.—Sérieusement, de front.

26, Dessein.—Des répliques, des ripostes qui ont porté au delà de mon intention.—Revirade est plutôt gascon que français; toutefois c’est un terme en usage au jeu de trictrac, et aussi au jeu de paume où il signifie «coup de revers».

362,

15, Espaulettes.—Par parcelles, en détail; par intervalles et discontinuation. Ainsi, en fait de maçonnerie, dit Nicot, reprendre ou refaire un mur par espauletées, c’est le refaire et reprendre par parcelles sans l’abattre, le réparer.

27, Aller.—«Quand j’aurais la main pleine de vérités, je ne daignerais pas l’ouvrir pour le genre humain.» Fontenelle.

29, L’enfoncer.—L’approfondir.

29, Croullez la.—Si vous la remuez, l’ébranlez.

364,

3, Hegesias.—Diogène Laerce, II, 95.

6, Moins.—«Les vérités qu’on aime le moins à entendre, sont souvent celles qu’il importe le plus de savoir.» Boiste.

11, Cyrus.—Xénophon, Cyropédie, III, 3, 23.

11, Ost.—D’exhorter, haranguer, encourager son armée.

23, Principians.—Les commençants.

366,

1, L’asne.—«Les autres enseignent la sapience, Montaigne désenseigne la sottise.» Mlle de Gournay.

4, Gaudissans.—Gouaillant, plaisantant. Gausser (gouailler) et gaudir (plaisanter) sont à peu près synonymes.—Montaigne fait ici l’aveu qu’il était tant soit peu goguenard, se plaisant à la raillerie, mais aussi la supportant...

8, Lycurgus.—Plutarque, Lycurgue, 11.

10, Souffrance.—Patience, tolérance.

25, Royal.—François de Bourbon, duc d’Enghien, le même qui gagna la bataille de Cerisoles, tué en 1545, à l’âge de 27 ans, par la chute d’un coffre que quelques seigneurs avec lesquels il jouait firent tomber sur sa tête d’une chambre haute du château; et le marquis de Beaupréau, de la maison de Bourbon-Montpensier, tué en 1560, à l’âge de 15 ans, en courant un lièvre.

368,

23, Fortune.—Allusion à l’Histoire universelle de Trogue-Pompée, écrivain du Ier siècle, dont l’ouvrage, qui est perdu, ne nous est connu que par l’abrégé qu’en a fait Justin, travail écrit avec simplicité et élégance et qui est loin d’être sot, malgré l’appréciation générale qu’en porte Montaigne.

28, Recompence.—Comines, III, 12, ne s’attribue pas ce mot; il dit au contraire le tenir de Louis XI qui lui-même ne s’en donnait pas comme l’auteur, mais le lui citait.—«Les services que les rois ne peuvent reconnaître, les rendent d’ordinaire ingrats.» D’Orléans.—«Les dettes de cette nature ne se pouvant payer produisent ordinairement de la haine dans l’esprit du souverain.» La Rochefoucauld.—Cette pensée a du reste été généralisée: «Dès que nous avons des obligations extraordinaires envers quelqu’un, il semble que nous redoutions sa présence, comme s’il nous incitait sans cesse à la reconnaissance et qu’elle soit un blâme constant du retard que nous mettons à lui témoigner notre gratitude.» La Chatre.

34, Memorieux.—Doué d’une bonne mémoire.—Ce mot, qu’il ait été forgé par Montaigne, ou usité de son temps, ne l’est plus aujourd’hui et n’a pas son équivalent.

370,

13, Gentil-homme.—On présume que ce gentilhomme était M. de Foix, un des beaux-frères de Diane de Foix, à laquelle Montaigne a dédié le ch. XXV du liv. I des Essais.

18, Particulieres.—Add. de 88: Il n’est pas en cela moins curieux et diligent que Plutarque, qui en faict expresse profession.

18, Luy.—Annales, XVI, 16.

25, Longueur.—«Il abrégeait tout, parce qu’il voyait tout,» dit Montesquieu, en parlant de Tacite.

28, Nostre.—Add. de 88: et si n’en a point oublié ce qu’il deuoit à l’autre partie.

32, Ethiques.—Moraux; dérivé du grec ἠθικός, moral.

35, Ils.—Ses contemporains.

372,

3, Foy.—Sincérité, véracité.

8, Couuert.—Renfermé, dissimulé.—Tacite, Hist., II, 38.

14, Euidence.—Encore ne faut-il pas égaler le soupçon à l’évidence, donner autant de poids à l’un qu’à l’autre.

29, Tibere.—Tacite, Ann., VI, 6; Suétone, Tibère, 67.—Au sujet du mobile de cette lettre, Suétone est du même avis que Tacite.

33, Dict.—Annales, XI, 11.

35, Hautain.—Droit et élevé.

374,

1, Iuge.—Add. de 88: de soy.

19, Bras.—Tacite, Ann., XIII, 35.—Pendant l’hiver de 57 à 58, lors de l’expédition de Corbulon en Arménie.

23, Historiens.—Vespasien, raconte Tacite, Hist., IV, 81, rendit la vue à un homme atteint de cécité qui le pressait d’humecter de sa salive ses joues et les orbites de ses yeux, et l’usage de la main à un autre qui l’avait paralysée. Avant de céder à leurs sollicitations, il les avait fait examiner par les médecins qui auraient déclaré que chez le premier la fonction visuelle n’était pas détruite, que chez le second la main était seulement déboîtée, et que chez l’un comme chez l’autre la guérison était possible; elle fut très probablement déterminée par l’intensité de conviction des deux infirmes.—Chez les anciens, l’orteil du roi des Perses passait pour guérir certaines maladies; dans des temps beaucoup plus rapprochés, les attouchements du roi de France, du souverain d’Angleterre avaient, disait-on, le pouvoir de guérir les écrouelles, etc.

29, Luy.—Quinte-Curce, IX, 1.

30, L’autre.—Tite-Live, I, Præf., et VIII, 6.

376,

5, Ie voys... plis.—Var. de 48: voir si quelque autre s’en contentera.

8, Esprits.—Var. de 88: iugements.

10, Ce que.—S.-ent.: au sujet de Tacite.

CHAPITRE IX.

La vanité.—La vanité est ce dont il est le moins parlé dans ce chapitre; il n’en est question qu’au commencement et à la fin; il n’en est pas moins des plus beaux, plein d’idées profondes, fines, ingénieuses, sérieuses et folles, tristes ou gaies, quelquefois fausses, traitées avec verve, et où l’auteur se révèle un parfait égoïste. Il amuse, intéresse et captive, et non seulement se fait lire, mais conduit à penser, ce qui du reste est, en général, le principal mérite des Essais. Naigeon.

12, Expresse.—Il n’y a peut-être pas de vanité plus réelle.

13, Exprimé.—«Vanité des vanités, tout n’est que vanité,» dit l’Ecclésiaste.

21, Bassins.—Vases de nuit.

26, Diomedes.—Montaigne semble avoir indiqué ici Diomède pour Didyme. Ce dernier, contemporain d’Auguste, était un grammairien grec d’Alexandrie, qui composa plus de 4.000 traités, tous perdus aujourd’hui; quant à Diomède, c’est un grammairien latin du Ve siècle, qui ne paraît pas avoir été aussi fécond et dont il reste des recherches sur la langue et la versification latines en trois livres.

30, Tempeste.—Allusion au silence qu’imposait Pythagore à ses disciples, qu’ils devaient garder pendant deux ans au moins et qui se prolongeait jusqu’à cinq pour ceux qu’il reconnaissait enclins à trop parler.

378,

1, Seiour.—De son oisiveté, de son repos.—Ce mot, attribué à un Galba quelconque, est de l’empereur Galba. Suétone, Galba, 9.

3, Coërction.—Répression, châtiment, peine, du latin coerctio qui a même sens.

5, Autres.—Le 13 janvier 1535, François Ier rendit une ordonnance supprimant toutes les imprimeries de France et défendant sous peine de mort de publier aucun livre nouveau.

6, Escriuaillerie.—Démangeaison, fureur d’écrire.

10, Police.—Ajoutez que, dans un état, en devenant plus fins, plus subtils, les esprits n’en deviennent pas plus sages.

13, Conferent.—Y contribuent, y arrivent.

17, Pressent.—Quand la corruption nous environne de toutes parts.

21, Loy.—Loisir, faculté.

24, Philotimus.—Plutarque, Comment on distingue le flatteur d’avec l’ami, 31.

32, Chicane.—Le chancelier de l’Hospital.

33, Oubly.—Avec le parlementarisme, ces amusoires ont changé de caractère. C’est par les promesses, que souvent on ne leur demande pas, que les politiciens cherchent à capter les populations, promesses qu’ils n’ont nullement l’intention de tenir, contre l’accomplissement desquelles les défend leur exagération même, et qu’en tout cas, une fois arrivés, ils cherchent à éluder, ne regardant pas cependant aux conséquences funestes qu’elles peuvent avoir, s’ils sont contraints de s’exécuter: telles les lois sur l’assistance à la vieillesse, sur les retraites ouvrières, sur le revenu. Combien est de plus en plus vraie, sur ce point, cette apostrophe de Marat, dans l’Ami du peuple: «Tu te laisseras donc toujours duper, peuple babillard et stupide? Tu ne comprendras donc jamais qu’il faut te défier de ceux qui te flattent!» A la vérité, ce Suisse (Marat était né à Genève), ce sinistre socialiste d’alors, auquel incombe une si large part des pires excès de notre révolution de 93, combattait en écrivant de la sorte ceux qui prêchaient la modération; ses paroles n’en démontrent que mieux le peu que valent les mots.

38, Testonner.—Parer sa tête, se friser avec soin.

«Ces deux veuves en badinant,

En riant, lui faisaient fête,

L’allaient quelquefois testonnant,

C’est-à-dire ajustant sa tête»;

ainsi s’exprime La Fontaine dans la fable L’homme entre deux âges et ses deux maîtresses; l’explication que dans son dernier vers il donne du mot «testonner» est motivée par ce fait qu’il signifie également donner des coups, principalement sur la tête.

380,

12, Mal-heur.—Quand je suis dans le malheur.

15, Xenophon.—Ce précepte, que Xénophon (Cyropédie, I, 6, 3) met dans la bouche de Cyrus, qui dit le tenir de Cambyse son père, est que «le moyen de gagner le plus sûrement la faveur des dieux, n’est pas de les flatter lorsqu’on se trouve dans l’adversité, mais de se souvenir d’eux dans la prospérité; afin que lorsqu’on sera en nécessité on se puisse réclamer d’eux avec plus d’assurance, comme vous étant de longue main propices et amis et qu’il faut en user de même avec les hommes».

15, Raison.—Mais non par le motif qu’il en donne, c’est-à-dire sans que ce soit intentionnel et dans le but de gagner plus sûrement la faveur des dieux.

29, Part.—De cette disposition d’esprit.

35, Voyager.—V. N. I, 92: [Voyages]; III, 394, 430.

382,

4, Peuple.—Des gens qui sont à votre service, qui relèvent de vous.

16, Ioinct.—Ajoutez à cela...

17, Pied.—Allusion à une anecdote contée par Plutarque, Paul Émile, 3: «Un Romain avait répudié sa femme; ses amis le lui reprochaient et énuméraient les qualités de l’épouse: «Voyez ce soulier, leur répondit-il; il est bien fait, mais je suis le seul à savoir où il blesse.»

19, Prestez.—Combien vous faites de sacrifices pour...

21, Cher.—Ce passage donne à penser que dans le ménage de Montaigne, non plus que dans tout autre, tout n’allait pas toujours à son gré.—V. III, 384.

28, Autre.—Ceci contredit le proverbe: «Service de grand n’est pas héritage.»

33, M’attends.—C’est ce à quoi je suis attentif, j’applique mon esprit.

36, Contentement.—«S’il est riche, qu’il dîne deux fois», disait-on jadis, dans le peuple, plaisamment d’un homme sottement fier de ses richesses.

384,

14, Dam.—Tant pis pour lui. Dam, dommage, vient du latin damnum. dont c’est une contraction.—Montaigne n’avait qu’un héritier, sa fille.

17, Dissemblables.—Allusion à la réponse que Phocion fit aux envoyés de Philippe roi de Macédoine, qui, pour l’engager à accepter les présents de ce prince, lui représentaient que ses enfants étaient pauvres et ne pourraient soutenir la gloire de leur père: «S’ils me ressemblent, dit-il, le petit bien que je possède à la campagne suffira pour les faire vivre, comme il m’a suffi à moi-même; s’ils ne me ressemblent pas, je ne veux pas entretenir et développer leurs mauvaises dispositions aux dépens des intérêts publics.» Cornélius Népos, Phoc., I.

18, Crates.—Diogène Laerce, VI, 88.

27, Negoces.—Affaires, du latin negotium.

35, Fois.—Add. de 88: et honteuses.

35, Pointures.—Légers désagréments, petits malheurs, soit: petits parfois, mais quand même toujours désagréables.

386,

6, Ie ne suis... poisent.—Var. de 88: Or nous monstre assez Homere, combien la surprise donne d’auantage, qui faict Ulisse pleurant la mort de son chien, et ne pleurant point des pleurs de sa mere; le premier accident, tout legier qu’il estoit, l’emporta, d’autant qu’il en fut inopinement assailly; il soustint le second plus impetueux, parce qu’il y estoit preparé. Ce sont legeres occasions, qui pourtant troublent la vie.

16, Cauat.—Quinault, dans son opéra d’Atys, a rendu ainsi ce demi-vers latin:

«L’eau qui tombe goutte à goutte

Perce le plus dur rocher.»

20, Inseparables.—V. N. III, 382: [Cher].

24, Raisons.—Mes pièces de recettes et de dépenses à l’appui de mes comptes.

33, L’estranger.—Celui que je bois chez les autres. Diogène Laerce, VI, 54.—«Pain d’autrui a bon goût.» Proverbe russe.

388,

7, Dolé.—Construit, poli, aménagé, distribué; du latin dolare, équarrir, raboter, d’où vient également doloire, sorte de hache ou cognée dont se servent les charpentiers.

8, Faineance.—Paresse, fainéantise, indolence.

32, Michel.—C’est le prénom de Montaigne; par suite cette phrase doit s’entendre: Nous nous laissons nous-mêmes de côté, nous dont l’individu nous touche de plus près encore que l’homme pris dans un sens général.

390,

3, Vacation.—Add. de 88: et la plus iuste.

15, Appaster.—Proprement donner la becquée, la pâtée; ici: faire qu’en ma vieillesse, je n’aie nuls soucis, que je ne manque de rien.

19, Amy.—Ce souhait ne fut pas exaucé. Montaigne, de son vivant, eut bien un gendre, sa fille s’étant mariée deux ans avant sa mort; mais, moins d’un mois après le mariage, le nouveau ménage alla habiter les terres du mari.

26, Mescognoissance.—C’est le peu de soin que je mets à les observer, à me rendre compte de leurs faits et gestes.

33, Argent.—Quelquefois, à dessein, je ne prends qu’une connaissance vague, approximative de ce que j’ai exactement en fait d’argent.

392,

4, Iniure.—Tort, comme en latin le mot injuria.—Comme je me soucie peu du tort qu’ils peuvent me faire.

12, Paresse et negligence.—Var. de 88: Faitardise et mollesse.

14, Negoces.—Esclave de mes affaires.

16, Auachir.—Me rendre lâche, débiliter mon courage.

24, Crates.—Vendit ses biens et en retira 300 talents (environ un million à un million ½), qu’il distribua à ses concitoyens; il avait de l’argent placé chez un banquier qui avait ordre de le rendre à ses enfants s’ils n’étaient pas philosophes et de le donner au peuple dans le cas contraire, parce que s’ils étaient philosophes, ils n’auraient besoin de rien.—Cratès était contrefait et d’une malpropreté et d’un cynisme révoltants; il inspira cependant une telle estime à Hipparchia, riche et belle Athénienne, qu’elle l’épousa malgré ses propres représentations.

25, Cures.—Soins; du latin cura, qui a même signification.

25, Maison.—«Allez au fond de la mer, objet de mauvaises pensées, lui fait dire S. Jérome; je vous y précipite, afin que vous ne m’y précipitiez pas vous-même.»

26, A pair.—A l’égal, autant que.

26, Bien.—Mais je consentirais bien à échanger...

27, Braue.—Noble.

32, Estriuiere.—Courroie qui soutient l’étrier de l’homme à cheval.

394,

6, Suruenants.—Cela fait que je reçois avec moins de plaisir et traite moins bien les survenants.

11, Police.—Tout occupé de l’ordre.

25, Platon.—Lettre 9, à Archytas.

30, Desprendre.—A dépenser.

32, Attens.—Je m’y applique.

38, Defraudons.—Nous nous frustrons de...

396,

8, Emploite.—La dépense.

11, Aduertance.—Surveillance, attention; du latin advertere, être attentif, prendre garde.—Le mot n’est pas français, bien que son contraire «inadvertance», de même origine, le soit.

14, Volonté.—La nonchalance de Montaigne dans les questions d’argent, dont il a déjà été parlé, liv. II, ch. XVII, est nettement accusée par cette mention qui a été relevée sur un de ses livres de dépenses: «Item, pour mon humeur paresseuse, mille liures.»

21, Pressé.—J’en souffre trop en mon particulier.

26, Nom.—Ponéropolis, ou ville des méchants, qui, plus tard, s’est appelée Philippopolis. Pline, Hist. nat., IV, 11; Plutarque, De la Curiosité, 10.

38, Societé.—«Si j’avais, dit Voltaire dans une lettre à d’Alembert, des citoyens à persuader de la nécessité des lois, je ferais voir qu’il y en a partout, même au jeu qui est un commerce de fripons, même chez les voleurs.»

398,

18, Pyrrha.—Femme de Deucalion, sauvés tous deux, à cause de leur justice, d’un déluge universel; ils repeuplèrent le monde en jetant derrière eux des pierres qui se transformèrent, celles de Deucalion en hommes et celles de Pyrrha en femmes. Myth.

18, Cadmus.—Fils d’Agénor, roi de Phénicie; envoyé par son père à la recherche d’Europe sa sœur, enlevée par Jupiter, avec défense de revenir tant qu’il ne l’aurait pas retrouvée, arriva en Grèce, où il songeait à s’établir, lorsqu’un dragon dévora ses compagnons. Il tua le dragon et en sema les dents, sur le conseil de Minerve; il en vit naître aussitôt autant d’hommes armés qui s’entre-tuèrent, sauf cinq qui l’aidèrent à bâtir la ville qu’il projetait et qu’il éleva sur le modèle de celle de Thèbes en Égypte, d’où elle prit le nom. Myth.

19, Loy.—Loisir, liberté, faculté.

21, Solon.—Plutarque, Solon, 9.

23, Varro.—S. Augustin, De civ. Dei, V, 4.

37, De Pibrac.—On lui a reproché d’avoir écrit une apologie de la St-Barthélemy: c’est là une accusation erronée; il en fut au contraire un des critiques les plus francs.

40, De Foix.—Paul; le même dont il est question au ch. précédent. V. III, 370 et N. [Gentil-homme].

400,

7, Innouation.—Rien n’est plus dangereux pour un état, qu’un grand changement, une révolution.

23, Partie.—La santé et la force.

24, Masche.—Ce qui le ronge, le fait souffrir.

29, Contemporanées.—Contemporains.

35, Capouë.—Tite-Live, XXIII, 3, etc.—Ce sujet a fait l’objet d’un conte en vers d’Andrieux.

402,

30, Resoluant.—Je ne vais pas soudain dire d’un ton résolu et décisif.

38, Peuples.—Platon, République, VIII, 2.—L’histoire moderne nous fournit de nombreux exemples de cette assertion: les Turcs, chez lesquels, depuis des siècles, la guerre est à l’état endémique entre les diverses nationalités dont se compose leur empire en Europe; la France, lors de la Révolution de 1793, d’où elle est sortie plus unifiée qu’avant; la Russie, qui vient d’avoir à supporter une guerre des plus malheureuses et est livrée à des désordres intérieurs, dont, il est vrai, on ne saurait encore prévoir la fin. Seule, au XVIIIe siècle, la Pologne a disparu par suite de ses dissensions intérieures, qui en ont fait la proie de ses voisins.

42, Miserable.—Var. de 88: malotru.

404,

2, Solon.—Valère Maxime, XII, 2.

7, Pelote.—Se jouent de nous.

8, Habent.—Citation dont Montaigne donne le sens, avant de la transcrire.

18, Escheuës.—Isocrate à Nicoclès.

35, Suo est.—Dans l’auteur latin, c’est d’un arbre qu’il s’agit.

406,

2, Fondent.—Vont au fond, coulent.

8, Tempestas.—Citation longtemps attribuée à Virgile, que l’on croit aujourd’hui tirée d’un auteur moderne.

32, Diuulsion.—Séparation; du latin divulsio que Montaigne a francisé.

35, Qu’enuis.—Qu’à regret, à contre-cœur.

40, Inculcation.—Action d’inculquer, répéter.—Je n’aime pas qu’on revienne souvent sur les mêmes choses, même s’il s’agit de choses utiles.

408,

14, Lyncestez.—Quinte-Curce, VII, 1.—Lynceste avait conspiré contre la vie d’Alexandre le Grand, à la suite de la mort de deux de ses frères impliqués dans l’assassinat du roi Philippe. Retenu depuis trois ans dans les fers, on avait différé de statuer sur son sort, en raison de la situation de son beau-père Antipater, chargé du gouvernement de la Macédoine et de la Grèce, pendant qu’Alexandre conquérait l’Asie; lors de l’affaire de Philotas, on décida d’en finir avec lui et c’est alors que se produisit la scène dont parle Montaigne (329).

28, Desprendre.—A me le faire oublier, me le faire perdre de vue.

29, Assigné.—Confié et livré à...

32, Contenance.—Jusqu’à ne pas savoir quelle contenance tenir.

38, Profession.—De la profession militaire, ainsi qu’il résulte de la citation de Quintilien (indiquée par erreur comme étant d’Ovide), donnée quelques lignes plus bas, de différents autres passages des Essais (III, 154, 26; 628, 21 et suivantes; 640, 9; 661, 26 et suivantes; 680, 23), et enfin du tombeau que lui a fait ériger sa femme où il est représenté en chevalier armé de pied en cap.

410,

2, Saye.—Pourrait se traduire de nos jours: «On se met souvent en habit, pour ne pas mieux danser que si on était en veston»; toutefois saye, qui vient du latin sagum, espèce de casaque que les Romains portaient aux armées, signifie plutôt blouse, bourgeron.

4, Curio.—Orateur médiocre qui parlait avec élégance, mais sans ordre ni imagination, et qui, un jour, au forum, fut abandonné de tout son auditoire. Cicéron, Brutus, 60.

10, Artiste.—Tient trop de la forme artificielle, scolastique.

11, Baste.—Il suffit, c’est assez que je me sois promis. V. N. II, 520: [Bastantes].

15, Presente.—Et quant à parler d’abondance, à improviser.

18, Alongeail.—Troisième addition; c.-à-d. son troisième livre et les additions que pour la troisième fois il faisait aux deux premiers.

19, Pas.—Les variantes ne manquent pourtant pas; du reste au ch. XII du liv. II, Montaigne se contredit lui-même: «Ie m’eschaulde souuent à corriger et à mettre vn sens nouueau.»

28, Supernumeraire.—Quelque pièce rapportée, quelque ornement ajouté à cet ouvrage.—Emblème est employé ici dans un sens tout différent de celui que nous lui donnons d’ordinaire; il a celui du latin emblema, pièce insérée, mise entre deux autres.

412,

2, Nombre.—Var. de 88: huit.

8, Soy.—Ou des joncs, des roseaux que l’air agite par hasard et à son gré.

11, Antiochus.—Chercha à concilier les doctrines des Académiciens, des Péripatéticiens et des Stoïciens, n’admettant de dissidences que sur les mots, et fut considéré comme le chef d’une nouvelle Académie.

16, Qu’autre.—Non pas meilleure que différente; ou non pas meilleure, mais différente.

18, Lasser.—J’aimerais mieux en être encore aux premières publications de mes travaux, que de lasser en les publiant.

22, Voit.—Add. de 88: le plus souuent.

31, Orthographe.—A cette époque, des efforts étaient faits par plusieurs (Pelletier, Ramus, etc.), pour introduire dans l’orthographe des réformes qu’ils finirent par faire accepter.—Cette même question se produit de nos jours, portant principalement sur l’emploi d’une seule et même lettre pour un même son et la suppression des lettres inutilement doublées, réforme qui, dans ces limites, semble devoir prochainement aboutir.

32, Punctuation.—Cette incurie de sa part, à cet égard, n’a pas peu contribué à jeter de l’obscurité sur plusieurs passages des Essais. La ponctuation, en particulier, n’est pas chose indifférente; un même texte ponctué de façons différentes peut présenter parfois des sens absolument opposés (V. N. III, 512: [Ridicules]).—En voici un autre exemple: Le général Fairfax, un des généraux les plus célèbres dans les guerres civiles de l’Angleterre, sous Charles Ier (XVIIe siècle), écrivit, dit on, sous la sentence de mort du roi, après sa signature, ces mots que n’accompagnait aucun signe de ponctuation: «Si omnes consentiunt ego non dissentio.» Avec une virgule après consentiunt, ils signifient: «Puisque tous sont de cet avis, je n’y contredis pas»; et dont la traduction, en plaçant outre cette virgule, deux points après non, est: «Quoique tous soient de cet avis, ce n’est pas le mien; je suis de l’avis contraire.» Fairfax se réservait, de la sorte, la possibilité de faire valoir l’un ou l’autre sens, suivant la suite que pourraient avoir les événements.

414,

5, Metal.—Que me trouvant vivre en des temps où cet âge nouveau, pire que l’âge d’airain et de fer, est en plein développement, au milieu de ce que ce siècle a de plus corrompu.—Les anciens distinguaient quatre âges dans l’histoire du monde: l’âge d’or, l’âge d’argent, l’âge d’airain et l’âge de fer, correspondant chacun à une diminution de plus en plus grande de la vertu chez les hommes.

7, Nœud.—Celui de la religion.

14, Emergeant.—Sans profit, et avec perte.

16, Balance.—Proportion gardée.

17, Abbord.—Var. de 88: porte ouuerte, au lieu de: «de grand abbord».

21, Fumier.—De me violenter chez moi.—Être sur son fumier signifie en sa maison, sur ses biens; un proverbe populaire du temps: «Un chien sur son fumier est bien fort», voulait dire: un chacun est bien hardi, bien puissant chez lui.

23, Sac.—Ceci était écrit avant 1586, année où Montaigne vit sa maison envahie.

416,

2, Desportemens.—Mœurs, actions.

7, Desertées.—Détruites.

9, Athenien.—Ce Lycurgue, intendant du trésor public, se fit remarquer autant par son éloquence que par la probité avec laquelle il s’acquitta de sa charge. Plutarque, Vies des dix orateurs. Lycurgue, 1.

27, Parole.—Principe parfait en lui-même et qui semble ne pas prêter à la critique; mais rien n’est absolu, et malgré son excellence il a conduit à cet autre, inepte dans ses conséquences, que les dettes de jeu sont sacrées, comme si toutes ne l’étaient pas et comme si, en raison de leur origine, celles-ci ne devraient pas passer après toutes autres, ce qui est précisément le contraire de ce qui se fait.

