PREMIER VOLUME.
Titre. Essais.—Ce titre, donné par Montaigne à son ouvrage, semble de prime abord assez singulier. La signification en est controversée. Généralement on l’explique en disant qu’en écrivant son livre, l’auteur s’essayait à écrire et l’on s’est appuyé à cet effet sur ce que lui-même dit, en parlant du Discours de la Boétie sur la Servitude volontaire: «Il l’écriuit par maniere d’essay en sa première ieunesse (I, 298)».—Il y a plutôt lieu d’en rechercher l’explication dans ce membre de phrase du dernier chapitre de son premier livre: «Toute cette fricassée que ie barbouille icy, n’est qu’vn registre des essais de ma vie (III, 626)», d’après quoi son ouvrage serait l’exposé des essais, c’est-à-dire des conceptions morales et physiques, autrement dit des idées qu’il s’était faites au cours de sa vie, sur les hommes et les choses.
Montaigne.—On a beaucoup discuté sur la prononciation du nom de Montaigne: les uns opinant pour dire «Montègne», comme il se dit actuellement le plus ordinairement; les autres pour dire «Montagne», comme il se dit couramment dans le Périgord et le Bordelais.—Les premiers invoquent Catherine de Médicis dont on a un autographe où il est écrit «Montegne», comme vraisemblablement on a pu dire à la cour; les autres se réclament notamment de Voltaire, qui a écrit «Montagne», ce qui indique que le débat remonte loin.
Il est hors de doute que le premier mode a aujourd’hui tendance à prévaloir, mais le second se justifie par les considérations ci-après: Le village origine de ce nom était ainsi appelé en raison de son site élevé (élévation très relative du reste), et il se nommait et se nomme encore «Montagne», alors qu’on écrivait «Montaigne», comme on prononçait ménage, dommage, image, sauvage, campagne, Espagne, Allemagne, gagner, tout en écrivant menaige, domaige, ymaige, sauluaige, campaigne, Espaigne, Allemaigne, gaigner; comme on écrit encore Saint-Aignan, Cavaignac, bien que l’on prononce Saint-Agnan, Cavagnac.
Dans une lettre parvenue jusqu’à nous, adressée en 1585 par Henri IV au maréchal de Matignon, le nom de Montaigne, qui s’y trouve deux fois, est écrit une première fois «Montaigne» et la seconde «Montagne».—Scaliger, avec lequel il était en assez mauvaises relations, a écrit un article assez malintentionné à son endroit qu’il a intitulé: «Monsieur de Montagne». Cette prononciation ressort encore de cette recommandation typographique que lui-même avait rédigée en vue de la réédition des Essais: Écrire campaigne espaigne gascouigne etc. mettez un (i) devant le (g) come a montaigne non pas sans (i) campagne espagne (V. Note sur la langue de Montaigne, [fasc. G]); et aussi de la teneur du diplôme de bourgeoisie romaine qui lui a été délivré (III, 480) où il est désigné sous le nom de Montanus, traduction littérale de Montagnard, dont Montaigne n’est qu’une forme dérivée. Enfin nombre d’auteurs du XVIIe siècle, Bayle entre autres, l’écrivent exclusivement de cette dernière façon; V. N. II, 136, [D’elle].—Une anecdote à ce propos: Pendant la Terreur, dit-on, un administrateur des prisons, en tournée, voyant un détenu lisant un livre, l’interpella: «Que lis-tu là?.—«Montaigne,» répondit celui-ci en prononçant à la Bordelaise.—«Montagne! bravo,» s’écria son interlocuteur qui, peu lettré, s’imaginait qu’il s’agissait d’une œuvre de propagande ou d’une apologie du parti révolutionnaire de ce nom alors au pouvoir et omnipotent. Dr Payen.
14,
Dans l’édition originale de 1595, le texte est précédé d’une longue préface, de style diffus et ampoulé, de Mademoiselle de Gournay; nous l’avons supprimée comme n’émanant pas de Montaigne. Dans l’édition qui suivit, portant la date de 1598, son auteur la remplaçait par une autre de quelques lignes, s’excusant de la première par l’état d’âme où il s’était trouvé, en se voyant en possession et chargé de la réédition de cet ouvrage qui l’avait si fort séduit. Toutefois, en 1635, à quarante ans d’intervalle, Mademoiselle de Gournay rééditait cette préface, mais remaniée. Les défauts dont on lui avait fait reproche ont alors disparu; comme auparavant elle y discute et réfute, mais cette fois avec assez de bonheur, les critiques principales dont déjà, dès leur apparition, les Essais avaient été l’objet.—Cette édition originale de 1595, imprimée à Paris, par Abel L’Angelier, a été éditée par lui et simultanément par Michel Sonnius également à Paris; l’impression est unique, sauf la partie inférieure du frontispice où chacun a apposé sa marque et son nom.
Av Lectevr.—Cette même édition originale, sauf quelques exemplaires tirés en dernier lieu, ne porte pas cet avis qui existe dans toutes les éditions qui l’ont précédée. Cette particularité proviendrait de ce que la copie en aurait été égarée au moment de l’impression, qu’on ne s’en serait aperçu que lorsque le tirage était presque terminé, et qu’à ce moment il y a été pourvu à la hâte. Dr Payen.—Celui donné ici est tel que le porte l’exemplaire de Bordeaux, avec les corrections que l’auteur y a apportées de sa main.
1, Liure.—A l’origine l’u et le v se confondaient dans l’imprimerie, probablement par suite des inscriptions lapidaires où cette confusion se retrouve. Au XVIe siècle, dans les lettres majuscules, on ne faisait usage que du v; dans les minuscules, le v s’employait toujours au commencement des mots, tandis que dans le corps il était fait exclusivement emploi de l’u; c’est Voltaire qui, finalement, dans son dictionnaire, établit la distinction actuellement existante entre ces deux lettres, le v consonne, et l’u voyelle.—L’i et le j s’employaient pareillement l’un pour l’autre; toutefois le j ne se rencontre guère que dans le cas, assez rare, de deux ou plusieurs i minuscules consécutifs, le dernier est alors figuré par un j: Dij, viij.
10, Fusse.—Les éd. ant. port.: paré de beautez empruntées ou me fusse tendu et bandé en ma meilleure démarche, au lieu de: «mieus... estudiée».
13, Vif.—Add. des éd. ant.: mes imperfections.
20, Vins.—Déjà au temps de Montaigne, on disait quatre-vingts au lieu d’octante; et aussi soixante-dix et quatre-vingt-dix pour septante et nonante qui, encore d’usage courant en Belgique, ne se disent plus guère en France que dans quelques localités du midi; la disparition de ces expressions est aussi regrettable qu’illogique.—L’édition de 1588 est datée 12 juin 1588; l’exemplaire de Bordeaux, premier mars mille cinq cens quattre vins, écrit de la main de Montaigne; c’est cette même date, mais avec le millésime en chiffres arabes, que portent les éditions de 1580, 82 et 87.
PREMIER LIVRE
CHAPITRE I.
16,
6, Galles.—Connu sous le nom de «Prince Noir», de la couleur de l’armure qu’il portait; le même qui gagna la bataille de Poitiers (1356) où il fit prisonnier le roi Jean le Bon. Son père, Edouard III, roi d’Angleterre, avait érigé pour lui la Guyenne en principauté (1363); il fixa sa résidence à Bordeaux où il tint une cour vraiment royale et y demeura jusqu’à sa mort, y laissant la mémoire de grands exploits, de grandes vertus et d’une vie sans tache.
17, Ville.—En 1370, lors de la guerre de Cent Ans. Les trois gentilshommes en question étaient Messires de Villemur, de la Roche et de Beaufort, capitaines de la cité: «Nous sommes morts, se dirent-ils, si nous ne nous défendons et vendons chèrement notre vie, ainsi que tout chevalier doit faire. Et ainsi firent; le prince, de son char, les vit et y applaudit fort.» Froissart, I.—Limoges, pillée et brûlée, fut presque complètement détruite.
18, Scanderberch.—Autrement dit Alexandre bey; c’était le surnom de Georges Castriot, roi d’Albanie (anc. Épire), qui reconquit son royaume dont son père avait été dépouillé par les Turcs, desquels il devint la terreur. Les Albanais le chantent encore dans leurs chants nationaux.
18,
Assiegé.—En 1140, dans Weinsberg, ville de la haute Bavière. Calvitius, Opus chronologicum.—V. N. III, 560, [Gibelin].
12, Lascheté.—Singulière propension.
15, Stoiques.—Secte de philosophie dont les adeptes se distinguaient particulièrement par leur fermeté d’âme et l’austérité de leur morale; ils estimaient la vertu comme le souverain bien, niaient que la douleur fût un mal, croyaient à la Providence et insistaient sur les causes, comme étant plus à considérer que les effets. Les Stoïciens les plus célèbres après Zénon, furent: chez les Grecs, Chrysippe et Epictète; chez les Romains, Caton d’Utique, Sénèque et l’empereur Marc-Aurèle; chez les modernes, Juste-Lipse.
22, Enfans.—Par contre, La Fontaine dit de l’enfance: «Cet âge est sans pitié»; et au chapitre XXII de ce même livre (I, 158), Montaigne semble avoir changé d’avis.
25, Vertu.—Sous-entendu: «il peut se dire», comme on lit quelques lignes plus haut.
31, Peine.—Avec beaucoup de peine.
36, Arrogante.—Scipion Émilien, accusé de concussion, agit à peu près de même et avec autant de succès, V. I, 660 et N. [Pieces].
36, Balotes.—Petites balles ou bulletins employés pour aller aux voix dans les jugements ou les élections.
38, Personnage.—Plutarque, Comment on peut se louer soi-même.—Épaminondas avait prolongé de quatre mois son commandement pour avoir le temps de réduire les Spartiates, ses ennemis, à l’impuissance et de relever de ses ruines et repeupler Messène, leur ennemie séculaire. Il termina son plaidoyer, en cette circonstance, en demandant qu’on inscrivît sur sa tombe qu’il avait été condamné pour avoir contraint, malgré eux, les Thébains à prendre leur revanche des Lacédémoniens qui les avaient pillés et brûlés cinq cents ans auparavant, rebâti Messène deux cent trente ans après sa destruction par ces mêmes Lacédémoniens, remis les peuples de l’Arcadie en confédération et restitué aux Grecs leur liberté.
20,
4, Vengeance.—Le siège de Reggium (368) avait été motivé par une demande que Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, avait adressée pour obtenir en mariage une fille de cette cité, demande à laquelle il fut répondu qu’on n’avait à lui donner que la fille du bourreau; le siège dura onze mois, la famine seule eut raison de la résistance des habitants. Diodore de Sicile, XIV, 29.
22, Homme.—Cette idée si juste et les termes employés à la rendre si heureux sont passés à l’état d’aphorisme que l’on entend dire sans cesse. Charron s’en est emparé comme de tant d’autres de Montaigne; le chapitre I du premier livre de son ouvrage sur la Sagesse commence ainsi: «L’homme est un sujet merveilleusement divers et ondoyant, et sur lequel il est très malaisé d’y avoir un jugement assuré.»—«L’inconstance des hommes est si variée dans ses effets, qu’on peut essayer de la peindre, même après Pascal» (Chateaubriand).—Ondoyant et divers est du reste une expression qu’affectionne Montaigne, on la retrouve à diverses reprises dans les Essais, I, 300: II, 70.
22, Vniforme.—Pensée à rapprocher du ch. I du liv. II, où Montaigne traite de l’inconstance de nos actions.
27, Peine.—En 79. Les Mamertins étaient les descendants des mercenaires employés, lors de leurs guerres, par les Syracusains et les Carthaginois. Ramassis de gens sans aveu et de tous les pays, ils s’étaient établis par les armes aux environs de Messine, en Sicile, dont ils avaient fait leur place d’armes, prenant pour nom celui de leur dieu Mamers ou Mars confirmant par là leur résolution de faire la guerre pour la guerre, et, de fait, ne vivant que de brigandage.—Lors de la guerre civile entre Marius et Sylla, ils avaient embrassé le parti du premier à l’instigation de l’un de leurs orateurs (que Plutarque nomme Stenon dans l’Instruction pour ceux qui manient affaires d’état, Stennius dans les Apophthegmes, Stenis dans la Vie de Pompée), ce qui avait attiré sur eux Pompée, lieutenant du second. S’étant tout d’abord réclamés de leur privilège, ils s’étaient attiré cette réponse: «Que parlez-vous de lois à qui porte l’épée?»—Lors de la reddition de Calais aux Anglais, en 1347, Eustache de S.-Pierre a renouvelé l’acte de dévouement de Sténon à l’égard de ses concitoyens.
27, Peruse.—En 82. Le jeune Marius, battu, s’était réfugié à Preneste (et non Pérouse), dans le Latium, contrée d’Italie avoisinant Rome. La ville, assiégée par les troupes de Sylla, dut capituler. Cethegus, lieutenant de Sylla, avait promis la vie sauve à la population; mais le dictateur, s’y étant rendu en personne, fit d’abord juger et exécuter chacun des habitants en particulier; puis trouvant que ces formalités lui prenaient trop de temps, il les fit tous rassembler en un même lieu au nombre de 12.000, et égorger en sa présence. Il ne voulut faire grâce de la vie qu’à son hôte, mais celui-ci lui dit qu’il ne voulait pas devoir son salut au bourreau de sa patrie, et, se jetant au milieu de ses compatriotes, il se fit tuer avec eux. Plutarque, Instruction pour ceux qui manient affaires d’état.
22,
8, Talons.—«Et qu’on y trauersast vne corde». Add. de 1558.
15, Opposition.—En 332. Outre que la résistance prolongée de Gaza avait contrarié les projets d’Alexandre en retardant son entrée en Égypte, ce siège avait coûté beaucoup de sang aux Macédoniens, lui-même y avait été blessé. De là son ressentiment contre Bétis qui avait été l’âme de la défense, à quoi il faut ajouter, dit Quinte-Curce, IV, 6, qu’en cela il se glorifiait d’imiter en quelque sorte dans sa vengeance Achille, l’auteur de sa race, traînant le cadavre d’Hector ainsi attaché derrière son char.
29, Esclaues.—En 335. Les Thébains avaient pris occasion de donner le signal du soulèvement de la Grèce asservie par Philippe de Macédoine, alors qu’Alexandre son successeur combattait les Barbares sur l’Ister (Danube). Revenant en hâte, et ses offres de conciliation ayant été repoussées, le nouveau roi assiège Thèbes, s’en empare après une défense acharnée qui coûte 6.000 h. à ses adversaires, et la fait raser. A l’exception des prêtres, de ses partisans et des descendants de Pindare dont il avait respecté la maison, tout le reste fut vendu comme esclaves. Sa colère passée, Alexandre fit bon accueil à tous les Thébains échappés au désastre, qui s’adressèrent à lui; et, par la suite, il marqua à diverses reprises son regret de s’être montré si dur en cette circonstance. Il attribua le meurtre de Clitus, le refus de son armée de le suivre au delà de l’Indus, à la rancune de Bacchus, dieu tutélaire de Thèbes. Diodore de Sicile, XVII, 4.
CHAPITRE II.
24,
2, Malignité.—Tristezzia, en italien, signifie malignité, méchanceté; et tristitia, tristesse, ennui.
6, Perse.—En 525; Hérodote, III, 14.
12, Domestiques.—Ne signifie pas ici serviteur, mais ami de la maison, familier, sens que ce mot avait en latin et au temps de Montaigne, et qu’il a conservé longtemps encore après. Hérodote dit que cet homme était un vieillard qui mangeait ordinairement à la table du roi (Le Clerc).
14, Nostres.—Un prince des nôtres, c’est-à-dire un prince français, mais n’appartenant ni à la maison royale de France, ni à celle des Bourbons.—Il est question ici du cardinal Charles de Lorraine qui, en 1563, était au concile de Trente (Tyrol), lorsqu’il apprit l’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré et la mort, à la suite de la bataille de Dreux, d’un autre frère bâtard, abbé de Cluny.
31, Exprimer.—Cette disposition d’esprit si contradictoire existe en moi et probablement chez beaucoup d’autres: Toute histoire touchante que je lis, tout drame que je vois représenter au théâtre, me font venir les larmes aux yeux, tandis que les faits analogues de la vie réelle dont je suis témoin, si tragiques soient-ils et lors même que j’y suis directement intéressé, me laissent impassible. La nouvelle de la mort de mon fils aîné, survenue au Tonkin et apprise par la voie des journaux, ne m’a causé sur le moment nulle émotion apparente, tandis que depuis, et aujourd’hui encore, après bien des années, ma pensée ne se reporte jamais sur lui sans un attendrissement manifeste. G. M.—A la suite de cette réponse de Psamménite, Cambyse donna ordre de délivrer son fils et sa fille; mais déjà le premier, conduit au supplice un mors dans la bouche, ce qui était un signe de servage, n’était plus, et lui-même, il le traita avec bonté. Dans la suite, Psamménite ayant incité les Égyptiens à la révolte, fut condamné à boire du sang de taureau, ce dont il mourut sur-le-champ. Hérodote, III, 14.
37, Dueil.—Lors de la guerre de Troie (XIVe siècle), des vents contraires persistants empêchant la flotte des Grecs de mettre à la voile, les devins déclarèrent que c’était du fait de Diane irritée contre Agamemnon leur chef et que la déesse ne pouvait être apaisée que par le sang d’une princesse de la famille royale. Après avoir longtemps lutté, Agamemnon, cédant aux sollicitations de ses alliés, consentit au sacrifice d’Iphigénie sa fille. Diane satisfaite substitua à la victime une biche qui lui fut immolée et transporta la princesse en Tauride où elle en fit une prêtresse de son culte.—Le peintre qui peignit cette scène, Timanthe (IVe siècle), donnait au grand prêtre Calchas, qui avait réclamé le sacrifice, l’air abattu; il représentait Ulysse consterné, Ajax frémissant de rage d’une telle cruauté, Ménélas poussant des cris lamentables, un aruspice, des amis, un frère en pleurs, et Agamemnon, le père de la victime, la tête couverte d’un voile, laissant, a-t-on dit, à la sensibilité du spectateur à juger de sa douleur; peut-être aussi n’était-il affublé de ce voile qu’en suite du rite en pareille circonstance, ainsi que cela se voit dans certaines cérémonies de l’Église catholique, lors des relevailles par exemple. Cicéron, Orat., 22; Valère Maxime, VIII, 11.—Plutarque raconte un fait identique au sacrifice d’Iphigénie: le consul romain Métellus, devant passer en Sicile avec son armée, avait sacrifié aux Dieux, mais en omettant Vesta. Celle-ci pour se venger fit également souffler des vents contraires qui mettaient obstacle au départ. Pour l’apaiser, Métellus, sur le conseil des devins, consentit également à lui sacrifier sa fille et Vesta, comme Diane prise de compassion, substitua une génisse à la victime qu’elle transporta à Lavinium et attacha à ses autels.—Ce passage des Essais est peut-être ce qui a inspiré à Robert Fleury de représenter, dans son tableau de la mort de Montaigne, sa veuve la figure masquée par un mouchoir qu’elle tient à la main.
40, Rocher.—Niobé, glorieuse de ses sept garçons et de ses sept filles, en vint à mépriser Latone qui n’avait d’enfants qu’Apollon et Diane. La déesse offensée leur remit le soin de la venger; ils firent périr sous leurs flèches tous ceux de Niobé, tandis que la mère elle-même était changée en rocher. Mythologie.
41, Malis.—Le texte d’Ovide porte: Diriguitque malis.
26,
9, Mena.—Mena, dans cette acception, est purement latin; on dit dans cette langue ducere bellum, faire la guerre. Naigeon.
10, Hongrie.—En 1560, à propos de la couronne de Hongrie que Ferdinand I, empereur d’Allemagne, disputa d’abord à Jean I Zapoly, puis à son fils Jean II, dont les droits étaient défendus par sa mère Isabelle, conflit qui se termina par le mariage de Jean II avec la fille de Ferdinand.
31, Nocte.—Ces vers de Catulle sont une imitation d’une Ode de Sappho, que Boileau a traduite. Delille a fait quelques changements à cette traduction, pour se rapprocher davantage de la forme de l’ode sapphique:
«De veine en veine, une subtile flamme
Court dans mon sein, sitôt que je te vois;
Et, dans le trouble où s’égare mon âme,
Je demeure sans voix.
Je n’entends plus, un voile est sur ma vue;
Je rêve, et tombe en de douces langueurs;
Et, sans haleine, interdite, éperdue,
Je tremble, je me meurs!»
39, Iouïssance.—Add. de 1588: accident qui ne m’est pas incogneu.
28,
1, Routte.—Déroute, de l’italien rotta qui a même signification.
1, Cannes.—Le fait est affirmé par Pline, VII, 54.—Tite-Live en raconte un semblable arrivé après la bataille de Trasimène, perdue l’année précédente (217) également par les Romains contre Annibal.
1, Sophocles.—Sophocle serait mort de joie, disent les uns, en apprenant le succès d’une de ses pièces; selon d’autres, en avalant un grain de raisin, comme il arriva à Anacréon. On attribue à Sophocle, mort à 90 ans environ, 120 à 130 pièces de théâtre; vingt fois, il avait remporté la palme de la tragédie.—Chilon serait également mort de joie, en embrassant son fils couronné aux Jeux Olympiques.
2, Tyran.—Pline (VII, 54) dit que ce fut la joie d’avoir remporté le prix de tragédie qui causa la mort de Denys; Diodore de Sicile, que ce furent les excès de table auxquels il se livra en suite de la satisfaction qu’il en éprouva.—Cette épithète de «tyran» n’impliquait pas, dans l’antiquité comme de nos jours, une idée de cruauté; chez les Grecs, comme chez les Romains, elle désignait un souverain de pouvoir absolu et le plus souvent usurpé.
4, Decernez.—En Corse, en 163, Thalva, ou mieux Thalna, offrait un sacrifice quand il reçut le décret du Sénat qui lui accordait les honneurs du triomphe; il l’ouvrit, le lut et tomba expirant de l’autel. Valère Maxime, IX, 12.—Pour obtenir les honneurs du triomphe, il fallait avoir vaincu dans une bataille où cinq mille ennemis au moins avaient été tués, ce qui amenait souvent à continuer le carnage, lors même que déjà on était victorieux.
7, Mourut.—En 1521; Léon X venait d’apprendre coup sur coup la reprise de Milan, de Plaisance et, le jour même de sa mort, celle de Parme sur les Français qu’il abhorrait. Sa fin inopinée donna lieu à des soupçons d’empoisonnement que discrètement on s’abstint d’élucider. Guicciardin, Hist. d’Italie, XIV.—Martin du Bellay (l. II) dit assez plaisamment à cette occasion: «Le pape Léon X fut bien aise de mourir de joie.»
11, Faict.—Diodore mourut de honte de n’avoir pu répondre sur le moment même à des raisonnements captieux que lui proposait Stilpon. Pline, VII, 53.
CHAPITRE III.
14, Beant.—Béer, verbe qui avait le sens du mot latin inhiare; n’est plus aujourd’hui usité qu’aux participes: bouche bée, bouche béante.
26, Plus.—«Le présent n’est jamais notre but; le seul avenir est notre objet; ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre.» Pascal.—«La nature nous rendant malheureux en tous états, nos désirs nous figurent un état heureux; et, quand nous arriverions à les satisfaire, nous n’en serions pas plus heureux pour cela, parce que nous en aurions d’autres conformes à notre nouvel état.» La Bruyère.—«La vie... se passe toute à désirer; l’on remet à l’avenir son repos et ses joies... Ce temps arrive qui nous surprend dans les désirs...; on en est là quand la fièvre nous saisit et nous éteint; si on eût guéri, ce n’eût été que pour désirer plus longtemps.» La Bruyère.
27, Anxius.
«..... Tant de prudence entraîne trop de soin,
Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.» Racine, Andromaque.
... «La prévoyance! La prévoyance qui nous porte sans cesse au delà de nous, souvent nous place où nous n’arriverions point; voilà la véritable source de toutes nos misères.» J.-J. Rousseau, Émile.
28, Congnoy.—«Un beau mot, dit Platon dans Timée, court depuis longtemps dans le monde, c’est que seul le sage s’attache uniquement à ses propres affaires et arrive à se connaître lui-même.»—Cette même idée se retrouve dans ces sentences si souvent reproduites: Γνωθὶ σεαυτόν et Nosce te ipsum (Connais-toi toi-même).
30,
4, L’aduenir.—Épicure enseignait que le plaisir est le souverain bien de l’homme et que tous ses efforts doivent tendre à l’obtenir; mais il faisait consister le plaisir dans la culture de l’esprit et la pratique de la vertu. Après lui, ses disciples dénaturèrent sa doctrine en l’étendant aux plaisirs des sens, que ses adversaires ont alors présentés comme étant son unique but, ce qu’avec eux la postérité a trop facilement admis. Il expliquait tout par le concours fortuit des atomes, rejetait l’immortalité de l’âme, admettait des dieux, êtres d’une nature supérieure à l’homme, mais leur refusait toute action sur le monde et niait la Providence, prétendant détruire ainsi, par la racine, toute superstition.
6, Mort.—Il en était ainsi dans l’Égypte ancienne à l’égard des rois et même des simples particuliers. Tout le monde avait le droit d’accusation, et, si le fait incriminé était prouvé, il entraînait la privation de sépulture légale, c’est-à-dire en rapport avec le rang que le mort avait occupé et dans le lieu que ce rang lui assignait. Diodore de Sicile, I, 6.—«Il est étonnant et regrettable, lit-on dans l’Encyclopédie du XVIIIe siècle, que ceux qui ont imaginé le dogme de l’immortalité de l’âme, ne s’en soient pas servis pour, en même temps, persuader aux hommes qu’ils entendront dans l’autre monde les jugements divers qu’on portera sur eux lorsqu’ils ne seront plus.» Dans ces jugements il ne faut probablement pas comprendre ces panégyriques d’usage, toujours exagérés, quand ils ne sont pas complètement mensongers, prononcés aujourd’hui sur nos tombes.
«Quand un roi fainéant, la vergogne des princes,
Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces,
Entre les voluptés indignement s’endort,
Quoique l’on dissimule, on n’en fait point d’estime.
Et si la vérité se peut dire sans crime,
C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.» Malherbe.
On ne saurait dire toutefois que, même de nos jours, la mémoire des Chefs d’État qui, abusant de leur irresponsabilité constitutionnelle, laissent tout faire, échappe à toute sanction. La simple énonciation d’une quelconque de ces mentions, suivant le cas: «Panama, Fachoda, Algésiras, Grèves universelles, Expulsion des congrégations, Suppression de l’enseignement religieux, Confiscation des biens de l’Église, Accroissement des monopoles, Déficit,etc...», au revers d’une médaille à leur effigie, en dira plus à la postérité que toutes les polémiques de l’époque.
7, Loix.—Comparaison tirée des corporations de métiers: le maître et le compagnon.
9, Successeurs.—A Venise, après la mort d’un doge, on nommait trois inquisiteurs chargés de recevoir les plaintes de ceux auxquels il avait pu faire quelque dommage pécuniaire; ses héritiers en devaient réparation, quelquefois même avec amende.—Il devrait bien en être actuellement ainsi en France, non seulement à l’égard des Chefs de l’État, mais de tout ministre, et cette instruction s’ouvrir dès qu’ils sortiraient de charge et s’étendre sans que jamais il y ait prescription à tous les dénis de justice, quels qu’ils soient, commis aussi bien par action que par omission, c’est-à-dire qu’ils aient commis soit par abus d’autorité, faiblesse, compromis politique et même par ignorance, ou laissés s’accomplir quand leur devoir eût été de s’y opposer; on évincerait peut-être de la sorte de ces fonctions, pour le plus grand bien de la chose publique, nombre de gens sans caractère ou incapables que nous voyons journellement briguer ou accepter ces mandats.
13, Leur.—Au ch. XLII de ce même livre (I, 492), Montaigne reprend cette même idée: «... le méchant, le bon roy... autant en a l’vn que l’autre».
14, Roys.—A moins qu’ils ne commandent le crime, comme fit, en 1572, le vicomte d’Orthez refusant de se prêter, à Bayonne, aux massacres de la Saint-Barthélemy: «Sire, répondit-il à Charles IX, j’ai communiqué le commandement de V. M. à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison; je n’y ai trouvé que bons citoyens et fermes soldats, mais pas un bourreau. C’est pourquoi eux et moi vous supplions de ne vouloir employer nos bras et nos vies qu’en choses possibles, quelque hasardeuses qu’elles soient.»—D’autres encore se refusèrent à l’exécution des ordres relatifs à ces massacres: parmi lesquels Éléonor de Chabot, gouverneur de la Bourgogne; le marquis de la Guiche, à Macon; le duc de Longueville, en Picardie; Matignon, en Normandie; Saint-Héran, en Auvergne.—Le nombre des victimes fut, dans les principales localités: à Paris, 2.500 à 3.000; à Orléans, 500; à Meaux, 200; à Lyon, 7 à 800.
28, Tesmoignages.—Tite-Live, XXXV, 48.
32, Mal.—Le premier était le tribun militaire Subrius Flavius, le même dont il est question II, 145, le second le centurion Sulpitius Afer, tous deux inculpés dans la conspiration de Pison (65). Tacite, Ann., XV, 67 et 68.
32,
1, Police.—Est employé ici et à maintes reprises dans les Essais avec sa signification grecque: πόλις ville, et πολιτεία, république.
6, Leurs.—Hérodote, VI, 68.
8, Dernier.—Hérodote, VI, 68.—Postrème et dernier sont synonymes; le premier vient du latin postremus et en a retenu le sens.
8, Aristote.—Aristote fut le génie le plus vaste de l’antiquité (IVe siècle). Il a embrassé toutes les sciences connues de son temps et en a même créé plusieurs. Pendant un grand nombre de siècles, ses écrits posèrent la borne du savoir humain et jouirent d’une autorité absolue; au moyen âge, notamment, il fut l’oracle des philosophes et des théologiens scolastiques. Il est l’auteur d’un grand nombre de traités, dont les progrès de la science moderne ont démontré la valeur; les principaux portent sur la Logique, la Rhétorique, la Politique, l’Histoire des animaux, la Physique, le Ciel, la génération, le Monde, la Métaphysique. En philosophie, il donne comme base à la science tout à la fois l’expérience et la raison; il démontre l’existence de Dieu qu’il présente comme le centre auquel tout aspire; dans l’art, il ramène le beau à l’imitation de la nature; en morale, il fait consister la vertu dans l’équilibre entre les passions, gardant un juste milieu prévenant tout excès; en politique, il assigne l’utilité comme but à la société. V. N. II, 202: [Sienne].
10, Heureux.—Hérodote, I, 32; Aristote, Morale à Nicomaque, I, 10.
21, Vindicat.—Montaigne a fait quelque changement au texte latin.
23, Auuergne.—Brantôme, Mémoires, II.—En 1380; sa mort fut cachée aux assiégés qui ne la connurent que le lendemain quand ils vinrent se rendre; celui qui les en avait sommés en son nom, ayant eu la présence d’esprit de leur déclarer que s’ils ne se décidaient, il était résolu à ne plus avoir de communication avec eux.—Duguesclin, attaché au parti de Charles de Blois qui revendiquait le duché de Bretagne; à la mort de celui-ci, il se mit au service de Charles V qui le soutenait. Vainqueur du roi de Navarre à Cocherel (1364), il fut cette même année battu et fait prisonnier à Auray. Rendu à la liberté, il délivre la France des grandes compagnies en les conduisant en Espagne où il est battu et fait à nouveau prisonnier (1367). Il se rachète une seconde fois, et, rentré en France, il se remet à guerroyer, cette fois avec plein succès, contre les Anglais qu’il avait toujours eus en face de lui, à Auray comme en Espagne; il les chasse de la Normandie et du Poitou et meurt au siège de Château-Rendon (1380). Ce fut un des plus grands hommes de guerre de France; il avait été fait connétable en 1370 et fut enterré à Saint-Denis.
33, Craindre.—En 1515. Brantôme, II; Guicciardin, XII.
38, Corinthiens.—En 425, durant la guerre du Péloponnèse. La discussion qui s’éleva à ce propos entre Nicias et ses adversaires portait sur ce que les corps de deux des siens avaient échappé aux recherches de ceux qui, après le combat, avaient été chargés de les enlever, et avaient dû leur être réclamés; cela ne changeait du reste rien au résultat, seule la réputation du général athénien eut à en souffrir. Plutarque, Nicias, 2.
39, Bœotiens.—En 394. Le lendemain de la bataille de Coronée qui avait été indécise, les Thébains demandèrent une trêve pour relever et ensevelir leurs morts; Agésilas la leur accorda, considérant cette demande comme une confirmation de sa victoire. Plutarque, Agésilas, 6.
41, Soing.—Les éd. ant. aj.: que nous auons.
34,
6, Mourant.—En 1307. André du Chesne, Hist. d’Angleterre, XIV.
12, Zischa.—Ou mieux Ziska; héros national de la Bohême, avait perdu l’un après l’autre les deux yeux dans différents combats.
13, Wiclef.—Un des précurseurs de la Réforme; niait la transsubstantiation, repoussait la confession, la primauté du Pape et la hiérarchie ecclésiastique. Jean Huss, en Bohême, adoptant ses idées, fit des prosélytes qui engendrèrent une guerre civile de 1174 à 1434.
26, Corps.—En 1524, au combat de Romagnano (Italie), où, franchissant la Sesia, il était demeuré le dernier pour couvrir la retraite.—Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, réunissait en lui les vertus qu’on admire séparément dans plusieurs hommes de l’antiquité. Il s’illustra dans les guerres de Charles VII, Louis XII et François Ier; ce dernier, pour lui témoigner sa haute estime, voulut être armé chevalier de sa main, sur le champ de bataille de Marignan.—Les détails rapportés par Montaigne sont tirés des Mémoires de du Bellay, II.
34, Présent.—Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint, né lui-même de Philippe le Beau, fils de Maximilien.
38, Percée.—Cette critique n’a pas empêché cette façon de faire de se continuer chez certains grands seigneurs, dont les plus titrés, parmi ceux en agissant ainsi, furent le duc de Vendôme sous Louis XIV et le duc d’Orléans, régent de France, sous Louis XV.
36,
5, Profession.—La profession d’homme de guerre qu’à diverses reprises, au cours de son livre, Montaigne, sans rien préciser et sans que renseigne davantage aucun document autre que son tombeau, laisse entendre comme ayant été la sienne.
7, Mort.—Ce ne furent pas les seules excentricités de ce prince, recommandable du reste sous bien des rapports. Il avait fait faire son cercueil, y avait joint le drap mortuaire et tous les objets nécessaires à ses funérailles, le tout disposé dans un coffre dont il avait la clef et que, dans les dernières années de sa vie, on portait à sa suite dans tous ses voyages. A sa mort, occasionnée, comme celle de son père, pour avoir mangé immodérément du melon, il ordonna qu’on lui coupât les cheveux, qu’on lui arrachât les dents, qu’on les broyât et les réduisît en cendres, et que son corps fût enfermé dans un sac rempli de chaux vive.
13, Religion.—Cyrus, fils de Cambyse, seigneur perse, et de Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes, commanda d’abord les armées de Cyaxare, fils et successeur d’Astyage; puis, se rendant indépendant, se fit nommer roi des Perses qui depuis longtemps étaient sous la domination des Mèdes (560). Peu à peu, il agrandit son empire, défit Crésus, roi de Lydie, à la bataille de Thymbrée (548), et s’annexa ses états; s’empara de Babylone (538); hérita de la Médie, et devint ainsi le maître d’un empire qui embrassait la majeure partie de l’Asie. C’était un prince brave, énergique, qui ne demandait aux vaincus qu’obéissance et tribut, et respectait leurs institutions. On ignore quelle fut sa fin; Xénophon, dont Montaigne adopte la version, le fait mourir âgé, entouré de ses enfants; selon Hérodote, il fut tué dans une expédition contre les Massagètes, peuple de la Scythie, et son corps étant resté entre leurs mains, Thomyris leur reine, dont le fils avait péri peu auparavant, lui fit couper la tête et plonger dans une outre pleine de sang, en disant: «Monstre, abreuve-toi de ce sang dont tu as toujours été altéré» (530).—Le fait mentionné ici dans les Essais est relaté par Xénophon (Cyropédie, VIII, 7).
14, Grand.—L’éd. de 88 porte «grand prince», ce que confirme la suite du récit.
20, Traicts.—C.-à-d. sur le point de rendre l’esprit.
25, Montre.—De la cérémonie, c.-à-d. la manière dont serait formé le cortège.
33, Choses.—Emilius Lepidus était grand pontife et prince du sénat depuis six ans; il prescrivit à ses fils, avant de mourir, de ne consacrer à ses obsèques qu’une somme modique, ne dépassant pas pour chacun dix pièces de bronze, de n’y produire ni son image, ni celles de ses ancêtres et de ne faire montre de luxe d’aucune sorte. Tite-Live, Epitome du liv. XLVIII.
38,
2, Mechaniques.—Diogène Laerce, V.
4, Charge.—Var. 88: «Plustost la coustume ordonner de ceste cerimonie, et sauf les choses requises au seruice de ma religion, si c’est en lieu où il soit besoing de l’enioindre, m’en remettray volontiers à la discretion des premiers à qui cette sollicitude tombera en partage», au lieu de: «purement... charge».
10, Voudrez.—Platon, vers la fin du Phédon.
31, Soin.—Ne s’occupa que du soin.
33, Rendre.—Accomplir.
37, Supplice.—En 406, à l’accusation portée contre eux, en vain ils opposèrent qu’une violente tempête étant survenue, ils avaient été empêchés de rechercher et recueillir leurs morts; ils n’en furent pas moins condamnés. Socrate se trouvant alors être du Sénat auquel il appartenait de sanctionner les arrêts du peuple, ni les clameurs les plus bruyantes, ni les menaces les plus terribles ne purent le contraindre à autoriser de son approbation cet acte de démence publique; son opposition ne put empêcher le peuple de se souiller d’un sang innocent. Ils étaient dix: six furent mis à mort; deux s’étaient exilés volontairement; un était prisonnier des Lacédémoniens; Conon, le dixième, n’avait pas été compris dans l’accusation.—En cette circonstance, comme en tant d’autres, le peuple athénien se prit peu après à avoir honte de sa conduite; celui qui avait porté l’accusation fut mis en jugement et condamné à son tour sans qu’on voulût seulement entendre sa défense; exemple bien typique de la versatilité des foules. Diodore de Sicile, XIII, 31 et 32.
40,
1, Souppe.—C.-à-d. de la même façon.
8, Superstition.—Diodore de Sicile, XV, 9.—Sous le règne de Constantin Copronyme, empereur d’Orient, une flotte de 2.600 barques qu’en 766 ce prince avait équipées contre les Bulgares, fut assaillie par un ouragan qui brisa une partie des navires et en submergea une autre; l’empereur passa quatre mois à recueillir les corps flottants sur les eaux et à leur rendre les devoirs funèbres. Lebeau.
10, Iacent.—Cyrano de Bergerac a dit dans le même sens:
«Une heure après ma mort, mon âme évanouie
Sera ce qu’elle était, une heure avant ma vie.»
18, Dit.—La manière dont Montaigne use des documents qu’il met en œuvre, se révèle tout entière dans cette restriction: Le public ou un auteur croit ou dit telle chose. Lui-même n’en est pas aussi sûr, qu’importe? il suffit que cela se prête à sa thèse pour qu’il en use, en laissant la responsabilité à celui de qui émane cette croyance ou cette assertion.
CHAPITRE IV.
26, Deult.—Fait mal, endolorit, du latin dolet qui a cette même signification.
26, Vent.—N’atteint que le vide. Image tirée d’un terme employé au jeu de paume.
42,
2, Dit.—Dans la Vie de Périclès, au commencement.
5, Vain.—Oisive.
8, Que.—Sous-entendu «plustôt», qui se trouve quelques lignes plus haut, et éviter la répétition; ces élisions sont fréquentes dans Montaigne.
22, Freres.—En 211, Publius et Cneius Scipion, l’un et l’autre à la tête d’armées romaines opérant en Espagne contre les Carthaginois, après huit années de hauts faits et de triomphes, abandonnés de leurs alliés, furent tous deux, à un mois d’intervalle, défaits et tués, et leurs troupes sérieusement compromises. Tite-Live, XXV, 37.
25, Dueil.—Cicéron, Tusc., III, 26.
28, Athos.—En 480, Xerxès fit fouetter l’Hellespont parce que la tempête avait rompu un pont de bateaux qu’il y avait fait établir, et percer le mont Athos pour donner passage à sa flotte et n’avoir pas à le doubler. Hérodote, VII, 24 et 35; Plutarque, De la colère.
30, Passant.—Sénèque, De Ira, III, 21.—Cyrus, irrité de ce qu’il avait failli périr au passage de ce fleuve, où un de ses chevaux s’était noyé, entreprit de le dessécher et à cet effet fit creuser trois cent soixante canaux par lesquels ses eaux devaient se perdre. Hérodote (I, 189) dit qu’il consacra tout un été à cette œuvre de folie et Orose qu’il y employa toutes ses troupes durant une année entière.
31, Plaisir.—C’est déplaisir qu’il y a lieu de lire, faute d’impression commise dans la première édition et qui a toujours été reproduite depuis: «Caligula, dit Sénèque (De Ira, III, 22), fit démolir une très belle maison, dans le quartier d’Hercule, parce que sa mère y avait été détenue en quelque sorte en prison.»
32, Voysins.—Probablement Alphonse XI, roi de Castille. Charles de Bovelles, Géométrie pratique.
44,
6, Mer.—En 37, lors de sa guerre contre Sextus Pompée, durant laquelle, la tempête ayant dispersé sa flotte, il fut battu près du cap Scylla (pointe S.-O. de l’Italie). Suétone, Auguste, 16.
11, Allemagne.—En l’an 9, Varus, attiré dans une embuscade par les Germains, y périt avec trois légions romaines.
14, Mesmes.—80 et 88 aj.: à belles iniures.
18, Titanienne.—C.-à-d. comme avaient fait les Titans révoltés contre les dieux.
18, Fleche.—Hérodote, IV, 94.
19, Plutarque.—Dans son traité Du Contentement ou Repos de l’esprit, 4.
CHAPITRE V.
23, Parlementer.—C’est deviser, conférer, entre deux ou plusieurs, sur quelque affaire; se dit ordinairement des pourparlers en vue de la capitulation d’une place assiégée.
30, Sénat.—Constituait à Rome le premier corps de l’État. Institué par Romulus, il comprit d’abord cent membres, dont le nombre s’éleva progressivement jusqu’à mille sous César, mais qui avant et après lui n’était que de six cents, ce qui semble avoir été le plus généralement. Les sénateurs étaient nommés à l’élection, mais le furent aussi parfois par les consuls, les censeurs ou tout autre exerçant le pouvoir suprême; ils devaient avoir une fortune de 800.000 sesterces (163.000 fr.) sous la République et de 1.200.000 (244.000 fr.) sous l’Empire; le sénateur porté le premier sur la liste était appelé Prince du Sénat.
46,
2, Bataille.—En 170. Le procédé de L. Marcius n’en fut pas moins finalement approuvé par le sénat; ses atermoiements avaient empêché Persée de profiter de l’avance considérable de ses préparatifs et firent que l’année suivante la guerre se terminait par sa ruine complète. Tite-Live, XLII, 37; il le nomme Quintus, au lieu de Lucius.
3, Medecin.—En 275. Pyrrhus, venu en Italie au secours des Tarentins, avait déjà remporté une victoire sur les Romains, quand son médecin leur offrit de les débarrasser de leur ennemi en l’empoisonnant. Le consul Fabricius dénonça au roi cette offre de trahison, et celui-ci, plein d’admiration, lui renvoya sans rançon les prisonniers qu’il avait faits, y joignant des propositions de paix. Les Romains lui renvoyèrent le même nombre de Samnites et de Tarentins, ses alliés, qui étaient en leur pouvoir, et, pour le reste, lui déclarèrent qu’ils ne pouvaient traiter, tant qu’il n’aurait pas évacué l’Italie. Plutarque, Pyrrhus.
4, D’escole.—En 394, se trouvant en guerre avec les Romains, et ceux-ci assiégeant leur ville Faleries (auj. Sainte-Marie de Falari), leur maître d’école amena à leurs ennemis pour les leur livrer et contraindre ainsi la ville à se rendre, les enfants des principaux citoyens confiés à ses soins. Camille qui, en qualité de dictateur, commandait l’armée romaine, refusa cette offre criminelle, fit dépouiller le traître de ses vêtements et ramener par ses élèves à coups de verge; touchés de cette noble action, les Phalisques firent leur soumission. Plutarque, Camille.
11, Sentence.—80 et 88 port.: Si est-ce que le Senat Romain à qui le seul aduantage de la vertu sembloit moyen iuste pour acquerir la victoire, trouua cette pratique laide et deshonneste, n’ayant encore ouy sonner à ses oreilles cette belle sentence, au lieu de: «Si est-ce... sentence».
13, Polybe.—Liv. XIII, ch. 1.
25, Vaincre.—Plus conséquentes que les gens de Ternate, et tenant qu’à la guerre le succès seul est à considérer et que rien ne doit être négligé pour l’obtenir, les nations modernes, dites civilisées, non seulement mettent en œuvre à cet effet tous leurs moyens, mais cherchent encore à en dérober la connaissance à toutes autres, nos amis d’aujourd’hui pouvant être nos ennemis de demain.—Pour en atteindre le but qui est l’anéantissement aussi rapide et aussi complet que possible de l’ennemi, tout est bon sauf la déloyauté; et encore, si chacun, à cet égard, est d’accord en théorie, la divergence est immense dans la pratique; et seul a tort celui qui sera vaincu, au point que s’accentue chaque jour davantage la tendance d’attaquer sans même faire de déclaration de guerre. Cela, à la vérité, s’est vu de tous temps: en Europe, dans ces deux derniers siècles, on ne compte pas moins de 110 cas où les hostilités ont commencé sans déclaration ou avant toute déclaration; c’est notamment dans ces conditions que les Anglais, coutumiers du fait plus que tous autres, détruisirent en 1718 la flotte espagnole, en 1807 bombardèrent Copenhague, et en 1900 ont failli en user à notre endroit lors de l’incident de Fachoda; c’est aussi ce qu’ont fait les Japonais à l’égard des Russes en 1904. Cette pratique est éminemment regrettable pour la paix du monde et la fortune publique; elle ruine les États en les obligeant à être constamment en armes et risque de faire dégénérer toute question en éventualité de guerre. Elle est une tentation continue pour ceux sans scrupule, par l’avantage que peut donner un jour ou deux d’avance sur l’adversaire dont cela déroute les prévisions, trouble la mobilisation, restreint les ressources, en livrant à l’envahisseur celles des territoires sur lesquels il a inopinément pénétré. Aussi quelle infériorité pour ceux chez lesquels le droit de déclarer la guerre est, à si juste titre, soumis à l’assentiment du pouvoir législatif!—Étant donné qu’elle est sans cesse menaçante et peut aboutir à la ruine, il nous faut être forts, très forts, le plus forts possible et toujours prêts, mais en outre il serait à souhaiter que la responsabilité de ceux investis du pouvoir de l’engager fût rendue aussi effective et afflictive que possible. Pour cela, nous souhaiterions qu’il s’introduisît dans nos idées que les chefs d’État et membres de gouvernement, dont les agissements l’ont amenée, méritent de payer de leur vie ce forfait, sont de ce fait voués à tout jamais à la vindicte publique, et que tout attentat contre eux est œuvre pie. Puissions-nous voir des associations (voire même internationales, ce serait bien ici le cas), sorte de Tugend-bund, se former et propager cette doctrine et faire des prosélytes, et il n’en manquerait pas, que n’arrêteraient point sa mise en application, rendue facile avec les progrès de la science à qui a fait le sacrifice de sa vie! Devant les risques personnels auxquels ces mandataires des peuples, abusant de leurs mandats, se trouveraient de la sorte exposés, il est à croire qu’ils se montreraient plus circonspects. C’est là, dira-t-on, une provocation à l’assassinat; j’en conviens, mais c’est le seul moyen de conjurer ce fléau, la plupart du temps déchaîné ou accepté d’un cœur léger et sans raison suffisante, en admettant qu’il en existe en dehors d’une invasion; de plus, qu’est-ce que le meurtre d’une douzaine de grands coupables, auprès de celui de cent, deux cent mille innocents tombant de part et d’autre par la faute de ces criminels et des ruines, quelle que soit l’issue de la lutte, si considérables et de toute nature pour le pays et les individus dont ils sont cause! Guerre à la guerre! G. M.—En ces dernières années, un Congrès international permanent de la paix, auquel toutes les nations ont adhéré par pudeur plutôt que par conviction, s’est constitué à La Haye sur l’initiative de Nicolas II, empereur de Russie. L’intention est excellente, mais faute de sanction efficace possible, il est douteux que les résultats en soient jamais de quelque importance. De fait, on n’y a guère obtenu jusqu’ici que la consécration du principe de l’arbitrage, auquel on avait déjà recours auparavant, et qui n’a chance de prévaloir que pour des questions de peu d’importance.—On a proposé qu’en cas de conflit arrivant à l’état aigu, les hostilités ne puissent s’ouvrir avant un délai de quinze ou vingt jours, durant lequel les gouvernements amis pourraient intervenir et essayer de régler le litige à l’amiable. En cas de non-consentement à cet ajournement des hostilités, la nation opposante serait mise à l’index, ce qui comporterait l’impossibilité, pour elle, de recevoir, pendant toute la durée de la guerre, aucune aide financière ou commerciale, de la part des autres puissances signataires. L’adoption de cette proposition constituerait assurément un grand progrès humanitaire, mais outre qu’elle ralliera difficilement l’unanimité des suffrages, la pénalité qui s’y trouve introduite, en supposant qu’elle ait l’efficacité qu’on lui prête, ne serait-elle pas aisément éludée?—D’autres prônent la réduction des armements; il est peu probable que cette proposition chimérique puisse même être présentée. Sur quelles bases opérer avec tant d’éléments et d’intérêts dont il faudrait tenir compte et sur lesquels l’accord ne se fera jamais? Et puis, il est si facile par des dispositions accessoires de modifier le fond des choses: la Prusse limitée dans ses armements par le traité de Tilsitt n’est-elle pas arrivée à mettre en ligne, cinq ans après, des effectifs bien supérieurs à ceux qu’elle avait présentés jusqu’alors?
28, Exercite.—Armée, du latin exercitus.
29, Martinella.—Du nom de Saint-Martin, dérivé lui-même de Mars, dieu de la guerre; maîtresse cloche dont on usait en cas d’alarme.—De là, le mot de Pierre Capponi, premier secrétaire de la république de Florence, qui, déchirant le papier où étaient écrites les conditions que lui faisait Charles VIII, s’écria: «Eh bien! s’il en est ainsi, sonnez vos trompettes, nous sonnerons nos cloches!» Sismondi, Hist. des républiques italiennes, XII.
32, Regnard.—Plutarque, Lysandre, 4.—Coudre la peau du renard à celle du lion, c’est ajouter la ruse à la force.
48,
7, Mousson.—Pont-à-Mousson, contre le duc de Nassau, en 1521. Cette reddition eut lieu dès que l’artillerie de l’assiégeant se fit entendre; la garnison, composée de nouvelles levées, effrayée, ayant obligé ses deux chefs à entrer en pourparlers. Non seulement ceux-ci eurent la faiblesse d’y consentir, mais ils commirent encore la faute qui leur est reprochée ici de sortir tous deux de la place et de se rendre au camp ennemi pour parlementer. Du Bellay, I.
18, Ville.—En 1521, alors que nous étions maîtres du duché de Milan. Regge, ville des États de l’Église, à peu de distance de là, était le refuge de tous ceux que nous avions bannis; ils devaient nous être livrés. Pour les obtenir, le maréchal de Foix, seigneur de l’Escut, vint sommer Guy de Rangon, qui était gouverneur de la place, de les lui remettre; c’est pendant les pourparlers que se produisit cette échauffourée dont le résultat fut que nous n’obtînmes pas satisfaction. Du Bellay, I; Guicciardini, XIV.
28, Anglois.—En 1359. Le château était abondamment pourvu et les assiégés ne se doutaient pas qu’il fût si complètement sapé. Froissart, I, 209, où le capitaine anglais a nom de Brunes.
CHAPITRE VI.
50,
3, Chapitre VI.—Ce chapitre n’est qu’une suite du précédent.
7, Pieces.—En 1569. La ville était assiégée par les Catholiques commandés par le comte de Brissac qui y fut tué. La capitulation portait que la garnison aurait la vie sauve; mais, furieux de la mort de leur chef, les vainqueurs la massacrèrent dès qu’elle fut hors de vue de la place.
26, Militaire.—En 190. La ville avait, quelques jours avant, subi un assaut qu’elle avait repoussé. Régillus, voyant ses efforts impuissants à arrêter le pillage, s’efforça de sauvegarder la vie des habitants; et, quand l’ordre fut rétabli, il s’appliqua à réparer de son mieux le préjudice qu’ils avaient subi. Tite-Live, XXXVII, 32.
31, Subtilité.—Vers l’an 600. Cléomène avait conclu avec les Argiens une trêve de huit jours; la troisième nuit, il reprit les hostilités. Sa mauvaise foi ne lui fut en effet d’aucune utilité; il avait pensé, après ce mauvais coup, surprendre la ville d’Argos, mais les femmes, détachant des temples les armes qui s’y trouvaient en trophée, coururent aux murailles et le repoussèrent. Plutarque, Apophthegmes des Lacédémoniens.
52,
3, Romaine.—L’an 214. Casilinum était assiégée par les consuls Fabius et Marcellus; l’année précédente, Annibal s’en était rendu maître à la suite d’un siège mémorable. Tite-Live, XXXIV, 19.
9, Xénophon.—Dans la Cyropédie.—Xénophon débuta dans la guerre du Péloponnèse, où il se distingua; il fit partie des contingents grecs à la solde de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxès et il en dirigea la retraite, connue sous le nom de «Retraite des dix mille»; plus tard, il combattit à Coronée contre ses concitoyens qui l’avaient banni et ne le rappelèrent que 25 ans après, ce qu’il n’accepta pas. Il est l’auteur de nombreux ouvrages historiques, politiques et philosophiques, parmi lesquels: l’Anabase ou Retraite des dix mille, la Cyropédie, les dits mémorables de Socrate; c’est lui qui publia l’histoire de Thucydide, restée jusque-là inconnue, et qu’il a continuée. Son style est d’une élégance et d’une douceur exquises, parfois cependant diffus et languissant. Comme philosophe, il est l’interprète le plus fidèle des doctrines de Socrate, dont il avait été un des disciples préférés.
14, Cappoüe.—En 1501. La ville avait résisté à une première attaque. Assiégée une seconde fois, elle se résolut à capituler; mais, pendant les pourparlers, la garnison épuisée par de longues veilles s’étant relâchée de sa surveillance, les Français surprirent une des portes et pendant plusieurs jours ce ne fut que meurtre et pillage. Un grand nombre de femmes s’étaient réfugiées dans une tour. César Borgia, fils naturel du pape Alexandre VI, qui marchait avec nous, se les fit toutes amener et choisit les quarante plus belles qu’il envoya à son palais, à Rome, pour y constituer son sérail. Sismondi, Hist. des républiques italiennes.—En 1705, à Barcelone, lord Péterboroug, en pareille occurrence, agit tout autrement: Il traitait de la capitulation de la ville, lorsque les Anglais, profitant du moment, s’y introduisirent par surprise. Lord Péterboroug aussitôt, suspendant les pourparlers, entre dans la ville, court à ses troupes, leur fait honte, parvient à les ramener et reprend les négociations. Servan.
20, Saisie.—En 1542. Yvoy fut pris par le duc d’Orléans, un pan de mur étant venu à s’écrouler. Cet accident, dont les assiégeants profitèrent sur-le-champ, s’est-il produit pendant les pourparlers et est-ce à cela que se rapporte le fait, je ne saurais le dire.
22, Genes.—En 1522. Les habitants, réduits à peu près à eux-mêmes, dès l’approche de l’ennemi, demandèrent à traiter; pendant qu’on était en conférence, les Espagnols, ayant eu connaissance d’un endroit où le mur était en mauvais état et qui n’était pas gardé, s’y portèrent et, l’escaladant, pénétrèrent dans la ville où ils passèrent au fil de l’épée tout ce qu’ils rencontrèrent. Du Bellay, II.
26, Barrois.—En 1544. Les Impériaux pénétrèrent dans le château par la porte de secours, pendant que l’on discutait les conditions de la capitulation. Du Bellay, IX.
32, Chrysippus.—Cicéron, De Off., III, 10.
54,
1, Desrobées.—Quinte-Curce, IV, 13.—Conseil donné à Alexandre la veille de la bataille d’Arbelles au succès de laquelle Polyperchon eut grande part (331).
CHAPITRE VII.
11, Cinquiesme.—Ceci rappelle l’épitaphe de Pépin le Bref: «Ci-gît Pépin, père de Charlemagne»; et cette autre inscription gravée sur le socle d’une statue de Louis XIV à Pau: «Celuy cy est le petit-fils de nostre bon roy Henry».
15, Décédé.—En 1509. Le duc de Suffolk était de la maison rivale de Lancastre et Henry VII, malgré de très grands services rendus, le redoutait. Le duc, averti des mauvaises dispositions du roi à son égard, s’était réfugié en Flandre; et, lors d’une traversée de Flandre en Espagne, Dom Philippe ayant été contraint de relâcher en Angleterre, Henry VII ne le laissa se rembarquer qu’après qu’il eut livré le duc de Suffolk, sous promesse, il est vrai, d’épargner sa vie, engagement qu’il tint ainsi qu’il est rapporté ici. Du Bellay, I.—Durant cette guerre civile, dite des Deux Roses, qui désola l’Angleterre aux XVe et XVIe siècles, causée par la rivalité des maisons de Lancastre et d’York se disputant le trône, les partisans du duc d’York avaient adopté une rose blanche comme signe de ralliement, les Lancastre une rose rouge.—Dans cette déloyale manière de faire, Henry VII avait eu un précurseur dans David qui, aux approches de sa fin, donna ordre à Salomon, son fils, «de ne pas laisser les cheveux blancs ni de Joab ni de Séméï descendre en paix dans le séjour des morts». Joab avait, malgré ses recommandations, tué Absalon son fils, qui s’était révolté; Séméï l’avait insulté, tandis qu’il fuyait devant ce même Absalon, et il lui avait promis la vie sauve (Xe siècle). Livre des Rois, I, 2.
19, D’Aiguemond.—En 1568. Les comtes de Horn et d’Egmont, tous deux de la plus haute noblesse des Pays-Bas alors sous la domination de l’Espagne, avaient, dans les rangs de l’armée espagnole, puissamment contribué aux victoires de Saint-Quentin et de Gravelines. Lors des troubles qui éclatèrent peu après dans leur patrie pour secouer le joug de l’étranger, d’Egmont étant entré en relations avec Guillaume d’Orange et les confédérés, le duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas pour le roi d’Espagne Philippe II, le fit arrêter, et avec lui de Horn son ami, dont la connivence était moins prouvée, et après neuf mois de détention, les fit décapiter; leur véritable crime était d’appartenir à la religion réformée.—Cet épisode a fait le sujet d’un drame de Gœthe, plein d’émotion et d’intérêt; et plus récemment en France d’une tragédie: Patrie! de Victorien Sardou, depuis mis en opéra.
27, Puissance.—Saint Bernard dit que «l’homme est si peu d’accord avec lui-même, qu’on ne peut bien juger de ses actions par ses intentions, ni de celles-ci par celles-là».
56,
4, Enfans.—Au XIIe siècle. L’architecte n’est pas nommé par Hérodote (II, 121); le roi s’appelait Rhampsinit ou Rhamsès et passait pour posséder des trésors incalculables. Abusant du secret que leur avait livré leur père, les deux fils de cet architecte puisaient dans ces trésors; s’étant aperçu qu’on le volait, le roi dressa un piège dans lequel donna l’un de ses voleurs qui, se voyant pris, en avertit son frère, l’avisant de lui couper la tête et de l’emporter, pour qu’on ne le reconnût pas.
9, Leur.—C.-à-d. ils doivent faire de plus grands sacrifices personnels et ne pas se borner à une réparation qui de fait ne leur coûte rien.
CHAPITRE VIII.
58,
10, Habitat.—Montaigne a traduit ce vers avant de le citer.
16, Meshuy.—Désormais. Meshuy est mis pour mais huy, du latin magis hodie, au delà d’aujourd’huy.
24, Mesmes.—C’est l’idée qui a donné naissance aux Essais. La date à laquelle cette idée a éclos se trouve déterminée par ce passage du début du dernier chapitre du second livre: «Je me suis envieilli de sept ou huit ans depuis que ie commençay»... Comme ce livre terminait la première édition de l’ouvrage, dont l’Avis au lecteur est daté du 1er mai 1580, on est conduit à penser qu’il a été commencé en 1571. C’est au surplus ce que corrobore une inscription de la bibliothèque de l’auteur qui porte qu’au jour anniversaire de ses trente-huit ans, le 28 février 1571, las de toute servitude, il s’est réfugié dans l’intimité des vierges du Parnasse.
CHAPITRE IX.
25, Mémoire.—Add. de 80 et 88: que moy.
30, Réputation.—Add. de 80: I’en pourrois faire des contes merueilleux, mais pour ceste heure il vaut mieus suyure mon theme.
32, Déesse.—Platon, dans Critias.
34, Mienne.—Montaigne se plaint encore de sa mémoire au chap. XVII du second livre. Malebranche et quelques autres l’accusent d’avoir prétendu faussement n’en pas avoir; ils en donnent pour preuve ses nombreuses citations. Mais outre qu’elles ne sont pas toujours exactes et qu’il lui arrive de se contredire, ceux qui ont écrit savent qu’il ne faut pas beaucoup de mémoire pour citer, et citer souvent: «à faute de memoire naturelle, i’en forge de papier», dit-il, liv. XLIII; là est tout le secret. Le Clerc.
60,
35, Arrouté.—C.-à-d. une fois qu’on est en train.
36, Pertinents.—C.-à-d. les gens habiles, qui ont du tact.
62,
5, Ancien.—Cet ancien, c’est Cicéron qui, dans sa défense de Ligarius, ch. XII, dit à César: «Jamais tu n’oublies, si ce n’est les injures».
6, Protocole.—V. N. II, 402, [Protocole].
7, Athéniens.—En 499. Les Athéniens, soutenant les Ioniens révoltés contre les Perses, s’étaient emparés de Sardes, chef-lieu d’une des satrapies (gouvernements) de leur empire, et l’avaient brûlée. Hérodote, V.
12, Menteur.—«Il faut qu’un menteur ait de la mémoire». Apulée.
13, Grammairiens.—En particulier Nigidius dans Aulu-Gelle, XI, et Nonius, V; Montaigne ne fait ici que traduire ce dernier. Le Clerc.
19, Tout.—Cette locution «marc et tout» n’est pas claire, bien que la pensée le soit. Elle semble vouloir dire: principal et accessoires, ce que confirme ce passage du ch. XVII du liv. II (II, 464), où Montaigne dit: «Ie ne conseille non plus aux dames d’appeler honneur leur deuoir... leur deuoir est le marc, leur honneur n’est que l’escorce.»
64,
1, Art.—Ce mot est d’emploi fréquent dans les Essais, et, sauf dans deux ou trois passages, toujours au féminin.
7, Vice.—Homère, dans l’Iliade, fait dire à Achille: «Je hais, à l’égal des portes de l’enfer, celui qui pense d’une façon et parle d’une autre».—Il est à regretter que nous n’ayons, en bon français, qu’un seul mot pour qualifier toute altération de la vérité sciemment faite, qu’elle ait lieu ou non avec le désir ou la volonté de nuire. Dans le premier cas, elle est réellement coupable et mérite toute réprobation; dans le second au contraire, elle s’impose parfois, quand elle a pour objet d’éviter à quelqu’un une déception, une désillusion, un chagrin; elle est excusable, lorsqu’elle n’a d’autre but que de plaisanter, ou de donner plus de piquant à un récit fait uniquement pour divertir. Menterie (mensonge léger, sans conséquence), employé par atténuation dans le style familier, est lui-même un terme éveillant toujours à l’égard du propos auquel il s’applique quelque idée de blâme ou de critique. Ces distinctions, dans l’altération volontaire de la vérité suivant l’intention, faisaient dire à Voltaire: «Le mensonge n’est un vice que lorsqu’il fait du mal; c’est une grande vertu quand il fait du bien». Elles sont admises des théologiens et sont l’origine de ces restrictions mentales qui créent des excuses à qui est ainsi amené à mentir, restrictions que certains, auxquels le reproche en est souvent fait, ont érigées en système.—Quelque chose d’analogue se produit pour la délation et l’espionnage, qui emportent constamment une idée de réprobation parce que nous n’avons pas de mots distincts pour la désignation de faits de ces caractères, soit qu’ils constituent des actes justifiant la réprobation publique, soit qu’ils témoignent au contraire de la plus haute vertu. Commettent en effet tous deux de la délation l’être méprisable qui, dans un but d’intérêt personnel ou pour lui porter préjudice, dénonce son prochain sans nécessité, et l’homme de cœur qui signale des crimes qui sans lui échapperaient à la vindicte de la société, ou de belles actions qui, sans son intervention, demeureraient inconnues; de même tous deux font de l’espionnage, le traître qui vend à l’ennemi les secrets de sa patrie, et le héros qui expose sa vie pour surprendre ceux de l’adversaire et en faire profiter les siens.—Ce sont là des lacunes regrettables de notre langue.
26, Blanc.—C.-à-d. détournent du but. Expression qui vient de ce que les buts sur lesquels on tirait, et on tire encore en certains pays de France, à l’arc et à l’arbalète, sont constitués par des cercles peints en blanc.
29, Pere.—Saint Augustin.
31, Vice.—Passage de Pline, Hist. nat., VII, 1, que Montaigne a modifié pour mieux l’adapter à sa thèse; l’auteur latin dit: «alieno pene non sit (ne sont presque point)».
66,
1, Rouet.—Mettre au rouet, c’est fermer la bouche à quelqu’un, lui ôter le moyen de répondre, l’embarrasser.
12, Niepce.—Cette princesse, peu après cet épisode, épousa en effet le duc de Milan, et, postérieurement, le duc de Lorraine François II.
14, Interest.—Signifie ici dommage, préjudice. Ce mot se prend encore aujourd’hui dans ce sens, quand en langage juridique on dit de quelqu’un qu’il est «condamné aux dépens, dommages et intérêts».
41, François.—En 1534, l’incident Merveille s’était produit l’année précédente. Du Bellay, IV.—Ainsi que permettent de le constater les portraits de ce prince, le roi François Ier avait le nez d’une longueur peu ordinaire.
68,
7, Vie.—En 1513. Erasme, IV. Le roi d’Angleterre était Henry VIII; le roi de France Louis XII et non François Ier qui ne monta sur le trône qu’en 1515, après la mort de Jules II survenue l’année où le fait en question s’est passé.
CHAPITRE X.
8, Données.—Ce vers est de la Boétie.
10, Boutehors.—Présence d’esprit ou faculté d’exprimer plus ou moins facilement et sur-le-champ sa pensée.
14, Beau.—Il existe, datant du XVIe siècle, un livre espagnol, traitant de la gymnastique, à l’usage du beau sexe.
22, Lice.—Le poète Accius, auquel on demandait pourquoi il ne plaidait pas, lui qui réussissait si bien au théâtre, répondait: «Dans mes tragédies, je dis tout ce qui me plaît; à la barre, je serais obligé d’entendre tout ce que je ne voudrais pas.»—Bayle, qui donne cette réponse, dit qu’il connaît un homme d’esprit qui eut recours à cette raison pour détourner son fils de la jurisprudence et le pousser vers la théologie: «Quoi de plus commode, lui disait-il, que de parler devant des gens qui ne vous contredisent pas? c’est l’avantage des prédicateurs (il pourrait ajouter aujourd’hui et des conférenciers en général, car tout maintenant est matière à conférence, où parfois à la vérité, mais bien exceptionnellement, la controverse est admise); et quoi de plus incommode que d’être obligé d’entendre, dès que vous avez parlé, quelqu’un vous réfuter, en passant au crible tout ce que vous avez dit? ce qui est la condition de l’avocat.» Il faut convenir du reste que beaucoup de ceux-ci se soucient fort peu de ces réfutations qu’ils n’écoutent pas toujours, comme font en particulier nos parlementaires qui, n’ayant souvent ni compétence ni conviction, ne parlent que pour donner des gages à leur parti, signe de vie à leurs électeurs, prononçant des discours fréquemment vides de sens auxquels personne ne prête attention, chacun ayant, la plupart du temps, son siège fait à l’avance. G. M.
25, Marseille.—Clément VII et François Ier, en 1533. Le pape, venu par mer, séjourna un mois entier à Marseille; cette entrevue avait pour objet une entente contre l’empereur Charles-Quint; l’accord fut scellé par les fiançailles de Catherine de Médicis, duchesse d’Urbin, nièce du pape, qui l’avait amenée avec lui, avec le second fils du roi, depuis Henri II. Du Bellay, IV.
70,
7, Prescheurs.—On naît orateur, tandis qu’on devient prédicateur; et ce qui est don de nature prévaut toujours.
7, France.—«Les Français, dit Stern (et Arthur Young est du même avis), conçoivent mieux qu’ils ne combinent.»
12, Cassius.—Orateur célèbre du temps d’Auguste, que son humeur satirique finit par faire bannir. Il se distinguait par la violence de ses écrits et de ses discours, ne gardant aucune mesure, aucune décence dans l’expression, et, dans l’ardeur de frapper ses adversaires, querellait plus qu’il ne combattait. Sénèque le Rhéteur, III. (V. II, 50, et N. II, 72: [Fil]).
13, Pense.—On en disait autant de Cazalis, député de la noblesse aux États généraux de 1789.
21, Part.—Le même reproche de «sentir l’huile» fut fait à Démosthène par Pythéas, autre orateur, critiquant par là en lui la préparation excessive de ses discours, ce qui ne l’empêchait pas d’être le premier orateur de son temps et peut-être de tous les temps.—«L’improvisation ne s’improvise pas; il faut une longue préparation et des méditations approfondies pour parler d’abondance.»
31, Fortuites.—C’était le cas de Mirabeau, le grand orateur de ces mêmes États généraux de 1789; la contradiction l’enflammait. Au début ses vues étaient confuses, sa parole entrecoupée, mais, peu à peu, avec la discussion et les interruptions, la lumière se faisait dans son esprit, ses expressions se précisaient, s’accentuaient, et son génie oratoire et politique se faisait jour et s’imposait.
72,
8, Iour.—C.-à-d. le hasard m’en offrira le sens.
CHAPITRE XI.
10, Piece.—Dès longtemps, comme portent certaines éditions; c’est un italianisme, un buon pezzo, dit-on en italien; ailleurs Montaigne écrit pieça.
11, Credit.—«Notre ignorance générale des causes premières nous interdit toute prédiction. La plupart du temps ce ne sont que des hypothèses basées sur des analogies, et ne devraient se borner qu’à un avenir fort rapproché; toujours elles sont de réussite assez douteuse. Les prédictions des rêveurs que rien n’autorise, se confirment parfois, mais ce n’est que par hasard; combien infinie la quantité d’autres, émanant de même source, qui ne se réalisent pas et dont personne ne parle!» G. Lebon.
14, Delphis.—Delphes était regardée par l’antiquité grecque comme une ville sainte; on la tenait comme occupant le centre de la terre; son temple d’Apollon et les oracles qui s’y rendaient étaient en grande vénération. Toujours obscurs et ambigus, ces oracles étaient rendus par la Pythie, prêtresse du dieu, qui, à cet effet, mâchait des feuilles de laurier, arbre qui lui était consacré, et se tenait sur un trépied au-dessus d’une ouverture d’où s’échappaient des vapeurs qui lui communiquaient une certaine exaltation.
24, Abolies.—Les aruspices étaient des sacrificateurs qui révélaient l’avenir par l’inspection des entrailles des victimes; les augures, d’ordre plus relevé, le révélaient d’après le vol, le chant et l’appétit des oiseaux. Les devins émettaient des prédictions, interprétaient les songes, les présages à la façon de nos diseurs de bonne aventure; il en était à peu près de même des oracles, mais rendus en un lieu, dans des formes et au nom d’une divinité déterminée, ils avaient un caractère plus officiel et inspiraient davantage créance.
27, Préoccuper.—Anticiper; ne s’emploie plus dans ce sens dérivé de son étymologie latine.
74,
1, Olympi.—L’Olympe, sur les confins de la Macédoine et de la Thessalie, montagne la plus élevée (environ 2.500) de la péninsule hellénique. Les anciens en avaient fait la résidence de leurs dieux; Jupiter, souverain maître des dieux et des hommes, l’était aussi de l’Olympe.
8, Salusse.—Une fille de cette famille s’est alliée en 1586 à un Lur des environs de Bordeaux, fondant la branche des Lur-Saluces qui y existe encore, et deux de leurs petits-fils ont épousé les deux petites-filles de Montaigne. V. N. II, 44: [Masculines].
12, Faire.—C.-à-d. «de changer de parti», comme il est dit quelques lignes plus bas. Certains éditeurs, choqués de cette longue suspension de sens, ont substitué: «de tourner sa robe», autrement dit «tourner casaque». Coste.
16, Dauantage.—«Il était homme, écrit du Bellay, qui ajoutait foi aux devins, desquels lui avaient prédit que l’Empereur devait cette année détrôner le roi de son royaume.»
27, Contestée.—En 1536. Cette trahison eut aussi pour cause le désir qu’avait le marquis de Saluces d’obtenir de Charles-Quint le marquisat de Montferrat auquel il prétendait; c’était déjà pour recevoir des territoires qui étaient en notre possession et qu’il revendiquait, qu’il était passé dans nos rangs. Il fut tué l’année suivante au siège de Carmagnoles. Du Bellay, VI et VIII.
39, Tort.—C.-à-d. au contraire, ceux-là sont dans l’erreur qui croient la maxime que voici.
76,
1, Art.—Cicéron, De Divin., II, 23.—Les Étrusques (auj. Toscans) étaient les grands magiciens de l’Italie, comme les Thessaliens ceux de Grèce, les Chaldéens ceux de l’Asie. L’empereur Julien, lors de son expédition en Perse, avait avec lui des aruspices toscans.
7, Fortuite.—Platon, dans sa République, V, 8, etc., veut en effet que les chefs du gouvernement fassent en sorte que les plus excellents hommes soient mariés avec les plus excellentes femmes, et de même les hommes les plus méprisables avec des femmes de leur caractère; mais que la chose soit décidée par une espèce de sort, ménagé avec tant d’artifice, que ces derniers s’en prennent à la fortune, dont la part dans son système est pourtant faite très restreinte, et non à leurs gouvernants.