32, Poinct.—L’objet, le but.

418,

4, Conscience.—L’obligation que ma conscience m’impose est...

14, Escharsement.—Chichement; de l’italien scarsaménte, pauvrement, mesquinement.

15, Contre.—Je ne vais pas jusque-là, mais peu s’en faut.

15, Desobliger.—Être libre de toute obligation.

17, Indignitez.—Var. de 88: desplaisirs.

21, Publique.—... à m’acquitter vis-à-vis d’eux des devoirs que la société impose...

23, Dedans.—Add. de 88: et de l’obligation interne de mon affection.

28, Desplaisant.—Bien fâché, peiné.

30, Enfant.—Add. de 88: et son cousin.

420,

6, Ailleurs.—Var. de 88: obligations et bienfaicts estrangers.

9, Prou.—Beaucoup.

17, Mihi.—Le texte original est notablement modifié dans la citation.

21, Asseurez.—Nous ne sommes pas assez assurés de pouvoir nous tirer par nous-mêmes de tout mauvais pas, pour fuir toute dépendance, ne nous confier et ne nous adresser qu’à nous dans le besoin et le malheur, ce qui serait pourtant le plus juste et plus sûr.

22, Manque.—Défectueuse.

25, Hippias.—Cicéron, De Oratore, III, 32.—Hippias se vantait de tout savoir: Platon, dans ses dialogues, l’a livré au ridicule.

31, Poil.—Soigner soi-même sa barbe et sa chevelure.

31, Bragues.—Ou brayes (l’ex. de Bord. port. bagues), caleçon. Était porté, dit Nicot, par mesure de propreté par-dessous les hauts-de-chausses. Ce mot, tiré du grec, signifie court, petit; les bragues en effet ne descendaient que jusqu’au genou.

32, Soy.—Pour ne faire fond que sur lui-même et n’avoir besoin de personne autre.

34, Empruntez.—Var. de 88: estrangers.

36, Passer.—Add. de 88: I’ai tres volontiers cerché l’occasion de bien faire et d’attacher les autres à moi, et me semble qu’il n’est point de plus doux vsage de nos moyens. Il est regrettable qu’en remaniant son texte, Montaigne ait supprimé cette phrase.

422,

3, Summission.—C’est de ce principe que découle cet autre: «L’aide apportée au pauvre par la charité, ne doit être que le moins possible gratuit; si minime que soit un service rendu qu’on lui paye, sa dignité est sauve, l’effort qu’il a dû faire le réhabilite à ses propres yeux et lui est salutaire.»

5, Enuoyoit.—Ces présents consistaient en chevaux et oiseaux de chasse, chacun au nombre de dix; nombre qui, au dire de Tamerlan, aggravait l’insulte qui lui était faite, Bajazet ne devant pas ignorer que le nombre neuf était le nombre sacré des Tartares, celui auquel il eût dû se fixer.

9, Donner.—Les errements sont autres aujourd’hui et les souverains reçoivent aussi bien qu’ils donnent; seulement en France, c’est toujours le budget ou les établissements producteurs de l’État, Sèvres, les Gobelins etc., ce qui est tout un, qui font les frais quand ce sont nos représentants qui donnent, et quant à ce qu’ils reçoivent, ils ne manquent pas de toujours le considérer comme leur étant personnel.

11, Iupiter.—Aristote, Morale à Nicomaque, IV, 3.—Thétis implorait Jupiter pour qu’il vengeât Achille, son fils, de l’affront que les Grecs venaient de lui faire en lui enlevant Briséis, sa captive. Le dieu acquiesça à sa demande et ratifia sa demande par un simple signe de tête qui ébranla l’Olympe, ce dont Phidias s’est emparé pour son Jupiter Olympien, l’un de ses chefs-d’œuvre. Le discours de Thétis à Jupiter se trouve au premier chant de l’Iliade, v. 503.

22, Autruy.

«Acheter est meilleur marché que demander.» Proverbe.

«Rien n’est plus cher que le prié.» Proverbe.

25, Contraction.—L’exiguïté, le peu d’étendue de mes désirs et de mes projets.—Ce mot est purement latin.

424,

2, Aristote.—Morale à Nicomaque, IX, 7.

8, Encores.—Xénophon, son historien, dans la Cyropédie, VIII, 4, 4.

14, Amys.—Sylla ne pensait pas ainsi, disant de lui-même, ainsi que le porte son épitaphe composée par lui: «Nul ne fit plus de bien à ses amis, et plus de mal à ses ennemis.»

24, Nom.—C’est là une erreur causée par la vanité; seuls, lui et son père sont nés à Montaigne, et lui seul, abandonnant son nom de famille, y a substitué celui-ci qui sonnait mieux et qui, du reste, s’est éteint avec lui.

25, Accoustumons.—A tout ce que nous tournons en coutume.

28, Maux.

«Coutume, opinion, reines de notre sort,

Vous réglez des mortels et la vie et la mort.» Voltaire.

29, Echauguette.—Var. de 88: garnison.—Sentinelle.—L’échauguette est une tourelle où est établie la guette, celui qui fait le guet, qui guette, qui surveille.

426,

7, Indolence.—Cette phrase de Montaigne a été l’objet de violentes critiques de la part des solitaires de Port-Royal, injustes en cette occasion, contre leurs habitudes; ils l’ont considérée abstraction faite de la phrase précédente à laquelle elle est liée et en ont ainsi altéré le sens. Montaigne exprime simplement une rêverie dans laquelle il se plonge, quand il songe aux dangers qui peuvent fondre sur lui, et non une règle de conduite. La manière dont il parle de la mort partout ailleurs dans les Essais, la façon dont lui-même a fini, témoignent hautement qu’il ne la redoutait et ne s’en effrayait pas.

25, Eux.—Je ne leur en veux pas non plus, il faudrait en vouloir à trop de gens.

30, Iuridique.—Ceci s’applique ici plus spécialement aux gens de justice et aux magistrats que Montaigne sembla redouter autant que les gens de guerre, bien qu’au chapitre suivant il dise n’avoir jamais eu de démêlés avec la justice; mais cela peut s’entendre aussi de tous ceux qui détiennent la moindre parcelle de l’autorité publique, soi-disant responsables vis-à-vis de leurs supérieurs qui n’ont d’autres soucis que de les couvrir, parce qu’en effet c’est généralement à leur instigation ou en conformité de leurs propres idées qu’il en est ainsi.—Semblables abus sont de tous les temps; mais, plus heureux que nous, chez les Athéniens tout individu investi d’un mandat pouvait être tenu de justifier ses faits et gestes dans l’exercice de ses fonctions: des accusateurs publics étaient constitués à cet effet; et, dit Montesquieu, les Romains étaient admirables, en ce que chez eux on pouvait faire rendre raison de leur conduite à tous les magistrats, les censeurs exceptés.—En France, la responsabilité des fonctionnaires n’existe pas; ils peuvent commettre les plus flagrantes injustices, les plus lourdes erreurs, sans en subir de conséquence aussi bien dans le domaine administratif que dans celui de la justice et a fortiori dans ce qui se rattache à la politique. Les abus de ce fait sont de toutes les époques; le général André dans ses Mémoires en révèle un, des plus caractéristiques, commis vers 1883 par le Ministère solidarisé à cet effet, dont fut victime, à la requête de l’étranger, un sieur Bonnal.—La Ligue des Droits de l’homme, qui s’est récemment constituée dans le but de faire respecter ces droits, a plus de bonne volonté que d’efficacité; et il en sera ainsi tant que tout fonctionnaire quel qu’il soit ne pourra être déféré directement par qui se croira lésé aux cours d’assises, seuls tribunaux à peu près indépendants, qui auraient qualité pour prononcer l’amende, la prison, la suspension et la révocation; une semblable institution serait une loi de salut public, contre les excès de pouvoirs des juges d’instruction, des fonctionnaires administratifs de tous ordres, trop souvent sanctionnés par les tribunaux civils et les conseils de préfecture, qui ne jouissent pas ou qu’on ne croit pas jouir, ce qui revient au même, d’une complète indépendance.

428,

7, Taches.—Cet enthousiasme évoque le souvenir des imprécations de J.-J. Rousseau contre Paris, auxquelles Bossuet ne se montre pas plus favorable: «Adieu, Paris! ville de bruit, de fumée et de boue, où les hommes ne croient plus à l’honneur, et les femmes à la vertu; adieu, Paris! cherchant la tranquillité et le bonheur, nous ne serons jamais assez loin de toi.» J.-J. Rousseau.—«Paris, Paris, dont on ne peut apprécier l’orgueil, dont la vanité se soutient toujours, malgré tant de choses qui la devraient déprimer; quand te verrai-je renversé.» Bossuet.

7, François.—L’unité de la France n’était encore que virtuellement réalisée; on était Breton, Flamand, Bourguignon, Gascon, Provençal, etc... autant que Français; la fusion n’a réellement été opérée que par la Révolution; ultérieurement par notre organisation militaire d’avant 1870; plus tard, les chemins de fer ont contribué à parfaire cette œuvre.

15, Estat.—La prédiction de Montaigne s’est réalisée en 1871, lors de la Commune. Ce que n’avaient pu faire les Allemands, l’insurrection l’a tenté et ce n’est pas sa faute, mais le manque de temps, si Paris, à ce moment, n’est devenu un monceau de cendres; si seuls les Tuileries, l’Hôtel de Ville, le Ministère des Finances, la Cour des comptes, le Conseil d’État, la Grande Chancellerie de la Légion d’honneur ont été la proie des flammes. Dans l’avenir, en pareille occurrence, les explosifs viendront en aide au pétrole.

16, Abbois.—Me retirer, mourir.—Terme de chasse pris ici au figuré; un cerf est aux abois, quand, poursuivi par les aboiements des chiens, il est serré de près.

19, Exces.—Var. de 88: tort.

20, Postposant.—Subordonnant, estimant inférieure.

20, Commune.—C’est la théorie que professent de nos jours les adeptes de l’internationalisme. Ils préconisent le désarmement universel, ne tenant aucun compte de la nature humaine chez laquelle, que ce soient des individualités ou des collectivités, la force prime le droit, toujours prête à fouler aux pieds celui d’autrui, à s’emparer de ses biens, ne les respectant que chez ceux qui sont en état de les défendre. Cette utopie serait quand même respectable chez ceux qui l’émettraient de bonne foi, mais formulée par des ambitieux et des énergumènes qui n’ont en vue que de se créer une popularité malsaine en faisant miroiter aux yeux des masses des aspirations qui les allégeraient de toute obligation militaire, de se débarrasser eux-mêmes de l’entrave qu’apporte l’armée à la réalisation de leurs idées subversives en vue de s’emparer du pouvoir, c’est avec raison qu’on les flétrit du nom de sans-patrie.

20, Feru.—Frappé, entiché, captivé par.

29, Choaspez.—Plutarque, De l’Exil, 5; Élien, Hist. div., XII, 40.—«Ses eaux, dit Pline, XXXI, 3, sont considérées comme admirables; les rois des Parthes en font porter avec eux, même dans leurs plus longs voyages»; on la faisait bouillir.

34, Feisse.—Sur ce point, Montaigne, conséquent du reste avec lui-même, se montre de tout autre sentiment que bien d’autres. «Oh! n’exilons personne, l’exil est impie», a dit Victor Hugo. «L’exilé partout est seul», répète Lamennais, dans une de ses plus belles pages où il peint les douleurs de l’exil.

430,

4, Quoy?—C’est la tournure latine, quid? quod...? Elle peut se traduire ainsi: Que dirai-je encore? N’alla-t-il pas jusqu’à repousser l’argent que ses amis étaient disposés à sacrifier pour le délivrer?

8, Seconde.—C.-à-d. les exemples de la première espèce sont ceux qu’il embrasse plus par estime que par affection; ceux de la seconde sont ceux si élevés, si extraordinaires, qu’il en est qu’il n’arrive même pas à comprendre.

23, Romains.—Martial, XIV, 28; Juvénal, IX, 50.

24, Teste.—Le parasol en Italie et aussi en Espagne, transformé plus tard en Angleterre où la pluie est plus fréquente que le soleil, y fut en usage bien avant que la France, grâce à son climat, songeât à l’adopter. Il ne s’est généralisé chez nous que vers la fin du XVIIe siècle: le poids de ce meuble donna longtemps à réfléchir: en l’an de grâce 1500, il mesurait en effet 1m,20 de diamètre et, confectionné en cuir, toile cirée, étoffe de soie huilée ou papier verni, ne pesait pas moins de 2 kilos.

27, Poste.—A leur gré.—Ce devait être tout simplement, à l’intérieur des habitations, par le moyen de pankas, sorte de grands panneaux mobiles, suspendus au plafond, de contexture légère, recevant de main d’homme un mouvement d’oscillation et dont il est fait un usage constant dans les pays orientaux; à l’extérieur, à l’aide de vastes parasols et de gigantesques éventails portés ou agités par des esclaves ou des eunuques, comme cela se pratique encore en Chine et dans les Indes. Ce que Xénophon dit des Perses à ce propos, Hérodote le dit également des Lydiens et Strabon des Bactriens.

32, Auoyé.—Une fois en route.—Être avoyé, c’est le latin in via esse.

33, Grandes.—Je suis aussi disposé à me détourner des petites entreprises que des grandes; il me coûte autant de me mettre en train pour les unes que pour les autres.

432,

8, Partir.—Au moyen âge, en France, on ne faisait que deux repas par jour: le dîner à 9 heures du matin et le souper à 5 heures du soir, ce dernier de beaucoup le plus copieux. A la fin du XVe siècle, le dîner recula à 10 heures; d’où ce dicton de l’époque:

«Lever à six, dîner à dix,

Souper à six, coucher à dix,

Font vivre l’homme dix fois dix.»

Au XVIe s., du temps de Montaigne, à 11 heures; au XVIIe, à midi: «J’y cours à midi sonnant», dit Boileau dans sa satire du Repas ridicule; aujourd’hui, certains ne dînent à Paris qu’à 1 heure et demie. Ce recul progressif amena l’usage du déjeuner (mot dont le sens est «rompre le jeûne»). Quant au souper, il a été également reculé à 6 et 7 heures en province, 7 heures et demie, 8 heures à Paris, il en est même qui soupent à 10 heures, 10 h. ½, recul qui a introduit, pour les désœuvrés, l’habitude du thé de 5 heures.

24, Œconomique.—Par vertu économique, Montaigne comprend ici tout ce qui est relatif à la bonne tenue d’une maison; non seulement l’économie proprement dite, mais aussi l’ordre, l’activité, le sens des affaires, qualités qui sont intimement liées les unes aux autres et n’ont réellement d’effet utile qu’autant que nulle d’elles ne fait défaut.

24, Propre.—Je mets la mienne (ma femme) à même; je lui donne occasion d’exercer cette vertu.

30, Puisse.—Pourvu que je le puisse.

32, Quiete.—Paisible, tranquille, du latin quietus, qui a même signification.

434,

3, Desprendre.—Var. de 88: perdre.

9, L’autre.—«L’absence n’affaiblit pas l’amitié, elle n’agit que sur les passions brûlantes comme l’amour et la haine.»

«L’absence est à l’amour ce qu’est au feu le vent;

Elle éteint le petit et rallume le grand.» B.-Rabutin.

«La beauté, même à l’œil, sait-elle toujours plaire?

Vous croyez que le temps la détruit ou l’altère;

L’habitude, voilà son plus triste ennemi.

A qui nous voit toujours on ne plaît qu’à demi.» Barthe.

La conclusion de ce quatrain est celle de Montaigne: «Un peu d’absence fait grand bien»; mais il se dit aussi avec non moins de vérité:

«Loin des yeux, loin du cœur!»

12, Colligance.—Union, liaison intime, connexion; du latin colligatio.

15, Ayde.—L’exemple du doigt étendu se trouve dans Plutarque, Des communes conceptions contre les Stoïques, 18; quant au dîner, cela semble appartenir en propre à Montaigne.

26, Locorum.—Le texte original est ici tant soit peu altéré, pour mieux s’adapter à l’idée.

436,

4, Non que.—Non moins que.

6, Accouez.—Attachés, accrochés. Ce terme est encore employé par les marchands de chevaux: Accouer quatre ou cinq chevaux, c’est les attacher à la file les uns des autres, le licol de l’un à la queue de celui qui le précède.

8, Chiennine.—Saxon le Grammairien, dans son Histoire du Danemark, VIII, parlant de la conversion des peuples de Rugen, dit que les habitants de Karenty, une de leurs villes, après avoir renoncé au culte de leurs idoles, ne laissaient pas de les redouter encore, se souvenant de la manière dont elles avaient souvent puni leurs impudicités, les coupables, en action, demeurant liés l’un à l’autre comme des chiens sans pouvoir se dégager, au point que parfois surpris ainsi, ils avaient été, en cet état, placés l’un d’un côté, l’autre de l’autre, sur une perche qui les soutenait en l’air et, de la sorte, livrés à la risée publique.

27, Viuoit.—La Boétie.

31, Seuls.—En ne travaillant que pour nous seuls.

438,

1, Tristes.—J’éclaircis, j’égaie les tristes pensées par des parties de plaisir, telles que les voyages.

2, Platoniques.—Platon, Lois, XII.

4, Volontiers.—Certains pensent qu’il y a erreur et que Montaigne avait voulu mettre «plus mal volontiers» et appuient leur dire de ce qu’il ajoute peu après: «Mais en tel aage, vous ne reuiendrez iamais...» L’erreur est loin d’être manifeste, au contraire; et quant aux mots cités à l’appui, ils n’affirment cette supposition que par suite de l’intercalation de la phrase précédente, qui n’existe pas dans l’éd. de 88.

18, Air.—Chrysippe était de Soles en Cilicie, Asie Mineure; Cléanthe, d’Assos en Éolie, Asie Mineure; Diogène, de Babylone en Chaldée, Asie Centrale; Zénon, de Citium, île de Chypre; Antipater, de Tarse en Cilicie. Tous ces philosophes, de l’école stoïcienne, passèrent leur vie à Athènes. Plutarque, De l’Exil, 12.

26, Gorge.—Montaigne dit ailleurs encore être sujet à des maux de gorge; il est mort d’une esquinancie.

29, Miens.—Satisfaction ne lui a pas été donnée sur ce point: il est mort chez lui, au milieu des siens; son corps, transporté à Bordeaux, a été placé dans l’église des Feuillants et son cœur déposé dans l’église de S.-Michel de Montaigne. V. Notice sur sa vie, IV, [fasc. A].

31, Entregent.—Civilité, politesse.

440,

6, Sortir.—Ménage, à son lit de mort, disait de même au confesseur qui l’assistait: «On a besoin d’une sage-femme pour entrer en ce monde, combien un homme sage est précieux pour en sortir!»

10, Coniller.—A me sauver, me cacher comme un lapin dans son trou. V. N. I, [200].

14, Quiete.—Paisible, tranquille. V. N. III, [432].

17, Parler.—Les anciens Grecs et Romains attachaient du prix aux adieux suprêmes; il leur semblait que l’âme, au moment où elle se détachait du corps, anticipait sur les secrets de la tombe et ils recueillaient comme sacrées les dernières paroles des mourants; Andromaque, dans Homère, regrette qu’Hector mourant n’ait pu lui adresser «quelques sages paroles dont l’éternel souvenir vînt se mêler à ses larmes».—Chez les Romains, mourir sans parler, se disait encore de ceux qui mouraient intestats.

18, Yeux.—L’usage de clore les yeux et la bouche à l’instant de la mort, était en quelque sorte un rite sacré dans l’antiquité: dans l’Odyssée, Agamemnon aux Enfers, ou plutôt son ombre, se plaint de ce que Clytemnestre, au moment où elle venait de l’assassiner, s’est retirée sans accomplir ce pieux devoir.

23, Rechigner.—Faisant mauvaise figure, geignant, ayant l’air maussade. La Fontaine s’est servi de ce mot dans sa fable L’aigle et le hibou; dépeignant les petits de celui-ci, il dit: «de petits monstres fort hideux, rechignés, la voix de mégère».

24, Pieds.—Chateaubriand pensait de même: «Cette impossibilité de durée et de longueur dans les liaisons humaines, cet oubli profond qui nous suit, cet invincible silence qui s’empare de notre tombe et s’étend de là sur notre maison, me ramènent sans cesse à la nécessité de l’isolement. Toute main est bonne, pour nous donner le verre d’eau dont nous avons besoin dans la fièvre de la mort. Ah! qu’elle ne nous soit pas trop chère, car comment abandonner, sans désespoir, la main que l’on a couverte de baisers et que l’on voudrait tenir éternellement sur son cœur!»

27, Discours.—Par raison.

442,

2, Cheure.—Se fâcher, se mettre en colère; c.-à-d. imiter la chèvre dans ses bonds, dans ses emportements.

12, Contrebas.—De haut en bas, tout à fait.

16, Main.—De longue main, d’avance.

31, Vent.—Sans frapper de grands coups en l’air, sans perdre son temps.

31, Preoccuper.—Prévenir.

444,

3, Dion.—Lire Bion, ainsi que le portent l’ex. de Bord. et la traduction. Diogène Laerce, IV, 45.

4, Broche.—Il lui ferma la bouche. Cette expression couper broche, tirée de ce que l’on arrête l’écoulement du vin d’un tonneau, en introduisant dans l’orifice une tige de bois ou broche que l’on coupe au ras de la douve, correspond exactement à celles de couper court, couper net, que nous employons aujourd’hui et dont l’origine est la même.

12, L’iniure.—On prête à un prédicateur des plus en renom de notre temps un fait analogue: Piquée au vif par quelque trait de l’orateur, une personne crut s’en venger en disant à tout venant, qu’après tout lui-même n’était fils que d’un cordonnier. Il est de par le monde une gent exécrable, celle qui a la manie de rapporter perfidement à autrui ce qu’on dit de lui, sous couleur de lui témoigner de l’intérêt, le frappant d’un trait qui ne l’avait pas touché, au risque de créer les pires inimitiés; quelle atteinte à la charité et que de malheurs en résultent chaque jour! Le propos fut répété à l’intéressé, et, dans le premier sermon qui suivit: «On me reproche, dit notre prédicateur, d’être fils d’un cordonnier; hélas! pas même d’un cordonnier, je ne suis fils que d’un savetier qui ne faisait que les raccommodages et les ressemelages, ce qui du reste ne diminue en rien l’honorabilité de mes parents.»

25, Ioindre.—Cet honnête homme, Montaigne le trouva, vers l’an 1586, dans Pierre Charron, qui, après la mort de l’auteur des Essais, écrivit un livre intitulé: «De la Sagesse», où il a recueilli une infinité de pensées de Montaigne avec lequel il était lié d’une étroite amitié vers la fin de sa vie.

32, Feaux.—Les plus fidèles, les plus intimes.

37, Amy.—L’éd. de 88 et l’ex. de Bord., au lieu de: «Eh qu’est-ce qu’vn amy!» portent: Oh! vn amy! variante beaucoup plus heureuse sous rapport de la forme et de l’expression et qui, pour cette raison, a été suivie dans la traduction.

39, Feu.—Cicéron, De Amicit., 6.

446,

5, Empescher.—Embarrasser.

6, Indois.—C’est pourquoi les Indiens...—Montaigne dit volontiers Indois pour Orientaux, dans le même sens que les Romains et les Grecs disaient les Barbares, et les Hébreux, les Gentils.—Ce qu’il remarque ici des Indiens, Sextus Empiricus le dit des Scythes, Strabon des Bactriens et des Massagètes. Le passage semble tiré d’Hérodote, où on lit: «On dit qu’ils observent cette coutume, qu’aussitôt que quelqu’un d’entre eux, homme ou femme, tombe malade, ses meilleurs amis le tuent, parce que, disent-ils, il devient maigre et que la maladie corrompt sa chair; et celui-là même qu’ils croient malade et qui ne l’est pas, ils ne laissent pas de le tuer impitoyablement; ils font mourir de même ceux qui sont parvenus à une extrême vieillesse, mais à ce régime-là, il y en a peu qui arrivent à un âge avancé. Il y a d’autres peuples dans les Indes qui observent une coutume un peu différente: aussitôt que quelqu’un d’entre eux est malade, il se retire à l’écart dans un lieu désert, où il demeure tout seul, sans que personne prenne soin de lui, soit qu’il guérisse, soit qu’il meure.»—En ce qui concerne plus particulièrement les Massagètes (peuple scythe au N. de la mer Caspienne), ils considéraient, dit Strabon, que la mort la plus honorable, quand l’âge les a rendus inutiles, c’est d’être tués et mangés avec de la viande de mouton. Quant à ceux usés par la maladie, ils les détruisaient comme impies et ne les considéraient que comme susceptibles d’être dévorés par les bêtes fauves. Un autre auteur ajoute qu’ils n’estimaient rien de si malheureux, que de périr autrement que par le fer; et c’est pourquoi ils se faisaient une loi de tuer ainsi les vieillards et de les manger.

10, Insupportables.—Ceux qui traînent languissants un si long espace de vie.

19, Loy.—La liberté, le droit.

22, Maladie.—Robert Gaguin, historien du XVe siècle, dit en parlant de Louis XI: «Dans son désir de recouvrer la santé, il alla jusqu’à absorber du sang humain tiré à des enfants»; on en a dit autant du pape Innocent VIII.—Celse dit: «Il y en a qui se sont guéris de l’épilepsie en buvant du sang chaud d’un gladiateur qui venait d’être égorgé»; l’empereur Constantin, malade, donna un témoignage de sa déférence au pape Sylvestre, en renonçant à prendre des bains de sang.

24, Poisante.—Peut-être David qui, d’après le Livre des Rois, «âgé de soixante-dix ans, ne pouvant, par suite de son âge, se réchauffer, bien qu’ayant déjà des épouses et des concubines, fit venir du fond de ses états une vierge pour coucher avec lui et le réchauffer de son contact»; et, ajoute le livre saint, il n’eut pas d’autres rapports avec elle.—On a pensé aussi que ce pouvait être le duc d’Albe, mais si on a dit de lui qu’il se faisait allaiter par deux nourrices, on ne trouve rien autre du procédé prêté à David.—L’éd. de 88 aj. ici: Ie conseillerois volontiers Venise pour la retraicte d’vne telle condition et foiblesse de vie.

30, Pendant.—Escarpé, glissant.

31, Caignart.—Coin. En Gascogne, on désigne de ce nom, qui semble venir du latin canis, chien, les coins exposés au soleil où, en hiver, les chiens, et aussi les gueux, se rassemblent, cherchant à combattre le froid.

448,

8, Iour.—«Ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui.» Proverbe.—Conséquent avec lui-même, Montaigne, sentant approcher sa fin, se leva de son lit en chemise, prit sa robe de chambre, passa dans son cabinet et, faisant appeler tous ses serviteurs et autres personnes auxquelles il voulait laisser des souvenirs, il leur remit ce qu’il avait consigné à leur intention dans son testament, par crainte des difficultés qu’auraient pu faire ses héritiers pour acquitter les legs qu’il avait faits. Anthone, Commentaire sur la coutume de Bordeaux.

11, A peu.—Pour peu.

22, Vsage.—Qui sont uniquement à l’usage...

450,

3, Perdu.—Etienne de La Boétie. V. liv. 1, ch. XXVII, I, 296 et suiv.