28, Nombre.—Diagoras, disciple de Démocrite, très pieux au début de sa vie, en vint, à la suite d’un parjure dont il avait été victime, à nier l’existence des dieux, ce qui le fait appeler d’ordinaire Diagoras l’Athée. Poursuivi par les Athéniens pour ses tendances antireligieuses, il s’enfuit, et sa tête fut mise à prix: un talent à qui le tuerait et deux à qui le livrerait vivant (le talent avait une valeur variant entre 2.600 et 5.000 fr., le talent attique était de 5.000).—Sa réponse, dans la circonstance présente, est relatée d’une manière un peu différente par Diogène Laërce: «Vous en verriez bien davantage, lui fait-il dire, si c’étaient là les images de ceux qui ont péri!» Cicéron, De Nat. deor., I, 37, cite de lui cette autre réponse: «Il était à bord d’un vaisseau qui essuya une forte tempête; pendant le gros temps, quelqu’un dit qu’on avait bien mérité ce qui arrivait pour avoir embarqué un impie comme lui: «Regardez, répondit Diagoras, le grand nombre de navires qui souffrent de la même tempête que nous, croyez-vous que je sois aussi dans chacun de ces bâtiments?»
28, Cicero.—De Divinat., I, 3.
32, Principesques.—Catherine de Médicis, entre autres, qui avait un astrologue attitré, Ruggieri, qu’elle avait amené d’Italie et pour lequel elle avait fait construire un observatoire. Il lui avait prédit qu’il y avait danger pour le roi son mari (Henri II) à prendre part au tournoi où il fut blessé mortellement, et elle avait fait en suite de cette prédiction tous ses efforts pour détourner ce prince d’entrer en lice.
32, Vanitez.—Chez les Romains, on punissait quelquefois un général vaincu de ne pas avoir tenu compte des présages; c’était un effet de leur politique, voulant montrer ainsi au peuple que les revers qu’ils éprouvaient ne provenaient pas de la mauvaise constitution de l’État, ou de sa faiblesse, mais de l’impiété d’un citoyen contre lequel les dieux étaient irrités.
36, Grece.—Ces prédictions de l’empereur Léon concernaient la chute du Bas-Empire et les malheurs de Constantinople; elles sont consignées dans un manuscrit grec de la bibliothèque de l’Escurial (résidence ordinaire des rois d’Espagne).
78,
10, Plaira.—Parmi ces prophéties, les plus célèbres sont celles sur les papes, de Malachie, archevêque d’Arnagh, en Irlande (XIe siècle), qui, du reste, sont considérées comme apocryphes; et celles de Nostradamus (XVIe siècle), dont Henri II et Catherine de Médicis faisaient grand cas et qui sont formulées en quatrains extravagants où l’on peut voir tout ce que l’on veut.
12, Discours.—De sa raison.—Ce mot «discours», qui revient souvent dans Montaigne, y est pris dans les acceptions les plus variées. Outre son acception ordinaire en tant qu’expression de la pensée, entretien, conversation, il est pris souvent au cours des Essais dans le sens de raison, intelligence, entendement, comme il arrive ici, et dans bien d’autres, signifiant: Raisonnement, jugement: «I’ay veu quelqu’vn... courre la mort à force... par diuers visages de discours que ie ne luy sceu rabattre» (I, 448):—Sagesse: «Gallus Vibius... se pouuoit vanter d’estre deuenu fol par discours», porte l’édition de 1588; «par sagesse», porte celle de 1595 (I, 134);—Dessein: «Ie m’abandonne... à tousiours dire ce que ie pense, et par complexion et par discours», porte l’édition de 1588; «et par dessein», porte celle de 1598 (II, 496):—Opinion: «Il a cuidé m’imprimer non tant son discours, que son sentiment» (III, 638);—Volonté: «Il y a plusieurs mouuemens en nous qui ne se partent pas de nostre discours», porte l’édition de 1588, «de nostre ordonnance», porte celle de 1595 (I, 392);—Supériorité, difficulté: «Il y a encore plus de discours à instruire autruy qu’à estre instruit» (II, 160);—Art, artifice, ingéniosité, parti pris: «A peine est-il en son pouuoir... de gouster un seul plaisir... encore se met-il en peine de le retrancher par discours» (I, 350). Motheau et Jouaust, Glossaire.
15, Suiuies.—Socrate prétendait entendre constamment en lui une voix intérieure, qu’il appelait son démon familier, l’inspirant et en lequel il manifestait une confiance aveugle. En cela, il semble avoir été de la plus entière bonne foi; il n’y a pas apparence que ç’ait été de sa part une imposture pour donner plus de crédit à sa parole et aider à son rôle de réformateur; du reste, Montaigne ne le met pas en doute et ne fait qu’en donner une explication. Voir sur Socrate N. III, 576: [L’vn].—On retrouve l’analogue dans les voix de Jeanne d’Arc la sollicitant sans cesse, d’après son dire que nous ne contestons pas davantage, à s’employer à jeter les Anglais hors de France.
17, Fortuite.—Daniel de Foë, l’auteur de Robinson Crusoé, a écrit, comme suite à cet ouvrage, sur l’importance qu’il y a à ne pas négliger ces sortes de pressentiments qu’il attribue à des avertissements donnés par des intelligences célestes; peut-être n’est-ce simplement que le fait du travail inconscient de l’esprit préoccupé d’une idée qui nous fait entrevoir des éventualités que nous retenons lorsqu’elles ont de l’à-propos, et dont nous ne nous souvenons même pas quand, ce qui arrive le plus souvent, elles ne se réalisent pas et, par suite, n’éveillent pas notre attention.
20, Socrates.—Platon, dans Théagès.
CHAPITRE XII.
80,
3, Visage.—On assure que les Parthes, les Scythes combattaient ainsi; et Corneille s’est servi de cette tradition dans ce vers de Rodogune: «Elle fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cœur.»—Les Indiens bravos des Attakapas (Amérique du Nord) se défendaient de même, lançant aussi adroitement leurs flèches en fuyant que s’ils avaient regardé l’ennemi en face.
12, Sier.—Terme de marine de l’époque employé pour «tourner, virer»: vient du latin sedere (se placer); signifie, ici, se reporter.
14, Victoire.—En 479. Les Perses, au nombre de plus de 300.000, sous les ordres de Mardonius, qui y fut tué, y furent vaincus par les Grecs, commandés par Pausanias roi de Sparte, et forts seulement de 110.000 hommes, et cependant l’armée la plus considérable peut-être que jamais ils aient réunie. A en croire Hérodote, sauf un corps de 40.000 hommes qui ne fut pas engagé, à peine 3.000 parmi les vaincus auraient survécu, tandis que la perte des vainqueurs n’aurait été que de quelques centaines d’hommes.—Le propos que tient ici Socrate est tiré de Platon, dialogue de Zachès.
22, Manger.—«D’y mordre», porte l’exemplaire de Bordeaux, autrement dit: d’en tâter, pour juger ce dont nous sommes capables.
24, Saoul.—Le fait est conté par Hérodote, IV, 127, qui nomme ce roi des Scythes, Idanthryse. Cette expédition (508) se termina à la confusion des Perses qui furent obligés de se retirer pour échapper à la famine dont ils étaient menacés par le vide que les Scythes faisaient devant eux et aussi par la crainte de se voir la retraite coupée. Elle fut la cause originelle des guerres médiques, le roi des Perses voulant se venger de Miltiade qui, chef d’un des contingents grecs à sa solde, préposés à la garde du pont qu’il avait jeté sur l’Ister (auj. le Danube) pour assurer ses communications, avait proposé à ses congénères de le rompre.
29, Compagnons.—En 1805, à un combat sur l’Iller (Tyrol), au moment où un de ses officiers, sa coiffure à la main, rendait compte au maréchal Ney d’une mission qu’il venait de remplir, un boulet passa si près d’eux, que l’officier baissa instinctivement la tête, tout en continuant son rapport: «C’est très bien, lui dit Ney, quand il eut achevé de parler, seulement, une autre fois, ne saluez pas si bas.» Marco Saint-Hilaire.—Le bailli de Suffren disait que lorsqu’il rencontrait l’ennemi en mer, il en éprouvait tout d’abord un dérangement d’entrailles au point d’en maculer ses culottes, mais qu’ensuite il ne songeait qu’à la besogne.
31, Prouence.—En 1536; cette invasion échoua par la résistance de Marseille qui obligea les Impériaux à une retraite difficile.
38, Corps.—La ville d’Arles n’était point en état de défense et l’Empereur délibérait s’il s’y porterait ou non. Ses hésitations donnèrent le temps d’y constituer une garnison et d’armer la place; ce fut alors qu’il procédait à la reconnaissance des travaux en cours d’exécution que le marquis du Guast faillit être tué. Du Bellay, VIII.
82,
1, Roy.—En 1517; sa blessure lui fit lever le siège. C’était le père de Catherine de Médicis, mère de François II, de Charles IX et de Henri III, qui régnait quand Montaigne écrivait ce passage.
2, Regardoit.—Actuellement qu’on se sert d’étoupilles au lieu de mèche à canon pour mettre le feu aux pièces d’artillerie, et que les projectiles sont à éclatement, des faits de cette nature ne sont plus susceptibles de se produire, parce qu’on ne voit plus mettre le feu, que la vitesse du projectile est trop grande et la gerbe des éclats trop étendue pour pouvoir se garer, quand on aperçoit la lueur du coup, si déjà on n’est à l’abri.—Au siège de Sébastopol (1855-56), où assiégés et assiégeants faisaient usage de bombes, étant donné leur volume, leur peu de vitesse et la durée de leur parcours, il était encore possible de s’en préserver, dans une certaine mesure, en se terrant à temps, ce que chacun faisait, quand on entendait le cri: «Gare la bombe!» poussé par l’un des observateurs placés à cet effet, apercevant le projectile développant sa courbe dans les airs.
21, Souffrance.—Charles V, roi de France, disait d’un homme «qui, dans son épitaphe, était mentionné comme n’ayant jamais eu peur, qu’apparemment il n’avait jamais mouché une chandelle avec les doigts».—A cette époque, on s’éclairait avec des chandelles, et leur mèche ne se consumait pas à mesure qu’elle brûlait; il fallait les moucher, ce qui se faisait avec des ciseaux ou des mouchettes, et lorsqu’on n’en avait pas, avec les doigts, non sans grand risque de se brûler.
26, Conforme.—Ces pensées sont traduites presque textuellement d’Aulu-Gelle (XIX, 1), qui les avait traduites lui-même du cinquième livre, aujourd’hui perdu, des Mémoires d’Arrien sur Epictète. Le Clerc.
29, Peripateticien.—Les péripatéticiens (ou promeneurs) étaient les disciples d’Aristote, ainsi nommés parce qu’ils se réunissaient au Lycée, promenade d’Athènes, pour y entendre leur maître, et que l’enseignement se donnait d’ordinaire tout en se promenant. Leur doctrine est indiquée dans la note relative à Aristote, V. I, 32; au moyen âge, elle fit le fond de la philosophie scolastique et domina sans partage jusqu’au XVIe siècle.
CHAPITRE XIII.
84,
5, Marguerite.—Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier, épouse de Henri d’Albret, roi de Navarre, grand’mère de Henri IV.
19, Attendre.—«L’exactitude est la politesse des Rois», dit un adage; elle est également aujourd’hui celle des particuliers grands et petits et il n’y a que les malotrus et les parvenus qui l’oublient.
21, Ville.—Il alla attendre à Nice.
23, Trouuer.—V. N. I, 68: [Marseille].
25, Luy.—En 1532, entre ce même pape Clément VIII et l’empereur Charles-Quint, qui poursuivait la convocation d’un concile œcuménique qui fut placé sous la protection impériale, la papauté menacée par la Réforme.
30, Eux.—Actuellement, comme autrefois, ces questions sont minutieusement réglées d’avance, dans tous leurs détails, par le service dit du «Protocole».—Bien que les rapports personnels des souverains entre eux soient toujours susceptibles d’y introduire des modifications, généralement quand un souverain vient en visiter un autre, celui-ci envoie à la limite de ses états un service d’honneur pour le saluer et l’assister durant tout le temps de son séjour et lui-même l’attend au lieu de sa résidence; d’ordinaire à son arrivée il se trouve à la gare où a été fait un déploiement plus ou moins grand de troupes, le reçoit, l’accompagne où il doit loger et rentre chez lui, où il attend sa première visite qu’il lui rend aussitôt après. C’est surtout dans le plus ou moins d’importance du service d’honneur, dans les honneurs plus ou moins grands rendus à l’arrivée, dans l’étendue et l’éclat plus ou moins considérables des fêtes qui suivent, et surtout dans la participation plus ou moins enthousiaste des populations avec lesquelles il faut compter plus qu’autrefois, que consistent les nuances.
86,
10, Entregent.—Façon convenable de converser et d’agir selon les personnes, le sujet, le temps et le lieu; art de se pousser dans le monde, était à l’époque pris exclusivement en bonne part.
11, Familiarité.—Au ch. XVII du liv. II, l’auteur redit à peu près la même chose de la beauté: «C’est vne piece de grande recommandation au commerce des hommes, elle est le premier moyen de conciliation des vns auec les autres.»
14, Communicable.—«La civilité est une envie de plaire; la nature la donne, mais l’éducation l’augmente.» Madame de Lambert.—«La politesse n’est qu’une forme de la bonté, de la charité, de la bienveillance, et une imitation de l’amitié.» Al. Karr.—«La politesse ne coûte rien, ne nuit jamais et rapporte beaucoup.»
CHAPITRE XIV.
Chapitre XIII.—Sous ce numéro, les éditions antérieures et l’exemplaire de Bordeaux donnent ici le chapitre XV de la présente édition: «Que le goust des biens et des maux, despend, en bonne partie de l’opinion que nous en auons»; celui-ci y porte le numéro XV et tous ceux de XV à XXXIX se trouvent y avoir leurs numéros accrus chacun d’une unité.
Raison.—La thèse émise dans ce chapitre est absolument l’opposé des idées actuelles qui veulent qu’en toutes situations de guerre, un soldat combatte jusqu’à ce qu’il soit réduit à l’impuissance la plus absolue, que ce soit dans une place ou en rase campagne, ce que notre grand Corneille a si noblement et magnifiquement exprimé dans Horace:
«Que vouliez-vous qu’il fît contre trois?
—Qu’il mourût,
Ou qu’un beau désespoir alors le secourût.»
Cette obligation, nos lois la sanctionnent, mais pas aussi sévèrement encore qu’elles le devraient, quoi qu’en disent les philanthropes et les internationalistes, parce que c’est là une question de salut public. Les Anglais ont eu raison de fusiller en 1756 leur amiral Bing qui avait laissé reprendre Mahon; Napoléon a regretté de n’avoir pas agi de même en 1808 à l’égard de Dupont qui avait signé la capitulation de Baylen; avoir fait grâce à Bazaine capitulant à Metz en 1870, a été une grosse faute.
27, Batre.—Battre en brèche.
27, Dedans.—En 1524. Cet acte de cruauté ne fit qu’irriter les assiégés et les inciter à se défendre avec plus d’opiniâtreté, ce qui donna le temps aux Impériaux, surpris par notre brusque entrée en campagne, de rassembler leurs forces et de venir au secours de la ville qui fut sauvée par la bataille livrée sous ses murs (bataille de Pavie, 1525); les assiégeants durent suspendre le siège pour y participer et ne purent le reprendre. Du Bellay, II.
28, Dauphin.—François, fils aîné de François Ier, qui mourut cette même année (1536), par suite d’une imprudence. Échauffé par une partie de jeu de paume, il but de l’eau glacée; il en résulta une fluxion de poitrine qui eut vite raison d’un tempérament délabré par un abus précoce des plaisirs. Le roi, dans sa douleur, crut à un empoisonnement, on ouvrit une instruction; l’empoisonneur présumé fut écartelé et on accusa ouvertement l’empereur Charles-Quint, et même Catherine de Médicis, femme du fils cadet du roi, d’avoir inspiré le crime; mais ces soupçons ne reposaient sur rien et on dut les abandonner.
28, Monts.—Au delà des Alpes, en Italie.
88,
2, Raison.—En 1536. Le château de Villane, perché sur un roc, est d’abords inaccessibles; la garnison, d’environ 200 Espagnols, s’y croyait à l’abri de toute entreprise; mais les Français, avisant un rocher voisin et y hissant à l’aide de cordages quelques pièces d’artillerie, parvinrent à pratiquer une brèche, par laquelle, à grand renfort d’échelles, ils pénétrèrent par escalade. Du Bellay, VIII.
5, Place.—En 1543. La tour de Saint-Bony interceptait nos communications avec Turin. L’exemple du reste profita et l’armée française n’éprouva plus aucune résistance des forts d’arrêt assez nombreux dans la région. Du Bellay, IX.
16, Orient.—Les éd. ant. aj.: les Tamburlans, Mahumets.
CHAPITRE XV.
Ce chapitre a le no XVI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
24, Capitaine.—Probablement François, duc de Guise.
27, Bouloigne.—En 1546, au roi d’Angleterre Henry VIII, qui l’assiégeait en personne; de Vervins eut la tête tranchée. Du Bellay, X.
90,
12, Charge.—«Qui donna jamais à l’erreur le nom de crime?» Sénèque.—Plutarque rapporte à ce propos ce mot d’Archélaüs, roi de Macédoine. On l’animait un jour contre quelqu’un qui, par mégarde, avait jeté de l’eau sur lui: «Ce n’est pas moi qu’il a mouillé, dit le Prince, mais celui pour qui il m’a pris.»
18, Emmy.—Au milieu, du latin in medio, d’où vient aussi midi, medius dies, et même minuit, media nox.
20, Honte.—Diodore de Sicile, XII, 4.—L’empereur Julien, dont il va être question, se trouvant dans les Gaules, obligea pareillement 600 soldats qui n’avaient pas bien fait leur devoir devant l’ennemi à traverser le camp accoutrés en femmes, ce qui leur fut si sensible qu’au premier combat qui suivit, ils effacèrent leur honte par des prodiges de valeur. Lebeau.
26, Effundere.—Tertullien, Apologétique, à propos de la loi romaine qui punissait de mort les débiteurs, peine à laquelle l’empereur Septime-Sévère substitua la vente de leurs biens.
26, Anciennes.—En 363. L’empereur Julien étant en opérations contre les Parthes et trois de ses escadrons ayant fui après un combat insignifiant, en abandonnant à l’ennemi un de leurs étendards, leur fit application des lois anciennes et les décima, dégradant, avant de les faire mettre à mort, ceux que le sort avait désignés. Ce fut là un acte exceptionnel de sa part; en d’autres cas analogues, il s’était montré beaucoup moins rigoureux (V. N. I, 90: [Honte]). Peut-être la gravité des circonstances nécessitait-elle un exemple. Ammien Marcellin, XXIV et XXV.
31, Mort.—Ce Cn. Fulvius était préteur; lui aussi en 215, peu après la bataille de Cannes (216), subit en Apulie, du fait d’Annibal, une sanglante défaite dans laquelle il perdit 16.000 h. sur 18.000 qu’il commandait; lui-même s’était enfui avec à peine 200 cavaliers. Aux soldats échappés à ces deux désastres le Sénat romain infligea, comme châtiment, d’être relégués en Sicile et d’y servir jusqu’à la fin de la guerre, avec défense d’hiverner dans les places fortes et de camper à moins de dix milles (20 kil.) de quelque ville que ce fût. Tite-Live, XXV et XXVI, 2 et 3.
37, Espagnols.—En 1523. Franget allégua, pour sa défense, une conspiration qui s’était formée dans le but de livrer la ville; admis à le prouver, il n’y parvint pas. Du Bellay, II.
41, Entra.—En 1536. La ville de Guise devait être évacuée, et le château demeurer seul occupé. Les Espagnols la surprirent pendant que l’évacuation s’effectuait, et bien que le château eût eu le temps de fermer ses portes, il n’en capitula pas moins à première sommation. Du Bellay, VII.
CHAPITRE XVI.
Ce chapitre porte le no XVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
92,
5, Voyages.—Montaigne aimait beaucoup les voyages; il en a fait d’assez fréquents en France, et en a accompli un de dix-huit mois en 1580-81 en Italie par la Suisse et l’Allemagne, dont il a laissé un journal écrit partie en français, partie en italien; en partie dicté, en partie de sa main.
8, Mieux.—De Sacy (anagramme d’Isaac), de Port-Royal (1612 à 1684), avait mis à profit cette leçon de Montaigne, et toujours il ramenait la conversation sur ce qui était l’occupation de son interlocuteur, parlant peinture avec Philippe de Champagne, philosophie avec Pascal, etc.—Le général Desvaux (1810 à 1887) qui, en Algérie, développa si grandement la colonisation dans la province de Constantine et y introduisit la construction des puits artésiens d’après nos procédés, le même qui, en 1870, à Metz, chef par intérim de la Garde impériale, dont il commandait la cavalerie, fut le seul à se déclarer contre la capitulation, dans le conseil de guerre où elle fut décidée, agissait de même.
11, Armenti.—Traduction italienne d’un passage de Properce, II, I, 43, dont le texte latin est:
Navita de ventis, de tauris narrat arator:
Enumerat miles vulnera, pastor oves.
16, Poëte.—Plutarque, Apophthegmes des Lacédémoniens.—Voltaire était plus porté à se targuer de ses connaissances assez faibles en géométrie et en astronomie que de ses talents littéraires; Diderot était dans le même cas; le peintre David se croyait législateur; l’abbé Delille voulait parler d’histoire naturelle; le Jésuite Daniel, se connaître en détails stratégiques; Frédéric II, être poète; le peintre Carteaux et le médecin Doppet, sous la Révolution, être généraux en chef.
21, Ingenieur.—Allusion au pont que César fit construire sur le Rhin, pour le passage de ses troupes en Allemagne, construction sur laquelle il s’étend volontiers dans ses Commentaires, De Bello Gallico, IV, 17; Montaigne y revient au ch. XXXIV du liv. II (V. N. II, 650: [Rhin]).
24, Guere.—Diodore de Sicile, XV, 6.—Ce fut aussi le travers du cardinal de Richelieu.
26, Estude.—Cabinet de travail; le mot étude est employé ici dans le même sens que l’on dit aujourd’hui: étude d’avoué, de notaire.
29, Vis.—Montaigne avait d’abord écrit: «la vis par où il estoit monté», texte qu’il a ensuite modifié, mais qui ne laisse aucun doute sur la signification du mot «vis» qui n’est autre ici qu’un escalier tournant.
94,
14, Conduire.—Si Montaigne eût vécu de notre temps, il eût pu ajouter: «Quant à ceux, si nombreux aujourd’hui, qui font profession d’écrire sur tout, leur style est souvent leur seul mérite; la plupart du temps il n’y a rien à puiser dans leurs écrits; bien plus, il faut s’en défier. Ne connaissant rien à fond de ce dont ils parlent, ils ne peuvent en juger que superficiellement: la compétence leur fait défaut, si grande que soit leur assurance, sans compter qu’ils n’ont pas plus souci de la vérité et de l’exactitude, que du mal qu’ils font sciemment ou inconsciemment.»
16, Langey.—Guillaume du Bellay, seigneur de Langeais.
23, Soldats.—«Et subjects». Add. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux.
27, Batteau.—En 1536. Ce consistoire ne fut à proprement parler qu’une audience publique du Pape, où l’Empereur arriva inopinément, mais avec l’idée préméditée d’y défier François Ier. Ce défi était un des trois moyens qu’il suggérait pour terminer leurs différends: la guerre, l’accession à ses revendications, le combat singulier; les duchés de Bourgogne et de Milan, qu’il réclamait, devaient être dans ces diverses éventualités le prix du vainqueur. Du Bellay, V.—Quel malheur que les chefs d’États ne règlent pas toujours leurs différends en combat singulier, comme le proposait Charles-Quint, au lieu de recourir à la guerre! ce serait au moins un cas où le duel aurait du bon et il n’en serait pas pour cela beaucoup plus fréquent.
96,
13, Subiection.—Pensée traduite d’Aulu-Gelle, I, 13, auquel est aussi emprunté le fait suivant.
14, Heureux.—Parce qu’il était très riche, très noble, très éloquent, fort savant sur le droit et souverain pontife. Aulu-Gelle.
37, Decret.—Cette observation de Montaigne est juste. C’est ainsi qu’à la guerre, il est de principe que celui qui est sur place est maître absolu de ses faits et gestes, tout en se conduisant, dans les limites du possible, suivant les instructions qu’il a reçues; et c’est à l’inobservation de cette règle que, dans la deuxième partie du XVIIIe siècle, les armées autrichiennes, recevant leur direction du Conseil aulique siégeant à Vienne, ont dû d’éprouver de nombreux revers. Le maréchal Pélissier, à Sébastopol, en 1855, harcelé par les recommandations et instructions qui lui venaient pareillement de Paris, y mit fin en menaçant de couper le cable télégraphique qui le reliait à ceux qui avaient la prétention de le tenir ainsi en lisière. Ceci nous amène à cette question si délicate de l’emploi souvent abusif qui est fait de l’armée en temps de paix et des droits et devoirs de chacun en pareil cas:
«On ne peut commander et on ne doit obéir que pour le bien du service et l’exécution des règlements militaires; cette règle régit tous les échelons, y compris le Ministre de la guerre et le Gouvernement lui-même.
«L’obéissance indiscrète outrepasse les ordres; l’obéissance imparfaite s’y tient strictement; l’obéissance parfaite obéit en tout ce qui est permis; or, il n’est permis à personne, non plus qu’au Gouvernement et à ses représentants, d’enfreindre les lois fondamentales de l’humanité, de rien faire au delà des limites assignées par les règlements, ni au delà de ce que permet l’honneur.
«L’armée n’a pas à assurer en temps habituel l’exécution des lois; ses occupations, comme ses devoirs, sont autres: la cavalerie n’est pas lancée à la poursuite des voleurs, caissiers et autres; l’infanterie ne procède ni aux arrestations, ni aux transferts de prisonniers; l’artillerie ni le génie ne détruisent les bâtiments destinés à disparaître: rien de tout cela ne regarde les militaires; pour toutes ces besognes, il y a des agents spéciaux.
«Dans cet emploi irrégulier de l’armée, sa participation à toutes les inaugurations, à toutes les fêtes, à toutes les expositions, est pour beaucoup; on est arrivé à la considérer comme bonne à tout faire.» Gal Donop.
Notons encore que chacun, dans l’accomplissement de la mission qu’il a reçue, n’a d’instructions à recevoir que de son chef direct; nul autre n’a à s’immiscer dans les moyens d’exécution.
Ces principes consacrés par le bon sens, étaient jadis confirmés d’une façon péremptoire par les règlements; mais ceux-ci ont été à cet égard quelque peu modifiés récemment pour avoir raison des résistances que rencontraient des exigences abusives; ici comme ailleurs, quand la politique sectaire s’en mêle, rien de ce qui devrait l’être, n’est plus respecté.
CHAPITRE XVII.
Ce chapitre porte le no XVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
98,
4, Passion.—La peur est naturelle à l’homme, peu d’entre eux l’ignorent; le plus grand nombre finit par en triompher, le lâche est celui qui s’y abandonne.
8, Esblouissements.—«De tous les animaux, a dit le prince de Ligne, l’homme est le plus peureux.»
8, Vulgaire.—Il n’y a pas que le vulgaire à subir des impressions irraisonnées; les esprits forts n’en sont point exempts. Hobbes, qui s’est élevé si énergiquement contre l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, telles que la religion nous les présente, ne pouvait sans crainte des revenants traverser un cimetière; à cette époque, XVIIe siècle, pas plus en Angleterre qu’en France, les cimetières n’étaient clôturés.
13, Corselets.—Petites cuirasses que portaient les piquiers dans les régiments des gardes et dont le nom s’étendait à ceux qui en étaient revêtus.
14, Rouge.—Croix blanche et croix rouge. La croix, depuis les croisades, était fréquemment employée en guerre, dans la catholicité, par les nations adverses pour distinguer les belligérants. A la bataille de Bouvines (1214), les Flamands et les Allemands, opposés aux Français, avaient, pour se distinguer, adopté une croix rouge; au XVIe siècle, la croix blanche était le signe distinctif des Français, la croix rouge celui des Espagnols.
23, Campaigne.—En 1527. Le connétable de Bourbon, opérant pour son propre compte à la tête de partisans auxquels il avait promis le pillage de Rome, exécutait la reconnaissance de la place; l’acte de cet enseigne lui révéla l’existence de cette brèche, par laquelle il fit immédiatement donner l’assaut qui réussit, mais où il trouva la mort. Du Bellay, III.
27, Canonniere.—Embrasure ou ouverture ménagée pour le tir du canon. Il est vraisemblable que c’est là une faute d’impression commise en 1580, qui s’est reproduite d’édition en édition et qu’il faut lire «caponière», sorte de retranchement élevé pour couvrir un passage ou une sortie dans les ouvrages de fortification.
27, Assaillans.—En 1537. Il s’agit ici du siège de Saint-Pol, en Artois. La ville fut emportée d’assaut; cinq mille personnes, tant de la garnison que des habitants, périrent dans les massacres qui suivirent. Guillaume du Bellay, qui raconte le fait (liv. VIII), dit: «Et celuy-cy ie le vey»; il fut également témoin du suivant qui se trouve consigné au même livre de ses Mémoires.
100,
1, Partoit.—L’an 3. Germanicus, après avoir rendu les derniers devoirs aux légions de Varus détruites en ce même endroit six ans auparavant, continuait la poursuite des Germains, lorsque, arrivée à une forêt où Arminius avait fait cacher les siens, la cavalerie romaine fut assaillie à l’improviste et rejetée sur l’infanterie qui la soutenait; le désordre, se propageant, menaçait de se transformer en désastre, quand Germanicus, arrivant avec le corps de bataille, parvint à l’arrêter. Tacite, Annales, I, 63.
10, L’empire.—En 832, en Cappadoce. «Il vaut mieux, lui dit-il, que vous perdiez la vie que si, étant prisonnier, vous faisiez éprouver un si grand déshonneur à la République.» Grâce à cette intervention de Manuel, l’empereur échappa aux mains de l’ennemi; mais, à l’encontre de Montaigne, Zonaras (liv. III), d’où le fait est tiré, donne ce parti pris de ne point fuir, comme un trait de valeur inconsidéré de Théophile, et non de frayeur.
12, Vaillance.—«Son courage est peut-être un effet de la peur.» Corneille, Théodore.
14, Hannibal.—Son père lui avait fait jurer une haine implacable aux Romains. En 219, il ralluma la guerre contre eux en prenant et saccageant en pleine paix la ville de Sagonte (Espagne), leur alliée. Puis, franchissant les Pyrénées, le midi de la Gaule et les Alpes, il les vainc à la Trébie, au Tessin, au lac Trasimène (Italie septentrionale), enfin à Cannes (Italie méridionale) en 216. La fortune cessa dès lors de lui être favorable, et, après s’être maintenu quatorze ans en Italie, sans autres hauts faits, il dut repasser en Afrique pour aller défendre Carthage menacée. Vaincu à Zama (202), pour ne pas tomber aux mains des Romains, il s’exile en Asie Mineure, où il ne cesse de leur fomenter des ennemis, et finalement s’empoisonne pour ne pas leur être livré.
19, Victoire.—Bataille de la Trébie, en 218. Tite-Live, XXI, 56.
30, Suspendues.—Cicéron, Tusc., III.—En 48. Fuyant en Égypte, après sa défaite à Pharsale, Pompée y fut assassiné, au moment où il débarquait, par des soldats du roi Ptolémée envoyés à sa rencontre comme pour lui faire honneur; sa tête fut portée à César qui versa des larmes à cet aspect, et peu après punit les meurtriers.
102,
7, Discours.—C.-à-d. qui n’est pas causée par une erreur de notre jugement, en est indépendante et se produit en dépit de lui.
15, Ire.—Colère, du latin ira qui a même signification.
15, Dieux.—Ces paniques qui furent assez fréquentes à Carthage, notamment durant ses guerres avec les Syracusains qui, passés inopinément en Afrique, avaient failli surprendre la ville (vers l’an 400), étaient considérées par elle, concurremment avec les défaites qu’elle éprouvait, comme autant de manifestations de la colère des dieux qu’ils cherchaient à apaiser par des sacrifices humains. Diodore de Sicile, XV, 7.
16, Paniques.—Ainsi nommées de ce qu’elles passaient comme inspirées, le plus ordinairement, par Pan, le dieu des champs par excellence.—Les paniques sont des défaillances collectives qui se produisent sans même qu’on sache pourquoi; parfois elles sont amenées par une surprise de l’ennemi, très souvent elles naissent sur les derrières de l’armée, elles sont de tous les temps; on en constate chez tous les peuples, quoique l’histoire ne les énumère guère, mais on n’aime pas à parler des siennes et on ignore celles survenues chez l’adversaire. Chez nous, durant les vingt-trois ans qu’a duré l’épopée révolutionnaire, on en a relevé jusqu’à trois cents. Souvent elles sont l’effet d’un énervement prolongé et c’est ce qui fait qu’elles se produisent fréquemment le soir ou le lendemain d’une action, même chez le vainqueur, comme chez nous à Wagram à la fin de la bataille, et le lendemain à Solférino (1859); chez les Prussiens, le soir du 18 août 70; à Iéna, en 1806, les mêmes en éprouvèrent une deux ou trois jours avant la bataille.—Le cheval y est sujet plus encore que l’homme. (Général Daudignac).
CHAPITRE XVIII.
Ce chapitre porte le no XIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
17, Mort.—Montaigne a déjà effleuré ce sujet au ch. III de ce même livre.
19, Debet.—Saint-Ange a donné de ces vers d’Ovide la traduction suivante:
«... Nul homme, certain d’un bonheur sans retour,
Ne peut se croire heureux avant son dernier jour.»
20, Propos.—Hérodote, I, 86.
29, Diuers.—C’est ce qu’après Solon, Sophocle a donné comme conclusion de sa tragédie d’Œdipe à Colone, et que Ducis a rendu de la sorte:
«C’est pourquoi, jusqu’au jour qui termine la vie,
Ne regardons personne avec un œil d’envie;
Peut-on jamais prévoir les derniers coups du sort?
Ne proclamons heureux nul homme avant sa mort.»
Un proverbe italien dit dans le même sens: «Louez la vie après la mort, et le jour quand il est nuit.»—Un autre, français celui-là, dit de même: «Attends le soir pour louer un beau jour, attends la mort pour louer une belle vie.»
32, Malheureux.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
33, Rome.—Philippe, un des fils de Persée, roi de Macédoine, fut réduit, après la conquête de ce royaume par les Romains (167), à se faire menuisier, et postérieurement devint greffier à Rome; ce qui fait attribuer par Montaigne ce double changement de fortune à deux individus différents.
104,
1, Corinthe.—Denys le Jeune, tyran de Syracuse, en ayant été chassé, se retira à Corinthe, où, pour subsister, il se fit maître d’école, 343.—En 1793, lors de la Révolution, le duc d’Orléans, depuis Louis-Philippe roi de France, donna pendant huit mois, pour pouvoir vivre, des leçons de mathématiques et de géographie, à Reiguenau (Suisse).
8, Marché.—Sous le règne de Louis XII, qui l’y avait fait enfermer (1500); on montre encore dans les ruines du château la chambre, en contre-bas du sol, où il fut détenu.
10, Cruauté.—Marie Stuart, reine d’Écosse, qui passait pour la plus belle femme de son temps. Veuve de François II, roi de France, elle fut décapitée par ordre d’Élisabeth, reine d’Angleterre, après dix-huit ans de captivité (1587), alors que son fils, qui devait succéder à Élisabeth sur le trône d’Angleterre, occupait celui d’Écosse; du reste, au point de vue de la moralité, la victime valait encore moins que le bourreau, mais le malheur lui a fait une auréole.
25, Fuit!—Laberius, chevalier romain, sur les instances de César auquel il n’osa refuser et moyennant une somme de 500.000 sesterces (10.000 fr., le petit sesterce valait 0 fr. 20), dut jouer lui-même, sur le théâtre, certaines des pièces qu’il avait composées. Il se vengea de cette humiliation dans un prologue (dont est tirée la citation de Montaigne), où il déplore ce caprice d’un homme puissant qui commande non seulement quand il invite, mais encore quand il prie, et, en lançant cette épigramme mise dans la bouche d’un de ses personnages: «Désormais, Romains, nous avons perdu la liberté!» dite en public, en présence même de César.
28, Reglee.—«Le bonheur n’est pas chose aisée; il est très difficile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs.» Chamfort.—L’éd. de 80 porte: bien assenée.
41, Ancien.—Sénèque, Epist. 102.
106,
1, Passées.—Voltaire appelle le moment de la mort: «celui où les menteurs disent vrai». Lettre à d’Alembert.
6, Alors.—Scipion, beau-père de Pompée, auquel une vie de débauche et de nombreuses exactions étaient à reprocher, se trouva par des vents contraires rejeté sur la côte d’Afrique et son bateau bientôt envahi par les ennemis qu’il fuyait. Ceux-ci, qui ne le connaissaient pas, le cherchant et demandant où était le général: «Le Général, leur répondit-il, est en sûreté», et sur ces mots, il se perça de son épée (46).—Ce que Montaigne dit ici de ce Scipion, d’après Sénèque, Epist. 24, on pourrait le dire également de l’empereur Othon dont la mort, après la bataille de Bebriac (69), fait presque pardonner la mollesse et les débauches de sa vie et dont Tacite dit: «Les autres ont conservé plus longtemps le pouvoir, personne ne l’a quitté avec plus de courage et de sérénité.»—Ces exemples témoignent de la justesse de cette observation de Vauvenargues: «On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort.»
9, Resoudre.—Plutarque, Apophthegmes.
16, Croist.—De sa croissance, à la fleur de son âge, disons-nous aujourd’hui.—«Celui qu’aiment les dieux, meurt jeune.» Menandre.
21, Course.—Il semble qu’il soit ici question de Henri de Lorraine, dit le Balafré, duc de Guise, qui aspirait au trône de France et était sur le point d’y parvenir, quand il fut assassiné à Blois, par ordre de Henri III (1588); précisément à l’époque ou peu après, Montaigne a dû écrire ces lignes qui ne se trouvent pas dans l’édition parue cette même année.
CHAPITRE XIX.
Ce chapitre porte le no XX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
24, Mourir.—Charron qui, dans tout le cours de son traité de la Sagesse, a copié Montaigne, ne lui a fait nulle part des emprunts aussi étendus et aussi multipliés que dans ce chapitre et dans le chapitre III du livre II (Coustume de l’isle de Cea); on peut s’en assurer en lisant particulièrement son ch. XI du liv. II, intitulé: «Se tenir toujours prêt à la mort, fruit de la sagesse.»
26, Mort.—«Toute la vie des philosophes, disait Socrate, est une continuelle méditation de la mort.» Platon, dans le Phédon; Cicéron, Tusc., I, 31.
108,
1, Escriture.—«J’ai reconnu que rien ne vaut mieux que de se réjouir et de se donner du bien-être pendant la vie.» Ecclésiaste, III, 12.
10, Mesme.—«La vertu est la disposition ferme et continue de l’âme à faire le bien et à fuir le mal; mais de même que le soleil a des taches, la vertu a des défaillances, ce qui justifie ce mot prêté à Brutus, se tuant de désespoir: O vertu, tu n’es qu’un mot!... Vertu et vice sont deux mots dont ne se sert jamais l’Écriture sainte (l’assertion n’est pas tout à fait exacte, car le ch. XXVI de l’Ecclésiastique débute ainsi: «Heureux est le mari d’une femme vertueuse»); elle dit partout et toujours: les bons et les méchants. C’est que c’est là la vraie division. Combien sont bons, malgré leurs fautes, et quelquefois à cause de leurs fautes, et trouveront là-haut le père souriant. Combien sont méchants et mauvais, malgré leur vertu, et quelquefois à cause de leur vertu, et trouveront là-haut le juge sévère.» Victor Hugo.
11, Volupté.—«Le plaisir est la vertu sous un nom plus gai.» Young.
33, Fruict.—C.-à-d. qui calcule si les avantages de la vertu peuvent dédommager des peines qu’il en coûte pour devenir vertueux; autrement dit, qui met en balance, d’un côté ce qu’elle coûte à acquérir, de l’autre les avantages qu’elle procure, n’est pas de ses adeptes.
110,
14, Regles.—Var. des éditions antérieures: sectes des Philosophes, au lieu de: «regles».
22, Santé.—«Ignorant toutes les incommodités de l’humanité, il mourut dans des conditions telles qu’on ne saurait en souhaiter de meilleures», dit Valère Maxime, VIII, 13, en parlant de Xénophyle de Chalcis, philosophe pythagoricien, que Montaigne qualifie musicien.
24, Broche.—Couper broche, c’est mettre fin, interrompre. V. N. III, 444: [Broche].
33, Tantale.—Tantale, roi de Lydie, ayant reçu la visite des dieux, leur fit servir, pour éprouver leur divinité, les membres de son propre fils. Pour ce forfait, il fut précipité dans le Tartare et condamné à une soif et à une faim inextinguibles; on le représente au milieu d’un fleuve dont l’eau s’abaisse dès qu’il en approche les lèvres, et sous des arbres dont les branches s’élèvent dès qu’il veut en détacher les fruits.—Cicéron et Montaigne, avec lui, le confondent ici avec Sisyphe, roi de Corinthe, qui, en punition de ses brigandages et de ses cruautés, fut condamné, après sa mort, à rouler dans les Enfers, au sommet d’une montagne, un rocher qui redescendait sans cesse au bas des pentes, dès qu’il atteignait le faîte. Mythologie.
35, Commis.—Ceci se pratique encore fréquemment en France; l’acte de condamnation porte toujours où se fera l’exécution.
112,
3, Mort.—«La mort est bien le bout, non pourtant le but de la vie,» dit ailleurs Montaigne avec beaucoup plus de raison. V. N. III, 574: [But].
4, Comme.—Comment. Corneille l’emploie parfois aussi dans ce sens, il dit dans Horace:
J’ai su par son rapport...
Comme de vos deux fils vous portez le trépas.
8, Queuë.—Brider l’âne par la queue, c’est s’arranger mal, mal prendre ses mesures, un âne ne se bridant pas de la sorte.
12, Seignent.—Font le signe de la croix.
19, Vescu.—Plutarque, Vie de Cicéron, 12.
20, Consolent.—Ils disaient de même et pour le même motif: semianimis (à demi vivant), tandis que nous disons: «à demi-mort».
21, Feu.—Défunt, se dit de quelqu’un récemment décédé; semble venir du latin fuit (il a été); cette étymologie assez naturelle est cependant contestée.
21, Maistre Iehan.—Appellation qui se donnait aux pédants, aux savants et aux docteurs. V. N. II, 478: [Maistre-Iean].
22, L’argent.—Proverbe; quand on a du temps devant soi, on a possibilité de se procurer de quoi se tirer d’embarras. Les Anglais disent avec un sens analogue: Time is money (le temps, c’est de l’argent).
25, Ianuier.—En France, l’année a eu différents points de départ: le 1er mars, sous les rois de la première race; le jour de Noël, sous ceux de la deuxième; le jour de Pâques, sous ceux de la troisième jusqu’à Charles IX qui, par une ordonnance rendue en 1563, en fixa le commencement au 1er janvier. Par suite, le 1er janvier 1563 devint le premier jour de l’an 1564; le parlement ne se conforma à cette ordonnance que trois ans après, en 1567.—Ajoutons qu’en 1793, le début de l’année fut fixé au 22 septembre, en même temps que cette même année était dénommée an 2 de la République; cette manière de compter prit fin le 1er janvier 1806.
26, Autant.—Montaigne ayant trente-neuf ans à ce moment, devait à son compte aller jusqu’à soixante-dix-huit; c’est beaucoup. D’après les tables de mortalité établies par Déparcieux en 1746, les premières, croyons-nous, qui aient été faites, il pouvait espérer arriver à l’âge de soixante à soixante-cinq ans; de fait cette probabilité s’est réalisée, puisqu’il est mort en 1592, dans sa soixantième année. V. N. I, 596: [Esperable].
114,
1, Terme.—Les éditions antérieures à 1588 ajoutent: «et ce fameux Mahumet aussi.» Ce membre de phrase a disparu, Montaigne s’étant vraisemblablement aperçu de l’inexactitude qu’il commettait, Mahomet n’ayant commencé à prêcher qu’à quarante ans et étant mort à soixante-deux.
6, Lyon.—En 1305. Le pape Clément V (Bertrand de Got), que Montaigne appelle son voisin parce qu’il était gascon et qu’il avait été archevêque de Bordeaux, venait d’être couronné à Lyon. Après la cérémonie, retournant à son logis, il traversait la ville à cheval, la tiare sur la tête. Le roi (Philippe le Bel) et successivement ses deux frères avaient tenu la bride de sa monture, et cet honneur venait d’échoir au duc Jean II de Bretagne, quand passant près d’un mur surchargé de spectateurs, le mur s’écroula, le pape fut renversé de cheval, sa tiare tomba; il y eut douze morts, dont le duc de Bretagne, et un grand nombre de blessés, dont le duc de Lorraine qui eut un bras et une cuisse cassés.
7, Iouant.—Henri II, blessé à mort, en 1559, dans un tournoi, par le comte de Montgommery, capitaine de ses gardes.
8, Pourceau.—En 1131. Philippe, fils aîné de Louis le Gros, âgé de seize ans, qui avait été couronné du vivant de son père, comme il était de règle à cette époque, pour mieux assurer l’hérédité. Se promenant à cheval, un pourceau vint à se jeter dans les jambes de l’animal qui s’abattit, brisant la tête de son cavalier contre une borne et l’étouffant de son poids.
9, L’airte.—Sur ses gardes. On écrit aujourd’hui «alerte»; les Italiens disent encore «fare all’erta», être alerte, être au guet, prendre garde à soi. Le Clerc.
10, L’air.—En 406. D’après la tradition, il avait été prédit à Eschyle qu’il périrait en plein air. Valère Maxime, IX, 12, 2.
11, Raisin.—Anacréon suçant le jus d’un grain de raisin, un pépin s’arrêta dans sa gorge et il en mourut. Valère Maxime, IX, 12, 8.
13, Huis.—Pline, Hist. nat., VII, 33; les deux exemples qui suivent se trouvent aussi en cet endroit.
14, Conseil.—Ce fut un accident analogue qui causa la mort du roi de France Charles VIII; se rendant à une partie de jeu de paume, il se heurta le front contre le haut d’une porte basse, et quelques heures après n’était plus (1498).
16, Mantoue.—Guy de Gonzague, père de ce Ludovic, avait été condamné par ses concitoyens à perdre la tête sur l’échafaud, pour cause d’adultère (1382).
17, Platonicien.—Tertullien (Apologétique, 46) rapporte le fait, mais seulement comme un on-dit. Diogène Laërce conte au contraire que Speusippus, perclus depuis déjà quelques années par suite de paralysie, et accablé de douleurs, se donna la mort dans un âge avancé, version que Montaigne reproduit, I, 632.
18, Papes.—Le pape Jean XII fut, dit-on, assassiné dans les bras de sa maîtresse (964).
21, Siens.—Cet exemple et le précédent sont tirés de Pline, VII, 33.
22, Frere.—Montaigne eut quatre frères et trois sœurs.—Ses frères étaient: Thomas, seigneur de Beauregard, qui épousa Mademoiselle Carle, belle-fille de la Boétie, qui était mort depuis quelques années quand le mariage eut lieu; Mademoiselle Carle possédait la propriété d’Arsac en Médoc, dont son mari prit le nom. Pierre, seigneur de la Brousse, propriété de la famille, non loin de Montaigne. Arnaud, dit le capitaine Saint-Martin, dont il est question ici. Bertrand, seigneur de Mattecoulom, petite propriété près de Bordeaux.—Ses sœurs: Jeanne, mariée à Richard de Lestonna, conseiller au parlement de Bordeaux. Léonor, mariée à Thiébaud de Camain, également conseiller. Marie, mariée à Bernard de Cazalis. V. N. III, 32: [Mere].
24, Esteuf.—Balle dont il était et est encore fait usage pour jouer à la paume.
27, Causa.—Les cas de mort subite sont journaliers et se produisent en toutes circonstances; Rabelais en cite plusieurs, en outre de quelques-unes des précédentes: Spurius Saufeius mourut, dit-il, en humant un œuf mollet en sortant du bain; Fabius, préteur romain, fut suffoqué par un poil de chèvre en buvant une tasse de lait; Philomènes, par un fou rire que lui causa la vue d’un âne mangeant des figues nouvelles qu’on avait apportées pour lui-même; Zeuxis, le peintre, en se pâmant de rire, en considérant le minois d’une vieille dont il venait de faire le portrait, et autres.—De nos jours en 1904, la mère d’un cardinal mourait à la nouvelle que son fils venait d’être promu patriarche de Venise; une servante du Limousin, en apprenant qu’elle venait de gagner 25.000 fr. à une loterie; en Champagne, un candidat à la députation, à l’annonce de son élection.—La plupart du temps cependant, les circonstances extérieures dans lesquelles les morts subites se produisent et qui font qu’on les remarque, n’y sont pour rien.
34, Veau.—Niais; cette qualification de veau était souvent appliquée aux gens par trop simples d’esprit.
44, Dessoude.—Soudainement, du latin de subito, à l’imprévu, comme portent les éditions antérieures.
116,
17, Accoustumons-le.—«Il n’est point d’objet si effrayant qu’on ne puisse envisager sans crainte, quand on s’est familiarisé avec lui; plus on s’occupe de la mort, moins on la redoute.» De Ségur.—«C’est un accident si banal, si inévitable, si peu à redouter pour qui a la conscience tranquille, que ce n’est vraiment pas la peine d’y penser, si on a mis ordre à ses affaires et si rien de particulier ne vous porte à désirer une prolongation d’existence.» G. M.
27, Egyptiens.—Hérodote, II, 78.
29, Seche.—Un squelette.
32, Attende.
«C’est un arrêt du ciel, il faut que l’homme meure.
Tel est son partage et son sort.
Rien n’est plus certain que la mort,
Et rien plus incertain que cette dernière heure.» Abbé Testu.
36, Mal.—«Le jour de la mort vaut mieux que le jour de la naissance; mieux vaut la fin d’une chose que son commencement.» Ecclésiaste, VII, 1 et 8.
40, Mesme.—Persée, qui n’eut pas le courage, en se tuant, de suivre le conseil qui lui était implicitement donné et qu’on fit mourir dans sa prison, de faim, disent les uns, en le privant de sommeil, disent les autres, après avoir servi d’ornement au triomphe de son vainqueur. Plutarque, Paul Émile, 17; Cicéron, Tusc., V, 40.
118,
3, Ageret.—Mademoiselle de Gournay a donné de ce vers de Catulle la traduction suivante: «Quand mon âge fleuri roulait son gai printemps», qui mérite d’être conservée pour sa grâce et la fidélité originale de la traduction. Le Clerc.
11, Non plus.—Pas davantage. On trouve dans l’Horace de Corneille cette expression avec la même signification:
«...... Quel malheur si l’amour de sa femme
Ne peut non plus sur lui, que le mien sur ton âme.»
26, Pres.—Le 6e paragraphe du ch. XXIII du liv. I de l’Imitation de Jésus-Christ résume, ainsi que l’a fait Montaigne, ici et ailleurs, les divers genres de mort qui nous menacent continuellement; Corneille le traduit ainsi:
«Combien de fois entends-tu dire:
Celui-ci vient d’être égorgé;
Celui-là d’être submergé;
Cet autre, dans les fers, expire.
L’un, écrasé subitement,
Dans les débris d’un bâtiment
A fini ses jours et ses vices;
L’autre au milieu d’un bon repas,
L’autre parmi d’autres délices
Se sont vus surpris du trépas.»
37, Mort.
«Que l’homme connaît peu la mort qu’il appréhende,
Quand il dit qu’elle le surprend!
Elle naît avec lui; sans cesse lui demande
Un tribut dont en vain son orgueil se défend;
Il commence à mourir, longtemps avant qu’il meure,
Et périt en détail imperceptiblement;
Le nom de mort qu’on donne à notre heure dernière,
N’en est que l’accomplissement.» Mme Deshoulières.
120,
5, Estre.—Dans sa fable «La mort et le mourant», La Fontaine a développé cette même pensée de Montaigne, si bien résumée par le dernier vers de cette fable: «Le plus semblable aux morts, meurt le plus à regret.» Cette fable se retrouve du reste dans Abstemius, fabuliste italien du XVe siècle.
10, Mortes morts.—Les morts où tout meurt à la fois chez l’homme, par opposition à celles où il s’éteint graduellement, perdant tout ou partie de ses facultés avant de perdre la vie.
13, Manent.—Le texte de Virgile porte Pendent.
19, Agir.—Les éditions antérieures ajoutent: Et ie suis d’aduis que non seulement vn Empereur, comme disoit Vespasien, mais que tout gallant homme doit mourir debout.
32, Lycurgus.—Plutarque, Vie de Lycurgue, 20.
35, Condition.—Actuellement, par mesure d’hygiène, les cimetières sont établis loin des groupes d’habitations; le souvenir et le culte des morts y ont perdu. Être inhumé au pied de son clocher, au centre même du lieu où l’on avait vécu, de ses affections, avait autrement de poésie que d’être, comme aujourd’hui, relégué au loin et à l’écart.
42, Tel.—Cette exhibition, au dire même d’Hérodote qui la rapporte, n’avait nullement pour objet, comme Montaigne le donne à entendre, une pensée morale, mais, au contraire, celui de s’exciter à boire et à mener joyeuse vie, bannissant peines et soucis, se rappelant le peu de temps durant lequel il est donné à l’homme d’en jouir.
122,
4, Diuerses.—Ce registre, à la vérité non commenté, et c’est là le point essentiel de l’idée de Montaigne, existait de son temps, établi par de Ravisi (Bâle, 1552); d’autres depuis, toujours sans commentaires, en ont pareillement donné des relevés. Parmi les auteurs mêmes qu’il avait dans sa bibliothèque, Pline, Valère Maxime, Boccace y ont consacré des chapitres entiers de leurs ouvrages.
7, Fin.—Cicéron, De Off., II, 5. Dicearchus, dans son livre, énumère tout ce qui concourt à la destruction de l’homme: épidémies, cataclysmes de toutes sortes, et termine en montrant que les guerres, les séditions, en un mot la fureur de l’homme contre ses semblables, en fait périr plus que toutes les autres calamités réunies.
23, César.—De Bello Gallico, VII, 81.
30, Mort.—Montaigne mourut, comme il en manifeste l’espoir, avec courage et résignation. Il s’éteignit lentement le 13 septembre 1592. «Depuis trois jours déjà, il ne pouvait plus parler, mais était plein d’entendement. Sentant sa fin approcher, il fit mander à quelques gentilshommes ses voisins de venir, pour qu’il prit congé d’eux; et, alors qu’on était réuni et tandis qu’on disait la messe dans sa chambre, à l’élévation, par un effort suprême il joignit les mains, tenta de se dresser sur son séant et rendit l’âme.» Pasquier.
33, Manet!—Citation tirée de Pseudo-Gallus. Gallus, contemporain d’Auguste, prit part aux grandes affaires de l’État, et composa des élégies qui ne nous sont pas parvenues. Il en a été, nonobstant, publié sous son nom, en 1501; elles semblent lui avoir été faussement attribuées et être d’un poète inconnu du VIe siècle que certains dénomment Maximianus et que l’on a pris le parti de désigner sous l’appellation de Pseudo-Gallus.
37, Vie.—Sénèque, Epist. 76.
124,
5, Vieillesse.—Curius Dentatus, rapporte Sénèque, disait «préférer être mort que vivre mort».
21, Figue.—«Faire la figue», expression italienne. C’est se moquer de quelqu’un en lui faisant un geste indécent avec les doigts, lui montrant le bout du pouce entre l’index et le médius. En 1162, Frédéric Barberousse, empereur d’Allemagne, pour se venger des Milanais, qui avaient promené ignominieusement sa femme sur une mule, les ayant battus, fit placer une figue dans les parties génitales de la mule et chacun de ses prisonniers dut, à tour de rôle, sous peine de mort, la retirer avec les dents, d’où ce geste et cette expression, rappelant cette aventure aux Milanais et tenu par eux comme une injure.
34, Mort.—Diogène Laerce, II, 15; Cicéron, Tusc., I, 40.—Socrate ne fut pas condamné à mort par les trente tyrans, mais après leur expulsion, par les Athéniens eux-mêmes (400), ou mieux par le conseil des Héliastes. Ce conseil, ainsi nommé parce qu’il siégeait en plein air, et dont le nombre des membres variait de 200 à 600, était composé de sénateurs. Pour Socrate, 556 membres étaient présents; il fut déclaré coupable à la majorité de 3 voix, et condamné à mort à celle de 33; il est vraisemblable que la hardiesse de sa défense indisposa d’un scrutin à l’autre quelques-uns de ceux qui, de prime abord, s’étaient prononcés pour la non-culpabilité. V. N. III, 576: [L’vn].
40, Ans.—Allusion au sentiment éprouvé par Xerxès voyant défiler son armée et songeant que, dans cent ans, de tous ces êtres humains, pas un ne demeurerait, fait mentionné ci-après, I, 408.—Un jour, en présence du peuple romain auquel il donnait des jeux, Titus versa des larmes provoquées par de semblables réflexions.
126,
7, Decrepitude.—Cicéron, Tusc., I, 39.
10, Eternité.-«L’éternité commencée tout à l’heure, est aussi ancienne que l’éternité datée de la première mort, du meurtre d’Abel.» Chateaubriand.
11, Arbres.—Il existerait au Mexique, encore actuellement en 1907, près d’un village appelé Chepultepec, un cyprès qui aurait trente-cinq mètres de tour et qui, d’après les botanistes, serait âgé de plus de six mille ans. On trouve également en Amérique, notamment en Californie, des séquoias qui auraient de 3000 à 3500 ans d’existence; en Judée, au jardin de Gethsémani, sont nombreux les oliviers qui ont été témoins de l’agonie de Jésus-Christ; en Angleterre existe un chêne de toute beauté auquel on attribue une existence de douze siècles. Il y a en Normandie un chêne qui serait contemporain de Guillaume le Conquérant; en Sardaigne se trouveraient des orangers qui auraient sept cents ans; à l’orangerie de Versailles en existe un, en fort bon état, planté au XVe siècle par Éléonore de Castille. Larousse.
11, Animaux.—L’éléphant serait de tous les animaux celui qui vivrait le plus longtemps; on en cite un qui, pris par Alexandre le Grand, lors de la défaite de Porus, pouvant avoir à ce moment une cinquantaine d’années, existait encore à Alexandrie trois siècles après. La tortue, la corneille, le perroquet atteindraient cent ans; l’aigle, cent cinquante ans. Les esturgeons, les squales, passent pour vivre plusieurs siècles; on prétend que dans les pièces d’eau du château de Fontainebleau, se trouvent des carpes datant de la fondation par François Ier, il y a quatre cents ans. Larousse.
12, Ridicule.—Sénèque, Consol. ad Marciam, 20.
16, Monde.—«Il est aussi naturel de mourir que de naître.» Bacon.
20, Creation.
«Homme, contre la mort, quoi que l’art te promette,
Il ne saurait te secourir.
Prépares-y ton cœur; dis-toi: C’est une dette
Qu’en recevant le jour j’ai faite;
Nous ne naissons que pour mourir.» Mme Deshoulières.
«L’enfant naît pour mourir, la maison s’élève pour tomber.» Adage arabe.
23, Viure.
«... Tout passe et tout meurt: tel est l’arrêt du sort.
L’instant où nous naissons est un pas vers la mort.»
Voltaire, Exhortation villageoise du Curé de C.
25, Pendet.—Add. de 80: Et ne mourés iamais trop tost.
27, Mort.—«Nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour.» Bossuet, Oraison funèbre de Madame la duchesse d’Orléans.
«Le moment où je parle est déjà loin de moi.» Boileau.
«Dans tout berceau germe une tombe.» Victor Hugo.
128,
3, Disposition.—Terme d’astronomie; c’est l’état des astres et leur aspect.
11, Mesme.—«Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera; il n’y a rien de nouveau sous le soleil.» Ecclésiaste, I, 9.
38, Videmus.—La phrase qui précède est la traduction de ces deux vers.
45, Vsage.—«La durée de la vie se compte réellement, non par le nombre des années, mais par celui des pensées et des actions.» De Ségur.
46, Vescu.—«Quelque jeune qu’on soit, quand on a bien su vivre, on a toujours assez vécu.» Mme Deshoulières.»
130,
1, Issue.—A Saint-Antoine de Padoue (Italie), on voit dans le cloître une tombe française, datant de 1595, dont l’épitaphe se termine par ce vers:
«Car il n’est si beau jour qui n’amène sa nuit.»
23, Donnée.—«Si Dieu avait donné le choix, ou de mourir, ou de toujours vivre; après avoir médité profondément ce que c’est, que de ne voir nulle fin à la pauvreté, à la dépendance, à l’ennui, à la maladie; ou de n’essayer des richesses, des plaisirs et de la santé que pour les voir changer inévitablement en leurs contraires par la révolution du temps, et être ainsi le jouet des biens et des maux, l’on ne saurait guère à quoi se résoudre. La nature nous fixe et nous ôte l’embarras de choisir; et la mort qu’elle nous rend nécessaire, est encore adoucie par la religion.» La Bruyère.—«Si nous étions immortels, nous serions des êtres très misérables. Il est dur, sans doute, de mourir; mais il est doux d’espérer qu’on ne vivra pas toujours et qu’une meilleure vie finira les peines de celle-ci. Si on nous offrait l’immortalité sur la terre, qui est-ce qui voudrait accepter ce triste présent? quelles ressources, quels espoirs, quelles consolations nous resteraient contre les rigueurs du sort et les injustices des hommes?» J.-J. Rousseau, Émile, II.
24, Priué.—Le Tasse, près de rendre le dernier soupir, disait: «Si la mort n’était pas, il n’y aurait au monde rien de plus misérable que l’homme.»
«La vie n’est qu’un amas de craintes, de douleurs,
De travaux, de soucis, de peines;
Pour qui connaît les misères humaines,
Mourir n’est pas le plus grand des malheurs.» Mme Deshoulières.
«Celui-là qui meurt jeune, est aimé des dieux.»—«J’aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice, cela m’aurait ôté bien des ennuis et m’aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément» (Mme de Sévigné).
30, Indifférent.—Diogène Laerce, I, 35.
132,
1, Arriue.—C’est de cette même idée que s’inspire cette inscription qui se lit fréquemment sur les cadrans solaires: «Vulnerant omnes, ultima necat (Toutes les heures nous blessent, la dernière nous tue)», que certains trouveraient plus juste si elle était rédigée: «Vulnerant omnes, ultima sanat (la dernière guérit)», puisque cette dernière met fin à nos maux.
2, Nature.—Tout ce discours de la nature est imité de Lucrèce, III, du vers 945 jusqu’à la fin du livre. Les deux dernières phrases sont traduites de Sénèque, Epist. 20; le traité de ce même philosophe, De brevitate vitæ, a aussi fourni à Montaigne quelques imitations. Le Clerc.
14, Prescheurs.—«Qui demandent: Où voulez-vous, Monsieur, qu’on vous enterre?» Voltaire, La Pucelle.
17, Nous.—Cette idée et celle de la phrase suivante appartiennent à Sénèque, Epist. 24.—«C’est moins la mort qui est horrible, que le fantôme sous lequel on nous la fait envisager.» Chilon.
17, Masque.—«La mort est belle; elle est notre amie. Néanmoins, nous ne la reconnaissons pas, parce qu’elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante.» Chateaubriand.
20, Mort.—Les éd. ant. aj.: et heureuse trois fois.
21, Equipage.—«Mon ami, je mourrai aujourd’hui. Quand on en est là, il ne reste plus qu’une chose à faire, c’est de se parfumer, de se couronner de fleurs, de s’environner de musique, afin d’entrer agréablement dans ce sommeil dont on ne se réveille plus.» Paroles de Mirabeau à Cabanis, le jour de sa mort.—«Le dernier plaisir de la vie, a dit César, est de mourir sans y penser.»
CHAPITRE XX.
Ce chapitre porte le no XXI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
23, L’imagination.—Charron a puisé dans ce chapitre la plupart des idées qu’il exprime au ch. 17 du liv. I de son Traité sur la Sagesse.
134,
18, Sagesse.—Ce Vibius Gallus était rhétoricien de profession. Il s’imagina que les emportements de la raison, représentés devant ses auditeurs, captiveraient leur esprit; et, par le soin qu’il prit à contrefaire le fou, il le devint effectivement. «C’est le seul homme que je sache, dit Sénèque le Rhéteur, Controv., II, 9, à qui il est arrivé de devenir fou, non par accident, mais par acte de jugement.»
21, Imagination.—On a vu maintes fois des patients mourir sur la table d’opération, avant même que le chirurgien eût commencé.—En 1794, Hébert, ce terroriste qui avait envoyé de si nombreuses victimes à l’échafaud, appelé à son tour à y monter, fut si faible devant la mort que ses jambes ne le portaient plus; il fallut, lorsqu’on le descendit de la charrette, l’asseoir sur le pavé. A la vue de la fatale machine, il s’évanouit; il était sans vie, lorsqu’on l’attacha sur la bascule; on ne guillotina qu’un mort.—Au collège royal d’Aberdeen, en Angleterre, des étudiants ayant à se plaindre du portier, s’en saisissent et lui annoncent qu’ils vont lui trancher la tête; ils l’agenouillent les yeux bandés et le frappent à la nuque avec une serviette mouillée; quand on le relève, il a cessé de vivre.—Lors du cataclysme qui, en 1902, ravagea la Martinique et détruisit la ville de Saint-Pierre, tous les navires qui étaient dans la rade périrent consumés par les flammes. Un seul, le «Roddus», parvint à s’échapper indemne; on n’y découvrit pas moins, une fois en sûreté, dans le salon du bord, les cadavres de plusieurs matelots qui, effrayés par la soudaineté de l’éruption et la pluie de feu, avaient dû se réfugier en toute hâte dans cette pièce et y étaient morts de peur, car ils ne portaient aucune trace de blessure. Fulbert Dumonteil.
28, Cruentent.—Montaigne a rendu lui-même, avant de les citer, l’idée exprimée dans ces deux vers de Lucrèce, dont la traduction textuelle est la suivante: «Semblables aux flots tumultueux d’un fleuve franchissant toute limite, les amoureux inondent leurs vêtements.»
31, Italie.—Valère Maxime, V, 6, qualifie Cippus de préteur et dit qu’étant sorti de Rome en habit de général et l’accident dont parle Montaigne lui étant arrivé, les devins déclarèrent qu’il serait roi, s’il retournait à Rome; sur quoi, il se condamna volontairement à un exil éternel. V. aussi Pline, XI, 58.
35, Refusée.—En 546, Crésus, roi de Lydie (Asie Mineure), avait un fils muet de naissance. Lors de la prise de sa capitale par les Perses, l’un d’eux allait tuer le roi qu’il ne connaissait pas, lorsque son fils qui était à ses côtés, saisi d’effroi, fit un effort qui lui rendit la voix: «Soldat, se serait-il écrié, ne tue pas Crésus!» et, pour le reste de sa vie, il conserva la faculté de parler. Hérodote, I, 85.
37, Ame.—Antiochus, fils de Séleucus Nicator roi de Syrie, dépérissait. Erasistrate, son médecin, ne pouvant en pénétrer la cause, pensa qu’il se mourait d’amour, et, pour connaître l’objet de sa passion, imagina de mettre la main sur le cœur du malade et de faire défiler devant lui toutes les personnes de son entourage. A l’entrée de chacune, le jeune homme resta parfaitement calme, jusqu’à l’arrivée de Stratonice, sa belle-mère; à ce moment, il change de couleur, une sueur froide l’envahit, un frisson s’empare de lui, son cœur palpite; ces mouvements révèlent au médecin ce qu’il voulait connaître et il déclare au roi que le seul moyen de sauver son fils est de l’unir à la princesse; Séleucus consentit à la lui céder. Lucien, Traité de la déesse de Syrie.
38, Nopces.—Outre cet exemple de changement de sexe, Pline, Hist. nat., VII, 4, en cite plusieurs autres, mais aucun en sens inverse d’homme changé en femme; Ausone leur consacre une de ses épigrammes.—Le fait se présente de temps à autre, mais plus apparent que réel, ne tenant en quoi que ce soit du merveilleux; chez la plupart, il n’est que le fait de fausses déclarations, faites à la naissance par les parents qui espèrent de la sorte éviter à leur fils le service militaire. Cependant, en dehors de toute supercherie, il naît parfois des hermaphrodites; les Romains avaient pour principe de les détruire; de nos jours, on les admet à l’existence comme tous autres. Cette année même (1906), à Charlottenbourg (Prusse), un nouveau-né aurait été inscrit à l’état civil sans indication de sexe, l’accord n’ayant pu se faire sur sa détermination, et l’on aurait remis à l’avenir de décider la question.
41, Iphis.—Lors de la naissance d’Iphis, son père, partant en voyage, avait ordonné que si c’était une fille, ce qui arriva, elle fût exposée. Sa mère, pour la sauver, déguisa son sexe et l’éleva comme un garçon. Quand vint le moment de la marier, durant la cérémonie nuptiale, les dieux, cédant à ses prières et à celles de sa mère, la changèrent en garçon; et, par reconnaissance, Iphis offrit un sacrifice à Isis (une des divinités principales de l’Égypte, personnification de la nature), inscrivant sur un ex-voto le vers que cite Montaigne. Myth.
136,
1, François.—Vitry-le-François s’écrit et se prononce encore avec un O. Cette ville a été bâtie par François Ier, pour recevoir les habitants de Vitry-le-Brûlé, bourg distant d’environ 5 kil., que Charles-Quint venait de détruire (1554).
2, Soissons.—En 1580. Dans son journal de voyage, Montaigne écrit: «Nous ne le sceumes voir, parce qu’il estoit au village». Il y est dit aussi que ce fut l’évêque de Châlons, et non de Soissons, le cardinal de Lenoncourt, qui lui donna ce nom de Germain. Le Clerc.
9, Marie Germain.—Le fait est mentionné par Ambroise Paré; c’était, dit-il, une jeune paysanne du nom de Marie Garnier qui, à l’âge de quinze ans, gardant les moutons et ayant sauté un fossé, éprouva une vive douleur et se trouva avoir changé de sexe; on lui donna alors le nom de Germain. Ce devait être, ajoute le célèbre chirurgien de l’époque, un véritable garçon, dont les organes étaient jusque-là demeurés à l’intérieur. Cuvier.—En 1907, à Savia (Italie), est né un enfant hermaphrodite, chez lequel les médecins n’ont pas été d’accord sur le sexe prédominant.—La duchesse d’Orléans, mère du Régent, sous Louis XV, parle dans ses Mémoires de Marie Germain, et avoue avoir, dans l’espoir de devenir homme comme elle, fait, elle aussi, des sauts si terribles que c’est miracle si, cent fois, elle ne s’est pas rompu le cou.
16, Dagobert.—Ce roi, dit la légende, était couvert de lèpre; s’étant dévotieusement frictionné avec la rosée de certain lieu d’une vénération particulière, il en fut miraculeusement guéri, ne conservant que les cicatrices de ses plaies.
16, Saint François.—Deux ans avant sa mort (1224), saint François d’Assise étant en prière, tomba en extase; le Christ sur la croix lui apparut, et, en même temps, il se sentit comme percé de trous dans tous les membres où les clous avaient été enfoncés dans ceux de Notre-Seigneur; et depuis il en conserva les cicatrices.—Ce fait de stigmates a été relevé à diverses reprises; en des temps rapprochés, en 1843, il a été assez longuement question d’un cas semblable, chez trois vierges, dans le Tyrol. En ce qui touche saint François d’Assise, le fait a été accepté par l’Église qui a institué une fête en cet honneur; ce qui n’a pas empêché un incrédule d’avancer qu’au dire des Jacobins, adversaires des Cordeliers dont saint François est le fondateur, ces stigmates avaient été produits par saint Dominique armé d’une broche, lors d’un différend survenu entre eux.
19, Autre.—Cet autre, c’est Restitutus. Cité de Dieu, XIV, 24.
22, Haleine.—Les extases, plus ou moins prolongées, sont un fait courant que la science explique dans une certaine mesure et qu’on arrive même assez aisément à provoquer chez certaines personnes, par le magnétisme.
27, Visions.—«Des miracles», ajoutent toutes les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
32, Liaisons.—«Des mariages», ajoutent les éditions antérieures. Il s’agit ici de nouement d’éguillettes, ou impuissance momentanée empêchant la consommation du mariage, attribuée alors à des maléfices et qui jadis était l’objet de bien des préoccupations: Virgile semble y faire allusion; l’Écriture sainte relate la peine de mort contre ceux se livrant à des enchantements pour les produire; la loi salique leur inflige une amende de quarante sous d’or.
138,
16 à 22, On n’a pas... préseruer.—Var. des éd. ant.: A qui a assez de loisir pour se rauoir et se remettre de ce trouble, mon conseil est qu’il diuertisse ailleurs son pensement ou qu’on luy persuade, qu’on luy fournira des contrenchantemens d’vn effect merueilleux et certain.
31, Test.—A la base du crâne.
140,
1, Resueillon.—Collation faite au milieu de la nuit, quand on veillait, fréquemment pratiquée alors, le souper ayant lieu d’ordinaire à 5 heures du soir; est encore, de nos jours, de pratique courante la nuit de Noël, mais avec en plus une idée de divertissement qui à l’époque n’en faisait pas partie intégrante.
32, Sacrifices.—Hérodote, II, 81, d’où le fait est tiré, dit que ce fut Laodice qui s’avisa de faire vœu à Vénus de lui ériger une statue, ce dont elle s’acquitta très fidèlement.
34, Mineuses.—Qui font des mines, des manières; minaudières.
35, Allumant.—Var. des éd. ant.: «Mais il faut aussi que celles, à qui legitimement on le peut demander, ostent ces façons ceremonieuses et affectées de rigueur et de refus, et qu’elles se contraignent vn peu, pour s’accommoder à la necessité de ce siecle malheureux», au lieu de: «Or elles ont... allumant».
35, Cotte.—Ce propos émane de Théano. Cf. Hérodote, I, 8.
142,
4 à 5, Qui luy... suiuantes.—Var. des éd. ant.: que cette frayeur s’en augmente et redouble à toutes les occasions suiuantes: et sans quelque contremine on n’en vient pas aisement à bout.
144,
13, Saint Augustin.—Dans la Cité de Dieu, XIV, 24; voir aussi le commentaire de Vivès sur ce passage.—Il y a vingt ou trente ans, un individu, tirant parti de cette même affection, affublé de la qualité de Pétomane, se donnait en spectacle à Paris; il en était arrivé à jouer certains airs.
25, Pouuoir.—Claude, empereur romain. Suétone (Claude, 32) dit seulement: Il méditait, assure-t-on, de rendre un édit «pour permettre de lâcher des vents à sa table», parce qu’il avait appris qu’un de ses convives avait pensé mourir pour s’être retenu devant lui. «Ne vous étonnez pas davantage, dit Rabelais, de celui-ci qui, pour retenir son vent et défaut de péter un mauvais coup, mourut subitement en présence de Claudius», origine probable de cette intention.
146,
12, Espaigne.—Les écrouelles, affection chronique des glandes du cou, vulgairement appelées «humeurs froides».—Les rois de France passaient jadis pour avoir le don de guérir cette maladie. A cet effet, ils faisaient sur la face du malade un signe de croix, en le touchant du front au menton et d’une oreille à l’autre, en disant: «Le roi te touche, Dieu te guérit.» Ils procédaient à cette opération, plus particulièrement le jour de leur sacre et à différentes fêtes annoncées à l’avance, pour que ceux qui le voulaient pussent se présenter. Le jour de son sacre, Louis XIV en toucha près de 2.000. Les étrangers se présentaient en grand nombre, notamment les Espagnols, chez lesquels cette maladie était, paraît-il, assez répandue; ce seraient eux qui, pour cacher ce mal, auraient inventé ces grandes fraises, en usage autrefois, particulièrement au XVIe siècle.—L’antiquité est fertile en superstitions de ce genre: Pyrrhus, roi d’Épire, guérissait les gens malades de la rate en leur touchant le flanc gauche avec son orteil droit; ils devaient au préalable avoir sacrifié un coq blanc. Montaigne, d’après Plutarque, cite ailleurs le fait de Vespasien rendant la vue à deux aveugles en leur humectant la paupière avec sa salive.
17, Aposéme.—Apozème, terme de médecine; potion faite d’une décoction d’herbes.
37, Façon.—Ce trait est, après Montaigne, rapporté dans les anecdotes de médecine de Dumonchau.—De cet effet d’imagination vrai ou faux, on peut rapprocher celui bien réel qui se produit journellement quand on souffre des dents et qu’on se décide à s’en faire arracher; l’appréhension de la douleur fait que très fréquemment le mal disparaît, quand le dentiste se dispose à opérer.
148,
7, Douleur.—Des faits semblables sont assez fréquents dans les annales médicales.—L’illustre chirurgien Velpeau eut jadis à traiter un malade persuadé qu’il avait avalé une couleuvre et le guérit en procédant de la même façon.—Tout récemment le docteur Richelot, à l’hôpital Cochin, à Paris, avait affaire à une femme prétendant avoir avalé, en buvant à un ruisseau, il y avait une quarantaine d’années, un œuf de lézard, qui avait éclos en elle et produit un lézard qui la gênait de plus en plus et était devenu intolérable. Il l’endormit, lui fit une incision superficielle et, à son réveil, lui produisit un magnifique lézard vert, d’une trentaine de centimètres de long, dont il s’était nanti au préalable. La femme fut convaincue et guérie, jusqu’à ce que quelque temps après, apprenant la supercherie par les journaux, les mêmes effets se reproduisirent en elle.—Ces effets sont le résultat de troubles nerveux très connus aujourd’hui, qui affectent parfois une forme plus curieuse encore dans le cas de la grossesse nerveuse, où la femme se figure être enceinte, en présente tous les symptômes, a dès les premiers mois des vomissements, s’imagine plus tard sentir remuer l’enfant qui n’existe pas, jusqu’à ce que vers le neuvième mois tout rentre insensiblement de soi-même dans l’ordre.
29, Regard.—C’est la croyance au mauvais œil, dont, quelques lignes plus loin, Montaigne gratifie les sorciers. La Scythie n’était pas le seul pays où pareille croyance existait, et nous la trouvons encore aujourd’hui dans bien des pays se disant civilisés, notamment en Italie, où le «jettatore» (jeteur de sorts) est un être redouté, faisant le mal sans même en avoir l’intention. Aussi, s’en garde-t-on avec grand soin; heureusement, il est facile à reconnaître; du reste, pour s’en protéger, il existe des préservatifs: pour conjurer le mauvais sort les dames romaines portaient à cet effet, dans l’antiquité, des priapes de bronze d’or, que les modernes remplacent par des cornes en corail ou en jais; les Orientaux donnent la préférence à des mains en argent, assez grossièrement imitées, les cinq doigts ouverts; à la rigueur, si on est surpris, la main ainsi étendue, les doigts écartés et dirigés vers celui qui vous menace ainsi, d’une façon consciente ou inconsciente, suffit pour vous en défendre.
37, More.—Ludovic Sforza, duc de Milan, dont il a été question, I, 104, dit le More ou le Maure, en raison de son teint basané.
150,
2, Iacob.—Jacob était convenu avec Laban, son beau-père, qu’il garderait ses troupeaux et que comme salaire tout agneau ou chevreau tacheté serait sa propriété. Il prit alors, dit la Genèse, XXX, 37, des baguettes vertes de peuplier, d’amandier et de platane, il y pela des bandes en mettant à nu le blanc des baguettes, et plaça ces baguettes dans les abreuvoirs, et quand les brebis s’accouplaient devant les baguettes, elles faisaient des petits rayés, tachetés et marqués; et comme en outre il prenait la précaution d’agir ainsi à l’égard des brebis les plus vigoureuses, Laban n’avait que des agneaux peu nombreux et chétifs, tandis que les siens étaient en bien plus grand nombre et vigoureux, et de la sorte, ajoute l’Écriture sainte, il devint extrêmement riche.
17, Moy.—De nombreuses éditions postérieures à celle de 1595, portent «conte», au lieu de «comme», indicatif du verbe commer (faire application); le sens ne justifie pas cette modification.
152,
13, Partis.—Quoique catholique et partisan de l’autorité royale, Montaigne conserva toujours de bonnes relations avec les chefs de tous les partis, la politique n’eut jamais très grande action sur lui.
23, Punissables.—Montaigne cherche plus en effet dans les contes et anecdotes qu’il présente, des occasions d’exprimer sa façon de penser, que d’en tirer des déductions, ce qui le porte à se préoccuper fort peu de leur exactitude qui souvent laisse fort à désirer.
28, Ainsi.—Les poètes de cette époque écrivaient «ainsin» pour éviter des hiatus, quand le mot suivant commençait par une voyelle, ce dont ce passage semble une critique.
CHAPITRE XXI.
Ce chapitre porte le no XXII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
154,
1, Demades.—Sénèque, De Beneficiis, VI, d’où presque tout ce chapitre a été pris.
6, D’autruy.—«C’est ce qui fait qu’il est si difficile de détruire les abus; il n’y en a pas qui ne profitent à quelques-uns.»
8, Guain.—Ceci a été et sera de tous temps, et l’on peut ajouter que chacun cherche à vendre le plus cher possible et à acheter au prix le moins élevé; c’est ce que de nos jours on appelle «la lutte pour la vie», d’autant plus ardente que la civilisation va sans cesse augmentant les appétits, créant de nouveaux besoins. C’est ce qui fait que le patron veut la journée de travail la plus longue et l’ouvrier la moins longue possible; que les comptables, les professeurs réclament contre les employés des ministères qui, à temps perdu, et Dieu sait s’ils en ont, s’occupent de travaux de comptabilité, donnent des leçons; que les tailleurs et cordonniers réclament contre les maîtres ouvriers des corps de troupe, qui travaillent pour le dehors, etc.; et aussi que les produits similaires de l’étranger sont frappés de droits protecteurs pour permettre à nos producteurs de mieux écouler leurs produits, à notre détriment à nous consommateurs; l’acharnement des médecins contre les rebouteurs, des pharmaciens contre les herboristes dont pâtissent les malades n’a pas d’autre cause.—Mais ce qui se justifie moins encore, c’est l’exagération apportée dans la pratique de cette loi de «l’offre et de la demande» qui n’est autre qu’une variante de la loi du plus fort aussi inique qu’elle et qui fait que souvent le gain d’un homme occupé durant la journée entière ne suffit pas à le faire vivre, parce que l’employeur abuse des facilités qu’il trouve à faire exécuter ce travail pour le rémunérer d’une façon insuffisante; cela a lieu surtout à l’égard de la femme dont le travail est souvent payé d’un prix dérisoire, notamment celles que font travailler à domicile les grands magasins, dont la fortune est faite de leur misère. C’est cette même loi qui fait que dès qu’une plus grande affluence de monde par suite d’une circonstance quelconque survient dans une localité, on voit du même coup s’élever le prix de toutes les denrées de première nécessité.—Dans ce même ordre d’idées rentre la question du repos hebdomadaire dans laquelle il a fallu que la loi intervienne, pour que ceux qui l’accordent ne pâtissent pas de ce que d’autres refusent à l’accorder. En bonne conscience il devrait, sauf le cas de nécessité absolue, avoir lieu le dimanche parce que c’est dans les habitudes que, ce jour-là, les échéances soient prorogées, les grandes administrations fermées; les enfants ne vont pas à l’école; c’est le jour habituel des grandes manifestations de la vie sociale et politique; certainement il peut y avoir inconvénient pour quelques-uns, mais c’est l’avantage du plus grand nombre. Quant au salaire, il ne saurait actuellement être payé par le patron pour les journées où l’on chôme, mais forcément le prix de la journée de travail s’élèvera d’autant, ce qui reviendra au même pour l’ouvrier ou l’employé, l’employeur tout naturellement aussi se rattrapera en surélevant d’autant ses prix; finalement ce sera le consommateur qui paiera, et il ne saurait en être autrement.
13, Grec.—Ce comique, c’est Philémon, poète du IVe siècle, qui mourut, dit-on, dans un accès de rire, à 97 ans.—Un autre auteur grec, abondant dans le même sens, raconte que quelqu’un, rencontrant son médecin, lui demanda pardon de la bonne santé dont il jouissait depuis longtemps.
13, Reste.—«Le précepte de ne jamais nuire à autrui, emporte celui de tenir à la société humaine le moins qu’il est possible; car, dans l’état social, le bien de l’un fait nécessairement le mal de l’autre.» J.-J. Rousseau, Émile, III.—«Ce qui nuit à l’un, duit à l’autre.» (Proverbe ancien).
16, D’autruy.—La Rochefoucauld fait de l’amour-propre et de l’intérêt personnel la base de toutes nos actions, et chacune de ses maximes n’est que le développement de ce principe, dont il a pu trouver dans Montaigne l’idée première.
CHAPITRE XXII.
Ce chapitre porte le no XXIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
23, Receüe.—Ce chapitre est un de ceux méritant le plus d’attention; il offre un champ très vaste aux réflexions et renferme un assez grand nombre d’idées fortes et peu communes. On y trouve entre autres des observations très judicieuses sur la nécessité de corriger de bonne heure, chez les enfants, plusieurs vices, défauts ou penchants qui prennent racine en eux dès la plus tendre enfance. Naigeon.
156,
2, Encore.—Chez les Romains, ce conte avait donné lieu à un proverbe que Pétrone, XXV, exprime ainsi: «Qui l’a pu porter veau, peut le porter bœuf.» On le trouve aussi dans Stobée qui le cite d’après Favorinus et dans les Adages d’Erasme.
3, Coutume.—Le fait cité est plus ici une question d’habitude que de coutume; la conclusion émise n’en est pas moins juste pour l’une comme pour l’autre: «En amour notamment le lien de l’habitude est bien fort; pour s’en apercevoir, il faut être sur le point de rompre; combien de gens vivent ensemble comme s’ils s’aimaient, faute de pouvoir se passer l’un de l’autre.» Mme de Rieux.—«Le mariage doit combattre sans trêve, ni repos, ce monstre qui dévore tout, l’habitude.» Balzac.
10, République.—Cet antre est aux Enfers, un lieu où, selon Platon, République, VII, toutes les âmes séjournaient après la mort, en attendant qu’il fût statué sur leur sort. Celles d’entre elles appelées à retourner sur la terre, libres de choisir tel ou tel genre de vie, choisissaient toujours immanquablement, et c’est ce à quoi il est fait ici allusion, d’après leurs anciennes habitudes.
12, Poison.—Mithridate, roi du Pont, s’était habitué au poison, en en prenant régulièrement à petites doses, dans le but de déjouer les tentatives d’empoisonnement, si bien que, dans sa vieillesse, réduit par les circonstances à se tuer, il essaya en vain de ce moyen.—C’est sur un principe analogue que repose la vaccination, dont la découverte fut due au hasard, et aussi l’emploi de tous les sérums que la science de Pasteur a par déductions créés contre la rage, le croup, etc., ouvrant un champ aux recherches de ses élèves et successeurs, méritant par là d’être considéré comme l’un des bienfaiteurs de l’humanité.—Cette accoutumance toutefois ne s’applique pas à tout, et le czar Pierre le Grand voulut en vain habituer les enfants de ses matelots à ne boire que de l’eau de mer; tous moururent.
14, Indes Nouuelles.—Dénomination sous laquelle ou désigna tout d’abord l’Amérique.—Ici et dans tout le cours des Essais, Montaigne se fait l’écho des contes de toute nature, et pour la plupart faux ou exagérés, qui circulaient alors sur cette partie du monde, qu’on venait de découvrir (1492), il n’y avait pas encore un siècle.
17, Viures.—En certaines circonstances, les choses n’ont plus de prix.—En 1871, lors du premier siège de Paris, les stocks de denrées alimentaires s’épuisant de plus en plus, le dernier jour du siège, un poulet se vendait 50 fr.; un lapin, 45 fr.; les œufs, 2 fr. 50 pièce; les haricots, 8 fr. le litre. Depuis six semaines, on était rationné à 300 gr. de pain fait partie de farines de toute nature et de toutes qualités, partie de toutes autres substances plus ou moins comestibles, telles que la paille, etc.; et, depuis quinze jours, à 30 gr. de viande de cheval; de chiens, de chats, il n’en existait plus dans Paris et sa banlieue; le rat d’égout même avait presque complètement disparu.
23, Essayons.—C.-à-d. nous éprouvons. Montaigne emploie souvent le mot «essayer» dans ce sens: «Comme essayent les voysins des clochiers», dit-il quelques lignes plus bas.
25, Nil.—La cataracte du Niagara (Amérique du Nord) qui, à la vérité, passe pour la plus belle et la plus grande du globe (la largeur du cours d’eau, qui est de 4 kil. en amont, s’y réduit à un, et la hauteur de la chute est de 50m), s’entend à 70 ou 80 kil. de distance; ceux qui, habitant aux environs, sont faits au bruit qu’elle produit, n’y prennent pas garde.
30, Carolles.—Vieux mot qui signifie «danse en rond», et, dans le cas présent: mouvement de révolution des astres.
33, Soit.—Tout ce passage, depuis l’exemple des «cataractes du Nil», est imité de Cicéron, Songe de Scipion.
35, Fleurs.—Ce qu’on a appelé plus tard «collet de senteur», espèce de pourpoint de peau parfumée, à petites basques et sans manches. Coste.
41, Diane.—A la pointe du jour. Vient du latin dies, jour; en espagnol día; c’était le temps de la dernière veillée de la sentinelle de nuit et le signal de l’heure où cette veillée prenait fin, donné par le tambour, le fifre ou la trompette; aujourd’hui c’est, aux armées, le signal du réveil sonné ou battu au point du jour.
158,
1, Aue Maria.—On dit aujourd’hui l’Angelus.—Cette prière se récitait déjà chaque soir, au coucher du soleil, depuis le XIe siècle, quand Louis XI introduisit à Paris l’usage de la dire en outre le matin et à midi, et de sonner les cloches pour en avertir les fidèles.
6, Peu.—Diogène Laerce, III, 38, d’où cette anecdote est tirée, met en scène, au lieu d’un enfant jouant aux noix, un homme jouant aux dés, ce qui donne plus de portée à l’observation de Platon.
8, Nourrices.—«Au moral, l’homme est déjà formé à dix ans, il se forme sur les genoux de sa mère.» Joseph de Maistre.
26, Escutz.—Locution proverbiale dont l’explication est donnée par la phrase qui précède. Le dicton populaire «Qui vole un œuf, vole un bœuf» traduit la même manière de voir que Montaigne, à laquelle se range également Racine, estimant que l’un mène à l’autre:
«Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.»
«Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.»
31, Duict.—Accoutumé dès mon enfance.
38, Doubles.—Le double était une petite monnaie qui ne valait qu’un double denier (un peu moins qu’un centime). Le doublon était une monnaie d’Espagne, de la valeur d’une double pistole (environ vingt francs); le double doublon représentait par suite environ quarante francs.
160,
8, Donné.—Car il gaigne sa vie à se faire voir. Add. des éditions antérieures.
13, France.—En 1773, on a vu à Paris un maître d’école liégeois, né sans bras, qui, avec le pied, écrivait et taillait ses plumes (on faisait alors usage de plumes d’oie).—En 1840, à Paris, un peintre, César Ducornet, également sans bras, peignait avec le pied et a exposé des tableaux au salon, alors qu’à cette époque il fallait notablement plus de talent qu’aujourd’hui pour y être admis.
25, Veritatis.—Le texte latin porte petere, au lieu de quærere.
27, Public.—C’est ce qui fait que, même de nos jours, des usages très dissemblables, dus aux mœurs et coutumes d’antan, subsistent souvent entre deux localités parfois très rapprochées, particulièrement si elles sont de nationalités différentes. Prenons par exemple Londres et Paris pourtant voisines et en rapports continus:
Londres est individualiste, Paris collectiviste; Londres respire, Paris étouffe; Londres est bâti en briques, Paris en pierres; les maisons de Londres sont basses, celles de Paris sont hautes; Londres fixe les persiennes à l’intérieur, Paris à l’extérieur; Londres a des fenêtres à guillotine, Paris à espagnolette; à Paris les rues ont des arbres, celles de Londres en sont dépourvues.
A une heure du matin Paris est dans l’obscurité, Londres est inondé de lumière; Londres a son trousseau de clefs, Paris son concierge; Londres quitte son lit très tard, Paris se lève de bon matin; Londres s’embrasse sur la bouche, Paris sur les joues; Londres s’amuse le samedi après-midi, Paris travaille; le dimanche, Londres reste chez lui, prie ou boit, Paris s’amuse et se promène; Londres a des bars intérieurs ou l’on boit du whisky, Paris a des cafés qui débordent sur les trottoirs et où l’on cause.
Le dimanche, Londres dîne pendant que Paris déjeune. Londres mange peu de pain, Paris beaucoup; Londres boit de l’eau, Paris du vin.
A Londres la nourriture est mauvaise, à Paris elle est excellente; Londres fume la pipe, Paris la cigarette.
Londres est triste, Paris est gai; Londres voit le brouillard, Paris le soleil; Londres est toujours pressé, Paris jamais; Londres est commerçant, Paris industriel; Londres a peu de soldats, Paris en a trop; à Londres les soldats portent la tunique rouge et le pantalon noir, à Paris ils portent la tunique bleue et le pantalon rouge. A Londres la Tamise est un bras de mer, à Paris la Seine est une simple rivière; à Londres la Tamise est toujours sale, à Paris la Seine est souvent propre; à Londres, dans les piscines ou dans la rivière, on se baigne souvent nu, à Paris toujours en caleçon.
A Londres les cochers conduisent à gauche, à Paris à droite. L’automédon à Londres prend place sur le derrière de son véhicule, celui de Paris sur le devant. A Londres le «hooligan» se bat à coups de poing, à Paris l’«apache» se bat à coups de couteau et de revolver. A Londres le mont-de-piété s’appelle «mon oncle», et à Paris «ma tante». Londres a le système duodécimal, Paris a le système décimal. La femme à Londres aime la politique, à Paris elle s’en désintéresse. A Londres c’est le père qui lève et couche ses enfants, à Paris c’est la mère.
Londres ferme ses théâtres le dimanche, Paris les laisse ouverts. A Londres le derby est un mercredi, à Paris le grand prix est un dimanche.
A Londres la femme salue la première, à Paris c’est l’homme qui commence. A Paris le mariage donne à la femme la liberté, à Londres le mariage la lui enlève. A Londres les clergymen se marient, à Paris les prêtres se contentent de célébrer les mariages des autres.
Et cette énumération humouristique pourrait être notablement allongée.
30, Honorer.—Dans le midi de la France, notamment en Périgord, on se dit «Adieu» quand on se rencontre ou qu’on arrive en visite, ce qui ailleurs ne se dit généralement que lorsqu’on se sépare.
162,
16, Sarbatane.—On dit aujourd’hui sarbacane: long bâton percé d’un bout à l’autre avec lequel on projette, en soufflant, de petites balles contre les oiseaux; par extension, parler par sarbatane, c’est parler par personnes interposées.
18, Soigneusement.—En Guinée, à la Côte-d’Or notamment, pays qui, il est vrai, sont sous l’équateur, les deux sexes vont complètement nus jusqu’à l’âge de neuf à dix ans. Dans plusieurs cantons, les filles n’y portent même pas de pagne (morceau d’étoffe dont les nègres et les Indiens se couvrent de la ceinture aux genoux), jusqu’au jour de leur mariage; celles qui ne trouvent pas de maris sont aussi nues à trente ans qu’à quinze. Payen.
21, Poste.—A leur gré, à leur fantaisie, selon leur goût.—Dans l’île de Chypre, dit Justin, c’était une coutume d’envoyer sur le bord de la mer, à certains jours fixes, les jeunes filles nubiles, sans dot, en gagner une, en sacrifiant à Vénus leur virginité; cet usage, d’après Valère Maxime, aurait également existé à Carthage, et aussi chez les Lydiens et les Babyloniens, au dire d’Hérodote.
28, Faire.—Dans nombre de pays d’Europe, au moyen âge, princes, seigneurs et même abbés et chanoines, entre autres les chanoines de Lyon, avaient, sur leurs vassaux, le droit de se substituer au marié, la première nuit des noces, droit dénommé «Jus luxanda cosà (droit d’effraction)». Ce droit existait notamment en Écosse, où il avait été établi par le roi Evenus III, au début de l’ère chrétienne; «de telle sorte, dit Buchanan, que le roi ne ménageant pas plus la chasteté des femmes de ses nobles que ceux-ci celle des femmes de ses serfs, les uns et les autres se trouvaient à cet égard sur un pied d’égalité absolue»; il y subsistait encore dans la deuxième moitié du XIe siècle, époque à laquelle Malcolm III, aux pieuses sollicitations de sa femme Marguerite, l’abolit et lui substitua une redevance d’un demi-marc d’argent qui fut payée jusqu’au XVIe siècle.—Aux îles Canaries, on offrait aux chefs les prémices de toutes les vierges qui se mariaient et celles qui se trouvaient acceptées, en étaient très honorées.
32, Guerre.—J.-J. Rousseau, dans une lettre à d’Alembert, n’émet-il pas l’idée d’envoyer les femmes à la guerre et de les faire entrer dans les contingents à fournir aux armées, dans la même proportion que les hommes dont le nombre serait de la sorte réduit de moitié?
164,
5, Vieillarts.—Coutume de certains peuples de Thrace.
6, Femmes.—Au moyen âge, en France, on faisait usage de couches et de couchettes. Les couchettes étaient des lits de proportions égales aux nôtres à deux places; les couches avaient dix à onze pieds (3m ½ environ), dans les deux sens, sorte de lits de camp où l’on couchait sur deux rangs, les pieds de chaque rang vers le milieu du lit; on en trouvait encore de la sorte, il y a un siècle, dans quelques vieux châteaux de province. Le châtelain, sa dame, ses frères d’armes, ses hôtes, ses chiens de chasse y couchaient tous ensemble. Souvent, en outre, on faisait coucher ses serviteurs dans ses chambres et cela encore aux XVIe et XVIIe siècles; c’est ainsi que le soir de la Saint-Barthélemy, Charles IX, qui voulait sauver Coligny, le garda longtemps au Louvre, et comme il s’en allait, cherchant à le retenir, lui dit: «Reste donc ce soir, tu coucheras avec mon valet de chambre.»—«Ma foi non, il est trop tard, je m’en vais,» reprit Coligny.
10, Besoing.—Les Cosaques Zaporogues, qui habitaient les îles du Dniéper, n’admettaient parmi eux aucune femme; pour se reproduire, ils usaient de captives qu’ils reléguaient hors de leur camp; ils en élevaient les enfants mâles, et chassaient les filles. Payen.—En Mongolie, se trouve une ville sans femmes «Maïtmachin», dont le nom signifie marché; elle compte 70.000 habitants, est située sur le chemin des caravanes, sur les confins de la Sibérie, et n’est peuplée que de commerçants; le gouvernement chinois en interdit l’accès aux femmes, pour empêcher ses sujets de s’établir à peu de distance de la frontière. Gal Niox.
16, Oyseaux.—Chez les Guèbres ou Parsis, dans les Indes, les cimetières sont des tours à ciel ouvert de douze à quinze pieds (4 à 5m de haut), sans ouvertures latérales; la partie supérieure est garnie de barres de fer qui forment une sorte de grille horizontale sur laquelle on place les corps pour y servir de pâture aux oiseaux de proie, jusqu’à ce que les os tombent d’eux-mêmes sur le sol, où ils s’accumulent, constituant un véritable charnier.
21, Roy.—Il en est, encore aujourd’hui, de même dans les mosquées; on n’y entre qu’après avoir ôté ses sandales, si on est musulman, ou chaussé de babouches par-dessus ses chaussures, si on est chrétien et qu’on soit autorisé à y pénétrer. Dans les synagogues, les Juifs ne se découvrent pas, et il est malséant de le faire. A Rome, ceux auxquels il est accordé d’assister à la messe du Pape, à la chapelle Sixtine, le font les hommes en habit, les femmes en mantille, les uns et les autres sans gants.
22, Eunuques.—De εὐνή, lit, et ἔχω, je garde. Nom donné aux hommes auxquels on a ôté la faculté d’engendrer et dont on se sert en Orient pour garder les femmes dans les sérails; cette opération rend l’homme imberbe, modifie sa voix, lui donne des allures féminines et généralement porte à l’embonpoint. Elle se pratique également sur la femme, en Hindoustan, en vue du même rôle, et s’effectue en piquant les ovaires avec une aiguille trempée dans un liquide caustique, ce qui amène l’atrophie de cet organe et aussi des transformations physiques, dit-on, qui font que ces femmes ressemblent à des hommes.
23, A dire.—Vieille locution qui subsiste encore dans le midi et signifie: de moins, manquer, faire défaut; de là vient le mot «adiré», une pièce adirée, c.-à.-d. perdue, employé dans le langage du palais. V. N. III, 230: [Adiré].
24, Démons.—Se rendre les démons favorables. Accointer, c’est rechercher quelqu’un pour se le concilier, le gagner à soi.
25, Lyon.—Les Hottentots (Afrique australe) adoraient le lion.
31, Leze-maiesté.—Cet usage existait en Pologne, et aussi en d’autres pays du Nord.
166,
1, Police.—Du gouvernement; cette acception du mot «police» est presque constante dans les Essais.
9, Effroy.—Cette facilité dans l’accouchement n’est pas rare, chez nous, parmi les femmes de la campagne; elle a été signalée comme habituelle chez les négresses et aussi chez les indiennes de l’Amérique du Nord.
10, Greues.—Des jambières ou armures de jambe.
15, Accroupis.—Dans les pays musulmans, les deux sexes généralement urinent accroupis; en Guinée, dit Suidas, il est défendu aux hommes, sous peine d’amende, d’uriner debout.
20, Douze.—Les Hurons, les Hottentots passent pour nourrir les enfants au sein pendant quatre ou cinq ans; les femmes sauvages de la Louisiane, jusqu’à six ou sept ans; les Mexicaines, plus encore. Suivant Amundsen, explorateur du pôle arctique de 1900 à 1903, chez les Esquimaux les femmes donneraient le sein à leurs enfants jusqu’à dix ans.
25, Senteur.—Il en était ainsi chez les Mexicains, d’après Gomara; les Chinois, dit-on, sont également peu délicats sous ce rapport.
30, Ongle.—En Chine, les lettrés et les docteurs, surtout ceux qui sont de basse extraction, ne se coupent jamais les ongles; ils affectent de les laisser croître jusqu’à la longueur d’un pouce. Du Halde.—Les négresses de la Côte-d’Or les laissent croître jusqu’à les avoir quelquefois aussi longs qu’une phalange; elles les entretiennent fort propres et s’en servent, le cas échéant, pour prendre de la poudre d’or. Artus.
32, Gentillesse.—De nos jours, certains font de même, laissant croître par coquetterie, par snobisme pour parler l’argot de nos gens à la mode, d’un centimètre à un centimètre et demi l’ongle du petit doigt de la main droite.
38, Fils.—Au Gabon, la mère reçoit ouvertement les caresses de son fils, et les filles celles de leurs pères. Artus.
168,
2, Humaine.—Les Munbos, tribu de l’Afrique équatoriale, mangeaient de la chair humaine. Fario.—Les Anzikos, autre tribu africaine, tuaient et mangeaient tous les prisonniers qu’ils faisaient à la guerre; ils se mangeaient même les uns les autres, sans en excepter leurs propres parents; la chair humaine se vendait sur leurs marchés, comme le bœuf dans les boucheries d’Europe. Pigafetta.
3, Aage.—«Que la lie de l’esprit et du corps est humiliante à supporter; j’aimerais les pays où par amitié on tue ses vieux parents, si cela pouvait s’accommoder avec le Christianisme» (Mme de Sévigné).
5, Tuez.—A Sparte notamment.
7, Seruir.—Lycurgue, à Sparte, avait admis qu’un mari ayant des enfants, prêtât sa femme à un autre qui n’en pouvait avoir de la sienne.
9, Masles.—On lit dans Hérodote, à propos des Guidanes, peuplade de Libye: «On dit que leurs femmes portent chacune autour de la cheville du pied autant de bandes de peau qu’elles ont connu d’hommes; celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée d’un plus grand nombre.»—Hérodote, du reste, dit bien d’autres choses: «Dans la Babylonie, les mariages se font à la criée: Une fois l’an, dans chaque bourgade, toutes les filles nubiles sont réunies et on en forme deux groupes, les belles et celles qui ne le sont pas. Les premières sont alors mises aux enchères, en commençant par la plus belle; on passe ensuite aux autres en commençant par la plus laide. Les prix d’adjudication des filles du premier groupe sont payés par les acheteurs; pour celles du second, ils le sont aux acquéreurs sur l’argent qui vient d’être versé pour celles-là, qui sert de la sorte à constituer la dot de celles-ci.
11, Main.—Les Amazones, peuplade fabuleuse de la Scythie, qui se perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des pays voisins, et exposaient leurs enfants mâles.—En Bohême, au VIIIe siècle, il a existé de véritables Amazones qui, pendant plusieurs années, répandirent la terreur dans la région, et qui ne purent être exterminées qu’à grand’peine.
12, Et ce que.—Add. des éd. ant. à 88: la raison et.
15, Festoyée.—Les Thraces, d’après Valère Maxime; on ne peut que louer, dit cet auteur, la sagesse de ce peuple qui accueille par des pleurs la naissance de l’homme, et célèbre ses funérailles par des réjouissances, ayant, sans les leçons des philosophes, deviné notre véritable condition.—Les éditions antérieures présentent la variante ci-après: L’horreur de la mort estoit mesprisée, mais l’heure de sa venüe, à l’endroit des plus cheres personnes qu’on eut, festoyée auec grande allegresse: et quant à la douleur, nous en sçauons d’autres où les enfans de sept ans souffroyent pour l’essay de leur constance, à estre foëttez iusques à la mort sans changer de demarche ny de visage.
17, Visage.—A Lacédémone, d’après Plutarque.
21, Nasitort.—Nom du cresson alénois (à feuilles découpées).
21, Eau.—En Perse, au temps de Cyrus, suivant Xénophon.
22, Cio.—Auj. Céos; les habitants de cette île étaient réputés par leur moralité, autant que ceux de Chio (île de l’Archipel, auj. Scio) passaient pour être de mœurs dissolues.
23, Honneur.—Ces nombreux exemples, dont pour quelques-uns nous avons indiqué la source, sont empruntés d’Hérodote, de Xénophon, de Plutarque, de Sextus Empiricus, de Valère Maxime et des ouvrages publiés alors sur l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.
26, Monde.—Pindare dit cela de la loi νόμος; mais Hérodote, III, 38, en citant ses paroles, donne à νόμος le sens de coutume.—On en dit autant, et avec non moins de raison, de l’opinion.
34, Famille.—Les Hottentots, une fois reçus hommes en cérémonie publique, peuvent, sans scandale, maltraiter et battre leur mère. Kolba.
34, Aristote.—Morale à Nicomaque, VII, 6.
170,
1, Coustume.—On ne saurait disconvenir de cette assertion. Le milieu ambiant, la mentalité du moment exercent une action prépondérante sur la façon dont on envisage toutes choses. A la guerre, l’homme le moins rapace trouve parfois tout naturel de s’emparer du bien d’autrui; le plus sensible, de tuer sans nécessité. Les moins cruels, les plus délicats finissent par prendre goût aux courses de taureaux et voient sans dégoût éventrer les malheureux chevaux sans défense qu’on y sacrifie. Tout Rome assistait avec transports aux combats de gladiateurs. Ne voit-on pas journellement, dans les pays non civilisés, les gens de nations tenant la tête de la civilisation, qui y résident, commettre ou voir exercer sans en être révoltés les pires cruautés sur les indigènes? Sous la Terreur, familiarisé avec la guillotine, on n’y prêtait plus attention; on n’était plus guère émotionné par le passage des charrettes de condamnés; parmi les victimes elles-mêmes destinées à y monter le lendemain, la plupart n’en étaient pas autrement troublées, pas plus qu’en temps d’épidémie, où la mort est l’affaire de quelques heures, on ne se tourmente outre mesure. Il en est de même a fortiori de la coutume et ce sont bien en réalité les lois de la société, du pays et du moment, c’est-à-dire les mœurs, qui créent les notions éminemment relatives et variables du bien et du mal, et font que tels ou tels actes sont aujourd’hui vice ou vertu, caractère qu’ils n’avaient pas hier, au moins au même degré et qui se modifiera probablement demain.
4, Crete.—Valère Maxime, VII.
33, Maistrise.—Le cas est fréquent. Il n’en est guère de plus caractéristique dans les temps modernes que celui des Anglais mettant à mort leur roi Charles Ier parce qu’il voulait, disaient-ils, attenter à leur liberté et à leurs privilèges et qui se rangèrent, au même moment, aux lois autrement dures et tyranniques de Cromwell, dont ils portèrent le joug patiemment et, après lui, supportèrent sans se plaindre celui presque aussi despotique de Charles II.—Chez nous, la période de Louis XVI, la Révolution, Napoléon, Louis XVIII, nous représentent quelque chose d’analogue. En 1815, nous nous sommes retrouvés presque exactement au même point qu’en 1789, après être passés par les phases les plus aiguës; et ce n’est qu’en 1830 qu’un nouvel à-coup de protestation s’est produit. Tout régime succédant à un autre emporté par le flot populaire, peut, sous une autre forme, reprendre les mêmes errements, avec grande chance de ne pas voir se renouveler d’un certain temps semblable manifestation; toutefois, moins que par le passé ces à-coups interrompent l’évolution de l’humanité: le suffrage universel, les progrès de l’instruction, l’émancipation des masses de plus en plus avides de libéralisme, de socialisme, l’instantanéité des communications, la rapidité et la facilité des transports, l’action continue et pénétrante de la presse, font que chacun a une part beaucoup plus effective, bien qu’encore souvent inconsciente et passive, aux questions d’ordre politique dont la généralité se désintéressait jadis. A l’autorité d’un seul, s’est substituée celle non moins intolérable, ni plus stable, des groupes; les transformations s’opèrent par la force même des choses, mais sous le couvert de la légalité; elles sont peut-être moins apparentes, mais tout aussi réelles que par le passé et acheminent fatalement aux mêmes revirements.
35, Ecosse.—Les Highlanders, ou Montagnards, ainsi qu’on les appelle aujourd’hui.
39, Eux-mesmes.—Ceci est tiré d’Hérodote, III, 38. «Chez les Padéens, dit-il, peuplade de l’Inde, ses plus proches parents et ses meilleurs amis tuent quiconque tombe malade, donnant pour raison que la maladie le ferait maigrir et que sa chair serait moins bonne; il a beau nier qu’il soit malade, ils l’égorgent impitoyablement et se régalent de sa chair. Ils tuent de même et mangent ceux arrivés à un grand âge; mais il s’en trouve peu dans ce cas, en raison des risques d’un sort semblable que chacun court dès qu’il est malade.» V. N. II, 376: [Coustume].
172,
4, Horreur.—Nous voyons se reproduire ce même fait pour la même cause, c’est-à-dire la force de l’habitude, et aussi quelque peu à la réprobation dont, on ne sait pourquoi, la frappe l’Église catholique, qu’il faut attribuer le peu de progrès que fait en France la crémation, en dépit des appréhensions qu’inspirent les inhumations précipitées. Ces appréhensions sont cependant des plus justifiées; en Angleterre, rien que par le fait des exhumations pratiquées de 1900 à 1905, dans les cimetières, il aurait été relevé que 149 personnes ainsi exhumées avaient été enterrées vivantes.—La crémation est aujourd’hui admise à peu près partout en Europe, mais pourtant encore peu en faveur surtout par les raisons sus-indiquées. En France, il existe des fours crématoires à Paris, Lyon, Rouen, Reims; d’autres sont en construction ou en projet à Marseille, Dijon, Nîmes, Nice. A Paris, de 1889 à la fin de 1905, 3.825 incinérations ont été effectuées; en cette dernière année, il y en a eu 341. La durée de l’opération est d’une heure environ, la redevance de 50 fr., le poids des cendres recueillies à peu près le douzième de celui des corps incinérés.
15, Platon.—Lois, VIII, 6.
16, Preposteres.—A rebours, à contre-sens; par extension: autrement qu’il ne faut, contre nature.
23, Enfants.—Un oracle avait prédit à Thyeste, frère du roi d’Argos, qu’il aurait un fils de sa propre fille; pour éviter ce crime, Thyeste, à la naissance de celle-ci, la fit élever loin de lui. Dans la suite, l’ayant rencontrée dans un bois sans la connaître, il lui fit violence et la rendit mère.—Une prédiction avait été faite à Laïus, roi de Thèbes, que l’enfant qu’il attendait de Jocaste, sa femme, lui donnerait la mort. Pour échapper à ce sort, dès la naissance de l’enfant, il le fit exposer. Un berger de Corinthe l’ayant trouvé, le porta à la reine, qui le nomma Œdipe et le fit élever. Devenu grand, Œdipe consulta l’oracle sur sa destinée et apprit qu’il serait le meurtrier de son père et époux de sa mère. Se croyant fils de la reine de Corinthe, pour déjouer la fatalité il s’expatria. Chemin faisant, il fit rencontre de Laïus, se prit de querelle avec lui et le tua. Quelque temps après, il arriva à Thèbes, et trouva la ville désolée par le Sphinx; il le vainquit et, pour prix de sa victoire, obtint la main de Jocaste, promise à qui délivrerait la ville de ce monstre, et réalisa ainsi, sans le savoir, la prédiction dont il avait été l’objet.—Macareus eut un fils de sa propre sœur; leur père, instruit de cet inceste, envoya à sa fille une épée avec laquelle elle se tua; son frère échappa par la fuite au châtiment qui l’attendait, et se réfugia à Delphes, où il fut admis au nombre des prêtres d’Apollon. Myth.
32, Chrysippus.—Sextus Empiricus, Pyrrh. hypot., I, 14.
35, Preiudice.—Signifie ici préjugé.
174,
3, Etat.—Certains ont pensé voir, nonobstant ce qui suit, une allusion aux préjugés religieux; il est hors de doute que telle n’a pas été l’intention de Montaigne qui, de parti pris, s’en tient sans discussion aux enseignements de l’Église.
6, Oncques.—Le droit romain qui était d’application courante et qui alors n’existait écrit qu’en latin.
8, Langue.—Au moyen âge, il était fait usage du latin pour la rédaction des actes judiciaires et notariés. En 1539, une ordonnance de François Ier, datée de Villers-Cotterets, prescrivit que dorénavant tout acte, etc. serait prononcé, enregistré et délivré aux parties en leur langue maternelle. Depuis, cette langue s’est transformée, mais les grimoires de la Basoche, continuant à être écrits dans le langage d’il y a quatre siècles, sont redevenus presque incompréhensibles pour la génération actuelle en attendant qu’une nouvelle ordonnance intervienne.
9, Isocrates.—Discours à Nicoclès.
17, Impériales.—Peut-être Waifre ou Hunold, ducs d’Aquitaine à l’époque de Charlemagne... Paul Émile, historien latin du XVe siècle, dit: «Charlemagne projetait de donner une nouvelle législation à ses peuples, en commençant par ceux de France; un de ceux, gascon, qui l’avaient suivi en Espagne, se prononça et devant l’opposition des conseils tenus à cet effet, ce projet fut abandonné.»
19, Vende.—La vénalité des charges de juge, introduite en France en 1526, sous François Ier, par le chancelier Duprat, comme moyen de subvenir à la pénurie du Trésor, a subsisté jusqu’à la Révolution.—Sans demander que ces errements soient rétablis, les juges s’en trouvaient incontestablement plus indépendants, et il serait à désirer aujourd’hui que par mode de recrutement et d’avancement, ils fussent à nouveau affranchis des pouvoirs publics et des pressions que trop souvent ceux-ci exercent sur eux, cherchent à exercer ou passent pour le faire; l’inamovibilité qui leur avait été donnée comme garantie est insuffisante à cet effet, d’autant qu’on ne la respecte même plus. Il faudrait que, du haut en bas de la hiérarchie, le corps judiciaire se recrutât exclusivement par lui-même dans des conditions déterminées par la loi; peut-être alors cours et tribunaux en reviendraient, comme jadis, à ne rendre que des arrêts et non plus des services, alors que les parlements tenaient tête à l’occasion à l’autorité royale et qu’en dépit de la prison et de l’exil, ils se refusaient à l’enregistrement de ses édits quand ils estimaient qu’il y avait abus ou déni de justice.
20, Payer.—Nous n’en sommes plus tout à fait là, mais pas loin. Dans les procès civils, les deux parties ne sont-elles pas condamnées fréquemment aux frais, celle qui gagne comme celle qui perd, la première ayant simplement recours sur l’autre?—Ce n’est pas là du reste le seul grief que dans les temps actuels on articule contre la magistrature, en voici quelques-uns:
L’omnipotence, le sans-gêne et l’arbitraire des juges d’instruction qui prolongent la détention préventive au delà de toute raison; n’a-t-on pas cité, en l’an 1906, un honorable négociant, accusé d’avoir soustrait la valeur d’une lettre chargée, détenu ainsi pendant treize mois, sans qu’il fût procédé à l’examen de l’affaire?
La lenteur avec laquelle se jugent les affaires civiles. C’est ainsi que, dans le ressort de Paris, de simples procès en séparation attendent de longs mois avant d’être appelés. A cela on objecte le grand nombre d’affaires; mais si, quand l’encombrement le comporte, les audiences commençaient plus tôt et finissaient plus tard, si elles avaient lieu tous les jours au lieu de trois fois par semaine, si les tribunaux ne prenaient pas chaque année de si longues vacances et même s’en passaient quand le service l’exige, les retards seraient infiniment moins considérables. On pourrait encore augmenter leur nombre, ou mieux les réduire à un juge unique, comme en Angleterre, aux États-Unis, ce qui permettrait avec le même personnel de faire triple besogne et aurait en outre l’immense avantage de substituer une responsabilité individuelle à une trinité anonyme, d’où une plus grande attention apportée à l’étude des affaires et plus d’équité dans le jugement à intervenir.
Les ajournements fréquents à huit, quinze jours pour le prononcé du jugement dans les affaires correctionnelles, ce qui prolonge les angoisses des inculpés et prête à ce que dans l’intervalle les juges prennent langue au dehors; le jugement devrait toujours être rendu séance tenante comme aux assises, et seule sa rédaction être ajournée quand cela est nécessité par les considérants à exposer.
De ne pas chercher à s’éclairer suffisamment et de trop s’en rapporter à la parole des divers agents qui portent l’accusation, alors que leurs témoignages sont contestés, sous prétexte qu’ils sont assermentés, ce n’est pas toujours une garantie suffisante.
Enfin d’avoir intérêt à la multiplication des affaires, ce qui porte à exercer des poursuites pour des vétilles qui n’en valent pas la peine, pour donner plus d’importance au ressort.
27, Contraires.—Une distinction analogue, non moins farouche, comme dit Montaigne, subsiste, suivant que le dommage causé à autrui, l’est par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ou par tout autre. Sans parler des pouvoirs exorbitants dévolus en France, par le code lui-même, aux préfets qui ont qualité pour pratiquer des actes qui devraient être l’apanage exclusif de l’autorité judiciaire, dans toutes les branches de l’administration, les abus, quels qu’ils soient, échappent à toute répression.—Outre que ceux qui les commettent ne font souvent qu’appliquer les instructions de leurs supérieurs, les uns et les autres n’ont à répondre en dernier ressort de leurs faits et gestes que vis-à-vis du Ministre dont ils relèvent, lequel est toujours prêt à les couvrir de sa responsabilité, chose illusoire entre toutes. Seule la justice, unique pour tous, devrait connaître de ces abus et des dommages en résultant, comme de tous autres; la tâche des fonctionnaires en deviendrait assurément plus difficile et plus délicate, mais en somme ils sont faits pour le public, et devant une responsabilité effective, ils s’observeraient davantage.
36, Vertu.—La vertu militaire, le courage.
176,
1, Partage.—Jusqu’au XVIIe siècle, robe longue s’est dit de la magistrature et du clergé, robe courte de l’armée.
11, Commun.—Dans le ch. III du liv. III, Montaigne revient sur ces idées et les développe.
16, Receües.—Saint Augustin était de cet avis lorsqu’il répondait à un prêtre qui lui demandait s’il valait mieux suivre la liturgie de Rome ou celle de Milan: «A Rome, suivez la liturgie de Rome; à Milan, celle de Milan.» Par contre, La Bruyère dit à ce sujet: «Il faut faire comme les autres,» maxime suspecte qui signifie presque toujours: «Il faut mal faire», dès qu’elle s’applique au delà de ces choses purement extérieures, qui n’ont point de suites et dépendent de l’usage, de la mode ou de la bienséance.—«Différence complète au dedans, dit Sénèque à ce même propos, mais ressemblance entière au dehors.»—«Pour ne pas rompre l’harmonie, le sage doit parler la langue des fous.» Abbé des Fontaines.
23, Est.—En disant que la première loi est de se conformer à celles du pays dans lequel on se trouve, Montaigne l’entend sous tous rapports, sous celui des usages tout aussi bien que des lois proprement dites; de fait, pour ne parler que de l’hygiène, de l’alimentation, de l’habillement, la plupart de ceux qui, en pays étranger, ont voulu faire mieux que les indigènes, ont eu à s’en repentir.
26, Remuer.—S’il en était ainsi, toute réforme, tout progrès seraient impossibles et les abus se perpétueraient. Il est des cas où l’expérience révèle des inconvénients sérieux pour les intérêts généraux, à s’en tenir aux anciennes pratiques. Quand le fait est bien démontré, il n’y a pas d’hésitation à avoir: ce qui existe, est à modifier, sans avoir égard aux intérêts de moindre importance qui s’en trouveront lésés; car, comme le disait Caton, il n’y a aucune bonne loi qui soit avantageuse à tout le monde. Il est incontestable, en outre, qu’il y a des circonstances où la nécessité presse au point qu’il faut que les lois lui fassent place. Mais de là à tout bouleverser, comme cela avait lieu à l’époque où écrivait Montaigne, et ainsi que cela existe, de parti pris, en ce moment en France, à l’effet d’y introduire le socialisme d’État, il y a un abîme.
29, Thuriens.—Charondas. Diodore de Sicile, XII, 24.
34, Ordonnances.—Lycurgue qui, après avoir donné à sa patrie une législation à laquelle longtemps elle dut sa gloire et sa force, fit jurer à ses concitoyens de n’y rien changer pendant son absence, puis entreprit un long voyage duquel, de propos délibéré, il ne revint jamais. Plutarque, Lycurgue, 22.
178,
1, Façon.—Phrynis ajouta deux cordes à la cithare qui n’en avait alors que sept. Aristophane, dans sa comédie des Nuées, lui reproche d’avoir substitué à la musique noble et mâle de ce temps, des airs mous et efféminés.
5, Marseille.—Cette épée, suivant Valère Maxime, II, 6, 7, avait servi à trancher la tête aux criminels; elle existait depuis la fondation de la ville, était rongée de rouille et presque hors de service.
7, Dommageables.—Que dirait aujourd’hui Montaigne, en voyant l’action inconsciente des foules se substituant de plus en plus dans le domaine social et politique à l’activité consciente des individus? «nouuelleté», l’une des caractéristiques principales de l’âge actuel, absolument en dehors de celles auxquelles il fait allusion, et qui, nous conduisant insensiblement au socialisme, dépasse si fort ses prévisions les plus pessimistes.
8, Ans.—La réforme, qui avait été introduite en France vingt-cinq ou trente ans auparavant, comme le porte l’éd. de 88.
11, Nez.—S’en prendre au nez; ne pouvoir s’en prendre qu’à soi. Cette locution viendrait, dit-on, d’une ancienne coutume qui obligeait celui qui avait accusé quelqu’un à faux, à lui faire réparation publique, en se tenant soi-même le nez.
20, Fons.—Charles Ier d’Angleterre, Louis XVI et en général la chute de tous les souverains victimes de révolution, témoignent de la justesse de cette assertion.—Chez ceux auxquels l’ambition fait concevoir l’idée de déposséder un roi pour prendre sa place, c’est plutôt, d’après l’auteur même des Essais, l’inverse qui se produit: «Michel Montaigne me dit un jour, rapporte d’Aubigné dans son Histoire universelle, que les prétendants à la couronne trouvent, jusqu’au marchepied du trône, tous les échelons petits et aisés, mais que le dernier ne peut se franchir, en raison de sa hauteur.» «Cromwell lui-même, ajoute d’Aubigné, n’osa se parer du titre de roi.» Nombreux en effet sont ceux qui, comme les maires du palais, à la fin de la race mérovingienne, s’étant emparés du pouvoir, l’ont exercé en demeurant au second plan. Napoléon, dans les temps modernes, a montré moins d’hésitation.
22, Mal.—Allusion aux excès des catholiques tombant dans la rébellion, à l’imitation des protestants.
25, Heureusement.—Facilement, sans peine.
29, Thucydides.—Liv. III, 52.
35, Est.—Tite-Live, XXXIV, 54, dit cela à propos d’un règlement nouveau prescrivant que, dans certains spectacles, le peuple devait être séparé des Sénateurs, qui jusqu’alors avaient été assis avec lui sans aucune distinction, et il ajoute: «Les hommes aiment mieux qu’on s’en tienne aux anciennes pratiques, si l’on en excepte celles où l’expérience fait voir des inconvénients palpables.»
180,
13, Polluantur.—En 301. Le peuple romain réclamait que des pontifes et des augures qui étaient à nommer, fussent pris parmi les plébéiens, ce à quoi le Sénat se refusait, ne voulant pas abandonner le privilège de remplir les fonctions sacerdotales, les seules auxquelles le peuple n’eût pas accès à cette époque. Tite-Live, X, 6.
18, Propre.—Hérodote, VIII, 36.
25, Politique.—Il est assez curieux de voir ici Montaigne donner le pas au pouvoir temporel sur le spirituel, et mettre l’autorité politique quelle qu’elle soit, au-dessus de l’autorité ecclésiastique; il y a là en germe la doctrine de l’église gallicane.
182,
1, Isocrates.—Discours à Nicoclès.
2, Party.—Le passage qui suit, «car qui... sequor (lig. 2 à 30)», ne figure pas sur la majeure partie des exemplaires de l’édition originale de 1595; il a été ajouté seulement sur les derniers tirés, Mlle de Gournay s’étant probablement aperçue de l’omission en cours de tirage.
184,
13, Inequalité.—Il est certain qu’un homme placé dans une circonstance critique se trouve dans le cas du chien de La Fontaine qui porte à son cou le dîner de son maître, qui après l’avoir défendu de son mieux, trop faible contre ceux qui l’attaquaient, voulut au moins en avoir sa part et fut le premier à prendre un morceau; du reste c’est toujours l’homme que peint notre fabuliste, quand il fait parler ou agir ses animaux.
24, Remuer.—Tiberius Gracchus proposait aux Patriciens de se dessaisir en faveur des citoyens pauvres, et moyennant indemnité, de terres qu’ils détenaient contrairement à la loi; Octavius son collègue au tribunat, usant de son droit, mit opposition à cette proposition, ce qui conduisit T. Gracchus à en formuler de plus dures, accentua la division entre l’oligarchie et le peuple et amena les désordres qui conduisirent à la guerre civile entre Marius et Sylla et à la dictature de ce dernier.—Caton le Jeune, par son opposition à la loi qui rappelait à Rome Pompée et son armée, et cela par crainte de l’influence que celui-ci en retirerait, le porta à s’unir à César, ce qui les rendit tout-puissants, puis rivaux, et engendra entre eux la guerre civile qui mit fin à la République romaine.—De nos jours, en France, la résistance du Pape Pie X à la constitution des associations cultuelles de la loi de séparation de 1905 de l’Église et de l’État, que beaucoup de bons esprits et excellents catholiques de France, y compris nombre de membres de tous rangs du clergé, estimaient acceptable, donna lieu en 1906 à une nouvelle loi qui enleva au clergé les immeubles dont la jouissance lui avait été conservée et lui fit une situation beaucoup plus précaire, dont en ces temps d’indifférence religieuse il est plus difficile de prévoir l’issue.
28, Veulent.—«Il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher», dit le proverbe.
29, Heures.—Après la bataille de Leuctres, 371, qui enleva à tout jamais aux Spartiates la prééminence en Grèce, le nombre des fuyards fut considérable, et les lois de Lacédémone les notaient d’infamie; devant l’inconvénient d’avoir un aussi grand nombre de citoyens frappés d’incapacité, alors qu’on avait tant besoin de soldats, Agésilas proposa et fit adopter de laisser dormir les lois ce jour-là, et de leur rendre toute leur autorité le lendemain. Plutarque, Agésilas et Apophth. des Lacédémoniens. C’était en fait l’amnistie que nous appliquons si fréquemment à tout propos et souvent hors de propos, accommodée suivant les convenances du parti au pouvoir.
30, Calendrier.—Alexandre assiégeait Tyr, 332. Le devin Aristandre lui annonça à la suite d’un sacrifice que, d’après l’examen des entrailles des victimes, la ville tomberait, dans le mois, en son pouvoir. On était au dernier jour du mois, et les assistants se moquaient de cette impossibilité flagrante. Alexandre, ne voulant pas que la science du devin, dont il usait fréquemment pour faire accepter ses projets par son armée, se trouvât en défaut, ordonna que ce jour, qui était le trentième du mois, fût compté comme seulement le vingt-septième, et sur l’heure il fit sonner les trompettes et donner l’assaut; la ville, assiégée depuis sept mois, fut emportée le jour même. Plutarque, Alexandre.
31, May.—Cet autre, c’est encore Alexandre. Les Grecs et les Perses se trouvaient en présence sur les bords du Granique; on était au mois de juin (en grec Daisios), et un ancien usage voulait que les rois de Macédoine n’ouvrissent pas les hostilités ce mois-là. Alexandre, pour n’être pas arrêté par cette superstition, déclara qu’à l’avenir ce mois serait appelé «second mai» (en grec Artemisios), et, passant outre, livra sa première grande bataille contre les Perses, 334. Plutarque, Alexandre.—Une superstition analogue, qui ne leur permettait pas de se mettre en marche avant la pleine lune, avait empêché les Spartiates de prendre part à la bataille de Marathon, 490.
36, Marine.—Vers la fin de la guerre du Péloponnèse, 431 à 404, les alliés de Lacédémone redoutant de voir le commandement de la flotte confédérée, alors exercé par Lysandre, en lequel ils avaient toute confiance, passer en d’autres mains, députèrent à Sparte, pour qu’il lui fût maintenu. Les lois ne permettant pas de lui continuer une seconde année la charge d’amiral, les Lacédémoniens, pour satisfaire aux désirs de leurs alliés, en investirent un certain Aracus, auquel Lysandre fut adjoint à titre de lieutenant, mais ayant seul toute l’autorité. Plutarque, Lysandre, 4.
186,
2, Deffendu.—Ces ambassadeurs, en vue de rétablir la bonne harmonie entre les Athéniens et les Mégariens, poursuivaient l’annulation d’un décret rendu par les premiers contre les seconds; malgré l’ingéniosité de la réplique, ils n’obtinrent pas satisfaction. Plutarque, Périclès, 18.
2, Plutarque.—Parallèle de Flaminius avec Philopœmen, vers la fin.
5, Requeroit.—C’est presque toujours en se retranchant derrière la légalité, devenue injuste ou oppressive, et ne la faisant pas fléchir en temps opportun, que les gouvernements provoquent les émeutes, et parfois les révolutions.
CHAPITRE XXIII.
7, Nostres.—En 1562; François de Guise, surnommé le Balafré, de la maison de Lorraine. V. N. I, 24: [Nostres].
31, Propos.—Récit tiré de La Fortune de la Cour, par de Dampmartin, courtisan du règne de Henri III.
188,
8, Tuer.—Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux portent: homicider.
9, Raison.—Voltaire a mis en vers cette pensée dans sa tragédie d’Alzire, et Guzman, par la bouche de qui il l’exprime, est en même situation que le duc de Guise:
«Des dieux que nous servons, connais la différence.
Les tiens t’ont commandé le meurtre et la vengeance,
Et le mien, quand ton bras vient de m’assassiner,
M’ordonne de te plaindre et de te pardonner.»
11, Auguste.—Le récit qui suit est traduit, presque mot pour mot, de Sénèque, De la Clémence, I, 9; il a été reproduit presque textuellement par Corneille dans sa tragédie de Cinna; le fait se passait en l’an 4.
35, Cæpio.—Ces conspirations eurent lieu: celle de Lépide en 28 (ce Lépide était fils du triumvir et neveu de Brutus); celle de Murena (celui-ci était beau-frère de Mécènes) et de Cæpio en 21; celle d’Egnatius en 18. Eux et leurs complices furent mis à mort.
190,
20, Libertin.—Affranchi, du latin libertus ou libertinus; l’affranchi était l’esclave rendu à la liberté.
38, Trahison.—Ce même duc de Guise dont il est parlé au commencement du chapitre et qui, après avoir échappé à l’attentat médité contre lui à Rouen, fut assassiné l’année suivante, 1563, au siège d’Orléans.
192,
6, Euenemens.—Comme contre-partie de ce qui advint entre Auguste et Cinna, et pour confirmer l’intitulé que Montaigne a donné à ce chapitre, on peut en rapprocher le récit ci-après qu’on trouve dans Luitprand, relatif à l’empereur Béranger I, roi d’Italie, arrière-petit-fils de Charlemagne: «Dans l’enceinte même de Vérone, cette ville jusque-là si fidèle à Béranger, des traîtres complotèrent sa mort. Leur chef était Flambert, comblé de bienfaits par Béranger, qui avait même voulu être le parrain de son fils. Le vieil empereur (Il avait déjà 36 ans de règne) eut connaissance de la conspiration et voulut cette fois encore pardonner. Il fit venir Flambert, lui rappela en termes pathétiques tout ce qu’il avait fait pour lui: «On m’a pourtant dit, ajouta-t-il, que tu en voulais à ma vie; c’est impossible! Tu me dois tout, dignités et richesses; j’ai fait pour toi ce que je n’avais fait pour personne, et ne m’en tiendrai pas là, si tu persistes dans la fidélité que tu m’as jurée.» Puis, lui présentant une coupe d’or, pleine d’un vin précieux: «Bois à ma santé, lui dit-il, et garde la coupe pour l’amour de moi.» Cette magnanimité fut sans effet sur l’âme du traître, qui ne profita de la clémence du roi que pour hâter sa mort, 924.
22, Part.—Dans le domaine de l’électricité, par exemple, cette fée des temps modernes, que de découvertes primordiales dues au hasard, mais observées par des hommes de génie!—C’est ainsi, pour ne relever que les principales, qu’une grenouille dépouillée pour en étudier la structure anatomique, suspendue à un balcon par un fil de cuivre et dont les cuisses éprouvent un mouvement de contraction chaque fois que le balancement produit par le vent, lui fait toucher le fer du balcon, observée par Galvani, étudiée par Volta, amène ce dernier à imaginer la pile électrique.—Œrstedt démontrant que le courant d’une pile peut faire rougir un fil de platine, remarque que toutes les fois qu’il ouvre ou ferme le circuit, une aiguille aimantée qui se trouve dans le voisinage est actionnée; Arago laissant traîner le conducteur d’une pile sur de la limaille de fer, s’aperçoit qu’elle s’y attache, et voilà l’électro-magnétisme découvert.—Le hasard fait constater par Rœtgen que certains corps, considérés jusqu’ici comme absolument opaques, se laissent dans certaines conditions traverser par des effluves électriques qui ont reçu le nom de rayons X, d’où la radiographie.—C’est par le dépôt de cuivre qu’il aperçoit se former sur le zinc d’une pile, que Jacobi doit d’avoir inventé la galvanoplastie.—La constatation accidentelle par Branly des ondes électriques sur une poudre métallique, dont elles agglutinent passagèrement les molécules, rendant ainsi momentanément continu un circuit dont les extrémités y aboutissent, est le départ de la télégraphie sans fil.—Et il en est ainsi de la genèse de la plupart des découvertes et progrès tant soit peu importants, dans toutes les sciences humaines à tous les âges.
34, Intention.—Les éd. ant. port.: invention.
194,
1, Militaires.—Cornélius Nepos affirme que dans l’attribution de la gloire militaire, la part de la fortune est prédominante.—Quinte-Curce dit nettement que les conquêtes d’Alexandre sont moins l’ouvrage de la valeur que celui de la fortune.—Timoléon avouait que ses grands succès étaient l’œuvre des dieux, une grâce de la fortune, du bonheur, bien plus que le fait de sa prudence.—La victoire de Marengo (1800), un instant perdue, fut due à l’arrivée inopinée de Desaix; la défaite de Waterloo (1815), l’une des batailles les mieux ordonnées de Napoléon, au mauvais temps et à l’arrivée imprévue de Bulow, puis à celle de Blücher; à Gravelotte, 1870, sans l’inaction de parti pris et injustifiable de Bazaine, les Allemands eussent éprouvé un désastre irréparable, qui dès le début de la campagne eût changé du tout au tout l’issue de la guerre.
10, Fortune.—«Sylla désarma l’envie en se louant souvent de sa bonne fortune, et finalement en prenant le nom de Faustus (heureux). Plutarque, Comment on peut se louer soi-même.—D’autres estiment qu’en ajoutant cette épithète à son nom, Sylla avait plutôt en vue d’inspirer plus de hardiesse à ses partisans et de crainte à ses adversaires, la fortune étant un don de la Providence dont les effets sont sans limites.
11, Discours.—Sylla, dit Plutarque, a écrit dans ses commentaires que les entreprises qu’il hasardait selon l’occasion, s’y lançant à corps perdu alors qu’auparavant ses résolutions étaient contraires, étaient celles qui lui réussissaient le mieux.
31, Humanité.—L’éd. de 88 porte: si notable bonté.
196,
2, Autruy.—Sénèque, Epist. 4.—C’est ce que prouva d’une façon bien énergique ce major prussien dont parle J.-J. Rousseau, qui, bâtonné à la tête de son bataillon par Frédéric-Guillaume Ier, déchargea l’un de ses pistolets aux pieds du roi et de l’autre se brûla la cervelle.
7, Amis.—Cette confiance de Dion ne lui réussit pas. Calippus, dont il avait été l’hôte à Athènes et qui l’avait suivi en Sicile, mit à exécution contre lui les mauvais desseins qu’on lui prêtait, 354. Plutarque, Apophth.
12, Presente.—Quinte-Curce, III, 6.
14, Faire.—L’éd. de 88 aj.: La vaillance n’est pas seulement à la guerre.
20, Vn.—Henri III.
26, Contraire.—Henri de Navarre, plus tard Henri IV.
38, Esperances.—Syphax, roi de la Numidie occidentale, était hésitant entre l’alliance de Rome et celle de Carthage; Scipion, qui venait d’expulser les Carthaginois de l’Espagne, au risque de tomber entre leurs mains ou d’être retenu prisonnier par Syphax, franchit la mer, avec deux vaisseaux seulement, pour avoir une entrevue avec lui et le décider en sa faveur, ce à quoi il réussit, 207. Tite-Live, XXVIII, 17.—On raconte un fait analogue du général russe Skobelew: En 1881, après la prise de Geok-Tépé, réduit de la résistance du Turkestan, faisant une reconnaissance avec une sotnia de cosaques, il tomba sur un parti de cavaliers Turkmènes; ceux-ci protestant de leur soumission, Skobelew renvoya ses cosaques et les prit pour escorte, acte d’audace et de confiance qui acheva ce qu’avait commencé la force des armes. Gal Niox.
40, Rebours.—Au rebours se rapporte à ces mots: «La prudence si tendre et circonspecte...»; Montaigne eût dû l’effacer, lorsque postérieurement il a ajouté le trait relatif à Scipion qui ne se trouve pas dans les éditions antérieures. Ces intercalations nombreuses dans les Essais, sont une des causes de la difficulté qu’on a parfois à comprendre.
198,
3, Luy.—Louis XI, qui, en 1468, se mit en grand danger, ainsi que le rapporte, en l’en blâmant, Philippe de Comines, son historien, dans ses Mémoires, II, 5 à 7. Lors de son entrevue avec Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, à Péronne, place appartenant à ce dernier, la ville de Liège s’étant révoltée contre le duc, à l’instigation du roi qui ne pensait pas que l’événement fût si prompt, Louis XI, retenu prisonnier par son vassal irrité, courut risque de la vie, et, pour sortir de ce mauvais pas, dut subir de très humiliantes conditions, grâce auxquelles, sur le moment, il réussit à tromper son adversaire par la confiance qu’il lui témoigna, et en arriva à le détacher de ses ennemis comme c’était son dessein. Une fois hors de danger, en fin renard qu’il était, il éluda peu à peu toutes les concessions qui lui avaient été arrachées.
4, Cæsar.—Il est souvent question de César dans les Essais, c’est pourquoi nous résumons ici la partie la plus saillante de la vie de ce grand capitaine.—Après quelques succès en Espagne, il conquiert la Gaule (58 à 49) et pénètre jusque dans la Bretagne (auj. l’Angleterre). Arrivé au terme de son commandement, Pompée, jusqu’alors son allié, jaloux de ses succès, empêche qu’il lui soit continué. Irrité de ce qu’il considère comme une injustice, César passe les Alpes avec son armée, franchit avec elle le Rubicon, ce que les lois interdisaient, et marche sur Rome, d’où Pompée s’enfuit avec le Sénat, 49. César entre à Rome, se fait décerner la dictature, bat en Italie et en Espagne les lieutenants de Pompée, l’atteint lui-même en Macédoine et remporte sur lui une bataille décisive dans les plaines de Pharsale, 48. Pompée s’enfuit en Égypte où il est assassiné. César y arrive après lui; de là il va en Asie où, en trois jours, il détrône le roi du Pont qui s’était révolté; passe en Afrique, y détruit à Thapsus l’armée républicaine commandée par Métellus, Scipion et Caton, 46; puis en Espagne où, battant à Munda, 45, le fils de Pompée, il achève d’anéantir le parti. Revenu à Rome, il se fait décerner la dictature à vie, et, maître du pouvoir absolu, n’en use que pour le bien. Accusé par ses ennemis d’aspirer à la royauté, il est assassiné en plein Sénat, 44.—Grand guerrier et grand homme d’État, César était aussi un excellent orateur et un écrivain élégant; de ses écrits, il ne nous reste que ses Commentaires sur la guerre des Gaules et les guerres civiles, simples souvenirs d’un soldat, qui, par le mouvement, la netteté, la concision, sont un modèle du genre des mémoires historiques.
10, Metuens.—En 48, à Plaisance. Les soldats accusaient leurs chefs de traîner la guerre en longueur; César, alors à Marseille, revenant d’Espagne, accourut en hâte. Ayant apaisé la sédition, il livra au supplice douze des plus mutins tirés au sort sur 120 des plus coupables; un d’eux prouva son innocence, le centurion qui l’avait dénoncé fut exécuté sur place. Dans ses Commentaires, César ne mentionne pas cette mutinerie.
20, Scrupule.—«De toute marque de crainte et de défiance.»
25, Tué.—En 1548, à Bordeaux, lors d’un soulèvement occasionné par l’impôt de la gabelle (impôt sur le sel, dont chacun était tenu d’acheter une quantité déterminée), imposé à la ville qui, jusqu’alors, n’y avait pas été soumise. Tristan de Monnaisis, qui en était gouverneur et dont il est question ici, périt dans cette émeute.
27, Soubsmission.—88 port.: d’humilité.
28, Suyuant qu’en guidant.—Var. de 88: flattant que commandant.
30, Vne gracieuse... confiance.—Var. de 88: la fermeté, l’authorité et vne contenance de paroles.
34, Bienseance.—Autrement dit: «Il n’y a rien qu’on ne puisse moins attendre d’une populace surexcitée que l’humanité et la douceur: elle est bien plutôt susceptible de respect et de crainte»; ce qui est de toute vérité, les foules étant aussi lâches que cruelles.
38, Aualer toute.—Soutenir jusqu’au bout sa première résolution.
40, Demise.—Soumise, du latin demissus.
40, De saigner... sur soy.—Var. de 88: de se remplir l’âme et le front de repentance, n’ayant plus autre soing que de sa conseruation; si qu’abandonnant son premier rolle de regler et de guider, et cédant plustôt que s’opposant, il attira cet orage sur soy, employant tous les moyens de le fuir et eschaper.
200,
1, Conniller.—Esquiver, se dérober. Ce terme, jadis d’usage courant dans le S.-O. de la France, a tendance à disparaître; vient de connil, nom du lapereau, dérivé du latin. Le connil, peu enclin à la bravoure, va, à la moindre alerte, se cachant dans les haies ou dans ses terriers appelés également de ce nom, connilières.
2, Soy.—Le triomphe des révoltés fut de courte durée; le connétable de Montmorency, dirigé sur Bordeaux, les contraignit à rentrer dans le devoir; plusieurs exécutions suivirent et la ville se vit enlever nombre de ses privilèges.—Parlementer avec l’émeute, et par surcroît le faire en personne, ne réussit jamais. Le fait du général de Bréa, à Paris, en juin 1848, assassiné pareillement par les insurgés, en est encore une preuve, outre bien d’autres; seule une attitude résolue en impose aux foules en délire, tout le reste est pris pour de la faiblesse. Faire tirer à blanc, ou tirer en l’air notamment, ne fait que les surexciter; ce n’est qu’en inspirant de la crainte qu’on empêche le désordre de prendre de l’extension, qu’on en triomphe, en prévient le retour et évite de plus grands malheurs; et cela, sans que le plus souvent on soit contraint d’en venir aux pires extrémités devant lesquelles toutefois il ne faut pas reculer mais qu’il est presque toujours possible d’atténuer en prenant quelques précautions. Les difficultés ne proviennent guère, en pareil cas, que de ce que les émeutiers espèrent que la loi sur les attroupements, demeurée si fréquemment à l’état de lettre morte, le sera une fois de plus en la circonstance.
2, Montre générale.—Une grande revue. Le fait se passait en 1583. Le commandant du Château Trompette à Bordeaux, Vaillac, avait promis au duc de Guise de le lui livrer; le maréchal de Matignon, lieutenant du roi en Guyenne, déjoua ce projet, en contraignant Vaillac à cesser ses fonctions. Mais celui-ci, demeuré à Bordeaux, continua ses menées; et, le maréchal s’étant absenté, il crut le moment favorable pour y faire se prononcer un mouvement en faveur de la Ligue. C’est à ce propos que Montaigne, qui était alors maire de la ville, fit faire, pour tenir les suspects en crainte, cette revue qui rassura la population.
14, Poudre.—Salves d’artillerie ou de mousqueterie tirées en manière d’honneurs militaires dans des circonstances particulières, et notamment lors d’une revue passée par un haut personnage, à son arrivée devant les troupes, ainsi que cela se pratique encore.
16, Confidence.—Confiance, ainsi que portent plusieurs éditions postérieures. C’est là l’attitude constante des hommes politiques de tous les partis au pouvoir, vis-à-vis de l’armée: «Vous êtes admirables de dévouement, lui disent-ils sur tous les tons et à tous propos, vous avez notre sympathie, notre confiance, et toute notre bienveillance vous est acquise.» La première de ces assertions est constamment vraie, la seconde l’est beaucoup plus rarement, quelle que soit l’emphase de l’expression; seul le peuple, quand il est libre de toutes suggestions, l’acclame toujours sans restriction mentale, parce qu’elle émane de lui et le personnifie en ce qu’il y a de plus généreux en lui.
18, Clemence.—Add. des éd. ant.: et douceur.
33, Escus.—Plutarque, Apophth.
202,
5, Monopoles.—Conjurations, conspirations.—Rabelais, I, 17, s’est servi de ce mot dans le même sens: «Plût à Dieu, dit-il en parlant des mutineries du peuple de Paris, que ie susse l’officine en laquelle sont formés ces schismes et monopoles pour les mettre en évidence ès confrairies de ma paroisse.»
8, Domination.—Gauthier de Brienne, duc d’Athènes, descendant d’anciens croisés auxquels avait été donné ce duché qui, en 1312, fut enlevé à son père au profit des rois de Sicile. Gauthier, ayant pris du service dans l’armée de Florence et s’étant fait remarquer contre les Pisans, avait acquis une grande autorité; profitant de la lutte des factions qui se disputaient le pouvoir, il s’attribua lui-même la seigneurie à vie (1342); mais son despotisme et ses cruautés soulevèrent la population contre lui, et, l’année suivante, il dut se dérober, par la fuite, au mécontentement général.
9, Autrefois.—Appien, liv. IV des Guerres civiles.
22, Gaillard.—Add. des éd. ant.: et hardy.
CHAPITRE XXIV.
Ce chapitre est numéroté XXV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
28, Pedantisme.—Ce chapitre contient des observations très judicieuses sur la mauvaise manière d’enseigner et d’élever les enfants, et forme avec le suivant un traité presque complet d’éducation, très supérieur à l’Émile de J.-J. Rousseau, qui en a tiré ce qu’il a dit de mieux sur la matière.—A proprement parler, le pédantisme consiste dans une haute opinion de son savoir et un ridicule étalage de science empruntée. Naigeon.
30, Italiennes.—En fait de comédies de ce genre, on peut citer: El Pedante, de F. Balo, 1538; mais comme le dit Montaigne, on trouve des rôles de pédant dans une foule de pièces du théâtre italien du XVIe siècle.
30, Pedante.—N’est pas le féminin de pédant, mais le nom italien, qui est à prononcer: Pédanté, avec un accent sur l’e final.
30, Badin.—Aujourd’hui adjectif; était un personnage ridicule de l’ancienne farce française, tels actuellement Jocrisse, Polichinelle, etc.
204,
7, Dit.—Plutarque, Cicéron, 2.—Longtemps à Rome, les pédagogues furent pour la plupart des Grecs.
11, Sapientes.—C’est une sentence que Rabelais, Gargantua, I, 39, met dans la bouche de Frère Jean, fidèle portrait des moines de ce temps et qui s’excuse de la sorte de son ignorance, ce que Regnier, Sat. III, a traduit par ce vers: «Pardieu, les plus grands clercs ne sont pas les plus fins».—Il y a dans ce chapitre quelques autres imitations de Rabelais. Le Clerc.
17, Princesses.—Probablement Marguerite de Valois, fille de Henri II, dont Montaigne parle souvent et qui n’étant pas encore mariée était, de par son rang, la première des princesses de France.
31, Temps.—Allusion aux comédies d’Aristophane, dans lesquelles Socrate notamment était cruellement ridiculisé.—Les éd. ant. aj.: mais au rebours des nostres.
33, Prests.—Est dit ici par ironie, il faut entendre: «Ils en sont bien loin.»
34, C’est.—Cette façon de parler était encore d’usage du temps de Corneille, où, dans Horace, il est dit: «Le roi ne sait que c’est d’honorer à demi.» Aujourd’hui nous disons: «ce que c’est».
206,
10, Insolents.—Tout ce passage depuis: «Et quant aux philosophes...» est traduit du Théétète de Platon. Le Clerc.