4, Visages.—Add. de 88: Ie sçay bien que ie ne lairray aprés moy aucun respondant si affectionné de bien loing et entendu en mon faict, comme i’ay esté au sien, ny personne à qui ie vousisse pleinement compromettre de ma peinture: luy seul iouyssoit de ma vraye image, et l’emporta. C’est pourquoy ie me deschiffre moy mesmes si curieusement.

11, M’attendre.—Qu’à m’occuper d’elle...

21, Caton.—Caton d’Utique. V. N. II, 430: [Premier].

31, Commourans.—Nom d’une comédie de Plaute. C’est-à-dire la bande de ceux qui voulaient mourir ensemble, formée par Antoine et Cléopâtre; gens qui, après la bataille d’Actium (31), avaient formé ce projet auquel, le moment venu, nombre n’hésitèrent pas à se soustraire et qui en l’attendant passaient leur temps dans les festins et la débauche. Plutarque, Antoine, 15.

34, Petronius.—Tacite, Ann., XVI, 19.—Pétrone fut un des favoris de Néron qui lui donna le titre d’Arbitre des élégances (intendant des plaisirs); soupçonné d’avoir pris part au complot de Pison, il reçut l’ordre de se donner la mort, s’ouvrit les veines et montra dans ses derniers moments la plus grande sérénité. On a de lui un pamphlet satirique, où se trouve entre autres un morceau, «Le festin de Trimalcion», contenant de nombreuses allusions à Néron, à ses débauches et à son manque de goût; pamphlet qu’en mourant, il lui aurait adressé à lui-même.

34, Tigellinus.—Tacite, Hist., I, 72.—Tigellinus, de basse naissance, favori de Néron, le déprava, le façonna à tous les forfaits, osa même en commettre à son insu et finit par l’abandonner et le trahir; c’est dans ses jardins que commença l’incendie de Rome. Exécré de tous, il reçut d’Othon l’ordre de mourir; au milieu des étreintes et des baisers de ses maîtresses, après des retards honteux, il se coupa la gorge et couronna l’opprobre de sa vie par la lenteur et la honte de sa mort.

35, Mort.—Add. de 88: Selon les regles de ce temps là.

452,

15, Vie.—A la facilité avec laquelle je quitterai la vie.

25, Fois.—Et plus encore quelquefois.

27, Proprieté.—Du latin propriare, approprier; par ext., convenable, confortable. Certains éditeurs, de leur propre mouvement, y ont substitué «propreté».

30, Conuiuium.—Cette première partie, Montaigne l’a adaptée à son sujet en lui prêtant un sens tout contraire à celui qu’elle a dans l’original.

37, Superfluë.—Voltaire était d’un avis contraire: «Le superflu, chose si nécessaire», a-t-il dit quelque part.

454,

8, Raison.—Dans le Journal de son voyage en Allemagne et en Italie, Montaigne dit de lui-même qu’«il se conforme et renge, en tant qu’en luy est, aux modes du lieu où il se treuue: et qu’il portoit à Auguste (Augsbourg) un bonnet fourré par la ville».

10, Vn.—Et tellement un (égal, indifférent) que je me plains, en vieillissant, de cette manière d’être qui fait que je suis content de tout.

16, Estrangers.—«Évitez chez l’étranger de vous lier avec les gens de votre nation, vous ne verriez ensemble que votre pays.» Bacon.

20, Estrangeres.—Les guides qui abondent actuellement, en même temps que s’est développé en France le goût des voyages, donnent, avec juste raison, comme principe essentiel, surtout à l’étranger, de savoir se conformer aux goûts et aux habitudes des pays où l’on se trouve.

25, Venir.—Le retour.

34, Homme.—Honnête homme, au sens où le XVIIe siècle emploiera si souvent cette expression, c’est non tant l’homme d’honneur que l’homme galant, l’homme comme il faut.

35, Façons.—A l’encontre de ces hommes qui s’effarouchent des façons contraires aux leurs, je voyage parce que je suis las de nos manières.

36, Logis.—Aussi «se faschoit-il, comme il le dit dans son Journal de voyages, de rencontrer à Rome si grand nombre de François, qu’il ne trouuoit en la rue quasi personne qui ne le saluast en sa langue».—Nous pouvons en dire autant aujourd’hui des étrangers à Paris. Anglais et Allemands en particulier pullulent, non seulement en qualité de touristes qui sont légions, mais y demeurant soit pour leur agrément, soit pour faire le commerce ou se livrer à l’industrie: c’est une véritable invasion; et, où qu’on soit, où qu’on aille, on y entend parler les langues étrangères au moins autant que le français.

456,

4, Peu.—Y a pu; forme elliptique pour: «y a pu tenir, y a pu loger».

13, Suiure.—Add. de 88: et qui prenne plaisir à vous assister.

30, Archytas.—Cicéron, De Amicitia, 23.—Archytas fut à la fois mathématicien, astronome, homme d’état, général; six fois il fut élu chef du gouvernement et à diverses reprises battit les ennemis de sa patrie. Il avait écrit sur presque tous les sujets, il ne reste de lui que de très courts fragments. On lui attribue l’invention de la vis, de la poulie; il avait, dit-on, construit une colombe volante.

30, Passer.—La vie.

34, Auez-vous.—S.-ent.: mais on me dira;—ou plutôt Montaigne adopte ici la forme d’un dialogue entre lui et un interlocuteur supposé qui l’engage à ne pas voyager.

458,

1, Pompe.—Henri de Navarre y vint avec toute sa maison militaire et ses équipages de chasse le 19 décembre 1584 et y séjourna deux jours; il y vint loger une seconde fois le 23 octobre 1587, après la bataille de Coutras.

7, Destourbier.—Embarras. V. N. II, [454].

26, Modification.—Var. de 88: mesure.

460,

6, Non.—Où n’y en a-t-il pas?

22, Poulet.—Un billet doux.

23, Frotter.—C’est ce que Rabelais appelle faire la bête à deux dos.

26, Porcie.—Fille de Caton d’Utique, s’arracha la vie, quand elle apprit la défaite et la mort de Brutus son mari, après la bataille de Philippes; ne pouvant trouver un fer pour se détruire, elle avala des charbons ardents.

27, Homme.—Probablement Théodore de Bèze, qui publia presque en même temps des poésies amoureuses et de nombreux ouvrages très appréciés en faveur de la Réforme, parmi lesquels malheureusement une apologie intolérante du jugement et du supplice de Servet, brûlé vif, du fait de Calvin, à Genève, en 1553, pour cause d’hérésie. D’autres pensent qu’il s’agit de Muret qui, en 1552, fit imprimer et un Discours sur l’excellence de la philosophie et des pièces fort légères en même temps qu’un commentaire assez indiscret des «Amours» de Ronsard. Bonnefon.

31, Desieuné.—Se soit régalé (en rompant son jeûne).

34, Sentez.—Écoutez lire...; forme latine sentite, écoutez.

38, Ariston.—Plutarque, Comment il faut ouïr, 8.

462,

5, Ouurier.—Aristippe.

8, Aristippique.—Contre la vertu telle que la définissait Aristippe. Diogène Laerce, II.

11, Presse.—La foule, la multitude.

14, Antisthenes.—Diogène Laerce, VI, 11.

17, Diogenes.—Diogène Laerce, VI, 38.

18, Confidence.—La fermeté, la résolution; c’est le sens de ce mot en latin, mais qui n’est plus celui qu’il a de nos jours.

23, Lays.—De Guevara, Epît. dorées; venant de cette source, on a tout lieu de tenir ce propos comme apocryphe.

38, Sua.—La relation de cette citation avec le texte, ne se saisit pas bien; cela arrive quelquefois chez Montaigne.

41, Inegale.—«Il n’y a pas trois ou quatre peuples sur la terre où les lois criminelles soient assez bonnes, pour qu’on ne préfère pas à leur tribunal celui d’un seul homme de probité et de bon sens.» Servan.

11, Endroicts.—De se montrer à la fois sous deux jours opposés.

13, Choses.—Les prédicateurs, les moralistes.

15, Conference.—Du rapport, de la relation avec les autres vies.

19, Saison.—Cicéron, dans sa Lettre à Atticus, II, 1, reproche encore à Caton de parler quelquefois, comme s’il opinait dans la république de Platon, et non dans la lie de Romulus.

28, Innocente.—Louis XVI est, chez nous, un exemple des plus probants de cette vérité, que démontrent non moins péremptoirement ceux entre autres de Louis XI et de Richelieu. L’expérience ne le prouve que trop, pour gouverner les hommes et triompher, dans leur intérêt même, des obstacles sans cesse renaissants que ceux qui en ont la gestion rencontrent à l’accomplissement de leur mission, il ne faut voir que l’utile, sans se préoccuper outre mesure du bien ou du mal, du juste ou de l’injuste, quand la nécessité commande; celui qu’arrêtent les scrupules le cas échéant, ne fait rien qui vaille.

31, Confesseur.—Peut-être est-il question ici de saint Louis qui, de l’aveu même de Joinville son historien et son panégyriste, fut très intolérant et entreprit des croisades qui coûtèrent tant à la France, tournèrent si mal et lui firent négliger l’administration du royaume. Naigeon.—Cela peut s’appliquer également à Charles VIII qui, en 1484, restitua le Roussillon à Ferdinand roi de Castille, à l’instigation de son confesseur; à Henri II, qui persécuta les réformés à l’instigation du cardinal de Lorraine «qui avait la conscience du roi, comme en sa manche»; à Louis XIV, que l’influence de ses confesseurs amena à révoquer l’édit de Nantes, fait qu’on ne saurait toutefois imputer, comme nombre d’historiens l’ont fait, au Père Lachaise qui, ainsi qu’en témoignent les Mémoires de Saint-Simon, y était au contraire absolument opposé et parvint à l’empêcher tant qu’il vécut.

33, Pius.—Come de Médicis disait: «On ne gouverne pas avec des patenostres.» Et Bernadotte: «Qu’il fallait, pour conduire la France, une main de fer gantée de velours».

466,

9, Affaires.—Cela est très vrai et explique pourquoi en politique les hommes sont souvent inconsciemment différents de ce qu’ils sont dans la vie privée. Mais, si dans les circonstances anormales tout acte, quel qu’il soit, peut avoir sa raison d’être et son excuse, en temps normal le respect des principes constitutionnels, des libertés publiques et des droits de chacun est de règle absolue. Ce qui n’empêche que nous voyons constamment nos gouvernants y faillir, parce que nous manquons du caractère nécessaire pour le leur imposer et que leur responsabilité morale et légale à cet égard est illusoire. Mais les pouvoirs publics ne sont pas immuables et il ne faut pas désespérer qu’il en survienne d’autres qui demanderont compte à ceux qui les ont précédés plus ou moins immédiatement, législateurs, ministres, chefs de l’état, de leur coopération à la confection et à l’exécution de lois injustes, ou d’actes de forfaiture; et aussi à tous autres, investis de fonctions publiques auxquelles rien ne les avait préparés, des mesures désastreuses résultant de leur incapacité. La prescription en pareille matière n’existe pas, et, bien que tardivement, ils pourront avoir à supporter dans leurs personnes et dans leurs biens les conséquences des responsabilités encourues. Cela s’est déjà vu, quoique assez rarement; nous souhaitons dans l’intérêt public que ce qui sous ce rapport a été l’exception devienne la règle, sans que pour cela se modifie la forme actuelle du Gouvernement, qui est celle ayant toutes nos préférences; mais d’elle, comme de toute institution humaine, tant vaut l’homme, tant vaut la chose.

9, Platon.—République, IV, quelques pages après le commencement.

10, Nettes.—Les culottes intactes; c.-à-d. immaculé, sans reproche. V. N. III, 420: [Bragues].

15, Solage.—En sol, en terrain fort différent de celui qui lui conviendrait.

40, Conseil.—Le fait est rapporté dans son Gorgias, où il est traité de l’homme apte à gouverner les affaires publiques, et mis par Platon dans la bouche même de Socrate qui dit qu’«étant sénateur et sa tribu se présentant aux assemblées du peuple, il ne savait comment s’y prendre pour recueillir les suffrages, n’étant pas un homme politique et passant son temps à s’étudier lui-même, sans s’occuper des foules, ni de ce qu’elles pensent». V. N. III, 576: [Socrates].

468,

1, Nombre.—La mienne est très bornée, quoique ne s’étendant qu’à un petit nombre d’objets.

1, Saturninus.—Trebellius Pollion, Trig. Tyr., 23.—Saturninus, Gaulois d’origine, prit du service, se signala par ses exploits en Gaule, en Espagne, en Afrique, parvint aux premiers grades, fut salué empereur dans Alexandrie et ne prit la pourpre qu’à contre-cœur; au bout de quelques mois, abandonné de ses troupes, il fut mis à mort (IIIe s.).

5, Sincere.—Var. de 88: Exquise.

15, Appuyer.—Signifie ici: aider à la résistance contre la disposition au mal.

16, Enuis.—Suivre envis une pente, un parti, une faction, c’est y être entraîné à regret, à contre-cœur, avec répugnance, malgré soi.

26, Xenophon.—Cet éloge s’y trouve: Hist. grecq., IV, 1 et Eloge d’Agésilas, III, 4; seulement il n’y est point question de passage à travers le Péloponnèse, mais d’une entrevue dans son camp à laquelle Cotys roi de Paphlagonie, qui n’avait pas voulu se fier au roi de Perse, se rendit sans autre garantie que la parole d’Agésilas.

34, Capettes.—Ces bambins d’écoliers.—Babouin signifie un enfant espiègle; capette était le surnom donné à certains écoliers d’un collège de Paris (collège Montaigu), du petit manteau qu’ils portaient; traités fort durement sous le rapport de la table et de la discipline, ils ne brillaient guère en général par l’intelligence et l’instruction, ce qui fit prendre ce surnom en mauvaise part.

35, Françoise.—Tant on entend autrement l’innocence, la vertu en France, qu’on ne l’entendait à Sparte.—C’est ce qui était arrivé en 1540, lorsque Charles-Quint, se rendant dans les Pays-Bas, traversa la France. Il fut blâmé par nombre de gens de l’espèce de ceux que Montaigne traite précisément ici de «babouins capettes», pour son imprudence à se confier ainsi à la bonne foi de François Ier, et celui-ci le fut pareillement de sa simplicité à ne pas user d’une si belle occasion de se rendre maître de son plus redoutable ennemi.

470,

16, Guerre.—C’est-à-dire que, dans l’intervalle, pouvant mourir de mort naturelle ou être massacré par l’un des partis, il échapperait de la sorte à cette tempête.

18, Voleurs.—Marc-Antoine, Octave et Lépide qui, de concert, s’emparèrent du pouvoir après la mort de César et formèrent le second triumvirat (42).

24, Platon.—Le Phèdre, œuvre assez brillante de sa jeunesse.

26, Muances.—Changements. Ils ne font pas difficulté de passer d’un sujet à un autre tout différent.

30, L’Eunuche.—L’Andrienne, l’Eunuque, deux comédies de Térence.

31, Torquatus.—Sylla, Cicéron, Torquatus, titres de chapitres des Vies parallèles de Plutarque.

32, Demoniacle.—Démoniaque, ou plutôt divine au sens qu’a ce mot δαιμονική dans la langue grecque.

35, Socrates.—Démon de Socrate, un des traités des Œuvres morales de Plutarque, qui porte ce nom.

472,

1, Plus.—Surtout quand elles semblent être le fait de l’inattention et du hasard.

4, Change.—Je change de sujet.

7, Maistres.—«Qui ne sait être fou, n’est pas sage.» Proverbe.

12, Platon.—Lois, VI.

16, Rompu.—Luy mesme est tout poëtique, add. de l’ex. de Bord. qui a été insérée dans la traduction.

28, Male.—Ce n’est déjà pas si mal, s’il advient...

30, C’est mon.—C’est mon avis; se disait encore en Normandie, il y a deux siècles, pour «oui da», sans doute.

35, Aristote.—Voir Aulu-Gelle, XX, 5, et Plutarque, Alexandre, 2.

474,

8, Trouue.—La raison.

8, Incommode.—Ailleurs, notamment III, 336, Montaigne dit qu’il cherche la vérité; ici, il avoue qu’il s’en soucie peu, si elle peut troubler sa tranquillité; c’est là un des nombreux exemples de ses contradictions et des changements que l’âge ou la maladie apportaient dans ses opinions.

9, L’asnerie.—Var. de 88: la grosserie.

13, Ville.—De Rome.

14, Reuere.—En 1581, Montaigne séjourna à Rome quatre mois et demi.—A son arrivée, on visita ses bagages et on saisit, comme il était de règle, pour les examiner les livres qu’il apportait et parmi eux les Essais, dont la première édition avait paru et avait été signalée comme renfermant des passages peu orthodoxes; ils lui furent néanmoins rendus avec simplement invitation d’y faire quelques changements; plus tard la cour de Rome se montra moins tolérante et par décret du 12 juin 1676 ils ont été officiellement condamnés; ils figurent comme tels dans le Catalogue des ouvrages mis à l’Index et interdits «où et en quelque temps qu’ils soient imprimés», et n’ont point été relevés de cet arrêt. V. N. I, 588: [Indisciplinatis].—II, 528, liv. II, ch. IX, appréciation générale.

17, Capitole.—Élevé en 507, sur le mont Capitolin, une des sept collines de Rome; brûlé trois fois: pendant les troubles de Marius, sous Vitellius et sous Vespasien, il fut en dernier lieu reconstruit à grands frais par Domitien. Le Capitole actuel, édifié sur les plans de Michel-Ange, sur l’emplacement de l’ancien, est affecté à la municipalité de la ville.

22, Ans.—Le père de Montaigne était mort en 1569; ceci a donc été écrit en 1586.

28, Assigné.—Le bienfait est moins désintéressé, lorsqu’on peut espérer du retour.

29, Arcesilaus.—Diogène Laerce, IV, 17.—Après de longs voyages en Grèce et en Perse, Arcésilas vint se fixer à Athènes où il fonda la 2e académie, école qui combattait les Stoïciens et niait que l’on puisse rien percevoir de certain par les sens.

29, Ctesibius.—Var. et erreur de 88: Apelles.

476,

3, Embabouyné.—Enchanté, enthousiaste, épris.

7, Est-ce.—Passage intégralement traduit de Cicéron, De Fin. bon. et mal., ch. V, au commencement.

20, Reliques.—N’est pas employé ici dans le sens d’objets religieux, mais est appliqué à tout ce qui demeure des hommes estimables qu’en imagination Montaigne a vus vivre et mourir, tellement il a été imprégné, depuis son enfance, de leurs faits et gestes par l’étude de l’histoire et de la littérature romaines.

25, Souuerain.—Le Pape.

26, Ailleurs.—Rome était la capitale des États de l’Église, gouvernés alors par Grégoire XIII.

28, Princes.—Les cardinaux.

33, Empire.—«Veuve d’un peuple-roi, mais reine encor du monde.»

478,

12, Plus.—«Après moi, le déluge.»

16, Nom.—N’ayant pas d’enfant mâle, le nom de Montaigne devait s’éteindre et s’éteignit avec lui; ses frères portaient des noms tirés d’autres propriétés de la famille.

22, Commodités.—Cette opinion de Montaigne est celle de beaucoup; et il faut convenir qu’elle va se répandant de plus en plus avec les progrès de la civilisation, ce qui fait pousser les hauts cris à certains qui considèrent comme une déchéance que l’accroissement de population soit moindre chez nous que chez d’autres.

Les conséquences de cet accroissement varient suivant les pays: avantageux pour ceux qui ont des colonies où déverser leur excédent, ou chez lesquels existe le goût de l’émigration, il est une cause de misères physiques et morales quand les débouchés font défaut. Pareillement avantageux dans les familles adonnées à l’agriculture où l’on tire très aisément parti de chacun, il ne l’est plus chez les autres. G. Lebon.

En France, la population, de 39.047.000 habitants qu’elle était en 1901, a été de 39.337.000 en 1906, soit une augmentation annuelle d’environ seulement 12 pour mille, inférieure à ce qu’elle est chez ses voisins, en Allemagne notamment, où elle atteint 14 à 15. Sa densité est également moindre; elle n’est que de 73 habitants par kilomètre carré, et en Allemagne de 112.

Cette situation tient aux conditions de bien-être que l’on a en France, et que l’on redoute d’amoindrir en augmentant ses charges et en s’expatriant. Qu’on en conclue ce que l’on voudra au point de vue des conséquences économiques, tant que n’interviendra pas un autre système d’éducation changeant notre tempérament et par là amenant les gens à refluer des villes dans les campagnes, et à aller chercher fortune aux colonies, ce qui procède du même état psychologique, rien ne saurait modifier cet état de choses.

Aussi est-ce à un tout autre point de vue que nous sommes partisan de l’impôt sur les célibataires, les divorcés, les veufs et les ménages sans enfants (on évalue à 1.300.000, en France, le nombre des célibataires masculins âgés de plus de trente ans, et à 1.800.000 celui des ménages sans enfants). A cette mesure, on objecte que l’impôt ne saurait être un moyen de réformer la société; mais tel n’est pas le but que nous envisageons: nous ne voyons là qu’une compensation équitable des charges qu’entraîne la famille et dont ils sont exempts; alors qu’on cherche par l’impôt sur le revenu à obtenir une plus juste répartition de nos contributions, quoi de plus naturel et de plus juste que d’atteindre ceux dont les revenus sont si fort accrus de ce chef!

25, Desirées.—«Qui a enfant, a tourment.» Proverbe.—Evenus, de l’île de Paros (anc. Grèce), poète dont Platon loue les talents et la sagesse, disait: «De la crainte ou du chagrin, c’est ce qu’un père éprouve en tous temps par son fils.»

31, Mieux.—Il l’agrandit tout au moins, car, en 1576, il fit acquisition pour 1.500 livres (environ 8.000 fr. de notre monnaie) d’une forêt près et au N. de son château.—A son décès, sa succession a été estimée à 90.000 livres, dont 60.000 pour la terre, laquelle, lorsqu’elle sortit de la famille, au commencement du siècle dernier, fut vendue 120.000, et estimée à 224.000 trente ans plus tard; aujourd’hui, manoir (en dehors de sa réfection dernière), terres et bois, représentant une superficie d’environ 350 hectares, valent plus du double.—Sa fille, en se mariant, reçut en dot 20.000 livres tournois.

33, Pas.—Aussi ne m’a-t-elle pas accordé de grâce.

34, Ans.—Montaigne écrivait ces lignes vers 1586; et Ramon Eyquem son bisaïeul, auquel la famille était redevable de sa situation de fortune et de l’acquisition du domaine de Montaigne, et par lui de son anoblissement, était mort en 1478.

480,

2, Bulle.—Titre émanant de la chancellerie romaine.—Montaigne laisse entendre ici que ce titre de bourgeoisie romaine lui a été conféré sans qu’il le demande; dans son Journal de voyage en Italie, il dit à cet égard: «Je le recherchai, et pour l’obtenir y employai mes cinq sens; j’y trouvai de la difficulté que je parvins toutefois à surmonter.»

4, Estois.—En 1581. A cette époque, depuis longtemps déjà, ce n’était là qu’un titre honorifique; dans les temps anciens, le droit de cité, à Rome, comportait nombre de prérogatives, parmi lesquelles: la liberté individuelle, le citoyen romain ne pouvait être battu de verges, réduit en esclavage, ni même mis à mort, car il pouvait éviter la peine capitale en s’exilant; il pouvait aspirer à toutes les magistratures; servir dans les légions et, par suite, participer aux commandements et au butin; être exempt de certains impôts, etc. Généralement la concession du droit de cité n’était faite qu’avec concession restreinte des privilèges qui y étaient attachés.

34, Condita.—Une grande incertitude règne sur la date exacte de la fondation de Rome que l’on admet avoir eu lieu de l’an 754 à l’an 752 av. J.-C.; en conséquence pour la supputation des dates ayant trait à son histoire on prend généralement l’an 753 (date moyenne) comme point de départ; à en juger par ce document, cette date devrait, d’après les archives de Rome, être l’an 750.

482,

18, Delphes.—Sur le fronton du temple de Delphes était inscrite cette inscription: Γνώθι σεαυτόν (Gnothi seauton), Connais-toi toi-même. V. N. I, 28: [Cognoy]; III, 620: [Temple].

CHAPITRE X.

484,

9, Moy.—Primo mihi, moi d’abord.

10, Affection.—Et contiendrais volontiers le sentiment d’affection qui est en moi, de peur...

15, Importables.—Insupportables.

17, Platon.—Lois, VII.

20, Soy-mesme.—Pensée imitée de Sénèque, Epist. 62.

486,

5, Entrailles.—Les embarras domestiques que j’ai dans mon intérieur.

8, Forains.—D’autres affaires extérieures, étrangères, du dehors.

14, Eux.—S.-ent.: qui y sont.

22, Causa.—Le membre de phrase qui suit est la traduction de cette citation.

29, Personne.—Toute cette période est empruntée de Sénèque, De brev. vitæ, 3.

488,

9, Aussi.—Montaigne était aux bains de Lucques, en septembre 1581, quand il reçut la nouvelle de son élection; il répondit en déclinant l’honneur qui lui était fait; mais les Bordelais s’entêtèrent et s’adressèrent au roi qui intervint, en lui écrivant qu’en acceptant «il ferait une chose très agréable et que le contraire lui déplairait grandement», ordre devant lequel Montaigne céda.—Voici du reste in-extenso la lettre de Henri III qui est datée du 15 décembre: «Pour ce que j’ai en estime grande votre fidélité et zélée dévotion à mon service, ce m’a été plaisir d’apprendre que vous avez été élu major de ma ville de Bordeaux; et ai confirmé la dite élection d’autant plus volontiers qu’elle a été faite sans brigue et en votre lointaine absence. A l’occasion de quoi mon intention est, et vous ordonne et enjoint bien expressément, que sans délai ni excuse, reveniez au plus tôt que la présente vous sera rendue, faire le dû et service de la charge où vous avez été si légitimement appelé, et vous ferez chose qui me sera très agréable et le contraire me déplairait grandement.»

12, Eslection.—Cette durée de deux ans et cette absence de loyer et de gain dans les fonctions de maire de Bordeaux n’existaient que depuis 1550; auparavant cette charge était perpétuelle et une rétribution de 1.400 livres tournois environ y était affectée qui se trouvait alors limitée à deux robes par an aux armes de la ville.

13, Moy.—Il semble qu’on peut conclure de là qu’on fut satisfait de son administration; Balzac a insinué le contraire, sans en donner de preuve.

17, De Matignon.—Le maréchal de Matignon avait été gouverneur à Alençon et à Saint-Lô, lors de la Saint-Barthélemy, et s’était refusé à exécuter les massacres ordonnés par le roi.

18, Minister.—Dans l’éd. de 88, ce vers est complètement entremêlé.

20, Alexandre.—Sénèque, De Benef., I, 13; Plutarque, au commencement de son traité Des trois formes du gouvernement. Ni l’un ni l’autre ne parlent de Bacchus, et Plutarque nomme les Mégariens, au lieu des Corinthiens.

21, Desdaigna.—Var. de 88: hocha du nez.

24, Deschiffray.—Je me fis connaître.