27, Iouet.—Archimède qui, par ses inventions, tint en échec, pendant trois ans, 214 à 212, les Romains assiégeant Syracuse. Plutarque, Marcellus, 6.
35, Armées.—Diogène Laerce, VI, 92.
36, Frere.—Il faut entendre ici, non la royauté proprement dite, mais une charge particulière qui en portait le nom à Éphèse, comme chez les Athéniens, et les Romains après qu’ils eurent renoncé au gouvernement monarchique. Payen.
38, Compagnie.—Diogène Laerce, IX, 6.
208,
2, Offrirent.—Diogène Laerce, VIII, 63.—Les éd. ant. continuent: Vn d’entre eux, Thales.
6, Trafique.—Il prit à ferme tous les pressoirs à huile autour de Milet, dans la prévision d’une bonne récolte et alors que les oliviers étaient encore en fleurs; la récolte fut excellente, et, de sa spéculation, Thalès retira un bénéfice considérable. Diogène Laerce, I, 26.
16, Vienne.—Add. des éd. ant.: à nos maistres d’école.
17, Sciences.—Ce mot «sciences», qui se retrouve fréquemment dans Montaigne, signifie chez lui les connaissances philosophiques et littéraires, ou lettres, dont on s’occupait à peu près exclusivement à son époque, et nullement les sciences dans la signification actuelle de ce mot, dont le domaine est devenu si vaste, par suite des découvertes et de leurs applications faites depuis un siècle et demi. La distinction entre lettres et sciences, si nette aujourd’hui, n’existait pas alors; les lettres étaient tout, les sciences à peu près rien.
23, Homme.—Passage imité de Sénèque, Epist. 88.
29, Plus sçauant.—«Une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine.»
210,
1, Vent.—«Nous ne pensons pas; mais écrivons de point en point ce que les autres ont pensé.» Voltaire.
13, Ietter.—Jusqu’au VIIIe siècle, on faisait souvent usage de jects ou jetons pour compter; et même jecter ou jetter se disait pour calculer.
18, Chalemie.—C’est à proprement parler une flûte de pâtre, faite de paille, de chalumeau de blé; il signifie ici une de ces chansons chantées par les pâtres au son du chalumeau.
19, Qu’em.—Montaigne traduit ce proverbe, après l’avoir cité.
20, Sommes là.—Un proverbe cité dans le dictionnaire de Leroux, disait pareillement: «Il n’y a qu’à siffler et remuer les doigts», pour exprimer d’une chose qu’elle est facile à faire.
23, Perroquet.—Lord Chesterfield (1694 à 1779) avait bien senti le vice de cette instruction que lui-même avait reçue à l’université de Cambridge, et qui à ce moment n’avait fait de lui qu’un petit pédant, vain et superficiel; et dans ses Lettres à son fils, il en dépeignait ainsi le résultat: «Quand je voulais bien parler, je copiais Horace; quand je voulais faire le plaisant, Martial; et pour paraître homme du monde, je copiais Ovide.»
31, Gens.—Cet original s’appelait Calvitius Sabinus et vivait au temps de Sénèque qui rapporte le fait, Epist. 27.—Chacun des esclaves en question lui avait coûté 400.000 sesterces, soit 80.000 fr. (il s’agit ici du petit sesterce qui valait 0 fr. 20, tandis que la valeur du grand sesterce était de 0 fr. 80), il en avait neuf; il ne les avait pas trouvés tout faits, il lui avait fallu les commander.—Ce prix de 400.000 sesterces pour un esclave a parfois été dépassé; Pline, VII, 39, cite Daphnus, grammairien, qui fut payé 700.000 sesterces (140.000 fr.), et Pœson, eunuque de Sylla, qui atteignit 50.000.000 de sesterces (10.000.000 de fr.), mais, pour ce dernier, la passion s’en mêlait.
37, Nous.—Add. des éd. ant.: de mesmes.
212,
5, Soy.—Comparaison tirée de Plutarque, Comment il faut ouïr, à la fin.
8, Capitaine.—Add. des éd. ant.: et si aduisé sans l’essay et.
9, Mode.—Quand il fut envoyé pour combattre Mithridate, 73, dit Cicéron, Acad., II, 1, Lucullus passa tout le temps de la route et de la traversée, soit à s’enquérir auprès de gens experts en l’art de la guerre, soit à lire les comptes rendus de faits y afférents; si bien qu’il arriva en Asie, général consommé, que la victoire couronna, alors qu’il était parti de Rome ignorant les premiers rudiments de cet art.—L’empereur Julien, alors César, se révéla lui aussi, à son arrivée en Gaule (355), tout d’un coup grand capitaine.—L’eunuque Narsès (552) se montra de même habile général, sans jamais avoir été militaire auparavant.—Il est certain que le génie de la guerre et la science militaire sont distincts l’un de l’autre. Le génie est inné, se rencontre rarement, et pour se produire a besoin que les événements s’y prêtent; en dehors d’une disposition d’esprit toute spéciale, il comporte un ensemble de facultés portées à un haut degré: du caractère, un grand bon sens, de la volonté, de l’initiative, de la décision, de l’audace, de la prudence, du sang-froid, du coup d’œil, une grande activité physique, une santé robuste, le mépris de la vie humaine, une connaissance approfondie des hommes et des choses. La science en est le complément, mais elle, elle s’acquiert voire même assez facilement, et celui chez lequel le génie existe a tôt fait de se l’assimiler. A défaut de génie, mais unie à l’expérience, ce qui est le cas le plus ordinaire, la science n’est pas sans conduire à des résultats souvent considérables; seulement rarement alors elle en arrive à tirer aussi complètement parti que le génie des circonstances imprévues si fréquentes à la guerre et à triompher quand même dans les cas difficiles.
17, Σοφός.—Dans les éditions antérieures, Montaigne faisait suivre cette citation de sa traduction que nous donnons d’après lui: Je haï, dict-il, le sage qui n’est pas sage pour soy-mesmes.
19, Quiret.—Les mots: «Ex quo Ennius» qui, dans les Essais, sont détachés de la citation qui les suit, en font partie dans le texte de Cicéron.
23, Dionysius.—Les sages réflexions attribuées ici à un Denys quelconque, sont de Diogène le Cynique, comme on peut le voir dans la vie de ce philosophe écrite par Diogène Laërce, VI.
28, Cher.—J’aimerais autant.
35, Grossir.—Voltaire, dans le conte de la Bégueule, dit pareillement en parlant de l’orgueil:
«Bouffi, mais sec, ennemi des ébats,
Il renfle l’âme et ne la nourrit pas.»
41, Peine.—Platon, Protagoras.—Parmi ces disciples, Protagoras comptait Evathlus, qui s’était engagé à lui solder le prix de ses leçons, lorsqu’il aurait gagné sa première cause; le moment venu, il déclara n’avoir rien à payer, et sur la menace d’être cité en justice, dit à son maître: «Allons, si les juges se prononcent pour moi, d’après la sentence, je ne devrai rien; si c’est toi qui l’emportes, ayant perdu, je ne devrai pas davantage, du fait même du pacte que nous avons conclu.» A quoi le maître répondit: «S’ils se prononcent pour moi, tu devras me payer selon la sentence; si tu l’emportes, ayant gagné, tu le devras pareillement, aux termes mêmes de notre convention.» Maître et disciple étaient aussi retors et fripons l’un que l’autre. V. N. III, 344: [Protagoras].
41, Chouez.—Frustrés, déchus de leurs espérances.—De chouer, qui n’est plus d’usage, est venu échouer.
214,
16, Galimatias.—Mélange confus de paroles et d’idées incohérentes que l’on ne saurait comprendre, quoiqu’elles semblent signifier quelque chose.—Vient des mots latins galli et Mathias que prononça, s’embrouillant, au lieu de dire gallus Mathiæ, l’avocat d’une cause où il s’agissait d’un coq appartenant à un Mathias.
20, Robbe.—Nicole a dit que la pédanterie est un vice de l’esprit et non de la robe.—On naît pédant, même sur les marches d’un trône. Joachim du Bellay, dans un sonnet, dit que pédant ou roi se touchent de près, que l’un et l’autre régentent et ont état et sujets, et termine en disant de Denys le Jeune:
«Et c’est pourquoi, jadis, le roi syracusain
Voulut être pédant, ne pouvant être prince.»
26, Creux.—C’est le cas des intellectuels de nos jours chez lesquels, comme chez le pédant de Montaigne que La Fontaine a aussi connu et stigmatisé, l’instruction et le jugement vont rarement de pair, et qui, mécontents de la société où la place qu’ils occupent, pour si honorable qu’elle soit bien que modeste, ne leur semble pas en rapport avec le mérite qu’ils s’attribuent; et partant de là, ils se font en France, à la remorque des socialistes, les apôtres de l’internationalisme et de l’antimilitarisme et s’appliquent à renverser l’état social actuel, en sapant chez la jeunesse confiée à leurs soins la religion et l’armée qui en constituent les bases essentielles, s’y adonnant avec une ardeur qui n’a d’égale que celle que leurs congénères de l’Allemagne ont, en sens inverse, apportée à son relèvement après Iéna et Wagram. Ceux-ci ont abouti aux succès de 1815 et à ceux plus éclatants encore de 1870-71; à quels nouveaux désastres ceux-là, qui ont déjà à leur actif la Commune et, ce qui nous a fait plus de mal encore, les troubles démoralisateurs dont l’affaire Dreyfus a été le prétexte, ne nous exposent-ils pas dans leur aveuglement et malgré leur infime minorité, secondés qu’ils sont, il faut bien le reconnaître, par l’inertie non moins regrettable de tous les autres que le patriotisme et les leçons de l’expérience devraient rendre plus clairvoyants!
32, Courtisane.—A la manière des courtisans, des gens qui fréquentent la cour.
33, Trauers.—C’est à peu près la même idée qu’exprime Molière dans ce passage des Femmes savantes:
«Le moindre solécisme en parlant vous irrite,
Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite.»
36, De son.—Add. des éd. ant.: gibier et de son.
216,
5, Titan.—Prométhée, l’un des Titans (branche collatérale de celle dont était issu Jupiter, avec lequel les Titans, étant entrés en lutte, furent frappés de la foudre et précipités du ciel). Ayant formé l’homme du limon de la terre, et l’ayant animé avec le feu du ciel dérobé à cet effet, Prométhée fut en punition, par ordre de Jupiter, lié sur le Caucase, où continuellement un vautour lui déchirait le foie sans cesse renaissant, supplice dont le délivra Hercule. Mythologie.
8, Mieux.—Add. des éd. ant.: et qu’elle nous amende, ou elle est vaine et inutile.
9, Officiers.—On désignait sous ce nom, d’une façon générale, tous ceux qui étaient pourvus de charges publiques ou offices; il est question ici des officiers de justice: conseillers au parlement, au Châtelet, etc.
19, Est.—Traduction de la citation qui précède.—Molière, dans les Femmes savantes, exprime la même idée, mais en l’accentuant: «Un sot savant est sot plus qu’un sot ignorant.»—«On est quelquefois sot avec de l’esprit, a dit un autre, jamais avec du jugement.»
28, Femmes.—«La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s’instruire par rapport à leurs fonctions; la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études.» (Fénelon).
Les temps ont bien changé; et au nom de l’égalité, la femme moderne réclame aujourd’hui même instruction que l’homme et l’admission à des fonctions que jusqu’ici il était seul à remplir. C’est là quand même une erreur; la mentalité de l’homme et celle de la femme ne sont pas identiques, même lorsque celle-ci est très instruite. Ils peuvent avoir des intérêts communs, des sentiments communs, ils ne sont pas impressionnés de la même façon par les mêmes choses, n’ont pas des enchaînements de pensées semblables, leur logique diffère. En dehors de cette raison, déjà suffisante à elle seule, les malaises fréquents de la femme, les troubles de santé qu’elle éprouve périodiquement, les devoirs de la maternité, les soins qui lui incombent dans l’intérieur de la famille, dont à la vérité beaucoup s’affranchissent, doivent de par la nature elle-même les faire exclure de toutes les occupations physiques ou intellectuelles susceptibles de les accaparer tout entières à un moment donné, telles les professions d’avocat, de médecin, etc.—Quant à la revendication de leurs droits politiques, elle est plus justifiée; du reste ce n’est pas chose nouvelle et, dit-on, en 1793 Condorcet avait été chargé par la Convention d’élaborer un projet de constitution admettant le vote des femmes. Il ne serait cependant pas sans inconvénient, et ce pour les mêmes causes, qu’elles exerçassent elles-mêmes ces droits; et il semble qu’il en serait suffisamment tenu compte, en attribuant dans ces questions double vote au mari ou au père de famille.
Sur un autre terrain, leurs revendications sont plus sérieuses et méritent considération. Elles demandent:
Que la femme mariée demeure propriétaire de son salaire et que l’évaluation du travail ménager lui donne un droit de pourcentage sur le salaire du mari. L’homme se fait si souvent la part du lion et si souvent néglige de pourvoir aux besoins de la famille, qu’il n’y a là rien qui étonne.
Qu’à travail égal masculin ou féminin, le salaire soit égal; ce n’est que justice, surtout quand on constate que la majorité des métiers féminins ne rapporte en moyenne que la somme dérisoire de 1 fr. 25 par jour.
Que le travail à domicile soit réglementé: ce travail en effet, par voie de concurrence, préjudicie à l’extrême aux intérêts de toutes, de celles qui le pratiquent tout comme à ceux de celles qui travaillent au dehors, par l’exploitation éhontée dont il est l’objet. Sait-on que la confection de chemises d’homme arrive à n’être payée que 0 fr. 90 à 1 fr. la douzaine; celle d’un pantalon d’homme 0,25, etc., et encore faut-il que l’ouvrière fournisse fil, aiguille, machine à coudre! Des vachères travaillant la journée entière à coudre des gants, en gardant leur troupeau, gagnent 0 fr. 40 par jour; des femmes de pêcheurs, en Bretagne, la passant à faire des broderies, n’arrivent qu’à trois francs par semaine. Dans ces abus, rentre le travail de certaines communautés subventionnées d’autre part, dans des conditions qui ne leur laissent pour ainsi dire aucunes charges auxquelles elles aient à pourvoir, et peuvent produire à des prix dérisoires. Question compliquée, mais qui vaut la peine d’être étudiée, si difficile qu’il paraisse d’espérer une solution satisfaisante.
Et si des faits nous remontons aux causes et que nous recherchions pourquoi ce qui jadis a été à l’état d’exception a tendance à devenir aujourd’hui de pratique courante, cela tient au bouleversement de la société et à ce que chacun recherche de plus en plus le confort et sacrifie au luxe. Pour satisfaire à ces appétits, le gain de l’homme devient insuffisant aux besoins du ménage et la femme est conduite à chercher du travail qui ajoute au salaire du père de famille; tandis que, d’autre part, chez l’homme, beaucoup par veulerie, en quête de besognes faciles, envahissent les métiers de la femme, se font couturiers, modistes, fleuristes, etc., obligeant celle-ci à se tourner vers ceux qu’ils abandonnent et à se faire avocat, médecin, employé d’administration, cocher, manœuvre, etc.
34, Mary.—Cette réponse se retrouve également dans les Femmes savantes de Molière:
«Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés,
Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez,
Quand la capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d’avec un haut-de-chausses.»
218,
3, Pedantisme.—Signifie ici pédagogie.
6, Iadis.—Science et sagesse se confondaient, l’un menait à l’autre. Charles V, dit le Sage, roi de France, dut à son savoir (sage dit pour savant) cette appellation que de nos jours nous sommes portés à attribuer à la sagesse, pourtant si remarquable, avec laquelle il gouverna, tant pendant la captivité de son père que durant son propre règne.
7, Desunt.—J.-J. Rousseau, dans son Discours sur les lettres, traduit ainsi cette phrase de Sénèque: «Depuis que les savants ont commencé à paraître parmi nous, les gens de bien se sont éclipsés».
11, Ceux.—A l’exception de ceux.
13, Science.—Idée qui, ainsi généralisée, n’est pas juste et que l’on s’étonne de rencontrer chez Montaigne: il y revient parfois (I, 234); par contre, il l’infirme dans différents passages (I, 248) et particulièrement au ch. XLII de ce même premier livre.
32, Chaussetier.—On montrait à un savant anglais les fabriques de drap de Norwich; les ouvriers y étaient tout déguenillés; on lui disait: «Voici les draps pour le Nord, ceux pour l’Allemagne, pour l’Italie, pour l’Amérique.»—«Fort bien, dit-il, mais je ne vois pas où sont les draps pour les ouvriers de Norwich!»
35, Suffisant.—Capable. Les mots suffisance, suffisant, sont toujours employés, dans les Essais, dans le sens de capacité, capable, et en bonne part, à l’exclusion de toute idée de vanité, de présomption qu’ils comportent parfois aujourd’hui.
220,
4, Dit.—Dans le premier Alcibiade.
25, Dire.—Donner la raison du parti qu’ils prenaient.
26, Xénophon.—Cyropédie, I, 3.
222,
1, Τύπτω.—Je frappe. Ce verbe est, dans la plupart des grammaires grecques, donné pour modèle des verbes de la première conjugaison.
4, Ils.—Les Lacédémoniens, dont il est question avant cette histoire incidente de Cyrus, qui interrompt le sens général de ce passage.
14, Respondit-il.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.—J.-J. Rousseau s’est approprié ce mot dans son Discours sur les lettres: «Que faut-il donc qu’ils apprennent? Voilà, certes, une belle question! Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant hommes.»
15, Admirables.—C’est en cela que l’on a pu dire que c’était le maître d’école qui, en Prusse, avait fait Sadowa, et plus tard les succès de 1870-71. Mais cette métaphore, répétée à satiété en France, après nos revers, y a été interprétée de singulière façon.—Au lieu de voir là un résultat dû au sentiment patriotique insufflé à l’enfant, dès le bas âge, par ces humbles éducateurs de la jeunesse, obéissant, en vue du relèvement, à un mot d’ordre venu à la suite de l’effondrement de la monarchie prussienne au commencement du siècle dernier, et se poursuivant sans trêve chez l’homme après s’être exercé sur l’enfant, grâce à un ensemble d’institutions concourant à leur inspirer par-dessus tout la haine du Français auteur de ces désastres, nous n’y avons vu que l’à-côté: l’instruction primaire plus répandue et donnée à un degré plus élevé.—Fatale erreur! elle a fait que tout en donnant à cette instruction une extension exagérée peut-être, mus par un état d’âme qui nous est particulier, nous inculquons à l’enfant, non des sentiments de patriotisme surchauffé comme en Allemagne, mais des idées de confraternité universelle qui en sont presque l’opposé, en même temps qu’une connaissance approfondie des droits de l’homme, mais sans insister simultanément sur ses devoirs, ce qui eût été logique et un palliatif des exagérations auxquelles peut aboutir la revendication des uns sans l’observance des autres; laissant en outre jeter le discrédit sur ces deux bases essentielles des sociétés, factices comme elles si on le veut, mais sans lesquelles elles ne sauraient avoir le calme et la sécurité: la religion qui prêche ces devoirs et l’armée qui en impose l’exécution, qui sont leurs sauvegardes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.—De là cette situation si troublée en laquelle nous vivons, en butte à des désordres intérieurs continus, à ces grèves sans cesse renaissantes, qui se produisent partout et en tout, solidaires les unes des autres et qui portent de si profondes atteintes à notre industrie et à notre commerce, tandis que, d’autre part, malgré les charges écrasantes de notre état militaire et la volonté de nos gouvernants d’éviter la guerre à tout prix, sans en avoir l’air, nous sommes constamment anxieux des faits et gestes de nos voisins qu’inquiète également notre attitude imprécise.
18, D’armée.—Le titre d’imperator était donné, à l’origine, aux seuls généraux victorieux.
29, Pays.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.—En 330, à la suite de la défaite qu’Antipater roi de Macédoine venait de leur infliger et dans laquelle avait péri Agis II, leur roi, après des prodiges de valeur.
33, Commander.—Plutarque, Agésilas, 7.
34, Hippias.—Platon, Hippias major.
224,
12, Lettres.—Aujourd’hui et depuis des siècles, les Turcs constituent un des États les plus faibles d’Europe, où ils ne se maintiennent que parce que les autres ne veulent voir aucun d’entre eux se substituer à eux. Cette déchéance est due en grande partie à l’ignorance et à la stagnation en lesquelles ils sont demeurés alors que tout autour d’eux progressait. On ne saurait cependant nier chez eux une légère tendance à un relèvement auquel la femme, si paradoxal que cela paraisse, n’est pas étrangère. Celle-ci, en effet, dans les classes élevées, n’est pas l’être avili et annihilé qu’on ne cesse de se représenter, son influence dans l’intérieur des familles est moins effacée qu’on le suppose: dans certaines, elle reçoit de l’éducation; les productions littéraires de l’Occident pénètrent dans le harem et avec elles les idées modernes, et il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’à la longue l’effet peut s’en faire sentir et une sorte de rénovation morale de la nation en résulter. Gal Niox.
16, Grece.—De 395 à 401, sous le commandement d’Alaric.
20, Oysiues.—Ph. Camerarius, Médit. hist., III, 51.—C’était aussi l’opinion des Goths du royaume d’Italie, si l’on en croit Procope, historien grec du VIe siècle: Le grand Théodoric (489 à 526) ne voulait pas, pour cette raison, que les Goths envoyassent leurs enfants aux écoles; on blâmait la reine Amalasonte de donner à son fils Attalaric une éducation trop littéraire, prétendant que cela l’amollissait.—Quant à moi, je suis sur ce point de l’avis de Montaigne, mais je tiens que ce n’est pas la seule cause d’amollissement d’un peuple; l’excès de bien-être pénétrant toutes les classes de la société en est une bien plus grande encore, d’autant plus débilitante que cette jouissance au delà du nécessaire est plus considérable et date depuis plus longtemps.
22, Toscane.—Cette conquête s’effectua en cinq mois (1495), c’était prompt à une époque où tous les bourgs étaient fortifiés et les moyens de les réduire bien moins puissants que de nos jours et où les armées vaincues se reformaient assez rapidement; elle se perdit du reste la même année avec la même rapidité, par suite de la coalition contre nous du Pape, des Princes d’Italie et de l’Espagne.
25, Guerriers.—Voir sur cette question assez controversée de l’influence des lettres, la Sagesse de Charron, III, et les célèbres paradoxes de J.-J. Rousseau.
CHAPITRE XXV.
Ce chapitre est numéroté XXVI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
226,
1, Enfans.—Ce chapitre est un des plus intéressants des Essais. Montaigne y développe ses idées sur l’éducation des enfants, dont une grande partie se retrouve dans la République de Platon. Il en avait jeté les bases dans le chapitre précédent; c’est la source où sont venus s’inspirer Charron, J.-J. Rousseau et tant d’autres après eux, non sans prêter à la critique en raison des points importants que l’auteur s’est abstenu de traiter et du point de vue par trop particulier auquel il s’est placé.—«Il ne porte guère son attention, dit Margerie, que sur ce qui a pour objet de développer l’intelligence et de fortifier le corps. Mais l’enfant a aussi une âme à élever, un caractère à former; et cette éducation morale, importante au même degré que l’autre, est sans contredit plus délicate et plus difficile. A cet égard, Montaigne ne se préoccupe que des vertus faciles qui naissent et grandissent d’elles-mêmes et coûtent peu à acquérir et à pratiquer, mais les autres? Il ne dit mot, par exemple, du dévouement, non plus que des devoirs sociaux et politiques et pas davantage de la lutte contre les passions sensuelles qu’il dépeint cependant si bien.»—Déjà auparavant G. Guizot, après avoir relevé que la religion n’a point de place dans le système d’éducation de Montaigne, ajoutait: «Il est à observer que sa visée est très générale et le cas qu’il pose très particulier: il veut former un homme et ne parle que pour un jeune seigneur; malgré l’apparente étendue des idées, ce qu’il dit ne vient que de son éducation personnelle et ne va qu’à celle de son petit voisin du château de Gurson.»—La pédagogie de Montaigne est en effet éminemment aristocratique; il n’en est pas moins un précurseur en fait d’instruction. Devançant de plusieurs siècles la marche du progrès, en outre de la simultanéité de l’éducation morale et de l’éducation physique, il préconise de restreindre, dans les procédés d’instruction, le recours à la mémoire à laquelle on fait jouer un trop grand rôle au préjudice de la raison, de développer l’esprit d’initiative et de décision, de consacrer moins de temps à l’étude, et d’en donner davantage à celle des langues vivantes, toutes choses encore aujourd’hui presque à l’état de desiderata, en France tout au moins.
A la vérité aussi, ces principes ne sont pas émis en vue de l’instruction primaire parce qu’alors elle n’existait pour ainsi dire pas et que le besoin ne s’en faisait pas sentir; mais, étant donné son immense bon sens, il n’y a pas doute que s’il eût eu à en parler, il se fût élevé aussi contre la direction qui lui est donnée chez nous et dont les résultats sont si pernicieux en faisant naître, chez la plupart, des espérances qu’il ne sera pas donné au plus grand nombre de pouvoir réaliser. Son but devrait être uniquement de coopérer à ce que les enfants, les jeunes gens des classes dites laborieuses (dont malgré cette épithète le travail est bien loin d’être l’apanage exclusif et qui dans leur sphère, si l’envie ne s’en mêle, ont ici-bas autant de chances de bonheur que tous autres), deviennent, eux aussi, des êtres fortement trempés au physique et au moral, de les préparer aux réalités et aux devoirs de ce monde en les rendant propres à participer pleinement à la vie sociale et à satisfaire pour le mieux aux conditions du milieu où la Providence les a placés, tel Cincinnatus tiré à diverses reprises de sa charrue pour exercer la dictature et n’aspirant qu’à y retourner, sans éveiller ni encourager en eux le désir d’en sortir en croyant s’élever, grosse erreur, malheureusement si répandue et qui la plupart du temps fait leur malheur, sans que la société y ait bénéfice.
Pour ce faire, il faudrait ici encore s’adresser moins à la mémoire qui, à elle seule, ne conduit à rien de bon, qu’à la raison et à la réflexion; réduire au minimum l’instruction primaire proprement dite, les connaissances générales qu’elle comporte et le temps passé à les acquérir, sans cesser de maintenir le contact journalier de l’enfant d’abord, de l’adolescent ensuite avec la ferme, l’atelier, le magasin, l’usine et la participation à leurs travaux suivant la condition de chacun, et affirmant la pratique dans des cours techniques annexes, appropriés aux populations ambiantes, développant à la fois l’habileté professionnelle, l’initiative, et tenant au courant du progrès. En généralisant cette méthode, aujourd’hui limitée à quelques grands centres, en la mettant à portée du plus grand nombre, on augmentera les chances de prospérité de chacun et de tous et on réagira contre l’exode si fâcheux des campagnes sur les villes.
1, Gurson.—Diane de Foix, fille du comte de Candalle, avait épousé, en 1579, son cousin Louis de Foix, comte de Gurson, qui fut tué avec deux de ses frères, en 1586, au combat de Monterabeau, près de Nérac: quoique catholiques, ils suivaient le parti de Henri IV, dont ils étaient proches parents.
1, Françoise.
Pour l’érudition dont la lourdeur accable,
Si nous la négligeons, le mal n’est pas bien grand;
Le gros savoir fait un pédant.
L’esprit, lui seul, fait l’homme aimable
Qui, chez nous, est le vrai savant.» De Boissy.
10, Mathematique.—On entendait par mathématiques toutes les sciences où interviennent les théories des nombres; elles comprenaient quatre parties: l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie.
13, D’Aristote... moderne.—Var. des éd. ant.: de Platon ou d’Aristote.
15, Faict.—Add. des éd. ant.: ce n’est pas mon occupation.
23, Danaïdes.—Filles de Danaüs, roi d’Argos. Elles étaient au nombre de cinquante; contraintes d’épouser les cinquante fils du roi d’Égypte leur oncle, et ce mariage leur paraissant une impiété, elles les massacrèrent la nuit même de leurs noces. Pour ce crime, précipitées dans les Enfers, elles y furent condamnées à y remplir éternellement un tonneau sans fond. Myth.
228,
3, Fiert.—Frappe, du latin ferit.—C’est une réminiscence de ce passage de Montaigne, qui permit à J.-J. Rousseau d’être l’heureux interprète de la devise de la maison de Solar: «Tel fiert qui ne tue pas». Le Clerc.
19, Voyre.—Disant que c’est vrai, que vraiment.—Voyre signifie quelquefois même; d’autres fois oui, ce qui est ici le cas. Il a le sens de même dans ces vers de La Fontaine:
«Chapitre, non de rats, mais chapitre de moines,
Voyre chapitre de chanoines.»
Il signifie oui, dans ces deux vers de l’épitaphe de S. Innocent:
«Que disons-nous de ce grand purgatoire?
Il en est un, ouy dea, tredam voyre!»
23, Descouuert.—Add. des éd. ant.: car autrement i’engendrerois des monstres: comme font.
36, Allégation.—Diogène Laerce, Chrysippe, VIII; Épicure, X.—Allégation signifie ici citation.
37, Passage.—C.-à-d. sur un de ces beaux passages des anciens, copiés par les écrivains indiscrets du siècle de Montaigne.
230,
14, Franchise.—D’asile. Pris ici au figuré: endroits tels que les temples, les églises, les palais des ambassadeurs où il n’était pas permis de procéder à des arrestations.
23, Palot.—Palot était le nom que l’on donnait à la bêche; «tenir palot» d’après certains signifierait: avoir possibilité, ayant une bêche, de creuser un fossé, en signe de défi ou pour se défendre entre soi et quelqu’un, d’où lui tenir tête, aller de pair avec lui.
232,
3, Dire.—C.-à-d.: «Je n’emploie, je ne cite les pensées des anciens que pour avoir plus d’occasions de produire mes propres pensées; bien différent en cela de ceux qui se couvrent des armes d’autrui, jusqu’à ne pas montrer seulement le bout de leurs doigts».—Ou encore: «Je n’emploie les idées des autres que pour rendre d’autant mieux les miennes», ainsi qu’on peut en juger en se reportant au ch. X du liv. II (I, 252), où il est dit: «car ie fay dire aux autres... ce que ie ne puis si bien dire par foiblesse de mon langage ou par foiblesse de mon sens».
3, Centons.—Mot venant du grec et signifiant à proprement parler un manteau fait de pièces d’étoffes rapportées, un habit d’Arlequin.—Le centon est une pièce en vers le plus généralement composée de vers entiers ou de passages pris de côté et d’autre dans un même auteur, comme les centons d’Ausone, composés de vers de Virgile, soit chez divers et disposés dans un ordre autre, ce qui donne à ces fragments un sens tout différent de celui qu’ils ont dans l’original. Quoi qu’en dise Montaigne, le style de ces sortes d’ouvrage est par trop plein d’expressions dures, impropres et énigmatiques; en français, il n’en existe guère qu’en prose et ce ne sont pour la plupart que des assemblages de proverbes, sans intérêt aucun.
7, Politiques.—Vaste compilation de Juste Lipse sur le droit et la politique, publiée en 1589 et qui, à l’époque, eut un grand retentissement. Cet ouvrage a en effet tous les caractères d’un centon, étant composé de sentences et de maximes tirées des historiens, poètes, philosophes, orateurs grecs et latins, auxquelles l’auteur n’a ajouté que le fil qui les unit, ce qui, joint au mérite de les avoir recueillies et présentées d’une façon intéressante, n’en dénote pas moins beaucoup d’érudition et de patience.—Montaigne se montre ici reconnaissant, car Juste Lipse, lui envoyant son livre, lui écrivait: «O tui similis mihi lector sit (Que ne sont-ils tous semblables à toi, mes lecteurs)!»
16, Autruy.—«Scienter nesciens et sapienter indoctus (savant dans son ignorance, simple dans sa sagesse)», a-t-on dit de Montaigne, lui appliquant ces paroles du pape Grégoire II à l’adresse de saint Benoît. Jamet.
25, Viendra.—Le mariage de Diane de Foix (V. N. I, 226: [Gurson]) avait été négocié par Montaigne; le premier-né de cette union fut en effet, en 1582, un fils, Frédéric de Foix, qui devint maréchal de camp et grand sénéchal de Guyenne.
25, Auez.—Add. des éd. ant.: de tout temps.
26, Seruitude.—Peut-être la terre de Montaigne qui, depuis qu’elle était dans la famille Eyquem, relevait de l’archevêque de Bordeaux, avait-elle, à une époque antérieure, relevé des comtés de Gurson, dont le château se trouvait à peu de distance, et dont était Diane de Foix dont il est ici question.
33, Difficulté.—C’est le langage que, dans Platon, Théagès, tient à Socrate un père qui, accompagné de son fils, vient le consulter pour savoir à qui en confier l’éducation.
234,
3, Eux-mesmes.—C.-à-d. combien dans l’âge mûr ils ont été différents de ce qu’ils étaient dans leur enfance.
10, Pied.—Les éd. ant. port.: goust.
18, Basses.—Cette infériorité d’une partie de la race humaine, déjà mentionnée par Montaigne (N. I, 218: [Science]), si attentatoire à la doctrine de l’Évangile, est soutenue, dans toute son amplitude, par S. Thomas d’Aquin, dont l’ouvrage de Sebond, qui est analysé ici, est considéré comme résumant les opinions. «Quant aux laboureurs, dit saint Thomas, aux industriels et aux marchands, il est manifeste qu’il ne faut pas les considérer comme des citoyens, ni comme faisant partie eux-mêmes d’une société bien organisée... Ces hommes vils, en raison de leurs occupations abjectes, ne sauraient se livrer à la contemplation de la vérité et à la pratique des arts libéraux.»
236,
4, Maison.—Enfant noble, de bonne famille.
4, Lettres.—Les éd. ant. ajoutent: et la discipline.
8, Réussir.—Est employé ici dans le sens de l’italien riuscire, aboutir, conclure, arriver à un résultat bon ou mauvais.
17, Montre.—Lui donner occasion de se montrer.—Terme de maquignonnage; c’était le lieu où l’on essayait les chevaux. Montaigne continue cette même figure quelques lignes plus loin: «Il est bon qu’il le fasse trotter deuant luy, pour iuger de son train.»
22, Eux.—Diogène Laerce, IV, 36.
238,
8, Platon.—Par des interrogations; d’après la méthode suivie par Socrate dans les dialogues de Platon.
11, Cuire.—Add. de 88: «On ne cherche reputation que de science. Quand ils disent, c’est vn homme sçauant, il leur semble tout dire.»
24, Estamine.—Qu’il lui fasse tout examiner, analyser.—Expression proverbiale qui vient du tissu peu serré de crin, de soie ou de fil, appelé de ce nom, dont sont garnis les tamis servant à passer les matières pulvérisées, quand on veut en séparer les parties ténues d’avec les parties grossières.
28, Double.—Dans l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne ajoutait: «Il n’y a que les fols, certains et resolus», addition qu’il a ensuite rayée.
34, Imboiue.—«Imboire» ne se trouve pas dans les dictionnaires, où figure seul «imbu» qui semble en être le participe passé.
240,
2, Apres.—Cette pensée se retrouve dans La Bruyère: «Horace ou Despréaux l’ont dit avant vous.—Je le crois sur votre parole, mais je l’ai dit comme mien; ne puis-je pas parler après eux d’une chose vraie, dont d’autres encore parleront après moi?»
«Dis-je quelque chose assez belle,
L’antiquité toute en cervelle
Me dit: «Je l’ai dit avant toi.»
C’est une plaisante donzelle.
Que ne venait-elle après moi,
J’aurais dit la chose avant elle.» Ch. Nodier.
«Rien n’appartient à rien, tout appartient à tous;
Il faut être ignorant comme un maître d’école
Pour se flatter de dire une seule parole
Que personne ici-bas n’ait pu dire avant vous;
C’est imiter quelqu’un, que de planter des choux.» A. de Musset.
3, Espices.—Salaire des vacations de juges, d’expéditions judiciaires, etc. L’usage de qualifier de la sorte la rémunération officieuse de certains services rendus, était fort ancien et avait pour origine la rareté des épices et le cas qu’on en faisait, quand le commerce avec les Indes qui les produit, n’existait pas; on en offrait aux grands seigneurs et en général à ceux dont on avait à reconnaître ou se ménager les bons offices. Cette redevance, passée dans les mœurs, a été plus tard convertie en argent; elle n’est pas à confondre avec ce que nous appelons aujourd’hui épingles ou encore pots de vin qui sont des dons illicites, sollicités abusivement et consentis pour obtenir des passe-droits.
16, Epicharmus.—Dans les Stromates (mélanges) de Clément d’Alexandrie, II; et dans Plutarque, De la Sagacité des animaux.
17, Empennées.—Arrangées, préparées à l’instar des flèches que l’on garnit de plumes, ou des traits qu’on munissait d’ailerons, pour les empêcher de tourner sur eux-mêmes et faire qu’ils aient plus de portée et de justesse.
25, Sçauoir.—«L’érudition n’est pas la science, de même que les matériaux ne sont pas le bâtiment» (Proverbe turc).—Cette distinction a peu cours en France, même dans l’Université, d’où nos méthodes d’instruction encore si défectueuses.
33, Caprioles.—Du latin capra, chèvre; terme de danse qui désignait alors un rythme particulier. On dit maintenant, mais dans une acception un peu différente «cabrioles», du provençal cabra, signifiant également chèvre.
35, L’esbranler.—Add. des éd. ant.: «et mettre en besongne».
242,
1, Luth.—Instrument à cordes des plus anciens, aujourd’hui disparu, avait quelque ressemblance avec une harpe de très petite dimension.
9, Botanda.—Le Panthéon qu’Agrippa fit construire à Rome, sous le règne d’Auguste; c’est le seul des temples de Rome antique qui soit conservé dans son intégrité.
10, Liuia.—Il y avait à Rome, au XVIe siècle, une femme remarquable par sa beauté et les grâces de son esprit; c’était Livia Colonna, fille de Marc-Antoine Colonna. Plusieurs poètes de l’époque l’ont célébrée et nous apprennent qu’elle avait pour adorateur tout le peuple romain. Un jour elle s’éloigna de Rome et des pluies diluviennes suivirent son départ; «les eaux qui menacèrent subitement d’inonder la ville éternelle, venaient, dit l’une de ces poésies, des larmes de ses amants». Avait-elle des caleçons d’une forme et d’une richesse exceptionnelles, c’est ce que les madrigaux écrits en son honneur nous laissent ignorer. Rostain.
12, Médaille.—Montaigne se moque ici quelque peu des antiquaires et même des érudits dont les longues et ennuyeuses dissertations n’ont souvent de but ni utile, ni instructif.
15, Enfance.—«Avant de voyager pour s’instruire, il faut, dit-on parfois, s’instruire pour voyager.» C’est bien dit, mais ce n’est pas absolument exact: On s’instruit en voyageant, l’enfant comme tous autres; seulement les voyages profitent bien plus à qui est instruit qu’à celui qui ne l’est pas.
27, Remede.—C.-à-d. pas moyen de faire autrement.
35, Compagnie.—C.-à-d. unie à un corps.
36, Leçon.—Dans mes lectures.
244,
9, Geaule.—Geôle, prison; d’où vient geôlier; viendrait lui-même du latin gabiola, cage.
10, L’espreuue.—Nous en voyons tous les jours la preuve et quiconque... Ces lignes ont été écrites pendant les guerres civiles sous le règne de Henri III et à l’avènement de Henri IV.
23, Fables.—Est mis ici dans le sens de hâbleries, propos pleins de vantardise et d’exagération.
27, Contraster.—Blâmer, contredire, censurer.
246,
9, Mestier.—Les procureurs et avocats, qui, trop souvent, par situation, poursuivent et défendent de parti pris, quelles que soient leurs convictions personnelles.
26, Reluisent.—Add. des éd. ant.: iusques.
27, Particulieres.—Quoique remplissant fidèlement ses devoirs de citoyen, de sujet et même de catholique, Montaigne, fidèle à ce principe, refusa constamment de s’attacher au service des rois par des obligations particulières contractées envers eux, non plus qu’à s’inféoder à l’un quelconque des partis qui, à cette époque, divisaient la France.
32, Ames.—Errare humanum est, perseverare diabolicum (Faire erreur est le fait de l’homme, s’y obstiner celui du démon)», dit un adage bien connu, dont la source ne l’est pas.
248,
2, Suffisance.—Langage tout différent de celui tenu, I, 218.
4, Maluoisie.—Vin grec qui a pris son nom de Napoli di Malvasia (auj. Nauplie), ville du Péloponnèse.
22, Veut.—Add. de 80: et qui ne se propose autre fin que le plaisir; mais.
24, Platon.—Dans Hippias major.
25, Nostre.—Plutarque traduit en français par Amyot, dont la traduction des Hommes illustres avait paru en 1559, il y avait donc une douzaine d’années, et celle des Œuvres morales était en cours de publication, quand Montaigne écrivait son premier livre des Essais, 1574.
29, Là.—Annibal et Métellus étaient en présence près de Venouse (Italie méridionale). Une colline dont l’occupation importait aux deux partis était entre les deux camps; Annibal, arrivé premier, ne l’occupa pas et préféra y tendre une embuscade, persuadé que les Romains chercheraient à s’y établir. C’est ce qui arriva: Marcellus, consul, s’y porta avec son collègue pour en faire la reconnaissance, et y fut tué; son collègue mourut lui aussi, peu après, de ses blessures, 208; il n’était pas encore arrivé aux Romains de perdre leurs deux consuls dans un même combat. Plutarque dit de Marcellus, à cette occasion, qu’en se précipitant inconsidérément et sans nécessité dans le danger, il est mort, non en général d’armée, mais en enfant perdu ou en batteur d’estrade.
250,
2, Besongne.—Henri IV partageait ce sentiment d’estime que Montaigne avait pour Plutarque: «Il me sourit toujours d’une fraîche nouveauté, écrivait-il à Marie de Médicis; c’est un ami; il m’a dit à l’oreille beaucoup de maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement de mes affaires.»
2, Mille.—Add. des éd. ant.: et mille.
6, Mot.—Dans son traité de la Mauvaise honte.
19, Faut.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
25, Monde.—Cicéron, Tusc., V, 37; Plutarque, De l’Exil.—Socrate pouvait être internationaliste au point de vue philosophique, mais nul ne connut et ne pratiqua mieux ses devoirs envers sa patrie, n’en observa mieux les lois, ne la servit avec plus de dévouement à la guerre, V. N. III, 576: [L’vn].
D’après ce même traité De l’Exil, de Plutarque, on a fait dire à Hercule:
«Quoiqu’on me fasse Argien ou Thébain,
Point ne me vante être de lieu certain,
Toute cité de Grèce est ma patrie.»
28, Nous.—Montaigne émet ici une de ces idées au mirage enchanteur, mais qui tout en ayant fait fortune, ne sont que mirage.—Tous les hommes sont frères et ils devraient s’aimer en tant qu’hommes et non comme Suisses ou Anglais. Cette conception généreuse, déjà formulée longtemps avant notre ère, a été prônée depuis à maintes reprises; elle est la base de la religion chrétienne; Plutarque s’en est fait l’avocat; Mirabeau et après lui Bonald ont pronostiqué que l’Europe ne ferait qu’une famille; Ballanche comme avait fait Rousseau, et comme firent en des temps plus rapprochés de nous Lamennais, Lamartine, Émile de Girardin, et autres, ont soutenu la même doctrine, en même temps que Bossuet flétrissait la guerre qui fait périr tant d’innocents et que Pascal et Voltaire déclaraient un acte de démence inexcusable de tuer un homme parce qu’il demeure de l’autre côté de l’eau. Si séduisantes que soient ces espérances, si justifié que soit cet anathème, en attendant que ces utopies actuelles deviennent dans l’avenir des réalités, il faut être de son époque et ne pas devenir dupe et victime par trop de simplicité, c’est pourquoi, en attendant d’être mis au rang des bienfaiteurs de l’humanité, ceux qui prêchent à la France le désarmement, taxent le patriotisme d’imbécillité, s’appliquant à détruire en elle les sentiments et les institutions dont l’existence est nécessaire pour assurer son indépendance, sont des individus coupables au premier chef, alors même qu’ils seraient sincères, et dangereux au même titre que ceux qui sapent les idées religieuses non moins indispensables à l’humanité pour lui faire prendre en patience les misères de la vie, que n’est une armée forte et disciplinée pour la sauvegarde du territoire; tant qu’il y aura des loups, il faudra des chiens de garde, et des médecins tant qu’il y aura des malades.
31, Cannibales.—La pépie est une membrane cornée qui croît dans le bec des oiseaux, en particulier des poules, et les empêche de manger et de boire. Le curé de Montaigne s’imagine que parce qu’il est survenu un accident dans son village, le monde entier va s’en ressentir; et que parce que les vignes y ont été gelées, que le vin fera défaut, les Cannibales qui habitent une autre partie du globe et auxquels il est inconnu souffriront quand même de la soif.
34, Galler.—Se réjouir; de ce mot viennent gala, régaler.
«Je plains le temps de ma jeunesse,
Auquel est plus qu’en autre temps gallé.» Villon.
252,
23, Argoulets.—Archers à cheval, puis arquebusiers à cheval, qui devinrent plus tard les dragons. Au temps de Montaigne, était le nom générique du soldat de peu d’importance, dont on ne faisait pas cas, probablement parce que tirant à cheval, leurs coups n’étaient pas fort à redouter, et que, comme cavaliers, ils étaient empêchés par leur arme à feu.
23, Pouillier.—Expression bourguignonne: poulailler, bicoque, et par extension, mauvaise place de guerre non défendable.
39, Pythagoras.—Cicéron, Tusc., V, 3.—J.-J. Rousseau, dans l’Émile, IV, paraît avoir transcrit ce passage d’après les Essais.
39, Retire.—Ressemble; retirer à quelqu’un c’est lui ressembler; de là l’expression «tirer un portrait», qui se dit parfois pour «faire un portrait».
254,
2, Physique.—Les éd. ant. port.: Musique.
3, Desja.—Add. des éd. ant.: le goust.
13, Elles.—On a déjà vu que Montaigne emploie le mot «art» au féminin; mais ici c’est assez surprenant, ayant dit à la ligne précédente les «arts libéraux».—La pensée est de Sénèque, Epist. 88.
23, Vtilité.—Aux sciences qui sont d’utilité.—Diogène Laerce, Socrate, II, 21, dit «:Socrate fut le premier philosophe qui fit porter ses études relatives à la conduite dans la vie et aux mœurs, sur ce qui est bien et ce qui est mal.»
30, Aqua.—Les Poissons, le Lion, le Capricorne sont trois des constellations du Zodiaque, zone idéale de la sphère céleste dont l’écliptique, plan dans lequel le soleil se meut, occupe le milieu. Chacune des constellations du Zodiaque, au nombre de douze, correspond à peu près à un mois de l’année durant lequel le Soleil semble s’y mouvoir d’un mouvement continu, ce sont: la Vierge (septembre), la Balance (octobre), le Scorpion (novembre), le Sagittaire (décembre), le Capricorne (janvier), le Verseau (février), les Poissons (mars), le Bélier (avril), le Taureau (mai), les Gémeaux (juin), le Cancer (juillet) et le Lion (août).
35, Βοώτεω.—Les Pléiades et le Bouvier sont des constellations de l’hémisphère boréal.
36, Pythagoras.—Diogène Laerce, II, 4.
256,
5, Deuis.—En forme de conversation. Devis n’est plus en usage dans ce sens, mais on le retrouve dans le mot deviser qui se dit en style familier.
11, Pour.—Add. des éd. ant.: apres sa mode.
12, Leçon.—Add. des éd. ant.: qui est la philosophie.
14, Gaza.—Auteur d’une grammaire grecque, un peu obscure, pour les commençants.
27, Grammairien.—Plutarque, Des oracles qui ont cessé, 5.—Démétrius revenait d’Angleterre; son observation n’avait rien de critique, c’était une simple entrée en matière, à la suite de laquelle il se fit admettre à prendre part à la conversation.
32, Βάλλω.—Je jette, je lance; fait au futur Βαλῶ, avec un seul λ.
34, Βέλτιστον.—C.-à-d. qui perdent leur temps à chercher d’où peuvent dériver ces comparatifs et superlatifs (comparatifs et superlatifs des adjectifs χείρευς, mal, et ἀγαθός, bon), dont la formation est irrégulière ou qui dérivent de mots autres que leurs positifs.
258,
13, Baralipton.—Mots barbares qui, dans l’ancienne logique scolastique, servaient à distinguer deux des dix-neuf formes de syllogisme.—Ce n’est pas, a dit Pascal, Baroco et Baralipton qui forment le raisonnement...; et l’une des principales raisons qui éloignent le plus ceux qui entrent dans ces connaissances, du véritable chemin qu’ils doivent suivre, est l’imagination qu’on prend d’abord que les bonnes choses sont inaccessibles.
15, L’ame.—Les éd. ant. port.: la fortune.
17, Epicycles.—Terme d’astronomie; cercle dont le centre est sur la circonférence d’un autre cercle, servant dans le système planétaire de Ptolémée, qui n’a plus cours, à expliquer les irrégularités apparentes du mouvement des planètes et leurs distances variables par rapport à la terre.—Pris ici au figuré, a le sens d’hypothèses.
19, Inaccessible.—L’école d’Aristote dont les enseignements faisaient loi à l’école; cette thèse avait été du reste celle de beaucoup d’autres, de Simonide entre autres.
20, Rebours.—Cette divergence d’opinions subsiste toujours. D’Alembert, Portalis ont dit «que la véritable philosophie est à la portée de tous, que le vrai, même en métaphysique, se trouve en germe dans tous les esprits qui le reconnaissent dès qu’on le leur montre»; et Cousin déclare que «le genre humain n’est pas philosophe et que la philosophie est l’aristocratie de l’espèce humaine».
23, Doux fleurantes.—Odoriférantes; l’expression paraît forgée par Montaigne.
24, Célestes.—Il semble que Montaigne ait eu ici une réminiscence des termes d’une traduction d’un passage de Xénophon, exprimant du reste l’idée contraire à la sienne, traduction parue en 1553 et qu’il possédait:
«... Paré des plus riches couleurs,
Le vice nous conduit par des chemins de fleurs;
De roses sous ses pas les plaisirs nous enchaînent;
Mais des sentiers aigus à la vertu nous mènent,
Et son temple est fondé sur un roc sourcilleux.»
30, Despite.—Courroucée, qui marque du dépit.—On trouve dans Cl. Marot:
«Le Tout-Puissant de leurs façons despites
Se moquera, car d’eux il ne lui chault.»
31, Gents.—Quoi qu’en dise ici Montaigne, ce n’est pas là le chemin de la vertu, qui, d’après Bossuet, est un chemin où le chrétien grimpe plutôt qu’il ne marche. Du reste au liv. II, ch. XI (II, 88), il dit avec plus de vérité que «la vraye vertu demande vn chemin aspre et espineux...».
34, Poëtes.—Hésiode, Ἔργ. καὶ ἡμ., v. 287.
37, Angelique.—Héroïnes du poème de l’Arioste «Roland furieux».
41, Garce.—Jeune fille. V. N. I, 458: [Garces].
41, Attifet.—Coiffure du temps; à proprement parler, carcasse en fil de fer soutenant le haut du bonnet et lui donnant la forme figurant d’ordinaire dans les portraits de Catherine de Médicis et de Marie Stuart.
260,
2, Phrygie.—Pâris, qui eut à décerner le prix de beauté que se disputaient Junon, Pallas et Vénus, et qui l’attribua à cette dernière.
2, Leçon.—«Le passage qui suit est un bel éloge de la vertu, il serait difficile d’en parler plus dignement et avec plus de justesse.» Payen.
13, Lasseté.—Lassitude, qui en dérive et l’a remplacé dans la langue.
15, Crudité.—Indigestion, de cruditas qui, en latin, a même signification.
19, Musqués.—«La vertu humaine la plus parfaite, est celle qui sait réduire le plus ses besoins.» Plutarque.
32, Sinon.—Addition de l’exemplaire de Bordeaux écrite de la main de Montaigne: «que de bone heure son gouuerneur l’estrangle s’il est sans tesmoins, ou».
262,
8, Rota.—Roue, plateau horizontal que le potier met en mouvement avec les pieds, et sur lequel il place, pour la façonner, l’argile qu’il emploie pour les objets qu’il confectionne.
11, Disoit.—Dans un passage cité par Sénèque, Epist. 49.—La réflexion suivante se trouve également dans Sénèque.
16, Action.—Ce passage rapproché de celui-ci: «C’est vn bel agencement que le grec et le latin, mais que l’on achete trop cher», et de cet autre: «Fascheuse suffisance, qu’vne suffisance pure liuresque», renferme la condamnation de notre système d’éducation.
Dans son remarquable ouvrage «la Psychologie de l’éducation», M. G. Lebon dit en substance à ce propos:
Sous ce rapport, nous nous en tenons opiniâtrément à ce qui existait au XVIIe et XVIIIe siècle et qui, déjà critiqué alors, est de plus en plus funeste en ces temps-ci où les conditions d’existence ont été profondément modifiées par les grandes découvertes modernes et les transformations incessantes qu’elles amènent; au point que nous en arrivons à nous trouver dans un état d’infériorité qui nous conduit insensiblement à la ruine, la lutte pour la vie n’étant pas une vaine formule, mais bien, pour les peuples comme pour les individus, une réalité qui, de jour en jour, devient plus aiguë.
En France, oublieux de cet autre passage des Essais: «Ce n’est pas vne ame, ce n’est pas vn corps qu’on dresse, c’est vn homme; il ne faut pas les dresser l’vn sans l’autre, mais les conduire également» (I, 266), dans les programmes d’instruction secondaire, on n’attache pas aux exercices physiques, à la vie au grand air, une importance suffisante, et au grand préjudice du développement corporel de l’adolescent on exagère la durée des classes et des études; son éducation morale est pareillement nulle ou à peu près et l’enseignement intellectuel à la fois trop étendu, trop superficiel, embrassant trop d’inutilité et mal donné. Partant de ce principe faux en matière d’éducation que la théorie doit précéder la pratique et que les connaissances entrent dans l’entendement par la mémoire, l’enseignement classique s’adresse uniquement à celle-ci, gavant ses élèves d’autant de matières, pour la plupart inutiles, que le temps le permet, sans même lui donner seulement celui de les digérer et sans avoir recours simultanément à l’enseignement par les yeux et les oreilles qui seul fait naître en nous l’esprit d’observation, l’habitude de réfléchir, de raisonner, la faculté de déduire l’inconnu du connu et est de nature à développer sa volonté, son jugement, son initiative, sa valeur morale, de former en un mot des caractères. Aussi, quand cette instruction prend fin, que l’étudiant devenu homme, livré à lui-même, en arrive à l’application, ce n’est le plus souvent qu’un incapable chez lequel les germes de ces qualités primordiales sont atrophiées, de là le naufrage de tant d’intelligences et de caractères, une tendance à éviter ce qui peut être difficulté, une profonde indifférence pour ce qui se passe en dehors de lui, défauts caractéristiques de notre race, dont la décadence est fatalement liée à ces affaiblissements physiques, intellectuels et moraux de l’individu, qui le plus souvent n’est qu’un mineur que toute sa vie durant il faudra diriger.
Au lieu de former des industriels, des agriculteurs, des commerçants, des colonisateurs, cet enseignement, dit classique, ne peut conduire qu’aux professions libérales et en raison de l’énorme disproportion entre le nombre des appelés et celui des élus, il crée cette multitude de déclassés et de mécontents qui végètent et parmi lesquels le socialisme recrute ses adeptes les plus fervents.
Quelques efforts ont bien été faits pour, concurremment avec l’enseignement classique, développer en France l’enseignement professionnel qui aux connaissances générales réduites au minimum joint l’enseignement pratique d’une quelconque des branches des arts, des sciences, de l’industrie, de l’agriculture ou du commerce suivant la spécialité de l’école, mais ce progrès s’est effectué sans faire la place plus grande à l’éducation physique et morale, et là encore prévalent l’instruction théorique et la récitation des manuels; aussi ne saurait-on s’étonner que dans de semblables conditions, cet enseignement dont ont si fort à se louer les peuples qui en ont fait la base de l’éducation, ne produise pas en France les mêmes heureux résultats.
Chez les Anglo-Saxons notamment le système suivi est le contrepied de celui admis en France; l’enseignement professionnel en raison de son utilité et de ses avantages prédomine. Partant de ce principe que l’expérience qui seule instruit les hommes, est aussi seule capable d’instruire la jeunesse, on en déduit que la pratique doit précéder la théorie, par suite les langues s’enseigner tout d’abord en les parlant, les sciences physiques par les manipulations, un métier, une profession par l’apprentissage, donnant, de ce fait même, occasion de se développer à l’esprit d’observation, à la réflexion, au jugement, à la volonté, à l’initiative, à la persévérance. Laissé libre de bonne heure et ayant possibilité d’agir de lui-même, c’est par les conséquences qui résultent pour lui de ses actes, que l’étudiant arrive à distinguer le bien du mal et contracte cette discipline interne qui constitue la moralité; il se développe au physique et acquiert du coup d’œil, l’esprit de solidarité, l’empire sur soi, le dévouement aux intérêts de la collectivité; quant au respect de l’ordre public, des coutumes établies, à l’obéissance à l’autorité, c’est affaire de mœurs et de mentalité de race. Dans ces conditions, au sortir même du collège, le jeune Anglais, avec une instruction générale restreinte, n’a aucune difficulté à trouver sa voie, et est à même d’apprendre en peu de temps le complément dont il peut avoir besoin pour la suivre et le plus souvent devenir quelqu’un.
Aujourd’hui que le télégraphe et la vapeur en réduisant les distances ont fait du monde un seul et même théâtre d’action, le succès est acquis aux peuples dont les individualités sont tout à la fois capables, bien trempées au physique et au moral, dont l’émancipation est complète, et l’esprit de solidarité absolue, quand il s’agit d’intérêts collectifs; cela nous place incontestablement dans une situation désavantageuse pour le présent et inquiétante pour l’avenir.
Pour y remédier, au mieux de ce qui est possible, en ce qui concerne l’éducation, il y aurait lieu en France, de:
Transférer lycées et collèges des villes à la campagne, ce qui est relativement facile en raison de la rapidité des communications.
Réduire dans une notable proportion la durée des classes et des études et donner aux jeux et aux exercices physiques la même importance qu’aux autres branches de l’éducation.
Faire de même touchant l’éducation morale; donner de bonne heure et progressivement aux élèves plus de liberté, les abandonnant à eux-mêmes dans une assez large mesure afin de leur apprendre à se conduire.
Pour la généralité, réduire l’enseignement classique au strict nécessaire de mnémonique, le rendre expérimental; à l’étude du grec et du latin qui est sans profit, substituer des traductions et une étude plus sérieuse des langues vivantes. Supprimer les concours, les classements, les diplômes, toutes choses où la chance a trop de part et qui engendrent la jalousie plus que l’émulation, crée des espérances trop souvent chimériques, et les remplacer par des examens de passage d’une classe à une autre.
Mais que de difficultés pour la réalisation de pareilles réformes, qui devraient commencer par celle même des professeurs qui, dressés à une méthode qu’ils tiennent pour excellente, dont ils ont le train-train et qui les fait vivre, sont incapables d’en concevoir et d’en appliquer une autre; en second lieu, il faudrait rendre irresponsables les chefs d’établissement, sauf le cas de lourde faute, des quelques inconvénients et accidents qu’entraîne inévitablement de temps à autre le système; et aussi faire que les parents acceptent de voir leurs enfants retardés dans leurs classes, quand ils ne sont pas jugés aptes à passer à la classe supérieure, sans qu’il en résulte du discrédit pour l’établissement. Enfin et par-dessus tout, il y aurait à modifier l’esprit public, de telle sorte que l’enseignement classique, qui en raison de son inutilité est chose de luxe, ne soit donné qu’à ceux auxquels leur état de fortune permet de ne rien faire, au lieu de s’étendre de plus en plus, par l’octroi de bourses, si bien que dans notre pays, dont la population agricole, commerciale et industrielle est les 9/10 de la population totale, la clientèle de l’enseignement professionnel n’est que le 1/8 du nombre de nos étudiants; et ce, parce que pour la plupart des emplois de tout repos des administrations de l’État, dont l’obtention est le desideratum de la majorité des Français, pour lesquels quelque garantie d’instruction est demandée, les diplômes de l’enseignement classique sont à peu près les seuls admis ou tout au moins dont il soit tenu compte; à quoi s’ajoute ce préjugé qui longtemps encore pèsera sur nous, par suite duquel le plus infime clerc, le plus humble fonctionnaire, le moindre employé, le plus modeste professeur se croient d’une caste bien supérieure à celle d’un industriel, d’un commerçant, d’un artisan ou d’un paysan dont les travaux cependant exigent beaucoup plus d’intelligence. Malheureusement aussi, avec la propension de l’Université à monopoliser l’instruction, et de la sorte supprimer la concurrence, il est à craindre que ces errements néfastes se perpétuent au point que le mal devienne irrémédiable.
Notons encore que l’enfant ne peut plus tout apprendre, qu’il faut choisir, et nos programmes, nos méthodes, nos établissements d’instruction ne répondent plus à la diversité des vocations et des mœurs, aux conditions changeantes de la vie moderne; par suite aussi, un lycée, un collège ne saurait davantage demeurer un froid immeuble administratif, taillé sur un modèle uniforme, celui si peu attrayant, si généralement dénué d’air et de lumière que nous connaissons.
39, Lasse.—Diogène Laerce, X, 122.
41, Garçon.—Dans un college, comme portent les éd. ant.; qu’on l’y mette interne.
264,
8, Affolé.—Diogène Laerce, IV, 62.
25, Faire.—Plutarque, Symposiaques (mélanges), I, 1.
33, Conuiue.—Banquet, festin, repas (en latin convivium); nom d’un dialogue de Platon.
38, Autres.—C.-à-d. il n’y a pas doute qu’ainsi dressé à la recherche et à l’amour de la vertu, il ne soit moins désœuvré que les autres.
266,
11, Platon.—Cité par Plutarque dans le traité Des moyens de conserver la santé.
16, Il se fait.—Var. des éd. ant. à 88: aux colleges où.
17, Lettres.—Add. des éd. ant. à 88: et leur en donne goust.
25, Dameret.—Efféminé, qui fait le beau et cherche à plaire aux dames.
31, Office.—Leur devoir; pendant les classes, les études, la récitation des leçons.
36, Quintilian.—Instit. orat., I, 3.
268,
1, Graces—Étaient dans l’antiquité la personnification de ce qu’il y a de plus séduisant dans la beauté. Elles étaient au nombre de trois: Aglaé (qui excite l’admiration), Thalie (qui inspire la joie), Euphrosyne (qui réjouit l’âme); on les représentait sous la figure de trois jeunes vierges nues, sans ceinture, les mains et les bras entrelacés, formant des danses gracieuses autour de Vénus. Myth.
2, Speusippus.—Diogène Laerce, IV, 1.
15, Soleil.—Sextus Empiricus, Pyrrh. Hyp., I, 14.
19, Cocqs.—Plutarque, De l’envie et de la haine, vers le commencement.—Alexandre le Grand frémissait, dit-on, au seul toucher d’une pêche; Turenne se trouvait mal, assure-t-on, s’il voyait une araignée: petites faiblesses de grands homme, si cela est exact.—Jacques Ier d’Angleterre, qu’on ne saurait mettre sur le même rang, se trouvait mal, dit-on encore, à la vue d’une épée nue; peut-être était-ce le souvenir de sa mère qui l’obsédait.—Plusieurs membres de la famille de Candale, avec laquelle Montaigne était lié, et c’est probablement à eux qu’il fait allusion ici, ne pouvaient supporter l’odeur de la pomme.—Ambroise Paré en dit autant de Wladislas, roi de Pologne, et cite des exemples de l’horreur inspirée par le pain, les œufs, les légumes, les chats, les souris, les araignées, etc...—Les cas de ces singulières antipathies et autres analogues sont fort nombreux, en voici quelques autres: Alaüs Borrichius cite un cabaretier qui frémissait et se couvrait d’une sueur froide, quand il voyait du vinaigre; une demoiselle qui ne pouvait regarder une plume, sans jeter des cris; un gentilhomme écossais qui pleurait à l’aspect d’une anguille.—Le maréchal de Brézé s’évanouissait à la vue d’un lapin; la fièvre s’emparait d’Erasme, dès qu’il voyait ou sentait du poisson; Joseph Scaliger tremblait en apercevant du lait, et ne pouvait souffrir davantage le cresson; l’illustre mathématicien Cardan avait horreur des œufs; Ladislas Jagellon redoutait les pommes; si l’on faisait sentir ce fruit à un sieur La Chesnaye, secrétaire de François Ier, le sang s’échappait en abondance de ses narines; on cite des gens que le froissement d’une robe de soie fait tomber en pâmoison.—Samuel Pelissius parle d’un homme qui se troublait et divaguait, quand il voyait de la salade; un autre éprouvait une douleur aiguë quand on parlait des pieds ou de ce qui s’y rapporte, bas, souliers, etc., et cette douleur cessait dès qu’on parlait de la tête ou de ce qui s’y rapporte, cheveux, etc...—Henri III ne pouvait demeurer dans une chambre où était un chat; le maréchal de Schomberg avait la même aversion.—Un conseiller au parlement de Bordeaux avait été si effrayé à la vue d’un hérisson qu’il crut, pendant plus de deux ans, que ses entrailles étaient dévorées par cet animal.—D’après Pierius Valerianus, l’odeur des roses faisait évanouir le cardinal Caraffa; il en dit autant d’un cardinal de Cordoue, d’un évêque de Breslau; et ce qui est plus particulier, il cite un espagnol, Dom Juan Rual de Polemaque, sur lequel entendre prononcer le mot Lana produisait le même effet.—Balzac a écrit: «La rose est mon inclination, comme c’était l’aversion de M. le chevalier de Guise»; Catherine de Médicis ne pouvait non plus en supporter l’odeur.—Le chancelier Bacon tombait en défaillance, quand il y avait une éclipse de lune; le duc d’Epernon quand, dans un repas, on lui servait du levraut; le maréchal d’Albret, du marcassin.—Il existe sur ce sujet deux ouvrages publiés l’un en 1617, l’autre en 1665, le premier de Sagittarius, savant allemand, le second de Martin Schoockius, savant hollandais. Payen.
26, Boucle.—C.-à-d. contenir. Métaphore tirée de l’usage où l’on est de boucler une jument par l’interposition d’un anneau pour empêcher qu’elle ne soit saillie, ce qui était également le principe des ceintures de chasteté du moyen âge, dont le musée de Cluny, à Paris, a des spécimens; se dit aussi de quelqu’un jeté en prison.
32, D’autant.—Boire d’autant, c’est faire raison, tenir tête à quelqu’un à table, buvant à chaque invitation qu’il vous en fait en buvant lui-même.
270,
7, Recita.—Peut-être Gaspard de Schomberg, qui était reçu à Montaigne et qui a rempli pour la France diverses missions en Allemagne, et avait été notamment chargé par Charles IX d’aller justifier auprès des seigneurs de cette contrée les massacres de la Saint-Barthélemy en faisant connaître les nécessités qui avaient motivé cet acte politique.
9, Alcibiades.—Plutarque, Alcibiade, 14.
18, Vtramque.—Montaigne emploie ces deux vers dans un sens directement opposé à celui qu’ils ont dans Horace, d’où ils sont tirés.
19, Leçons.—Var. des éditions antérieures: Voicy mes leçons, où le faire va auec le dire. Car à quoy sert il qu’on presche l’esprit, si les effects ne vont quant et quant? au lieu de: «Voicy... escrites» (19 à 32).
20, Voyez.—«Voulez-vous, disait S. Grégoire, un abrégé de la règle de saint Benoît, considérez sa vie; voulez-vous un précis de sa vie, considérez sa règle: l’une est l’expression de l’autre.»
21, Platon.—Dans le dialogue intitulé Les Rivaux.
27, Philosophe.—Ce n’est pas Héraclite, mais Pythagore, qui fit cette réponse; ce fait rapporté par Cicéron, Tusc., V, 3, a été relevé par lui dans un livre d’Héraclite.
32, Escrites.—Diogène Laerce, VI, 48.
272,
7, Paroles.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
9, Babil.—Plus encore que chez toute autre race, l’exubérance de paroles existe chez les Latins, dont nous sommes. De tous temps, ils ont été grands discoureurs, amis des mots et de la logique, se préoccupant très peu des faits et faciles à gagner à toute idée présentée dans un beau langage. Aujourd’hui chacun s’en mêle et il n’est même plus besoin de logique; pour réussir, il ne suffit plus, en France, mais c’est une chose à laquelle rien ne supplée, que d’être prêt à parler, à l’impromptu, sur quoi que ce soit, et à même de trouver de suite des arguments, tout au moins bruyants, pour répondre à ses adversaires; la compétence, pas plus que la vérité et la sincérité, ne sont nécessaires; des lieux communs, un langage tant soit peu amphigourique, des évocations flattant les passions de l’auditoire assurent le succès; et cette nécessité d’être à même de parler sans réfléchir est telle, qu’elle élimine des affaires publiques, et notamment du Parlement, nombre d’hommes de valeur réelle et de jugement pondéré.
33, Ombrages.—Ombres, apparences, ou encore aperçus, comme on dit aujourd’hui.
39, Tiens.—Add. des éd. ant.: que qui en a l’esprit.
274,
2, Bergamasque.—Le patois de Bergame passait, du temps de Montaigne, pour le langage le plus grossier de l’Italie.
7, Pas.—C.-à-d. pas plus que ne fait, que ne sait.—Un emploi analogue du verbe faire se retrouve dans cette expression «si fait», encore en usage: «Vous ne mangez pas?—Si fait (si, je fais l’action de manger)».
7, Petit pont.—Aujourd’hui, pont du Châtelet, un des trois premiers ponts de Paris, ainsi nommé par opposition au Grand pont, devenu le Pont au Change et actuellement le Pont-Neuf.
10, Maistre és arts.—Gradué des anciennes universités à la suite d’épreuves soutenues avec succès, qui avait qualité pour enseigner les humanités et la philosophie; arts était alors synonyme de lettres.
15, Afer.—Tacite, Dial. des Orateurs; le texte latin porte Aper.
22, Faire.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
28, Feray.—Plutarque, Instruction pour ceux qui manient les affaires d’État, 4.
30, Consul.—Plutarque, Caton.—Montaigne donne un sens trop général à la réflexion de Caton qui ne se moquait pas de l’éloquence de Cicéron. mais de l’abus qu’il en fit, dans le temps de son consulat, un jour que, plaidant pour Muréna contre lui Caton, il se mit à tourner en ridicule les principes essentiels de la philosophie stoïcienne, d’une manière par trop comique, peu digne de la fonction qu’il occupait, ce qui lui attira cette observation de son adversaire plus piquante que tous les traits qu’il venait de lui décocher. Coste.—Cicéron était, du reste, lui-même fort porté à l’épigramme. Dans ses Saturnales, Macrobe cite quelques-unes de ses plaisanteries. Parlant de César: «La ceinture m’a trompé», dit-il, faisant allusion à ce qu’il portait sa toge à la mode des jeunes gens efféminés, lui qui était l’homme d’action par excellence. De Pompée, qui venait de concéder le droit de cité à un barbare: «Il le donne aux autres et est impuissant à nous le rendre à nous-mêmes.» De Caninius Dibulus fait consul, en 45, la veille du jour où finissait l’année, avec laquelle sa charge prenait fin: «Nous avons eu en Caninius un consul vigilant; de tout son consulat il n’a pas goûté le sommeil.»
35, Force.—C.-à-d. n’importe, il n’y a pas lieu de s’y opposer, de l’y contraindre. Cette locution se retrouve avec le même sens dans Rabelais.
276,
10, Vers.—Plutarque, Si les Athéniens ont été plus excellents en armes qu’en lettres, 4.—On raconte à peu près la même chose de Racine qui écrivait d’abord ses pièces en prose et les estimait terminées, lorsqu’il ne lui restait plus qu’à les mettre en vers.
11, Le demeurant.—Var. des éd. ant.: les mots, les pieds et les césures qui sont à la vérité de fort peu au pris du reste. Et qu’il soit ainsi...
18, Fera il.—C.-à-d. mais que fera notre jeune élève, si on le presse...—Montaigne revient ici à son principal sujet, qu’il semblait avoir entièrement perdu de vue.
20, Desaltere.—Parmi les singularités de ce genre, nous rappellerons encore celle-ci: «Vous avez des cornes ou vous n’avez pas de cornes: Or vous n’avez pas de cornes, donc vous avez des cornes.»
21, Respondre.—Sénèque, Epist. 49.
23, Empesche.—Diogène Laerce, II.
26, Aage.—Diogène Laerce, VII.
36, Querir.—Montaigne détourne, en effet, assez fréquemment le sens des citations qu’il donne; il était capable d’inventer le procédé; mais il a pu le trouver dans saint Paul, ainsi que le reconnaît saint Jérôme.
36, Suiure.—«Qui traite un beau sujet, est sans peine éloquent.» Euripide.
37, Aller.—J.-J. Rousseau a dit aussi: «Toutes les fois qu’à l’aide d’un solécisme, je pourrai me faire mieux entendre, ne pensez pas que j’hésite.» Il s’est bien fait entendre sans avoir besoin de solécismes; mais cette phrase montre qu’il était aussi peu esclave que Montaigne des exigences de la grammaire. Le Clerc.
278,
3, Brusque.—Montaigne excelle, en effet, à user du laconisme, témoin le membre de phrase qui se rencontre quelques lignes plus haut: «Que le Gascon y arrive, si le François n’y peut aller.»
4, Feriet.—Épitaphe de Lucain, citée dans la Bibliothèque latine de Fabricius.
5, Affectation.—Les éd. ant. aj.: et d’artifice.
7, Fratesque.—Monacal, de l’italien fratre, moine.
8, Cæsar.—Add. des éd. de 80, 82 et 87: Qu’on lui reproche hardiment ce qu’on reprochoit à Séneque, Que son langage estoit de chaux viue, mais que le sable en estoit à dire.
9, Appelle.—Suétone, César, 55, ne dit pas que l’éloquence de César était soldatesque, c.-à-d. brève, saccadée, nerveuse, comme on imagine le langage du soldat, parce que la devise qui lui convient est «acta non verba (des actes et non des paroles)», mais que, sous ce rapport aussi bien que sous celui des talents militaires, il est hors de pair. L’erreur de Montaigne vient de ce que certaines éditions de l’auteur latin sont mal ponctuées en ce passage; par suite sa remarque à cet égard est sans objet.
22, Soy.—C.-à-d. l’éloquence qui fixe toute l’attention de l’auditeur fait tort aux choses dont on parle, elle en fait en quelque sorte la critique.
27, Paris.—Quand on demandait à Malherbe son avis sur quelque mot français, il renvoyait ordinairement aux crocheteurs du Port au Foin, disant que c’étaient ses maîtres pour le langage, ce qui a donné lieu à cette protestation de Régnier:
«Comment! Il faudrait donc pour faire une œuvre grande,
Qui de la calomnie et du temps se défende
Et qui nous donne rang parmi les bons auteurs,
Parler comme à Saint-Jean parlent les crocheteurs.»
Il y a toutefois lieu de croire que cette indignation était inspirée à Régnier plus par son esprit de contradiction que par ses convictions, si on s’en rapporte au jugement que Boileau a porté sur lui:
Heureux si ses discours, craints du chaste lecteur,
Ne se sentaient des lieux où fréquentait l’auteur.
30, Seulement.—Diogène Laerce, X, 13.
37, Platon.—Des Lois, I.
40, Meilleurs.—Les éd. ant. port.: miens.
40, Disoit.—Stobée, Serm., 34.
280,
25, Latine.—Cet Allemand se nommait Horstanus; il professa dans la suite au collège de Guyenne. Le père de Montaigne essaya d’en agir de même pour ses autres enfants; il dut y renoncer par la difficulté de trouver à qui en donner la charge.
28, Moy.—Latiniser ainsi, c’est bien; mais que devient, durant ce temps, la douce et irremplaçable éducation, qui ne peut se donner en latin, que nous recevons sur les genoux de nos mères, qui forme nos premiers élans vers les choses généreuses, notre première préparation aux combats de la vie? A l’égard de Montaigne, cette manière de faire a dû favoriser en lui l’impatience de toute règle et de toute discipline. Margerie.
282,
4, Romanorum—Ouvrage estimé, publié en 1555.
6, Temps.—Dans ses ouvrages, Muret expose en un parfait latin antique des idées toutes modernes. On a de lui des notes sur les auteurs anciens, dont ses études ont beaucoup contribué à épurer les textes, des Harangues, des Poésies et des Épîtres.—On raconte de lui qu’étant en Italie, il tomba gravement malade et entra dans un hôpital. Là, deux médecins délibérant près de lui sur le traitement à suivre à son égard, et le prenant pour un homme du commun, ils se dirent en latin: «Faciamus periculum in anima vili (Que risquons-nous sur un être de rien)?» pensant bien n’être pas compris; et Muret de leur crier aussitôt: «An vilis anima pro qua mortuus est Christus (Eh quoi, n’est-ce rien, un être pour lequel le Christ a donné sa vie)?» Et il sortit au plus vite de ce lieu pour échapper aux expériences. Bouillet.
14, Intelligence.—Si Montaigne ne savait pas le grec, il n’en était pas de même de sa sœur Madame de Lestonna, témoin l’anecdote suivante qui n’est pas sans analogie avec celle de la note précédente: M. de Lestonna reçut un jour la visite d’un ami venant lui proposer une «débauche d’amourette»; et sa femme se trouvant là, l’ami pensant n’être pas compris d’elle, s’exprimait en grec; il se trompait, elle le lui fit bien voir, il dut détaler au plus vite.
16, Tablier.—Table servant aux jeux de dames, d’échecs et de trictrac, comme il en existe encore aujourd’hui.
25, Et ne fus... seruist.—Var. de 80: et auoit, vn ioueur d’espinette pour cet effect.
26, Instrument.—Ce soin était confié, comme l’indique la note précédente, à un joueur d’épinette, petit clavecin qui est devenu le piano.—Le réveil de Montaigne, enfant, a fait le sujet d’un tableau par Ed. Hamman, qui a été exposé à Paris, au salon de 1847.
35, Bien.—Var. des éd. ant.: d’vn iugement bien seur et ouuert.
284,
6, Guienne.—A Bordeaux.
19, Lire.—Les Eléments de mathématiques d’Euclide furent pour Pascal ce qu’avaient été pour Montaigne les Métamorphoses d’Ovide.
23, Lancelot du Lac.—Un des principaux chevaliers de la Table Ronde (ordre de chevalerie fabuleux, institué, suivant les légendes de la Grande-Bretagne, à la fin du Ve siècle); ses exploits ont été chantés au moyen âge, dans un roman de ce nom.
23, Amadis.—Amadis des Gaules, poème espagnol de chevalerie du moyen âge, écrit par divers auteurs, traduit en français par ordre de François Ier.
23, Bordeaux.—Huon de Bordeaux, chanson de geste, autrement dit de faits héroïques du XIIe siècle.
25, Discipline.—C.-à-d. le soing qu’on auoit à mon institution (qu’on apportait à mon éducation), comme le portent les éditions antérieures.
29, Conniuer.—Qui eut le bon esprit d’être de connivence, d’accord avec moi, en ayant l’air de ne pas s’en apercevoir.
30, L’Æneide.—Poème épique, l’un des chefs-d’œuvre de Virgile, ayant pour héros Énée, un des chefs de Troie, venu en Italie pour s’y établir, après la ruine de cette ville, et auquel les Romains faisaient remonter leur origine.
286,
2, Parties.—Acception tirée de l’anglais, signifie ici: qualités, talents, moyens intellectuels.
7, Fainéantise.—Var. des éd. ant.: Stupidité.
27, Cognoissait.—«Sous ses airs d’indolence, l’esprit de Montaigne n’en était pas moins, en effet, plein de hardiesse, couvant bien des audaces.» Sainte-Beuve.
288,
5, Deformabat.—Montaigne s’élève ici contre la réprobation qui, à cette époque et longtemps encore après, pesait sur les comédiens. De nos jours ils sont estimés à juste titre à l’égal des autres suivant la conduite privée de chacun, bien qu’on puisse leur reprocher à tous en général que la réclame à outrance qui se fait autour de leurs noms et qu’excusent les nécessités du métier, les porte trop à en prendre les exagérations pour des réalités, à quoi il faut ajouter qu’une différence existe entre eux plus accentuée que dans n’importe quelle autre carrière. Les artistes de second ordre (acteurs et chanteurs) qui vont pérégrinant de ville en ville, peinant à l’extrême pour arriver à jouer presque chaque jour des pièces différentes, gagnent peu, sont parfois obligés pour vivre à des compromissions que le besoin excuse, et leur considération s’en ressent. Combien autre est l’existence des coryphées de la profession, jouant cent fois de suite et plus la même pièce! Ils ont des loisirs que les précédents ne connaissent pas et en outre réalisent des bénéfices qui leur permettent la vie la plus large; à cela rien à dire. Seulement il y en a parmi eux qui oublient trop que le monde dépense sans compter pour ses plaisirs, alors qu’il est le plus regardant pour ce qui est de première nécessité, et ils jaugent leur valeur d’après l’argent dont on les comble et deviennent encombrants, s’estimant sans vergogne au-dessus de ceux-là mêmes dont ils interprètent les œuvres, ne se disant pas que dans Molière, dont ils s’honorent, c’est l’observateur, le moraliste, l’écrivain incomparables qu’on admire, et pas du tout l’acteur depuis longtemps ignoré de beaucoup.
8, Valent.—Qui méritent d’y être admis.
17, Spectacles.—Le premier édifice moderne, complètement clos, spécialement destiné à cet usage, a été élevé, vers 1500, par le Bramante, dans le Vatican, à Rome; ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle, qu’il a été construit en France des salles permanentes de théâtre.—Tout récemment, on a cherché à faire revivre dans le midi, à Béziers, à Orange, le théâtre en plein air, et cela a réussi surtout par l’originalité, la rareté du fait; mais ces immenses scènes antiques à ciel ouvert conviennent bien mieux aux jeux du cirque, aux combats de gladiateurs, aux courses de taureaux, qu’à des représentations littéraires.
17, Diuertissement.—Diversions, qui servent à détourner les gens de se livrer en secret, à l’écart, à des actions qui ne sont pas à louer.
17, Occultes.—Tout ce passage est en contradiction avec ce qu’a écrit plus tard J.-J. Rousseau sur ce même sujet des spectacles; et ce que Montaigne en dit est incontestablement plus vrai, plus solide et mieux pensé que les sophismes éloquents du philosophe de Genève.
22, Espouser.—Ce chapitre, qui ne saurait être ni trop loué, ni trop lu, ni trop médité, fait autorité en matière d’éducation; la partie de l’Émile où J.-J. Rousseau traite cette question, n’en est qu’un commentaire. Ce sont les mêmes vues, les mêmes idées plus ou moins étendues ou resserrées, mais présentées d’une manière moins piquante, moins originale, avec une éloquence plus imposante sans doute, mais moins persuasive, parce qu’elle est moins naturelle. Il est à observer que les seuls préceptes véritablement utiles et pratiques sur l’éducation des enfants qu’on remarque dans le livre de Rousseau sont précisément ceux qu’il doit à Montaigne: pour peu qu’il s’écarte de son guide, il ne dit guère que des lieux communs, ou bien s’égare et se perd dans un dédale d’idées vagues, incohérentes, chimériques.
CHAPITRE XXVI.
Ce chapitre est numéroté XXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
23, Suffisance.—Rien n’est plus vrai du fait même de notre raison dont la conception est des plus limitées, qui ne peut en outre juger que par déduction et est bien loin de voir les choses comme elles sont et en ignore toujours les causes premières, et plus encore par les influences des milieux ambiants qu’elle subit jusqu’à complet anéantissement.
Cet effet est particulièrement manifeste quand on considère à quelle omnipotence atteignent les croyances les plus contraires à la raison: «Credo quia absurdum, je crois par cela même que c’est absurde», aphorisme émis par Tertullien en matière de foi, est un axiome d’application constante.
De fait, une croyance ne dépend pas de la part de vérité ou d’erreur qu’elle peut contenir, mais uniquement des sentiments qu’elle fait naître et des sentiments qu’elle inspire. Impérative au suprême degré, elle n’admet ni analyse ni discussion et par elle les erreurs les plus évidentes se transforment en vérités éclatantes; chez les convaincus, l’intelligence la plus haute est impuissante contre l’entraînement de la foi; l’apôtre ne doute de rien, aucune difficulté ne l’embarrasse.
En dépit de tout raisonnement, les croyances communes constituent une force qui donne à un peuple une cohésion, une énergie qui contribuent dans la plus large mesure à sa sauvegarde; et l’un de nos plus grands dangers à l’époque actuelle est bien certainement de n’avoir plus guère de croyances communes (G. Lebon).
290,
29, Saturúsque.—Le texte latin porte satiate; saturus mis pour satur constitue un barbarisme. Le Clerc.
292,
1, Iuger.—Add. des éd. ant.: des choses.
2, Nature.—Les éd. ant. port.: Dieu.
12, Rien trop.—Maxime philosophique célèbre attribuée par Aristote à Bias; Pline en fait honneur à Chilon; Diogène Laerce pareillement, mais ensuite il en dote Solon; on l’a attribuée à d’autres encore.—Elle a été émise à maintes reprises; on en retrouve le sens dans Homère; Térence, dans son Andrienne, la met dans la bouche d’un esclave: «Je pense, dit-il, que beaucoup est chose utile dans la vie, pourvu que beaucoup ne soit pas trop.» Horace, dans sa satire I, la développe en deux vers souvent cités: «En toutes choses, il est certain tempérament, il y a des limites déterminées et le bien ne se trouve ni en deçà ni au delà.» Abstemius l’exprime de la sorte: «Nul immodéré ne dure longtemps.» «Trop, c’est trop,» a dit Rivarol. «Surtout, Messieurs, pas de zèle,» répétait Talleyrand à ses diplomates. «L’excès en tout est un défaut,» est un aphorisme des plus usités. On dit encore: «De peu on jouit, de trop on pâtit.» Dans le Paradis perdu de Milton, Adam demande à l’ange Gabriel s’il vivra longtemps: «Oui, dit l’ange, si tu observes la règle: Rien de trop.» La Fontaine en a fait le titre d’une de ses fables et a dit d’elle avec vérité:
«Rien de trop est un point
Dont on parle souvent et qu’on n’observe point.»
Enfin, on peut en dire aussi qu’elle était la maxime favorite de Montaigne, qui aurait pu la prendre pour devise au même titre que «Que sçay-ie», car dans ses jugements en toutes choses, comme dans tous les actes de sa vie politique et privée, il en a fait une application constante.
15, Moquer.—En 1385. Froissart, III, 17, dit que la rapidité avec laquelle la nouvelle en parvint du Portugal en France, au comte de Foix, fut attribuée à ce que celui-ci avait à son service un malin esprit qui lui rapportait la nuit les nouvelles de ce qui, présentant de l’intérêt pour lui, s’était passé la veille dans le monde entier.
25, Perdue.—En 93. Antonius Saturninus, qui commandait deux légions dans la Germanie supérieure, s’était soulevé et avait été battu par le lieutenant de l’empereur en Gaule. La distance du lieu du combat à Rome, évaluée par Plutarque, Paul Émile, à 20.000 stades (le stade valant 150 pas environ), ce qui ferait 500 lieues, est en réalité de 250. La nouvelle s’en répandit dans la capitale de l’empire, le jour même où le fait se produisit, et Domitien, parti nonobstant à la tête d’une armée pour le combattre, rencontra, chemin faisant, le courrier qui lui était envoyé pour lui annoncer sa défaite.
26, L’accident.—Guerre civile, III, 36.
35, Nature.—Il est exact que Pline présente comme vrais, nombre de faits qui depuis ont été controuvés, mais c’est inévitable, et dans le domaine de la science bien des vérités du jour au lendemain perdent cette qualité; c’est ainsi qu’il n’existe plus de gaz permanents, alors qu’il n’y a pas un demi-siècle, on en comptait cinq. Par contre, certaines autres de ses assertions que nous tenons comme invraisemblables, ne le sont sans doute que parce que nous ne les avons pas encore vérifiées: telle cette propriété qu’il relate de l’huile maintenant le calme dans une certaine mesure parmi les flots d’une mer agitée, ce que longtemps on a considéré comme une fable, jusqu’à ce qu’assez récemment le hasard l’ait confirmé. Pline, qui manquait des moyens d’investigation si nombreux aujourd’hui, a composé son Histoire naturelle, comme Buffon a écrit la sienne qui, sous le rapport de l’exactitude, laisse aussi fort à désirer, ce dont ce dernier est peut-être moins excusable, vu la différence des temps et une plus grande facilité de contrôle; il n’en est pas moins un auteur éminemment précieux qui a conservé à la postérité beaucoup d’indications, de procédés que nous avons utilisés et qui, sans lui, ne seraient pas parvenus jusqu’à nous.
38, Impudence.—L’édition de 1588 porte: imprudence.
39, Tesmoigne.—De Civitate Dei, XXII.—Les corps de ces deux frères, martyrisés au Ier siècle, découverts, d’après une tradition, en 380, par saint Ambroise, sur l’indication qu’eux-mêmes, dans une apparition, lui avaient donnée du lieu où ils avaient été ensevelis, furent transférés par ses soins dans la cathédrale qu’il faisait construire à Milan; et c’est dans le cours de cette translation, qu’un aveugle qui avait touché le brancard portant ces reliques avait recouvré la vue.
294,
12, Recors.—Témoins; du verbe latin recordari, se souvenir. D’où cette appellation donnée couramment à ceux qui assistent un huissier pour lui servir de témoins et lui prêter main-forte en cas de besoin.
16, Frangerent.—On s’étonne de voir Montaigne, surtout après avoir décliné la croyance aux miracles attribués à saint Hilaire, se faire le défenseur si zélé de ceux que rapporte saint Augustin, parmi lesquels se trouvent quelques cas de résurrection. La vertu et la piété des témoins ne sont pas en pareille matière d’importance primordiale, elles peuvent même porter à se défier de témoignages de personnes dont la foi a pu sur ce point troubler le jugement et faire préférer ceux de profanes moins portés à céder à semblable entraînement.—Il y a du reste un point qui, en fait de guérisons miraculeuses, donne à réfléchir: Pourquoi tous les miracles de cette nature, des temps anciens comme de nos jours, prêtent-ils tous à être expliqués par la science à laquelle il arrive de résoudre elle-même des cas semblables? Que n’a-t-on vu une fois, une seule fois, une impossibilité indiscutable se réaliser, quelqu’un amputé d’un membre, par exemple, ne serait-ce que d’un petit doigt, le recouvrer soudainement et en user, comme avant l’accident survenu; ce serait là un miracle indéniable que seraient obligés de reconnaître les plus incrédules.
26, Creance.—C’est ce triage entre les choses à croire et celles à ne pas croire qui dans l’Église a donné naissance à la plupart des hérésies et des schismes, ce qu’indique l’étymologie même du mot hérésie, αἵρησις;, qui signifie proprement choix; quant au schisme, de σχίσμα, division, il n’en est que la conséquence.
34, Obeissance.—C’est le principe même de la religion catholique et, de fait, une religion ne saurait être une sans cela; seulement l’application de cette autorité souveraine est chose délicate: l’obligation de ne pas empiéter sur ce qui n’est pas de son domaine, de s’adapter, dans chaque pays, à ses mœurs et à ses lois, de n’être ni oppressive ni opprimée, est de bien grande difficulté, d’autant que toute erreur, toute maladresse préjudicie, à tort mais d’une façon effective, à la religion elle-même, surtout en des temps comme les nôtres de libre discussion et d’indifférence religieuse.
39, Sçauans.—Add. des éd. ant.: et bien fondez.
CHAPITRE XXVII.
Ce chapitre est numéroté XXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
296,
8, Amitié.—Shakespeare s’est souvenu de ce chapitre dans Hamlet, où il en a transporté des passages entiers et nombreux.
10, L’ensuiure.—Le suivre des yeux, le regarder travailler, voir comment il s’y prend.
12, Suffisance.—Élaboré, travaillé avec tout le soin dont il est capable.
24, Ignoré.—Qui ne savaient pas qu’il était déjà désigné sous ce titre.
24, Contre-vn.—Le Contre-un, ou Discours sur la servitude volontaire (Contre-un veut dire: contre le gouvernement d’un seul, la monarchie), opuscule d’une trentaine de pages in-octavo, est un pamphlet qui s’élève contre les abus du despotisme. Inspiré par les troubles de l’époque, il n’a pourtant pas trait aux événements d’alors, et de plus, il ne conclut pas.—Montaigne dans les éditions antérieures indique que La Boétie l’a composé à l’âge de dix-huit ans, et en fin de ce chapitre il dit seize, probablement pour mieux faire valoir la précocité d’esprit de son ami, car il ne se pique guère en général d’exactitude. Ce serait, d’après cela, vers 1548 que ce discours aurait été écrit; mais il témoigne d’une maturité de talent qui donne à penser à certains qu’il pourrait bien dater de 1554, alors que l’auteur avait vingt-quatre ans, ou tout au moins qu’il a été retouché à ce moment; ils s’appuyent pour cela sur ce qu’il y est fait mention de du Bellay qui n’avait rien publié avant 1549, de la Franciade de Ronsard et d’autres poètes de la Pléiade, dont les poésies commençaient seulement à se répandre.—Ce n’est que dix ans environ après la mort de l’auteur, en 1574, que cet écrit fut publié pour la première fois à Bâle, et encore en latin et par extraits; il ne l’a été intégralement et en français qu’en 1576, à Genève, inséré, comme du reste en 1574, dans un recueil comprenant d’autres pièces s’inspirant de la même idée. Du reste, il produisit peu d’effet sur le moment et n’a réellement acquis de la vogue qu’aux époques révolutionnaires, en 1789, 1852, où on le remit en lumière, adapté aux besoins du moment. Par lui, on a fait de La Boétie un précurseur des révolutions modernes: de telles idées étaient bien loin de son caractère, et ce discours a été de sa part un morceau purement littéraire où les sentiments généreux et la fougue de la jeunesse se sont donné carrière, plutôt qu’une œuvre politique réfléchie. Bonnefon. V. I, 318.
25, Ieunesse.—Les éd. ant. aj.: N’ayant pas atteint le dix-huitiesme an de son aage.
38, Gentil.—A ici le sens de généreux qui se retrouve dans «gentilhomme», mais dans lequel il n’est plus guère employé aujourd’hui, sauf dans quelques rares localités, avec tendance à disparaître complètement.
298,
6, Ciuiles.—L’édit de janvier 1562, sous le règne de Charles IX encore mineur. Cet édit accordait aux Huguenots l’exercice public de leur religion. Le parlement refusa d’abord de l’enregistrer, en disant: «Nec possumus, nec debemus (nous ne pouvons et ne devons)», et finit par s’exécuter après deux lettres de jussion. Il y a dans cet édit une sorte de règle de conduite pour les Protestants; il y est dit qu’«ils n’avanceront rien de contraire au concile de Nicée, au Symbole des Apôtres, ni à l’Ancien et au Nouveau Testament».
7, Place.—Le mémoire de La Boétie sur cet édit, si jamais il a été imprimé, n’existe plus. On ignore dans quel sens il était écrit; il est à supposer toutefois, étant donné le caractère de l’auteur et l’opposition que cet édit rencontrait, qu’il devait en approuver la teneur et constituer un plaidoyer en faveur de la tolérance religieuse.
10, Lumiere.—A Paris, en 1571.—Les œuvres de La Boétie se composent: d’une traduction de l’Économique de Xénophon, parue sous le titre de Mesnagerie; de celle de deux petits traités de Plutarque, de fragments du Dante; pièces de vers latins, de vers français, du Discours sur la servitude volontaire et de Mémoires sur nos troubles résultant de l’édit de janvier 1562. Ces deux derniers opuscules, Montaigne ne les publia pas, craignant qu’ils ne devinssent une arme pour les fauteurs de désordre de l’époque; la note ci-dessus, I, 296, [Contre-vn], indique ce qui advint du premier. V. N. I, 320: [Main].
19, Siecles.—A l’appui de sa thèse, Montaigne aurait pu indiquer ceux qui, dans l’antiquité, ont eu des liaisons de cette nature: Hercule et Philoctète, Thésée et Pirithoüs, Oreste et Pylade, Pythias et Damon, Épaminondas et Pélopidas, Alexandre et Héphestion, Scipion et Lelius, et pour clore par un mot de Phèdre: «Rien de plus commun que le nom, de plus rare que la chose.»
20, Aristote.—Morale à Nicomaque, VIII, 1.
300,
5, Enfans.—L’infanticide est commun en Chine; il y a nombre de gens, même à leur aise qui ne gardent pas plus de deux ou trois enfants. Annales de la propagation de la Foi.
7, L’aultre.—Les éd. ant. aj.: L’amitié n’en vient iamais là.
8, Aristippus.—Diogène Laerce, II.
11, Plutarque.—De l’amitié fraternelle.
14, Dilection.—Tendresse, affection, du latin dilectio, qui a même signification.
15, Alliance.—Ce terme de «frère» était souvent employé à cette époque pour marquer les relations d’affection entre personnes que n’unissait aucun lien du sang. C’est dans ce même ordre d’idées que Montaigne appelait Mademoiselle de Gournay sa fille d’alliance; ne dit-on pas dans le même sens des «frères d’armes» et «frères» et «sœurs» dans les communautés religieuses. Cette appellation est d’usage courant chez les peuples sémitiques, c’est à elle qu’est probablement due cette assertion de Renan, dans la Vie de Jésus, cette si charmante idylle, que Notre-Seigneur avait des frères.
18, Fraternelle.—Allusion probable au droit d’aînesse qui subsistait alors, d’après lequel l’aîné avait des privilèges et était favorisé, souvent de la façon la plus abusive, dans la succession des parents, et qui n’était pas sans avantage au point de vue de la société. Il maintenait la famille en lui donnant un chef et à ce chef une situation qu’il devait utiliser pour aider tous autres à se tirer d’affaire. Ce droit, aujourd’hui aboli en France, survit encore dans quelques majorats, immeubles ou dotations inaliénables attachés à la possession d’un titre de noblesse et permettant au titulaire de garder son rang. L’idée essentielle sur laquelle reposait le droit d’aînesse était d’empêcher la noblesse de péricliter, l’idée de la famille n’en était qu’une résultante; c’est au contraire exclusivement cette dernière qui a donné naissance à la pensée récemment émise de permettre de constituer des biens familiaux destinés à parer à la désagrégation de la famille, amenée par les exigences de l’existence et les facilités de se répandre au loin; biens de valeur restreinte, mais qui, bénéficiant de certaines immunités, demeureraient, quoi qu’il arrive, un centre à l’abri de toute éventualité.
20, Souuent.—«Rara concordia fratrum (la concorde, chose rare chez des frères)», est une maxime de jurisconsultes.
«Le frère est ami de nature,
Mais son amitié n’est pas sûre.»
28, Amitié.—«Le sort fait les parents, le choix fait les amis» (Delille).
302,
15, Vsage.—L’abbé Sagette estime trop au-dessus de tout autre sentiment cette amitié bien éthérée pour de simples mortels, et que son culte pour la mémoire de son ami emporte l’auteur des Essais au delà de l’humaine nature, incapable d’un sentiment platonique si pur et si désintéressé.
25, Fins.—L’éd. de 80 aj.: comme de la generation, alliances, richesses.
31, Durable.—Mais inversement. Les femmes haïssent mortellement pour des sujets très légers. Mme de Genlis.
37, Reietté.—Contre cette opinion qui regarde les femmes comme peu propres à l’amitié, Thomas, littérateur français du XVIIIe siècle, dans son Essai sur les femmes, 1773, dit: «Rien ne leur échappe, elles devinent l’amitié qui se tait, encouragent l’amitié qui souffre»; les rapports de Mme Récamier (1778 à 1849) avec de Chateaubriand et Ballanche témoignent de la vérité de cette appréciation; en amour, Thomas leur accorde les mêmes délicatesses.
38, Grecque.—Passage des plus curieux où est fort bien expliqué ce que c’était que cet amour des Grecs pour les jeunes gens, dont on a tant et si diversement parlé.
304,
33, Achilles.—Achille, roi des Myrmidons, peuple de Thessalie (anc. Grèce); le plus fameux des héros grecs qui prirent part à la guerre de Troie et immortalisé par Homère dans l’Iliade; célèbre en particulier par sa liaison avec Patrocle, tué par Hector qu’Achille tue à son tour pour venger la mort de son ami, et tué lui-même par Pâris d’une flèche au talon, seule partie de son être qui fût vulnérable (XIIIe siècle). Son nom, dans toutes les langues, est synonyme de bravoure et d’intrépidité.
306,
7, Aristogiton.—Aristogiton était l’amant de Harmodius. Hipparque, qui gouvernait Athènes, conjointement avec son frère Hippias, cherchant à s’imposer à Harmodius, celui-ci et Aristogiton le tuèrent. D’autres disent qu’Hipparque, insulté par Harmodius, s’en vengea en insultant la sœur de ce dernier, qui avec l’aide de son ami tua l’insulteur. Ce faisant, Harmodius tomba lui-même sous les coups des gardes de son ennemi, tandis qu’Aristogiton, arrêté, périssait peu après dans les tortures. Leur mort fut le point de départ d’un mouvement populaire qui délivra Athènes du joug de la tyrannie, 509.
14, Equable.—C.-à-d. «d’une espèce d’amitié plus juste et plus égale» que celle dont il vient d’être parlé.
19, Parle.—Ce qui suit est une peinture des plus touchantes de l’amitié, condensée en quelques lignes.
25, Fatale.
«Il est des nœuds secrets, il est des sympathies
Dont, par le doux rapport, les âmes assorties
S’attachent l’une à l’autre, et se laissent piquer
Par un je ne sais quoi qu’on ne peut expliquer.» Corneille.
33, L’autre.—Il y a dans saint Ambroise pleurant la mort de son frère, et répandant sur sa tombe les fleurs de son éloquence, des mots d’une tendresse charmante, des pensées d’un raffinement de sensibilité bien rare, que rappellent certaines pensées et certaines expressions de Montaigne. Payen.—Il en est de même dans les lettres de saint Jérôme à l’occasion de la mort de Népotien.—Quant à ce passage même des Essais, on en retrouve l’imitation suivante dans Lamartine:
«Par l’infaillible instinct, le cœur soudain frappé,
Ne craint pas de retour, ni de s’être trompé.
On est plein d’un attrait qu’on n’a pas senti naître;
Avant de se parler, on croit se reconnaître;
Pour tous les jours passés on n’a plus un regard;
On regrette, on gémit de s’être vus trop tard;
On est d’accord sur tout avant de se répondre;
L’âme, de plus en plus, aspire à se confondre.»
34, Publiée.—Dans le recueil déjà cité plus haut, Paris, 1574; et plus récemment.
36, Durer.—Montaigne et La Boétie avaient lié connaissance en 1559; leurs relations durèrent donc quatre ans, ainsi du reste qu’il est dit un peu plus loin; lorsqu’ils se connurent, La Boétie avait 29 ans et Montaigne en avait 26.
308,
11, Pareille.—C.-à-d. avec un désir et un empressement égaux de part et d’autre.
15, Intelligence.—Tiberius Gracchus avait obtenu le vote d’une loi agraire qui distribuait aux citoyens pauvres les richesses qu’Attale, roi de Pergame, avait laissées au peuple romain; devant la résistance qu’y fit le sénat, un mouvement populaire se produisit dont les adversaires de Tiberius, qui redoutaient son influence, profitèrent pour le faire assassiner au milieu de ses partisans, contre lesquels, lui mort, des poursuites furent exercées, 133. Cicéron, De l’Amitié, 11; Plutarque, Vie des Gracques, 5; Valère Maxime, IV, 7.
20, Lælius.—A semblables questions insidieuses, que dans leur ardeur judiciaire les accusateurs publics sont trop souvent portés à adresser, une seule réponse est à faire, c’est celle que fit Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy, poursuivi en justice à l’occasion de faits amenés en France par la loi de séparation de l’Église et de l’État. Le Président du tribunal lui disant à un moment donné: «Et qu’auriez-vous fait, si vous n’aviez été évêque?»—«La question ne se pose pas, répondit le prélat, puisque je suis évêque.»
24, Gracchus.—Les éd. ant. aj.: de laquelle il se pouuoit respondre comme de la sienne.—A la suite de cet événement, Blosius, qui ne fut pas autrement inquiété, quitta Rome pour retourner en Asie; mais peu après, il se donna la mort.
29, Commis.—Abandonné, confié; du latin committere, s’en remettre.
36, Plus.—C.-à-d. n’est pas plus déplacée que ne le serait la mienne.
310,
13, Deffier.—«L’adversité est la pierre de touche de l’amitié.» Maxime indienne.—«Les faux amis sont comme les hirondelles, qui paraissent dans la belle saison, et disparaissent dans la mauvaise.» Cicéron.—«Le faux ami ressemble à l’ombre d’un cadran qui se montre quand le soleil brille et disparaît quand les nuages le voilent.»—Réflexion d’Ovide exilé, que Ponsard traduit ainsi:
«Heureux, vous trouverez des amitiés sans nombre;
Mais vous resterez seul, si le temps devient sombre.»
«Les amis de l’heure présente
Ont le naturel du melon;
Il faut en essayer cinquante,
Avant que d’en trouver un bon.» Mermet.
«L’ami de tous et d’aucun, c’est tout un.»
15, L’aymer.—Aulu-Gelle, I, 3, qui attribue cette maxime à Chilon. Elle l’est à Bias, par Aristote, Diogène Laërce et Cicéron; elle l’a été à Thalès; elle se retrouve dans l’Ajax de Sophocle.—Elle a donné lieu à bien des controverses: les anciens, en général, abondent dans ce sens: «Je blâme l’homme qui, en exerçant l’hospitalité, fait d’excessives démonstrations d’amitié, comme aussi celui qui traite mal son visiteur; toutes choses sont mieux qui demeurent dans la mesure convenable.» Homère, Odyssée.—«Les leçons d’une longue expérience nous ont appris que les mortels devraient nouer leurs amitiés par des attaches légères, faciles à rompre ou à serrer, et qui ne pénètrent pas jusqu’à l’âme (mot à mot: jusqu’à la pire moelle de l’âme). D’une affection trop tendre qui trouble la vie, naissent, dit-on, plus de tourments que de charmes; aussi, je préfère en tout la modération à l’excès et j’aurai pour moi l’opinion des sages.» Euripide, Hippolyte.—Cicéron, dans son dialogue sur l’amitié, est du même avis.—Marc-Aurèle disait avoir appris de son père à «éviter les fureurs dans les attachements, même les plus purs».—Les vers suivants sont la contrepartie de cette même thèse:
«Ah! périsse à jamais ce mot affreux d’un sage,
Ce mot, l’effroi du cœur et l’effroi de l’amour:
«Songez que votre ami peut vous trahir un jour.»
Qu’il me trahisse, hélas! sans que mon cœur s’offense,
Sans qu’une douloureuse et coupable prudence,
Dans l’obscur avenir, cherche un crime douteux,
S’il cesse un jour d’aimer, qu’il sera malheureux!»
—De Sacy l’a aussi combattue dans son traité De l’Amitié.—De Joubert enfin est cette pensée, commentaire en quelque sorte de celle qui nous occupe: «Il n’y a plus aujourd’hui d’inimitiés irréconciliables, parce qu’il n’y a plus de sentiments désintéressés; c’est un bien né d’un mal.»
En somme cette maxime, appliquée à la vie privée, est très discutable; elle l’est beaucoup moins dans la vie publique et doit être de règle absolue dans les relations de peuple à peuple; ce n’est pas, comme dit La Bruyère, un principe moral, c’est un axiome politique.—C’est ce qui fait que l’Angleterre, malgré l’entente cordiale que présentement on s’efforce d’établir entre elle et nous, et les grands avantages économiques qu’elle en retirerait, se refuse obstinément et à bien juste raison à laisser construire le tunnel sous la Manche. Ne sachant ce que sera demain, elle ne veut pas mettre une chance contre elle, une chance d’invasion, si faible soit-elle, alors que de par sa position insulaire elle est inexpugnable. (Ce tunnel projeté de Sangatte (Pas-de-Calais) à Douvres aurait une longueur de 24 milles (44 kil. ½) sous la mer et 30 milles (55 kil. ½) avec les raccordements à fleur du sol; la dépense est évaluée approximativement à 400 millions).—C’est en vertu de ce même principe que notre attitude boudeuse et hargneuse depuis 1870-71 est si inepte; nous aurions dû accepter de bonne grâce les conditions que nous avons signées à Francfort, jusqu’au moment où nous nous serions crus en mesure de le rompre et résolus à le faire; c’était ce à quoi nous invitait Gambetta quand à propos de la revanche il disait qu’il fallait y penser sans cesse et n’en parler jamais; c’est du reste sous cette réserve que sont conclus tous les traités de paix quels qu’ils soient. Nous avons fait et continuons à faire tout le contraire; sans y penser, c’est-à-dire alors que nous sommes pour la paix à tout prix, que si la guerre survient c’est qu’elle nous sera imposée, qu’il nous sera impossible de nous y dérober, nous en parlons toujours, d’où une situation constamment tendue, et nous nous étonnons de trouver l’Allemagne, que par surcroît notre presse est sans cesse à exciter, en travers de toutes nos intentions. Une semblable attitude, peu digne, n’a que des inconvénients, celui entre autres de nous mettre à la remorque de quiconque a intérêt à attiser notre rancune.
19, Amy.—Diogène Laerce, V, 21.—Dans Don Quichotte se trouve ce proverbe espagnol: «Il n’y a point d’ami; pour ami, les cannes deviennent des lances.»—Autre proverbe: «Il faut se dire beaucoup d’amis et s’en croire peu.»
29, Eux.—«Tout est commun entre nous, l’amitié est commerce d’égalité.» Maxime pythagoricienne.
32, Aristote.—Diogène Laerce, V, 20.
312,
1, Ensemble.—Cette interdiction a pour unique objet d’empêcher que, lors du décès, ces donations ne lèsent les héritiers naturels du défunt.
5, Le liberal.—Les éd. ant. port.: l’honneste et le courtois.
8, Demandoit.—Diogène Laerce, VI, 16.
10, Singulier.—Extrait du Toxaris de Lucien, 22.
16, Suruiure.—Le Poussin a consacré par son pinceau cette action sublime; il a représenté Eudamidas dictant ses dernières volontés; la gravure a reproduit ce tableau.
21, Talens.—Le talent n’avait pas une valeur uniforme, celle du talent attique était de 5.720 francs.
24, Iour.—«On chercherait en vain dans les temps modernes un pareil trait à citer, et les filles sans dot de notre époque ne sauraient s’en prévaloir pour concevoir des espérances.» Victor Thierry.—On cite bien un fait s’en rapprochant, mais déjà les conditions sont autres: Eulalius qui, de fort riche, était devenu fort pauvre, institua son héritier Justin I, empereur d’Orient; il le chargeait de faire élever ses filles, de les doter et aussi de payer ses dettes; Justin accepta et remplit les clauses du testament, Ve siècle.—Charlotte Corday, condamnée à mort, chargea son défenseur Chauveau-Lagarde de payer, de sa bourse, ce qu’elle devait dans sa prison, 1793.
314,
2, Moy.—Cette façon de penser n’est pas celle de tous: «Une confidence faite à un ami, sur ce qui touche l’honneur d’autrui, est une atteinte à la charité.» S. Ambroise.—Bourdaloue a exprimé la même idée en la développant.
20, Alliance.—Xénophon, Cyropédie, VIII, 3.
24, Reste.—C.-à-d. sans exception, ni restriction aucune.
28, Doiuent.—Un évêque de Cracovie avait pour marchand un Juif; pour fermier, un socinien (adhérent à la secte de Sozzini, hérésiarque italien du XVIe siècle, qui repoussait le dogme de la Sainte Trinité et en particulier la divinité de Jésus-Christ); pour intendant, un protestant, et disait: «Ces gens-là seront damnés dans l’autre monde, mais ils me sont nécessaires dans celui-ci.»
316,
1, Cil.—Celui; cil est un joli mot qu’on aurait dû conserver, quand ce n’eût été qu’à cause des services qu’il peut rendre à la poésie. Coste.
5, Action.—Il s’agit ici d’Agésilas. Plutarque, Agésilas, 9.—On raconte un fait analogue de Henri IV qui, surpris par l’ambassadeur d’Espagne, à quatre pattes, promenant ses enfants à cheval sur son dos, lui dit: «Vous êtes père, Monsieur l’Ambassadeur, vous me comprenez et m’excusez.»
13, Menander.—Le même qui a dit: «Celui-là meurt jeune qui est aimé des dieux.»
14, Amy.—Plutarque, De l’Amitié fraternelle, 3.
20, Années.—De 1559 à 1563. Les éd. ant. port.: quatre ou cinq années, au lieu de «quatre».
31, Particeps.—Montaigne, comme il fait souvent, a changé plusieurs mots dans cette citation.
33, Demy.
«Pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau:
La moitié de moi-même a mis l’autre au tombeau.» Corneille.
318,
7, Amabo.—La lecture de ce chapitre qui, de fait, se termine ici, est à compléter par celle du chapitre des œuvres de Bourdaloue intitulé des Amitiés humaines, dans lequel il examine le danger des amitiés trop ardentes, aveugles, partiales ou trop tendres, et où il repousse les entraînements du cœur qui offensent la justice, faussent la conscience et pervertissent la charité.
8, Seize.—Les éd. ant. port.: dixhuict.
9, Ouurage.—Le Discours sur la servitude volontaire que Montaigne renonce à insérer contrairement à ce qu’il s’était proposé au commencement de ce chapitre, parce qu’il venait d’être partiellement publié en Suisse par les Protestants (1578), dans le but de s’en faire une arme contre la royauté. V. N. I, 296: [Contre-vn].
18, Iouant.—C’est ce que dit Cornelius Nepos d’Épaminondas: «Il était tellement respectueux de la vérité, qu’il ne mentit jamais même en jouant.»
29, Autre.—Les vingt-neuf sonnets qui font l’objet du chapitre suivant.
30, Enioué.—Les éd. ant. aj.: Ce sont 29 sonnets que le sieur de Poiferré homme d’affaires et d’entendement, qui le connoissoit long temps auant moy, a retrouué par fortune chez lui, parmy quelques autres papiers, et me les vient d’enuoyer: dequoy ie luy suis tres obligé, et souhaiterois que d’autres qui detiennent plusieurs lopins de ses escris, par-cy, par-là, en fissent de mesme.
CHAPITRE XXVIII.
Ce chapitre est numéroté XXIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
31, Chapitre XXVIII.—Ce chapitre n’est à proprement parler que la dédicace à Madame de Grammont de vingt-neuf sonnets de La Boétie, élégie amoureuse à l’imitation de Pétrarque, composée dans la jeunesse de l’auteur et aussi faible dans la forme que dans le fond. Ils ont été supprimés, comme n’étant pas de Montaigne, dans la plupart des éditions postérieures à celle de 1588. Nous en aurions fait autant, s’il était bien prouvé que la mention écrite, à la vérité de sa main, sur l’exemplaire de Bordeaux: «Ces vingt neuf sonnets d’Estienne de la Boétie, qui estoient mis en ce lieu, ont esté despuis imprimez avec ses œuures», et qui figure, à l’exclusion des dits sonnets, sur l’édition originale de 1595, témoignait incontestablement qu’il n’avait pas l’intention de les reproduire, auquel cas la dédicace aurait dû disparaître également et ce chapitre tout entier être supprimé. La conserver seule est, comme le font observer Courbet et Royer, une anomalie.
33, Guissen.—Diane, vicomtesse de Louvigny, de la maison de Foix, connue avant son mariage sous le nom de la Belle Corisande d’Andouins, avait épousé le comte de Grammont et de Guiche, qui mourut au siège de La Fère en 1580. Le nom exact est Guissen, dont par corruption on a fait Guichen, puis Guiche. Devenue veuve, Madame de Grammont devint et demeura longtemps la maîtresse de Henri de Navarre avant son avènement au trône de France. Il en était éperdument amoureux et eut même l’intention de l’épouser; c’est pour aller la retrouver qu’il s’arrêta, au lieu de pousser de l’avant, après la bataille de Coutras et perdit de la sorte le fruit de sa victoire. Du reste, elle le payait de retour et lui fut dévouée toute sa vie; pendant les guerres de la Ligue, elle vendit pour lui ses diamants, engagea ses biens et alla jusqu’à lui envoyer des levées de 20 à 24.000 gascons qu’elle avait enrôlés à ses frais.
320,
12, Main.—Montaigne est ici quelque peu aveuglé par son affection pour son ami. Cette pièce de vers, élégie ayant trait à quelque aventure de jeunesse de l’auteur, n’offre rien d’intéressant; ce n’est d’un bout à l’autre qu’une plainte amoureuse exprimée en style assez rude et confus, où éclatent les faiblesses et les emportements d’une passion inquiète qui se nourrit de soupçons, de craintes, de défiances, dont elle est accablée. En voici le thème:
«L’auteur constate qu’il est amoureux. Ce sentiment, auquel jusqu’ici il avait été étranger, le tient tout entier; en vain il a cherché à s’en défendre, il s’avoue vaincu, un regard de celle qui l’a conquis, a suffi pour le mettre à sa merci. Il ne la nomme pas; mais en disant qu’elle est la plus belle, chacun la reconnaîtra; elle est sa Dordogne, et bientôt ses chants et son amour feront passer son nom à la postérité.—Mais est-il payé de retour? Elle demeure sourde à ses prières, et lui va se consumant. Il perd courage; se jouerait-elle de lui? Qu’elle prenne garde; s’il sait aimer, il sait haïr aussi!—Dieu! quel blasphème et combien il maudit les vers qui ont pu exprimer une telle pensée! Et voilà qu’au lieu du châtiment mérité, un mot d’elle vient l’assurer de son pardon.—C’en est fait, c’est pour la vie qu’il se reprend à l’aimer. Mais, hélas! si sa bienveillance va le captivant de plus en plus, c’est sans lui rien concéder. Aussi quelle douleur est la sienne; et cependant il se complaît dans ses souffrances; il en mourra, mais est-il possible qu’il en soit autrement? Ses vers, du moins, en révélant son triste sort, le vengeront de l’Amour, en même temps qu’ils l’exalteront, elle dont la grâce et les perfections sont de nature à asservir tous les cœurs.»
La Boétie (N. I, 298: [Lumiere]) a composé quelques autres pièces de vers français, on y relève les passages suivants:
«Le premier coing duquel l’or fut battu,
En battant l’or abattit la vertu.»
«Ainsi l’on voit en vn ruisseau coulant,
Sans fin l’vne eau après l’autre roulant;
Et tout de rang d’vn éternel conduit,
L’vne suit l’autre, et l’vne l’autre fuit;
Par cette-ci celle-là est poussée
Et cette-ci par vne autre auancee:
Tousiours l’eau va dans l’eau, et tousiours est-ce
Même ruisseau et tousiours eau diuerse.»
17, L’oreille.—Ce secret a-t-il été révélé? Toujours est-il que le nom de la personne qui a inspiré ces vers, ne nous est pas connu.
326,
27, Dourdouigne.—Le poète personnifie ici la dame de ses pensées en la Dordogne (N. I, 328: [Honte]) au cours placide; plus loin (Sonnet XIV), dans un moment d’irritation, il l’assimilera à sa sœur la Vézère, au cours capricieux.
35, Fidelle.—Ce vers, qui exprime très heureusement une idée fort juste, a pris place parmi les locutions fréquemment employées: «Qu’est-il plus beau qu’vne amitié fidelle?»
328,
8, Iumeaux.—Castor et Pollux, qui reçurent le don d’immortalité dont ils jouissaient alternativement; la belle Hélène, cause de la guerre de Troie, était leur sœur.
12, Honte.—La Dordogne, formée de deux ruisseaux: la Dore et la Dogne, prend sa source à quelques lieues en amont de Sarlat, patrie de La Boétie, et se termine en Guyenne. A cette époque, cette province et la France, dont elle avait été séparée pendant plus d’un siècle, quoique réunies, conservaient encore leurs appellations distinctes; c’est ce qui fait dire à l’auteur que sa Dordogne a honte de se montrer si modeste en France, alors que lorsqu’elle en sort et devient gasconne, son cours est beaucoup plus important.
13, Sorgues.—Ruisseau illustré par les poésies de Pétrarque en l’honneur de la belle Laure de Noves, qu’il avait rencontrée à Avignon qui se trouve à proximité.
15, Loir.—Nommé ici, parce qu’il passe à Vendôme, ville aux environs de laquelle est né Ronsard, auquel ce passage fait allusion.
18, Mince.—Le Mincio. Mentionné comme rappelant Virgile, originaire de Mantoue, qu’arrose cette rivière.
19, Arne.—L’Arno, qui passe à Florence, patrie de Pétrarque dont le souvenir a été évoqué quelques lignes plus haut et l’est encore dans le sonnet suivant.
31, Migregeois.—A moitié grec. Properce est ainsi qualifié en raison des tournures grecques qu’affecte son style, bien qu’il écrive en latin.
330,
3, Mesure.—Ces quatre derniers vers: Chacun sent..., sont sans contredit les meilleurs de la pièce; par les idées qu’ils expriment, la manière dont ils les rendent, ils méritent attention.
17, Leandre.—Se noya en franchissant à la nage l’Hellespont, ainsi qu’il le faisait chaque nuit, pour aller voir Héro, son amante, prêtresse de Vénus, qui de désespoir se précipita dans les flots. Myth.
25, Sauuez.—Allusion à la fable d’Hellé, fille d’un roi de Thèbes, et de son frère. Traversant la mer sur un bélier à toison d’or, pour fuir les fureurs de leur belle-mère, Hellé tomba dans les flots et y périt, tandis que son frère et le bélier furent saufs, d’où cette mer prit le nom d’Hellespont (actuellement détroit des Dardanelles).—La largeur de l’Hellespont varie de 1.750 à 3.000 mètres; il est donc facilement franchissable à la nage, par un excellent nageur; lord Byron, en 1810, l’a franchi dans ces conditions à la suite d’un pari. On ne saurait en dire autant du Pas-de-Calais, dont la traversée à la nage a été souvent tentée et ne semble avoir été accomplie qu’une fois, au siècle dernier, par un Anglais, le capitaine Webb, parti de France pour atterrir en Angleterre; il est vrai que sa largeur est de 34 kilomètres et que des courants régnant au large obligent à un parcours notablement plus considérable et augmentent les difficultés.
334,
3, Faux.—Les sonnets XIV et XV que, dans son repentir, l’auteur désavoue.
21, Breuet.—Un billet qui a la vertu d’un talisman.
336,
30, Meleagre.—Les destins avaient décidé qu’il vivrait tant que durerait un tison qui brûlait dans le foyer au moment de sa naissance. Sa mère éteignit aussitôt ce tison et le conserva soigneusement. Dans la suite, une discussion s’étant élevée entre lui et ses oncles, dans la chaleur de la dispute, il les frappa d’un coup mortel; sa mère, irritée du meurtre de ses frères, jeta au feu le tison fatal et son fils expira aussitôt. Myth.
CHAPITRE XXIX.
Ce chapitre est numéroté XXX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
344,
20, Excessiuement.—Les éd. ant. port.: immoderement.
20, Iuste.—Les éd. ant. aj.: et vertueuse.
21, Diuine.—Saint Paul, Ep. aux Romains, XIII, 3.—«Ne sois pas juste à l’excès et ne te montre pas sage outre mesure.» Ecclésiaste, VII, 6.
22, Sage.—Molière, dans le Misanthrope, émet la même pensée:
La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l’on soit sage avec sobriété.
C’est là encore une application de la maxime: «Rien trop» (N. I, [292]).
24, Sorte.—Il y a probabilité que Montaigne veut parler ici de Henri III, roi de France, qui, par des retours de conscience, alliait à des débauches sans nom les pratiques de la religion la plus austère et duquel le cardinal d’Ossat écrivait à sa veuve que «ce prince avait vécu une vie aussi et même plus religieuse que royale»; tandis que Sixte-Quint en disait: «Il n’est rien qu’il n’ait fait et ne fasse pour être moine, ni que je n’aie fait, moi, pour ne l’être point.»
28, Fils.—Pausanias, roi de Sparte, trahissant la Grèce auprès des Perses et ayant été dénoncé, se réfugia dans le temple de Minerve, pour échapper à une condamnation à mort prononcée contre lui. Nul n’osait violer cet asile lorsque Alcithée, sa mère, se présenta, dit-on, devant le temple et, sans proférer une parole, prenant une brique qu’elle avait apportée, la plaça sur le seuil de l’entrée et revint chez elle. Les Lacédémoniens, adoptant son jugement, l’imitèrent et murèrent ainsi la porte du temple. Pausanias fut réduit à y mourir de faim, 477. Diodore de Sicile, XI, 45; Cornelius Nepos, Pausanias, 5.—Plutarque, citant également ce fait, en raconte un semblable survenu à Rome, lors de la guerre contre les Latins, 341. Un nommé Cassius Brutus avait fait marché avec l’ennemi pour lui ouvrir les portes de la ville; découvert, il s’enfuit dans le temple de Minerve auxiliatrice, où son père le tint tant enfermé qu’il l’y fit mourir de faim et jeta son corps sans sépulture.
30, Reng.—Dans une guerre entre les Romains et les Volsques, Posthumius, dictateur, aurait fait tomber sous la hache la tête de son propre fils qui, séduit par l’espoir du succès, aurait quitté son poste et livré un combat d’où il était sorti vainqueur, 496. En relatant le fait, Tite-Live, IV, 29, dit ne pas y croire et qu’il doit y avoir erreur chez les historiens antérieurs à lui qui le rapportent et auront confondu avec l’acte analogue de Manlius Torquatus.—Plutarque, dans sa Collation abrégée d’histoires romaines avec autres semblables grecques, prête, d’après Ctésiphon, la même conduite à Epaminondas, en la mettant en parallèle avec celle de Manlius. Se trouvant en présence des Lacédémoniens et rentrant momentanément à Thèbes pour l’élection des magistrats, Epaminondas avait remis le commandement de l’armée à son fils Stesimbrotus, en lui défendant de combattre. Les Lacédémoniens, avertis de son absence, vinrent provoquer son fils, lui reprochant de n’oser, faute de cœur, se mesurer avec eux, si bien que, passant outre aux ordres de son père, il accepta le défi et battit l’ennemi. Epaminondas, de retour, lui aurait ceint le front d’une couronne, emblème de sa victoire, et trancher la tête pour sa désobéissance.
33, A coup.—Tout à coup. Marot a dit dans le même sens: «Si tu ne veux qu’à coup, je perde l’âme.»
35, Platon.—Dans le Gorgias.
346,
13, Endroit.—Dans la Secunda Secundæ, 154, 9.
19, Raison.—Les éd. ant. aj.: soit en l’amitié, soit aux effets de la iouissance.—C’est là une raison aussi étrange qu’inexacte. Cette prohibition, prononcée par nombre de législateurs de tous les temps, est motivée par la dégénérescence physique et intellectuelle qui résulte parfois pour les enfants de la consanguinité des parents à un degré trop rapproché, ce dont il existe de nombreux exemples. Ces mariages de nos jours se font rares: dispersé de bonne heure par les nécessités de l’existence moderne, le milieu familial existe et dure de moins en moins; et versant dans l’extrême opposé, on ne s’y marie plus guère; on prend femme ailleurs là où le sort vous a porté, sans prendre le temps de se connaître autrement que d’une façon banale, sans rien savoir généralement des tenants et des aboutissants l’un de l’autre, autrement dit sans garantie aucune; qu’ils sont loin de nous ces dictons de jadis qui cependant n’ont rien perdu de leur vérité:
«Marie-toi dans ta rue, si tu veux; dans ta maison, si tu peux.»
«Qui va loin se marier, sera trompé ou veut tromper.»
«Homme de passage n’attrape femme sage.»
23, Liberté.—Syndiquer sa liberté, c’est l’aliéner, donner à un autre des droits sur elle, d’où syndicat, mot qui aujourd’hui rend si bien la chose; en ce que ceux qui en font partie abdiquent toute volonté entre les mains de quelques-uns qui se font les porte-paroles des revendications de tous ceux qui les suivent, parfois à regret, parfois contre leurs intérêts, jusque dans leurs exagérations et leurs violences, au risque parfois de tuer dans un avenir plus ou moins proche la poule aux œufs d’or, autrement dit l’industrie qui les fait vivre.—Les syndicats qui, en France, sont présentement (1906) au nombre de 12.000, réunissant 2.000.000 d’adhérents, constituent un mode d’association dont la puissance est énorme, par le nombre et l’unité de volonté. C’est une force aveugle souvent, redoutable toujours, d’autant qu’ils sont irresponsables, qui transforme de craintifs mercenaires en hommes avec lesquels il faut discuter sur un pied d’égalité; malheureusement leurs tendances despotiques dépassent souvent le but, les excès qu’ils provoquent portent trop fréquemment atteinte à notre industrie et à notre commerce et rendent peu enviable le sort des patrons. La nécessité finira par amener une détente dans ces rapports, on arrivera à comprendre que les intérêts de ceux-ci et de leurs ouvriers sont de même ordre, que les uns et les autres ont un maître commun, la clientèle seule régulatrice réelle des salaires, mais que de désastres avant d’en être arrivés là! En attendant il serait indispensable que les syndiqués portassent solidairement la responsabilité des attentats aux personnes et aux propriétés qu’ils commettent et que de ce fait leurs chefs soient passibles des peines portées contre quiconque a incité à commettre les crimes et délits dont sont l’occasion les désordres dont ils sont la cause première.
Leur action a du reste parfois des effets imprévus, bien différents de ce qu’ils espéraient; c’est ainsi qu’en voulant réglementer les heures de travail et les salaires, ils ont amené les patrons à restreindre le nombre de leurs ouvriers, à ne garder que les plus capables et les payer à la tâche. Les autres sont allés grossir le nombre déjà si considérable des ratés de toutes sortes, et s’ils cherchent encore à demander au travail quelques moyens d’existence, ils sont obligés d’accepter à des prix dérisoires celui qu’ils arrivent accidentellement à se procurer d’industriels éhontés qui exploitent leur misère et contre lesquels leurs syndicats ne peuvent rien. G. Lebon.
25, S’il s’en... acharnez.—Var. des éd. ant.: «car il y a grand dangier qu’ils ne se perdent en ce debordement».
28, Obseruée.—Montaigne traite ce même sujet, liv. III, ch. V (III, 196).—Ce précepte devait être d’observation difficile dans l’antiquité, là où il était dans les habitudes que les époux couchassent nus dans leur lit, ce que mentionne Hérodote et dont on trouve confirmation dans nombre d’auteurs anciens, dans S. Cyprien entre autres. Payen.
29, Illegitime.—C’est dans cet esprit que l’Église prônant la continence interdisait tout rapprochement entre les nouveaux mariés durant les trois premiers jours de leur union, et aussi défendait au mari de voir sa femme nue:—Maritus non debet uxorem suam nudam videre.» Payen. Cette abstinence durant les trois premiers jours, l’ange Raphaël la conseilla pareillement, pour conjurer le démon, à Tobie épousant Sara, qui déjà avait eu sept maris, morts dès la première nuit de leurs noces, sans l’avoir déflorée. Livre de Tobie.
29, Encheriments.—Caresses, démonstrations d’affection, de cherer ou cherir, caresser:
«Ne vous forcez de me cherer.
Chere ne quiert point violence.» Marot.
Chérir est seul demeuré dans la langue, mais avec un sens plus platonique.
35, Simple.—Dans une annotation sur un exemplaire des Essais, Florimond de Rémon, auquel Montaigne avait vendu sa charge de conseiller au parlement, avait écrit: «I’ai ouy dire à l’auteur, qu’encore que plein d’ardeur et de ieunesse, il eut épousé sa femme tres belle et bien aimable, si est ce qu’il ne s’estoit iamais ioué auec elle, qu’auec le respect et l’honnesteté que la couche maritale requiert, sans auoir vu oncques à decouuert que la main et le visage, non pas mesme son sein, quoique parmi les autres femmes il fut extrêmement folatre et débauché.»
37, Seuerité.—Saint Jérôme regarde la chasteté conjugale comme plus difficile que celle de l’état de virginité ou de viduité. Bourdaloue.
38, Consciencieuse.—«La santé et la disposition morale des époux, au moment de la conception, ont l’influence la plus grande sur la santé, le caractère et les dispositions des enfants; et il est très important de se pénétrer de la grandeur, de la sublimité du mystère de la procréation et de ne jamais s’approcher de sa femme avec indifférence et pensant à autre chose.» Sterne.
41, Embrassement.—Var. des éd. ant.: cette accointance: cela tiens ie pour certain qu’il est beaucoup plus sainct (sain) de s’en abstenir.
348,
1, Platon.—Lois, VIII.
3, Flueurs.—Du latin fluere, couler; d’où par corruption et ignorance est venu «fleurs», qui n’a aucun sens.—La loi de Moïse punissait ce fait de mort, même en mariage légitime: «Si un homme couche avec une femme qui a son indisposition menstruelle, ils seront retranchés tous deux du milieu du peuple.» Lévitique, XX.
4, Mariage.—Épouse d’Odenath, un de ceux qui, de la captivité de l’empereur Valérien à la mort de Gallien son fils, se proclamèrent empereurs et sont connus dans l’histoire sous le nom des «trente tyrans», bien qu’ils fussent loin d’être des tyrans et d’atteindre ce nombre. Après la mort de son mari, en 272, Zénobie poursuivit, non sans éclat, l’accomplissement de ses audacieux projets, déployant un grand faste; elle finit par être vaincue par Aurélien, successeur de Gallien, 275. Trebellius Pollion, 30.
7, Deduit.—Ce poète si mal qualifié c’est Homère (Iliade, XIV, 294); mais il se borne à dire que Jupiter, apercevant Junon, ressentit la même ardeur que celle qu’il avait éprouvée lorsqu’il allait jouir d’elle pour la première fois.
20, Respect.—Plutarque, Préceptes du mariage.
25, Capitaine.—Plutarque, Instructions pour ceux qui manient affaires d’État.
30, Chastes.—Cicéron, De Officiis, I, 40.
30, Consciencieuse.—Par motif de conscience.
34, Concupiscence.—Spartien, Verus.—«Dans le mariage il n’y a pas d’amour, parce qu’on ne peut aimer où il n’y a pas d’obstacle; si Laure eût été la femme de Pétrarque, il n’aurait point passé sa vie à rimer des sonnets en son honneur.» Lord Byron.
37, Desbordez.—Le fait est rapporté par S. Justin et se serait passé sous Marc-Aurèle. S. Jérôme cite le cas de Fabiola, dame romaine, mariée à un homme corrompu au point qu’elle le prit en aversion et le quitta; encore jeune, elle se remaria et, après sa mort, fut canonisée. Le fait de cette femme de Catalogne, mentionné par Montaigne, rentre un peu dans ce cas. En France, en 19.., le tribunal de la Seine prononçait un divorce pour excès d’amour.
350,
20, Gallio.—Tacite, Annales, VI, 3.
38, Isthme.—L’isthme de Corinthe, vers 1445. Amurat II fit la conquête de la Morée.
352,
1, Aage.—L’Amérique, que venait de découvrir Christophe Colomb, 1492.
7, D’autres.—Au Mexique, avant la conquête espagnole. On fendait la poitrine de la victime avec un couteau de pierre, et on en retirait le cœur dont on frottait le visage de l’idole. A certaines fêtes, des sacrifices humains avaient lieu où les prêtres écorchaient les victimes et revêtaient de leurs peaux des ministres subalternes qui se distribuant dans les divers quartiers de la ville, allaient chantant et dansant.
20, Guerre.—Il s’agit ici de Montézuma qui immolait tous les ans plus de 20.000 de ses ennemis ou de ses sujets rebelles; il se faisait, à Mexico, des sacrifices qui, à eux seuls, coûtaient la vie à ce nombre de captifs.
CHAPITRE XXX.
Ce chapitre est numéroté XXXI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
29, Cannibales.—A proprement parler, peuplades anthropophages d’Amérique; mais, dans les Essais, cette dénomination s’applique indistinctement à tous les indigènes du Nouveau Monde, en dehors du Mexique et du Pérou, dont il avait eu occasion de voir quelques-uns venus en France, sous Charles IX, lesquels font en majeure partie le sujet de ce chapitre.
30, Italie.—Plutarque, Pyrrhus, 8.—Pyrrhus guerroya à deux reprises différentes en Italie contre les Romains: en 280 et en 274.
354,
1, Païs.—L’an 197, quand Flaminius vint à leur secours contre Philippe, roi de Macédoine, qu’il vainquit à Cynocéphales, 196. Plutarque, Flaminius, 3.
3, Galba.—L’an 200, lors de la guerre suscitée par la mise à mort, par les Athéniens, de deux Araucaniens qui, par imprudence, avaient surpris les mystères de Cérès. Les Araucaniens, pour venger la mort de leurs concitoyens, firent appel à Philippe de Macédoine; les Athéniens demandèrent et obtinrent le secours de Rome; c’est à l’arrivée de ces secours qu’il est fait allusion ici. Cette guerre est la même que celle à laquelle se rapporte la note précédente; la venue de Sulpitius Galba en marque le commencement, celle de Flaminius la fin. Tite-Live, XXXI, 34.
8, Antartique.—Villegaignon, envoyé par Henri II pour faire une exploration en Amérique et y fonder une colonie, débarqua au Brésil en 1555; l’établissement qu’il y fit ne s’y maintint pas. Bayle, Villegaignon.
13, Ventre.—Var. des éd. ant.: comme on dict, le et dit on de ceux, ausquels l’appetit et la faim font plus desirer de viande, qu’ils n’en peuuent empocher. Ie crains aussi que nous auons beaucoup, au lieu de: «et».
15, Platon.—Dans le Timée.
28, Deluge.—Cette croyance des anciens qu’on retrouve dans Platon, Élien, Ammien Marcellin, S. Grégoire, a-t-elle été une réalité, ou l’Atlantide n’a-t-elle été qu’une île imaginaire, on ne saurait dire; certains ont voulu y voir le continent américain.
31, Italie.—La séparation de la Grande-Bretagne d’avec la Gaule s’est probablement effectuée aussi de la même façon.
34, Surie.—La Syrie (Asie Mineure).
35, Bœoce.—La Béotie (Grèce ancienne).
41, Espaigne.—Platon ne dit rien de semblable.—On trouve aussi dans les phrases suivantes quelques erreurs géographiques, répandues sans doute par les premiers voyageurs qui parcoururent le Nouveau Monde.
356,
15, Contiennent.—Ces modifications dans les rives des cours d’eau qui vont gagnant et se retirant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, sont fréquentes: si bien que les conséquences en sont réglées juridiquement: les terrains ainsi détruits par l’érosion des eaux sont perdus sans donner lieu à indemnité; ceux, au contraire, provenant d’alluvions ou de retrait des eaux profitent au riverain.
23, Fourriers.—C.-à-d. qu’ils assignent à la mer, lui marquent en quelque sorte la limite dans laquelle elle doit se contenir.
23, Montioies.—Ou mieux «mont joug», du latin mons jugum; ce sont à proprement parler des mouvements de terrain dénommés «croupes» en topographie; cette appellation est fréquente dans les régions montagneuses, notamment dans le Jura; de là vient le nom du château ou fort de Joux, près de Pontarlier.
25, Païs.—Arzac est une localité à cinq lieues de Bordeaux.—L’envahissement des sables dans le Médoc est estimé de 20 à 25 mètres par an. On a calculé que depuis l’époque à laquelle remonte la formation de ces dunes (environ 2.500 ans), l’Océan a empiété sur les terres de 80 kilomètres; le fort Cantin, construit en 1754, à plus de 200m en arrière du rivage, est depuis plus de cinquante ans déjà enseveli sous les eaux; dans deux mille ans, les sables atteindraient Bordeaux, si on ne les arrêtait ou s’ils ne s’arrêtaient d’eux-mêmes; on les combat au moyen de plantes à racines nombreuses et traçantes qui les fixent et finissent par les convertir en terres cultivables.
29, Gibaltar.—Gibraltar. Selon les anciens, ce détroit n’existait primitivement pas: d’après la fable, ce serait Hercule qui aurait ouvert ce passage aux eaux de l’Océan, en séparant les deux monts Abyla et Calpé qui, depuis, furent dénommés «Colonnes d’Hercule». Le nom de Gibraltar qu’il porte aujourd’hui, dérive de l’arabe «Djebel el-Tarik (montagne de Tarik), le premier général musulman qui, le franchissant, envahit l’Espagne, 710.
39, Estat.—Le fait se serait passé en l’an 397. Partie de l’équipage qui aurait fait cette découverte, se serait établie sur ce nouveau territoire, tandis que le reste revenait à Carthage où le Sénat les fit tous mettre à mort, redoutant pour l’avenir de la ville les conséquences qu’elle pouvait avoir.
358,
3, Tesmoignage.—Cette assertion est discutable; l’ignorance et la simplicité d’esprit portent à accepter comme vrai tout ce qu’on voit, tout ce qu’on vous dit; on n’observe pas, on n’analyse rien, aussi avec elles le merveilleux s’accredite-t-il facilement.
360,
8, Entreprinses.—J.-J. Rousseau a sans doute puisé dans ces réflexions de Montaigne le célèbre morceau qui commence l’Émile: «Tout est bien, sortant des mains de l’Auteur des choses; tout dégénère entre les mains de l’homme, etc.» Amaury Duval.
14, Platon.—Lois, X.
19, Originelle.—Le caractère essentiel de la civilisation, c’est de raisonner et de prévoir, qui fait qu’aux instincts du présent qui est l’unique préoccupation des peuples primitifs, se substitue chez les peuples civilisés une conception des conséquences pour l’avenir. G. Lebon.
35, Vsage.—L’éd. de 88 port.: goust.
362,
1, Perfection.—L’exemplaire de Bordeaux ajoute ici cette citation: «Viri a diis recentes (voilà des hommes qui sortent de la main des dieux)». Sénèque, Epist. 90. Elle a probablement été supprimée par les éditeurs de 1595, comme faisant double emploi avec la suivante.
19, Flanq.—Les Canadiens habitent dans des bâtiments de 100 pieds de long, sur 15 à 20 de large, où il n’y a ni fenêtres, ni cheminées.—En Guinée, les sauvages ont leurs habitations semblables à des granges, pouvant recevoir plus de cent personnes. Wilson.
27, D’autant.—C.-à-d. dans le jour et abondamment.
32, Duit.—Du verbe duire qui vient du latin decet, il sied, il convient.—Le breuvage des sauvages brésiliens est fait avec la racine de manioc ou yucca (plante à racine charnue comme la pomme de terre), que l’on fait bouillir et que les femmes mâchent ensuite et rejettent dans des vases où elle bout une deuxième fois. Le manioc est de deux espèces: l’une, dont un des emplois vient d’être indiqué, se mange aussi cuite sous la cendre; l’autre est un poison violent.—Il se fait également de la boisson avec du maïs.
364,
31, Brusler.—Hérodote, IV, 69.
366,
1, Routes.—Déroute, défaite; mis pour roupte, du latin ruptus, rompu.
12, Absens.—Dans la Nouvelle-Zélande (grandes îles de l’Océanie au nombre de deux et qui sont l’antipode de la France), l’anthropophagie est regardée moins comme une satisfaction physique, que comme une excitation morale, et il est honorable pour le vaincu d’être mangé par le vainqueur, c’est le sort des armes; un prisonnier qui n’est pas mis à mort est déshonoré. L’anthropophagie ne s’y pratique qu’entre tribus belligérantes et seulement durant la guerre. Reybaud.
38, Nourriture.—Diogène Laerce, VII, 188.
368,
2, Dehors.—On a employé en médecine la momie d’Égypte; il en entrait dans la Thériaque de Venise (préparation pharmaceutique). Ambroise Paré, contemporain de Montaigne, en fait souvent mention, mais presque toujours pour en blâmer l’usage. Payen.
11, Vberté.—Fertilité, fécondité, du latin ubertas, qui a même signification.
34, Liberté.—Add. des éd. ant.: et leur fournissent de toutes les commoditez de quoy ils se peuuent aduiser.
370,
1, Loyer.—Add. des éd. ant.: vertu et à leur.
22, Pugnat.—Le texte latin porte: etiam si ceciderit (et s’il tombe).
25, Fortune.—Sénèque, De Constantia sapientis, 6.
26, Vaincu.—Les éd. ant. aj.: c’est son mal’heur qu’on peut accuser, non pas sa lâcheté.
29, Sicile.—Salamine; victoire navale remportée par les Grecs sous Eurybiade, roi de Sparte, et Thémistocle, chef des Athéniens, contre les Perses, 480.—Platée; les Grecs, sous Pausanias, roi de Sparte, et Aristide, général des Athéniens, y défirent les Perses, 479.—Mycale; la flotte grecque commandée par l’Athénien Xantippe y vainquit celle des Perses, le même jour qu’avait lieu la bataille de Platée.—Sicile; il s’agit probablement de la défaite qu’y éprouvèrent les Athéniens, en 414, devant Syracuse, du fait de Gylippe, général lacédémonien.
31, Thermopyles.—En 480, Léonidas, roi de Sparte, préposé à la défense de ce défilé, après y avoir arrêté, pendant quelques jours, l’invasion de Xerxès à la tête d’une armée incroyablement plus nombreuse, apprenant qu’il allait être tourné et se rendant compte que tout ce qui demeurerait serait exterminé, ne conservant avec lui que 300 Spartiates et les contingents de Platée et de Thespie, ensemble 4.000 hommes, succomba après une défense héroïque, obéissant aux lois de Lacédémone qui lui interdisaient d’abandonner un poste qui lui avait été confié et, du même coup, assurant à Sparte, par ce sacrifice, la supériorité morale sur toutes les autres villes.—Les historiens grecs estiment à deux et même à trois millions d’hommes l’armée des Perses en présence de laquelle se trouvait Léonidas. Mais, outre que dans leurs armées le nombre des non combattants excédait celui des combattants, ce n’est que par les Grecs que nous connaissons les guerres médiques, et il y a lieu de penser que leur amour-propre et leur vanité ont de beaucoup exagéré les forces de leurs ennemis, et que le récit de leurs hauts faits, par manque de renseignements contradictoires, est lui-même quelque peu sujet à caution.—Quoi qu’il en soit, l’appréciation qu’en porte Montaigne est pleinement justifiée, parce que, ne pouvant vaincre, ils sont morts; en dehors d’être, jusqu’au dernier, dans l’impossibilité de combattre, il n’est pas de défaite glorieuse.
33, Perte.—En 364, lors de la guerre entre Sparte et Thèbes dont les Arcadiens étaient les alliés. Diodore de Sicile, XV, 64.
372,
3, Tuition.—Défense, mot francisé par Montaigne, du latin tuitio qui a même signification.
20, Trétous.—Ou trestouts, souvent employé dans les Essais, semble le superlatif de tous.
34, Nostre.—Ce sentiment d’admiration pour la vie primitive, sorte d’âge d’or, se retrouve dans tous les écrivains de cette époque, qui n’ont fait que passer dans ces nouveaux continents. Ceux qui y ont séjourné, en parlent tout autrement; en vivant au milieu de ces peuples, disent-ils alors, on y retrouve tous les vices et les mauvais penchants des pays civilisés.
374,
4, Vertu.—Les éd. ant. port.: valeur.
7, Maris.—La mémoire, ou plutôt l’attention de Montaigne est en défaut; Sara était femme non de Jacob, mais d’Abraham; n’ayant pas d’enfant et pensant n’en avoir jamais, elle lui donna, pour lui en procurer, Agar, servante égyptienne, qu’elle chassa ensuite, elle et son fils, quand elle-même vint à en avoir.—Lia et Rachel, femmes de Jacob, agirent à peu près de même, mais avec plus d’humanité: Rachel, jalouse de ce que Lia sa sœur avait des enfants, donna Béla sa servante à son mari pour en avoir, et Lia, ayant cessé d’en avoir, se fit suppléer, elle aussi, par Zelpha sa servante, et elles considérèrent comme leurs les enfants nés dans ces conditions. Des douze fils de Jacob (il eut aussi des filles), six naquirent de Lia, deux de Rachel (Joseph et Benjamin), deux de Béla et deux de Zelpha. Genèse.
8, Auguste.—L’empereur Auguste fut toujours fort adonné aux femmes, dit Suétone (Auguste, 71), et, avec l’âge, aima surtout les vierges; aussi lui en cherchait-on de tous côtés, même sa femme pour arriver de la sorte à conserver son ascendant sur lui. Dans le même but, Madame de Pompadour se prêtait pareillement aux caprices amoureux de Louis XV, ce fut l’origine du Parc aux cerfs.
8, Interest.—Contre son intérêt, à son détriment, à ses dépens; cette acception, tout opposée à celle de nos jours, est fréquente dans les Essais.
12, Pere.—Ne pouvant avoir d’enfant de Déjotarus son mari, Stratonice, pour ne pas laisser le trône de Galatie sans héritier, le pria d’en chercher auprès d’une autre et choisit elle-même à cet effet, parmi les captives faites à la guerre, une belle jeune fille qui avait nom Electra. Plutarque, Des vertueux faits des femmes.—Une reine de Portugal, Elisabeth, prenait sur ses genoux les enfants que son mari avait eus de diverses maîtresses; Diane de Poitiers le faisait pour les enfants de Catherine de Médicis.
14, Vsance.—Usage; de l’italien usanza, qui a même signification.
30, Deça.—De ce côté-ci des mers, de notre pays.
34, Estoit.—En 1562, après la reprise de cette ville par le duc de Guise sur les Protestants.
376,
8, Maisons.—On voit que ce n’est pas chez Proudhon qu’est née l’idée que la propriété, c’est le vol; ce paradoxe, si cher aux socialistes et base de leurs revendications, émis avant lui sous une autre forme par ces sauvages, il n’a pas davantage été le premier à le soutenir; on le trouve, en effet, exposé et développé dans un dialogue d’Estienne Pasquier, datant de 1560. Payen.
13, Capitaine.—Chef; du latin caput, tête.
17, Espace.—C’est de cette façon, au dire d’Hérodote, que Xerxès avait pu faire le dénombrement de son immense armée.
22, Chausses.—«Comment saurait-on être Persan», a dit, un siècle après, Montesquieu, avec la même ironie narquoise. Bonnefon.—«La prévention du pays et l’orgueil de la nation (auxquels nous appartenons) nous font oublier que la raison est de tous les climats et que l’on pense juste partout où il y a des hommes.» La Bruyère.—Le haut-de-chausses était la partie du vêtement couvrant depuis la ceinture jusqu’aux genoux, ce qu’actuellement on appelle communément culotte.