34, Appellé.—Le père de Montaigne qui, antérieurement, avait été, à diverses reprises et à divers titres, membre de la municipalité de Bordeaux, en avait été nommé maire en 1554 et s’y était signalé par de nombreuses mesures administratives.

490,

13, Siller.—Fermer nos yeux. Siller les yeux, se disait des oiseaux de chasse, auxquels quand on n’avait pas de chaperon pour leur couvrir la tête, lorsqu’on les portait, on cousait les deux paupières avec une pointe d’aiguille pour qu’ils n’y voient pas; dessiller, qui signifie le contraire, ouvrir les yeux, est demeuré dans la langue.

38, Principale.—Add. de 88: et plus legitime.

492,

4, Propre.—Pour lui-même.

28, Entreprend.—Sénèque, De ira, I, 12.

36, Faut.—Il manque son coup.

494,

8, Iambe.—Se donne elle-même un croc-en-jambe, s’enchevêtre.

9, Implicat.—Sénèque, Epist. 44. Ces mots terminent l’épître. Montaigne, qui les donne un peu autrement qu’ils ne sont dans Sénèque, les traduit exactement avant de les citer. Ils sont le développement de cette autre sentence: Festina lente (hâtez-vous lentement), qui, dit-on, se reproduisait souvent dans la conversation et la correspondance de l’empereur Auguste.

16, Maistre.—Probablement le roi de Navarre, depuis Henri IV.

17, Accidens.—Var. de 88: negoces.

35, Saisir.—«Qui trop embrasse, mal étreint.»

496,

4, Opinion.—«Si tu vis conformément aux lois de la nature, tu ne seras jamais pauvre; si tu te règles sur celle de l’opinion, tu ne sera jamais riche; la nature se satisfait de peu, à l’opinion il faut l’immensité, etc.» Sénèque, Epist. 16.

12, Socrates.—Cicéron, Tusc., V, 32.

14, Onces.—Environ 300 gr., la livre n’étant alors que de 400.

15, Epicurus.—Sénèque, Epist. 18.

15, Metrocles.—Plutarque, Que le vice rend l’homme malheureux, 4.

17, Cleanthes.—C’est Zénon qui disait cela de Cléanthe, son disciple. Diogène Laerce, VII, 169.

24, Outre.—Accordons-nous quelque chose de plus.

28, Nature.—«L’accoutumance est une seconde nature.» Proverbe latin qu’on trouve dans Macrobe.—Fontenelle disait au sujet de cette pensée que reproduit également Pascal, qu’il voudrait bien savoir quelle était la première, puisque l’habitude est la seconde. Ce n’était là que boutade de sa part; au surplus Montaigne, en poursuivant, s’explique à cet égard de la façon la plus compréhensible: la première est celle en laquelle nous sommes, avant les transformations que nous subissons par le seul effet des habitudes que nous prenons par des causes diverses et qui, en s’infusant en nous, nous modifient dans de telles proportions que l’on peut dire sans exagération que notre nature est autre. Que de fois l’enfant ne se retrouve pas dans l’adulte, ni l’adulte dans l’homme fait!

30, Et.—Add. de 88: pour mon humeur.

31, Essimoit.—Amaigrissait. Terme de fauconnerie; essimer un faucon c’est lui faire perdre un excédent de graisse, en le soumettant à un certain régime.—L’éd. de 88 port.: estansoit.

39, Ie me plaindrois... d’Arabie.—Var. de 88: Ie ne me reforme pareillement gueres en sagesse pour l’vsage et commerce du monde, sans regret que cet amendement me soit arrivé si tard que ie n’aye plus loisir d’en vser: ie n’ay d’oresenauant besoing d’aultre suffisance que de patience contre la mort et la vieillesse. A quoy faire vne nouuelle science de vie à telle declinaison, et vne nouuelle industrie à me conduire en cette voye où ie n’ay plus que trois pas à marcher? Apprenez veoir la rhetorique à vn homme relegué aux desers d’Arabie.

40, Homme.—Ce n’est pas ce que dit le proverbe: «Mieux vaut tard que jamais.»

498,

12, Pape.—Grégoire XIII qui, en 1582, avait réformé le calendrier dont il avait retranché dix jours pour mettre l’année civile en concordance avec l’année solaire. En France, on était passé subitement du 9 au 20 Xe 1582 (V. III, 526 et N. [France]).—Un dicton populaire, antérieur à cette époque: «A la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d’une puce», se répète encore, bien qu’aujourd’hui il ne soit plus vrai, la Sainte-Luce tombant le 13 Xe et les jours décroissant jusqu’au 22; avant la réforme grégorienne, cette fête tombait le 23, et du 22 au 23 l’accroissement du jour est en effet insensible, seulement de quelques secondes.

15, Vendique.—Réclame, revendique. Terme du palais qui vient du latin vindicare et qui n’est plus en usage; revendiquer a prévalu.

18, Grommelle.—Murmure entre ses dents.

26, Issue.—Montaigne fait peut-être, entre autres, allusion ici à l’élection des papes, dans laquelle on tenait et on tient encore grand compte de l’âge, afin que le nouvel élu ne se perpétue pas dans sa fonction.

30, Mesure.—Dans la mesure de notre état habituel.

34, Aduersitez.—«L’homme tient par ses vœux à mille choses: plus il augmente ses attachements, plus il multiple ses peines.» J.-J. Rousseau, Émile, V. Sénèque a souvent, lui aussi, exprimé la même pensée.

500,

3, Pointe.—S’abandonnent à l’impétuosité de leurs désirs. Courir de pointe, c’est courir avec impétuosité, c’est ce que les Italiens appellent la furia francese.

5, Histrioniam.—Fragment de Pétrone, conservé par Jean de Salisbury, Polycratic., III, 8.—S. Jean Chrysostome et d’autres ont employé cette comparaison: «Le monde est une comédie qui se joue en différentes scènes; les spectateurs se connaissent mieux que les acteurs.» Bossuet.

«Ce monde n’est qu’une œuvre de comiques,

Où chacun fait ses rôles différents,

Là, sur la scène, en habits dramatiques,

Brillants prélats, ministres, conquérants,

Pour nous, vil peuple, assis aux derniers rangs,

Troupe futile et des grands rebutée.

Par nous, d’en bas, la pièce est écoutée,

Mais nous payons, utiles spectateurs;

Et quand la farce est mal représentée,

Pour notre argent nous sifflons les acteurs.» J.‑B. Rousseau.

«La vie que tu vois n’est qu’une comédie,

Où l’un fait le César, et l’autre l’arlequin;

Mais la mort la finit toujours en tragédie,

Et ne distingue point l’empereur du faquin.» Auteur inconnu.

«... Le monde est une comédie, où le personnage que vous jouez n’est pas des plus relevés; mais il n’y en a pas où l’on ne puisse acquérir de l’honneur. Nous sommes ici-bas comme dans l’arche de Noé: peu d’hommes et beaucoup de bêtes.» Lamothe le Vayer, 1684.

«Oui, ce bas monde est une comédie

Où, gouvernés par une austère loi,

Pauvres acteurs des drames de la vie,

Nous remplissons bien ou mal notre emploi.» Scribe.

Balzac, Shakespeare ont aussi exprimé cette même idée. «La vie est une comédie pour ceux qui pensent, et une tragédie pour ceux qui sentent,» a dit Walpole.

12, Prelatent.—Se glorifient; se prélater, c’est témoigner par ses manières qu’on se croit fort au-dessus des autres, se donner des airs de prélat.

19, Claire.—Montaigne maire et Montaigne simple particulier ont toujours été deux êtres absolument distincts.

23, Exercice.—C’est ce qui arrive tous les jours. Nous voyons en effet constamment les hommes politiques commettre des actes ou s’associer à des mesures contre lesquelles leur conscience se révolterait en tant qu’hommes privés, si leur mentalité n’était absolument oblitérée, dans l’exercice de leur mandat; c’est triste, mais c’est la loi des sociétés, si différente et parfois si opposée à la loi de nature, et c’est ce qui jusqu’à un certain point peut leur tenir lieu d’excuse. Il en est souvent de même des avocats, qui eux peuvent invoquer les exigences de la cause bonne ou mauvaise qu’ils ont entrepris de défendre; cela se rencontre aussi couramment chez les journalistes, mais ceux-là ne sont point excusables, car ils n’obéissent guère qu’à leur propre intérêt et au désir d’accroître le tirage de leurs journaux.

24, Preualoir.—Il faut prendre le monde comme il est et, autant qu’on le peut, en tirer avantage.

27, Pierre.—C.-à-d. familièrement, comme feraient d’obscurs personnages.

31, Presens brouillis.—Var. de 88: dissentions presentes.

502,

7, Contraire.—Add. de l’ex. de Bord que l’on a cru devoir introduire dans la traduction: Vtatur motu animi, qui vti ratione non potest. Traduction: «Que celui-là s’abandonne à la passion, qui ne peut suivre la raison.» Cicéron, Tusc., IV, 25.—Cette citation se trouve déjà liv. III, ch. I, III, 82.

12, Cause.—C’est qu’ils n’en veulent pas à la cause. Cette locution subsiste encore dans le langage familier: A qui en avez-vous? à qui en a-t-il pour être de si mauvaise humeur?

14, Masche.—Les blesse, les incommode. On trouve dans Nicot: Il a le visage masché, c.-à-d. meurtri.

18, Forcene.—Je ne m’emporte point, je ne suis point hors de moi.

26, Heretique.—Peut-être Clément Marot, peut-être Théodore de Bèze, tous deux poètes et très zélés calvinistes, dont il est parlé avec éloge, de l’un comme de l’autre, dans les Essais. V. I, 642 et II, 518.

27, Greue.—Belle jambe.

504,

10, Apollonius.—Après avoir embrassé de bonne heure la doctrine de Pythagore, se soumit à toutes les austérités de cette secte; visita l’Asie Mineure, la Chaldée, pénétra jusque dans les Indes, puis se rendit en Grèce, en Italie, excitant partout l’admiration et faisant des guérisons miraculeuses. Ses contemporains le regardaient comme un homme extraordinaire et lui reconnaissaient le don de prévoir l’avenir et de faire des miracles. Les païens, dans les temps qui suivirent, allèrent jusqu’à le mettre en parallèle avec le Christ.

10, Embufflerent.—Séduisirent, trompèrent. Embuffler quelqu’un, c’est le mener par le nez, comme un buffle.

11, Discretion.—Jugement, discernement; du latin discretio, qui a cette signification; ne s’emploie plus dans ce sens.

14, Depuis.—Le premier, c’est le parti protestant; l’autre, né depuis, c’est la Ligue.

18, Vague.—Si on ne suit.

28, Detraction.—Déchirement, médisance.

33, Garde.—C’est qu’en effet la cause de la guerre de Marius et de Sylla était tout autre: cette guerre fut en réalité une de ces crises violentes de la lutte éternelle de ceux qui n’ont pas contre ceux qui ont, qui aujourd’hui se traduisent par les grèves; mais, pour s’être transformé, le conflit n’en est pas moins âpre.

Certes le droit de grève est indéniable, il est un des apanages de la liberté, et présentement le seul moyen de défense, quelque peu efficace, de l’ouvrier contre le patron; mais de même que l’accaparement des choses de première nécessité est interdit, tout arrêt d’une certaine importance dans les diverses branches du commerce, de l’industrie ou de l’agriculture, ne saurait être admis; le droit de grève, comme tout autre droit individuel, ne saurait s’exercer de manière à préjudicier à la société.

En la circonstance, ces deux principes ne sont point inconciliables: il suffit d’empêcher ces conflits de se généraliser; de faire que chaque fois ils se limitent au cas particulier qui l’a amené et à cet effet poursuivre impitoyablement, pour fait d’excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres, tous ceux qui par leurs menées ou leurs écrits les fomentent ou s’en mêlent alors qu’ils n’y sont pas directement intéressés. En outre, toute atteinte à la liberté de travail de ceux qui se refusent à l’abandonner, tout méfait tant contre les personnes que contre les propriétés seraient à prévenir d’une façon efficace, les principaux meneurs, les membres du syndicat quand il existe, en étant personnellement et pécuniairement responsables.

Et si, pour en arriver là, il est nécessaire d’avoir recours à l’armée, il faut, tout en recommandant la prudence et la modération, ne pas la réduire de parti pris à l’impuissance en substituant à la loi qui lui trace ses devoirs des instructions arbitraires, qui font qu’elle doit se laisser bafouer, insulter, frapper, et que seul son sang coulera au lieu et place de celui des fauteurs de désordres en présence desquels on l’a mise.

Que l’on cherche à atténuer les malheurs qui peuvent se produire en pareil cas, rien de mieux. Que ne fait-on pour cela prendre à l’infanterie des cartouches de tir réduit qui blessent, mais ne tuent guère, disposition qui, dit-on, vient d’être rendue réglementaire en Espagne, à la cavalerie les lances qu’on lui fait si malencontreusement déposer, qui, en ne faisant pas usage du fer, n’ont jamais tué personne: elles ne seront pas désarmées et auront le moyen de se faire craindre. Au lieu de cela on leur impose une action absolument passive, qui oblige à mettre en ligne des forces numériquement considérables, qu’on livre au ridicule, sans préjudice des outrages, des coups et blessures auxquels elles sont en butte, et les grèves se prolongent indéfiniment, ne cessant que pour recommencer à courte échéance; c’est la misère pour les uns, la ruine pour les autres, et pour la France de sérieuses atteintes à la paix et à la prospérité publiques.

Le mieux évidemment est de chercher à prévenir les grèves. L’un des palliatifs de quelque efficacité à cette guerre entre le travail et le capital semble être la participation de l’ouvrier aux bénéfices, soit par le fait d’entreprises ouvrières effectuées en commun et dont l’intégralité des produits serait répartie entre les coopérateurs, soit que dans les entreprises patronales où une part des bénéfices reviendrait à l’ouvrier. Plût à Dieu que ce système si équitable, déjà appliqué par quelques-uns, se généralise et que par lui s’améliore le sort de ces malheureuses femmes employées dans les grandes villes à des travaux de couture par les grands magasins qui les exploitent indignement, leur faisant à grand’peine l’aumône d’un salaire dérisoire d’un franc cinquante à deux francs pour une journée de dix à douze heures de travail, se retranchant, pour abuser ainsi, derrière cette loi draconienne de l’offre et de la demande.

506,

4, Voy.—A mesure que je la vois.

11, Diogenes.—Diogène Laerce, VI, 23; Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.

22, Cotys.—Plutarque, Apophth. des rois.

39, Desinent.—Quelques pages plus bas (III, 512), Montaigne traduit lui-même bien plus vivement cette même pensée: «De combien il est plus aysé de n’y entrer pas, que d’en sortir!»

508,

2, Harper.—Se prendre à quelque chose.

5, Ennemis.—Accidents fâcheux. Succès est employé ici dans le sens du latin successus, qui signifie toute espèce d’événements heureux ou malheureux.

10, Exemples.—N’entreprenons pas d’imiter ces exemples.

17, Escheuer.—Esquiver, éviter, de l’italien schifase, d’où vient le mot esquif.

18, Parer.—C’est la philosophie d’Horace.

18, Zenon.—Diogène Laerce, VII, 17.

22, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 13.

23, Contraire.—Add. de 88: Il n’espere pas que la ieunesse en puisse venir à bout.

26, Disciple.—Xénophon, dans sa Cyropédie, I, 3, 13, etc.

29, Panthée.—Abradate roi de la Susiane, reconnaissant à Cyrus de la manière dont il avait traité son épouse captive, devint son ami et allié, et périt peu après, en soutenant sa cause, dans une rencontre avec les Égyptiens. Panthée se tua sur son corps.

31, Tentationem.—Montaigne paraphrase ce passage après l’avoir cité.

33, Essayée.—Tentée.

510,

4, Mesmes.—Lorsque les causes de leur erreur sont affaiblies par le temps et bien loin d’eux.

6, Vert.—Au dépourvu.—Expression provenant d’un jeu qui se joua, particulièrement en mai, où l’on est obligé, sous de certaines peines, à avoir toujours sur soi quelques feuilles de verdure cueillies le jour même et où chacun cherche à surprendre son compagnon à un moment où il n’en a pas.

14, Trahunt.—Phrase d’origine inconnue que Montaigne a traduite avant de la reproduire.

15, Bee.—Coure, soupire. Béer, c’est appeler, souhaiter, à gueule béante, comme fait le mouton bêlant.

17, Recueil.—Accueil, comme on dit aujourd’hui.

19, Esclaue.—Var. de 88: tyrannique.

35, Bruire.—Murmurer, résonner, se faire entendre. Bruire n’est plus guère usité; ses dérivés, bruit, bruissement, sont demeurés.

42, Ordes.—Sales. V. N. III, [102].

512,

11, Iournées.—Enfin, à force de soins, j’en suis arrivé à ce que...

12, Procès.—Ses héritiers, du fait de ses dispositions testamentaires, n’ont pu en dire autant. V. N. II, 44: [Masculines].

16, Nom.—C.-à-d. j’ai bientôt écoulé une longue vie, sans avoir reçu ni avoir fait à personne aucune offense grave et sans qu’on m’ait dit plus que mon nom, qu’on y ait accolé d’épithète désagréable.

17, Ridicules.—«Grands effets et petites causes; mais combien souvent au-dessous y a-t-il d’autres causes!» (Ste-Beuve), la cause apparente n’étant que la dernière goutte faisant déborder le vase.—Le proverbe: «Faute d’un point, Martin perdit son âne», appliqué aux faits de la vie courante semblant sans importance et qui par suite de particularités imprévues sont gros de conséquences, rend la même idée que celle exprimée ici par Montaigne concernant les événements qui bouleversent le monde: Un sieur Martin, dit la tradition, prieur de l’abbaye d’Asello (d’Italie), avait fait graver sur la porte du couvent cette inscription: «Porta, patens esto, nulli claudaris honesto (Porte, sois ouverte à tous, ne sois fermée pour aucun honnête homme)»; mais, par inattention, l’ouvrier avait déplacé une virgule, ce qui permettait de lire: «Porta, patens esto nulli, claudaris honesto (Porte, ne sois ouverte à personne, reste fermée à l’honnête homme)», ce qui, provoquant l’indignation publique, avait amené la destitution du prieur. Son successeur s’empressa de rectifier l’erreur et l’on dit depuis: «Uno pro puncto, caruit Martinus Asello (Pour un seul point, Martin perdit Asello)», c.-à-d. son couvent, qu’un malin et après lui tout le monde a traduit «son âne».

19, Mouton.—Allusion à l’origine des démêlés de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, d’abord avec les Suisses qui le battirent à Granson et à Morat (1476), puis avec René de Lorraine leur allié, contre lequel il perdit la bataille de Nancy, où il périt (1477). Le fait initial de ces hostilités fut la saisie par le comte de Romont, vassal du duc de Bourgogne, à un Suisse qui traversait ses terres, d’un chariot chargé de peaux de mouton; pour se venger, les Suisses enlevèrent au comte de Romont une partie de ses terres, ce qui amena celui-ci à demander aide et protection à son suzerain. Philippe de Comines.

19, Engraueure.—La gravure.

25, Souffert.—Plutarque, Marius, 3.—La machine en question n’est autre que la République romaine ébranlée par la rivalité et les guerres civiles de Marius et de Sylla, dont le point de départ fut que, Marius étant consul et Sylla son préteur, chacun revendiquait le mérite de la prise de Jugurtha, roi de Numidie (106): Marius, parce qu’il commandait et que c’était lui qui avait obtenu de Bocchus, roi de Mauritanie, beau-père de Jugurtha, de le lui livrer; Sylla, parce que c’était entre ses mains que cette livraison avait été effectuée. Sur ces entrefaites, Sylla se fit faire, reproduisant cet épisode, un cachet dont il se servit exclusivement, ce dont l’irritation de Marius fut vivement accrue. On cite souvent, après Montaigne, le cachet de Sylla à l’appui de cet adage que «de très petites causes sont le plus souvent la cause des plus grands événements». La prise d’Alger en 1830, suivie de la conquête de l’Algérie, n’a-t-elle pas eu pour cause première un coup d’éventail donné, dans le fort d’une discussion, par le Bey d’Alger à notre consul?

22, Autres.—Marius et Sylla.

24, Despense.—Les États généraux.

26, Pomme.—La pomme, prix de beauté, que se disputaient Junon, Pallas et Vénus, cause indirecte de la guerre de Troie, suscitée par les deux premières de ces déesses à la suite de l’enlèvement d’Hélène (V. N. II, 178: [Duello]) pour se venger à la fois de Pâris qui, choisi pour arbitre, leur avait préféré leur rivale, et de celle-ci, armant la Grèce contre cette ville tout spécialement protégée de Vénus et où régnait la famille de Pâris.

30, A tout.—Avec.

30, Poignart.—On se battait alors en duel, l’épée d’une main et la dague, ou poignard, de l’autre.

32, A l’enfourner.—Au commencement, au début, pour savoir si vous vous engagerez dans une affaire ou une querelle.

514,

10, Conseil.—De céder, d’entrer en accommodements, de faire des excuses, au lieu de lutter et courir les risques qui peuvent s’ensuivre, m’ait...

11, Gourmer.—Réprimer. Gourmer un cheval c’est lui resserrer le mors avec la gourmette ou chaînette qui l’assujettit en passant sous le menton du cheval.

23, Plutarque.—Dans son traité De la mauvaise honte, 8.

30, Bias.—Diogène Laerce, I, 87.—Les anciens disaient proverbialement qu’il fallait commencer par Argus et finir par Briarée (tous deux personnages mythologiques qui avaient, le premier cent yeux, le second cent bras).—Il faut délibérer avec lenteur, mais exécuter avec vigueur et célérité ce qui a été résolu. Démosthène.

33, Accords.—Des réconciliations qui suivent nos querelles d’aujourd’hui.

516,

3, Conillieres.—Subterfuges, échappatoires. V. N. I, [200].

22, Temperantur.—La traduction qui est donnée de cette citation est de Montaigne qui l’a inscrite sur l’ex. de Bord., puis effacée.

30, Acheron.—Un des bras du Nil au S. de Memphis (Égypte anc.); formait une île où se trouvait une nécropole, d’où les Grecs en ont fait un fleuve des Enfers.

32, Sorores.—Virgile, Georg., II, 490. Delille a traduit ainsi cette citation:

«Heureux le sage instruit des lois de la nature,

Qui du vaste univers embrasse la structure,

Qui dompte et foule aux pieds d’importunes erreurs,

Le sort inexorable et les fausses terreurs;

Qui regarde en pitié les fables du Ténare,

Et s’endort au vain bruit de l’Achéron avare!

Mais trop heureux aussi qui suit les douces lois

Et du dieu des troupeaux et des nymphes des bois!»

518,

3, Ville.—De ma conduite comme maire de Bordeaux, dont il a déjà été question au commencement de ce chapitre, III, 488.

12, Moins.—Et moins encore une preuve de...

16, Charge.—Montaigne fut réélu maire en 1583.

23, Cessation.—On m’a accusé de n’avoir rien fait.

25, Charrie.—C.-à-d.: Partout où ma volonté m’entraîne, je suis vif, ardent, empressé.—L’éd. de 88 port. esmeu, au lieu de «trespignant».

520,

7, Luy.—Richelieu pensait autrement et se félicitait de voir tant d’honnêtes gens dormir sans crainte à l’ombre de ses veilles; c’est lui qui veillait pour assurer aux autres le sommeil du lendemain, tandis que Montaigne se bornait à jouir du présent, imprévoyant des besoins du lendemain de ses administrés. Gouverner, commander, administrer, c’est prévoir.

8, Glissante.—Facile, qui passe inaperçue, sans incidents marquants.

9, Efferentem.—Cicéron, De Off., I, 34.

12, Hommes.—Les hommes de notre temps.

14, Quietes.—V. N. III, [432].—L’éd. de 88 port. mornes.

24, Chalandise.—Acquisition de chalands, clients, clientèle; chalandise a disparu de la langue, où demeurent chaland et achalander.

27, Alexandre.—Allusion à ce passage de Plutarque, Alexandre, 2, dans la trad. d’Amyot: «Toutes les fois qu’il venoit nouuelles que Philippe auoit pris aulcune ville de renom, ou gaigné quelque grosse bataille, Alexandre n’estoit point fort ioyeux de l’entendre, ains disoit à ses egaulx en aage: Mon pere prendra tout, enfants, et ne me laissera rien de beau ni de magnifique à faire et à conquerir auecques vous.»

33, Condition.—C’est ce que Socrate lui reproche dans le Ier Alcibiade, une ou deux pages après le commencement.

34, Amette.—Petite âme.

35, Embabouynant.—Se faisant illusion; une des acceptions assez mal définies de ce mot.

522,

5, Consent.—Et qui convînt, qui fût témoin...

8, Batelée.—Cargaison, chargement de navire.

14, Bourse.—Qui ne peut se faire louer par les autres, qu’il se loue lui-même.

26, Siecle.—Cicéron, De Off., II, 22.

31, Belistresse.—Gueuse, mendiante. On disait autrefois «belistrer» pour «mendier»; et l’on appelait les quatre ordres de belîtres, les quatre ordres religieux mendiants: les Jacobins, les Cordeliers, les Augustins et les Carmes.

31, Coquiner.—Mendier.

38, Rabats.—Ce qui m’oblige à rabattre quelque chose de sa bonté, à moins m’enthousiasmer, c’est le soupçon...

524,

6, Fiunt.—Cicéron, Tusc., II, 26.

7, Glorieux.—Vaniteux, orgueilleux. Prise dans un sens favorable, Montaigne n’eût pas donné cette qualification à Cicéron.

7, Durer.—Le devoir de ma charge consistait uniquement à conserver et à vivre en paix.

11, Iour.—Moins brillante, moins en lumière.

29, Desseigné.—Que j’ai eu dessein de suivre, que je me suis tracé.

36, Affecté.—Var. de 88: souhaité.

CHAPITRE XI.

526,

Boyteux.—Montaigne ne traite son sujet que vers la fin du chapitre, qui n’en est pas pour cela ni moins curieux, ni moins philosophique; on y trouve d’excellentes réflexions sur les miracles et les choses extraordinaires. «Qui veut apprendre à douter, n’a qu’à lire ce chapitre en entier,» en a dit Voltaire.

2, France.—Il a déjà été question, au chapitre précédent (V. N. III, 498: [Pape]), de cette réforme du calendrier qui substitua l’année Grégorienne (du nom du pape qui l’introduisit) à l’année Julienne, qui datait d’une réforme de Jules César dont elle porte le nom. Le calendrier, lors de la réforme de César, avançait de 80 jours; remis au point à ce moment, il se trouvait être, 1600 ans après, lors de la réforme grégorienne, en retard de dix jours. Le calendrier Julien, ou vieux style, est encore suivi par les Russes et par quelques autres peuples du rite grec; en ce moment, il est en retard de 13 jours sur l’autre.

8, Sent.—Cette appréciation n’est pas juste. La réforme du calendrier était nécessaire pour mettre de l’exactitude dans les observations et calculs astronomiques, fixer avec précision certaines époques de l’histoire, rétablir la concordance entre ses indications et la réalité; l’erreur, sous ce dernier rapport, était déjà assez sensible pour qu’on désirât en voir arrêter les progrès qui, à la longue, aurait amené une transposition complète de saisons: déjà on était en été, que d’après lui le printemps n’avait pas encore pris fin.

16, Iours.—L’erreur qui demeure n’est pas telle que le dit Montaigne, et on y pare par le moyen qu’il indique, mais qui avait été décidé dès le principe, en ne faisant pas bissextile l’année qui termine chaque siècle qui, sans cette convention, devrait l’être, son millésime étant divisible par 4.

26, Plutarque.—Questions romaines, 24.

26, Borner.—Délimiter, donner une mesure exacte.

528,

2, Causes.—Add. de 88: Ils passent par dessus les presuppositions, mais ils examinent curieusement les consequences.—Un charlatan, au XVIIe siècle, montrait un jeune homme qui avait, disait-il, une dent d’or. Les philosophes de l’époque firent à ce sujet force dissertations pour démontrer qu’il s’était produit là un travail de la nature, analogue à celui par lequel ce métal existe dans les minerais d’or; jusqu’à ce qu’un incrédule, examinant la chose de plus près, découvrit que la prétendue dent n’était autre qu’une dent enveloppée dans une feuille d’or et adroitement entrée dans la gencive (J.-J. Rousseau commence par cette histoire son traité sur la musique).—Aux débuts de la conquête de l’Algérie, une communication des plus intéressantes, tant par elle-même que par l’érudition dont faisait preuve l’éminent correspondant qui l’adressait à une de nos sociétés savantes des mieux qualifiées, signalait la découverte, dans la nouvelle colonie, d’un rat à trompe, dont plusieurs spécimens furent présentés à la docte assemblée et donnèrent lieu à d’importantes discussions, qui ne prirent fin que lorsque l’avenir vint à révéler que ces phénomènes n’étaient autres que des rats de l’espèce la plus commune, auxquels un adroit loustic des Bataillons d’Afrique incisait habilement le museau et y greffait l’extrémité de la queue d’un de leurs congénères, et qu’il cédait à beaux deniers comptants aux touristes émerveillés des surprises que la nature tient continuellement en réserve pour ceux qui cherchent à pénétrer ses secrets.

15, Discours.—Raisonnement.

18, Matiere.—Et avec rien, comme avec quelque chose.

23, Basteler.—Faire le bateleur en compagnie, pérorer à perte de vue sans but sérieux.

30, Moyens.—Var. de 88: causes.

530,

10, Accession.—Accessoire, addition.

12, Particuliere.—Sénèque, Epist. 81.—C’est ce que rend bien ce conte humoristique qui avait cours dans mon enfance. Un Marseillais (on ne prête qu’aux riches) se dit un jour: «Quelle bonne farce je vais leur faire!» et à la première de ses connaissances qu’il rencontre: «Tu sais? lui dit-il... Comment, tu ne sais pas; la baleine échouée, elle bouche l’entrée du port, on ne peut plus ni entrer, ni sortir.—Ah, bah!» dit l’autre, et de courir aussitôt pour voir ce spectacle, interpellant de même façon ceux qu’il rencontre, qui à leur tour propagent la nouvelle à tous venants, si bien que notre farceur, auquel quelqu’un la rapporte et voyant chacun s’empresser, se prend à y croire lui-même: «Peut-être bien, se dit-il, qu’en riant j’ai dit la vérité; il faut que j’aille voir.» Et le voilà lui aussi parti comme les autres.

20, D’autruy.—«Les miracles ont toujours besoin qu’on les aide à se faire.» Renan.

32, Hyperbole.—Figure de rhétorique qui consiste à exagérer les choses, soit en les augmentant, soit en les diminuant, pour leur donner plus de force.

37, Nombre.—Diderot cite textuellement ce passage depuis: «I’ai veu la naissance de plusieurs miracles...» (p. 528, l. 38), et ajoute: «Je donnerais la meilleure de mes pages pour celle-là.»

37, Resouldre.—De se prononcer d’une manière ferme et résolue contre...

532,

9, Apprehension.—De son imagination.

16, Giste.—Il en a été, il en est et il en sera toujours ainsi; et il n’est pas un de ces prétendus miracles avérés, qui ne puisse s’expliquer par l’autosuggestion et qui ne soit contestable. Il serait cependant si simple, s’ils avaient une source surnaturelle qui voulût se manifester de la sorte, de se révéler dans des conditions telles que personne ne pourrait la contester, par exemple un œil arraché, un membre amputé, au su et au vu de tout le monde, dont les blessures seraient complètement cicatrisées et instantanément renaîtraient comme si l’accident ne s’était pas produit!—Tous les miracles qu’on relève, sans exception aucune, même les résurrections qui peuvent s’expliquer par des cas de mort apparente, rentrent dans la première catégorie; pas un dans la seconde.

534,

5, Du tout.—Tout à fait.

21, Soustenions.—Nous suspendions.

26, Stile.—L’usage.

29, Semble.—Cicéron, Academ., II, 47.

39, Thaumantis.—Cicéron, De Nat. Deor., III, 20.—La mythologie fait Iris la messagère des dieux, et en particulier de Junon qui, en récompense de ses services, la métamorphosa en arc-en-ciel. Elle était fille du centaure Thaumas, d’où le surnom de Thaumantias qui lui est quelquefois donné. Thaumas signifiant en grec «admiration», Cicéron dit que c’est en raison de sa beauté, parce qu’elle est admirable, qu’on l’a faite née de Thaumas, c’est-à-dire de l’admiration qu’elle inspire; version dont use ici Montaigne.—On dit couramment: «L’admiration est la fille de l’ignorance et la mère des merveilles»; c’est l’idée qu’il a voulu exprimer, elle est plus compréhensible ainsi que de la façon dont il l’a rendue: «Iris est fille de Thaumantis», même avec ce qui y fait suite.

536,

1, Coras.—Détenu à la conciergerie de Toulouse, comme calviniste, y fut assassiné avec trois cents de ses coreligionnaires quelque temps après la S.-Barthélemy.

7, Pendu.—Discours préliminaire de l’Apologie pour Hérodote, par H. Estienne, tom. I.—Un Né Armand du Thil avait trouvé moyen, grâce à sa ressemblance avec un Né Martin Guerre, de se faire recevoir comme son mari, par la femme de ce dernier qui était absent. Il tint sa place pendant trois ans, et en eut deux enfants, sans que ni elle, ni ses parents, ni ses amis découvrissent l’imposture; au bout de ce temps, le vrai mari survenant, le procès en question s’engagea devant le parlement de Toulouse (1560); du Thil fut condamné à être pendu, puis brûlé après sa mort.—Montaigne dit que cette affaire était si peu claire, qu’à son avis un acquittement s’imposait; telle a été à notre époque l’affaire Dreyfus, où la culpabilité possible n’a cependant jamais été péremptoirement établie, dont la condamnation a divisé profondément la nation et dont un parti s’est fait si longtemps une arme contre l’armée bien innocente de la légèreté criminelle de quelques-uns; les erreurs judiciaires, comme les inhumations prématurées, sont journalières: on les éviterait en s’abstenant aussi longtemps que la certitude n’est pas faite.

11, Ans.—Valère Maxime, VIII, 1; et Aulu-Gelle, XII, 7.—Il s’agissait d’une femme de Smyrne qui avait tué son mari et son fils, lesquels avaient assassiné un autre fils qu’elle avait eu d’un premier mariage; mû par cette considération qu’il ne pouvait ni acquitter une femme coupable d’un double assassinat, ni punir une mère infortunée qu’une juste douleur avait poussée à cette vengeance, l’Aréopage ajourna à cent ans le prononcé du jugement (68).

13, Songes.—Voir ci-dessous N. III, 540: [Vif].

14, Choses.—Il s’agit probablement de la pythonisse d’Endor que Saül alla consulter. Étant en présence des Philistins, se sentant pris d’inquiétude, il consulta le Seigneur, par l’organe de ses intermédiaires ordinaires. Celui-ci ne lui ayant pas répondu, Saül fit rechercher une de ces créatures qu’il avait proscrites, habiles dans l’art de lire l’avenir et d’évoquer les morts du tombeau. On lui en indiqua une à Endor. Il s’y rendit déguisé, et lui demanda d’évoquer Samuel, ce qu’elle fit avec la permission de Dieu, disent certains pères de l’Église avec lesquels se range ici Montaigne, et elle lui prédit qu’il serait battu et que son royaume passerait aux mains de David, ce que vérifièrent les événements (1051).

17, Engin.—Une autre intelligence que la nôtre.

25, Intelligunt.—Citation d’auteur inconnu.

26, Creduntur.—St Augustin a dit: «Le plus souvent il advient que ceux qui entendent méprisent, et que ceux qui n’entendent point sont touchés de plus de zèle et de dévouement.»

32, Brauerie.—En se servant de termes insultants et méprisants pour ceux à qui il parle.

538,

1, Aient.—Sous-ent.: Je l’admets pourvu qu’ils aient...—Il semble que Montaigne fasse ici allusion aux discussions soulevées par la Réforme, la grosse question de l’époque.

15, Authorisé.—D’accord; mais comment reconnaître que cette approbation surnaturelle a bien été donnée à tel ou tel? Quelle preuve en peut-il donner à ceux qui taxent de fourberie et d’imposture cette prétention de sa part?

23, Vents.—Avec la même rapidité que le vent.

31, Elider.—Briser, rompre, anéantir; du latin elidere, d’où vient élision.

540,

3, Marque.—On prétendait que le diable imprimait sa griffe sur le corps des sorciers.

7, Ellebore.—Plante employée en médecine comme purgatif et qu’autrefois on croyait propre à guérir la folie.

8, Ciguë.—Plante ombellifère, dont une espèce, la grande ciguë, est très vénéneuse; le poison extrait de cette plante était, notamment à Athènes, l’un des moyens d’exécution employés pour la mise à mort des condamnés à la peine capitale.

16, Nœud.—Gordius, Phrygien (Asie Mineure), de simple laboureur étant devenu roi, avait consacré dans le temple de Jupiter à Gordium le char qui le portait quand on vint lui annoncer la royauté; le joug était lié au timon par un nœud si artistement fait, qu’on ne pouvait en apercevoir les bouts: on le nommait le «nœud gordien» et un oracle avait promis l’empire de l’Asie à qui le dénouerait. Alexandre le Grand, lors de son expédition, s’y essaya; après plusieurs tentatives infructueuses, il le trancha avec son épée et parvint ainsi à éluder, sinon à accomplir la prédiction.

18, Vif.—A cette époque, on brûlait encore les gens se disant sorciers, ou passant pour tels.—Nicolas Rémy, conseiller du duc de Lorraine et enquêteur sur le fait de sorcellerie, fit, dans l’espace de quinze ans, brûler plus de 900 prétendus sorciers, dont 800 sorcières, ainsi qu’il l’avoue lui-même dans un livre en 1596, dédié au cardinal de Lorraine: «Ma justice est si bonne, y dit-il, que l’an dernier, il y en a eu 16 qui se sont tués, pour ne pas passer par mes mains.»—En 1602, dans le Jura, un autre juge, Boguet, se targuait de pareille extermination, pratiquée pendant seize ans: il avait l’humanité de faire étrangler ses victimes avant qu’on ne les jetât au feu, sauf toutefois les loups garous «qu’il faut avoir bien soin de brûler vifs»; après avoir d’abord épargné les enfants au-dessous de quatorze ans, il en était venu à croire que pour avoir raison de cette lèpre, il fallait brûler tout jusqu’aux berceaux.

20, Sommier.—De cheval de somme.

21, L’estoit.—Ces sortes de métamorphoses temporaires étaient provoquées, disait-on, au moyen d’un fromage dont certains hôteliers initiés avaient le secret, qui changeait ceux qui en mangeaient en bêtes de somme, dont les dits hôteliers se servaient pour leurs propres services, leur rendant ensuite leur forme primitive. S. Augustin, qui relate le fait (De Civit. Dei, XVIII, 18), déclare ne pas y croire et que ce sont là des effets de songes; il admet toutefois que dans des cas très rares, ces suggestions peuvent être inspirées par des démons et qu’alors les fardeaux qu’il vous semble que vous portez, ce sont les démons eux-mêmes qui les portent pour compléter l’illusion. Mieux vaudrait se borner à expliquer simplement de semblables faits par les hallucinations dont on peut être jouet en dormant, que de faire intervenir le diable.

30, Pleuuis.—Garantis. Pleuvir est un vieux mot inusité, signifiant cautionner, promettre.

39, Obliger.—Var. de 88: l’attirer.

39, Choix.—Vous fournira les moyens de choisir.

542,

11, Οἰφεῖ.—Proverbe grec qui a son semblable en latin: Claudus optime virum agit et que Montaigne traduit après l’avoir cité. C’est sans doute dans cette opinion que les anciens ont fait de Vulcain, qui était boiteux, l’époux de Vénus.

18, Decidé.—Aristote, Probl., 10, 26.

31, Coches.—L’ébranlement et l’agitation de leurs carrosses.—A un moment, on en a dit autant des machines à coudre; à ce compte où nous conduiront l’usage des chemins de fer et des automobiles et plus encore celui des bicyclettes! Ce que je puis cependant affirmer, c’est que des effets de ce genre se produisent parfois chez l’homme qui demeure de longues heures consécutives, douze à quinze, à cheval.

32, Commencement.—Au commencement de ce chapitre, III, 526, à la fin de la page.

39, Mot.—De l’adage cité plus haut sur les boiteux.

544,

4, Italie.—Torquato Tasso, Paragone dell’Italia alla Francia.

7, Suetone.—Vie de Caligula, 3.

10, Erratique.—Vagabond, instable, incertain. Du latin erraticus qui signifie errant çà et là; on désigne aujourd’hui sous ce nom: roche, bloc erratique, des roches qui, par une cause quelconque, se trouvent transportées à grande distance de leur gisement naturel.

11, Theramenez.—Cothurne (soulier) de Théramène; sobriquet donné par les Romains aux gens ménageant deux partis contraires comme avait fait Théramène, l’un des trente tyrans d’Athènes, imposés par les Spartiates à cette ville après leur victoire d’Ægos Potamos (404), qui adhérait aux mesures d’oppression prises par ses collègues contre le peuple et qui, auprès de celui-ci, les désapprouvait, ressemblant, en agissant ainsi, aux chaussures de théâtre que chaussaient indifféremment, suivant le besoin de son rôle, tout acteur homme ou femme, et qui, confectionnées sur une même forme, se mettaient indifféremment à l’un ou l’autre pied. Cette attitude de Théramène tourna contre lui, ses collègues le condamnèrent à boire la ciguë (403). V. Érasme, Theramenis Cothurnus.

12, Dragme.—La drachme (monnaie) valait un peu moins d’un sou.

14, Talent.—Monnaie de convention valant près de 5.000 francs (4.840 fr.).

15, Cynique.—Sénèque, De Benef., II, 17.

21, Riuerso.—Proverbe italien qui existe pareillement et textuellement en français.

23, Hercules.—Obligé par les destins d’obéir à Eurysthée, roi d’Argos, entreprit, par les ordres de ce prince, une foule de travaux périlleux, dont les principaux, énumérés ci-après, sont connus sous le nom des «Douze travaux d’Hercule»: Il étouffa le lion de Némée; tua l’hydre de Lerne; prit vivant le sanglier d’Érymanthe; atteignit à la course la biche aux pieds d’airain; tua à coups de flèche les oiseaux du lac Stymphale; dompta le taureau de l’île de Crète envoyé par Neptune contre Minos; tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine; vainquit les Amazones; nettoya les écuries du roi Augias, en y faisant passer le fleuve Alphée; combattit et tua le géant Géryon, auquel il enleva ses troupeaux; enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides; enfin, délivra Thésée des enfers. Parmi ses autres travaux; il délivra Hésione d’un monstre marin; vainquit et étouffa le géant Antée; sépara les montagnes de Calpé et d’Abyla qui auparavant étaient une seule montagne et qui formèrent ce qu’on a nommé depuis les Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar); tua le centaure Nessus; délivra Prométhée enchaîné sur le Caucase, etc...

24, Iuger.—Cicéron, Acad., II, 34.

33, Tout.—Planude, Vie d’Esope.

CHAPITRE XII.

546,

Physionomie.—Montaigne ne traite le sujet qui sert de titre à ce chapitre que dans ses cinq ou six dernières pages.

14, Reproche.—Add. de 88: et d’iniure.

17, Maisons.—L’ex. de Bord. porte massons; c’est la version qui a été adoptée dans la traduction; «maisons» est évidemment une erreur d’impression qui s’est glissée dans les éditions antérieures et répercutée d’édition en édition.

23, Vent.—«Le vent enfle les outres, l’opinion enfle les hommes.» Cette sentence, de Stobée, se trouvait du nombre des inscriptions que portaient les solives de la bibliothèque de Montaigne.

24, Balons.—A cette époque l’aérostat, la simple montgolfière elle-même, n’étaient point inventés; il ne s’agit donc ici que de simples balles de cuir, remplies d’air, plus ou moins grosses, comme encore actuellement il en est employé, sous ce nom, soit comme jouet d’enfants, soit à certains jeux, tels que le foot-ball, si fort à la mode aujourd’hui.

26, Ioinctement.—Plus directement, plus spécialement.

28, Sequi.—«Régler ses actions, observer la loi du devoir, suivre la nature.» La morale de Montaigne peut se résumer dans cette citation de Lucain, parlant de Caton, dont l’auteur des Essais fait ici application à Socrate, le plus parfait de ses modèles, qu’il admire, mais n’imite que dans ce qui n’est pas contraire à la tranquillité de son existence et ne saurait y apporter de trouble dans l’avenir.

29, Pareil—Cicéron, De Off., I, 26.

548,

4, Braues.—Var. de 88: nobles.

6, Ralle.—Rase la terre. Selon Cotgrave «raller à terre», c’est courir vite et raser la terre, comme font certains oiseaux.

14, Suffisance.—Add. de 88: soit pour iuger, soit pour rapporter.

24, Besoigne.—Cicéron, Acad., I, 4, où Varron développe ce caractère moral de la philosophie de Socrate.

550,

7, Agricola.—Tacite, Agricola, 4.—Sa mère avait nom Julia Procella; lui-même fut le beau-père de l’historien Tacite qui a écrit sa vie. Général habile, il soumit la Grande-Bretagne qu’il réduisit en province romaine, et, le premier, reconnut que c’était une île.

12, Viande.—Nourriture. V. N. I, [540]. Se disait autrefois pour désigner toute chose entrant dans l’alimentation.—«La sienna vianda era, pans et aygua tot dia (Sa nourriture de tous les jours était uniquement du pain et de l’eau),» est-il dit dans la Vie de St Honorat.—«En cette isle seule, naissent ces belles poires..., viande très salubre ès malades, comme ès sains.» Rabelais, IV, 54.—Ne se dit plus aujourd’hui que de la chair des animaux.

22, Pœnitence.—Ceux appartenant aux ordres monastiques et plus particulièrement aux ordres mendiants.

552,

1, Propre.—Au fait, à l’épreuve.

2, Targue.—Et est armé pour la lutte, ni plus ni moins qu’avant et absolument comme tout le monde l’est;—se targuer signifie proprement se couvrir d’une targe ou targue, espèce de bouclier.

7, N’a.—Sous-entendu: imprimé.

11, Incorporels.—Sans corps, vides de sens, frivoles.

14, Ceans.—Ici dans mon livre.

20, D’ahan.—D’effort, de fatigue, de tourment.

21, Perche.—Se démener, ainsi que fait l’oiseau de proie qui, attaché à une perche, s’y débat continuellement.

32, Informe.—Nous forme, façonne notre âme.

35, Reuerez.—Les pères de l’Église, et plus particulièrement St Augustin, dans ses Confessions.

37, Voirie.—De la lie du peuple; voirie, c’est l’endroit d’une ville où on jette les immondices.

554,

2, Science.—Pourquoi allons-nous chercher dans l’étude des sciences, des armes contre les maux et les accidents de la vie?

20, Picoreurs.—Les partisans, les maraudeurs.

21, Essayois.—J’essuyais, j’éprouvais.

34, Nous.—.«O tempora, o mores (Dans quels temps vivons-nous)!» s’écriait de même Cicéron, en de semblables circonstances, s’élevant contre la perversité des hommes de son époque.

36, Donne.—Ces deux vers français semblent être de Montaigne; la traduction du vers de Virgile qui suit est de lui.

556,

6, Estranger.—Les mercenaires étrangers, Allemands, Suisses, Italiens, Espagnols, qu’appelaient indifféremment à leur aide les Catholiques et les Protestants. C’est ici la seule allusion que Montaigne fasse à l’intrusion de l’étranger dans nos affaires politiques; quelque las qu’il soit des guerres civiles, il ne parle jamais, soit dit à sa louange, de recourir pour y mettre fin à l’appui que l’on pourrait recevoir du dehors.

9, Chef.—Non à la discrétion du chef, mais chacun...

23, Prohibete.—Virgile dit cela d’Octave, qui plus tard devint Auguste. Montaigne en fait vraisemblablement application ici à Henri de Navarre qui avait sauvé l’État par l’assistance qu’il avait prêtée à Henri III, dont, au moment où Montaigne écrivait, il était devenu le successeur naturel par la mort du duc d’Alençon, frère de ce dernier.

24, Precepte.—Il est de Cléarque, général lacédémonien, et rapporté par Valère Maxime, II, 7, ext. 2.

26, Pourpris.—Enceinte, clos.

29, Delicieuses.—Fait rapporté par Frontin, Stratagèmes, IV, 3, 13, au sujet de l’armée de M. Scaurus en Illyrie, vers l’an 122—Ce Scaurus, qui s’illustra par ses services militaires et qui obtint les honneurs du triomphe, devint prince du Sénat et, comme tel, eut, pendant un certain temps, la direction de toutes les affaires de Rome; mort en 97.

30, Peregrinations.—Voyages; du latin peregrinatio.

32, Rhodes.—Les chevaliers de Rhodes qui, dans leur hiérarchie, comprenaient le titre de commandeur, avaient été particulièrement sur mer, pendant plusieurs siècles, la terreur des pirates musulmans. Du temps de Montaigne, on les appelait encore de ce nom, bien qu’après la prise de Rhodes par les Turcs (1522), ils fussent devenus chevaliers de Malte, cette île leur ayant été donnée comme refuge par Charles-Quint.

38, Prefix.—Déterminé, arrêté, fixe.

40, Empale.—Supplice en usage chez les Turcs, consistant à enfoncer dans le fondement du condamné un pieu ou pal, fixé verticalement, qui lui traverse les entrailles et le laisser ainsi jusqu’à ce que la mort s’ensuive, ce qui peut se faire attendre huit à dix heures; ce fut le supplice infligé en 1800 à l’assassin de Kléber.

40, Deport.—Sans délai, sur-le-champ.

558,

1, Damas.—Le fait se passait en 1516; Selim I, sultan ottoman, était d’une cruauté égale à son courage et à sa fermeté; il avait détrôné et fait périr son père et ordonné la mort de plusieurs de ses frères; c’est lui qui obtint du dernier calife abbasside, dont déjà les sultans ottomans avaient absorbé toute l’autorité, de lui résigner cette qualité de calife, qui lui donnait l’investiture religieuse et le mettait au-dessus de tous les princes musulmans.

5, Mortelle.—La guerre civile.—S. Thomas blâme la sédition; mais il approuve l’insurrection consistant à renverser un pouvoir injuste et tyrannique; alors, selon lui, elle est plus qu’un droit, elle est un devoir. Il se rencontre sur ce point avec un tout autre individu que lui, Robespierre, qui, lui aussi, a dit que lorsque la loi devient oppressive, l’insurrection devenait le plus sacré des devoirs.

5, Fauonius.—Plutarque, M. Brutus, 3.

7, Mesme.—Epist. 7, à Perdiccas.

9, Citoyens.—«Dans les séditions, les méchants seuls gouvernent.» Homère.

15, Consorce.—De notre société, c.-à-d. de la société chrétienne.—Consorce est le mot latin consortium qui a cette signification et auquel Montaigne a donné une désinence française.

27, Colloqué.—Add. de l’ex. de Bord que l’on a cru devoir conserver dans la traduction: Desmembrant sa mere et donnant à ronger les pièces à ses antiens ennemis.

37, Platon.—République, II, 4; Pensées de Platon.

560,

14, Pelaudé.—Maltraité, écorché, dépouillé.

14, Gibelin.—Guelphe et Gibelin, noms de deux partis politiques qui, pendant près de quatre siècles, divisèrent l’Allemagne, puis l’Italie. Ces dissensions eurent pour point de départ les prétentions, en 1158, à la couronne impériale de Conrad, seigneur de Wiblingen (d’où par corruption Gibelin), et de Welf (dont on a fait Guelfe), duc de Bavière; mais elles ne tardèrent pas à se modifier dans leur esprit, et, d’une façon générale, les Gibelins en tenaient pour la domination impériale et la hiérarchie féodale, les Guelfes pour la domination de l’Église et l’indépendance nationale. Ces querelles cessèrent par lassitude de part et d’autre et surtout par la diversion qu’occasionna l’invasion des Français en Italie, en 1495.

17, Voisinage.—Montaigne, qui lui-même était catholique, habitait en plein pays protestant; en outre, sa mère Antoinette de Louppes était protestante et deux de ses enfants, le sieur de Beauregard et Jeanne de Lestonna, avaient adopté la même religion.

19, Desempare.—Abandonne, quitte, transgresse.

20, Recherché.—Je ne m’écarte jamais des lois et qui eût fait l’examen de ma conduite...

20, Muettes.—Add. de 88: et desrobées.

36, Demise.—Soumise; du latin demissa.

562,

8, Commettre.—Confier le soin d’une vieillesse...

10, Pourpoint.—Presque nu, avec mon seul pourpoint; ou encore, réduit à la dernière extrémité, ne sachant quel parti prendre.—«Mettre un homme en pourpoint», c’est à proprement parler le dépouiller complètement, le réduire à la besace, dit Nicot, ce qui ressort nettement de ce quatrain attribué à Charles IX, où il est question de François Ier:

«Le roy François ne faillit point,

Lorsqu’il prédit que ceulx de Guise

Mettroient ses enfants en pourpoinct,

Et tous ses subiects en chemise.»

32, Mail.—Maillet.

564,

8, Temps.—Var. de 88: estat.

30, Vie.—Combien peu il en a coûté au repos et à la tranquillité de ma vie, quoique j’en aie vu s’écouler plus de la moitié, pendant que s’opérait la ruine de mon pays.

35, Escheuer.—Éviter, esquiver. V. N. III, [508].

36, Guignent.—Qui nous visent, nous guettent, s’adressent à nous.

566,

3, Qu’à.—Mais seulement par comparaison.

5, Office.—La corruption des grands et des hommes dans les plus hautes situations.

22, Mains.—«Cedo et manum tollo, je cède et tends la main.» Cicéron, fragm. Consolat. ap. Lactant., III, 28.

24, Tastonner.—Flatter, amadouer. On disait: tastonner doucement les chevaux de la main pour les adoucir, les calmer.

31, Peste.—La peste, au XVIe s., ravagea presque toute l’Europe. A l’époque où Montaigne écrivait, en 1585, elle venait de sévir à Bordeaux et dans les régions environnantes, s’étendant jusque chez lui; dans la ville seule où elle régna six mois, de juin à décembre 1585, elle fit 16.000 victimes sur 42.000 habitants.

36, Estranges.—Add. de 88: et inouys.