CHAPITRE XXXI.
Ce chapitre est numéroté XXXII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
26, Platon.—Dans Critias.
378,
9, Esteuf.—Au propre, leur balle; est ici pris au figuré: leur jeu.
29, Iarnac.—En mai 1569, avait eu lieu à La Roche l’Abeille une échauffourée, où l’amiral Coligny, chef des Protestants, avait eu le dessus sur l’armée catholique que commandait le duc d’Anjou (depuis Henri III), lequel, le mois précédent, avait été vainqueur à Jarnac, et, quelques mois après, en octobre, gagnait la bataille de Montcontour.
32, Froid.—Prendre d’un sac deux moutures, c’est se faire indemniser deux fois pour un même service rendu.—Souffler le chaud et le froid, c’est soutenir indifféremment le pour et le contre, c’est avoir la langue double. La Fontaine, dans «le Satyre et le Passant», une de ses fables le moins bien réussies, conclut:
«Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid.»
Avant lui, Le Noble avait usé de cette locution, à l’adresse des avocats:
«Quoi, coquin!...
Souffler de même bouche et le chaud et le froid.»
35, D’Austria.—1571, dans le golfe de Lépante, où la flotte turque fut détruite par les flottes combinées de l’Espagne, de Venise et du Pape.—«Dom» et «Don» viennent de Dominus (seigneur). Don est un titre d’honneur en Espagne, en Autriche et en Portugal, et se place devant le nom; en France, on disait Dom, accolé également en avant du nom, en parlant de religieux de haut rang de certains ordres.
380,
1, Heresie.—Arius n’admettait ni le mystère de la Sainte Trinité, ni la divinité de Jésus-Christ.
4, Amo.—Arius, nommé patriarche de Constantinople, malgré l’opposition de saint Alexandre évêque d’Alexandrie, allait faire son entrée solennelle dans son église, quand il mourut subitement d’une violente colique; ses partisans prétendirent qu’il avait été empoisonné, ses adversaires que sa mort était un miracle accordé par Dieu à la prière du saint évêque, 336. Sandius, Hist. ecclés., II.—Léon avait été nommé pape en 364, par les évêques hérétiques; il régna vingt mois, mais ne figure pas sur la liste des papes, qui porte un interrègne. Au concile de Poitiers, discutant avec saint Hilaire, il fut pris de mal de ventre, alla aux lieux où, n’en revenant pas, on alla le chercher; on le trouva les entrailles sorties du corps. Athanase, Épître à Sérapion.
6, Retraict.—En 222, dans une sédition de sa garde prétorienne; pour le cas où il serait contraint par un événement semblable de se donner la mort, il avait fait des préparatifs tout autres (V. II, 424 et N. [Mourir]). Lampridius, Héliogabale, 17.
7, Fortune.—Par contre l’empereur Charles-Quint n’est-il pas né à Gand, dans des lieux d’aisance où sa mère Jeanne la Folle s’est trouvée surprise par les douleurs de l’enfantement? 1500.
CHAPITRE XXXII.
380,
24, Viure.
«Quand on a tout perdu et qu’on n’a plus d’espoir,
La vie est un opprobre et la mort un devoir.» Voltaire.
29, Ἀθλίως.—On trouve dans Stobée, Serm., 20, des sentences toutes semblables à ces trois-là.
382,
7, Lucilius.—Sénèque, Epist. 22.—Lucilius, personnage peu important du temps de Néron, dont le nom a été conservé à la postérité, à la faveur de celui de Sénèque qui lui a adressé de nombreuses lettres qui passent pour son chef-d’œuvre.
23, Syrie.—Il s’y trouvait exilé par l’empereur Constance à la sollicitation des évêques ariens.
24, Deça.—De ce côté-ci de la mer, c.-à-d. en France.
25, Nourrie.—Élevée; de même on rencontre, dans les Essais, nourriture pris dans le sens d’éducation.
37, Ioye.—Abra avait fait vœu de chasteté, et son père craignait que si elle venait à lui survivre, ce qui était dans les lois de la nature, elle ne pût résister aux demandes en mariage dont elle était l’objet, d’où l’ardeur de ses prières pour qu’elle mourût avant lui. Bouchet.
42, S. Hilaire.—Le mariage n’était, dans le principe, interdit aux prêtres ni avant, ni après l’ordination. Plus tard, les règles ecclésiastiques ont beaucoup varié sur ce point, et, bien que condamné par différents conciles, entre autres par celui de Latran, 1139, qui défendit d’entendre la messe de prêtres mariés, on en voit encore longtemps après qui le sont, l’indigne cardinal Dubois notamment qui fut sacré archevêque de Cambrai par l’évêque de Nancy, assisté de Massillon. A l’époque actuelle, chez les Maronites, chrétiens d’Asie Mineure, rite reconnu par Rome, les prêtres ne peuvent se marier; mais les gens mariés sont admis à l’exercice du sacerdoce.
384,
5, Commun.—«C’est égal, dit une jeune femme, à la lecture de ce passage, saint Hilaire n’était qu’un égoïste qui n’aspirait qu’à sa parfaite tranquillité; et si j’eusse été sa femme, j’aurais demandé la même grâce... pour lui d’abord.» Victor Thierry.
CHAPITRE XXXIII.
6, Raison.—Dans ce chapitre qui est l’analogue du chapitre XXIII de ce même livre, Montaigne semble s’être proposé de prouver que la Providence dirige parfois les événements par une intervention immédiate et directe.—Le mot fortune considéré comme ayant le sens de fatalité, qui se trouve employé ici et ailleurs dans bien d’autres passages des Essais avec cette acception et qu’il eût pu remplacer sans rien changer à son idée par celui-là même de Providence, est un de ceux qui, à Rome, prêtèrent à la censure, lorsque le livre fut examiné par les docteurs moines, ainsi que les appelle l’auteur dans son journal de voyages, lors de son séjour en Italie en 1581. Dans les pays d’inquisition, à Rome surtout, il était défendu de dire fatum ou fata (destin, fatalité). Montaigne se justifie (I, 588) d’avoir employé quelques-uns de ces mots prohibés, verba indisciplinata, plaidoyer qu’il n’a introduit dans son ouvrage, qu’après son retour de Rome. Le Clerc.
19, Fortune.—En 1503. Guicciardini, Hist. de France, VI.—Cette autre pire fortune fut qu’à partir de ce moment, le duc de Valentinois, César Borgia, vit renverser sa puissance et tout tourner contre lui. Le pape Jules II, successeur de son père, le fit arrêter et le contraignit à livrer toutes ses forteresses; à peine sorti de prison, il fut arrêté à nouveau par Gonzalve de Cordoue et envoyé au roi d’Espagne qui avait des griefs contre lui. Étant parvenu à s’échapper, il se réfugia auprès du roi de Navarre son beau-frère, et l’ayant accompagné dans une expédition contre l’Espagne, fut tué au siège de Viana, 1507.
23, Foungueselles.—Ou plutôt Fouquerolles. Du Bellay, II.
386,
3, Amorem.—Dans les éd. ant. à 1588, cette citation de Catulle se continue par ce quatrième vers: Posset vt abrupto viuere coniugio (comme s’il était possible de vivre étant ainsi séparés).
6, Dames.—Du Bellay, II.—En 1525. Les Espagnols s’étant approchés de Saint-Omer, la garnison fit une sortie qui fut repoussée; le sieur de Liques fut pris en soutenant la retraite; sa mise en liberté, à laquelle s’employa le seigneur d’Estrées, fut la suite d’un renvoi, sous caution, des prisonniers dont le nombre embarrassait le vainqueur.
8, Finit.—Constantin le Grand, après avoir triomphé de ses compétiteurs, mis fin aux incursions des Barbares et fait de la religion catholique la religion de l’empire romain, transporta le siège du gouvernement à Byzance, qui prit de lui le nom de Constantinople, 330. Cet état de choses se maintint, avec de nombreuses vicissitudes, jusqu’en 1453, date à laquelle l’empire prit fin par la prise de Constantinople, par les Turcs, sur Constantin XII, qui, après une défense honorable, mourut en héros sur la brèche.
11, Diuine.—En 508. Le fait est rapporté, sans autre détail, par S. Grégoire de Tours: «Le Seigneur accorda, dit-il, au roi Clovis, une si grande grâce, qu’à sa vue, les murs s’écroulèrent d’eux-mêmes.»
15, Ruine.—Vers l’an 1002. Le règne de ce roi faible et dévot à l’excès, est fécond en prodiges de toute nature; Bouchet, qui mentionne celui-ci, n’en dit pas davantage. Au roi Robert est due la construction, à Orléans, d’une église consacrée à S. Aignan pour lequel il avait un culte particulier.
19, Empenné.—C.-à-d. que le mur soulevé retomba tout d’une pièce, verticalement sur sa base, sans que ses pierres emboîtées comme les barbes d’une plume se soient disjointes.
20, Moins.—En 1524; Arone, que défendaient les Impériaux, avait déjà résisté à un siège de vingt-cinq jours et à deux ou trois assauts, quand le seigneur de Rence s’avisa de ce dernier moyen qui échoua par suite de la circonstance relatée ici, et qui le détermina à la retraite. Du Bellay, II.
26, Guerit.—C’est la version de Pline, Hist. nat., VII, 50; Valère Maxime et Sénèque disent que c’est d’un assassin que Jason reçut cet important service.
33, Attaindre.—Pline, Hist. nat., XXXV. Ce chien à l’écume faisait partie du tableau «le chasseur Jalyse», chef-d’œuvre de ce peintre. Ce tableau, qui périt à Rome dans un incendie, sauva Rhodes que Démétrius Poliorcète assiégeait; pour ne pas livrer aux flammes le faubourg où Protogène avait son atelier et que ce tableau ne fût pas compromis, ce prince attaqua la ville d’un autre côté et échoua.
33, Adresse.—Ne redresse-t-elle pas.
38, Fortune.—Les éd. ant. à 88 aj.: la print en mer.
39, Seureté.—Froissart. En 1326; la reine Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, mariée à Édouard II, roi d’Angleterre, se voyant négligée par son mari, livrée à d’indignes favoris, vint sur le continent solliciter des secours étrangers, à l’aide desquels repassant en Angleterre, elle s’empara de sa personne, fit prononcer sa déchéance et proclamer roi son fils Édouard III; c’est d’elle que celui-ci et ses successeurs prétendaient tenir des droits à la couronne de France.
42, Βουλεύεται.—Ménandre. Ce vers que Montaigne traduit après l’avoir cité, était passé en proverbe chez les Grecs.
43, Icetes.—Vers 354, après l’expulsion de Denys le Jeune par Timoléon. Plutarque, Timoléon.
388,
15, Attiques.—Le mine attique valait 100 drachmes (environ 50 francs).
18, Prudence.—N’a-t-on pas vu, lors du cataclysme qui, en septembre 1905, a si fortement éprouvé l’Italie méridionale, à Stefanoconi, dans les Calabres, une famille de quatre personnes ensevelie sous l’effondrement de leur maison; et, quelques heures après, une nouvelle secousse de tremblement de terre faire crouler le clocher voisin qui, tombant sur un mur resté debout, ouvrit une issue à cette famille qui, ainsi, put sortir saine et sauve.
21, Fils.—Appien, Guerres civiles, IV.—En 42, sous le triumvirat d’Octave, Antoine et Lépide; Suétone désigne les victimes sous le nom d’Aquilius Florus.
CHAPITRE XXXIV.
Ce chapitre est numéroté XXXV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
390,
10, Necessité.—La réalisation de cette idée ne s’est pas fait trop attendre, car déjà lorsqu’en 1631 Renaudot fonda le premier journal français la Gazette, il y introduit l’«Inventaire des adresses du bureau de rencontre, où chacun peut donner et recevoir avis de toutes les nécessités et commodités de la vie». Et depuis, quels progrès! c’est devenu l’unique objet des Petites affiches, qui datent de 1752, et des bureaux de placement; en outre il n’est pas une feuille publique de nos jours, et elles sont légion, qui ne lui réserve, contre deniers comptants, une grande place qui, si grande qu’elle soit, est encore insuffisante, puisque ces mentions vont s’étalant sur tous les murs, et même en pleine campagne, au grand détriment du pittoresque.
17, Souhaiteroit.—On suppose que c’est à lui-même que Montaigne fait allusion.
34, Qu’il auoit.—Les éd. ant. port.: qu’es commandemens qui lui estoient tombés en main, il auoit.
38, Chacuniere.—Chez soi. Rabelais, auquel l’expression semble empruntée, a dit de même: «Ainsi chascun s’en va à sa chascuniere.»
CHAPITRE XXXV.
Ce chapitre est numéroté XXXVI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
392,
6, Mores.—Indiens et Mores (ou Maures), appellations anciennes; la première des peuplades indigènes de l’Amérique, la seconde de la population dominante dans l’Afrique septentrionale (Tripolitaine, Tunisie, Algérie et Maroc).
12, Eguille.—Expression proverbiale signifiant: «Être pourvu de tout ce qu’il faut pour se suffire.»
25, Nostre.—Sous la même latitude que nous.
28, Contadins.—Paysans, de l’italien contadino, qui a même signification.
394,
7, Face.—Cette réponse fut faite à Florimond de Rémon (V. N. I, 346: Simple).—Elien prête la semblable à un Scythe dont le roi des Perses plaignait la nudité en temps de neige.
12, Moy.—Sainte Thérèse, alors carmélite, couchant sur la paille, une nuit d’un froid excessif, priait ses compagnes de lui donner de quoi mieux se couvrir; elles lui répondirent avec un éclat de rire: «Comment, notre Mère, vous avez tout ce qu’il y a de couvertures à la maison et vous n’en avez pas encore assez!»
13, Massinissa.—Cicéron, De Senectute.
16, Dit.—Liv. III, 12.
21, Agesilas.—Plutarque, Agésilas.
22, Vesture.—Vêtement, habillement; du latin vestitus qui a même signification. Ne se dit aujourd’hui, du reste avec même étymologie, que de la prise d’habit dans les couvents, cérémonie où l’on revêt pour la première fois un novice de l’habit de l’ordre.
22, Suetone.—Dans sa Vie de César, 58.
31, Cheual.—Balbi, joaillier vénitien, qui visitait les Indes en 1579.
34, Roy.—Étienne Bathory qui, en 1574, succéda sur le trône de Pologne au roi issu de la maison de France qui l’y avait précédé (le duc d’Anjou, depuis Henri III) (V. N. I, 460: [Luy-mesme]).—C’est à lui, et non à son prédécesseur, que se rapportent les mots qui suivent: «qui est à la verité l’vn des plus grands princes de nostre siecle».
39, Varro.—Pline, Hist. nat., XXVIII.
396,
1, Pere.—Cela a été présenté comme une bizarrerie; mais, à l’époque, par suite de la bigarrure des costumes introduite par François Ier, cela n’avait rien de singulier.
2, Luxembourg.—En 1543, lors du ravitaillement de cette place dont nous nous étions emparés et que s’efforçait de reprendre Charles-Quint; la réussite de ce ravitaillement décida les Impériaux à se retirer. Du Bellay, X.
4, Coignée.—Dans l’hiver de 1408, les choses s’étaient passées de même à Paris; de Comines parle d’un froid pareil survenu en son temps, en 1469, dans le pays de Liège; en 1544, par toute la France, le vin se coupa à coups de hache, dans les tonneaux.
5, Ouide.—Les éd. ant. aj.: à deux doigts pres.
11, Nauale.—Le Palus Mæotis, dit Strabon, VII, se prend à l’époque des grands froids et l’on vit, dit-on, Néoptolème, l’un des lieutenants de Mithridate, y battre les barbares, l’été dans un combat naval, et l’hiver dans un combat de cavalerie.—En 1658, le roi de Suède traversa le Sund sur la glace, pour envahir l’île de Seeland, en Danemark.—A une époque plus récente, en janvier 1795, la cavalerie française s’empara de la flotte hollandaise, immobilisée par les glaces à l’entrée du Zuyderzée, flotte qui, à la vérité, se rendit à première sommation.
13, Plaisance.—En 218, à la bataille de la Trébie où Annibal défit le consul Sempronius. Tite-Live, XX, 54.
19, Païs.—En 401, lors du retour, connu sous le nom de Retraite des Dix mille, sous la conduite de Xénophon, à travers l’Asie Mineure, avec des dangers et des fatigues inouïs, des Grecs qui avaient combattu à Cunaxa pour Cyrus le Jeune. Xénophon, Anabase, IV, 5.
30, Gelée.—Quinte-Curce, VII, 3.—La nation en question est celle des Parapamisades, populations clairsemées dans les hautes vallées de 4 à 5.000 mètres d’altitude, séparées et dominées par des cimes de 7 à 8.000 mètres qui constituent le plateau de Pamir, nœud de montagnes d’où partent les chaînes les plus puissantes de l’Asie.
30, Voir.—Cela a lieu en effet en France: dans le Roussillon pour les orangers, dans les environs de Paris pour les figuiers où ces arbres sont du reste en petit nombre.
CHAPITRE XXXVI.
Ce chapitre est numéroté XXXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
398,
1, Caton.—Dit le Jeune, pour le distinguer de son grand-oncle, surnommé l’Ancien; dit aussi d’Utique, du lieu où il se donna la mort dans des conditions qui en font un des actes de l’humanité le plus admirés. V. N. II, 586: [Ieune Caton].
2, Moy.—Var. des éd. ant.: iuger d’autruy selon moy, et de rapporter la condition des autres hommes à la mienne: ie croy aysement d’autruy beaucoup de choses, où mes forces ne peuuent attaindre; au lieu de: «iuger... moy».
10, Capuchins.—Les Feuillants, ordre monastique des plus rigoureux, dérivant de l’ordre de S. Benoît; ils devaient avoir la tête et les pieds nus, dormir sur des planches, manger à genoux et boire dans des crânes humains; mais l’austérité de la règle fut bientôt adoucie; ils prirent une grande part aux troubles de la Ligue.—Les Capucins, religieux de l’ordre de S. François, ainsi nommés du capuchon ou capuce dont ils se couvraient la tête, furent introduits en France par Catherine de Médicis; ils s’y multiplièrent rapidement, vivant d’aumônes et se livrant à la prédication.
17, Confidunt.—Citation tirée de Cicéron, Orator, 7, ou encore des Tusculanes, II, 1, que Montaigne, en raison des changements qu’il y a faits, semble avoir insérée de mémoire.
21, Corruption.—Add. des éd. ant.: et debauche.
24, Ie ne dis... l’imagination.—Var. des éd. ant.: le goust.
29, Possent.—Montaigne applique ici à la vertu ce que Cicéron dit de la philosophie et de ceux qui la blâment.
31, Action.—Add. des éd. ant.: purement.
400,
8, Potidée.—En 479; l’auteur a mis par méprise «Potidée» au lieu de Platée.
19, Passée.—Hérodote, IX; Cornelius Nepos, Pausanias.—Aristodème et Eurylus, tous deux du corps des trois cents Spartiates qui accompagnaient Léonidas aux Thermopyles, étaient, au début de l’action, retenus dans un bourg voisin, par une maladie d’yeux. Eurylus, à la nouvelle de la situation critique dans laquelle allait se trouver la troupe à laquelle il appartenait, se fit armer par son ilote, conduire au lieu du combat et y fut tué; Aristodème n’en fit rien, il retourna à Sparte où il fut couvert d’opprobres jusqu’à ce qu’à Platée il eût réparé ce moment de faiblesse. Que les Spartiates lui aient tenu compte, pour lui refuser le prix de la valeur, de sa conduite antérieure aux Thermopyles, cela se conçoit; que le désir de se réhabiliter ait été le mobile auquel lui-même a obéi, c’est probable; mais la justesse du motif allégué à l’appui de son éviction est discutable: pourvu qu’on agisse bien, qu’importe la cause? on peut même ajouter avec Juvénal: «Qui pratiquerait la vertu, s’il n’en attendait la récompense?»
19, Nos iugemens.—Les éd. de 80, 85, port.: Qui plus est, nos iugemens.
402,
5, Ny dressée à.—Remplacé dans les éd. ant. par: «pour imaginer et».
10, Ambition.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ceux qui font l’honneur, la fin de toutes actions glorieuses.
11, Gloire.—C’est dans cet esprit critique qu’en 1794, lors de leur procès devant le tribunal révolutionnaire, Fabre d’Eglantine faisait application à Danton son co-accusé de ces vers de Campistrous, dans sa tragédie de Juba:
«Tu verras que Caton, loin de nous secourir,
Toujours fier, toujours dur, ne saura que mourir.»
13, Atteindre.—Velleius Paterculus dit de lui: «Il n’a jamais fait de bonnes actions pour paraître les avoir faites, mais parce qu’il n’était pas en lui de faire autrement.»
16, Latins.—Ces cinq poètes, dont il est donné plus loin des citations, sont, dans l’ordre où ces citations sont faites: Martial, Manilius, Lucain, Horace et Virgile.
26, Cognoistre.—Il est sûrement plus facile de faire de mauvais vers, et même des vers médiocres, que de se connaître en beaux vers; mais il est bien plus difficile de faire de bons vers que de bien juger une tragédie ou un poème; et quoique à vrai dire les bons juges soient fort rares, les grands poètes, les grands orateurs, les grands philosophes, etc... le sont plus encore. Naigeon.—Huet (savant prélat français, 1630 à 1721), après avoir jugé Corneille et lui avoir refusé l’équité et la justesse dans l’appréciation des poèmes et des poètes de l’antiquité, termine en disant: «tant est vrai ce que j’ai osé affirmer ailleurs, contrairement à l’opinion commune, qu’on trouvera plus de poètes excellents, lesquels sont cependant très rares, que d’appréciateurs habiles et équitables de la poésie».
404,
4, L’autre.—Toutes ces images sont prises de l’Ion de Platon.
19, Catoni.
«En faveur de César les dieux ont combattu,
Les dieux servaient le crime et Caton la vertu.» Lebrun.
«Devant le grand Dandin, l’innocence est hardie,
Oui, devant ce Caton de basse Normandie,
Ce soleil d’équité qui n’est jamais terni,
Victrix causa Diis placuit, sed victa Catoni.» Racine.
CHAPITRE XXXVII.
Ce chapitre est numéroté XXXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
30, Pleurer.—En 273. Deux partis divisaient Argos, qui avaient appelé, l’un Antigone roi de Macédoine, l’autre Pyrrhus roi d’Épire, qui tous deux avaient répondu à leur appel. Dans un combat qui se livra dans la ville même, Pyrrhus fut tué, frappé d’une tuile que, du haut d’un toit, une femme lui lança pour sauver son fils que ce roi menaçait; témoin du fait, le fils d’Antigone lui coupa la tête et courut la présenter à son père demeuré hors ville. Plutarque, Pyrrhus.—V. I, 494 et N. [Italie].
31, Deffaire.—Devant Nancy, en 1477.
406,
1, Dueil.—En 1364, près de Vannes.—Sophocle porta, dit-on, le deuil d’Euripide, son rival, qui mourut quelque temps avant lui.
8, Spectacle.—Plutarque, César, 13. V. N. I, 100: [Suspendues].
18, Est.—La traduction qui est donnée de cette citation, est de Mlle de Gournay.
20, Passions.—Rubens, dans un tableau de la naissance de Louis XIII, a su exprimer deux sentiments opposés sur le visage de Marie de Médicis: la douleur de l’enfantement et la satisfaction de l’orgueil maternel.
408,
4, Badin.—Écervelé (V. N. I, 202: [Badin]).—Veau avait parfois et a ici le sens d’ignorant.
9, Bren.—Ou bran, Fi! interjection qui marque le mépris.—Bran est un mot gaulois qui signifiait le son, la partie la plus grossière du blé.
14, Pitié.—Agrippine, mère de Néron, s’attachant à lui, le provoquant même à l’inceste pour conserver son pouvoir sur lui, celui-ci, fatigué de ces obsessions, témoigna le désir d’en être débarrassé et acquiesça à sa mort. Une tentative fut faite pour la noyer comme par accident, elle échoua; le lendemain même il la fit poignarder, 59.—Tacite, Annales, XIV, 4, en racontant la dernière entrevue entre la mère et le fils, n’est pas aussi affirmatif que Montaigne sur la cause de l’émotion que fit paraître ce dernier et donne à penser que ce pouvait bien être pour endormir les soupçons de sa victime.
30, Larmes.—En 480, au commencement de la deuxième guerre médique (V. I, 42 et N. [Athos]; N. I, 370: [Thermopyles]). Hérodote, VIII, 45 et 46; Pline, Epist., III, 7; Valère Maxime, IX, 13.
410,
1, Corps.—Faire un ouvrage complet et tout d’une pièce.
6, L’autre.—Plutarque, Timoléon; Diodore de Sicile, XVI.—Vers 365. Après s’être opposé de toutes ses forces aux entreprises de son frère Timophane qui voulait usurper le pouvoir à Corinthe, n’ayant pu le détourner de ses projets criminels, Timoléon le fit mettre à mort, et, s’exilant volontairement après ce sacrifice, resta vingt ans éloigné des affaires.
CHAPITRE XXXVIII.
Ce chapitre est numéroté XXXIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
7, Solitude.—Les pages écrites par Madame Périer sur les mortifications de Pascal, son frère, sont le contrepied complet de ce chapitre de Montaigne; leur lecture simultanée est, à cet égard, de grand intérêt. Payen.
10, Publicq.—Traduction d’un vers de Lucain, II, 383, à l’éloge de Caton d’Utique.
12, Recherche.—A remarquer trois sujets, dont deux au pluriel, et le verbe au singulier.
13, Particulier.—Le bien public a été de tous temps le prétexte de tous ceux qui, mus par une ambition et un intérêt tout personnels, vont, sur une plus ou moins grande échelle, soit isolément, soit en association, agitant le monde; c’est en particulier, de nos jours, le cas de la plupart de ceux qui s’adonnent à la politique: bien peu dans le nombre, quoi qu’ils en disent, ont un mobile désintéressé; s’ils sont de valeur, ils visent à tout; ceux de peu d’envergure se bornent à trafiquer de leurs voix, de leurs recommandations et à pêcher en eau trouble; les scrupules et la conscience n’arrêtent ni les uns, ni les autres; les Verrès y sont nombreux, les Phocion bien rares.
17, Société.—«La plus contraire humeur à la retraite, c’est l’ambition,» dit plus loin Montaigne (I, 426), en contradiction, mais seulement apparente, avec lui-même: l’ambitieux, veut-il dire, n’a que lui-même en vue, et ne peut songer à abandonner un seul instant la partie.
17, Franches.—Les éd. ant. à 88 aj.: et point de compagnon.
19, Grande.—Diogène Laerce, Bias.
20, Bon.—«Ayez beaucoup d’amis qui vivent en paix avec vous, mais choisissez pour conseil un homme entre mille.» Ecclésiastique, VI, 6.
23, Presse.—La contagion chez les foules est constante et presque irrésistible, les exemples en sont innombrables. C’est elle qui fait qu’on les voit si souvent se livrer à des manifestations, sans que le plus grand nombre de ceux qui y prennent part sache ce dont il s’agit, et que, si fréquemment sans motif plausible, elles changent de caractère et de pacifiques en viennent à commettre des actes criminels. Les paniques n’ont pas d’autre cause. C’est également à la contagion que l’on doit de voir parfois, lorsqu’un accident se produit, les gens et jusqu’aux parents les plus proches venir successivement affirmer l’identité de victimes qu’on voit plus tard réapparaître saines et sauves, que les incidents les plus saillants d’un combat sont inexactement rapportés, si bien qu’il est impossible d’accorder pleine créance au témoignage des foules et que l’unanimité des témoins est loin d’être une garantie de vérité.
26, Dissemblables.—Réflexions traduites de Sénèque, Epist. 7.
412,
3, Moy.—Diogène Laerce, Bias.
8, Bord.—Variante de l’exemplaire de Bordeaux: «en sauueté», au lieu de «à bord».—Singulière idée qu’eut là Albuquerque, qui aurait plutôt l’air d’une plaisanterie que d’un acte religieux, si on ne savait à quel point la superstition porte le trouble dans l’esprit de la plupart des hommes. Naigeon.
15, Compagnie.—Diodore de Sicile, XII, 4.—Nous nous bornons présentement à leur dire: «Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.»
18, Malades.—Diogène Laerce, Antisthène.
28, Marché.—Place publique, acception du mot latin forum.
34, Cura.—La traduction donnée de cette citation est de Boileau, dont le vers élégant est passé en dicton.
414,
1, Soy.—«On ne s’amende pas pour aller à Rome,» dit un proverbe.—La Fontaine exprime la même idée; parlant d’un pélerin, il dit:
«Prou de pardons il auoit rapporté.
De vertus point, chose assez ordinaire.»
30, Vnquam.—Montaigne a traduit lui-même ce vers avant de le citer.
42, Sien.—Sénèque, Epist. 9, dont Montaigne a adopté la version, dit bien que Stilpon avait perdu femme et enfants; mais il est seul à le dire; ni Diogène Laërce, ni Plutarque n’en font mention, en rapportant sa réponse qui s’exprime mieux ainsi. Dire n’avoir rien perdu, s’il avait perdu tous les siens, eût été pousser par trop loin le stoïcisme. Naigeon.
45, Naufrage.—Diogène Laerce, VI.
416,
3, Entier.—En 409, lors de l’invasion des Goths. S. Grégoire de Tours mentionne qu’en cette circonstance, S. Paulin racheta de sa propre liberté le fils d’une pauvre veuve réduit à l’esclavage.
8, Despende.—On peut rendre son bonheur indépendant des biens de la fortune et même cela est sage; mais il est bien difficile d’avoir pareille indifférence pour la santé, dont on peut dire aussi ce que La Fontaine dit de la liberté: «Ce bien sans lequel les autres ne sont rien»; ainsi du reste que Montaigne en convient plus loin, «d’autant que sans elle, dit-il, la vie nous vient à estre pénible et iniurieuse».
23, Regarde.—Quiconque réfléchit et observe, peut, à tout moment, constater la vérité de cette assertion en lui et chez les autres.
29, Délices.—«Cette citadelle que défend un soldat et qu’un autre attaque; et le fait de cet érudit acharné à l’étude de Plaute, ces deux petits tableaux, ces deux toiles de Meissonier, c’est du pur La Bruyère.» G. Guizot.
34, Plaute.—Mélanchthon, savant théologien du XVIe siècle, a, le premier, reconnu la mesure des vers de Térence; jusqu’alors tous les anciens manuscrits de cet auteur présentaient un texte suivi, comme si c’eût été de la prose.
418,
2, Gens.—Ce sentiment est indépendant de nous: on est bon ou méchant, vertueux ou vicieux selon qu’on veut; mais on n’est pas plus sensible qu’insensible à volonté et à moment donné, ce que Chaulieu exprime si bien, à propos d’un ami que la mort lui a enlevé:
«J’appelle à mon secours raison, philosophie;
Je n’en reçois, hélas! aucun soulagement.
A leurs belles leçons insensé qui se fie!
Elles ne peuvent rien contre le sentiment.
J’entends que la raison me dit que vainement
Je m’afflige d’un mal qui n’a point de remède,
Mais je verse des pleurs dans le même moment
Et sens qu’à ma douleur toute ma vertu cède.»
Tout ce que l’on peut concéder, c’est que le premier moment passé, la raison est à même de reprendre le dessus sur la nature, et qu’en outre de l’effet du temps, en s’évertuant à écarter de sa pensée les sujets pénibles, on finit dans une certaine mesure par y échapper.
32, Dit.—Cette maxime des Pythagoriciens n’est pas de Socrate; Montaigne la lui attribue parce que dans le recueil de Stobée, d’où il l’a tirée, elle suit immédiatement un mot de Socrate.
35, Office.—La rédaction du texte grec est la suivante: «Chaque âge a ses devoirs particuliers: les enfants doivent suivre les écoles; les jeunes gens s’appliquer à connaître les lois et les usages de la société; aux hommes faits incombe d’agir et d’occuper les charges publiques; aux vieillards les fonctions de juge et l’entrée dans les conseils en raison de leur expérience.»—Une autre sentence grecque dit pareillement: «Le vieillard délibère, l’homme fait agit, l’adolescent s’instruit.»
420,
31, Paix.—De nos jours, ce sont les manœuvres dites à double action, que clôturent les manœuvres d’automne, qui constituent cette préparation à la guerre; mais ici encore on a trop tendance à donner dans l’extrême.—C’est sans contredit une chose excellente que tout chef fasse manœuvrer sur le terrain l’unité qu’il commande, en vue de la conduite à tenir à une proximité telle de l’ennemi, qu’on peut en venir aux mains d’un moment à l’autre. Or, dans ces conditions, le commandement immédiat ne saurait excéder le corps d’armée; par suite, deux corps d’armée agissant l’un contre l’autre est le maximum d’envergure qu’on peut raisonnablement donner à ces manœuvres. Cette limite imposée dans la réalité par l’étendue des fronts à la guerre, l’est encore ici par les invraisemblances du temps de paix qui augmentent considérablement avec les effectifs en présence et les espaces sur lesquels on opère; et si quand même on veut faire concourir à une même action au delà de deux corps d’armée opposés, on en arrive au grotesque et chacun y désapprend au lieu d’apprendre; du reste c’est surtout avec des effectifs moyens, composés des trois armes (régiment, brigade, division), qu’en dehors de toute autre considération les manœuvres de ce genre sont le plus profitables.
A la vérité, il est non moins indispensable de former le commandement et les états-majors à la manœuvre et à l’établissement des ordres de mouvement d’effectifs comprenant plusieurs corps d’armée dans la période qui prend fin au moment où la bataille est sur le point de s’engager, alors que par exemple la distance qui sépare les masses opposées n’excède pas une journée de marche, soit une vingtaine de kilomètres; mais, pour cela, les manœuvres dites sur la carte satisfont amplement; les hypothèses suffisent, la présence des troupes n’ajoute rien, bien plus elle est nuisible par les conditions différentes du temps de guerre dont il faudrait tenir compte; la vue du terrain n’est pas indispensable; il ne l’est pas davantage que chefs et états-majors soient réunis, chacun peut demeurer à son poste habituel; le travail peut se faire et s’est fait (car ce n’est point là une innovation) par correspondance, les participants aux quatre coins de la France; il peut prendre des mois, cela importe peu, d’autant qu’il faut laisser à chacun le temps de la réflexion, point capital quand il s’agit d’études.
Quant aux manœuvres d’automne, limitées quant aux effectifs comme il a été dit, leur durée devrait être de sept à neuf jours, coupée par une journée de repos et non compris l’aller et le retour; les cantonnements, changés le moins possible, n’être pas distants de plus de 8 à 10 kilomètres du point initial de la manœuvre et de celui où elle doit prendre fin. On y arriverait par l’emploi de la tente-abri, concurremment avec le cantonnement; la saison s’y prête, elle ne surchargerait pas outre mesure l’homme qui ne porte à peu près rien, il ne perdrait pas l’habitude d’en faire usage, le temps donné à la manœuvre s’en trouverait accru et bien des situations de guerre pourraient être envisagées dont il n’est pas tenu compte actuellement.—La revue finale est à supprimer; elle donne à la vérité occasion aux hommes politiques de se montrer, de prononcer des banalités, de prodiguer des éloges sans valeur parce que la compétence leur fait défaut; mais en dehors de cela elle est sans utilité, influe quelquefois défavorablement sur la conduite des manœuvres et ajoute à la dépense.
Les manœuvres dites de forteresse, comme celles du service de santé, sont de la plus complète inutilité: les premières par l’impossibilité d’exécuter les travaux de terrassement dans les conditions et avec tout le développement que comporte la réalité, les secondes parce que tout y est fictif; de simples conférences sur le terrain les remplaceraient avantageusement. De même les manœuvres avec tirs réels et aussi les feux de guerre constituent des superfluités coûteuses, dont les résultats sont absolument nuls; la détermination des effets du tir dans telles et telles conditions se fait dans les polygones; ces expériences sont à reproduire de temps à autre dans les garnisons en se plaçant dans les meilleures conditions de réussite pour que chacun puisse en juger, tout le monde sachant du reste que plus on s’éloigne de ces conditions et notamment quand la distance est mal appréciée, les résultats déclinent rapidement pour en arriver facilement à être réduits à zéro et tout exercice réel de ce genre est superflu.
34, Permettoit.—Diogène Laerce, IV, 38.
35, Demis.—Ses détracteurs ont également reproché à Sénèque d’avoir écrit sur le mépris des richesses, alors que lui-même en avait de considérables; chez n’importe qui le luxe n’a rien de répréhensible, s’il a été bien acquis. Le mal, en pareil cas, n’est pas d’y entrer et d’en user, mais de savoir en sortir.
422,
2, Patience.—On juge, en effet, de tout par comparaison; et souvent, on est moins malheureux quand on voit plus malheureux que soi.
5, Accoustumance.—Au dernier alinéa du ch. XIX de ce même livre, Montaigne a déjà dit que les paysans et les gens du commun ont plus de véritable philosophie.
22, Saluste.—Catil., 4.
23, Cyrus.—Xénophon, Économique, IV, 20.
30, Rufus.—Pline, Epist., I, 3.—C’est à un Caninius Rufus, au lieu de Cornelius Rufus, que ce conseil est adressé.
37, Immortelle.—Cicéron, Orator, 43.—«Si tu cherches la retraite, que ce soit pour parler à toi, et non pour faire parler de toi», dit, au contraire, Sénèque, Epist. 25. V. I, 428.
424,
5, Contradiction.—N’en déplaise à Montaigne, il n’y a pas contradiction à chercher à occuper ses loisirs, quand on s’est retiré de la vie publique. Outre que, sans cela, on serait le plus souvent à charge à soi-même et aux autres, on ne saurait blâmer ceux qui emploient au mieux de ce qui leur est possible «les restes d’une vie qui s’en va, d’une ardeur qui s’éteint». Du reste, développant son idée, l’auteur ne critique que l’excès que l’on peut apporter dans les occupations nouvelles auxquelles on se livre, ce en quoi il a raison; mais, là où tout le monde peut ne pas partager son enthousiasme, c’est quand il exalte ceux qui se confinent dans la solitude, pour y mener une vie exclusivement contemplative; leur tranquillité relative est indéniable, mais pour avoir droit au repos, il faut l’avoir gagné, et c’est pourquoi, en ce qui les concerne, chaque cas est à juger en particulier.
21, Conseil.—Le conseil de Pline à Rufus.
22, Liures.—Les éd. ant. à 88 aj.: si elle a faute de regle et de mesure, elle.
31, Philistas.—Passage traduit de Sénèque, Epist. 51.—De ce nom «Philistas», ou mieux de celui de Phélestas (en grec φηλήτης) que les anciens Égyptiens donnaient aux voleurs de grand chemin (d’où viennent le mot latin fallere tromper et le mot français filou), a pu provenir celui de Philistins, attribué par les Hébreux à ces tribus qui occupaient une partie de la côte de Syrie, aux dépens desquels ils s’établirent, avec lesquels ils furent si fréquemment en guerre, et le nom est peut-être l’origine de celui de Palestine, donné par les Romains à cette contrée.
34, Suitte.—Ésope conte que Jupiter, voulant un jour mêler ensemble la volupté et la douleur, n’y parvint pas, et décida alors qu’elles se suivraient mutuellement, règle qui, en fait, est bien loin d’être d’application courante, aussi Antisthène recommandait-il de rechercher les plaisirs qui suivent la peine et non ceux qui la précèdent.
426,
13, Via.—Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.
21, Presse.—Pour le monde, au bénéfice de la société.
34, Autres.—Les éd. ant. à 88 aj.: et les alonger de toute nostre puissance. Quamcumque Deus tibi fortunauerit horam, Grata sume manu, nec dulcia differ in annum (Quelle que soit l’heure à laquelle Dieu se montre favorable à toi, accepte avec reconnaissance, n’ajourne pas à plus tard ce qui est doux à recevoir).
38, Ambition.—V. I, 410 et N. [Société].
428,
5, Troupe.—C.-à-d. se jeter plus avant dans la foule.—Faulsée est un vieux mot qui signifie choc, charge, incursion, irruption.
7, Philosophes.—Épicure et Sénèque; le premier chef de la secte qui porte son nom, le second appartenant à celle des épicuriens.—Sénèque (Epist. 21) cite un passage de la lettre d’Épicure à Idoménée, différente de celle que nous a conservée Diogène Laërce. Le Clerc.
19, Mesme.—Sénèque, Epist. 7.
23, Vray.—Épicure écrivait à Idoménée.
25, Peuple.—Cette idée, Sénèque l’attribue à Démocrite.
27, Taniere.—Sénèque, Epist. 68.
32, Gouuerner.—Sénèque, Epist. 25.
430,
2, Train.—C.-à-d. le respect que vous avez pour eux, vous remettra sur le droit chemin.
5, Cogitations.—Pensées; du latin cogitatio qui a même signification.
9, Premiers.—Pline le Jeune et Cicéron.
CHAPITRE XXXIX.
Ce chapitre est numéroté XL dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
10, Couples.—Épicure et Sénèque d’une part, Cicéron et Pline le Jeune de l’autre.
14, Registres.—Pline ne mérite pas ce reproche. Cicéron, Epist. fam., V, 12, écrivant à Lucceius, le prie, en effet, de ne pas s’attacher simplement à son endroit aux règles de l’histoire, et de franchir hardiment, en sa faveur, les bornes de la vérité; tandis que Pline, Epist., VII, 33, déclare expressément à Tacite qu’il ne demande pas qu’il donne la moindre atteinte à ce qui est: l’histoire, ajoute-t-il, doit émaner de la vérité qui suffit pour que soient acceptés tous les faits qu’elle relate.
16, Histoires.—Ce désir de voir leurs faits et gestes passer à la postérité (toute altération de la vérité mise de côté) était bien excusable chez ces deux personnages, en raison des services qu’ils avaient conscience d’avoir rendus. Les en blâmer serait condamner un des plus puissants stimulants, chez l’homme, du bien et du beau; et l’humanité, s’il en était ainsi, sans y rien gagner, pourrait y perdre beaucoup.
20, Amis.—Les lettres de Cicéron ne semblent pas, comme Montaigne le donne à entendre, avoir été écrites pour le public; lui-même n’en avait conservé que soixante-dix, les autres ont été recueillies par Tiron après sa mort; il suffit de lire surtout les lettres à Atticus pour être persuadé qu’elles ne s’adressaient qu’à lui. A l’égard de Pline le Jeune, l’assertion est au moins douteuse.
24, Monde.—D’une république souveraine du monde.
432,
7, Personnage.—Diderot ne partage pas cette manière de voir: «Le talent de s’immortaliser par les lettres n’est pas une qualité malséante pour personne à quelque rang que ce soit: la guirlande d’Apollon s’entrelace sans honte sur le même front que celle de Mars.»
9, Afriquain.—Térence, dont il est ici question, était d’origine africaine; amené à Rome comme esclave, il avait été acheté par Scipion Émilien et rendu par lui à la liberté.
11, Luy mesme.—Il ne l’avoue pas, et les passages du prologue de sa comédie des Adelphes où l’on a cru en voir indice ne sont autres que des marques de déférence à l’égard de protecteurs, ne comportant nullement l’idée de coopération; du reste, il était plus âgé que Scipion et Lélius et sa notoriété avait précédé la leur. Cicéron, dont on invoque aussi le témoignage sur ce point, ne le donne que comme un on dit, qu’il ne garantit pas. Payen.
14, Loüables.—Montaigne reproduit la même idée, I, 556.
17, Arquebusier.—Cette pratique d’un art manuel était assez fréquente chez les grands. Chez les Musulmans, elle est de règle, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit toujours observée; le Coran les y incite: «Prends un rabot, c’est une arme qui te fera combattre cette maladie de l’âme, cet affreux poison de la vie, qu’on appelle l’ennui.» Haroun er-Raschid, un de leurs plus célèbres khalifes, excellait dans la broderie sur cuir, dit la chronique de son temps, et dut à ce talent de ne pas perdre la vie; il s’était aventuré, incognito, chez un malfaiteur dont il avait surpris la criminelle industrie et dont, sur le point de se défaire de lui, la cupidité se laissa séduire par la proposition que le khalife lui fit de l’employer à des travaux de cette nature qu’il trouverait à vendre avantageusement, ce qui donna possibilité au prisonnier, par les arabesques dont il composa ses dessins, de faire connaître sa situation au dehors et d’être délivré.—Louis XVI, excellent géographe, s’adonnait aussi à la serrurerie. Un jour qu’il faisait admirer à un de ses valets de chambre une serrure qu’il venait d’achever, celui-ci lui fit cette réponse que devaient confirmer si tragiquement les événements qui, déjà peut-être, la lui inspiraient: «Quand les rois, Sire, s’occupent des ouvrages du peuple, le peuple s’empare des fonctions des rois!»
17, Bague.—Jeu d’adresse, où, étant à cheval et au galop, ceux qui y prennent part, tâchent d’enfiler et d’emporter avec le bout de leur lance des anneaux suspendus de place en place sur la carrière où se fait la course.
19, Propres.—Montaigne, dans tout ce chapitre, s’est montré fort sévère à l’égard de Pline et de Cicéron qui étaient précisément dans le cas qu’il admet: l’éloquence et la beauté du style n’étaient pas leurs seules qualités, elles se trouvaient unies à d’autres talents sinon plus rares et plus estimables, du moins d’une utilité plus générale dans les situations qu’ils ont occupées, quoiqu’il n’y ait peut-être pas eu de ville au monde où l’art de bien parler ait plus importé qu’à Rome. Naigeon.
28, Philippus.—Plutarque, Démosthène. En 358, avant les hostilités entre Philippe d’une part et les Athéniens et les Thébains de l’autre, qui aboutirent à la bataille de Chéronée.
38, Sciat.—Citation tirée de Virgile, mais où Montaigne introduit des changements.
434,
7, Bien.—Plutarque, Périclès, 1.
10, Moy.—Plutarque, Comment on peut discerner le flatteur d’avec l’ami, 25.
10, Iphicrates.—Plutarque, De la Fortune.—Iphicrate est demeuré fameux par la discipline qu’il exigeait des troupes. Faisant une ronde au siège de Corinthe et trouvant une sentinelle endormie, il la perça de son javelot; et, comme on le blâmait de l’avoir ainsi tuée: «Telle je l’ai trouvée, dit-il, telle je l’ai laissée.» C’est lui qui créa les Peltastes, soldats armés à la légère.
14, Ceux-là.—Plutarque, Traité de la Fortune.—Au moins en principe, il était admis jadis, dans les gouvernements démocratiques comme dans tous autres, que gouverner c’est conduire et non être conduit, mais ceux qui conduisent étant effectivement responsables de la manière dont ils s’en acquittent.
Les choses ont bien changé, c’est même le principe contraire que consacre cette institution, créée par crainte du despotisme, de rois constitutionnels et autres chefs d’État aux dénominations diverses qui sont irresponsables et dont le rôle, dans sa partie essentielle, se borne à la représentation, à la constitution des ministères et à la promulgation des lois et décrets à la rédaction desquels ils demeurent étrangers. Réduite à ce qu’elle est, leur action pourrait encore être de quelque efficacité; mais, pour cela, il faudrait qu’ils aient du caractère. Il est bien loin d’en être toujours ainsi; n’avons-nous pas vu l’un d’eux, durant les sept années qu’il a occupé ces fonctions, désavouer en maintes occasions ce que, contre le gré de sa conscience, il ratifiait de sa signature, sans jamais user du droit, peut-être illusoire, mais dont il eût dû user néanmoins, que lui conférait la constitution d’en appeler à une seconde délibération.
Malheureusement, en France, où, Dieu merci, aucune classe privilégiée n’existe plus sur laquelle on puisse prendre appui pour gouverner sauf à en abuser parfois pour opprimer les autres classes, mais où les minorités ne sont pas représentées en proportion de ce qu’elles sont, la passivité du chef de l’État, faute de contre-poids, conduit insensiblement à la ruine. Tous les pouvoirs se trouvant entre les mains des parlementaires qui, pour se faire nommer, ont promis à qui mieux mieux tout ce qui pouvait appâter les électeurs; une fois élus, irresponsables eux aussi, ils ne cherchent qu’à préparer leur réélection en se faisant des partisans, et vont gaspillant à cet effet la fortune publique dont ils n’ont cure.
Les causes de ces accroissements incessants de nos budgets, auxquels, pour y suffire, pointe à l’horizon l’impôt sur le revenu si inquisitorial, si dangereux par son élasticité et la possibilité qu’il donne de dégrever les amis et surcharger les adversaires politiques, sont multiples. En dehors des dépenses introduites pour donner satisfaction aux intérêts électoraux particulièrement sous forme d’amendements introduits au dernier moment lors du vote du budget et qui foisonnent surtout en fin de législature, des gaspillages résultant de la pléthore, également en progrès incessants, de fonctionnaires, des gestions directes de l’État si onéreuses, si tyranniques et qui vont aussi s’étendant de plus en plus, certains errements ajoutent encore au mal dans de notables proportions: c’est la défaveur irréfléchie attachée aux demandes de crédits supplémentaires qui, en effet fort souvent sujets à caution, devraient être examinés sans idée préconçue quand elles proviennent d’évaluations demeurées au-dessous des prévisions, ce qui, en l’état actuel, porte à demander au delà du nécessaire pour n’avoir pas à faire de nouvelles demandes; et en second lieu, aux crédits demeurés sans emploi, ce qui, trop souvent, entraîne des réductions non justifiées sur le budget suivant et fait qu’on dépense quand même la totalité des allocations; ce sont là des abus auxquels remédierait de pouvoir, sous certaines garanties, effectuer des virements pour, à l’aide de fonds demeurés disponibles, solder les dépenses insuffisamment dotées.
C’est à ces errements que nous devons d’avoir, pour l’année 1906, un budget qui, en dehors des budgets des départements et des communes qui le doublent, s’élève à trois milliards sept cents millions, dans lequel même on n’a pas tenu compte des recettes qui feront défaut par suite de la réforme postale, du rétablissement du privilège des bouilleurs de cru, etc..., votés au dernier moment. En 1876, après les désastres de 1870-71 et le paiement de l’indemnité de guerre à l’Allemagne, le budget ne s’élevait qu’à deux milliards six cents millions, soit plus d’un milliard en moins.—Et simultanément, notre dette, y compris les dettes départementales (cinq cents millions) et les dettes communales (quatre milliards), accrue de trois cent soixante-six millions pendant la seule législature de 1902-1906, atteint quarante-quatre milliards.—Nous avons mentionné la marée toujours croissante de fonctionnaires; leur nombre (en dehors de l’armée et des fonctionnaires coloniaux) s’élève toujours en cette même année 1906 à quatre cent cinquante mille, alors qu’ils n’étaient que deux cent quarante mille en 1873! la moitié, payée moitié plus, suffirait; eux-mêmes, les services auxquels ils sont attachés et aussi le budget y gagneraient.
Comment en serait-il autrement? Les ministres ne sont que des délégués, choisis non d’après leurs aptitudes, mais en raison de leur verbiage effronté et de leurs opinions du moment, faits et défaits au caprice d’une chambre houleuse où chacun n’a en vue que son intérêt personnel, préoccupation à laquelle eux-mêmes n’échappent pas. Ils sont par suite absolument hors d’état de résister au mandat impératif de leurs commettants, d’autant que leur responsabilité n’existe pas en fait et se borne à faire place à d’autres, quand ils ont cessé de plaire.
Le remède à pareil état de choses désastreux pour le pays, ressort de cet exposé même:
Il y aurait lieu de donner au Chef de l’État plus d’indépendance et plus d’autorité sans cependant lui donner possibilité de renverser la Constitution. On ne saurait en effet oublier les malheurs et la misère qui marquèrent la fin du règne de Louis XIV, dont les débuts avaient été si glorieux; la corruption et les hontes de celui de Louis XV; la faiblesse de Louis XVI à laquelle sont dus en partie les excès de la Révolution, faiblesse qu’il a payée de sa tête, et avec lui, bien d’autres qui n’en pouvaient mais;—le despotisme et l’ambition de Napoléon Ier qui, après avoir reconstitué la France, l’avoir parée d’une gloire éternelle, l’a finalement, malgré tout son génie, laissée amoindrie;—les journées de 1830, auxquelles conduisirent la réaction et le fanatisme religieux sous Louis XVIII et Charles X; Louis-Philippe fuyant comme son prédécesseur à la première manifestation tumultueuse;—Napoléon III, pour parer à des agitations intérieures, aboutissant à Sedan, après 25 années de prospérité.—Tout cela, qui n’embrassa pas moins de deux siècles de malaises et de crises, ne saurait être perdu de vue, non plus que les procédés employés en 1802 pour transformer le consulat en Consulat à vie, et deux ans après convertir le titre de premier consul en celui d’empereur, escamotages qui se renouvelèrent en 1848, 1851 et 1852, et il n’est que sage de se méfier et de chercher à en prévenir le retour.
On donnera plus d’indépendance au Chef de l’État, en le faisant élire non par la représentation nationale dont il demeure la créature et qui le choisit à sa dévotion, non par le suffrage universel direct trop irraisonné et trop facile à s’emballer et à être trompé, mais par ces mêmes collèges électoraux qui élisent les sénateurs. Du même coup on aura accru son autorité, ce mode d’élection ayant l’avantage de faire arriver à ces fonctions des hommes non inféodés à un parti et qui ne craindront pas d’user, en cas de divergence de vue avec les pouvoirs législatifs, des droits qu’il détient actuellement, auxquels devrait être ajouté celui d’ajourner à la législature suivante l’examen de tout projet de loi adopté contre sa manière de voir, et n’ayant pas obtenu une majorité de plus des deux tiers; et aussi de pouvoir retirer son portefeuille à tout ministre dont tels ou tels actes n’auraient ni son assentiment ni celui de la majorité de ses collègues et qui, en pareille situation, persisterait à ne pas démissionner.
Mais cela serait encore insuffisant si on ne modifiait également le mode d’élection des membres de la chambre des députés, de façon à les rendre eux aussi plus indépendants de leurs électeurs et moins dans l’obligation, pour assurer leur réélection, de sacrifier l’intérêt général aux intérêts locaux et particuliers, ce qui conduit à substituer le scrutin de liste au scrutin individuel, avec faculté de répéter le même nom sur un même bulletin autant de fois qu’il y a de candidats à élire. On assurerait de la sorte la représentation des minorités, ce qui n’est que justice et serait souvent une ressource précieuse pour le Gouvernement, contre les exagérations et les exigences de la majorité. En outre, les sénateurs, élus pour neuf ans, ne devraient pouvoir l’être à nouveau qu’après un intervalle de trois ans, et les députés élus pour quatre ans, et rééligibles, ne pouvoir après ces huit années être à nouveau réélus qu’après un intervalle de quatre ans; de la sorte ils se retremperaient de temps à autre auprès de leurs électeurs, et jugeraient mieux des abus.
Accessoirement, il serait désirable que le nombre des députés fût réduit à un pour 150.000 habitants, au lieu de 100.000, et le nombre des sénateurs diminué pareillement d’un tiers. Afin de permettre une représentation des minorités, chaque circonscription électorale devrait comporter au moins trois sénateurs et quatre députés et leur remaniement être effectué en conséquence. Cette réduction dans le nombre des députés et sénateurs compenserait en partie les 5.000.000 dont ils viennent de grever le budget déjà si lourd et en déficit, en augmentant leur indemnité, bien que cela ne figurât sur la profession de foi d’aucun d’eux, quand il était candidat.
Un projet de loi a été déposé en 1906, et même adopté par la Commission de la chambre, ce qui ne présage malheureusement pas son adoption prochaine et définitive, proposant la division de la France en dehors de Paris en vingt-cinq régions, au lieu des 86 départements actuels, ce que justifient pleinement les immenses progrès réalisés dans les facilités et la promptitude des communications. Ces régions seraient désignées par le nom de leurs capitales: Lille, Amiens, Rouen, Caen, Orléans, Versailles, Reims, Troyes, Nancy, Besançon, Dijon, Bourges, Tours, Nantes, Rennes, Poitiers, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Marseille avec la Corse, Nîmes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Pau.—Les services publics actuellement organisés par départements, le seraient par régions; préfectures et sous-préfectures disparaîtraient, cantons et communes continueraient à subsister tels que. Il serait fort à souhaiter que cela aboutît, et qu’on en profitât pour apporter au nombre et au mode d’élection des sénateurs et députés des modifications dans le sens sus-indiqué; mais si logique que ce soit, cela léserait trop d’intérêts locaux, pour qu’on puisse avant bien longtemps en espérer la réalisation.
Une cour suprême élective serait à créer, permettant d’en appeler des abus de pouvoir des ministres et de leurs agents.
Contre nos mandataires eux-mêmes abusant de leur mandat, le référendum devrait être admis contre tout acte d’un conseil municipal, d’un conseil général ou du pouvoir législatif, lorsqu’il serait demandé par un quantum d’électeurs déterminé, la moitié par exemple du nombre de votes émis au renouvellement de ces corps électifs.
La loi des candidatures multiples est à maintenir.
Les hommes mariés ou veufs avec enfants mineurs devraient avoir double vote, ils déposeraient dans l’urne deux bulletins au lieu d’un.—Les abstentions devraient constituer un délit, entraînant amende et affichage à la porte des mairies quand elles ne peuvent être justifiées et témoignent parti pris ou négligence.
Tout projet de loi, émanant du Gouvernement ou de l’initiative parlementaire, devrait avant discussion être soumis soit au Conseil d’État, soit aux Conseils supérieurs existants dans les différents ministères que la question intéresse et leur avis être joint; si le projet entraîne des conséquences budgétaires, l’évaluation de la dépense en résultant serait mentionnée et aussi les ressources disponibles avec lesquelles on se propose d’y subvenir.
Toute loi devrait avoir obtenu, dans chaque chambre, les voix des trois cinquièmes de ses membres.—L’indemnité allouée aux membres du Parlement, décomptée à raison de 300 jours par année, devrait être retenue aux absents, quel que soit le motif de l’absence, à raison de 1/300, soit cinquante francs par journée d’absence.
La loi de finance devrait comporter comme dépenses obligatoires toutes celles résultant de lois antérieures non abrogées par de nouvelles rendues dans les formes ordinaires; et aucune dépense n’y être admise en cours de discussion, dont le service qu’elle a pour objet d’assurer n’ait été au préalable l’objet d’une loi spéciale; on éviterait de la sorte ces demandes éhontées et si nombreuses de crédits qui, présentées au dernier moment, passent à la faveur de la surprise et de la hâte que l’on a d’en finir et qui pullulent surtout en fin de législature.
Enfin que d’économies à réaliser, par exemple ces affichages de discours qui seraient moins répétés s’ils avaient lieu aux frais de ceux qui les votent; dépense d’une douzaine de mille francs chaque fois, bien inutile, car personne ne les lit sur les murs, les feuilles publiques renseignant amplement chaque intéressé.
Ces propositions ne sont pas nouvelles, voilà beau temps que l’opinion publique les réclame, mais elles gêneraient ceux dont elles ont pour objet d’enrayer les abus, et c’est à eux qu’il appartient de prononcer!
16, Flustes.—Plutarque, Périclès.
24, Volume.—La dernière édition des Essais publiée du vivant de l’auteur (celle de 1588) était en un seul volume; en 1598, ils parurent en deux volumes in-8o; en 1608 en trois volumes in-12; en 1617 en quatre volumes in-4o; en 1669 en dix volumes in-12; déjà y avaient été ajoutés une notice sur l’auteur, la traduction des citations, des sommaires, des notes et une table analytique; toutefois jusqu’en ces derniers temps cette augmentation dans le nombre des volumes, qui dans les éditions modernes varie de trois à six, n’avait pas tant eu pour cause, comme actuellement, l’accroissement des commentaires que l’intention de réduire le format de manière à le rendre plus portatif.
27, Essais.—C’est précisément en s’inspirant de cette indication, «en espluchant vn peu plus curieusement les Essais», qu’est résultée l’extension donnée aux notes qui accompagnent la présente édition.
33, Air.—En disant que son livre «porte la semence d’vne matiere plus riche et plus hardie et souuent à gauche vn ton plus delicat», Montaigne veut probablement parler entre autres des questions afférentes à la politique intérieure à laquelle il ne fait que des allusions très indirectes, suffisantes toutefois pour indiquer qu’il trouvait que tout de ce côté n’allait pas à son gré, et à la religion, dont il parle à maintes reprises, mais avec des réticences continues dénotant un antagonisme profond, sur ce point, entre ses croyances de parti pris et sa raison.
436,
3, Philosophes.—Épicure et Sénèque.
12, Publiques.—Sénèque, Epist. 21.
15, Cadence.—Par cette critique, Montaigne donne à penser que dans les lettres écrites par Cicéron, la forme seule a de la valeur. Ce n’était pas ce qu’en pensaient ses contemporains; Cornelius Nepos entre autres, dans sa Vie d’Atticus, les apprécie comme «pouvant en quelque sorte remplacer l’histoire, et offrant tant de détails sur les hommes célèbres du temps, sur leurs vertus et leurs vices, sur les révolutions de Rome, qu’elles semblent en révéler tous les secrets».
27, Chose.—Il nous reste une trentaine de lettres de Montaigne, dont deux seulement sont intéressantes: l’une, écrite à son père pour lui raconter la mort de La Boétie; l’autre, très courte, adressée à sa femme, où il lui déclare sans ambage que le temps est passé de la courtiser et de la caresser (il y avait cinq ans qu’ils étaient mariés), et, pour la consoler de la perte qu’elle vient de faire d’une fille, seule enfant qu’ils avaient eue jusque-là, née et morte en son absence, n’ayant vécu que deux mois, il lui envoie la traduction par La Boétie d’une lettre de Plutarque se rapportant à semblable situation. Toutes les autres sont dénuées d’intérêt, la plupart «cerimonieuses», s’accordant peu avec son caractère et son talent.
28, Verues.—Les Essais, qu’ailleurs leur auteur qualifie de rapsodie (I, 84), et ailleurs encore de galimafrées.
438,
17, Contenance.—Var. de 1588: Ceux que i’aime me mette en peine, s’il faut que ie le leur die, au lieu de: «l’honnore... contenance».
21, Bienuienner.—Complimenter, féliciter quelqu’un sur son heureuse arrivée, l’assurer de sa bienvenue.
32, Embabouinée.—Niaisement possédée, adonnée à.
34, Mal.—Montaigne exagère lorsqu’il dit qu’il peignait (écrivait) insupportablement mal; les spécimens qu’on a de lui sont d’une écriture très lisible, bien rangée, qui révèle peu la vivacité de caractère que certains lui attribuent; même ses annotations sur l’exemplaire de Bordeaux et sur différents ouvrages lui ayant appartenu, sont assez facilement déchiffrables.
CHAPITRE XL.
Ce chapitre est numéroté XIV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
440,
19, Auons.—Ce chapitre est très beau, mais assez difficile à entendre. Montaigne y traite avec art et subtilité le thème qu’il lui a donné pour titre, on y trouve entre autres une digression très curieuse et très philosophique sur les trois états différents dans lesquels lui-même s’est trouvé sous le rapport de la fortune. Naigeon.
20, Ancienne.—Manuel d’Épictète, 10.
21, Mesmes.—Cette maxime est une de celles qui, dans son texte grec, étaient peintes sur les solives du plafond de la bibliothèque de Montaigne.
27, Cheuirons.—N’en profiterions-nous, n’en jouirions-nous?—Chevir est un vieux mot qui signifie venir à bout d’une chose, en jouir, en disposer; d’où chevance, bien que l’on possède.
442,
17, Parties.—Parties adverses, comme on dit au barreau; autrement dit «ennemies», mot que dans quelques éditions on a substitué à celui de parties.
21, Maux.
«La mort est simplement le terme de la vie.
De pensers et de biens elle n’est point suivie;
Ce n’est qu’un paisible sommeil,
Que par une conduite sage
La loi de l’univers engage
A n’avoir jamais de réveil.» Abbé de Chaulieu.
22, La supportent... la vie.—Var. des éd. ant.: Ne la reçoiuent ils pas de tout autre visage?
27, Tuer.—En 295, alors que ce philosophe était envoyé près de lui, à titre de négociateur, par Ptolémée I, roi d’Égypte.
28, Cantharide.—Cicéron, Tusc., 40.—Avec la cantharide, insecte dont on fait grand usage en médecine pour les vésicatoires, on composait un poison qui était assez employé chez les anciens.
30, Populaires.—Les éd. ant. aj.: et communes.
444,
8, Ieusne.—C’est le sujet d’une épigramme d’Owen, I, 123.
21, Errer.—Les éd. ant. port.: que de se departir de ses opinions quelles qu’elles fussent, au lieu de: «que se laisser... errer».
22, Print.—En 1477, lors de la mainmise sur l’Artois, par Louis XI, à la mort de Charles le Téméraire.
26, Gallee.—Locution signifiant: «Vive le plaisir!» ou encore: «Allons, tout est bien!» «Vogue la galée!» dit Panurge, dans Rabelais, se voyant sorti sain et sauf d’une tempête (V. N. I, 250: [Galler]). Aujourd’hui on dit et on écrit par corruption: «Vogue la galère!» dont l’étymologie est autre et la signification: «Advienne que pourra!» différente.
446,
1, Mesmes.—On présentait à Mandrin, voleur fameux du XVIIIe siècle, qu’on allait rouer, un religieux pour confesseur; il répondit qu’«il le trouvait trop gras, pour un homme qui prêchait l’abstinence».—Ce mépris de la mort, en pareille occurrence, n’est pas l’apanage exclusif des scélérats; les honnêtes gens, victimes des fureurs populaires, se sont montrés maintes fois aussi indifférents. Les exemples en ce genre abondent sous la terreur: le général Biron, entre autres, condamné par le tribunal révolutionnaire, au moment d’être conduit à l’échafaud, se fit servir des huîtres et offrit un verre de vin au bourreau, en lui disant: «Prenez, cela vous donnera du courage; vous devez en avoir besoin au métier que vous faites.»
4, Des leurs.—Il en était de même en Thrace, au dire d’Hérodote.
4, Constamment.—Avec constance, courage, résignation.
9, Rescousses.—De prises et de reprises.—Rescousse signifiait secours, délivrance, d’où l’expression: «A la rescousse»; ce terme est encore usité dans la jurisprudence maritime pour reprise d’un navire dont on s’est trouvé dépossédé.
13, Sepmaine.—En 1520; sous François Ier, alors que les Français, en possession du duché de Milan depuis cinq ans, et depuis le même temps en lutte pour s’y maintenir, en étaient définitivement chassés.
18, Nombre.—Plutarque, Brutus, 8.—En 42. Après la mort de César, Brutus et Cassius cherchèrent à se créer un centre de résistance dans l’Asie Mineure. La ville de Xanthe n’accédant pas à leurs projets, Brutus l’assiégea et s’en empara. Les Xanthiens se défendirent avec acharnement, allant au-devant de la mort, se sacrifiant, eux, leurs femmes et leurs enfants; si bien que, touché de compassion, Brutus alla jusqu’à promettre une récompense à tout soldat qui sauverait un habitant. A peine parvint-on de la sorte à en sauver cent cinquante qui se décidèrent à accepter la vie à laquelle on s’efforçait de les retenir.
19, Vie.—«Toute opinion peut être préférée à la vie, dont l’amour cependant paraît si fort et si naturel.» Pascal.
22, Aux leurs.—Diodore de Sicile, V, 19.—En 479. Lors de la deuxième guerre médique, les différents peuples de la Grèce, un peu avant la bataille de Platée, s’unirent par un serment demeuré célèbre dans l’antiquité et dont voici la formule: «Je n’estimerai pas la vie plus que la liberté; je n’abandonnerai mes chefs ni vivants, ni morts, et j’ensevelirai mes compagnons tués dans le combat. Vainqueur, je ne contribuerai jamais à la destruction d’aucune des villes qui ont pris part au combat. Je ne relèverai aucun des temples brûlés ou renversés; je laisserai subsister ces ruines, comme un monument qui doit rappeler à la postérité la fureur sacrilège des Barbares.»
25, Castille.—Ferdinand et Isabelle. Expression consacrée par les Espagnols qui ne séparent pas ces deux noms; Isabelle était, de fait, reine de Castille, mais son mari Ferdinand le Catholique y régnait en son nom. Après l’expulsion des Maures, en 1492, ils prirent en commun le titre de rois d’Espagne.
25, Iuifs.—En 1492. Cette expulsion anéantit le commerce et l’industrie de l’Espagne; beaucoup se réfugièrent en Hollande et en France.
31, Escharcement.—Chichement, avec trop d’épargne; de l’italien scarso, qui veut dire chiche.
448,
5, Païs.—En 1497. Ce revirement chez Emmanuel fut dû à la reine, fille d’Isabelle de Castille, qui en avait fait une condition absolue de son mariage; la persécution qui s’ensuivit fut une des principales causes des troubles et divisions qui ont agité le Portugal pendant trois siècles.
20, Religion.—Le P. Jésuite Marianna dit, dans son Histoire d’Espagne, XXVI, 13, qu’en vertu de cet édit, les enfants devaient être baptisés de force, et il ajoute: «édit cruel, tout à fait contraire aux lois et maximes chrétiennes».
27, Prefix.—Qu’il leur avait fixé; du latin præfixere, déterminer.
34, Opinions.—En 1225. L’hérésie des Albigeois, dérivée de celle des Manichéens, repoussait entre autres choses l’autorité du pape et des prêtres. Née dans le XIe siècle, elle embrasa tout le midi de la France, que les persécutions dirigées contre elle mirent à feu et à sang. Cette guerre ne prit fin que vers 1229; mais aux croisades auxquelles elle avait donné lieu, se substituèrent alors, dans la région, pour y consolider la foi, l’Inquisition et toutes ses horreurs.
450,
2, Mort.—Il en est de même aujourd’hui: En France, du 1er janvier 1895 au 1er janvier 1905, on n’a pas relevé moins de 695 enfants de 16 ans et au-dessous qui se sont donné la mort, et voici quelques-unes des raisons alléguées dans les billets laissés par certains d’entre eux:—«Je me noye, mon père m’a grondé.»—«Je me suicide parce que je n’ai pas eu de prix.»—«Je me tue parce que j’ai trois dents cassés.»—Il en est qui se tuent par simple imitation ou bravade: «Tiens, dit l’un, en apercevant un pendu, il faut que je me pende aussi»; et il le fait séance tenante.—«Je me suis brûlé la cervelle exprès», écrit un autre qui se tue pour montrer qu’il est capable d’agir comme un homme.—En janvier 1907, à Paris, un collégien de dix-neuf ans se noyait dans la Seine de dépit d’une réprimande; un autre, de même âge, se tuait par chagrin d’amour.
3, Ancien.—Le fond de cette pensée est dans Sénèque, Epist. 70.
16, Orage.—Diogène Laerce, IX, 68.
29, Dernier.—Var. des éd. ant.: souuerain.
30, Effect.—Cicéron, Tusc., II, 13.
452,
2, Mal.—Cicéron, Tusc., II, 25, raconte le fait un peu différemment: Pompée venant de Syrie à Rhodes, où se trouvait Posidonius, désirait l’entendre et lui exprimait ses regrets de ne le pouvoir pas, le voyant affecté de douleurs aiguës: «L’état de souffrance où vous me trouvez, lui répondit le philosophe, ne m’empêchera pas de satisfaire à votre désir; il ne sera pas dit qu’un aussi grand homme soit venu inutilement honorer ma retraite de sa présence.» Réponse, ajoute Cicéron, qui fut suivi d’un discours, aussi grave qu’éloquent, sur cette question qu’il n’y a rien de bon que ce qui est honnête.
17, Instant.—Louis Racine fait dire à ce propos à un épicurien:
«Plongeons-nous sans effroi dans ce muet abîme
Où la vertu périt, aussi bien que le crime;
Et, suivant du plaisir l’aimable mouvement,
Laissons-nous au tombeau conduire mollement.»
19, Habet.—C’est là une des assez fréquentes citations qui se rencontrent dans les Essais, composées d’auteurs différents et que ne distingue même pas la ponctuation: le premier de ces deux vers est de La Boétie, le second d’Ovide.
21, Craindre.—Les éd. ant. port.: Et à la vérité, ce que les Sages craignent, au lieu de: «Aussi... craindre».
34, Homicide.—Cela est vrai du mal de dents, mais non de la goutte qui finit fort souvent par devenir mortelle.
39, Estre.—Observer, pour la compréhension du texte, que, dans ce qui précède, Montaigne a fait parler ceux qui disent que la douleur est un mal; et que, maintenant, il va répondre à leurs arguments, en s’efforçant de prouver qu’il est en nous, sinon de faire que nous ne la ressentions pas, du moins d’en réduire notablement la sensation.
454,
6, Trampe.—Var. de 80 et 88: ie ne le croy pas.
13, Vulgaire.—Cette phrase est encore une de celles qui témoignent le plus que Montaigne a été aux armées et considérait comme sienne la profession des armes.
32, L’ame.—Les éd. ant. aj.: c’est d’auoir eu trop de commerce auec le corps.
34, Attendre.—De ne pas compter assez sur elle.—Certaines éditions portent: fonder. Attendre est employé ici dans le même sens que dans ces vers de La Fontaine: «Ne t’attends qu’à toi seul, c’est un commun proverbe» (L’alouette et ses petits avec le maître d’un champ).—«T’attendre aux yeux d’autrui, quand tu dors, c’est erreur» (Le fermier, le chien et le renard).
456,
23, Craint.—dans le Phédon.
25, Desclouë.—Une très violente douleur, de même qu’une volupté excessive, détache l’âme du corps, en ce qu’elle s’en empare en entier et ne laisse plus à celle-là aucune action sur celui-ci, comme s’il n’existait plus aucune liaison entre eux.
33, Doluerunt.—Add. des éd. ant.: dict S. Augustin.
37, Inseruerunt.—Montaigne détourne ici le sens de ce passage de saint Augustin.
40, Grandes.—«Tu engendreras tes fils dans la douleur,» dit la Genèse, III, 16.
458,
4, Ægyptiennes.—Que nous appelons aujourd’hui Bohémiennes, nom qui varie suivant les pays, et qui se donnent elles-mêmes comme étant de celui des Pharaons.—Les Bohémiens sont des bandes nomades d’aventuriers qui se trouvent un peu partout et dont la véritable origine est inconnue; les premiers qui vinrent en France, arrivaient de Bohême, d’où leur nom. Ils ont une physionomie particulière, parlent entre eux un argot spécial, vivent de petits métiers, disent la bonne aventure; on ne sait trop quelle est leur religion; leur morale est très relâchée et ils pratiquent volontiers le vol.
7, Garces.—Jeunes filles. Du temps de Montaigne, on disait une jeune garce pour dire une jeune fille, et garçon pour jeune homme; aujourd’hui ce mot garce est injurieux et ne se donne qu’aux filles publiques, tandis que celui de garçon s’est maintenu dans la langue avec sa signification primitive.
11, Iumeaux.—Plutarque, De l’Amour, 34.—En 78, Sabinus, seigneur gaulois, prit le titre de César, au commencement du règne de Vespasien, et fut vaincu. Proscrit, il se fit passer pour mort et vécut caché dans les ruines de sa maison, à laquelle il avait mis le feu. Éponine, sa femme, vint l’y rejoindre et y mit au monde deux jumeaux. Découvert au bout de plusieurs années, sa femme implora vainement sa grâce; ne pouvant l’obtenir, elle se mit à invectiver l’empereur, demandant à partager le supplice de son mari, ce à quoi Vespasien eut la cruauté d’accéder.