568,

1, Plaisante.—Singulière, étrange, surprenante. «Plaisante» est mis ici par antiphrase.

32, Compromis.—Eussent admis d’une commune entente cette nécessité.

36, Diuerse.—Ou le goust tout diuers, comme porte l’éd. de 88.

570,

6, Descouppent.—Se répartissent, se partagent en différentes formes.

6, Neorites.—Diodore de Sicile, XVII, 105.

9, Fosse.—A cette époque, le service des inhumations n’était pas partout, surtout dans les campagnes, un service public; on enterrait fréquemment de ci, de là, dans les propriétés particulières, ce qui se pratiqua jusqu’au moment de la Révolution, à l’égard des Protestants qui n’étaient pas admis dans les cimetières catholiques là où il en existait et qui encore à l’heure actuelle y sont enterrés à part. C’est à cela qu’est dû ce grand nombre de terrains, de quelques mètres carrés de superficie, abandonnés aujourd’hui, qui existent dans certaines régions, notamment dans le Périgord, où il en subsiste encore entourés de leurs murs de clôture et que signalent des arbres funéraires.

12, Aucunement.—Presque.

15, Suffoquant.—Des soldats romains, dit Tite-Live, XXII, 51, furent, le lendemain de la bataille de Cannes, trouvés morts en cette situation; il est à croire que blessés grièvement et hors d’état de mettre fin autrement à leurs souffrances, ils en avaient agi ainsi de désespoir.

572,

10, Filiere.—En terme de fauconnerie, on appelle filière une cordelette d’une vingtaine de mètres de long, que l’on tenait attachée à l’un des pieds de l’oiseau pendant ses exercices de dressage.

16, Frappe.—«Le coup ne nous surexcite pas tant que le bruit.» Sénèque, Epist. 74.

20, Noel.—Dès l’été, sous prétexte que vous en aurez besoin en hiver, la St-Jean étant en juin et Noël en décembre.

25, Main.—Par avance.

28, Dure.—Sénèque, qui appartenait à la secte des Stoïciens, dans ses Épîtres 13 et 98.

34, Volontiers.—Vraiment; ceci dit sans nul doute par ironie.

574,

10, Chaille.—Ne vous en mettez pas en peine.

14, Incertam.—Le texte de Properce porte: At vos incertam.

30, Total.—C’est à tort qu’on veut nous apprendre à mourir, et à changer la forme de notre vie, alors que nous touchons à sa fin.

34, But.—«Le but de nostre carriere c’est la mort», dit ailleurs (I, 112) Montaigne, en contradiction ici avec lui-même.

35, Visée.—Le but où elle vise.

576,

11, Deschargée.—Et la plus légère.—Suétone, César, 87.

19, Presens.—Var. de 88: plus grande que nous n’auons.

20, Futurs.—Add. de 88: et de la mort à venir.

26, Socrates.—Socrate était fils d’un sculpteur, profession qu’il exerça d’abord, puis abandonna vers 30 ans pour s’adonner aux sciences, Criton, un riche Athénien, lui ayant assuré à cet effet des moyens d’existence.—Dès lors, Socrate se donna la mission de réformer ses concitoyens et sa vie fut un véritable apostolat qu’il exerça uniquement par la parole, conversant avec les uns et les autres, procédant généralement par des interrogations qui, de réponses en réponses, amenaient ses adversaires à de ridicules absurdités, et ses disciples à découvrir par eux-mêmes les vérités qu’il voulait leur inculquer. Il ne tenait pas d’école proprement dite; on le rencontrait partout où se portait la foule, dans les assemblées du peuple, les fêtes, les gymnases, et tout servait de prétexte à son enseignement dans lequel il s’appliquait à faire ressortir les vertus (la prudence, la tempérance, la force, la justice), l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; à combattre les sophistes qui prétendaient tout savoir, leur opposant que quant à lui tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien; à recommander la pratique du bien comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur, le respect des lois et leur observation comme un impérieux devoir.—Sa vie fut conforme à sa doctrine; il ne cessa de donner l’exemple de toutes les vertus publiques et privées, se signala par son désintéressement, sa générosité, son égalité d’humeur. Ses mœurs furent toujours irréprochables, et rien dans les accusations que ses ennemis portèrent contre lui n’en laisse soupçonner la pureté. Jamais il ne se départit d’une simplicité vraiment stoïque; il menait une vie frugale, allait toujours nu-pieds et ne se couvrait pas plus en hiver qu’en été.—Exact à remplir tous ses devoirs de citoyen aussi bien en guerre qu’en paix, Socrate se distingua par son courage en diverses occasions. Il avait 36 ans, quand Potidée se révolta et, réduite par la famine, fut prise après un siège de deux ans (434); il s’y fit remarquer par ses actions d’éclat, et céda à Alcibiade, qu’il avait arraché des mains de l’ennemi, le prix de la vaillance que lui-même avait mérité. Pendant ce siège, il demeura un jour et une nuit dans la même attitude, comme en extase, ce qui lui arrivait quelquefois. A la bataille de Délium, que les Athéniens perdirent contre les Thébains (424), il soutint pied à pied la retraite avec Lachez, jusqu’à ce que Xénophon, harassé de fatigue, étant tombé de cheval, il le prit sur ses épaules et le porta en lieu sûr. Il prit également part, en 422, à une expédition ayant pour objet de secourir Amphipolis, qui appartenait à Athènes et qu’assiégeait Brasidas, général de Lacédémone, qui y fut tué. De même en paix, notamment à l’occasion des affaires de Diomédon (V. N. I, 38: [Supplices]), et de Théramène (V. N. III, [544]). Par sa vie tout entière, Socrate mérita d’être proclamé le plus sage des hommes. Il se disait inspiré par un génie familier, qu’on a appelé «le Démon de Socrate», qui dirigeait sa conduite. Il ne semble pas que ce fût là une assertion ayant pour objet de donner plus de poids à ses conseils; ce devait être cette sensation intérieure qui chez l’homme à l’esprit juste et pénétrant, lui communique comme un pressentiment de ce qui doit arriver, avant même que son esprit ait pu saisir la justesse de cette inspiration.—La hardiesse et la continuité de ses censures indisposèrent à la longue ses concitoyens; dès l’an 424, Aristophane, dans sa comédie des «Nuées», l’avait vivement attaqué. Il finit par être accusé de corrompre la jeunesse, de ne pas admettre les divinités et de chercher à introduire des divinités nouvelles; en réalité il était poursuivi surtout parce qu’il était opposé au pouvoir démocratique. Devant ses juges, il garda l’attitude la plus fière et fut condamné à boire la ciguë; et vit l’exécution de la sentence différée durant trente jours, par suite du départ pour Délos de la galère y transportant la députation sacrée que les Athéniens envoyaient chaque année et jusqu’au retour de laquelle aucune exécution capitale ne devait avoir lieu. Pendant cette longue agonie il conserva un calme, une lucidité d’esprit, une égalité d’humeur inaltérables, et, le moment venu, subit son sort avec un courage et une sérénité admirables. Peu après, un revirement dans l’opinion se produisit: son principal accusateur fut condamné à mort et lapidé; les autres, condamnés à un bannissement perpétuel, se pendirent; un deuil universel fut ordonné et une statue lui fut érigée.—Socrate s’était marié à l’âge de cinquante ans; Xantippe, sa femme, passe pour avoir mis plus d’une fois, par son humeur acariâtre, sa patience à rude épreuve; on lui prête une seconde femme Mirto, mais l’accord n’existe pas sur ce point. Il semble avoir eu trois enfants, dont l’un, Lamproclès, pouvait avoir 17 à 18 ans quand il mourut, tandis que les deux autres, Sophroniscus et Menexanus, étaient encore en bas âge.—Parmi ses disciples et avec une foule d’autres, Socrate compte: Xénophon, Platon, Antisthène, Aristippe, Phédon, Euclide, Criton, pour ne nommer que ceux qui ont acquis le plus de notoriété.—Voir en outre le concernant: III, 690; I, 78; I, 124 et N. [Mort]; N. I, 254: [Vtilité]; N. II, 118: [Chrestiens]; II, 222 et N. [Sages]; II, 242 et N. [D’autrui]; II, 244 et N. [Fantasies]; II, 426; III, 134 et N. [Accoustumé].

27, Vie.—Tout le passage commençant par ces mots: «I’ay peur, Messieurs», et se terminant par ceux-ci: «craindre des Dieux», qui, dans la traduction, est mis entre guillemets, est extrait de l’Apologie de Socrate, dans Platon, ch. 17, 26, 32, etc., traduite par fragments par Cicéron dans les Tusc., I, 41.

30, Cachée.—Var. de 88: interne.

578,

19, Prytanée.—Édifice où, à Athènes, les Prytanes (magistrats chargés des affaires politiques et judiciaires) tenaient leurs séances; on y emmagasinait, en outre, des approvisionnements de blé et autres grains, et là également prenaient leurs repas certains citoyens nourris aux frais du trésor public.

23, Homere.—Odyssée, XIX, 163.

28, Desmettre.—Soumettre, abaisser.

580,

3, Dieux.—L’éd. de 88 aj.: Vous en ordonnerez doncq comme il vous plaira, membre de phrase qui dans l’éd. de 95 se lit à la page précédente, lig. 10.

3, Puerile.—Témoignant de sentiments d’une naïveté enfantine.

6, Luy.—Cicéron, De Oratione, I, 54.

7, Calé.—Se fût-elle abaissée...

13, Incorruptible.—Sénèque, Epist. 31.

27, Eux-mesmes.—Ces dernières phrases sont copiées du traité de Plutarque, intitulé De l’envie et de la haine, 3.

582,

1, Ignorance.—Var. de 88: fantasie, au lieu de «impression et ignorance».

8, D’augmentation.—Elle fait naître plus d’animaux de toutes espèces qu’elle n’en enlève.

10, Dedit.—La traduction de ce vers d’Ovide est donnée dans la ligne qui suit.

19, Chantent.—Il y a longtemps que le chant du cygne à l’approche de la mort, est regardé comme une fable.

36, Iours.—J’augmente tous les jours le nombre de mes citations, contre ce que, tout d’abord, je m’étais proposé de faire et le plan que je m’étais tracé en commençant mon livre.—On peut dire que les Essais ont paru en trois fois: dans la première édition (1580), les citations sont assez rares; elles sont plus nombreuses dans la seconde (1588); elles foisonnent dans la troisième (1595); Montaigne en a fait, ainsi qu’il le dit, l’amusement de son oisiveté pendant les quatre dernières années de sa vie.—«Il y a quelque modestie, qui sied bien, d’appuyer sa pensée de quelque autorité étrangère, ou de recourir à l’expression d’un autre en défiance de la sienne propre; mais c’est un usage qui peut dégénérer en abus, et c’est ce qui en est de cette farcissure d’exemples, comme l’appelle leur auteur, que l’on trouve dans les Essais.» Ch. Nodier.

584,

7, Liminaire.—Qui se met en tête d’un livre; on a dit depuis épître préliminaire, et aujourd’hui préface.

12, Exagite.—Critique; une des acceptions du verbe latin exagitare. Cicéron, Orat., 13, dit aussi en parlant des dialogues de Platon où Socrate prend à partie les Sophistes: «Plato exagitator omnium rhetorum (Platon, ce critique de tous les rhéteurs).»

26, Seruice.—Et le détournent de son vrai sens, pour en faire une application nouvelle.

30, Conte.—Et les racontent, les avouent.

31, Moy.—Leur pardonne-t-on plus qu’à moi?—Add. de 88: Comme ceux qui desrobent les cheuaux, ie leur peins le crin et la queue et par fois ie les eborgne: si le premier maistre s’en seruoit à bestes d’amble, ie les mets au trot, et au bats s’ils seruoyent à la selle.

31, Naturalistes.—Qui aimons, qui suivons la nature, qui sommes partisans des choses naturelles et vraies.

586,

5, Perdre.—L’auteur fait probablement allusion ici aux sentiments que la lecture de son livre avait inspirés pour lui à Mademoiselle de Gournay.

8, Soixante.—Var. de 88: septante.

11, Espreindre.—En exprimer.

22, Deslogeant.—Projet qui n’a pas été réalisé.

22, Parfaict.—Var. de 88: patron admirable, au lieu de «exemplaire parfaict».

35, Predicament.—Était de cette catégorie.

37, Hommes.—C.-à-d. et est une preuve très incertaine de la laideur de l’âme.

588,

2, Pied.—Add. de 88: Il n’est pas à croire que cette dissonance aduienne sans quelque accident qui a interrompu le cours ordinaire.

2, Sienne.—De sa laideur.

4, Institution.—Cicéron, Tusc., IV, 37; De Fato, 5.

11, Phryné.—Une des courtisanes les plus célèbres de la Grèce ancienne; elle eut pour amant le sculpteur Praxitèle et lui servit de modèle pour ses statues de Vénus. Elle était si riche qu’elle offrit, dit-on, de rebâtir Thèbes à ses frais, mais à condition qu’on placerait sur les murs cette inscription: «Alexandre a détruit Thèbes, Phryné l’a rebâtie»; son offre fut refusée.—Accusée d’impiété et défendue par Hypéride, elle allait être condamnée quand, dit Sextus Empiricus, Adv. Math., II, 65, arrachant son vêtement, la poitrine nue, elle se précipita aux pieds des juges; elle avait trouvé pour les gagner à sa cause un argument plus puissant que ceux de son avocat. Athénée, XIII, fait, au contraire, honneur de cette idée à Hypéride. Quintilien, II, 15, la reporte à elle-même et commente en outre le fait de la façon suivante: «Ce n’est pas à la plaidoirie d’Hypéride, tout admirable qu’elle était, que Phryné dut son salut; mais à sa beauté dont elle acheva le triomphe en découvrant son sein,» voulant montrer que non seulement le talent oratoire et le bon droit peuvent faire avoir gain de cause, mais que tout a le don de persuader: l’argent, la faveur, l’autorité de celui qui parle, jusqu’à la présence muette de la vertu, de l’infortune ou de la beauté.—Après cet acquittement, l’Aréopage rendit un décret qui défendait d’exciter le moindre sentiment de pitié chez les juges et de juger un accusé, soit homme, soit femme, en sa présence.

16, Pas.—Pas plus que le premier Scipion ne l’a lui-même oublié.

17, Bon.—Dans le Jardin des racines grecques de Lancelot si en faveur dans les études il y a trois quarts de siècle, on trouve: «ἀγαθός, bon, brave à la guerre»; et cette indication est ainsi complétée: «prudent, excellent, expert, propre à, utile», mais il n’y est pas question de beauté. Cependant on rencontre quelquefois dans les textes le mot καλοκᾄγαθος, «bel et bon», mis pour καλὸς καὶ ἀγαθός, d’où nous est venue cette même expression, en usage en français, aujourd’hui encore, dans le style familier.

19, Platon.—Dans le Gorgias.

20, Aristote.—Politique, I, 3.

25, Fait-il.—Diogène Laerce, V, 20.

590,

8, Foyter.—Fouetter.—Et si j’étais chargé de punir les hommes je châtierais plus rudement les méchants...

592,

6, Fauorable.—J’ai un visage avantageux.

10, Socrates.—S.-ent.: qui était de mine très ingrate. V. III, 586.

11, Presence.—Prestance.—Var. de 88: mon port, au lieu de «ma presence».

25, Esperons.—L’avait poursuivi de très près.

28, Prins.—L’éd. de 88 port.: et desfaicts; et aj.: ayant esté rencontrez en desordre et fort ecartez les vns des autres.

35, Enuiée.—Add. de 88: et nonobstant ce vain interualle de guerre auquel lors nous estions.

594,

31, Chatouilleux.—Ce guet-apens se produisit en 1588 dans la forêt de Villebois, près d’Orléans, alors que Montaigne se rendait à Paris, probablement pour la réimpression des Essais.

34, Masquez.—L’éd. de 88 aj.: bien montez et bien armez.

34, Argoulets.—Arquebusiers, comme il les nomme plus bas. V. N. I, [252].

596,

10, Implorata.—On dit dans le même sens, en français: «M’étant déjà voué à tous les saints du Paradis».

12, Chef.—Add. de 88: non plus auec ses menasses, mais.

19, Pourpensée.—Mûrement réfléchie; pourpenser est un augmentatif de penser.

23, Non.—Add. de 88: (I’essayerois volontiers à mon tour quelle mine il feroit en vn pareil accident).

26, Pareille.—Et me fit promettre de lui rendre la pareille, s’il venait à se trouver dans le même cas.

34, Droict.—A tort ou à raison; ou encore ici «à tort et à travers».

598,

2, Offenser.—Et je suis si peu enclin à offenser qui que ce soit...

4, Criminelles.—Alors qu’il était conseiller au parlement.

6, Aristote.—Diogène Laerce, V, 17.

13, Trefles.—A moi qui ne suis qu’un valet de trèfle (qu’un personnage de peu d’importance), peut s’appliquer...

15, Plutarque.—Add. de 88: mesme.

17, Mesme.—De ces deux mots cités par Plutarque, l’un se trouve dans ses traités: Sur la différence entre le flatteur et l’ami, 10, et De l’envie et de la haine, 3; l’autre, dans la Vie de Lycurgue, 4.

CHAPITRE XIII.

600,

10, L’œuf.—Cicéron, Acad., II, 18, d’où le fait semble tiré, le place à Délos.

17, Celuy-là.—Justinien Ier, empereur d’Orient (527 à 565), qui fit reviser toutes les constitutions et ordonnances de ses prédécesseurs et en forma le code qui porte son nom, qui fut suivi des Pandectes, des Institutes et des Novelles; tous ces ouvrages réunis constituent le Corpus juris civilis (code civil).

602,

10, Montaignes.—C’était un usage assez répandu au XIIIe siècle, dans les républiques de Lombardie, de confier à des juges étrangers l’administration de la justice; cet usage existait ailleurs, notamment dans la petite république de St-Marin en Italie, où il se serait maintenu jusqu’à son absorption, en 1870, par le royaume d’Italie actuel; on le retrouve encore dans la république d’Andorre (petit état sur les confins de la France et de l’Espagne), qui est administrée par deux viguiers, nommés l’un par l’évêque d’Urgel (Espagne), l’autre par la France, dont les jugements, quand ils sont frappés d’appel, sont déférés au Président du tribunal civil de Perpignan.

11, Procez.—«Il est peu de nations où les lois criminelles soient assez bonnes pour qu’on ne préférât pas à leur tribunal celui d’un seul homme de probité et de sens.» Servan.

18, Platon.—République, III.

22, Testament.—Et en général, en matière judiciaire de quelque nature que ce soit.—Il est actuellement question de la rendre plus compréhensible et aussi conforme à ce que l’on veut dire, car il faut réellement être initié pour comprendre. Vous recevez, par exemple, une «assignation à comparaître, à trois jours francs, à dix heures du matin». Cela signifie, ce dont vous ne vous doutiez probablement pas, qu’il est inutile de vous déranger, mais que vous devez vous adresser à un avoué qui aura à se présenter en votre lieu et place le cinquième jour à midi.

26, Artistes.—Arrangées avec art.

27, Primement.—Exactement.

28, Enfrasquez.—Embarrassés, égarés, perdus; de l’italien enfrascarsi, s’embarrasser dans les branches des arbres.

32, Vif.—De mercure, communément appelé encore du «vif-argent».

604,

8, Esmiée.—Divisée, émiettée, du latin mittas, qui signifie miettes.

8, Doctrina.—Ce sont bien les propres termes de l’auteur latin, mais pris dans un sens tout différent de celui qu’il leur a donné.

24, Choppent.—Bronchent.

27, Difficulté.—On dit en proverbe: «La glose d’Orléans est pire que le texte».

«Mais à quoi s’attacha ta savante malice?

Ce fut surtout à faire ignorer la justice.

Dans les plus claires lois, ton ambiguïté

Répandant son adroite et fine obscurité,

Aux yeux embarrassés des juges les plus sages

Tout sens devint douteux, tout mot eut deux visages.

Plus on crut pénétrer, moins on fut éclairci.

Le texte fut souvent par la glose obscurci.» Boileau.

606,

4, Pice.—Proverbe grec passé dans la langue latine. C’est aller s’embarrassant de plus en plus, telle une souris dans de la poix qui va s’engluant d’autant plus qu’elle fait plus d’effort, se donne plus de mouvement pour se dépêtrer.

10, Estoufferent.—Fable imitée par La Fontaine, sous le titre de «Les deux chiens et l’âne mort»; et, avant lui, par Marie de France, dans celle intitulée «Le loup qui prend la lune pour un fromage», où un loup voyant la lune se refléter dans une mare, boit tant d’eau de la mare pour atteindre ce qu’il croit être un fromage, qu’il en crève comme les chiens d’Esope.

11, Crates.—Ou plutôt Socrate. Diogène Laerce, II, 22.

25, Admiration, chasse.—Var. de 88: doubte.

27, Obliquement.—Les oracles d’Apollon, comme du reste tous les oracles, étaient toujours rendus en termes obscurs et ambigus, permettant diverses interprétations souvent contradictoires.

38, Diuerse.—Ces vers sont de La Boétie, et se trouvent dans une traduction de Roland le furieux faite à la demande de Marguerite de Carles qui devait devenir et devint sa femme.

608,

5, Grain.—Que de bien peu. Métaphore tirée du sorite du tas de blé. Le sorite est un raisonnement tendant à démontrer qu’une quantité est par elle-même chose indéterminée, c’est-à-dire qu’elle est à la fois petite et grande: Qu’on se figure un tas de blé, qu’on en enlève un seul grain, puis un autre ensuite, et qu’on continue de la sorte; en n’enlevant chaque fois qu’un grain, on ne détruit pas le tas et cependant il arrive finalement à être réduit à un seul grain.

13, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 13.

17, Soy.—Mon sujet veut que je revienne souvent à parler de moi.

21, Verbale.—Nos discussions ne portent que sur des mots.

24, Substance.—Locke a démontré que nous n’avons aucune idée claire et précise de ce que nous appelons substance. V. son Essai philosophique concernant l’entendement humain, liv. I, ch. 4, § 18; liv. II, ch. 23, § 2, etc.

29, Hydra.—De l’hydre de Lerne. Cette hydre était, selon la fable, un serpent monstrueux à sept têtes, qui repoussaient à mesure qu’on les coupait, si on ne les abattait toutes d’un seul coup. La destruction de ce monstre fut un des douze travaux d’Hercule (V. N. III, 544: [Hercules]). La plupart des fictions mythologiques recouvrant une vérité, on pense que l’hydre de Lerne n’était autre qu’un marais d’où s’échappaient des miasmes pestilentiels et que les habitants parvinrent à dessécher. Au figuré, on désigne de ce nom toute difficulté sans cesse renaissante et Montaigne en fait ici application aux discussions auxquelles prêtent les mots.

29, Memnon.—Ici et à la ligne suivante, il faut lire Menon, suivant le dialogue de ce nom de Platon. Cette erreur subsiste également dans toutes les éd. ant., comme aussi dans l’ex. de Bord.

34, Ruchée.—«Qui ajoute à sa science, accroît aussi son travail.» Ecclésiaste.

610,

9, Ethiques.—Morales.

18, Iustice.—«Montaigne mérite vraiment d’être compté parmi ceux qui ont contribué à l’élaboration de nos lois, pour avoir concouru au triomphe de deux idées qui font leur sagesse et leur force: la modération dans le droit pénal et l’équité dans le droit privé.» Galles, avocat général à la cour d’Orléans, 1865.

29, Iuges.—Au nombre des progrès réalisés par la Révolution, la publicité des débats judiciaires est sans contredit l’un des plus importants. Elle protège quelque peu contre l’arbitraire des juges, le sans-gêne, la partialité du président à l’audience, l’inattention de ses assesseurs, et les dénis de justice par trop flagrants dans les jugements rendus. Et voilà qu’à propos du divorce, on s’avise aujourd’hui de vouloir que le huis clos soit de règle, comme si toute affaire de quelque nature qu’elle soit ne pouvait donner matière devant les tribunaux aux révélations intimes les plus cruelles, aux scandales les plus éhontés et les moins attendus que l’on cherche de la sorte à éviter. C’est un inconvénient regrettable qui frappe à première vue, mais en y réfléchissant, il n’est pas à mettre en parallèle avec ceux, bien autrement préjudiciables, que présente le huis clos; l’accepter dans ce cas, c’est donner de l’extension à l’abus; Dreyfus, lors de son premier jugement, eût-il été condamné, s’il n’eût été jugé à huis clos!

38, Accrocher.—Retarder, annuler.

612,

1, Repentance.—Non responsables.

2, Consacrez.—Sont sacrifiés, immolés aux formes...

2, Autre.—C’est bien à Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, que le fait se rapporte. Plutarque, en le citant, dit que l’individu que ce roi venait de condamner, s’étant aperçu que pendant qu’il plaidait sa cause, le prince sommeillait, en appela aussitôt: «Et à qui?» dit Philippe hors de lui. «A Philippe éveillé!» Ce reproche le fit réfléchir sur sa sentence, dont il reconnut l’injustice et qu’il répara de son propre argent. Plutarque, Apophth. des rois.

9, Condamné.—Le préjudice qu’il avait causé au condamné.

12, Crime.—Elles sont nombreuses et de toutes les époques, par exemple celle du chevalier de la Barre en 1765, supplicié à l’âge de 19 ans pour ne pas s’être découvert au passage d’une procession et avoir tenu des propos anti-religieux.

12, Opinions.—Plutarque, Instr. pour ceux qui manient affaires d’État, 21.

13, Gros.

«Tout désordre apparent est un ordre réel,

Tout mal particulier un bien universel.» Pope.

19, Cyrenaiques.—Diogène Laerce, II, 92.

20, Theodoriens.—Diogène Laerce, I, 99.—Théodore, surnommé d’abord l’Athée, ensuite Théos (Dieu), semble avoir vécu en Égypte et à Cyrène, du temps des premiers successeurs d’Alexandre le Grand. Il posait en principe que le sage se suffit à lui-même, que le monde est sa patrie, que rien n’est honteux en soi, mais seulement quant à l’opinion qui en a été établie pour mettre un frein à la multitude; en outre, il niait l’existence des dieux. En conséquence, il considérait comme indigne du sage l’amitié, l’amour de la patrie; et, comme lui étant permis: le vol, l’adultère, le sacrilège, pourvu qu’il choisisse bien son temps.

26, Innocence.—Plutarque, Alcibiade, 23.—Alcibiade disait qu’en pareil cas, il ne s’en fierait à personne, pas même à sa mère. C’est cette même idée qu’exprimait encore, en d’autres termes, je ne sais quel Président de cour, disant que si on l’accusait d’avoir volé les tours de Notre-Dame de Paris, il commencerait par prendre la fuite et gagner la frontière.

27, Faict.—A même de me récompenser d’une bonne action, comme il a pouvoir de me punir d’une mauvaise.

29, Point.—Var. de 88: les autres, au lieu de: «de ne faillir point».

31, Perte.—C’est la morale de la fable de La Fontaine, «L’huître et les plaideurs».

614,

9, Receu.—Ceci figure dans l’éd. de 88; c’était donc écrit lorsque, au mois de juillet de cette année, il fut, ainsi qu’il est consigné dans ses éphémérides, par l’autorité des chefs de la Ligue et à la sollicitation du duc d’Elbeuf, en représailles de ce qu’un parent de ce duc était retenu prisonnier par le roi à Rouen, enfermé à la Bastille, où il ne resta que quelques heures, ayant été presque aussitôt remis en liberté, sur l’intervention, dit-il, de la reine-mère.

11, Affady.—Je me languis tellement de la liberté, comme on dit dans certaines parties de la France; j’en suis tellement avide, tellement fou.

12, Aucunement.—En quelque sorte, quelque peu.

18, Loix.—Montaigne parle ici de la résidence forcée et de l’interdiction de séjour des repris de justice, un des abus de notre législation, qui de la sorte ajoute, pour les malheureux qui en sont frappés, aux difficultés de l’existence et les incite à poursuivre dans la voie du mal. Elle ne fait que changer le péril qu’elle veut prévenir en les rejetant sur certains points, sur certaines professions où ils se retrouvent et s’excitent réciproquement contre la société, et en crée d’autres non moins dangereux: beaucoup, par exemple, se rejettent sur les travaux des ports et c’est en partie à leur influence que sont dues ces grèves répétées qui en ce moment compromettent si gravement notre commerce maritime.

23, Iustes.—«Il est difficile de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’obéit que parce qu’il les croit telles: il serait bon qu’il comprît qu’on ne leur obéit que parce qu’elles sont lois et que c’est là ce qui les rend justes.» Pascal.

25, Sert.—Et cela leur suffit.—Jubeat lex, non suadeat. «La loi ordonne, elle ne persuade pas,» a dit le chancelier de l’Hospital.

26, Equité.—Il est curieux de rapprocher cette appréciation de ce que pensaient à cet égard les révolutionnaires de 1793. Déjà la Déclaration des droits de l’homme inscrite en tête de la Constitution du 3 septembre 1791 avait posé que le but de toute association politique est la conservation de ces droits, dont la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression, qui sont naturels et imprescriptibles.—Le 24 avril 1793, la Convention discutant un projet nouveau de Constitution, Robespierre proposait d’y introduire les articles ci-après:—Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l’homme, est essentiellement injuste et tyrannique et n’est point loi.—Tout acte contre la sûreté ou contre la propriété d’un homme, exercé par qui que ce soit même au nom de la loi, hors des cas déterminés par elle et des formes qu’elle prescrit, est arbitraire et nul; le respect même de la loi défend de s’y soumettre et, si l’on veut l’exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force.—La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme et du citoyen.—Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.—Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.—Et le 4 novembre 1848, la seconde République proclamait à son tour qu’il y a des droits antérieurs et supérieurs aux lois positives.—Cette légitimité de la résistance à des lois injustes a été fréquemment affirmée, notamment par Sophocle, Cicéron, Victor Hugo, Eugène Pelletan, Léon XIII, Pie X.

28, Ordinairement.—V. N. III, 602: [Procez].

30, Doit.—«Rien de si fautif que ces lois qui redressent les fautes; qui leur obéit parce qu’elles sont justes, obéit à la justice qu’il imagine, mais non à l’essence de la loi.» Pascal.—Cicéron n’estimait pas davantage que tout ce qui est légal, soit juste; et lui qui reconnaissait en droit la souveraineté du peuple, n’admettait pas que sa volonté fût légitime en tout ce qu’il prescrit.

35, Obseruation.—Ne dirait-on pas ceci écrit de nos jours, où la plupart de nos lois actuellement édictées, le sont par un gouvernement et des chambres où le socialisme est en progrès constant et devant lequel s’inclinent autant par veulerie que par intérêt personnel nombre de législateurs, rééditant «les crapauds du marais» de la Convention, qui ne sont inféodés à ces idées ni par leur origine, ni par leurs convictions. Pour une utile, on en compte dix qui ne le sont pas et ne tendent qu’à restreindre, en haine de la religion, de la bourgeoisie et du capital, le peu de liberté dont nous jouissons. Telles, pour ne parler que des plus récentes: la loi sur les congrégations, qui les a si arbitrairement expulsées; la loi sur l’enseignement, qui tend chaque jour de plus en plus à la suppression des écoles libres; celles sur les syndicats et le droit de grève, qui, par leurs exagérations, ont allumé la guerre entre les patrons et ceux qu’ils emploient, et qui ont déjà produit tant de ruines; celle sur le repos hebdomadaire, que l’on n’arrive pas à appliquer et qui, comme les précédentes, condamne au chômage bien des gens qui ont besoin de travailler et le voudraient; celle de la séparation de l’Église et de l’État, excellente en principe, autant qu’impolitique, mais surtout spoliatrice au suprême degré, comme l’est celle contre les congrégations; enfin la loi en préparation sur le revenu, parfaitement rationnelle aussi en principe, mais inquisitoriale au premier chef et qui, dans la réalité, ne sera qu’un instrument de persécution et d’iniquité en donnant toute facilité de taxer chacun selon ses opinions et les sympathies dont il sera l’objet.

616,

5, Physique.—C.-à-d. c’est l’unique science à laquelle je m’adonne, à l’exclusion de toute autre, qu’elle porte sur l’étude des idées ou sur celle des choses.

22, Vie.—«Savoir ce qu’il faut fuir et ce qu’il faut suivre, voilà ce qui constitue le vrai sage... De même que la nature nous a fournis de pieds pour marcher, de même elle nous a munis de prudence pour nous conduire.» Charron.

34, Faicte.—Diderot, dans l’entretien d’un père avec ses enfants, lui fait dire: «Mon fils, c’est un bon oreiller que celui de la raison, mais je trouve que ma tête repose plus doucement encore sur celui de la religion et des lois.»

34, Ciceron.—L’éd. de 88 port. Platon.

618,

6, Populaire.—Et la vie d’un empereur, aussi bien que celle d’un homme du peuple, est toujours...

27, N’estoit.—Add. de 88: que ie ne voy que mentir et.

34, Prinsault.—D’un premier saut.

620,

3, Temple.—Apollon, au temple de Delphes. V. N. III, 482: [Delphes].

10, Subtilité.—Platon, Menon.

16, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, IV, 2, 24.

26, Loix.—Ils débitent des inepties, du même ton, avec le même sérieux, que s’ils devisaient des lois ou des dogmes sacrés; avec le style, le langage d’un prophète ou d’un législateur.

27, Aristarchus.—Plutarque, De l’Amour fraternel, 1.

31, Exprez.—Var. de 88: ordinaires.

35, Terre.—Antée, fils de Neptune et de la Terre. Il habitait les sables de la Libye; arrêtait et massacrait tous les passants, parce qu’il avait fait vœu d’élever un temple à Neptune avec des crânes humains. Hercule le terrassa trois fois, mais en vain: la Terre, sa mère, ranimait ses forces, chaque fois qu’il la touchait; s’en étant aperçu, le héros le souleva en l’air et l’étouffa. Myth.

45, Ignorance.—Var. de 88: bestise.

622,

2, Maistres.—Var. de 88: le plus sage qui fut oncques, au tesmoignage des dieux et des hommes, au lieu de: «le maistre des maistres».

3, Antisthenes.—Diogène Laerce, IV, 2.

11, Conditions.—Les qualités bonnes et mauvaises.

23, Numerus.—Virgile parle ici des raisins, dont les espèces sont si nombreuses, dit-il, qu’on ne saurait ni les nommer, ni même les compter.

30, Basses.—Var. de 88: viles.

624,

3, Perseus.—Tite-Live, XLI, 20.

4, Essorées.—Si libres en leur essor.—Essorer est un terme de fauconnerie qui se dit du faucon lorsque, prenant son vol, grisé par la liberté qu’on lui rend, il y met tant d’impétuosité, qu’il se laisse entraîner au point qu’il a peine à revenir.

7, Autre.—Cet autre, c’est probablement l’auteur lui-même.

11, Simple.—Nulle faculté exclusivement bonne ou exclusivement mauvaise, de sorte que...

16, Morsure.—Add. de 88: et sans amertume.

20, Platon.—Dans le Gorgias.

33, Flatteurs.

«Détestables flatteurs, présent le plus funeste

Que puisse faire aux rois la colère céleste.»

(Racine, Phèdre.)

«Les flatteurs du peuple sont aussi funestes à la société, que le sont les flatteurs des rois.» De Frauendorf.

35, Corrompu.—Var. de 88: trahy et pipé.

35, Canaille.—Var. de 88: race.

35, Comment.—Comment pourrions-nous échapper à semblable danger, puisque Alexandre...

626,

1, Nom.—Ce contrôle de ses actions serait une charge de la maison du prince ou du maître, à laquelle ne serait attachée aucune qualification officielle.

10, Forme.—Montaigne blâme ici les remontrances adressées aux rois du haut de la chaire, par les prédicateurs, assez fréquentes à cette époque où la Sainte Ligue était en lutte ouverte contre la royauté; le fait suivant donne une idée des écarts de parole auxquels ils s’abandonnaient parfois: A l’occasion d’une de ces orgies scandaleuses par lesquelles se terminaient le plus souvent les exercices religieux de la confrérie des pénitents qu’avait organisée Henri III, à la cour même, et auxquels lui-même participait, un prédicateur fameux, du nom de Poncet, dit un jour en chaire: «J’ai été averti de bon lieu, qu’hier au soir, qui était le vendredi de leurs processions, la broche tournait pour ces gros pénitents; et qu’après avoir mangé le gras chapon, ils eurent pour collation de nuit le petit tendron qu’on leur tenait tout prêt. Ah! malheureux hypocrites, vous vous moquez donc de Dieu, sous le masque, et portez par contenance un fouet à votre ceinture? Ce n’est pas là, de par Dieu, où il faudrait le porter; c’est sur votre dos et sur vos épaules et vous en étriller très fort, il n’y a pas un de vous qui ne l’ait bien gagné.»

29, Route.—Tout ce qui pourrait les faire changer de conduite et de résolution.

31, Interest.—Sans détriment pour...

32, Qui.—Si on les en eût.—Ce sont les journaux qui, dans nos sociétés modernes, jouent ce rôle de conseiller avertisseur, mais il faut, pour que le remède ne soit pas pire que le mal, qu’ils soient libres et sincères, ce qui est rare et difficile à discerner, et que les gouvernants sachent et aient possibilité de profiter de ces avertissements.

33, Bon.—Et cela leur réussit.

35, Essay.—Tacite, Hist., I, 15.

38, Vie.—Des expériences morales et physiques auxquelles je me suis livré.—Explication probable du titre donné par Montaigne à son ouvrage. V. N. I, titre: [Essais].

628,

2, Contrepoil.—C.-à-d. ce registre de ma vie peut être un assez bon guide pour régler la santé de l’âme, pourvu qu’on prenne la peinture que je fais ici de mes mœurs, non comme un modèle à imiter, mais au contraire comme exemple à éviter.

«Des défauts du prochain sachons donc profiter.

Il n’est guère moins nécessaire

De voir ce qu’il faut éviter

Que de savoir ce qu’il faut faire.»

(Mme Deshoulières.)

8, Medecine.—Tacite, Ann., VI, 46, dit que Tibère croyait peu à l’art des médecins et plaisantait souvent ceux qui, passé trente ans, avaient besoin que d’autres leur apprissent ce qui était nuisible ou contraire à leur tempérament; Suétone ajoute que lui-même, dès cet âge, cessa de les consulter; et Plutarque, qu’il avait coutume de dire qu’un homme de soixante ans mérite qu’on se moque de lui, quand il tend la main à un médecin pour se faire tâter le pouls.

13, Mauuais.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, IV, 7, 9.

15, Platon.—République, III.

36, Dire.—Add. de 88: à les voir et ceux qui se gouuernent par eux.

38, Eschançon.—C.-à-d. comme si j’avais été son échanson, comme si j’avais été attaché au service personnel de cet art de la médecine; ou encore: à qui en voudra goûter, en ayant fait l’essai, je m’y connais et suis à même de lui servir d’échanson.

630,

5, Destourbier.—Sans trouble.

19, Auguste.—Augsbourg, ville de Bavière; Montaigne y passa en 1580 lorsqu’il fit son voyage en Italie.

33, Seneque.—Epist. 90.

33, Cettuy-ci.—L’Allemand dont il a été question plus haut.

40, Euenus.—Plutarque, Questions platoniques, 8.

632,

2, Bas.—On dit que le vin est «au bas», quand, touchant à sa fin, le tonneau est presque vide; le vin qu’on en soutire, acquiert alors un goût plus prononcé en raison de son contact plus immédiat avec la lie.

22, Plus.—Comme s’il était préférable, plus probant. L’éd. de 88 porte: comme s’il estoit plus noble.

34, Lybie.—Diogène Laerce, Pyrrhus, IV, 81.—Athénée parle également d’un certain Magon, de Carthage, qui trois fois avait traversé ce désert, vivant uniquement de farine et sans boire.

634,

1, Lisbonne.—La distance entre ces deux villes est d’environ 650 kil.—Le gentilhomme en question était le marquis de Pisani, ambassadeur de France en Espagne, puis à Rome.

10, Tabut.—Vacarme.

11, Seneque.—Dans sa Lettre 56e.

18, Socrates.—Diogène Laerce, II, 36.

21, L’eau.—Des norias. Ces appareils composés jadis de pots en terre, aujourd’hui de godets articulés, formant dans l’un et l’autre cas une chaîne sans fin, montée sur une roue que meut un manège actionné le plus souvent par un cheval, sont employés en grand nombre, de tout temps et avec plus ou moins de perfectionnements, dans le midi de l’Europe.

23, Seneque.—Epist. 108.

24, Sextius.—Il estimait qu’il existe assez d’aliments pour l’homme, sans qu’il se nourrisse d’êtres vivants qu’il tue à cet effet, ce qui développe en lui son penchant à la cruauté; en outre, selon lui, la variété des mets serait contraire à la santé.—Ce même Sextius avait refusé la dignité de sénateur que César lui offrait, disant que ce qui se donnait ainsi, pouvait de même se retirer.

29, Loudiers.—Couvertures ou matelas suivant leur épaisseur, constitués par une enveloppe remplie de laine, de bourre, de crin, parfois de duvet et piquée, servant à garnir les lits.

29, Enfondrent.—Qui enfoncent sous le poids du corps.

636,

2, Voluptez.

«Les gueux, les gueux

Sont les gens heureux.» Béranger.

«Car en quelque façon les malheurs sont propices,

Et les gueux, en gueusant, trouvent mille délices.» Béranger.

3, Politiques.—Les gueux, nom générique donné à l’ensemble des misérables, infirmes, mendiants, voleurs et tous autres composant les bas-fonds de la Société ou en rupture de ban avec elle, formaient jadis à Paris une véritable corporation, qui avait une hiérarchie véritable. Au XVIIe siècle, leur repaire principal, appelé la cour des Miracles, était établi près de l’église S.-Eustache; les rues de la Grande-Truanderie, de Vide-Gousset lui doivent leurs noms; c’était un quartier formé d’un dédale de ruelles infectes et tortueuses où grouillait pêle-mêle une population hétéroclite et où de fait régnait le droit d’asile, un peu par tolérance, un peu par impuissance; le guet n’y apparaissait jamais qu’à contrecœur et presque toujours ses recherches étaient vaines; un roi électif y gouvernait; cela dura des siècles. En 1656 le nombre de ces individus s’élevait à 40.000; quand on se décida à mettre fin à cet état de choses, les infirmes furent recueillis à l’hôpital général qui venait d’être achevé, et les autres, de gré ou de force, durent se disperser.—En l’an de grâce 1907 nous en sommes à peu près revenus, à Paris, à ce qui s’y passait il y a trois siècles: les Gueux sont devenus les Apaches, comme ils se sont baptisés eux-mêmes; comme eux ils ont une organisation, forment des bandes qui ont des chefs auxquels ils obéissent aveuglément; pour eux la vie du prochain ne compte pas; la nuit, ils sont les maîtres de Paris et de sa banlieue, sans pour cela être toujours inactifs de jour. La police redoute de se commettre avec eux et les évite autant qu’elle peut le faire décemment; le parquet les relâche le plus souvent, quand on n’a pu faire autrement que de les arrêter, et les tribunaux, quand par extraordinaire ils ont à les juger, se montrent à leur égard d’une faiblesse qui tient en partie à des raisons budgétaires et n’a d’égale que le peu de rigueur des moyens de répression que nos lois édictent contre les malfaiteurs et qu’on a chaque jour tendance à rendre plus anodins, alors que déjà ils sont sans efficacité sur eux.

5, Sages.—Pythagore, dans Stobée, Serm. 29. Cette maxime est ainsi formulée dans Plutarque, De l’Exil, 7: «Choisis la voie qui est la meilleure, l’accoutumance te la rendra facile et plaisante.»

26, Philopœmen.—Ou plutôt, «comme on disait à Philopœmen». Plutarque, Phil., I.

34, Iour.—C.-à-d. à la belle étoile, à l’air du temps, comme il se dit en style familier.

638,

11, Marius.—Plutarque, Comment il faut refréner la colère, 13.

15, Transparante.—On voit communément des gens auxquels il répugne de boire du lait dans des récipients à parois transparentes, des verres par exemple; pour qu’ils soient à l’aise, il faut qu’ils le boivent dans des tasses ou des bols. Nombre d’autres ne peuvent souffrir la vaisselle en métal, aussi bien la vaisselle plate que celle en étain, et toutes deux ont à peu près disparu, celle-ci devant la faïence, celle-là devant la porcelaine: affaire de goût autant que de prix.

21, Serein.—Vapeur humide et froide qui se dépose, en été, après le coucher du soleil.

33, Sentiment.—Non pas tant son opinion que sa sensation.

34, Imagination.—C.-à-d.: Quoi! serait-il donc vrai que le doute même et le soin que nous mettons à nous enquérir de ce qui est vrai ou ne l’est pas, frappe notre imagination, et...—L’éd. de 88 port.: inquisition de l’imagination nous frappe, au lieu de: «l’inquisition (la recherche) frappe nostre imagination».

37, Chartre.—Se sont mis à des régimes particuliers.—D’autres traduisent: sont tombés dans le marasme; chartre désignant jadis, paraît-il, une maladie de langueur amenant le dépérissement.

640,

3, Haut mal.—César, au dire de Plutarque, César, 5, était sujet à des attaques d’épilepsie, dont il avait ressenti les premiers accès en Espagne, alors qu’il y était comme préteur.

7, Aussi.—Add. de 88: les autres ont pour leur part la discretion et la suffisance, moy l’ingenuité et la liberté.

8, Obscure.—Var. de 88: cachée.

34, Est.—Les premiers mots: An viuere tanti est, ne se trouvent pas dans le texte de Pseudo-Gallus.

642,

10, Plaisir.—Voltaire a dit dans le même sens:

«Et puisqu’il faut que nous soyons damnés,

Damnons-nous donc pour des fautes aimables.»

28, Vices.—Ovide se vante même de quelque chose de plus.

30, Ans.—En quel âge tendre; combien j’étais jeune encore, quand...

31, Rencontre.—Ce fut bien un hasard.

33, Quartilla.—Pétrone, 25.

644,

5, Resolue.—Si nettement fondé sur des principes précis et déterminés.

7, Fernel.—Commença par s’adonner aux mathématiques et à l’astronomie; se livra ensuite à la médecine et acquit une telle célébrité que Henri II lui donna le titre de son premier médecin; a écrit de nombreux ouvrages qui réunissent l’élégance du style et la solidité de la doctrine.

8, L’Escale.—Prétendait descendre de la famille della Scala, d’où le nom qu’il prit. La mode étant alors que tout savant se respectant, donnât à son nom un air latin ou grec. Après avoir beaucoup voyagé, il se fixa en France; fut, comme médecin, d’une science très réelle; visait au renom d’homme universel et effectivement savait de tout et a beaucoup écrit en tous genres, mais c’est principalement comme grammairien qu’il mérite sa célébrité.

23, Diuertir.—Que je m’écarte un moment de mon sujet.

33, Quelqu’vn.—Carnéade. Diogène Laerce, Vie de ce philosophe, IV, 63.

646,

7, Desmarche.—Se recule, se retire; en latin pedem referre, porter le pied en arrière.

13, Iours.—Et leur durée déterminée.

21, Tenaces.—L’éd. de 88 port.: tenants.

25, Cul.—L’éd. de 88 dit plus décemment costé.

25, Vague.—Var. de 88: patron libre, au lieu de «miroüer vague».

648,

11, Platon.—République, III.

13, Imbecille.—Affaibli par l’âge.

17, Sçauroit.—Add. de 88: plus.

32, Ctesiphon.—Plutarque, Comment il faut refréner la colère, 8.

32, Faire.—Lutter, se battre.

34, Auantageux.—Ces gens-là, les médecins, sont hautains, impérieux, altiers.

37, Troigne.—Var. de 88: contenance; le changement n’est pas flatteur.

650,

3, Pipper.—Et tromper, pour qui le peut.

20, Eringium.—Appelé aussi «panicaut» ou «chardon roland»; plante dont la racine est apéritive.

20, Herbe du Turc.—Ou «turquette», nom vulgaire de la herniaire, plante astringente à laquelle on attribuait la propriété de guérir la hernie.

25, Profluuion.—Écoulement; du latin profluvium, qui a même signification.

29, Dit-il.—Dit mon esprit.

36, Ainsin.—Qui, d’une manière ou d’une autre.

652,

2, Discours.—Ta raison.

11, Pauses.—Plaisantant, riant de temps en temps.

11, Gens.—Var. de 88: raillant à pauses auec les dames, au lieu de: «bouffonant... tes gens».

654,

5, Paume.—Tu lui donnes la main...

9, Inopinement.—C.-à-d. on t’aura, avec ta sécurité et ta confiance, fait passer un matin de vie à trépas.—Passer l’eau, c’est passer dans l’autre monde, par allusion aux idées anciennement en cours chez les Grecs que les âmes des morts, pour se rendre aux Enfers, passaient l’Achéron, transportées dans la barque à Caron. V. N. III, 516: [Acheron].

18, Sybillines.—Une vieille femme proposa un jour à Tarquin le Superbe (vers l’an 510) d’acheter neuf livres qu’elle lui présentait; rebuté par le prix qu’elle en voulait, il refusa. Elle en jeta trois au feu, et renouvela son offre de vente, demandant le même prix des six autres; nouveau refus, à la suite duquel elle en jeta à nouveau trois au feu. Tarquin lui demanda alors ce qu’elle voulait de ceux qui lui restaient: «Autant que des neuf,» répondit-elle. Sa fermeté fit juger à Tarquin que ces livres devaient être d’une extrême importance et il en donna le prix exigé. C’étaient les livres sibyllins contenant l’avenir de Rome qu’était venue lui offrir la sibylle de Cumes. Ces livres furent déposés au Capitole qui venait d’être achevé; ils étaient consultés dans les grandes circonstances et brûlèrent en 62, lors de l’incendie de cet édifice; on chercha aussitôt à les reconstituer, mais le peu d’authenticité d’un grand nombre des prédictions ainsi recueillies firent qu’ils tombèrent dans le discrédit.

20, Experience.—C’est le recueil des feuillets composant son journal de voyage en 1580-81; on s’aperçoit aisément en les parcourant qu’il ne les avait dictés ou écrits que pour lui-même.

28, Vn aage.—Var. de 88: quarante ans.

29, Vn autre.—Var. de 88: quatorze.

656,

8, Contrecarre.—Opposition.

9, Vertu.—Ce sentiment est expressément combattu par Plutarque, dans le traité Des communes conceptions contre les Stoïques, 10 et suivants.

16, Tours.—Si bien que tour à tour...

18, Fable.—Platon, Phédon.

658,

24, Coulpe.—C’est sa faute.

35, Cicero.—Comme Cicéron tâche d’adoucir et d’amuser le mal de sa vieillesse (dans son livre De Senectute), j’essaie d’endormir...

660,

1, Espreignent.—Expriment, tirent, font sortir.

20, Corps.—Sans que le corps souffre réellement.

40, Heures.—A cette époque, on dînait ordinairement à onze heures du matin et soupait à six heures du soir. V. N. III, 432: [Partir].

662,

2, Platon.—Diogène Laerce, Platon, III, 39; Platon, Lois, VII, 13.

6, Scipion.—Plutarque, S’il est requis qu’un prince soit savant, 6.

30, Pays.—La profession militaire est aujourd’hui ce qu’elle était du temps de Montaigne, ce qu’elle a été et ce qu’elle sera de tous temps, la plus belle et la plus noble de toutes, parce que son idéal est la gloire et l’intérêt de la patrie, sa vertu essentielle l’abnégation et qu’elle a pour base la discipline. Quoique exclue avec juste raison de la politique et, quoi qu’en disent ses ennemis, n’en faisant pas, quand le Gouvernement lui-même ne l’y incite pas, celle-ci n’en réagit pas moins sur elle, parce qu’elle émane de la Nation, qu’elle participe de sa vie et ressent le contre-coup des passions qui l’agitent. En ce moment où les théories les plus subversives ont accès dans les sphères gouvernementales et vont gagnant de jour en jour, l’armée, il faut en convenir, traverse une phase difficile; ses ennemis, et elle n’en manque pas: les intellectuels qui la jalousent, les gens de désordre auxquels elle fait obstacle, jusqu’aux pouvoirs publics qui tout en la cajolant, l’exaltant, l’ont en suspicion, s’efforcent à qui mieux mieux de l’affaiblir; seul le pays, sans arrière-pensée, lui demeure sincèrement attaché. Mais le mal fait son œuvre, l’antimilitarisme étale ses idées au grand jour et fait de la propagande, on y fomente les rivalités, favorise l’intrigue, ses institutions les plus tutélaires sont battues en brèche, ses garanties foulées aux pieds, on la dégrade en en usant pour des œuvres de police, on en abuse en la contraignant à subir sans riposter les injures et les coups de ceux contre lesquels on l’emploie, on laisse dire à un ancien ministre sorti de ses rangs, qui cinq ans durant a travaillé à sa désorganisation, qu’elle est en révolte permanente contre les idées du jour, si bien qu’on en est arrivé à ce que les caractères y sont diminués au point que ce système d’illégalité et d’arbitraire dicté par la haine des uns, la crainte et la faiblesse des autres, ne soulève que de bien faibles protestations émanant de ceux qui en sont directement atteints; quant à ses grands chefs, qui pourraient être frappés mais dont la voix serait entendue et dont le devoir serait de parler, à peu d’exceptions près, par peur de se compromettre, ils se taisent et se bornent à gémir.

36, Honneur.—Add. de 88: et noblesse.

664,

9, Asseure.—Donne de l’assurance, enhardit.

13, Galleux.—La gale était alors une affection très répandue, dont la cause était inconnue et dont on ne guérissait pas aisément. Aujourd’hui elle se contracte beaucoup moins; on sait qu’elle est due à un animalcule qui s’introduit sous l’épiderme, y chemine et y pullule, et en vingt-quatre heures on s’en débarrasse.

21, Pruantes.—Sujettes à des démangeaisons; expression gasconne.

21, Sens.—Add. de 88: corporels.

24, L’aage.—Var. de l’ex. de Bord.: tantost de six ans, le cinquantieme.

28, Ieunesse.—Il y a peu à dire de ma santé au temps de ma jeunesse qui n’a guère connu la douleur.—Indolence est employé ici conformément à son étymologie (in privatif, et dolor, douleur); son sens aujourd’hui est tout autre.