12 (Car ils... malice).—Var. des éd. ant.: (car le larreçin y estoit action de vertu, mais par tel si, qu’il estoit plus vilain qu’entre nous d’y estre surpris).
15, Descouurir.—Plutarque, Lycurgue, 14.
18, Mystere.—Valère Maxime, III, 3, qui cite le fait, l’attribue à un jeune Macédonien.
21, Cicero.—Dans les Tusculanes, V, 27.
34, Brasier.—Tite-Live, II, 12.—En 503. Porsenna, roi des Étrusques, avait pris en main la cause des Tarquins chassés de Rome qu’il assiégeait. L’acte de Mucius Scevola, par la crainte de le voir se renouveler, le décida à lever le siège et à faire la paix.
36, Incisoit.—Sénèque, Epist. 78.
40, Philosophe.—Sénèque, Epist. 78.—Il semble être question ici d’Anaxarque, que Nicocréon, tyran de Chypre, fit torturer et finalement broyer dans un mortier, sans pouvoir vaincre sa constance (IVe siècle). V. I, 626.
460,
4, Peau.—Les éd. ant. à 88 aj.: et l’en surnommoit on Madame l’escorchée.
14, Espagnolé.—Pour avoir une taille élégante et svelte, comme l’ont les Espagnoles.
16, Mourir.—Catherine de Médicis, dans le commencement de son séjour en France, avait inventé de nouvelles parures, entre autres le corset, «sorte de gaîne qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des mamelles jusqu’au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur le ventre» (Galerie des femmes célèbres, 1827). On ne faisait pas encore usage pour cet ajustement de fanons de baleine, qu’on remplace aujourd’hui par des lamelles d’acier; on se servait d’éclisses en bois qui, pressées fortement, rendaient à la longue la chair insensible et aussi dure que la corne ou le cal qui vient aux mains de certains ouvriers.
20, Luy mesme.—Lorsque Henri III, qui était roi de Pologne, la quitta secrètement pour venir occuper le trône de France à la mort de Charles IX (1574), le grand chambellan de sa cour le suivit et l’atteignit sur les frontières d’Autriche. N’ayant pu le déterminer à revenir, au moment de se séparer de lui, il lui promit une fidélité inviolable et, au grand étonnement du roi, il se donna un coup de poignard dans le bras et suça le sang de la plaie, voulant par là attester son dévouement et la sincérité de ses paroles.
21, Blois.—Ces États généraux, tenus à Blois en 1576, y avaient été convoqués par Henri III, pour en obtenir la condamnation du Protestantisme et des subsides pour le combattre, ce à quoi ils se refusèrent d’une façon absolue.
24, Poinçon.—Longue épingle à cheveux dont usent les femmes, encore actuellement, pour maintenir l’échafaudage de leur chevelure.
30, Aspres.—Monnaie turque qui vaut environ un sou.
35, Croix.—Lorsque l’empereur Honorius rapporta à Jérusalem la vraie croix que les Perses lui avaient rendue et que leur roi Chosroès II avait enlevée quatorze ans auparavant, il la porta lui-même sur ses épaules jusqu’au haut du Calvaire (622).
36, Foy.—Le sire de Joinville, dans ses Mémoires, II.
40, Nuict.—On montre encore à Notre-Dame de Paris la discipline de saint Louis.
42, Angleterre.—Mariée d’abord avec Louis VII (1137), Éléonore de Guyenne lui apportait en dot le duché de ce nom et d’importantes annexes. Répudiée pour son inconduite (1152), elle épousa peu après Henri, comte d’Anjou et duc de Normandie, qui, en 1154, devenait roi d’Angleterre et, tant par lui-même que par son mariage, se trouvait déjà avoir sur le continent une puissance territoriale surpassant notablement en étendue les domaines directs de son suzerain le roi de France. Cette situation a été le point de départ de la rivalité qui, depuis, n’a cessé d’exister entre la France et l’Angleterre et qui s’est traduite de la part de cette dernière par une opposition constante à notre endroit, et à maintes reprises par des guerres de plus ou moins longue durée; notamment:
En 1159, 1160, 1173, 1177, 1188, 1194, 1198;—de 1202 à 1206;—de 1213 à 1217, de connivence, marquée par la bataille de Bouvines;—de 1328 à 1340, bataille navale de l’Ecluse;—de 1345 à 1348, bataille de Crécy, prise de Calais;—de 1350 à 1360, bataille de Poitiers, traité de Brétigny;—de 1369 à 1375;—de 1378 à 1453, bataille d’Azincourt, Jeanne d’Arc, combat de Castillon;—de 1521 à 1525 et de 1544 à 1546, de connivence avec Charles-Quint;—de 1557 à 1559, de connivence avec Philippe II, roi d’Espagne, marquée par la reprise de Calais;—de 1627 à 1629, pendant la guerre de Trente Ans, marquée par le siège de la Rochelle;—de 1678 à 1679, jointe à la Hollande, à l’Espagne, à l’empereur d’Allemagne et à l’électeur de Brandebourg;—de 1692 à 1697, faisant partie de la ligue d’Augsbourg, durant laquelle eurent lieu les batailles navales de la Hougue et du cap Saint-Vincent;—de 1701 à 1712, unie à l’Autriche, la Hollande, le Portugal, la Savoie, et où elle s’empara de Gibraltar sur l’Espagne notre alliée;—de 1742 à 1748, où, alliée de l’Autriche, elle ruina notre marine et notre commerce;—de 1755 à 1763, où, alliée à la Prusse, elle nous enleva à peu près toutes nos colonies dont les Indes et le Canada;—de 1778 à 1783, qui aboutit à l’indépendance des États-Unis d’Amérique, est la seule où nous ayons été agresseurs vis-à-vis d’elle;—1793 à 1802, coalisée avec l’Autriche, la Russie et les divers États d’Italie, marquée par la prise de Toulon, le combat de Quiberon, la bataille navale d’Aboukir, le siège de Saint-Jean d’Acre, la convention d’El-Arisch;—de 1803 à 1815, avec la coopération successive des diverses puissances européennes, marquée par la bataille de Trafalgar, le bombardement de Copenhague, les batailles de Vittoria, de Toulouse, de Waterloo, et enfin les traités de 1815.
Et depuis, si aucune guerre ouverte n’a plus eu lieu, parce que toujours nous avons cédé, soit par faiblesse, soit par duperie, ayant la trop généreuse habitude de traiter les affaires sans arrière-pensée comme sans méfiance, que d’humiliations ne nous a-t-elle pas imposées, que d’entraves ne nous a-t-elle pas créées?—En 1823, elle nous contraint à aller combattre en Espagne les principes mêmes de notre Révolution;—en 1830, elle nous oblige à presser notre expédition d’Alger, pour qu’elle ne l’empêche pas;—Plus tard, elle est contre nous dans l’affaire dite des «mariages espagnols»;—en 1854-56, elle se sert de nous pour contenir la Russie, et cette alliance lui pèse tant, qu’au lendemain d’Inkermann, dans un conseil tenu par ses généraux, l’un d’eux émet l’avis que «l’armée anglaise se rembarque, laissant les Français recourir à la miséricordieuse générosité de l’empereur Nicolas»!—En 1860, en Syrie, elle paralyse notre action et fait qu’elle n’aboutit à aucun résultat utile;—Puis elle nous évince de la direction des douanes chinoises;—au Mexique, elle nous abandonne;—elle nous élimine de l’accord primitivement conclu pour la gestion des finances de l’Égypte en vue du paiement de sa dette;—elle accapare les actions du canal de l’isthme de Suez, construit par nous en dépit de son opposition et dont elle se rend ainsi maîtresse;—elle nous immobilise en Extrême-Orient, durant la guerre Russo-Japonaise, par le traité qu’elle conclut dans ce but avec le Japon;—elle nous humilie au plus haut point dans l’affaire de Fachoda et par ses prétentions et l’arrogant procédé qu’elle emploie pour les faire triompher, qui n’a d’égal que la facilité avec laquelle nous obtempérons à sa volonté et à ses menaces;—nos difficultés continues avec le Siam sont son œuvre;—enfin, elle nous pousse dans le guêpier d’Algésiras avec la pensée, d’une part, que nous nous userons au Maroc, et de l’autre, nous faisant miroiter une alliance sans grande valeur réelle dans la circonstance, que nous finirons, sous l’effet de ses excitations, à en venir aux prises avec l’Allemagne, et que s’entre-détruiront pour son plus grand avantage les deux seules puissances qui, pour le moment, comptent pour elle en Europe, l’une qu’elle jalouse et exècre depuis des siècles, l’autre qu’elle redoute par l’extension que prennent son commerce et sa marine.
Si longue que soit cette énumération sommaire des manifestations des dispositions de l’Angleterre à notre égard, qui ne relate que ce que tout le monde connaît, elle serait bien autre si elle était dressée en toute conscience par notre ministère des Affaires étrangères!
Et cependant, se laissant prendre à des démonstrations qui seraient flatteuses, si elles n’étaient aussi intéressées, si on pouvait oublier que toujours dans ses alliances l’Angleterre n’a en vue que de tirer de ses alliés le maximum de services possibles et s’évertue à leur persuader qu’elle leur fait grand honneur en leur accordant sa confiance et les faisant se battre pour elle, nos gouvernants méconnaissant ces leçons de l’histoire, hypnotisés par l’orage qui peut venir de l’autre rive du Rhin et qu’ils provoquent sans cesse, au lieu de s’appliquer à le conjurer, donnent en plein dans le piège, ruinant la France en entretenant un état militaire qui l’écrase et qui ne se justifierait que s’ils étaient résolus à en user à bref délai, tandis qu’au contraire, ils espèrent bien n’en jamais venir là! Au lieu de maugréer et de surexciter les populations par l’idée d’une revanche qui n’est pas dans leur pensée, que ne se résignent-ils, tout en réservant l’avenir, ce qui est dans l’ordre naturel, et n’imitent-ils l’Autriche après Sadowa? L’Allemagne détient l’Alsace-Lorraine, mais n’oublions pas pour cela en quelles mains sont le Canada, nos anciennes colonies des Antilles, des Indes et les îles dites Anglo-Normandes!
462,
4, Seigneur.—Ce pèlerinage fut entrepris par Foulques en expiation de ses fautes; traîné sur une claie, il criait pendant qu’on le flagellait: «Seigneur, ayez pitié de Foulques, traître et parjure.»
14, Deuil.—Cicéron, Tusc., III, 28.
19, Nourrice.—Pendant l’allaitement fait hors de chez moi. De son mariage avec Françoise de Chassagne, Montaigne eut six filles, dont cinq moururent toutes âgées de moins de trois mois; une seule survécut, Léonor, pour laquelle il n’était pas sans tendresse.—Cette phrase lui a été vivement et souvent reprochée, et probablement à tort. Elle ne figure pas dans les éditions antérieures; et l’exemplaire de Bordeaux porte: «i’en ay perdu, mais en nourrice, deux ou trois», au lieu de: «mais i’en ai perdu en nourrice deux ou trois». Elle est donc postérieure à 1588. Or, à ce moment il avait perdu ses cinq enfants en bas âge; par suite ces mots «deux ou trois» ne s’appliquent qu’au nombre de ceux qui avaient été mis en nourrice, ce placement en nourrice n’étant qu’un détail auquel, avec raison, il n’attache pas d’importance; si toutefois il le mentionne, c’est pour expliquer que le regret de leur perte a été atténué, ce qui s’explique assez naturellement, par ce fait qu’ils n’étaient pas élevés sous ses yeux.
31, Pallefrenier.—Plutarque, Apophth.
35, Esse.—Tite-Live, XXXIV, 17.—Cette mesure fut appliquée à tout le pays entre les Pyrénées et l’Èbre dont Caton, allant entrer en opérations dans le midi de l’Espagne, redoutait les soulèvements sur ses derrières.
38, Vilité.—Bassesse, du latin vilitas qui a cette même signification et d’où dérive notre adjectif vil.
40, Desbauche.—Sous-entendu: qui régnait autour de lui.
40, Conuioyt.—Ce verbe est au singulier, bien qu’ayant quatre sujets, dont un au pluriel; ce mode est fréquent dans Montaigne, il se rencontre souvent aussi dans Racan.
464,
12, Mortelle.—Origène se fit eunuque, prenant à la lettre ce passage de l’Écriture: «Beati qui se castraverunt propter regnum cœli (Heureux ceux qui se réduisent à l’impuissance pour l’amour du ciel)». Matth., XIX, 12.
14, Creua.—Démocrite, qui, a-t-on dit, se serait rendu aveugle en se crevant les yeux par la réflexion des rayons solaires à l’aide d’un miroir; mais le fait est controuvé. Tertullien l’accepte et dit que c’était pour se défendre de l’attrait des femmes; Plutarque le nie et donne comme probable que la cécité a été causée par l’âge et qu’il a fait de nécessité vertu; d’autre part, S. Jérôme, écrivant à Abigans pour le consoler d’être devenu aveugle, lui dit que «quelques philosophes se sont arraché les yeux, afin que leur esprit, dégagé de tous les objets sensibles, pût former des idées de plus en plus pures».—En Chine, fréquemment des anachorètes agiraient ainsi, «fermant de la sorte, disent-ils, deux portes à l’amour, pour en ouvrir mille à la sagesse».—D’après la légende, Somona Codom, le législateur des Siamois, aurait eu recours à ce même moyen, pour être moins distrait par les objets extérieurs.
18, Soy.—Au dire de Diogène Laerce, I, 26, la réponse de Thalès aurait été: «C’est que j’aime les enfants»; laquelle prête à double interprétation, étant donné ce que les anciens entendaient par aimer les enfants.
19, Choses.—Non moins que la coutume (V. I, 170).—L’opinion est reine du monde, elle l’est si bien que «lorsque la raison veut la combattre, elle est condamnée à mort; il faut qu’elle renaisse vingt fois de ses cendres, pour arriver peu à peu à chasser l’usurpatrice» (Voltaire).—«Qui dispense la réputation, donne le respect et la vénération aux personnes, aux grands, sinon l’opinion? Elle dispose de tout» (Bossuet).
27, Fret.—C.-à-d. nous prêtons toujours aux choses une valeur en rapport avec ce qu’elles nous coûtent.—Le fret d’un navire, c’est son prix de location et son chargement; courir à faux fret, c’est naviguer avec un chargement au-dessous de ce qu’il pourrait transporter et par extension à perte.
29, Tel.—Aristippe.—Diogène Laerce, II, 77; Horace, Sat., II, 3, 100.
31, Dit.—Sénèque, Epist. 17.
466,
1, Soulagement.—«Grande fortune, grande servitude»;—«Qui n’a guère, n’a guerre»;—«Il n’est richesse que de science et de santé», disent des adages bien répandus.
15, Piperesse.—C.-à-d. de manière que par loyauté, je devenais économe et inspirais ainsi plus de confiance à mes créanciers. Coste.
21, Iniurieusement.—Injustement; du latin injuria, qui signifie contre le droit, tort, injustice.
32, Sens.—C-à-d. à ma prévoyance et à ma raison.
33, Cæsar.—Avant d’occuper aucune charge publique, César était endetté de 1.300 talents, près de six millions et demi de notre monnaie; et lorsqu’en qualité de préteur il reçut le gouvernement de l’Espagne, il devait 8.000 talents, soit environ trente-huit millions (Plutarque).
468,
4, Rente.—C’est probablement à cela que s’élevaient ses revenus.—Deux mille écus, c’est six mille francs, l’écu étant de trois livres, quand il n’est pas spécifié qu’il est de six; mais la valeur de l’argent, à cette époque, était environ le double de ce qu’elle est aujourd’hui.
8, Frangitur.—Godeau, évêque de Grasse, a donné de ce vers la traduction suivante, que Corneille a transportée dans Polyeucte:
Et comme elle a l’éclat du verre,
Elle en a la fragilité.
9, Poincte.—Renverser, bouleverser, mettre sens dessus dessous.—Cette expression «cul sur poincte» vient de ce qu’anciennement on appelait «cul», dans l’aiguille, la partie opposée à la pointe, qu’actuellement nous appelons «tête».
21, De l’argent... prins.—Var. de 88: des biens, ausquels ie me prins si chaudement, que.
24, Ordinaire.—C.-à-d. si on n’avait une avance d’une année de revenu.
470,
13, Bion.—Sénèque, De la Tranquillité de l’âme, 8.
20, Enuis.—C.-à-d. «et moins à contre-cœur», tournure latine minus invitus.
27, Part.—«L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître» (Bacon).
30, Platon.—Des Lois, I, 1.
33, Fils.—Plutarque, Apophth.—Le fait y est attribué à Denys l’Ancien.
33, Eut.—Add. de 88: sur ce propos.
40, Quelques.—L’éd. de 88 aj.: quatre ou cinq.
472,
1, Despence.—Probablement celui qu’il fit en Allemagne en 1580-81.
12, Faict.—C.-à-d. précisément au moment où nous en aurons le plus besoin.
16, Terres.—Pourtant il en acheta; il existe trace, à cet égard, de deux acquisitions assez importantes.
20, Vieux.—Add. de 88: laquelle i’ai tousiours tenu la moins excusable.
21, Folies.—Il ne faudrait pas en conclure que Montaigne ait dilapidé son patrimoine, il l’a plutôt accru; à son décès, sa succession a été estimée 90.000 livres et l’argent avait alors une valeur bien autrement grande que de nos jours.
31, Amy.—Xénophon, Cyropédie, VIII, 3.—Chateaubriand écrivait à Joubert: «Je suis ennuyé de toujours courir pour mon compte les chances de la vie; et si quelqu’un voulait se charger de me nourrir, de me vêtir et de m’aimer, cela me ferait grand plaisir.»
474,
10, Trouue.
«Est toujours malheureux, et toujours a grand tort,
Celui-là qui jamais n’est content de son sort.»
«Rien n’a, qui assez n’a.» (Proverbe).
12, Vérité.—Qu’importe, en effet, que l’on soit fondé ou non à se plaindre de son sort? Du moment qu’on se trouve malheureux dans une position heureuse ou agréable, on l’est réellement; le bonheur ou le malheur sont choses purement relatives, et il est aussi absurde d’en vouloir juger chez autrui, que du degré de sensation de froid et chaud qu’il peut éprouver.
28, Eau.—Tycho-Brahé (astrologue suédois du XVIe siècle) est, dit-on, le premier qui ait bien connu et expliqué la réfraction.
29, Voye.—Depuis ces mots: «Certes, tout en la maniere», jusqu’ici, Montaigne traduit Sénèque, Epist. 81.
35, Abstersiue.—Du latin abstergere, dissiper, faire disparaître, nettoyer.
476,
7, De se reietter... reliques.—Var. des éd. ant.: nous donner en paiement cecy.
8, Necessité.—Sénèque, Epist. 12.
CHAPITRE XLI.
23, Autre.—«La passion de la gloire est la dernière dont les sages eux-mêmes se dépouillent.» Tacite, Hist., IV, 6.
30, L’encontre.—C.-à-d. que vous ne pouvez guère lui résister.
30, Cicero.—Dans le Plaidoyer pour Archias, II.—Cette pensée est reproduite aussi par Pascal.
478,
9, D’autruy.—Plutarque, Marius.—En 102. Les Cimbres descendant d’Allemagne par la vallée de l’Adige, Luctatius qui leur était opposé abandonna la région montagneuse pour se retirer sur le cours inférieur de ce fleuve, sur lequel il construisit un pont lui permettant de passer à volonté d’une rive sur l’autre et de conserver ainsi sa liberté de manœuvres; mais les barbares obstruèrent le cours d’eau, le franchirent; les Romains effrayés s’enfuirent. Le consul fit alors lever l’aigle, ce qui était le signal de la retraite, et, courant aux premiers rangs, se mit à leur tête, aimant mieux que la honte de ce mouvement rétrograde tombât sur lui, plutôt que sur sa patrie, et que les soldats eussent l’air non de prendre la fuite, mais de suivre leur général. Marius, son collègue, qui venait d’exterminer les Teutons, alliés des Cimbres, qui avaient essayé de pénétrer par la Ligurie, en suivant le bord de la mer, l’ayant rejoint, ils vainquirent et exterminèrent les Cimbres à leur tour, à Verceil.
17, Despens.—Antoine de Lèves, le plus habile des généraux de Charles-Quint, qui de simple soldat s’était élevé aux plus hautes dignités militaires, croyait tellement cette entreprise immanquable, dit Brantôme, Vies des hommes illustres, qu’il disait à l’empereur qu’il espérait bien que cela le mènerait à Paris, et demandait pour récompense d’être enterré à Saint-Denys. Son vœu fut exaucé, en ce qu’il mourut de chagrin, dit-on, de voir cette expédition échouer, et qu’il fut enterré à Saint-Denys, mais non près Paris, dans une église de Milan, placée sous ce vocable.—D’autres assurent, au contraire, que ce général fut entièrement opposé à ce dessein qui devait réussir si mal, et qu’il alla jusqu’à se jeter aux pieds de Charles-Quint pour le détourner de franchir les Alpes.
22, N’estoit.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
34, Exploit.—En 1346. «Quoi qu’il arrive, aurait, au dire de Froissart, I, 30, ajouté le roi, ne vous adressez plus à moi de la journée, tant que mon fils sera vivant.» Ce fait est d’autant plus remarquable, qu’on ne saurait nier que, chez les princes, la jalousie contre leurs fils ou leurs frères, et, en général, contre ceux qui doivent leur succéder, ne soit un mal très fréquent.
37, Sienne.—Plutarque, Instructions pour ceux qui manient les affaires d’État.
41, Obeyr.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
480,
4, Personne.—En 1591, Grégoire XIV promulgua un bref, à l’occasion de la Réforme, qui permettait à tous les ecclésiastiques de porter les armes contre les hérétiques.
8, Raison.—C.-à-d. les fit lui-même prisonniers.
11, Salsberi.—Le comte de Salisbury commandait les Anglais; c’était un frère bâtard de Jean Sans-Terre, roi d’Angleterre à ce moment.
12, Autre.—C.-à-d. c’était une subtilité de conscience à celle dont il va être parlé, car il s’agit de ce même évêque à la même bataille.
14, Masse.—De la sorte il mettait les gens hors de combat en les assommant, mais sans verser le sang, ce qu’interdisait aux ecclésiastiques un concile tenu à Trente en 1163, dont il respectait la décision en la tournant. Antoine Guerara parle d’un prêtre espagnol qui, lors de la conquête de l’Amérique, armé d’une arquebuse, tirait sur les Indiens, les bénissant au préalable en faisant un signe de croix avec son instrument de mort.—La masse d’armes tenait de la massue et du casse-tête; elle se composait d’une tige de fer, d’environ 0m,80 de long, terminée par une masse de même métal, soit sphérique, soit ovoïde, de la dimension d’une grosse orange, soit unie, soit garnie de pointes.
CHAPITRE XLII.
16, Entre nous.—Montaigne ne traite cette question qu’en ce qui touche l’individu; elle se pose aujourd’hui, autrement sérieuse, au point de vue des collectivités.
L’idée de remédier aux injustices du sort, en mettant en commun tout ce qui constitue les richesses d’un pays, en les confisquant ou les rachetant au profit de l’État, avec charge de les exploiter, chacun y participant sous son contrôle, et d’en répartir les revenus, n’est pas nouvelle; elle était la base de la législation à Sparte, et les Gracques cherchèrent à la faire triompher à Rome; aujourd’hui elle prend corps de plus en plus en France.
C’est là le principe fondamental du socialisme qui, avec l’accaparement par l’État de toutes les entreprises et de toutes les industries, vise à faire disparaître les fortunes grandes et moyennes par l’impôt progressif sur le revenu, l’élévation des droits de succession; tarissant du même coup tout ce qui stimule l’homme, le porte aux inventions, aux entreprises hardies et de longue haleine, en l’éloignant de toute préoccupation d’avenir et d’ambition; nivelant toutes les intelligences par une éducation identique, gratuite et obligatoire; enfin, par la puissance du nombre, dépouillant les classes actuellement dirigeantes de tout pouvoir politique: idéal qui n’est autre que celui d’une basse égalité et humiliante servitude.
Le socialisme répugne à reconnaître la supériorité intellectuelle, à laquelle l’humanité doit tous les progrès, et est ennemi du capital qui n’est en somme que le résultat du travail soit matériel, soit intellectuel, accumulé, qui seul permet les grandes entreprises; en Russie il a un champ d’expérience, le collectivisme agraire règne dans certaines régions et, de ce fait, le perfectionnement de la culture y est entravé, le rendement est moindre et le paysan russe n’aspire qu’à être libéré de ce joug et à voir se constituer la propriété individuelle, au rebours de ce que chez nous rêve le socialisme!
C’est surtout parmi les manœuvres, les ouvriers de la plus infime catégorie, mais qui sont aussi les plus nombreux, et les déclassés, qu’il recrute ses adeptes; les artisans, les populations agricoles, chez lesquels prévaut l’instinct de la propriété, y sont moins accessibles. Les plus ardents sont le produit dégénéré de nos universités et de nos écoles, cette cohue de licenciés et de bacheliers sans emploi, d’instituteurs mécontents de leur sort, professeurs dont le mérite est méconnu. A ces épaves des concours que l’État n’a pu caser, viennent se joindre quelques âmes candides autant que peu clairvoyantes qui, par un sentiment non raisonné, accepté par contagion, voient dans la réalisation de ce programme le règne de la justice et de la félicité universelles, comme si elles étaient de ce monde; enfin il a pour lui, et c’est là sa plus sûre chance de réussite, la peur et l’indifférence, ces deux grandes infirmités de la bourgeoisie moderne; sans compter qu’il se trouve en terrain tout préparé par la prédominance que l’État occupe en France, où chacun recherche sa tutelle.
Ce concours de circonstances fait que le Socialisme progresse chez nous à grands pas; déjà, il a gangrené les sphères parlementaires, a pris place dans le gouvernement, si bien qu’il n’est pas chimérique de prévoir qu’il en arrivera à ses fins à assez bref délai. Mais, vraisemblablement aussi, l’heure de son avènement sera aussi celle de son déclin; il se heurtera alors à des nécessités économiques et psychologiques qui amèneront de sanglants cataclysmes, et la foule déçue et si versatile se jettera, en l’acclamant, aux pieds d’un César quelconque qui sera parvenu à rétablir l’ordre intérieur, au prix de la liberté et peut-être au risque des pires aventures, continuant ainsi le cycle perpétuel des événements auxquels est assujettie l’humanité.
Ce socialisme d’État est présenté par tous ses partisans comme l’unique solution à la lutte entre le travail et le capital qui, avec les progrès de l’industrie, acquiert d’autant plus d’acuité, que, du fait de l’énorme extension donnée aux affaires, patrons et ouvriers deviennent de plus en plus étrangers les uns aux autres, que n’existe plus l’affection familiale d’antan née de leurs rapports continus, lutte qui, au grand préjudice de leurs intérêts communs, se traduit par des grèves répétées de plus en plus longues comme durée, donnant lieu à des incidents de plus en plus graves.—Il est indéniable que les revendications ainsi poursuivies, qui ne sont autres qu’une amélioration du sort des travailleurs, proportionnée aux bénéfices qu’ils contribuent à réaliser, sont des plus légitimes. Depuis longtemps elles ont reçu un commencement de satisfaction dans bien des cas et sous bien des formes: caisses de retraites, assurances diverses, sociétés de secours mutuels, sociétés coopératives d’alimentation, maisons ouvrières, etc...; mais toutes ces institutions, quoique d’efficacité réelle, ne sont que des palliatifs entachés d’un vice originel: l’intrusion du patron. Seules sont susceptibles d’être acceptées sans froissement d’amour-propre celles qui, affranchies de tout caractère de dépendance, mettent l’employé sur un pied d’égalité avec celui qui l’emploie et créent au premier les mêmes droits qu’il réclame sur un ton d’autant plus élevé que la loi, en autorisant des syndicats irresponsables et des grèves sans garantie effective contre la violence, sans sauvegarde réelle pour ceux qui veulent continuer le travail, lui donne une force dont, excité par des meneurs soudoyés souvent par l’étranger qui a intérêt à voir ruiner les industries similaires du voisin, soutenu parfois de ses subsides, il ne se fait pas faute d’abuser.
Au premier abord, la participation aux bénéfices semble réaliser cet accord si désirable pour l’un comme pour l’autre, entre l’ouvrier et le patron; mais la pratique n’a pas confirmé la théorie; l’accord existe quand il y a bénéfice et disparaît quand il y a perte. Le seul mode qui a donné le moins de mécomptes, est l’exploitation en commun, dont il existe quelques exemples de différents genres, tous ceux y attachés en étant copropriétaires par le moyen d’actions de prix peu élevé, 25 fr. par exemple, facilement acquises par chacun au moyen d’un léger prélèvement obligatoire sur son salaire journalier récupéré à la longue par la participation au dividende (G. Lebon).
17, Lieu.—Dans son traité Que les bêtes usent de raison, vers la fin.
18, Internes.—Add. de l’éd. de 80: Car quant à la forme corporelle, il est bien euident que les especes des bestes sont distinguées de bien plus apparente difference que nous ne sommes les vns des autres.
20, Commun.—Add. de l’éd. de 80: (car les folz et les insensez par accidents ne sont pas hommes entiers).
22, Beste.—Add. des éd. ant.: c’est-à-dire que le plus excellent animal est plus approchant de l’homme de la plus basse marche, que n’est cet homme d’vn autre grand et excellent.
35, Brasses.—Longueur de l’étendue des deux bras, y compris le travers du corps, d’où son nom; exactement cinq pieds de 0m,33, soit 1m,65. Est encore employée dans la marine comme mesure de profondeur d’eau et de la longueur des cordages.
41, Circo.—Ce passage de Juvénal a été imité par Boileau:
On fait cas d’un coursier qui, fier et plein de cœur,
Fait paraître, en courant, sa bouillante vigueur;
Qui jamais ne se lasse, et qui, dans la carrière,
S’est couvert mille fois d’une noble poussière.
482,
2, Oyseau.—Un oiseau de fauconnerie.
2, Longes.—Terme de fauconnerie; laisse de cuir à l’aide de laquelle on portait et maintenait l’oiseau sur le poing.
5, Poche.—«Acheter chat en poche», c’est acheter une chose sans la voir, s’engager sans se rendre compte de ce qu’on fait; on disait jadis «chat en sac», de ce que pour dissimuler le gibier, on l’enfermait dans un sac, et que, vendu de la sorte, le lièvre ou lapin qui était censé s’y trouver, n’était souvent qu’un chat.
6, Cheual.—Sénèque, Epist. 80.
6, Bardes.—Ornements, caparaçons.
22, Quatrain.—Ancienne monnaie valant un liard (un peu plus d’un centime); du latin quadrans, également pièce de monnaie qui était le quart de l’as romain.
24, Ancien.—Sénèque, Epist. 76.
31, Traictes.—Nues, tirées du fourreau; du latin destrictus.
32, Equale.—Égal; du latin æqualis. Mot forgé par Montaigne.
42, Empire.—Add. des éd. ant.: et ses richesses: il vit satisfait, content et allegre.
484,
3, Stupide... seruile.—Var. des éd. ant.: ignorante, stupide et endormie, basse, seruile, pleine de fiebure et de fraieur.
8, Vilain.—Roturier; un vilain, c’était à proprement parler un serf; ce mot dérive du latin villanus, qui lui-même vient de villa, métairie. Il est à remarquer que ce nom de villa, ville, qui était autrefois uniquement attribué aux habitations d’exploitation en pleine campagne, a reçu une acception opposée à son étymologie en s’étendant aux agglomérations importantes.
11, Chausses.—On désignait sous ce nom la partie du vêtement de l’homme depuis la ceinture jusqu’aux genoux.—Ce passage a été pris à partie par Pascal: «Cela est admirable, dit-il: on ne veut pas que j’honore un homme vêtu de brocatelle et suivi de sept à huit laquais! Eh quoi! il me fera donner les étrivières, si je ne le salue. Cet habit, c’est une force, il n’en est pas de même d’un cheval bien harnaché à l’égard d’un autre. Montaigne est plaisant de ne pas voir quelle différence il y a, d’admirer qu’on y en trouve et d’en demander la raison.»—Cette critique a aujourd’hui bien perdu de sa valeur; on ne risque plus d’être battu, à ne pas saluer qui que ce soit; et la presse notamment respecte aussi peu les gens que la vérité; elle en est arrivée, en effet, à un degré de licence d’autant plus grand que la protection de la justice contre ses écarts est aussi insignifiante dans la répression que douteuse, difficile et coûteuse à obtenir; c’est bien elle qu’Ésope qualifierait maintenant la meilleure et la pire de toutes les choses.
15, Diane.—Hérodote, V, 7, d’où cette assertion est tirée, dit que les rois de Thrace adoraient Mercure à l’exclusion de tout autre dieu et se croyaient descendus de lui, mais il n’ajoute pas qu’ils méprisaient les autres.
15, Peintures.—Montaigne en revient à son idée que les rois et les grands ne sont différents des autres hommes que par les habits.
29, Lictor.—Licteur, sorte d’appariteur, qui, dans l’ancienne Rome, marchait devant les premiers magistrats; il portait une hache entourée d’un faisceau de verges. Le préteur en avait six, le consul 12, le dictateur 24; la vestale, quand elle sortait, était également précédée d’un licteur.
486,
2, Bonnetades.—Salutations en ôtant son bonnet, sa coiffure.
4, Colique.—Dans les lettres attribuées à Diogène le Cynique, on lui fait dire: «Les murailles ne te défendront pas, les maux sautent par-dessus; la fièvre n’est pas arrêtée par un mur, ni le catarrhe par une armée d’alliés.»
12, Dieux.—Plutarque, Apophth., Alexandre.—Ce fut dans un combat contre les Assacéniens, peuplade du cours supérieur de l’Indus, qu’Alexandre, atteint par un trait au talon, tint ce propos. Toujours avec ses troupes, nul ne se prodigua davantage, et nombreuses furent ses blessures: En Illyrie, il faillit être assommé d’une pierre et reçut un coup de pilon sur la nuque; au passage du Granique, il eut son casque fendu; à la bataille d’Issus, la cuisse traversée d’un coup d’épée que lui porta Darius lui-même; au siège de Tyr, il fut blessé assez grièvement à la poitrine; à celui de Gaza, un trait le frappa au pied, un autre lui transperça l’épaule; en Hyrcanie, sur les bords de la mer Caspienne, une pierre l’atteignit à la figure et faillit lui faire perdre la vue; au pays des Maracandiens, dans la Sogdiane, il fut blessé à la jambe; il a été question plus haut de la blessure qu’il reçut chez les Assacéniens; chez les Malliens, nation du cours moyen de l’Indus, un trait l’atteignit à la poitrine.
15, Rien.—Plutarque, Apophth., Antigone.
20, Cela.—C.-à-d. qu’importe.
33, Podagram.—Les éd. ant. aj. cet autre vers d’Horace, que l’édition de 1595 reporte à III, 684: Sincerum est nisi vas, quodcunque infundis, acescit (dans un vase impur, tout ce que vous y versez se corrompt).
36, Paré.—C’est là une observation qui, tout au moins, comporte des exceptions. Pour ma part, j’ai longtemps possédé un cheval d’armes qui, lorsqu’on lui mettait son harnachement de grande tenue, devenait tout autre; il piaffait pendant qu’on le sellait et, une fois monté, arrondissait son encolure, relevait ses allures et ne souffrait qu’impatiemment de se voir précédé par un autre, habitué qu’il était en pareil cas à tenir la tête.
36, Platon.—Lois, II.
488,
1, Strette.—Pincement, élancement; du latin strettus, serré, pressé.
4, Grandeurs.—Dans Don Quichotte, Sancho Pança dit qu’«un pape enterré ne tient pas plus de place qu’un sacristain».—Un dicton populaire: «Mieux vaut goujat debout, qu’empereur enterré.»—Et Malherbe:
«Et la garde qui veille à la porte du Louvre,
N’en défend point nos rois.»
10, Biffe.—De l’italien beffa, pierre fausse, et par extension niche, moquerie; signifie ici: dehors trompeurs, fausse apparence.
12, Terre.—Plutarque, Si l’homme sage doit se mêler d’affaires d’État.
13, Roy.—Depuis Montaigne des changements radicaux se sont produits en France à cet égard. A l’autorité effective des rois, s’est d’abord substituée l’action dirigeante des classes moyennes, au profit surtout desquelles s’était faite la Révolution de 1789. Celles-ci, abstraction faite de quelques rares individualités, par le manque de caractère qui leur est propre, méconnaissant dans leur vue courte et inconsciente les devoirs que cette situation leur imposait, plus préoccupées de ce qui, sur le moment, les touche personnellement que de l’avenir et de l’intérêt général, ont laissé s’implanter le parlementarisme. A ce régime, de chute en chute et aidés dans cette évolution par l’affaiblissement des croyances religieuses et les conditions nouvelles d’existence et d’idées, suite des découvertes modernes dans les sciences et l’industrie, nous devons d’en être arrivés à l’avènement des classes populaires à la vie politique, et à leur aspiration à la direction des affaires publiques; à ce que Le Bon appelle l’ère des foules.
Ce n’est plus, dit-il avec bien juste raison, dans les conseils des princes, mais dans l’âme des foules que se préparent les destinées des nations. Leur voix est devenue prépondérante; par leur organisation actuelle, maintenant surtout que des mains imprévoyantes ont successivement renversé toutes les barrières qui pouvaient les contenir et que déjà une partie des pouvoirs publics est à elles, elles constituent une puissance avec laquelle il faut compter, et leurs revendications qui portent sur l’augmentation de plus en plus grande des salaires, concurremment avec la limitation des heures de travail, l’expropriation de toutes les sources de revenus, des chemins de fer, des mines, du sol, le partage égal de tous les produits, l’élimination de toute supériorité, tendent à la destruction de la société actuelle et à un retour au communisme primitif des groupes humains.
En analysant l’esprit qui les anime, on constate que les foules ont pour caractéristiques essentielles: l’irréflexion; souvent les mots les plus vides de sens, frappant leur imagination, suffisent à les conduire; une crédulité excessive, l’invraisemblance n’existe pas pour elles; l’exagération, la soudaineté de leurs résolutions; une intolérance qui fait qu’elles ne supportent aucune objection, ne se laissant arrêter par aucune considération; le sentiment de leur force qui est devenue immense en raison de leur nombre et de ce qu’elles échappent à toute responsabilité; l’inconscience de leurs actes. Très difficiles à gouverner, elles veulent les choses avec frénésie et sont surtout propres à détruire; la justice et la raison sont sans prise sur elles; la force seule leur en impose, pour elles la bonté n’est qu’un signe de faiblesse: «Il n’est rien moins esperable de ce monstre... que l’humanité et la douceur; il receura bien plustost la reuerance et la crainte» (I, 198).
L’individu en foule diffère essentiellement de l’individu isolé; du moment qu’il est en foule, il acquiert le sentiment d’une puissance irrésistible, s’imagine irresponsable et cède à des instincts que seul il eût forcément refrénés, car par une sorte d’hypnotisme produit par les effluves qui émanent du milieu dans lequel il se trouve, sa mentalité s’altère, le plus intelligent, le plus savant descend au niveau de ceux qui le sont le moins: il n’a plus de volonté, sa raison cesse de le guider, il devient inconscient et capable d’obéir à toutes les suggestions, «l’ardeur de la societé rauissant les particuliers iugements» (I, 648). Cet effet se produit que la foule soit homogène ou non, qu’elle soit composée d’éléments quelconques ou choisis; c’est à cela qu’on voit des jurys rendre des verdicts que désapprouvent chaque juré individuellement, des assemblées parlementaires adopter des lois et des mesures que réprouvent en particulier chacun de ses membres; sous ces influences ambiantes l’avare se transforme instantanément en prodigue, le sceptique en croyant, l’honnête homme en criminel, le héros en poltron; «la contagion est tres dangereuse en la presse» (I, 410).
Les foules ne sauraient se passer de meneurs. Ce sont le plus souvent des rhéteurs subtils ne poursuivant que des intérêts personnels, cherchant à persuader en flattant de bas instincts, agissant fréquemment en sous-main, et s’esquivant quand il pourrait y avoir danger. Leur autorité très despotique, ne s’imposant la plupart du temps que par ce despotisme, peut à un moment être très grande, et de plus en plus ils tendent à remplacer les pouvoirs publics au fur et à mesure que ceux-ci se laissent discuter, sans cependant que pour eux la Roche Tarpéienne soit toujours très proche du Capitole.—Parmi les meneurs, il en est parfois qui ont foi et sacrifient tout, intérêts, famille, à leurs convictions, toujours prêts à l’action; leur parole en acquiert d’autant plus de puissance; mais ceux-là sont rares et presque toujours c’est pour d’autres qu’ils retirent les marrons du feu.
Les foules sont au plus haut degré impressionnables, et qui connaît l’art de les impressionner, connaît aussi celui de les gouverner. Ce qui frappe leur imagination affecte toujours une forme simple, nette, c’est-à-dire dégagée de toute interprétation, de tout commentaire accessoires, en même temps que très exagérée, tels: une grande victoire, un grand miracle, un grand accident, un grand crime, un grand espoir. L’orateur qui veut les séduire, doit s’imprégner de ces idées et affirmer, exagérer, répéter, sans se laisser aller à produire de preuve ou tenter de démontrer quoi que ce soit par le raisonnement.—Pour acquérir sur elles une action prolongée, il faut la foi, ou le prestige, qu’il vienne du nom, de la situation; et encore faut-il dans l’un ou l’autre cas que l’occasion se produise et que les circonstances s’y prêtent.
16, Imbecillité.—Faiblesse, du latin imbecillitas qui a cette même signification atténuée. C’est dans ce sens que ce mot est constamment employé dans les Essais.
25, Xenophon.—Dans le traité intitulé Hiéron ou de la condition des rois.
32, Ennuyeuse.
«Ne soûlez pas votre désir.
Car si tôt qu’un plaisir nous lasse,
C’est moins plaisir que déplaisir.» Ch. d’Arcussia.
490,
1, Démettre.—Rabaisser, descendre; du latin demittere qui a ce sens.
14, Butte.—C.-à-d. les princes sont trop en vue et trop observés.
21, Mesme.—Cicéron, De Legibus, III, 14.
30, Maiesté.—Sémélé, mère de Bacchus qu’elle tenait de Jupiter, cédant aux conseils insidieux de Junon qui, jalouse d’elle, avait pris les traits de sa nourrice pour la perdre, demanda au maître des dieux de se montrer à elle dans tout l’éclat de sa puissance. Après avoir longtemps résisté, Jupiter céda et lui apparut au milieu des foudres et des éclairs; le palais s’embrasa, et Sémélé périt dans les flammes. Myth.
33, Païs.—Les lois fondamentales de certains pays interdisaient aux rois de sortir de leurs États. Les temps sont bien changés, les souverains de nos jours passent leur temps à voyager, et Paris ayant l’honneur de leur visite qui fréquemment leur est rendue dans leur propre pays, ce ne serait pas une minime économie budgétaire que d’établir en principe que, sauf circonstances toutes particulières, l’incognito est de rigueur pour tout souverain qui met le pied sur le sol français et que, comme jadis aux doges de Venise, il est interdit au Président de la République, pendant la durée de ses fonctions, de sortir du territoire; sans compter que, s’il en eût été ainsi, ne se serait pas produite, lors d’une visite rendue à Rome au roi d’Italie, cette grossièreté (qu’il eût été si facile d’éviter, si elle n’avait été intentionnelle, en choisissant une autre ville comme lieu de rencontre) faite au Pape, de ne pas aller le voir, de sembler l’ignorer, alors que la religion catholique, dont il est le chef, était encore reconnue par le Gouvernement, auprès duquel il n’avait cessé d’avoir un représentant attitré; la question de la séparation de l’Église et de l’État était déjà à la vérité dans l’esprit de quelques-uns, cet incident a pu la précipiter parce qu’on en veut toujours à ceux envers lesquels on a des torts; on reconnaîtra qu’il n’était cependant pas indispensable pour y arriver.
42, Percée.—Louis XIV, à Versailles, en 1685, avait sur l’état de sa maison un office de cette nature qui y figurait pour une dépense de 15.000 livres.
492,
6, Temps.—César, De Bello Gallico, VI, 23, dit simplement que chez les Germains, et non en Gaule, «en paix il n’y a pas de magistrats dont l’action s’étende sur l’ensemble; ce sont les chefs qui, dans chaque territoire et dans chaque localité, rendent la justice et veillent au bon ordre». Mais peut-être Montaigne a-t-il une réminiscence d’un passage de Cicéron, Ep. fam., VII, 5, qui reproduit ici une lettre de César qui écrit: «Quant à M. Orfius que tu me recommandes, j’en ferai un roi des Gaules, on l’enverrait quelque part autre avec une délégation.»
20, Venise.—Nous disons aujourd’hui le Doge de Venise; quant à être libre, il ne l’était guère, quoi qu’en dise Montaigne.
32, L’autre.—Idée déjà émise liv. I, ch. III (I, 30).
494,
7, Plus tost... la leur.—Var. des éd. ant.: pour en tirer leurs agrandissemens et commodités particulieres.
7, Fortune.—Montaigne semble s’être inspiré ici du souvenir de Tacite qui fait dire par l’empereur Galba à Pison qu’il vient d’associer à l’empire: «Toi et moi, nous nous parlons aujourd’hui en toute franchise; les autres parlent à notre fortune plus qu’à nous-mêmes»; et il ajoute: «Ce qui coûte, c’est conseiller aux princes de faire leur devoir; les approuver dans tout ce qu’ils font, ce n’est pas les aimer.»
14, Seroient.—Ammien Marcellin, XXII, 10.
25, Semez.—Aurel. Victor, Dioclétien.—L’empereur Dioclétien avait abdiqué. Les affaires de l’empire s’aggravant, Maximien, auquel il avait cédé le pouvoir, l’envoya solliciter de les reprendre; pour toute réponse celui-ci l’invita à venir voir ses jardins à Salone.
25, Anacharsis.—Plutarque, Banquet des sept sages, 13.
28, Precedence.—Supériorité; du latin præcedere, précéder, exceller, surpasser.
29, Italie.—Plutarque, Pyrrhus.—En 280. Pyrrhus, roi d’Épire, avait des talents, mais ambitieux et inconstant, il n’a laissé que la réputation d’un aventurier; il conquit la Macédoine qu’il ne put conserver, combattit les Romains, guerroya en Sicile et fut tué à Argos.—Dans sa première Épître, Boileau a imité ce passage.—V. N. I, 46: [Médecin]; 352: [Italie]; 404: [Pleurer]; 524: [Iournée].
496,
4, Deux.—En 1815, Blücher, le vainqueur de Waterloo, bivouaquant quelques jours après dans le château de S.-Cloud, disait, en en admirant les richesses: «Faut-il qu’un homme soit fou, pour avoir été courir à Moscou, quand il avait toutes ces belles choses en sa possession!»
CHAPITRE XLIII.
12, Fin.—Philippe le Bel fit des lois pour réprimer le luxe qui devenait excessif: les ducs, les comtes et les barons ne pouvaient donner à leurs femmes que quatre robes par an; les dames moins riches ne devaient en avoir qu’une; il n’y avait que les femmes de grands seigneurs qui pouvaient employer des étoffes à 30 sols l’aune (lm,20); les bourgeoises ne pouvaient y mettre que dix sols, ce qui équivalait à 20 sous de notre monnaie. Ces ordonnances tombèrent bien vite en désuétude.
16, Choses.—Les éd. ant. port.: vanitez.
23, Degrez.—C.-à-d. nous et le rang que nous occupons.
498,
1, Ville.—Les éd. ant. port.: que vous en faisiez soudain argument que c’estoit un homme de néant (éd. ant. à 88), peu (éd. de 88).
6, Pollisseure.—Propreté, du latin politura qui a même signification; et par extension, éclat.
7, Roys.—Les éd. ant. aj.: et les princes.
12, Locriens.—Diodore de Sicile, XII, 20.—Une des lois de Zéleucus portait que l’adultère aurait les yeux crevés; son fils ayant été convaincu de ce crime, il voulut lui appliquer la loi; le peuple demanda grâce. Zéleucus condescendit à ses instances, en ne lui faisant crever qu’un œil, dit-on, mais en s’en faisant crever un à lui-même.
17, Putain.—Le roi saint Louis ne permettait qu’aux courtisanes de porter des ceintures dorées, d’où le proverbe: «Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.»
17, Ruffiens.—Entremetteur, proxénète, de l’italien ruffians.
20, Diuertissoit.—Détourner, du latin divertere qui a même sens.
25, Cour.—L’éd. de 88 aj.: ces façons vitieuses naissent pres d’eux.—«Les citoyens d’une république sont tels que ceux qui les gouvernent.» Platon. Toutefois on dit plutôt aujourd’hui et avec juste raison: «On a le gouvernement que l’on mérite.»—«A l’exemple des rois, un chacun se gouverne.» Lacroix de Maine. Longtemps avant lui, Claudien avait écrit cet hémistiche passé en proverbe: Regis ad exemplar (à l’exemple du roi).—«Les exemples des rois nous font ce que nous sommes.» S. Didier.—«L’exemple du monarque est la loi de la terre.» La Harpe.—Louis XI ne voulait pas que son fils sût un mot de latin; toute la cour de son temps méprisa les belles-lettres; François Ier les fait enseigner à ses enfants, toute la cour s’y remet. Henri III aime la débauche, le luxe, toute la cour s’y livre.—De nos jours, un président de la Chambre des députés (un des rois du moment en France) se marie en redingote, voilà l’habit de cérémonie démodé. Le roi d’Angleterre arbore un chapeau melon, le chapeau haut de forme est menacé.—Le roi Alphonse comparait ses sujets aux plantes qui, toutes, se tournent toujours vers le soleil.
«Communément la ville et la province
Règlent leurs mœurs sur celles de leur prince.» Mlle Lheritier.
«L’exemple est plus puissant sur les esprits vulgaires
Que toutes les raisons et tous les commentaires.» Penicaud.
26, Chaussure.—On comprenait sous cette appellation le vêtement de la partie inférieure du corps, qui parfois n’était que d’une seule pièce, mais qui plus communément se subdivisait en haut-de-chausses, culotte s’arrêtant au genou, et bas-de-chausses ou simplement bas. Le reproche que lui fait ici Montaigne de dessiner la forme des membres occultes, il l’a déjà formulé I, 176.
500,
6, Loix.—Liv. VIII.
CHAPITRE XLIV.
502,
6, Pressant.—Plutarque, Alexandre, 7.—Dans la nuit qui précéda la bataille d’Arbelles (331), et contrairement à ses habitudes en pareil cas.—Le grand Condé dormit également la veille de la bataille de Rocroy (1643). «Le lendemain à l’heure marquée, il fallut réveiller d’un profond sommeil cet autre Alexandre.» Bossuet.—Napoléon disait que ce n’était pas là une preuve de grandeur d’esprit, mais de lassitude; lui-même dormit de la sorte la nuit qui précéda Austerlitz (1805).
12, Ronfler.—Plutarque, Othon, 8.—Vaincu à Bébriac (69), Othon, quoiqu’il n’eût pas encore lieu de désespérer, se sacrifia, contre le sentiment de ses soldats qui lui étaient tout dévoués, dans la pensée, qui ne se réalisa pas, de ramener la paix et l’union dans l’empire.—Louis XVI dormit paisiblement la nuit qui précéda son supplice (1793); de même le général Biron, en 1794, le maréchal Ney, en 1815.
22, Partement.—Départ.—Plutarque, Caton d’Utique, 19. V. N. II, 586: [Ieune Caton].
31, Outrance.—Vraisemblablement des gladiateurs; gens qui se louaient pour combattre à l’épée, jusqu’à ce que mort s’ensuive, pour le plaisir du peuple, et aussi pour tous autres qui les prenaient à leur service, sans souci de leur propre vie, non plus que de celle de leur adversaire.
40, Escarmouche.—Plutarque, Caton d’Utique, 8.—Métellus proposait de rappeler à Rome, sous prétexte de la protéger, Pompée et ses troupes alors en Asie; c’était en réalité pour lui donner la dictature. Caton, collègue de Métellus au tribunat, s’y opposa; et, après une lutte de plusieurs jours où il eut à résister à la foule qui faillit le lapider, il parvint à empêcher que la loi ne passât (63). V. N. II, 586: [Ieune Caton].
41, Cet homme.—Les éd. ant. port.: ces trois hommes, et modifient en conséquence la contexture de la phrase.
504,
2, Ordinaires.—Le sommeil répare le corps, l’espérance répare l’esprit, ce qui faisait dire à Platon: «L’espérance est le sommeil de l’homme qui veille.»
3, Combat.—Suétone, Auguste, 16.
10, Ennemis.—En 36. Montaigne, comme Suétone d’après lequel il cite ce fait, dissimule la lâcheté d’Auguste, dont toutes les victoires qui l’élevèrent à l’empire furent l’œuvre d’autrui; celle de Philippes fut due à Antoine seul; celle d’Actium, comme la défaite de Sextus Pompée dont il est question ici, furent le fait d’Agrippa; nonobstant, il s’acquit l’affection des soldats, qui faisaient plus de cas de la libéralité de leur général que de son courage.
17, Plus.—Plutarque, Sylla, 13.—En 82, près de Préneste; Marius le Jeune, battu, se tua.
20, Sommeil.—En 186. Suivant les uns, Persée se laissa mourir de faim dans sa prison. Suivant d’autres, ayant mécontenté ses gardiens, ceux-ci pour se venger, épiant le moment où le sommeil le prenait, employaient toutes sortes de moyens de le tenir éveillé; il finit par mourir de cette insomnie continue.
21, Dormir.—Mécènes, agité d’une fièvre continue, ne dormit pas un seul moment durant les trois dernières années de sa vie. Pline, Hist. nat., VII, 52; c’est le seul exemple qu’il en donne.
23, Années.—Hérodote, IV; il dit n’en parler que par ouï dire et ne pas y croire; cela s’applique probablement aux peuples habitant les régions polaires, dont l’année, disait-on, était composée d’un jour de six mois et d’une nuit de même durée, ce qui déjà ne voudrait pas dire que les gens y demeureraient éveillés ce jour entier et dormiraient d’un seul trait toute la nuit qui la suit; en réalité pendant six mois les jours y sont excessivement courts, tandis que pendant les autres six mois ce sont les nuits dont la durée y est de plus en plus réduite.
24, Suitte.—Diogène Laerce, I; Pline, VII, 52.
CHAPITRE XLV.
25, Dreux.—Livrée en 1562, sous Charles IX, et gagnée par les catholiques sous le commandement du connétable de Montmorency et le duc de Guise, contre les protestants ayant à leur tête le prince de Condé.
506,
4, Machanidas.—En 206, à Mantinée; bataille autre que celle livrée en ce même lieu par Epaminondas. Celle dont il est ici question se termina par une sorte de combat singulier entre Philopœmen et Machanidas, celui-ci cherchant à fuir, celui-là à l’arrêter, et dans lequel Machanidas fut tué. Plutarque, Philopœmen, 6.
18, Bœotiens.—En 394, à Coronée. Plutarque, Agésilas.
30, Route.—En pleine déroute; comme si, précipité du haut d’une montagne, il était contraint à une descente rapide, s’exécutant en désordre et sans arrêt possible. V. N. I, 366: [Routes].
CHAPITRE XLVI.
508,
3, Galimafrée.—Terme de cuisine: sauce rapidement faite, dans laquelle il entre de la moutarde et de la poudre de gingembre; par extension, assemblage, mélange, galimatias.
5, Benoist.—Jehan était souvent, au moyen âge, employé comme synonyme de sot, innocent, badaud; on dit encore de nos jours, dans le même sens: «Jeanjean»;—Guillaume se disait parfois, comme terme de mépris, des gens dont on ne faisait pas grand cas;—Benoist et Benêt se prononçaient de même façon et avaient même signification, qu’a conservée l’épithète de «benêt», niais ridicule.
8, Guillaumes.—Quatorze rois d’Égypte portèrent le nom de Ptolémée; huit rois d’Angleterre celui de Henri; neuf rois de France, à l’époque de Montaigne, s’étaient appelés Charles; la Flandre a eu neuf de ses comtes du nom de Baudoin; l’Aquitaine, dix de ses ducs du nom de Guillaume.
10, Venu.—Guienne ne vient pas de Guillaume, mais de l’ancien nom romain du pays, Aquitania, dont on a fait d’abord Aquienne, et ensuite la Guyenne.
18, Nom.—Guillaume le Breton (conseiller intime de Philippe-Auguste), étant venu à Rouen, invita à manger chez lui, le jour de la fête de son saint patron, tous les chevaliers portant ce nom; il s’en trouva trois cents.
19, Seruiteurs.—C’est la très grande affluence de gens du même nom, se distinguant parfois, mais pas toujours, par des surnoms ou des sobriquets, qui, lors des croisades, au XIIe siècle, introduisit en France, pour permettre de s’y reconnaître, l’usage des noms de famille. Chez les anciens, ce nom n’existait pas davantage, toutefois, dans les grandes familles, le nom de l’un des ancêtres qui avait marqué était quelquefois conservé, et si ses descendants ne le portaient pas toujours, il servait néanmoins à indiquer qu’il en faisait partie, tels les Séleucides en Grèce, la gens Fabia à Rome, et même les Mérovingiens, les Carlovingiens dans l’ancienne France. Cela se retrouve encore chez les Orientaux; mais, en outre, au nom de chacun s’accole d’une façon indissoluble l’indication de qui il est fils: Atman ben Mohamed (Atman fils de Mohamed).
22, Viandes.—Spartien, Géta, 5.
25, Reputation.—«Les noms ont une très grande vertu.» Platon.—«Il faut donner de beaux noms aux enfants; un beau nom vaut mieux qu’une fortune.» Pline.
«Les noms ont efficace et puissante vertu.» Ronsard.
26, Nom.—Add. des éd. ant.: beau et.
31, Droit.—C.-à-d. ne pouvoir, à cause de son nom, nommer à un grade ou à une place un gentilhomme, bien qu’il y eût droit.
510,
1, Gascongne.—Philippe II, roi d’Espagne, ne voulut jamais rien faire pour un ecclésiastique, parce qu’il s’appelait Luther, du même nom que le célèbre réformateur.
4, Enfants.—Il importe, en effet, de ne pas donner aux enfants des noms, c’est-à-dire des prénoms ridicules qui dans leur jeune âge leur attirent des railleries de leurs camarades (cet âge est sans pitié), ce qui peut les rendre malheureux, leur aigrir le caractère, créer des inimitiés. De même de ceux qui sont susceptibles de donner lieu dans l’avenir à des contrastes trop saillants; combien de Blanche sont brunes, de Rose sont pâles.—On conte à ce propos l’anecdote des deux filles du roi d’Espagne Alphonse IX. L’une s’appelait Urraca et l’autre Blanca. Des envoyés de Philippe, roi de France, vinrent demander en mariage, pour leur maître, l’une ou l’autre de ces princesses. Urraca était l’aînée et beaucoup plus belle que sa sœur; celle-ci fut pourtant préférée parce que le nom d’Urraca avait moins bonne grâce et eût été moins bien accueilli en France. L’auteur qui rapporte ce fait, ajoute: «Qui ignore qu’en France le nom de Henri est considéré comme néfaste, en raison de la fin tragique des rois qui l’ont porté: Henri II, tué dans un tournoi; Henri III et Henri IV, assassinés»; toujours est-il qu’il n’a pas porté bonheur à celui de leurs descendants qui a pris le nom de Henri V et n’est jamais monté sur le trône.—On cite encore à ce sujet une remarque assez piquante du maréchal Pélissier: «Voyez quelle bizarrerie, dit-il, en parlant de quelques maréchaux ses compagnons d’armes: Canrobert s’appelle Certain (il était au contraire de peu de décision); Vaillant, Alexandre, et Randon, César (tous deux, administrateurs estimés, ne passaient pas pour des foudres de guerre); et moi, je m’appelle Aimable (ce qu’il était fort peu)!—Quant à l’importance des noms patronymiques, elle est bien autrement grande; ne voit-on pas, en effet, journellement, même à notre époque, nombre de grandes familles de France redorer leurs blasons et revivifier leur race par des alliances avec les filles de financiers, d’industriels et de commerçants auxquels la fortune a souri, comme du reste leurs pères avec les filles de fermiers généraux, alliances dans lesquelles le nom qu’ils tiennent d’illustres aïeux est leur seul apport!
14, Voyons.—Bouchet, de qui le fait semble tiré, dit que le jeune homme, presque un enfant, était le neveu du doyen de Notre-Dame la Grande qui s’appelait alors Saint-Nicolas. Couché avec une fille de joie, ce jeune homme apprit d’elle qu’elle se nommait Marie. Saisi de honte, il s’abstint de la toucher et eut une si grande contrition de son péché qu’il en mourut sur l’heure. En raison de la circonstance, il fut inhumé en terre profane; mais quelques jours après apparut sur sa tombe «une rose blanche sur branche verte nouvellement venue», bien que ce ne fût pas la saison. En raison de ce prodige, on exhuma le corps et l’on trouva dans la bouche un papier portant en lettres d’or le nom de Marie. On informa et ayant acquis la conviction qu’il était décédé de douleur et de repentir, on le mit en terre sainte, et en commémoration on changea le vocable de l’église, qui devint Notre-Dame.
14, Voyelle.—Vocale, orale.
16, Pythagoras.—Sextus Empiricus, Adversus Mathem., IV.
19, Spondaïque.—Monotone; ce qualificatif de spondaïque s’appliquait à un genre de musique, usité dans l’antiquité, composé de notes longues et d’égale durée.
22, Foy.—Tout ceci est dit par ironie contre les Calvinistes qui affectaient une piété excessive et donnaient à leurs enfants des prénoms tirés de l’Ancien Testament, au lieu de ceux en usage chez les catholiques.
512,
2, Cognoissance.—Il est bien regrettable que ce souhait exprimé par Montaigne, bien souvent renouvelé depuis lui, soit encore à l’état de desideratum, et qu’on continue à franciser les noms propres étrangers, aussi bien les noms d’hommes que les noms de lieux, tandis que par contre on a une tendance prononcée à employer dans le langage courant nombre de mots exotiques pour désigner des choses qui souvent ont leur nom en français. Pourquoi nous obstiner à dire Londres au lieu de London, Rome au lieu de Roma; à appeler Guillaume, Charles, au lieu de Wilhelm, de Carle, les souverains de l’Allemagne, du Portugal! Cette manie de dénaturer les noms propres n’a-t-elle pas transformé en «Pas des lanciers» un lieu dit de Provence «Pas de l’ansie» dont l’appellation, par sa signification, «pas de l’angoisse, passage difficile», en expliquait la nature, et combien d’autres dans le même cas.
12, Eschappé.—La maison régnante de France était celle des Valois qui prit fin avec Henri III et descendait de Charles de Valois, fils cadet de Philippe III, petit-fils par conséquent de saint Louis, branche indirecte des Capétiens dont le point de départ, remontant déjà à trois siècles, était certainement ignoré alors de beaucoup. Et il en était de même en ce qui concernait Henri IV qui allait succéder à Henri III et tenait également ses droits de saint Louis d’une façon tout aussi indirecte du fait de son sixième fils Robert de Clermont, sire de Bourbon. On connaissait les Valois et les Bourbons, on n’avait plus guère souvenir de la manière dont ils se rattachaient aux Capétiens.
20, D’autres.—Elles sont nombreuses, en effet, les familles qui se croient ou se disent issues de sang royal: rien qu’en Gascogne, les Montesquiou, les Montlezun, les Pardailhan, les Comminges se font descendre de la première race. Mais il y en a ailleurs en France, et un peu partout: les de Croy se disent venir des rois de Hongrie; les Carrion Nisas, des rois d’Aragon; les Commène, les Lascaris, des empereurs d’Orient; les Montmorency ont une tradition mérovingienne; plusieurs princes russes, d’origine tartare, se donnent comme descendants de Gengis Khan, etc., etc..., car ils sont légion. Qu’ils soient ou non de bonne foi, en dehors des origines qu’ils avouent et de celles qu’ils n’avouent pas, de combien d’autres non moins illustres, tout comme un chacun du reste, ne seraient-ils pas en droit de se targuer, s’ils les connaissaient? Le calcul ne démontre-t-il pas qu’en France, à raison de trois générations par siècle, tous nous avons dans les veines le sang de vingt millions de contemporains de l’an mil; à qui donc à ce compte peut-on dénier d’avoir au moins un prince dans ses alliances, tout en laissant de côté les liens de parenté que nous pouvons revendiquer du fait d’Adam et Ève, nos ancêtres communs?
514,
4, Face.—Voir pour la signification de ce langage héraldique la notice sur les illustrations.—Montaigne était fort épris de ses armoiries; il les laissa, ainsi qu’il le relate dans le Journal de ses voyages, à Plombières, Augsbourg et dans plusieurs autres villes; à Pise, il les fit «blasonner et dorer avec de belles et vives couleurs», les encadra et les cloua au mur de sa chambre «sous la condition qu’elles y resteraient; son hôte le lui promit et en fit serment». A sa mort, n’ayant point d’héritier mâle, il les légua à Charron, devenu son ami.
23, Procez.—Allusion au Jugement des voyelles de Lucien, où la consonne grecque Σ (sigma) porte plainte, devant les sept voyelles, contre Τ (tau), autre consonne, pour vol et violence, cette dernière la dépouillant de nombre de mots dans lesquels Τ s’est introduite, alors qu’ils se prononcent comme si c’était elle, Σ, qui entrait dans leur composition, ce qui se retrouve, du reste, dans notre langue où, fréquemment, t se prononce comme c, s ou z, ce qui est même une des modifications que poursuivent ceux qui, de nos jours, préconisent la réforme de l’orthographe.
26, Bon.—C.-à-d. ceci est important.
28, Connestable.—Ce nom que nous écrivons Guesclin, se trouve écrit dans les actes publics de l’époque: Glecquin, Gléaquin, Glayaquin, Glesquin, Gleyquin, Claikin, etc... Michelet.—En dehors des formes que signale Montaigne, Ménage en a relevé nombre d’autres: Guéclin, Gayaquin, Guesquinius, Guesclinius, Guesquinas, etc...—Dans ses Mémoires, III, 70, Froissart rapporte, sur l’origine de Duguesclin et de son nom, qu’un chevalier breton lui conta qu’au temps où Charlemagne combattait en Espagne les rois maures qui en étaient les maîtres, l’un de ces rois, du nom d’Aquin, passa par mer en Bretagne, débarqua à Vannes, conquit le pays et, pour affermir sa conquête et au besoin assurer sa retraite, construisit non loin de là, sur le bord de la mer, une tour «moult belle», qu’on appela le Glay. Charlemagne, de retour de son expédition, se porta contre Aquin qui, vaincu, s’enfuit en si grande hâte, qu’en se rembarquant, il oublia un de ses enfants qui dormait dans la tour. L’enfant fut porté à Charlemagne qui le fit baptiser; Roland et Olivier furent ses parrains; et, en souvenir de ces diverses circonstances, il reçut le nom d’Olivier du Glay-Aquin et de lui serait issu Bertrand du Guesclin. V. N. I, 32: [Auuergne].
30, D’Alsinois.—François Ier avait fait à son sujet cet assez mauvais jeu de mots: «Pauvre comte qui ne possède que six noix.»
34, Escrits.—Le surnom de Lenis (doux) que Suétone, Othon, 10, semble donner à son père, paraît résulter d’une erreur de la part de ceux qui ont lu de la sorte. Le manuscrit où cela se lit, est avarié en cet endroit et certains estiment que ce qui s’y lit n’est que la fin du mot Paulinus, dont la première syllabe a disparu; de fait un Suétone Paulinus, personnage cité par d’autres écrivains, se trouve dans les conditions à être le père de l’auteur des Douze Césars.—Quant au surnom de Tranquillus, c’était bien effectivement celui de Suétone; Pline le Jeune, dans ses lettres, suivant l’usage des Romains, le désigne souvent par ce seul surnom.
516,
16, Laconum.—Ce vers, traduit du grec par Cicéron, est le premier de quatre vers élégiaques qui furent gravés au bas de la statue d’Épaminondas. V. N. III, 18: [Epaminondas].
19, Queat.—Fragment, également rapporté par Cicéron, de l’épitaphe que fit Ennius pour le grand Scipion, le premier, l’Africain, dont il était le familier.
CHAPITRE XLVII.
518,
3, Parler.—C.-à-d. on a toute liberté de parler, ou, on peut parler à son aise.
9, Sainct Quentin.—En 1577; bataille livrée par le connétable de Montmorency aux Espagnols assiégeant Saint-Quentin. Le connétable y fut battu et fait prisonnier avec une foule de seigneurs, toute son artillerie et 4.000 hommes; pareil nombre demeura, en outre, sur le champ de bataille. Le duc de Savoie, qui commandait l’armée ennemie, voulait marcher sur Paris. Philippe II s’y opposa et fit continuer le siège. La ville, défendue par l’amiral de Coligny avec fort peu de moyens, fit une défense admirable et fut prise d’assaut après dix-sept jours d’attaque, alors que son enceinte était percée de onze brèches. En retenant aussi longtemps l’adversaire, elle sauva le royaume en permettant de reconstituer la résistance.
24, Guerre.—C’est cette même idée qui faisait dire à quelqu’un qu’«un général qui remporte des victoires dont tout le fruit est pour ceux qui vendent des crêpes et du drap noir, n’a pas grand mérite et ne rend pas grand service».
27, Vaincre.—Plutarque, César, 11.—En 48. César et Pompée s’y trouvaient en présence, mais dans des conditions bien différentes: Pompée, avec toute son armée et dans la plus complète abondance, parce qu’il était maître de la mer; César, avec peu de monde et en proie à la disette, parce que, pour atteindre son adversaire et le fixer, il avait fait diligence, devançant le gros de ses troupes demeuré à Brindisi, de l’autre côté de l’Adriatique, prêt à s’embarquer pour le joindre, mais attardé par le mauvais temps et le manque de bateaux.
35, Sociale.—Cette guerre (91 à 87) eut lieu entre Rome et ses alliés d’Italie, et en particulier les Marses, qui revendiquaient le bénéfice de leur alliance et entre autres le droit de cité qu’ils obtinrent. Tout en les combattant, Marius était avec eux de cœur et les épargnait dans la mesure du possible pour se les concilier, car déjà sa rivalité avec Sylla avait commencé.
520,
5, Mort.—En 1512. Bataille gagnée sur les Espagnols et les troupes du Pape, par les Français commandés par Gaston de Foix qui y périt en dirigeant une charge contre l’infanterie espagnole qui se retirait en bon ordre; elle fut une des plus sanglantes de cette époque en Italie. Outre leur général, les vainqueurs y perdirent 6.000 hommes; les vaincus 12.000, leur artillerie et leurs bagages. Ses résultats furent nuls en raison de la désorganisation qui régnait dans notre armée, en proie, faute de solde, à l’indiscipline et à la désertion.
7, Serizolles.—En 1544. Cette bataille gagnée avec des forces inférieures par les Français, commandés par le duc d’Enghien sur les Impériaux sous les ordres du marquis du Guast, qui y perdirent 12.000 hommes, leurs canons et leurs bagages, n’aboutit qu’à une trêve de trois mois, l’invasion de nos frontières de Champagne et de Picardie ayant obligé au prélèvement d’un fort contingent sur notre armée de Piémont.
10, Necessitatis.—C’est ce que Montaigne vient de dire en français.
17, Malheur.—L’an 419; Agis Ier était roi de Lacédémone et Pharax, un des membres du conseil de Sparte, l’assistait plutôt pour lui dicter sa conduite dans les cas graves que pour émettre de simples avis. Diodore de Sicile, XIII, 25.
20, Mourut.—En 528. Lancé à la poursuite de son adversaire en fuite, Clodomir ne s’aperçut pas qu’il était bien en avant des siens, et, entendant à quelque distance retentir son cri de guerre, il y alla; c’était un piège, il tomba au milieu d’ennemis qui le massacrèrent sur place.
24, Cæsar.—Suétone, César, 67.
27, Xenophon.—Cyropédie, IV, 4.
29, Cheres.—Justin dit des Scythes qu’ils ne faisaient usage de l’or et de l’argent que pour en ornementer leurs armes.—Cet usage des Asiatiques, notamment des Perses, de se faire ainsi accompagner de leurs familles et de leurs serviteurs à la guerre, grossissait considérablement leurs armées, où le nombre des non combattants excédait souvent de beaucoup celui des combattants, ainsi que ce fut également le cas lors des invasions des Barbares dans les derniers siècles de l’Empire romain. Cela ralentissait leur marche, compliquait leur ravitaillement, mais n’influait guère sur le gain ou la perte de la bataille, parce qu’on combattait toujours de front, sans jamais manœuvrer; aujourd’hui la chose serait impossible. Par contre toute défaite sérieuse se transformait alors en un véritable désastre, ainsi qu’il arriverait immanquablement aussi en ces temps-ci, à qui se ferait suivre de pareils impedimenta.
34, Samnites.—De 343 à 290. Ces peuples ne se faisaient cependant pas remarquer par leur luxe et l’affirmation de Montaigne à leur sujet est hasardée; ils étaient surtout adonnés à la vie pastorale et à la guerre; comme caractéristique, les filles les plus belles, les plus vertueuses et les plus riches étaient chez eux le prix de services rendus à la patrie.
35, Antiochus.—Aulu-Gelle, V, 5. Après avoir repris aux Égyptiens des provinces perdues par ses prédécesseurs et conquis l’Asie Mineure, Antiochus le Grand, roi de Syrie, était passé en Grèce, quand les Romains, qu’il avait indisposés en donnant asile à Annibal, appelés par les vaincus à leur secours, le battirent aux Thermophyles (191) et, l’année suivante, à Magnésie (Asie Mineure).
522,
3, Battaille.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
10, Vitellius.—Plutarque, Othon, 3. Ou plutôt à ses lieutenants Cecina et Valens qui commandaient en son absence et gagnèrent pour lui la bataille de Bébriac (69), que les troupes de son adversaire s’étaient difficilement décidées à accepter et après laquelle Othon se donna la mort. C’est en visitant ce champ de bataille, quelques jours après le combat, qu’il prononça ces horribles paroles: «Le corps d’un ennemi mort sent toujours bon.»
26, Meslée.—Cette question qui pouvait avoir sa raison d’être jadis, alors que le corps à corps était à peu près l’unique mode de combat, ne se pose plus aujourd’hui où l’action se livre la plupart du temps à des distances telles que l’on se distingue à peine, si bien que parfois amis et ennemis se prennent les uns pour les autres, agissent en conséquence et n’arrivent à se reconnaître que lorsque le mal est fait.
524,
1, Iournée.—Plutarque, Pyrrhus, 8; le texte grec porte Mégaclès.—En 278, à la bataille d’Asculum. Ayant observé qu’il était l’objet d’attaques personnelles de l’ennemi, Pyrrhus avait donné son manteau et ses armes à Mégaclès, un de ses amis, dont lui-même avait pris l’armure. Ces attaques se poursuivant, Mégaclès, qu’on prenait pour le roi, finit par succomber, et la nouvelle de la mort du roi se répandant, faillit compromettre le succès de la journée: l’ardeur des Romains s’en accrut, tandis que les siens s’en trouvaient découragés, ce qui amena Pyrrhus à se multiplier en combattant à découvert pour que chacun fût à même de constater qu’il existait encore. V. I, 494 et N. [Italie].