666,

12, Temperature.—Modération (de son âme).

16, Non.—Non seulement, comme le porte l’éd. de 88.

21, Tient.—Add. de 88: aux talons.

22, Guttur.—Le goitre est une tumeur spongieuse, susceptible de devenir très volumineuse, qui vient à la gorge; elle est très fréquente dans certaines vallées des Alpes.

35, Platon.—Dans le Timée.

39, Histoires.—Hérodote, IV, 184; Pomponius Mela, I, 8.

668,

3, Propos.—Cicéron, De Divinat., II, 58.

6, Songeant.—Galien dit qu’ayant ouï dire qu’il arrivait à certaines gens de marcher tout endormis, il n’en avait rien cru, jusqu’à ce qu’ayant eu à voyager à pied toute une nuit, il fut forcé de le croire, par l’expérience qu’il en fit lui-même.—Le fait est fréquent chez le soldat, dans les marches de nuit.

7, Maison.—Diogène Laerce, Pyrrhon, IX, 82.

11, Fauorinus.—Ou plutôt ce qu’il condamne, ainsi qu’il résulte d’un passage d’Aulu-Gelle, Nuits att., XV, 8.

30, Faict.—C.-à-d. ne pas faire bonne chère avec des mets dont les autres se délectent...

670,

1, Galeres.—Ce parent devait être vraisemblablement officier du corps des galères du roi, lequel, en 1748, a été réuni à celui de la marine.

5, Village.—Au village de Papessus, agglomération de quelques maisons à environ 3 kil. N. du manoir paternel, suivant une tradition locale.

19, Attacher.—C’est probablement en mémoire de ce parrain inconnu qu’il reçut le prénom de Michel; c’était parfois l’usage de donner des gens de peu pour parrains à de jeunes nobles, afin de leur enseigner à ne pas rougir plus tard de leurs inférieurs. Un arrière-petit-fils de Montaigne, Charles-François de Lur-Saluces, fut, comme son bisaïeul, tenu sur les fonts baptismaux par des pauvres; il en a été de même un siècle plus tard de Montaigne en Guyenne, comme de Buffon en Bourgogne, qui eurent pour parrains des mendiants de la paroisse, dont les prénoms leur furent donnés, «afin que toute leur vie ils se rappelassent que les pauvres sont frères». Bonnefon.

25, Chelonis.—Léonidas II, son père, roi de Sparte concurremment avec Agis III, était poursuivi et contraint de quitter Sparte et remplacé sur le trône par son gendre Cléombrote parce qu’il s’opposait aux réformes entreprises par Agis pour mettre fin aux abus qui s’y étaient introduits et la ramener à l’austérité de Lycurgue (243); au bout d’un certain temps, les partisans de Léonidas reprirent le dessus (239), Agis fut mis à mort et Cléombrote mari de Chélonis détrôné dut à son tour prendre le chemin de l’exil.—Le récit des faits de cette généreuse princesse est à lire dans Plutarque, Agis et Cléomènes, 5.

34, Flaminius.—Dans sa Vie par Plutarque, c. 1.

36, Pyrrhus.—Dans sa Vie par Plutarque, c. 2.

672,

5, Auguste.—Dans sa Vie par Suétone, c. 74.

674,

12, Naturelles.—C.-à-d. à l’âge auquel je suis arrivé, ma mort est juste et naturelle; et je ne puis désormais ni demander ni espérer de la destinée une prolongation de vie, qui serait une faveur contraire aux règles et au cours ordinaire de la nature.

15, Solon.—Hérodote, I, 32.

18, Passé.—C’est l’aurea mediocritas (l’excellente médiocrité) d’Horace, tant prônée avant lui, dans l’antiquité par Cléobule, un des sept sages de la Grèce, comme une des plus sûres conditions d’une vie heureuse. Diogène Laerce, I, 93.

«Si le bonheur nous est permis,

Il n’est point sous le chaume, il n’est point sur le trône;

Voulons-nous l’obtenir, amis?

La «médiocrité» le donne.»

C’est également Cléobule qui recommandait de la mesure en tout: «Faites, disait-il encore, du bien à vos amis pour vous les attacher davantage, et à vos ennemis pour vous en faire des amis.»

23, Platon.—Dans le Timée.

28, Heure.—C.-à-d. le déclin de nos facultés anticipe sur le moment où la mort doit arriver, et augmente à mesure que nous avançons vers l’heure fatale.

33, Tracasser.—Var. de 88: trainer.

676,

6, Refors.—Raifort. V. N. III, [36].

10, Blanc.—V. N. III, 64: [Clairet].—Sur ce point, Montaigne s’en remettait du reste, le cas échéant, aux médecins: «Ils pensent, dit-il (liv. II, ch. XXXVII, III, 64), m’ordonner le blanc ou le clairet.»

20, Abondance.—Sénèque, Epist. 18.

25, Liqueur.—Vénus et Bacchus.

26, Propre.—C.-à-d. ou parce que je n’avais pour manger avec moi, aucune personne dont la société me convînt.

28, Mange.—Sénèque, Epist. 91.

28, Chilon.—Plutarque, Banquet des Sept Sages, 3.

678,

7, Ieusne.—Par loix de jeusne, il faut, ce nous semble, entendre ici les régimes de toutes sortes que les médecins nous conseillent dans le cas de telles ou telles affections et qui tous aboutissent à des interdictions qu’ils nous imposent. D’autres ont pensé qu’il s’agissait simplement du jeûne que l’Église prescrit à ses fidèles et en concluent que son observation, d’après ce qui suit, aurait été chez Montaigne beaucoup plus une question hygiénique qu’une mortification; c’est bien, en effet, l’idée qui, à l’origine, le fit prescrire par la religion; et il faut reconnaître qu’aujourd’hui avec tous les tempéraments qu’elle y a apportés pour suivre nos estomacs devenus plus exigeants en raison de la vie plus intensive que nous menons, d’une débilité qui va croissant par suite de la sophistication de toutes denrées alimentaires et de la place de plus en plus grande qu’un accroissement dans le bien-être général a fait occuper à la viande dans notre alimentation, le jeûne n’est plus guère, dans l’Église catholique, qu’une marque d’obéissance qu’elle demande à ses adhérents.

18, Galbe.—De parure, d’apparat.

680,

4, Auguste.—Dans sa Vie par Suétone, c. 77.

5, Democritus.—Pline, Hist. nat., XXVIII, 6.—Le texte latin porte Démétrius; Montaigne a mis Démocritus, probablement parce qu’il a relevé le fait dans Erasme qui a commis la même erreur.

7, Demysetiers.—Le demi-setier, mesure de capacité ancienne, représentait environ un quart de litre. Ce n’était pas, comme son nom semble l’indiquer, la moitié du setier; celui-ci valait près de huit litres. Trois demi-setiers faisaient donc trois quarts de litre, c’est à peu près la contenance de la bouteille de Bordeaux.

13, Sommelerie.—Pièce où dans une maison sont en dépôt les provisions de consommation immédiate, et où se font les opérations qu’elles comportent.

15, Vin.—D’eau, aj. l’éd. de 88.—D’autres attribuent cet usage à Amphictyon, successeur de Cranaüs. Athénée, II, 2.

24, Difficultez.—Var. de 88: aspretez.

35, Soulagé.—C’est la raison qui fait que, de nos jours, soit pour écrire, soit pour l’impression, on emploie fréquemment des papiers très légèrement teintés, de couleur crème plutôt que blancs.

35, Present.—Montaigne avait alors cinquante-quatre ans, ainsi qu’il l’indique ici même, dans l’éd. de 88.

682,

5, Coïement.—Tranquillement. L’adjectif coi, au masculin, est encore en usage dans le style familier: «Il est resté coi.»

16, Certains.—Immobiles.

18, Rassis.—Add. de 88: et pour la gesticulation, ne me trouue guiere sans baguette à la main, soit à cheual ou à pied.

18, Chrysippus.—Diogène Laerce, VII, 183.

27, Diogenes.—Plutarque, Que la vertu se peut enseigner, 2.

36, Platon.—Dans le dialogue intitulé Protagoras.

684,

1, Conuiue.—S.-ent.: pour qu’un repas ait lieu dans les meilleures conditions. Aulu-Gelle, XIII, II.

10, Forclost.—M’en exclut.

13, Manie.—Qui vais toujours terre à terre.

14, Culture.—Add. de 88: et plaisir.

16, Xerxes.—Cicéron, Tusc., V, 7.

35, Critolaüs.—Ce philosophe estimait que si dans l’un des plateaux d’une balance on mettait les biens de l’âme, dans l’autre les biens du corps et, en général, tous les biens matériels, les premiers l’emporteraient, même si on ajoutait aux autres la terre et les mers. Cicéron, Tusc., V, 17.—Montaigne en fait ici application à un usage fort différent.

686,

4, Cyrenaïques.—Diogène Laerce, II, 90.

6, Aristote.—Morale à Nicomaque, II, 7.

12, Bacchus.—Add. de 88: Ces humeurs vanteuses se peuuent forger quelque contentement, car que ne peut sur nous la fantasie? mais sagesse, elles n’en tiennent tache. Ie hay...

13, Cercle.—La quadrature du cercle, ou transformation d’un cercle en un carré de surface équivalente, est un problème insoluble.

688,

2, Vescu.—C’est le mot de La Fayette à quelqu’un lui demandant ce qu’il avait fait pendant la Terreur, durant laquelle, membre de la Convention, il s’était effacé de son mieux et avait réussi à passer inaperçu: «J’ai vécu,» répondit-il.

4, Si.—S.-ent.: Mais, me direz-vous encore, si...

14, Adminicules.—C.-à-d. n’en sont que d’infimes accessoires et superfétations. Appendicules et adminicules sont deux mots latins que l’on rencontre, avec le sens ici indiqué, dans Cicéron et autres, et que Montaigne a francisés.

16, Deliure.—Libre, dégagé de tout autre soin.

17, Brutus.—Plutarque, M. Brutus, 1.

19, Breueter.—Annoter, prendre des notes.

26, Certes.—Que ce soit en plaisantant ou sérieusement qu’on dise...

26, Theologal.—Jadis, ecclésiastiques et moines passaient pour faire bonne chère, et, la malice populaire tenant comme vin de choix celui qu’ils buvaient, qualifiait de vin théologal celui qui sortait de l’ordinaire. L’épithète de sorbonique ne fait que renforcer cette même idée. La Sorbonne, simple établissement d’éducation ecclésiastique dans le principe, était à cette époque, et depuis près de trois siècles, devenue une faculté de théologie, dont les doctrines faisaient loi en matière de foi.

27, Sorbonique.—Var. de 88: doctoral.

31, Condiment.—Assaisonnement. Le mot est encore dans la langue et vient du latin condimentum, qui a le même sens; on le trouve ainsi employé dans Cicéron: «Socrate disait que la faim est l’assaisonnement (condimentum) de tous mets, et la soif celui de toute boisson, quels qu’ils soient.»

35, Bacchus.—Add. de l’ex. de Bord: Illis est indulgendum, non seruiendum (il faut le leur pardonner, et ne pas leur en faire un grief).

37, Vie.—V. N. I, 616: [Virtus].

690,

5, Luy.—Épaminondas pouvait d’autant mieux être porté à en agir ainsi que Cornélius Népos, Épaminondas, 2, le représente comme ayant si bien appris à chanter, à danser et à sonner (du latin sonare, jouer des instruments; on dit encore «sonner du cor»), qu’aucun Thébain ne lui était supérieur dans ces différents exercices. V. N. III, 18: [Epaminondas].

5, L’ayeul.—Il y a là confusion entre Scipion, le premier Africain, le vainqueur de Zama, et son petit-fils adoptif Scipion Émilien, le second Africain, qui prit Carthage; sur ce point, l’éd. de 88 présente la var. suivante: du ieune Scipion (tout compté, le premier homme des Romains), au lieu de: «de Scipion... celeste». Le premier a vaincu Annibal et ce qui a trait à la Sicile se rapporte à lui; mais la liaison avec Lælius et la collaboration à des comédies s’appliquent nettement au second. Toutefois, il est à observer que tous deux se sont illustrés au même degré, ont été victimes de l’envie, ont fini dans un exil plus ou moins volontaire; qu’il y a eu deux Lælius, comme il y a eu deux Scipion, qui respectivement les ont suivis chacun sur le théâtre de leur gloire et leur sont restés fidèles dans l’adversité; qu’enfin si Térence fut le familier de Scipion Émilien, Ennius avait été celui de son aïeul.

7, Celeste.—Aulu-Gelle, VII, 1.

8, Baguenaudant.—Musant, jouant.—Baguenauder semble venir de baguenaudier, nom d’un arbuste de nos contrées dont le fruit est enveloppé d’une membrane enflée comme une vessie que les enfants s’amusent à faire claquer. Ce nom, mais dérivant du verbe, est aussi celui d’un jeu de bagues, sorte de jeu de patience assez répandu.

9, Coquilles.—Cicéron, De Orat., II, 6, qui le dit du premier Scipion, mais non du second.

10, Cornichon va deuant.—On a beaucoup ergoté sur ce que ce jeu pouvait être. Les uns estimèrent que c’était faire des ricochets sur la mer avec les galets de la plage; d’autres, aller à qui ira le plus vite, tout en ramassant, chemin faisant, quelque chose à terre; ce serait encore le jeu de boules où on en lance tout d’abord une plus petite pour servir de but; ou enfin le jeu d’enfants que nous connaissons sous le nom de sabot et que l’on appelle aussi corniche.

10, Lælius.—«Quand ils pouvaient s’échapper de Rome, Lælius avait coutume d’accompagner Scipion à la campagne et là, comme des captifs ayant rompu leurs chaînes, tous deux redevenaient enfants...; souvent ils ramassaient des coquillages et des galets sur les rivages de Gaète et de Laurente, et, libres de toute préoccupation, s’amusaient aux jeux les plus puérils.» Cicéron.—«Quand, loin du monde et des bruyantes scènes, la vertu de Scipion et la douce sagesse de Lælius s’étaient réfugiées à la campagne, tous deux, dénouant leur ceinture, jouaient avec Lucile et s’amusaient avec lui comme des enfants, en attendant que les légumes du souper fussent cuits.» Horace.—«Scipion, dit Sénèque, pratiquait aussi la danse à la mode des héros anciens, qui s’y adonnaient de telle sorte qu’ils pouvaient être vus sans que cela portât atteinte à leur considération.»

12, Comedies.—Ces comédies sont celles de Térence auxquelles Scipion Émilien et Lælius eurent beaucoup de part, au dire de Suétone dans la Vie de ce poète, de quoi Montaigne était si fort persuadé qu’il dit (liv. I, 39, I, 432): «et me feroit on desplaisir de me desloger de cette creance».

13, Hommes.—Add. de 88: Ie suis extremement despit dequoy le plus beau couple de vies qui fut dans Plutarque, de ces deux grands hommes (Épaminondas et Scipion premier Africain), se rencontre des premiers à estre perdu.

16, Rome.—Allusion à l’hostilité intransigeante que durant sa vie entière Caton l’Ancien et autres (V. les discours de Q. Fabius, Tite-Live, XXIX, 19) témoignèrent au premier Scipion. Montaigne commet encore ici une méprise; ce même historien ne dit pas que Scipion, en Sicile, visitait des écoles et écoutait des philosophes, mais qu’il allait se promener au Gymnasium, lieu destiné aux exercices physiques, auxquels parfois il prenait part.

18, Baller.—Danser.

27, Recourir.—Secourir.

30, Tout.—V. N. III, 544: [Theramenez].

32, Abstinence.—Cette beauté, c’est Alcibiade au début de leur connaissance, d’après le propre dire de celui-ci; il y avait entre eux une différence d’âge d’une vingtaine d’années.

39, Boire à lut.—Bien boire. Expression venue de l’Allemagne: boire all-aufs (all signifiant tout, complètement, et aufs, au mieux); d’où on a fait allus, puis à lut, voulant dire: «Continuer à boire durant tout le repas, sans cesser de faire raison à tous ceux qui vous provoquent»; c.-à-d. vider chaque fois son verre jusqu’à la dernière goutte, aussi souvent qu’on vous le remplit.

692,

1, Grace.—Socrate ne rougissait pas de jouer avec les enfants, Sénèque. V. N. III, 26: [Gestes].

4, Perfection.—Tout ce que dit ici Montaigne, concernant Socrate, est tiré presque mot pour mot du Banquet de Platon, II, 16, dialogue dans lequel ce philosophe introduit Alcibiade qui fait de son maître l’éloge le plus beau et le plus délicat; c’est le chef-d’œuvre de Platon, et dans ce discours d’Alcibiade, il y a un art et un goût infinis. Naigeon.

7, Ply.—C.-à-d. des exemples faibles et défectueux, à peine bons à suivre sous un rapport.

18, Mespriser.—Var. de 88: hayr et desdaigner.

25, Volupté.—«Les plaisirs sont amers, d’abord qu’on en abuse.» Mme Deshoulières.

29, Exemplaire.—Diogène Laerce, VIII, 88.—Dans sa Morale à Nicomaque, X, 2, Aristote réfute cette théorie d’Eudoxe sur le plaisir en quoi il faisait consister le souverain bien, et dit positivement que lui-même se distinguait par une tempérance extraordinaire.—Eudoxe, qui fut l’ami de Platon, était du reste un philosophe d’éminente sagesse; astronome renommé de son temps, il avait apprécié l’année solaire à 365 jours un quart, ce qui fut adopté plus tard, sous César, par Sosigène pour l’établissement du calendrier Julien; géomètre, on lui doit une théorie des lignes courbes; il était aussi médecin.

694,

1, Platon.—Lois, I.

4, Volupté.—Des attraits excessifs et enchanteurs de la volupté.—Blandices vient du mot latin blanditiæ (caresses, flatteries, attraits) que Montaigne a francisé en en changeant la terminaison.

7, Escharsement.—Modérément. V. N. I, [446].

10, Elle.—Elles se subordonnent à elle, c’est là la vertu.

19, Decours.—Var. de 88: sa decadence, au lieu de: «son... decours».

23, Compose.—Je me prépare...

25, Moleste.—Fâcheuse, du latin molestus, qui a même sens. Comme adjectif, ce mot n’est pas d’usage; au contraire le verbe molester, qui a même étymologie, est d’emploi courant.

34, Pleine.—Moncrif a rendu ainsi, en vers, cette même idée:

«Plus inconstant que l’onde et le nuage,

Le temps s’enfuit; pourquoi le regretter?

Malgré la pente volage

Qui l’oblige à nous quitter,

C’est l’arrêter, d’en faire usage.

Goûtons mille douceurs;

Et si la vie est un passage,

Sur ce passage au moins semons les fleurs.»

696,

1, Condignes.—Absolument mérités. Du latin condignus, même sens que dignus mais plus affirmatif encore.

6, Moy.—Je délibère avec moi-même, je raisonne de mon plaisir; je ne glisse pas dessus, j’approfondis.

9, Sens.—Je ne permets pas à mes sens de s’en emparer exclusivement.

10, Engager.—Var. de 88: enyurer.

23, Propose.—Je me représente...

42, A mesme.—A mesure...

44, Trauailler.—Arrien, De exped. Alex., V, 26.

47, Dire.—Qu’elle puisse ne pas éprouver...

698,

4, Maintenoit.—Diogène Laerce, I, 114.—Epiménide, d’après la légende, recevait des Nymphes une nourriture particulière qu’il conservait dans un pied de bœuf; il ne la prenait que par parcelles et on ne le vit jamais manger. On a dit aussi qu’il avait dormi cinquante ans dans une caverne; ce prétendu sommeil aurait été une absence de quelque durée durant laquelle, errant de côté et d’autre, il était occupé à recueillir des simples.

24, Suyuans.—Je voudrais que les sectateurs d’une telle philosophie n’eussent non plus de droit...

30, Fantastique.—Il n’est pas visionnaire à ce point.

700,

6, Tousiours.—Cet ancien paraît être Simonide qui dit que «les dieux composent toujours avec la nécessité». De son côté, Pittacus a dit aussi: «Les dieux eux-mêmes ne vont pas à l’encontre de la nécessité.» Et Euripide: «Le mortel qui cède à la nécessité est sage et connaît bien les dieux.»

14, Diuina.—Cette proposition de S. Augustin, De Civ. Dei, XIV, 5, vise, pour les condamner, les hérésies des Manichéens (IIIe s.), qui attribuaient la création à deux principes, l’un essentiellement bon, l’autre essentiellement mauvais, et tenaient le corps et la chair comme procédant de ce dernier.

15, Par acquit.—Var. de 88: farcesque.

16, Condition.—Add. de 88: naturelle.

19, Peregrin.—Et comme elle a plus de poids en une langue étrangère, nous insisterons sur ce point, en usant du latin.

29, Capirotade.—On dit aujourd’hui capilotade; au propre, ragoût composé de viande rôtie coupée en morceaux et assaisonnée d’ingrédients divers.

30, Archimedes.—Archimède était au bain quand il découvrit ce principe de physique qui porte son nom: «Tout corps plongé dans un fluide, perd une partie de son poids égale au volume de ce fluide qu’il déplace»; dans sa joie, il en sortit précipitamment et se mit à courir tout nu dans les rues de Syracuse, criant: Εὕρεκα, εὕρεκα! j’ai trouvé, j’ai trouvé! observation qui le mit à même de déterminer la quantité d’alliage introduite en fraude dans une couronne qu’Hiéron avait commandée en or pur. Ses distractions, en une autre circonstance, lui furent plus fatales: les Romains qui assiégeaient Syracuse dont son génie inventif contribuait à prolonger la résistance qui durait déjà depuis trois ans, ayant enfin pénétré par surprise dans la ville, Archimède, tout occupé de la solution d’un problème, ne s’en aperçut pas, et tardant à répondre à un soldat qui lui enjoignait de le suivre, celui-ci le tua, bien que l’ordre eût été donné de l’épargner (212).

31, Marmaille.—Var. de 88: voirie.

32, Diuertissent.—Et de pensées qui nous détournent de notre salut.

702,

2, S’attendre.—Dédaignent de prêter leur attention... (du latin attendere); ou de s’appliquer, comme porte l’éd. de 1635 de Mlle de Gournay.

4, Priuilege.—Add. de l’éd. de 88: Nos estudes sont tous mondains; et entre les mondains, les plus naturels sont les plus iustes.

6, Sousterraines.—Corrompues, infernales.

6, Esope.—Planude, Vie d’Esope.

18, De nos.—Var. de 88: des humaines.

21, Immortalisation.—Ou plutôt sa déification, comme porte l’éd. de 88.

23, Hammon.—Quinte-Curce, VI, 9.—Jupiter Ammon avait au milieu des sables de la Libye, près de l’oasis de Syouah, à 500 kil. du Caire, un temple dont les oracles étaient réputés. Alexandre le Grand le visita en 332, après la conquête de l’Égypte; pour l’atteindre il marcha quatre jours en plein désert; à son arrivée, les prêtres le saluèrent fils de Jupiter et lui assurèrent qu’il serait invincible jusqu’au moment où il viendrait prendre sa place parmi les dieux; et, à une question de ceux qui l’accompagnaient, l’oracle répondit qu’il serait agréable à Jupiter qu’ils rendissent les honneurs divins à leur roi. Peut-être est-ce à cela, et aussi à ce qu’il avait pu remarquer du culte grandiose dont les Égyptiens, plus que pas un autre peuple, entouraient les restes de leurs rois, qu’Alexandre voulut reposer dans le temple d’Ammon. Ptolémée Philadelphe, en conséquence de ses dernières volontés, fit transporter son corps à Memphis, d’où Ptolémée Soter le transféra à Alexandrie où il fut placé dans un cercueil d’or. Ce cercueil ayant été volé, fut remplacé par un cercueil de verre; c’est là que le virent Jules César, puis Auguste qui lui mit une couronne d’or sur la tête et le couvrit de fleurs. L’empereur Septime Sevère défendit qu’on le montrât, et depuis on ne sait ce qu’il est devenu; S. Jean Chrysostome, à la fin du IVe siècle, en parle comme ignoré de tout le monde, autrement dit comme n’existant plus.

28, Ville.—Plutarque, Pompée, 7.—En 66, alors qu’il se rendait en Asie, pour y continuer la guerre contre Mithridate. Pompée, qui n’avait alors que vingt-neuf ans, avait déjà reçu le surnom de Grand que lui avait décerné Sylla; il avait guerroyé en Italie, dans les Gaules, en Sicile, en Espagne contre Sertorius, contre les pirates, toujours avec un égal succès, et entre temps avait obtenu le consulat.

704,

6, Extrauagance.—Cette phrase clôt et résume la morale de Montaigne; morale qui n’est pas sans doute assez parfaite pour des chrétiens, mais qu’il serait à souhaiter voir servir de guide à tous ceux qui n’ont pas le bonheur de l’être. Elle formera toujours un bon citoyen et un honnête homme. Elle n’est pas fondée sur l’abnégation, mais elle a pour premier principe la bienveillance envers les autres, sans distinction de pays, de mœurs, de croyances religieuses. Elle nous instruit à aimer le gouvernement sous lequel nous vivons, à respecter les lois auxquelles nous sommes soumis, sans mépriser le gouvernement et les lois des autres nations, nous avertissant de ne pas croire que nous ayons seuls le dépôt de la justice et de la vérité. Elle n’est pas héroïque, mais elle n’a rien de faible; souvent même elle agrandit, elle transporte notre âme par la peinture des fortes vertus de l’antiquité, par le mépris des choses mortelles et l’enthousiasme des grandes vérités; mais bientôt, elle nous ramène à la simplicité de la vie commune, nous y fixe par un nouvel attrait et semble ne nous avoir élevés si haut dans ses théories sublimes, que pour nous réduire avec plus d’avantage à la facile pratique des devoirs habituels et des vertus ordinaires. Villemain.

7, Tendrement.—Plus doucement, plus délicatement, comme porte l’édition de 1588.

10, Latoe.—Apollon, fils de Latone.

11, Mente.—Juvénal résume de même ce que l’homme vraiment sage demande au ciel: La santé de l’âme unie à celle du corps. Orandum est ut sit mens sana in corpore sano.

12, Carentem.—Horace, Od., I, 31, 17.—Il est impossible de n’être pas frappé de l’espèce de contradiction que présentent la fin tant soit peu épicurienne (dans le bon sens du mot) des Essais et la mort si dévotieuse de leur auteur (V. supra, fasc. A, [p. XI]).—On peut dire que le souhait emprunté à Horace par lequel Montaigne termine son livre, est le dernier soupir du lettré; c’est le reflet mourant de l’enthousiasme de l’antiquité, c’est la fin de la vie écrite. Dans la vie vécue, au contraire, le Montaigne de l’apologie de Sebond reparaît, et, au point de vue religieux, il est peu de morts plus démonstratives que celle-là. Dr Payen.—Fidèle à ses principes, il finit comme Socrate «en se conformant aux façons et formes reçues autour de lui»; sa dernière pensée fut un dernier hommage à la religion de ses pères. Abbé Jay.—Et de fait, à tous points de vue, on peut dans l’ensemble lui faire application de ce vers de La Fontaine:

«Rien ne trouble sa fin, c’est le soir d’un beau jour.»


FASCICULE G


GLOSSAIRE
ET
NOTE SUR LA LANGUE DE MONTAIGNE