3, Particuliere.—Nelson, au combat de Trafalgar (1805), paré de toutes ses décorations, était facilement reconnaissable.—Henri IV se distinguait également bien au milieu des siens: «Si vous perdez vos enseignes, cornettes ou guidons, ralliez-vous à mon panache blanc, leur disait-il, à la bataille d’Ivry (1590); vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire.»
4, Gilippus.—Diodore de Sicile, XIII, 33.—Ce qualificatif de grand attribué à Gylippe ne s’explique guère, à moins que ce ne soit par ironie. A la vérité, il battit les Athéniens à Syracuse, mais condamné à mort pour s’être approprié une partie des contributions de guerre qu’il devait transporter à Sparte, il fut contraint de s’expatrier pour échapper au supplice. Son père, Cléarque, s’était trouvé dans le même cas. En dehors de cela, dit Plutarque, tenus tous deux pour d’excellents hommes (Ve siècle).
5, Pharsale.—Plutarque, Pompée, 19.—L’an 48. César y remporta sur Pompée une victoire décisive qui fut bientôt suivie du meurtre de ce dernier en Égypte, où il allait chercher asile.—César, De Bello civ., III, 17, blâme aussi Pompée de la faute qui lui est reprochée ici.
21, Haleine.—A l’époque actuelle où l’armement est tout autre et où, au combat, on manœuvre beaucoup plus que par le passé, l’offensive surexcite le soldat, accroît son moral, lui masque ses pertes, est dans le cas de surprendre l’ennemi, de faire que ses réserves immobilisées ou retardées n’arrivent pas à temps, l’empêchent de modifier, comme il conviendrait, son ordre de bataille.—La défensive-offensive qui consiste à laisser venir l’adversaire se briser contre une position favorable, dont les avantages naturels ont pu encore être accrus par les travaux qu’on a pu exécuter, puis à prendre à son tour l’offensive contre lui, quand il est épuisé, est théoriquement ce qu’il y aurait de mieux, si, à la guerre, on était maître des événements. Mais l’attaque se produit si souvent dans une direction autre que celle où on l’attend, l’offensive est si difficile à reprendre au moment précis où il faudrait qu’elle se produise, que ce procédé est inférieur à l’offensive pure et simple.—Quant à la défensive de parti pris, sans la ferme résolution de passer à l’offensive en cours d’action, elle a grande chance d’insuccès, et, dans les cas les plus favorables, ne mène à rien.
Bien des facteurs, du reste, entrent en ligne de compte pour décider de l’attitude à prendre, alors même qu’elle n’est pas imposée, entre autres par les effectifs dont on dispose, l’état moral des troupes, les conditions de réapprovisionnement; d’une façon générale, le mauvais temps favorise la défensive et est préjudiciable à l’offensive: un terrain facile et découvert également, c’est l’inverse si le terrain est coupé et couvert, sous réserve cependant qu’il ne soit pas tellement difficile qu’on ne puisse s’y mouvoir et que la défense n’ait eu le temps d’atténuer les inconvénients qu’il présente pour elle, par des travaux appropriés.
Enfin, il est à observer qu’aujourd’hui, avec la puissance et la vitesse du feu de l’infanterie, il est presque impossible de donner, en ayant chance de succès, l’assaut à une ligne ennemie qui déjà n’a pas été notablement désorganisée par celui auquel elle-même a été en but, pendant un temps plus ou moins long, en vue de la préparation de l’attaque.
25, Perses.—A la bataille de Cunaxa (401), entre Artaxerxès II dit Memnon, roi des Perses, et Cyrus le Jeune, son frère, qui voulait le détrôner et qui y périt, tué de sa propre main, tandis que les Grecs, qu’il avait pour auxiliaires, remportaient pour lui la victoire, que sa mort rendit stérile, les obligeant, pour rentrer, dans leur pays, à cette retraite célèbre connue sous le nom de retraite des Dix mille. V. N. I, 396: [Païs].
31, Trait.—Xénophon, Anabase, I, 8.
33, Sus.—Plutarque, Préceptes du mariage, 34.—Ce principe est encore vrai, mais son application délicate; et seul peut espérer réussir qui sait apprécier sainement le pour et le contre au moment même de l’exécution.
526,
1, D’eslire.—C.-à-d. dans le cas de choisir.
2, Terres.—C’est à ce dernier parti qu’il s’arrêta. Charles-Quint revenait d’Afrique, et François Ier avait profité de son éloignement pour renouveler ses tentatives sur le Milanais. L’empereur entra en Provence avec 50.000 h. Le connétable de Montmorency, chargé de lui résister, fit le vide autour de lui, détruisant tout dans le pays, attaquant ses convois, si bien que l’armée impériale, en proie à la famine, dut lever le siège de Marseille et repasser la frontière; son état d’épuisement fut tel, qu’arrivé à Nice, Charles-Quint conclut une trêve de dix ans, qui, de fait, n’en dura que six (1536).
6, Gast.—Desgast, comme portent les éditions antérieures à 1588.
7, Paisant.—L’habitant du pays, la population.
23, Est-ce.—Quoi qu’il en soit, toujours est-il que le roi se décida à rappeler.—Tout ce qui suit est tiré presque mot pour mot d’un discours que François Ier tint en conseil et qui est rapporté par du Bellay, VI.
26, Planté.—Abondance, du latin plenitas, d’où viennent plein, plénitude.
528,
4, Party.—Attendre l’ennemi chez soi, peut être avantageux quand le territoire qu’on cède ainsi est pauvre et vaste, que l’ennemi ne pourra y trouver facilement à vivre, que ses lignes de communication s’allongeront outre mesure, comme en Russie en 1812, ou encore que, de peu de ressources, la population y est par surcroît fanatisée comme en Espagne en 1808; dans le cas contraire c’est presque toujours une faute. En 1536, la Provence était peu riche, et en outre elle ne mène à rien; de plus, à cette époque toutes ses villes étaient fortifiées et en état de résister aux moyens d’attaque d’alors.—Mais on n’est pas toujours libre d’agir comme on le voudrait. Aujourd’hui, il faut s’attendre plus que jamais à voir les hostilités éclater sans déclaration de guerre préalable, comme ont eu lieu en février 1904 les attaques simultanées des Japonais contre Port-Arthur et Tchemulpo; et, étant donné la rapidité avec laquelle on peut entrer en opérations, on est exposé d’un moment à l’autre, en pleine paix, à une invasion que rien ne faisait prévoir alors que déjà elle s’est produite. En présence de l’intérêt qu’il y a à n’être point surpris de la sorte, à rendre impossible toute tentative de cette nature qui trouble la mobilisation, stérilise une partie de vos ressources en hommes et vous enlève toutes autres que présente le territoire envahi, causant en outre un effet moral désastreux dans le pays tout entier; quand on a une frontière, comme notre frontière de l’Est, ainsi menacée de l’irruption soudaine de 111.000 hommes, 10.000 sabres, 888 pièces d’artillerie dont plus de 150 de grosse artillerie (obusiers de 150 et mortiers de 210) capables d’avoir raison de nos forts les plus solidement construits, à laquelle nous ne pouvons opposer que 52.000 hommes, 8.000 sabres et 388 pièces d’artillerie de petit calibre (165 bataillons, 72 escadrons, 148 batteries à effectifs renforcés contre 104 bataillons, 68 escadrons, 89 batteries à effectifs réduits), au total moitié moins; que de plus la forme de notre gouvernement ne nous permet pas de la prévenir et qu’elle ferait tomber, sans coup férir, dès la première heure entre les mains de l’adversaire une ville aussi considérable que Nancy et un territoire aussi populeux et riche que ce qui nous reste de la Lorraine, semblable éventualité est à prévoir et le devoir est de parer à cette situation, en augmentant le nombre des unités de combat que nous avons sur cette frontière, en portant et maintenant constamment ces unités à leurs effectifs de guerre, et construisant autour de Nancy quelques ouvrages non pour en faire une place forte, mais pour la mettre, vu la proximité de la frontière, à l’abri d’un coup de main.—Pour Nancy, c’est uniquement affaire d’argent; pour le relèvement de nos forces, il faudrait supprimer nombre de nos garnisons de l’Ouest et du Sud-Ouest et réorganiser en partie notre état militaire en réduisant à deux dans les régiments d’infanterie des corps d’armée de l’intérieur le nombre des bataillons, en substituant aux brigades de cavalerie de corps de simples régiments, réduisant d’un groupe les régiments d’artillerie de corps, et, avec les économies en hommes, chevaux, bataillons, escadrons et batteries ainsi réalisées, renforcer les effectifs des troupes de l’Est et augmenter le nombre de leurs unités de combat. Il faut, en un mot, placer à demeure sur cette frontière le tiers, la moitié si le tiers ne suffit pas, de notre armée du temps de paix, ne laissant à l’intérieur que des embryons qui ne prendront corps qu’à la mobilisation, par l’incorporation des réserves. Le fera-t-on? Jamais, nous sommes trop veules pour cela; des raisons de politique intérieure interviendront encore, comme toujours: on fera sonner bien haut les dépenses résultant de la construction de nouveaux casernements; les engagements pris vis-à-vis des localités auxquelles on enlèverait ou dont on diminuerait les garnisons; on redoutera leur mécontentement et les conséquences que cela peut avoir pour leurs élus du moment. Ce sera comme pour les sous-préfectures: tout le monde est d’accord sur l’inutilité d’un aussi grand nombre, mais personne ne concède que la sienne soit de celles qui sont à supprimer et toutes demeurent.
9, Sien.—Pour obliger Annibal à évacuer l’Italie méridionale qu’il occupait depuis quatorze ans, Scipion l’Africain passa en Afrique. Carthage menacée rappela ses troupes d’Italie, et bientôt après, la deuxième guerre punique se terminait par la victoire de Zama que Scipion remportait sur Annibal (202).
11, Contraire.—La Sicile était peuplée de colonies grecques de race dorienne et ionienne, les unes clientes de Sparte, les autres d’Athènes. Pendant la guerre du Péloponnèse, les premières profitèrent des embarras de celle-ci pour opprimer les secondes; aussi les Athéniens, qui avaient l’arrière-pensée de s’annexer la Sicile, n’hésitèrent-ils pas à intervenir quand, en 421, venant de signer avec Sparte une trêve de cinquante ans, ils eurent leurs coudées franches; mais cela ne leur réussit pas. V. N. I, 524: [Gilippus]; N. II, 424: [Sicile].
12, Soy.—Agathocle, assiégé dans Syracuse par les Carthaginois, équipa une flotte, en déroba la sortie à ses ennemis, aborda en Afrique, brûla ses vaisseaux pour mettre ses soldats dans la nécessité de vaincre, et, par cette diversion, obligea Carthage à rappeler ses troupes de Sicile (310).—Héraclius, empereur d’Orient, se trouva également bien de quitter Constantinople menacé par les Perses, pour aller porter la guerre chez eux (622).
28, Engage... aussi.—Var. des éd. ant.: n’est pas plus incertaine et temeraire que.
CHAPITRE XLVIII.
530,
4, Romans.—C.-à-d. les auteurs qui écrivent en roman. La langue romane a pris naissance au moyen âge; elle était alors dénommée «le nouveau langage», et est, à proprement parler, l’origine de la langue française.
5, Equos.—Les chars romains s’attelaient généralement à trois chevaux de front: un dans les brancards, funalis ou d’attelage, les deux autres en dehors, à droite et à gauche; ces deux derniers, ou l’un d’eux seulement, étaient parfois montés. Montaigne appelle celui de droite dextrarius; ce mot ne se trouve que chez certains auteurs du moyen âge.—Les desultorii étaient des chevaux de selle accouplés, desquels on passait, on sautait, comme l’indique leur nom, de l’un sur l’autre.
9, Gendarmes.—Le gendarme était anciennement l’homme de guerre, à cheval, armé de toutes pièces et accompagné de ses suivants; ici ce mot désigne les cavaliers numides.
23, Coustillier.—Valet qui portait la coustille (sorte d’épée ou de long poignard) et se tenait près de l’homme d’armes.
24, Maistre.—Hérodote, V.—La manière de faire du cheval d’Artibius était connue, et l’écuyer d’Onésilus l’avait rassuré en lui disant qu’il se chargeait de l’animal. Le fait se passait en 493, au début de la première guerre médique; Artibius fut tué, mais dans ce même combat périt Onésilus.
28, Vray.—Ce cheval s’appelait Savoye; c’était, dit Philippe de Comines, le plus beau cheval de son temps; il avait 29 ans; un poète de l’époque lui a consacré des vers. A cette même bataille de Fornoue (1495), le cardinal archevêque de Lyon demeura constamment près du roi, à cheval, la mitre en tête et la croix à la main.
35, Bons hommes de.—Var. de 80: bien à.
532,
2, Carriere.—Faire prendre carrière à un cheval, c’était, en langage des gens de cheval du temps, le faire galoper à toute vitesse.—Plutarque, César, 5.
7, Toreau.—D’où son nom «Tête de taureau». Alexandre était de première jeunesse quand ce cheval vint en sa possession, lui-même le dompta et dressa; l’animal ne se laissait monter que par lui et à plusieurs reprises il sauva la vie à son maître en le tirant de la mêlée; il mourut vers 17 ou 18 ans, de fatigue suivant les uns, suivant d’autres de blessures reçues à la bataille livrée contre Porus. Alexandre le fit enterrer et sur l’emplacement éleva une ville qu’il appela Bucéphalie. Bucéphale avait été acheté treize talents (65.000 fr.); on peut rapprocher ce prix de ceux payés de nos jours pour un cheval de course, Gladiateur, et un taureau, Duke of Connaught, vendus aux enchères le premier 200.000 fr., le second 118.125 fr. Disons encore qu’il y a un siècle et demi, en 1764, d’Eclipse, le père de tous les chevaux pur sang anglais, il a été refusé 300.000.
12, Venus.—Suétone, César, 61.
15, Platon.—Lois, VII.
15, Pline.—Liv. XXVIII, 4.
17, Xenophon.—Cyropédie, IV, 3.
17, Loy.—Add. des éd. ant.: de Cyrus.
18, Iustinus.—Liv. XLI.
29, Combat.—Quand le sort des armes était douteux, dit Suétone, César, 60, il renvoyait tous les chevaux, à commencer par le sien, afin d’imposer à ses soldats l’obligation de vaincre, en leur ôtant les moyens de fuir.—Dans les temps modernes, les régiments de dragons ont été créés dans ce double but de pouvoir combattre soit à cheval, soit à pied; actuellement, toute la cavalerie (les cuirassiers exceptés, qui n’ont d’autre raison d’être que la gloriole des potentats du jour de les voir leur servir d’escorte) est dressée en vue de semblable utilité.
29, Tite-Liue.—Liv. IX, 22.
33, Grand Seigneur.—Appellation sous laquelle on désignait le sultan de Constantinople.
534,
1, Anglois.—La guerre de Cent Ans, commencée en 1337 sous Philippe VI de Valois, à l’occasion de la protection accordée par Édouard III, roi d’Angleterre, à Robert, comte d’Artois, condamné par les Pairs de France à la perte de son comté, entremêlée de trêves, et terminée après de nombreux combats et fortunes diverses par l’expulsion hors de France, en 1453, des Anglais qui, au début, y possédaient de nombreux fiefs, l’Anjou, la Guyenne, etc., représentant à un moment beaucoup plus que ce qui demeurait à la France elle-même.
1, Assignées.—Ayant lieu pour ainsi dire de commun accord, d’où le nom de batailles rangées où chacun des adversaires avait pris ses dispositions essentielles de combat avant le commencement de l’action; la guerre de Cent Ans en fournit de nombreux exemples cités par Froissart. Ce qui jadis était presque de règle, est devenu aujourd’hui l’exception; on cherche surtout maintenant à surprendre l’ennemi, et la victoire s’obtient plus par les mouvements subséquents opérés une fois l’action engagée, que par suite des dispositions préliminaires conduites fréquemment davantage en vue de tirer profit de la victoire que de la remporter.
5, Xenophon.—Cyropédie, IV, 3.—Chrysanthe, seigneur perse, fut, auprès de Cyrus, le promoteur de l’usage qui s’établit chez ce peuple, de ne se déplacer qu’à cheval, au point de trouver déshonorant d’aller à pied, sauf le cas de force majeure.
19, Respondre.—C.-à-d. les armes les plus courtes sont les meilleures, ce que corroborait cet adage du temps: «A vaillant homme, courte épée.» Cette assertion n’est vraie que pour le combat corps à corps; exacte pour les guerres anciennes, elle ne l’est plus pour les guerres actuelles, où cette sorte de combat se fait de plus en plus rare.
22, Rouët.—L’un des moyens employés à cette époque pour l’inflammation de la poudre dans les armes à feu portatives, consistait en un silex (pierre à fusil), dont on tirait des étincelles par l’action d’une roue en acier, dite rouet.
29, Nostres.—L’auteur avait vraisemblablement l’intention de traiter ultérieurement en détail cette question des armes; il ne l’a pas fait et s’est borné à cette addition insérée dans l’édition de 1595 qu’on trouve quelques lignes plus bas, commençant à ces mots: «Celle de quoy les Italiens» pour se terminer à ceux-ci: «representoient de bien pres nos inuentions».
32, L’vsage.—On ne prévoyait pas à ce moment à quel degré de puissance et de rapidité de tir en arriveraient canons et fusils; nul doute qu’aujourd’hui Montaigne ne penserait pas ce qu’il dit de leurs effets et de leur abandon.
32, Italiens.—Les Italiens des temps anciens, avant même la fondation de Rome, ainsi qu’il ressort de la citation de Virgile, qui se rapporte à des événements antérieurs à cette fondation et fait expressément mention de cet engin de guerre.
34, Iaueline.—Sorte de trait pouvant être lancé à la main, qui se distinguait du javelot par une plus grande longueur de hampe ou hante, comme on disait et écrivait alors.
536,
14, Destinassent.—Cette adresse évoque le souvenir d’Aster, habile archer qui, au siège de Méthone (Macédoine), creva l’œil droit de Philippe de Macédoine avec une flèche sur laquelle était écrit, dit-on: «Aster, à l’œil droit de Philippe.» A quoi le roi répondit en en faisant lancer dans la place une autre portant: «Si Philippe prend la ville, Aster sera pendu»; ce qui eut lieu (353).—Ou encore, celle de Guillaume Tell abattant d’une flèche une pomme placée sur la tête de son fils (1307), fait discuté qui se retrouve également dans les légendes du Danemark.
17, Asie.—Les Galates, mélange de Gaulois et de Grecs qui, en l’an 278, envahirent l’Asie et s’établirent dans la partie N. de l’Asie Mineure.
24, Retraitte.—Effectuée après la bataille de Cunaxa. V. N. I, 396: [Païs]; I, 524: [Perses].
28, Armé.—Xénophon, Anabase, V, 2.
28, Engeins.—Catapultes qui lançaient des pierres énormes et des pièces de bois dont la tête était armée de fer et dont la longueur atteignait jusqu’à 15 pieds (5 mètres). Elien, Var. Hist., VI, 12, en attribue l’invention à Denys; Diodore de Sicile, XIV, 42, se borne à dire qu’elle fut inventée de son temps à Syracuse; Pline, VII, 56, dit que ce furent les Syro-Phéniciens qui s’en servirent les premiers.
31, Inuentions.—Au temps de Montaigne, les armes à feu commençaient à faire leur apparition. L’arquebuse n’excédait guère en portée l’arbalète, une centaine de mètres, sa justesse était moindre, elle lui était encore plus inférieure sous le rapport de la rapidité du tir; le canon avait un effet notablement supérieur aux balistes et ses boulets de pierre portaient à plusieurs centaines de mètres, un kilomètre, tandis que les quartiers de roche que lançaient celles-ci allaient à peine à cent ou cent cinquante mètres.—Aujourd’hui le fusil, sous un angle de 32°, porte à 3.600m; avec la hausse de 400m, il atteint de 0m à 400m tout homme debout ou à genou; l’écart à cette distance n’est que de 0m,12 (à 800m, de 0m,30); sa balle, à cette même distance de 400m, pénètre de 0m,60 dans de la terre, traverse une lambourde de sapin de même épaisseur et une plaque de fer de 0m,005; la vitesse du tir peut atteindre 12 coups par minute... Le canon de campagne, du calibre de 0m,075, a sous un angle de 17 une portée de 6 kilomètres; son écart à 2 k. est de 10m; à la même distance son obus à mitraille traverse sans se rompre un mur de maçonnerie de 0m,50 d’épaisseur; indépendamment de ses fragments d’enveloppe, il projette en éclatant 180 balles qui, à 200m du point d’éclatement, sont encore meurtrières; sa vitesse de tir peut atteindre seize coups par minute. Les pièces de la marine, pour ne prendre que le canon de 0,305, et il en est de calibre supérieur, ont une portée qui atteint 12 kilomètres; le Variag, lors de la guerre russo-japonaise, a été coulé à la distance de 6 kilomètres; leurs projectiles percent des cuirasses d’acier de 0m,28 d’épaisseur et ils peuvent tirer jusqu’à trois coups en cinq minutes.—Quant aux effets de destruction des engins dont usèrent les anciens, si ingénieusement conçus et si puissants qu’ils aient été, peuvent-ils être comparés pour leurs effets aux énormes projectiles incendiaires de nos jours, qui, chargés de cent à cent cinquante kilos de mélinite (la mélinite est six à huit fois plus brisante que la poudre), qui écrasent les voûtes de maçonnerie de plusieurs mètres d’épaisseur les plus solidement construites, formant en éclatant des entonnoirs qui ont jusqu’à cinq ou six mètres de profondeur et dix ou douze de diamètre; ou à ces torpilles dont une seule suffit pour anéantir en quelques minutes ces colosses que sont les cuirassés d’escadre dont quelques-uns jaugent jusqu’à 18.000 tonneaux, portent un millier d’hommes et coûtent trente millions et au delà!
32, Sur sa mule.—Var. des éd. ant.: à cheual.
33, Paris.—Et ailleurs, aj. les éd. ant.
538,
1, Gascons.—Monstrelet, I, 66; il y joint les Lombards.
4, Mots.—Add. des éd. ant.: Ie ne sçay quel maniement ce pouuoit estre, si ce n’est celuy de noz passades (les carrousels de nos jours).
4, Suede.—César, De Bello Gall., IV, 1.—Il s’agit des Suèves, peuple de Germanie, devenus plus tard les Souabes. Les Bretons, dit César quelques lignes plus bas, avaient un usage semblable.
11, Autresfois.—Dans son voyage en Italie, en 1581, à Rome, du fait d’un Italien qui avait été longtemps esclave en Turquie.
19, Alphonce.—Alphonse XI, roi de Léon et de Castille.
22, D’argent.—Le marc de Castille était de 230 gr., d’une valeur par suite de 46 fr. de notre monnaie, abstraction faite de la plus-value de l’argent à cette époque.
28, Mules.—En Judée, au temps des Hébreux, l’âne servait de monture aux personnages les plus considérés, c’était d’ailleurs la mieux appropriée à la configuration accidentée du pays; c’est sur un âne que Notre-Seigneur fit à Jérusalem l’entrée triomphale que l’Église célèbre le dimanche des Rameaux.—Par contre, dans les pays musulmans où le Juif est un objet de mépris, monter un cheval ou un mulet lui sont interdits; l’âne est la seule monture qui lui soit tolérée. Dans ces mêmes pays, il n’y a pas longtemps encore, un chrétien ne pouvait davantage aller à cheval.
28, Xenophon.—Cyropédie, III, 3.
540,
2, Metellus.—En 118. «Boire leur urine et celle de leurs chevaux ne leur réussit pas; ils excitaient par là leur soif plus qu’ils ne l’apaisaient, et cela leur occasionna des souffrances que le vainqueur lui-même ne les eût pas contraints à endurer.» Valère Maxime, VII, 6.
9, Indes.—Les Indes occidentales; nom donné à l’Amérique lors de sa découverte.
13, Viandes.—Vivres, du latin vivandus, qui sert à vivre. V. N. III, [550].
16, Deçà.—Les Indes orientales; l’Hindoustan actuel.
20, Seul.—Arrien, Hist. Ind., 17.
23, Rutilianus.—Ou plutôt Rullianus, Tite-Live, VII, 30.—En 322, Papirius Cursor étant dictateur. L’idée première d’enlever leurs brides aux chevaux vint de L. Cominius, tribun militaire. Ce combat, où les Romains eurent l’avantage et où périt, dit-on, 20.000 ennemis, fut livré par Fabius, maître de la cavalerie, en l’absence et contre les ordres de Papirius Cursor qui, à l’exemple de Manlius, voulut punir cette désobéissance; et, malgré son nom et sa victoire, Fabius eût payé de mort ce succès, si Rome, toute entière, ne s’était employée à fléchir le dictateur.
34, Transcurrerunt.—Tite-Live, XL, 40.—L’an 180; cette mesure procura cette fois encore le résultat attendu, la cavalerie romaine rompit les Celtibériens contre lesquels s’était brisée l’infanterie et fixa la victoire en faveur de Rome.—A Waterloo, en 1815, la cavalerie anglaise chargeant la nôtre lors de notre première attaque du plateau de Mont Saint-Jean, avait aussi enlevé, dit-on, les gourmettes à ses chevaux.
542,
1, Delices.—Les Tartares font, avec le lait de jument fermenté, une boisson enivrante appelée kumisse, qu’on a employée parfois en Europe comme médicament.
3, Langue.—Cette servitude, qui avait commencé vers le milieu du XIIIe siècle, se maintint jusque vers la fin du XVe.
7, Vitale.—Dans la campagne de Russie de 1812, on a vu des blessés se réfugier dans l’intérieur de chevaux morts.
8, Tamburlan.—En 1402, à la bataille d’Ancyre (auj. Angora), en Asie Mineure, où Bajazet, sultan de Constantinople, fut battu et fait prisonnier par Tamerlan Mogol qui, dit-on, mais le fait semble controuvé, l’enferma dans une cage de fer et le traîna ainsi à la suite de ses hordes. Dans cette bataille, qui dura trois jours et deux nuits, un million d’hommes se combattirent et 240.000 furent mis hors de combat.—Bajazet était borgne; Tamerlan, par suite de blessures reçues à la main et au pied, était manchot et boiteux.
8, Belle erre.—En grande hâte; on retrouve ce mot avec ce sens dans une ballade de La Fontaine:
«Et je maintiens, comme article de foi,
Qu’en débridant matines à grand’erre,
Les Augustins sont serviteurs du roi.»
16, Prodige.—Un mauvais présage pour lui. Hérodote, I, 78.
18, Oreille.—Montaigne ne parle que des crins et de la queue; contre son habitude, il se tient sur la réserve; pour être exact, il eût dû ajouter: et est propre à la reproduction.
18, Montre.—C.-à-d. et on n’en admet pas d’autres dans les montres ou revues.
21, Triomphe.—Plutarque, Nicias, 10. V. N. I, 528: [Contraire].
24, L’autre.—Quinte-Curce, VII, 7.
30, Second.—Premier écuyer du roi; Montaigne, lors de son premier voyage à Paris, vers 1555, a pu le voir, dans l’exercice de ses fonctions, donnant aux fils de Henri II leur leçon d’équitation, et peut-être est-ce le souvenir qu’il en a conservé qui lui a fait écrire au ch. VII du liv. III (III, 326): «Vn cheual qui n’est ny flateur ny courtisan, verse le fils du Roy par terre, comme il feroit le fils d’vn crocheteur.»
35, Estrier.—Vers 1840, en Algérie, le commandant de Bonnemain, alors sous-officier de spahis, accomplit un tour de force équestre analogue, mais plus étonnant encore. Élevé depuis l’âge de onze ans parmi les indigènes, même aux yeux des Arabes, c’était un cavalier émérite. Cheminant un jour, avec une troupe nombreuse, dans la plaine des Haractas, un lièvre fut aperçu. Si Mustapha, c’était le nom qu’il avait reçu des indigènes, se lança à sa poursuite, le suivit dans tous ses tours et détours, le força à la course et sans s’arrêter ni descendre de cheval, vidant d’un pied l’étrier et y conservant l’autre, il le saisit et l’enleva à la main.
36, Viuoit.—C’est ce même Italien dont il est question plus haut. V. N. I, 538: [Autresfois].
38, A tours.—Tour à tour.
544,
8, Reales.—Petite pièce de monnaie d’Espagne, en argent, valant environ 25 centimes.
CHAPITRE XLIX.
14, Lælius.—Les éd. ant. port.: Scipion.
546,
16, Sagos.—Rétablir cette citation ainsi qu’il suit: Sinistras sagis...—Le sagum était l’habit militaire des Romains; en paix, ils portaient la toge. Chez les Gaulois, c’était le vêtement de tout temps; nos paysans le portent encore sous le nom de saye ou blouse.
18, Respondre.—César, De Bello Gall., IV, 5, dit que les Gaulois arrêtaient ceux qu’ils rencontraient, non pour leur demander qui ils étaient, mais pour s’enquérir des nouvelles;—on peut ajouter que cela leur était et est encore commun avec bien d’autres; ce qui l’était moins et explique cette remarque de César, c’est que chez eux il était interdit de répandre des nouvelles dans le public, et cependant le journal n’était pas chose inconnue à ce moment. Il existe trace de journaux, en quelque sorte officiels, en Égypte, 2000 ans avant notre ère; ils publiaient également tous les faits intéressants et notamment les scandales. Les Romains eurent d’abord les Annales tenues par les pontifes, et qui, du temps de César, firent place aux Actes diurnes ou Journaux, lesquels comprenaient à peu près tout ce qu’on trouve dans les feuilles publiques de nos jours, partie officielle et chronique. Ils prirent fin avec l’empire, pour renaître au quinzième siècle, en Italie, où ils se vendaient une «gazetta», petite pièce de monnaie, d’où le nom que Théophile Renaudot donna à sa feuille quand il la créa en 1631. V. N. I, 390: [Necessité].
21, Iambes.—Sénèque, Epist. 86.
28, Front.—Les femmes du temps de Montaigne s’épilaient probablement le front, afin d’en augmenter la hauteur.
30, Propres à cela.—Add. des éd. ant.: qui seruoyent à cela de faire tomber le poil.—L’éd. de 88 aj.: qu’ils appelloient «psilotrum».
37, Caton.—Plutarque, Caton d’Utique, 15.
39, Assis.—Les Grecs et les Romains dînaient assis, parce que ce repas était fort court. Au souper, qu’ils prolongeaient beaucoup, étant alors débarrassés de leurs affaires, à l’exception des femmes qui étaient toujours assises, ils mangeaient ordinairement étendus sur des sortes de divans, lesquels, lorsqu’on était nombreux, étaient juxtaposés autour de la table, dont un côté demeurait libre pour le service. Sur chacun de ces lits ou divans, prenaient généralement place trois personnes; on s’y étendait la tête du côté de la table, la poitrine surélevée par des coussins, les pieds à l’opposé, en contrebas. On s’appuyait sur le coude gauche et on se servait avec la main droite; on pouvait ainsi facilement poser la tête sur la poitrine de son voisin de gauche, ainsi que fit saint Jean sur le sein de Jésus-Christ lors de la cène. De nos jours, les Arabes en agissent encore ainsi, sauf que, les divans n’existant pas, on s’étend à même le sol sur des tapis ou des nattes et que l’élévation de la table est réduite en conséquence.
548,
8, L’autre.—Diogène Laerce, VI, 89.
9, Table.—Ab ovo usque ad mala (depuis l’œuf jusqu’à la pomme), dit Horace, Sat., 1.
11, Obscæne.—Sale, malpropre, répugnant en raison de l’usage qui en était fait.
16, Estouffa.—Sénèque, Epist. 70.
16, Catze.—De l’italien cazzo, pénis, membre viril.
20, Passans.—Dans toutes les grandes villes, en France, il est actuellement pourvu à cette nécessité; avant, c’était une servitude des couloirs d’entrée des maisons, dont nombre comportaient des aménagements à cet effet. C’est à M. le Préfet de police de Rambuteau, dont longtemps ils ont gardé le nom, que Paris doit depuis moins d’un siècle environ les édicules dont certaines de ses rues sont pourvues pour cet objet; mais c’est à l’empereur Vespasien, dont ils ont également porté le nom, que l’idée première appartient. En les établissant, il les avait frappés d’un impôt et son fils Titus l’en ayant plaisanté, il lui mit, dit-on, sous le nez, le premier argent en provenant, en lui disant: «Sent-il mauvais?»—A Venise, il n’y a pas encore longtemps, aucune disposition particulière n’existait à cet égard et en certains endroits se prêtant le plus à la satisfaction de ce besoin, était parfois tracée sur le mur une croix noire bien apparente avec cette inscription: Rispetto (à respecter), que Théophile Gautier, qui narre le fait, rend plaisamment par cette traduction du vers d’Horace: «Enfants, allez plus loin; cet endroit est sacré», ajoutant que la recommandation est loin d’être pieusement observée.
26, Trenchans.—Eschançons et trenchans étaient des esclaves dont l’office était, celui des premiers, de verser à boire; celui des seconds, de découper les viandes.
550,
1, Nous.—Montaigne estimait ses contemporains inférieurs aux anciens, en vices et en vertus; était-ce exact? Les hommes semblent à cet égard avoir été, être et devoir être toujours à peu près les mêmes dans tous les siècles; et, pour un observateur consciencieux qui ne se laisse pas arrêter par les apparences et va au fond des choses, la somme des vertus et des vices dans un siècle est sensiblement la même comparée à ce qu’elle est dans un autre siècle. Naigeon.
3, Mal.—La Rochefoucault a exprimé cette même pensée de la sorte: «Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon».
14, Estuues.—Les Romains, du moins dans le courant de la vie ordinaire, ne prenaient que des bains de vapeur, comme cela se pratique encore dans les pays orientaux; mais ces bains étaient d’usage journalier, ce qu’explique le climat, la vie passée continuellement au grand air et les loisirs de leur existence. Le confort moderne n’avait pas encore introduit chez eux l’eau et le feu à domicile, d’où, à peu d’exceptions près, la nécessité de thermes ou établissements de bains publics dont les ruines attestent les immenses proportions et la magnificence; entre autres, aux Thermes de Caracalla, à Rome, trois mille personnes pouvaient se baigner à la fois; il y avait seize cents sièges de marbre et de porphyre, et des baignoires de granit. On y accédait par des portiques somptueux; à l’intérieur se trouvaient des salles de conversation, des bibliothèques, des jardins décorés de statues et d’œuvres d’art, c’était quelque chose comme les établissements thermaux de nos jours dans certaines villes d’eaux, mais ils étaient publics, à Rome, du moins pendant l’empire; tout le monde y avait accès et il en existait dans la plupart des villes.—Les bains sont bien loin d’être aussi en faveur en France; Louis XIV, dit Saint-Simon, n’en prit jamais que sur ordonnance de médecin, et en ces derniers temps, il nous a été donné d’entendre une femme d’âge, venue à Lourdes y chercher la guérison, justifier son appréhension à descendre dans la piscine de la grotte, en disant qu’elle n’avait jamais pris de bain de sa vie. Actuellement on a tendance à y venir; bains et bains-douches, déjà d’usage courant dans l’armée, s’introduisent dans les populations, du moins dans celles de quelques grandes villes; des piscines municipales ont même été créées dans quelques-unes où pour quinze ou vingt centimes chacun peut se baigner; mais de fait, ce ne sont encore que de rares exceptions.
14, Hommes.—Jusque sous l’empereur Adrien, les bains des femmes n’étaient pas séparés de ceux des hommes.
19, Apollinaris.—Carm. IV, 239.
23, Naulage.—Les éd. ant. port.: voiture.—La question est de peu d’importance; actuellement on opère de deux façons: généralement on paie d’avance quand le prix est élevé ou qu’il peut y avoir grande affluence (chemins de fer, paquebots à destination lointaine, etc.), en cours de route ou à l’arrivée dans le cas contraire (omnibus, petites voitures, etc.).
28, Nicomedis.—Concubine; littéralement «la ruelle de Nicomède». Suétone, César, 49.—César, dans sa jeunesse, avait vécu quelque temps à la cour de ce prince, roi de Bithynie (Asie Mineure), et passait pour avoir été de la plus grande intimité avec lui, ce qui, en ce temps, était fréquent et admis; et c’est pourquoi il avait été gratifié de cette épithète dont l’origine provient de ce que, chez les Romains, la femme au lit couchait d’ordinaire, ainsi que le dit Montaigne, du côté de la ruelle. V. N. II, 634: [Nicomedes].
33, Champisses.—Malignes, goguenardes; viendrait de «champis» qui, en Poitou, signifie enfant naturel, comme qui dirait procréé dans les champs, auquel on attribuait plus de malice qu’aux autres.
34, Iane.—Janus, le plus ancien roi d’Italie, XVe siècle. Établi dans le Latium, il y fit régner la paix. Il avait, à Rome, un temple dont les portes étaient ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix et avant Auguste, elles ne furent closes que deux fois, l’une sous Numa, l’autre après la première guerre punique. C’est de Janus que le mois de Janvier passe pour avoir pris son nom.
37, Romaines.—Hérodien, IV, 2, 6.
39, Creu.—Les reines de France portaient jadis le deuil en blanc; Anne de Bretagne fut la première qui, à la mort de Charles VIII, le porta en noir. Les Chinois le portent également en blanc et, par exception, en rouge éclatant, pendant le premier mois, après la mort d’un père ou d’une mère; les Égyptiens le portaient en jaune; les Éthiopiens, en gris.
CHAPITRE L.
552,
7, Ceux.—C.-à-d. et même de ceux.
15, Entiers.—Les éd. ant. aj.: et à fons de cuue.
17, De cent... descouure.—Var. des éd. ant.: De mille visages qu’ils ont chacun, i’en prens celuy qui me plait: ie les saisis volontiers par quelque lustre extraordinaire et fantasque: i’en trieroy bien de plus riches et pleins si i’auoy quelque autre fin proposée que celle que i’ay. Toute action est propre à nous faire connoistre.
21, Inusité.—«Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit; dans Montaigne, je vois l’homme qui pense.» Montesquieu.
554,
27, Eschecs.—Le jeu d’échec ayant été inventé, dit-on, par Palamède, lors de la guerre de Troie, il est possible qu’Alexandre l’ait pratiqué.
32, Autre.—Socrate.
556,
9, Friuole.—C’est la même idée déjà exprimée, I, 432.
24, Merite.—«Il ne faut pas permettre à l’homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant, avec les impies, que notre vie est un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs.» Bossuet.
34, Hommes.—Le mot «misanthrope» n’existait pas encore du temps de Montaigne.
558,
2, Peine.—Plutarque, M. Brutus, 3.
4, Face.—Diogène Laerce, II, 95.
6, Fols.—Diogène Laerce, II, 95.
CHAPITRE LI.
8, Paroles.—Ce chapitre a été traduit, vers 1689, en langage de l’époque par M. de Plassac.
10, Pied.—Ce mot est d’Agésilas. Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
13, Thucydidez.—Non l’historien, mais le chef à Athènes du parti aristocratique contre Périclès; frappé d’ostracisme en 444, c’est alors qu’il se trouvait à Sparte; le fait est rapporté par Plutarque, Périclès, 5.
23, Orateurs.—Sextus Empiricus, Adv. Math., II.—«Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs», dit un adage.
24, Peuple.—Quintilien, II, 16.
25, Flatter.—Dans le Gorgias.
560,
15, Rudes.—Du latin rudis, ignorant, grossier, qui n’est pas cultivé.
17, Dit-il.—Tite-Live, X, 22.
22, Caraffe.—D’une illustre famille napolitaine dont la mémoire fut abolie par le Sénat romain, en 1560, à la suite d’un procès amené par les exactions de quelques-uns de ses membres, procès qui, en 1566, fut revisé et suivi de la réintégration dans leurs titres et honneurs des survivants, parmi lesquels le cardinal dont il est ici question, qui personnellement avait été condamné à une amende de 100.000 écus.
562,
13, Macédoine.—Plutarque, Paul-Émile, 15.—En 167. Le discernement, l’attention, l’exactitude qu’apporta Paul-Émile dans les fêtes qu’il donna à la Grèce, après sa victoire de Pydna sur Persée (jeux, sacrifices, festins, fêtes de toute nature), excitèrent l’admiration à l’égard de cet homme qui montrait tant de diligence et de soins dans ces détails, et qui, chargé de si grandes affaires, observait dans les plus petites jusqu’à la moindre bienséance. Que nous sommes donc loin ici de cet adage si fort en honneur maintenant chez nous: «De minimis non curat prætor (le préteur ne porte pas son attention sur les détails)», que l’on a si souvent à la bouche, et qui, exact quand il s’applique à des cas où on ne sait pas faire la part des nécessités, blâmable quand il constitue des empiétements sur les devoirs et attributions d’autrui au lieu de se borner à en être le contrôle, ne fait dans toutes les autres circonstances que favoriser la paresse des uns, les abus des autres, au grand détriment des affaires publiques.
18, Apollidon.—Palais merveilleux qu’éleva, avec le secours de la nécromancie, Apollidon, un des personnages du roman d’Amadis des Gaules.
20, Allegorie.—Métonymie, métaphore, allégorie, sont des termes et figures de rhétorique.
22, Pellegrin.—Fin, poli, délicat; de l’italien pellegrino qui a cette même signification.
26, Puissance.—C’est ainsi, par exemple, qu’à Rome, les consuls étaient les premiers magistrats de la République; qu’au moyen âge, c’étaient dans quelques villes les anciens échevins (conseillers municipaux), dont le mandat avait pris fin; qu’avant la Révolution, on appelait ainsi les juges des tribunaux de commerce; et qu’actuellement, certains de nos représentants à l’étranger, soit diplomatiques, soit simplement commerciaux, portent ce nom.
27, De reproche à.—Les éd. ant. port.: tesmoignage d’vne singuliere vanité de.
27, Indignement.—Var. des éd. ant.: vainement et sans aucune consideration.
CHAPITRE LII.
564,
2, Carthaginois.—Valère Maxime, IV, 4, 6.—En 256, alors que, consul, après avoir battu les Carthaginois en Sicile, il venait de passer en Afrique et de les battre à nouveau.
3, Publique.—Au gouvernement.
5, Terre.—Environ trois hectares.
19, Dehors.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Les uns regardaient cette conduite de Caton comme un effet de son avarice, les autres comme le résultat d’un parti pris pour corriger ses concitoyens de leur luxe et les ramener à la simplicité; on ne saurait cependant excuser qu’il se servît de ses esclaves comme de bêtes de somme, qu’il les chassât et les vendît quand ils devenaient vieux.—Cette exagération de sa part fut le point de départ de l’animosité avec laquelle plus tard il poursuivit Scipion. Il avait été désigné comme son questeur, lorsque celui-ci fut envoyé en Sicile, d’où il devait passer en Afrique. Voyant qu’il vivait avec magnificence et prodiguait l’argent à ses troupes sans ménagement, il l’en reprit, lui disant que le plus grand mal n’était pas dans la dépense excessive, mais dans l’altération de l’ancienne simplicité des soldats, qui employaient en luxe et en plaisirs le superflu de leur paye. A quoi Scipion répondit qu’il n’avait pas besoin d’un questeur si exact; que dans la guerre, il allait à pleines voiles, devant compte à la République non des sommes qu’il aurait dépensées, mais des exploits qu’il aurait accomplis. Sur cette réponse, Caton le quitta dès la Sicile. N. II, 60: [Caton le Censeur].
21, Légation.—L’an 130. Valère Maxime, IV, 3, 13.
23, Vn.—Sénèque, Consol. ad Helv., 12.
25, Romains.—Montaigne détourne le fait du sens que lui donne Plutarque, Les Gracques, 3, qui, en l’exposant, dit bien qu’une allocation aussi dérisoire ne fut attribuée à Tiberius Gracchus que pour lui faire honte et dépit. Tribun du peuple, il venait de faire revivre une ancienne loi agraire interdisant à un même individu de posséder une étendue de terres de plus de cinq cents plèthres (le plèthre valait environ six ares); et ce qui serait ainsi rendu disponible devait être affermé à ceux ne possédant aucun fonds. Lorsqu’il dut partir pour effectuer cette opération, le Sénat, pour se venger, ne lui alloua pour sa dépense que neuf oboles par jour (un franc trente-cinq centimes), contrairement à ce qui se faisait d’ordinaire, où ces commissions étaient largement rétribuées.
CHAPITRE LIII.
566,
6, Faut.—C’est ce qui a donné lieu à cet aphorisme: «Fac ut credes, et quod prohiberi non potes, accipe (Fais ce que dois et accepte ce que tu ne peux empêcher)», dont la deuxième partie est corroborée par cet autre: «Unquam felix, nisi sua sorte contentus (Qui n’est pas satisfait de son sort, n’est jamais heureux).»
30, Façon.—S. Jean Chrysostome nous conseille de «ne désirer que peu de choses, si nous voulons être heureux».
33, Reuerence.—S. Ambroise dit que «la concupiscence s’imagine une infinité de besoins, qu’elle tâche de satisfaire à tout prix».
35, Exterreamur.—Dans les éd. ant., cette citation est suivie de sa traduction: Il se fait, par vn vice ordinaire de nature, que nous ayons et plus de fiance, et plus de crainte des choses, que nous n’auons pas veu, et qui sont cachées et inconnues.
CHAPITRE LIV.
568,
1, Lettre.—C’était une manie des poètes latins du moyen âge, surtout aux XIIe et XIIIe siècles.
2, Haches.—Et fréquemment aussi des autels, des chalumeaux.
4, Figure.—Comme bizarrerie analogue, citons entre autres que, dans un recueil de noëls de 1740, on en trouve un de cent deux vers, dont tous les mots n’ont qu’une syllabe.
7, Plutarque.—Xénocrate, au dire de Plutarque, indiquait le nombre de cent millions deux cent mille comme celui des syllabes que forment les diverses lettres de l’alphabet.
14, Exercice.—Il semble assez difficile de faire passer, en le projetant et même sans le projeter, un grain de mil par le trou d’une aiguille. Quintilien, II, 20, d’où le fait est tiré, et qui attribue à Alexandre d’avoir récompensé cette adresse en proportion de son utilité, dit, ce qui est plus admissible, qu’elle consistait, ayant un pois chiche dans la bouche et soufflant, à le lancer sur une aiguille à certaine distance et le ficher à la pointe de cette aiguille, et que cet homme ne manquait jamais son coup. Le minot valait un peu moins d’un litre.
17, Ioinctes.—Platon, dans un cas analogue, ne fut pas plus indulgent qu’Alexandre: seul, il n’admira pas un certain Anniceris, si bon cocher qu’il faisait faire cent tours à son char sans s’écarter de la plus petite distance de la même ornière; Platon jugeait qu’un homme qui s’était appliqué avec une attention si soutenue à atteindre une perfection si inutile, était incapable de grandes choses. A quoi on peut répondre que tout le monde n’est pas tenu à être propre aux grandes choses, sans pour cela cesser d’être estimable.
23, Marche.—Le titre de «dame», qui se donne aujourd’hui indistinctement à toutes les femmes mariées, était anciennement affecté aux femmes de chevaliers; les femmes des écuyers et toutes les autres femmes, mariées ou non, étaient simplement qualifiées de «Demoiselles»; c’est ce qui explique que Montaigne écrivant à sa femme, mettait en tête de sa lettre: «A Mademoiselle Montaigne, ma femme.» Cette appellation de «Dame» était en outre, comme il le dit, appliquée aux femmes de basse extraction, et aussi dans le sens de maîtresse, etc... Quand il s’agissait de femmes de mauvaise vie, on employait indifféremment l’une ou l’autre expression.
25, Disoit.—Plutarque, De Placit. philosoph., IV, 10.
34, Appetissans.—Du latin appetitus, rendant désirable et, par extension, diminuant, affaiblissant, autrement dit dans le cas présent, dorant la pilule.
570,
1, Desgoutement.—On dit aujourd’hui dégoût.
3, Rotissent.—Les coups de chaleur et de soleil produisent, en effet, sur les plantes et les animaux, l’homme compris, les mêmes effets que les grands froids; dans les deux cas, les plantes sont comme brûlées et dépérissent, et chez les êtres animés il y a congestion et danger de mort.
3, Cueux.—Gueuses, de l’allemand giessen, fondre; masses ou lingots de métal sortant de la première fonte.—Montaigne ne rapporte pas exactement la pensée d’Aristote qui se borne à dire que l’étain fond plus tôt que le plomb, puisqu’il se fond même dans l’eau, et indique ensuite des procédés de fusion.
6, Volupté.—Dans le Phédon, Platon fait dire à Socrate que «le plaisir et la douleur se tiennent».
16, Impression.—«La prospérité fatigue l’âme du sage, l’adversité l’affermit et la retrempe par les coups mêmes dont elle la frappe.»
24, Engendre.—C.-à-d. pour savoir qu’on ignore, il faut beaucoup savoir; ce qui est à l’adresse de ceux qu’en langage familier nous appelons des «demi-savants».
24, Premiere.—C’est ce que Bacon a traduit par: «Un peu de philosophie éloigne de la religion, beaucoup y ramène.»—J. de Maistre, dans ses Soirées de S.-Pétersbourg, a reproduit et développé cette idée de l’ignorance qui croit savoir, et de la science qui s’ignore.
25, Instruits.—Sçauants (var. de 88).
29, Sens.—Allusion à ceux qui, sans plus ample examen, séduits par leur simplicité, embrassèrent les doctrines nouvelles de Luther et de Calvin.—Gresset, dans Vert-vert, exprime la même pensée, appliquée d’une façon plus générale:
«L’homme éclairé suspend l’éloge et la censure.»
L’observation de Montaigne est d’application constante. De son temps, c’était la question religieuse qui préoccupait les esprits, depuis elle a cédé le pas à la politique; sauf cela, rien n’est changé à cet égard; peu de gens, aujourd’hui comme alors, sont capables de penser par eux-mêmes et, parmi ces privilégiés, peu prennent le temps de réfléchir et s’astreignent à l’effort de la réflexion; aussi l’influence du journal qui fournit sur chaque chose une opinion toute faite et dont chacun fait sa lecture quotidienne, est-elle considérable, on finit par ne plus penser et ne plus voir que par lui; c’est pourquoi la mauvaise presse fait tant de mal et pourquoi aussi la bonne presse, qui seule peut compenser l’influence néfaste de la première, est à soutenir et à encourager.
572,
11, Mestis.—C.-à-d. ceux qui tiennent des uns et des autres.—Métis vient du latin mixtus, mélangé; signifie engendré du fait d’espèces différentes, tels le mulâtre, né d’un blanc et d’une négresse; le mulet, d’un âne et d’une jument.
19, Villaneles.—Poésies pastorales, dont tous les couplets sont suivis d’un même refrain.
29, Vulgaires.—Ignorans (var. de 80).
29, Singuliers et excellens.—Délicatz et sçauants (var. de 80).
31, Trop.—L’éd. de 88 aj. en errata: adioutes, ils trouueroient place entre ces deux extremites.
31, Region.—Lucilius, dans Cicéron, dit qu’il ne veut pour lecteurs de ses ouvrages, ni savants, ni ignorants, parce que les uns sont trop habiles pour lui, les autres pas assez.
CHAPITRE LV.
574,
3, Plutarque.—Vie d’Alexandre, I.
5, D’estre... senteur.—Var. des éd. ant.: de ne sentir rien de mauuais.
9, Nihil olet.—Plaute, Mostell., I, 3, 116.—Montaigne, après avoir cité ce vers, le traduit en le modifiant quelque peu: «L’odeur de la femme, dit exactement le poète, est normale, est bonne, quand elle ne sent rien.»
10, Rien.—L’éd. de 88 et l’ex. de Bordeaux aj.: comme on dict que la meilleure odeur de ses actions, c’est qu’elles soient insensibles et sourdes.—«Une bonne réputation vaut mieux qu’un bon parfum,» dit l’Ecclésiaste, VII, 1, mais en l’appliquant à tous, hommes et femmes.
576,
5, L’air.—La science moderne attribue la contagion à l’existence d’êtres réels bien qu’infiniment petits: bacilles, microbes; ce sont eux qui, d’après elle, sont la cause et produisent l’effet; l’odeur n’est jamais qu’un indice et une conséquence.
7, Socrates.—Diogène Laerce, II, 25.
16, Contemplation.—L’encens, brûlé lors des sacrifices, semble plutôt avoir eu pour objet dans le principe de combattre les émanations des foules assemblées dans les temples et aussi l’odeur du sang provenant des victimes immolées.
20, Thunes.—Muley Haçan, bey de Tunis, qu’au chap. VIII du liv. II, Montaigne appelle Muleasses. Il vint à Naples en 1543, mais il n’y trouva pas Charles-Quint qu’il venait implorer contre les Turcs qui le menaçaient. A son retour, son fils, qui en son absence s’était emparé du pouvoir, lui fit crever les yeux.
23, Parties.—Ses livres de compte, ses mémoires de dépense.
23, Ducats.—Monnaie d’or de la valeur de 9 à 11 francs.
30, Boue.—Par marais, il faut entendre les lagunes qui entourent Venise et les canaux si nombreux qui s’y trouvent et qui exhalent souvent des odeurs pestilentielles.—A Paris, la voirie n’était ni établie, ni entretenue comme aujourd’hui, et la boue, dans la mauvaise saison, était une des grandes incommodités de Paris; Boileau, bien que de son temps (1660) elle se fût bien améliorée, nous en a conservé le souvenir dans une de ses satires:
«Six chevaux attelés à ce fardeau pesant,
Ont peine à l’émouvoir sur le pavé glissant;
D’un carrosse, en tournant, il accroche la roue,
Et du choc le renverse en un grand tas de boue.»
CHAPITRE LVI.
578,
1, Prieres.—Ce chapitre est, en général, difficile à comprendre; on y est souvent arrêté et pas toujours sûr d’en saisir le sens; on y trouve plusieurs traits contre les calvinistes.
13, Icy.—Bien des auteurs, plus hardis que Montaigne, ont, au moyen âge et dans les siècles qui ont suivi, comme lui désavoué à l’avance, par crainte des persécutions, ce qui dans leurs écrits pourrait choquer l’Église; précaution inspirée, la plupart du temps, par la prudence plus que par les convictions.—Quoi qu’il en soit, la déclaration ici est formelle et, étant donné que l’auteur la renouvelle assez fréquemment sous une forme ou sous une autre dans le cours des Essais, elle indique nettement que la différence qu’il accuse entre Montaigne et le maire de Bordeaux (III, 500) subsiste également chez lui entre le chrétien et le moraliste. Comme chrétien, sa foi est voulue. Entretenue peut-être par le désir qui chez lui primait tout de vivre en paix avec lui-même comme avec tous autres, elle n’admet ni examen ni discussion; tandis que les réflexions qu’il couche en sa rapsodie, sont telles que son bon sens lui suggère, et qu’elles soient ou non contraires aux solutions et prescriptions de l’Église, ce qui est fréquent, le moraliste n’en a cure.
16, Dieu.—L’oraison dominicale, laquelle est tirée textuellement de l’Évangile de S. Mathieu.—On trouve dans le second Alcibiade de Platon une prière qui, en substance et tenant compte de la différence des temps, n’en diffère pas beaucoup. Dans ce même dialogue, Socrate, lui aussi, s’applique à démontrer qu’avant de prier, il faut réfléchir à l’objet de sa prière, parce qu’on risque, sans cela, de demander aux dieux des biens qui pourraient être des maux, et il conclut à la formule suivante: «Puissant Jupiter, donne-nous les biens, soit que nous les demandions, soit que nous ne les demandions pas; et éloigne de nous les maux, quand même nous te les demanderions!»
20, Fust le.—Les éd. ant. aj.: seul.
29, Cette là.—S. Cyprien tient l’oraison dominicale comme la prière la plus parfaite.—«Le Paternoster est ma prière, a dit Luther; il n’en est aucune qui lui soit comparable, je l’aime mieux qu’aucun psaume.»
580,
4, Soit.—C’est ce qui a fait dire avec quelque exagération à Ch. Lemesle que, dans de telles conditions, la prière est une impiété.
9, D’icelle... demandes.—Var. des éd. ant.: de sa iustice non selon nos inclinations et volontez.
10, Loix.—Liv. X.
15, Vieillesse.—Cette assertion prête fort à la controverse. Que Dieu existe, personne ne le nie; mais qu’est-ce que Dieu, personne non plus ne saurait le dire; tout au plus peut-on admettre cette vague définition: qu’«Il est ce qui préside à tout ce qui existe». Dire qu’il nous a faits à son image et par conséquent qu’il est à la nôtre, aller jusqu’à lui prêter nos passions, c’est aller trop loin; notre raison, qu’en somme nous avons pour en user, se refuse à une telle proposition que rien ne justifie et qui est de la part de l’homme d’une outrecuidance dépassant toutes les bornes; de là aussi ce malentendu entre ceux qui sont dits croyants et ceux dont on dit qu’ils ne croient pas.—Ceci posé, il ne semble pas que Montaigne soit dans le vrai, quand il donne comme règle générale que ceux qui doutent en leur jeunesse, viennent à résipiscence dans leur vieillesse. Ce qui est plus vrai, c’est que chez beaucoup le scrupule de combattre, chez qui a le bonheur d’en avoir, les croyances religieuses toujours si réconfortantes et jamais préjudiciables, le respect de la liberté de conscience chez autrui, et même à certains moments les défaillances de notre être, comme aussi un certain esprit de concession à l’égard de ceux qu’ils aiment, font qu’ils ne se montrent pas toujours aussi récalcitrants pour des pratiques auxquelles ils n’attachent pas autrement d’importance, qui en définitive font généralement du bien, et même à ceux auxquels elles n’en font pas, ne font jamais de mal.
32, Malice.—«La prière des impies est un nouveau péché.» Le Père Quesnel.
582,
2, La haine... l’iniustice.—Vsures, veniances et paillardises (var. de 88).
3, Dieu.—Autrement dit: Il faut faire tout en temps et lieu.—Dans Paris ridicule (édition de 1666), Le Petit dit à une fille galante qui l’invite à la débauche:
«... Ce sera, s’il plaît à Dieu,
Pour dimanche, après la grand’messe.
Il faut tout faire en temps et lieu.»
16, Quoy.—C.-à-d., mais que dire de ceux qui fondent leur vie entière sur...
584,
7, L’Eglise.—Les éd. ant. aj.: Catholique.
7, Promiscue.—Confus, indifférent; du latin promiscuus qui a le même sens.
8, Dauid.—Les psaumes, dont la majeure partie est de David; cantiques sacrés des Hébreux, dont un grand nombre sont passés dans notre liturgie, et que les Protestants chantent constamment.
15, Tracasser.—Traîner.—L’éd. de 88 aj.: entre les mains de toutes personnes.
21, Sursum corda.—«Haut les cœurs!»—Paroles que le prêtre prononce à la messe, au moment où, après l’Évangile, et immédiatement avant la Préface, c’est-à-dire lorsqu’il va commencer à procéder au Saint Sacrifice proprement dit.—Cette même interjection se dit encore à propos de faits extraordinaires qu’on va énoncer, pour y préparer et pour qu’on se mette à l’unisson. Bossuet l’affectionnait d’une façon particulière, comme de mise à tous les moments de l’existence; quand le cœur souffre, que le sort est contraire; aussi bien dans la vie publique, la vie sociale, que dans la vie privée. C’est par elle que débutait la proclamation qu’en 1870 Gambetta adressait à la France, lui annonçant la capitulation de Metz et l’invitant à un nouvel effort (V. N. II, 72: [Sursum corda]).
25, Empirent.—«Les mauvais esprits font de la parole de Dieu ce qu’un méchant lapidaire fait d’un diamant.» S. Jérôme.
27, Gents.—Les Protestants. C’est là une charge à fond contre le Protestantisme qui admet le libre examen et les prières du culte dans la langue usuelle.
33, Chacun de.—Le traduire et (add. de 88).
586,
5, Apparence.—En novembre 1901, des protestations unanimes, qui ont dégénéré, dans les rues d’Athènes, en une émeute sanglante, ne se sont-elles pas produites en Grèce, parce qu’une tentative a été faite d’y rendre d’usage courant une traduction en grec moderne des textes sacrés; troubles causés précisément par les difficultés d’interprétation qui faisaient que, chacun appréciant à sa façon, la traduction donnée ne satisfaisait personne.—C’est là, en effet, la raison pour laquelle l’Église maintient les langues mortes, l’hébreu, le grec et le latin, pour les liturgies de Jérusalem, de Constantinople et de Rome, qui sont actuellement les trois principales de la Chrétienté; elles se trouvent de la sorte soustraites aux fluctuations des langues vivantes qui, chaque fois qu’une adaptation serait terminée, obligeraient à en préparer une autre. Du reste le grand nombre de livres où, conjointement, les principales prières sont traduites en langage courant avec le texte ancien en regard, supplée à l’inconvénient que les cérémonies aient lieu dans une langue incomprise des fidèles.—A titre de spécimen de ce à quoi on arrive par les traductions ainsi faites par chacun, nous citerons ce verset du Miserere, relevé dans la traduction en vers des Psaumes faite à l’instigation de Marguerite de Valois en 1543 par Clément Marot, poète de valeur et zélé protestant; le roi David, s’adressant à Dieu, lui dit: «Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me (Seigneur, purifiez-moi de plus en plus de mon iniquité, purifiez-moi de mon péché)»; ce que Marot traduit ainsi:
«Lave-moi, mon Sire, et relave bien fort,
Car je suis un gros butor.»
7, Langue.—Le Nouveau Testament avait déjà été traduit en basque en 1571.
8, Ardu.—Difficile, du latin arduus, qui a même signification; par extension, délicat, qui est le sens dans lequel ce mot est employé ici.
17, Gentils.—De gentes, nations. Nom sous lequel les païens sont désignés dans l’Évangile et par les premiers chrétiens; S. Paul, qui les a évangélisés et n’est point des douze apôtres, est appelé l’Apôtre des Gentils.
24, Humaine.—Ce sont pareillement les passions antireligieuses qui, de nos jours, ont fait prononcer la séparation de l’Église et de l’État: lourde faute au point de vue politique, qui fait que l’Église échappe à la main mise sur elle, grâce au Concordat. Faute d’autant plus grave de la part du Gouvernement actuel, dont les tendances ne sont rien moins que conservatrices, que, dans quelques années, remise de la secousse, l’Église rendue à elle-même, sans jouer de rôle apparent, sera un appoint sérieux dans la lutte des partis, en groupant contre le socialisme et l’anarchie avouée ou dissimulée les différents partis conservateurs républicains et autres, leur fournissant un point d’appui et de concentration qui leur fait défaut aujourd’hui et est cause que chaque jour ils vont perdant de plus en plus de terrain.
25, Théodose.—S. Ambroise ou S. Grégoire de Nazianze qui, tous deux, ont été les conseillers de Théodose le Grand.
33, Continuoyent.—La discussion, au dire de Nicétas, II, 4, historien d’Andronic Comnène, avait lieu dans la tente de celui-ci, entre Euthyme, évêque de Patras, et un nommé Jean Ciname; elle portait sur ces paroles de l’Évangile de S. Jean: «Pater major me est (Mon père est plus grand que moi)»; il n’y est pas question de Lapodius.
35, Platon.—Lois, liv. I.
588,
1, Euesque.—Cet évêque est Osorius qui ne dit pas de ses habitants qu’ils n’épousent qu’une seule femme dans toute leur vie, mais seulement qu’ils n’en épousent qu’une à la fois, autrement dit qu’ils ne sont pas polygames (V. la note suivante).
2, Isle.—L’île en question semble celle qui aujourd’hui a nom Socotora; elle est située dans l’océan Indien, à la sortie du golfe d’Aden. Occupée par les Portugais au XVe siècle pour surveiller le détroit de Bab-el-Mandeb, elle est depuis 1886 sous le protectorat de l’Angleterre; c’est un rocher, prolongation en quelque sorte du cap Guardafui, peuplé d’indigènes pillards, de naturel fourbe, de religion musulmane, ne vivant guère que des épaves des nombreux navires qui y font naufrage, par suite des brouillards qui y règnent six mois de l’année.
17, Nom.—Plutarque, De l’Amour, 12.—Autant en peuvent dire tous les hommes, de tous les temps, de tous les lieux, en parlant de la divinité; mais leur orgueil égale leur ignorance sur ce point et les empêche d’en convenir.
33, Sacraire.—Sanctuaire; de sacrarium qui en latin a même signification.
36, Indisciplinatis.—Non orthodoxes. Ces deux mots verbis indisciplinatis ne figurent pas dans les éditions antérieures; ils ont été ajoutés, à titre d’amende honorable, pour satisfaire aux observations qu’à Rome, la censure lui avait faites sur l’emploi de certains mots et expressions. V. N. II, 528: Conscience; III, 474: [Reuere].
38, Mode.—Vulgaire (add. de 88).
590,
5, Instruisants.—Nouvelle déclaration de l’auteur, confirmant combien en lui chrétien et moraliste sont deux. V. N. I, 578: [Icy].
11, Nostres.—Autrement dit les Protestants.—L’éd. de 88 port.: de nostre auis.
17, Xenophon.—Xénophon semble être nommé par erreur; c’est probablement du second Alcibiade de Platon qu’il est ici question.
22, Vitieuses.—Et détestables, aj. l’éd. de 80.
22, Pardonne.—Montaigne, peut-être par réminiscence du latin qui a été la langue de ses premiers ans et, en tout cas, conséquent avec ses idées sur les rapports qui doivent exister entre les parents et les enfants, est pour le tutoiement vis-à-vis de Dieu, ce père par excellence; les Protestants en agissent de même.
25, Toutesfois.—Ie vois qu’en nos vices mesmes.
27, Diuis.—Sénèque a dit de même: «A voix basse, ils font aux dieux des prières exécrables; et si quelqu’un vient à les écouter, ils se taisent, découvrant à Dieu ce qu’ils ne veulent pas qu’il soit su des hommes.»
32, Desgosiller.—Égorger; on disait aussi esgosiller, qui s’est conservé, mais avec un sens autre.
33, Petarder.—Faire sauter à l’aide d’un pétard (grosse cartouche remplie de poudre).
35, Auarice.—Épicure disait que «si les dieux accordaient aux mortels tout ce qu’ils demandent, le genre humain serait bientôt anéanti».
592,
1, Marguerite.—Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et femme d’Henri d’Albret, roi de Navarre.
9, Deuotion.—La reine conte qu’à l’aller il ne s’arrêtait jamais, mais qu’au retour il ne manquait pas d’entrer et de demeurer longtemps en oraison.—Louis XI demandait à la petite image de la Vierge qu’il portait à son bonnet, pardon de ses méfaits qui, pour lui être inspirés par la politique, n’en étaient pas moins grands et fort nombreux.
11, Matieres.—Var. de 88: mysteres.
20, Requestes.—Add. des éd. ant.: et prieres.
34, Mot.—Platon, second Alcibiade.—Œdipe, en apprenant qu’il était le meurtrier de son père et le mari de sa mère (V. N. I, 172: [Enfants]), se creva les yeux et vécut caché dans son palais; mais il en fut chassé par ses fils Étéocle et Polynice, et, dans son irritation, forma le vœu rapporté ici et qui se réalisa: l’accord entre les deux frères ne fut que de courte durée; ils en appelèrent aux armes et se livrèrent un combat singulier où, dans leur acharnement, ils se tuèrent réciproquement, XIVe siècle.
35, Prudence.—«Qui sait ce qui est bon pour l’homme dans la vie?» Ecclésiaste, VI, 12.
594,
2, Expiation.—Générale, aj. les éd. ant.
11, Platon.—Lois, IV.
15, Penates.—Les Pénates; dieux qui, chez les Romains, présidaient aux biens domestiques; ils sont souvent confondus avec les dieux Lares qui étaient plutôt, dans les familles, chargés du soin des personnes que de celui des richesses.
CHAPITRE LVII.
22, Huict ans.—Plutarque, Caton d’Utique, 20.
24, S’entretiennent de.—Se consolant en (var. des éd. ant.).
596,
4, Esperable.—On meurt de vieillesse, ou pour mieux dire d’usure, à tout âge, suivant le degré de force vitale que l’on a reçu en naissant, et les épreuves survenues postérieurement. Toutefois on peut admettre qu’aucune autre cause de mortalité n’intervenant, ce degré de force est normal, quand il fait durer l’homme jusqu’à 70 ans, et a fortiori au delà. Les tables de mortalité de Duvillard établissent que sur un million d’êtres humains qui viennent au monde viables: 117.000 arrivent à l’âge de 70 ans; 35.000 à celui de 80 ans; 4.000 à 90; 207 à 100; 1 à 109; aucun à 110.—Des cas de longévité plus considérable sont cependant accusés, même en assez grand nombre, dans les temps reculés, mais seule la tradition les rapporte et nous n’avons rien qui permette de les contrôler. Les plus saillants sont, d’après la Bible: Adam, qui vécut 930 ans; Mathusalem, 969; d’après les auteurs profanes: la Sibylle d’Erythrée, 1000 ans; Épiménide, en Crète, 157 ans. On cite aussi, et celui-là avec un certain caractère d’authenticité, le cas d’un Anglais, qui serait né en 1483 et mort en 1651, ayant vécu 169 ans; dix rois, dans ce laps de temps, se sont succédé sur le trône d’Angleterre.
19, Durer.—Les chances théoriques, mais non effectives, que nous avons d’arriver à tel ou tel âge, varient suivant celui auquel nous sommes parvenus. Ces chances sont actuellement assez exactement déterminées par les tables de mortalité: Montaigne, par exemple, qui avait quarante-deux ans, quand, vers 1574, il écrivait ce chapitre, avait plus de chances de longévité, infirmités à part, que lorsque, n’ayant que trente-neuf ans, il écrivait le ch. XIXe de ce même livre. V. I, 112 et N. [Autant].—Toutefois ces indications, résultat de statistiques, qui vont acquérant de jour en jour plus d’exactitude, ne sont pas immuables; elles accusent un accroissement constant de longévité. La vie moyenne qui, avant la Révolution, était de 29 ans, semble, en France, être de 46 ans (45 pour les hommes, 47 pour les femmes), grâce surtout aux mesures prises pour la conservation des nouveau-nés et des enfants en bas âge, aux progrès de l’hygiène et à une plus grande préoccupation de l’homme pour sa conservation, quelque peu aussi à l’avancement des sciences médicales, mais ce, il faut bien le dire, au détriment de la santé, de plus en plus compromise par le maintien à l’existence, à force de soins et de précautions, d’individus chétifs et perpétuellement souffreteux; la sélection qui s’opérait jadis, se faisant moins bien aujourd’hui, ils vont transmettant à ceux qu’ils engendrent les tares dont ils sont eux-mêmes affectés, que viennent aggraver à chaque génération le surmenage intellectuel et physique, moins d’exercices fortifiants, moins de grand air, l’abus de l’alcool, les excès et la continuité des jouissances de toute nature, et aussi les falsifications de plus en plus nombreuses et nocives des denrées alimentaires. En somme, la durée de la vie humaine s’accroît, mais à tous les âges on se porte notablement plus mal; est-ce progrès?
25, Trente ans.—Suétone, Auguste, 12.—Les lois fixaient chez les Romains l’âge de 31 ans pour l’obtention de la questure; 37, pour l’édilité; 40, pour la préture; 43, pour le consulat; mais on accordait souvent des dispenses, témoin Scipion Émilien postulant le consulat et répondant à quelqu’un qui lui objectait qu’il n’avait pas l’âge: «Je l’aurai, si je suis nommé.» En 81, Sylla fit rendre une loi complémentaire interdisant de commander une armée avant d’être questeur, et consul avant d’en avoir commandé une; et elle interdisait d’être nommé une seconde fois à une même charge avant deux ans d’intervalle.
27, Guerre.—Aulu Gelle, X, 28.
28, Seiour.—Repos, retraite.
32, Cettuy-ci.—Auguste, dont il vient d’être parlé.
34, Trente.—Cette émancipation des souverains est générale, et partout on les voit exercer le pouvoir royal à un âge où, simples particuliers, ils ne pourraient gérer leurs propres intérêts. Il semble qu’il y ait pour la gestion des affaires publiques des grâces d’état, car indépendamment de cette anomalie, en partie justifiée par l’éducation spéciale dont ces princes sont l’objet, combien de nos hommes politiques gèrent les nôtres, qui, au su et connu de tout le monde, ne savent pas gérer les leurs et auxquels nous ne confierions pas nos intérêts privés; que les incrédules aillent se renseigner, auprès des trésoriers de nos deux Chambres, sur les oppositions dont sont l’objet les traitements, au début de leurs mandats, de nos députés et sénateurs.
35, Estre.—Montaigne se prononce ici pour l’émancipation complète de l’homme à 20 ans. De son temps, les coutumes, sur ce point, étaient variables; cependant, en général, la majorité légale était, à peu près partout, fixée à 21 ans, mais les droits qu’elle concédait étaient restreints; la majorité parfaite, qui seule permettait de disposer des immeubles, n’avait lieu qu’à 26 ans. Depuis la Révolution, sauf sous le rapport du mariage, exception dont se poursuit l’abrogation, on est absolument hors tutelle à 21 ans.
37, Arre.—Arrhe, marque, témoignage.—Philippe de Comines dit de même: «Il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait de grandes choses, ont commencé fort jeunes; cela tient à l’éducation, ou vient de la grâce de Dieu.»
598,
29, Tard.—Les éd. ant. port.: longtemps.
LIVRE SECOND
CHAPITRE PREMIER.
600,
6, Venus.—Son audace et son intrépidité dans les dangers l’avaient fait tout d’abord appeler «fils de Mars»; mais, par la suite, ses actions ayant témoigné des qualités tout opposées, on l’appela «fils de Vénus». Plutarque, Marius, à la fin.
8, Chien.—Boniface VIII, d’un caractère tout à la fois fin, impérieux et violent, eut de vifs démêlés avec l’empereur d’Allemagne et surtout avec le roi de France Philippe le Bel, parce qu’il voulait élever la puissance spirituelle du pape au-dessus de la puissance temporelle des souverains. Arrêté par ordre du roi de France qui voulait le faire juger par un concile, il fut délivré quatre jours après par le peuple; mais, tombé malade, les uns disent par suite des mauvais traitements qu’il avait subis, de dépit suivant d’autres, il mourut (1303).—Le Dante, qu’il avait voulu faire périr, l’a placé dans son enfer.
12, Mort.—Sénèque, De Clementia, II, 1.—Quand Néron fit cette réponse à Burrhus, préfet du prétoire, qui lui présentait à signer la condamnation de deux voleurs, il était jeune, venait à peine d’être élevé au pouvoir, n’était pas encore corrompu par la toute-puissance et les flatteurs de son entourage, et son caractère atrocement cruel ne s’était pas encore révélé.
18, Potest.—L’éd. de 88 aj.: C’est vn mauuais conseil qui ne se peut changer (traduction de la citation qui précède).
602,
6, Iuges.—C.-à-d. que les juges les plus hardis n’ont pu porter sur son caractère un jugement sûr et arrêté.
12, Ancien.—Sénèque, Epist. 20.
17, Mesure.—Certains vices peuvent faire naître des qualités: l’avarice produit la sobriété; la peur, la prudence; la défiance, l’ordre; l’orgueil, la charité.
21, Constance.—«La prudence est le principe de toutes les vertus; le courage en est la perfection; l’une nous enseigne la route, l’autre nous y affermit.» Démosthène, dans le Discours funèbre, qui lui est attribué, sur les guerriers morts à Chéronée.
29, Couche.—Le caméléon, petit lézard inoffensif qui a une couleur grisâtre assez mal définie qui lui est propre, mais dont la nuance change sous l’effet de la présence des objets ambiants dont, par reflet, il prend la coloration.
604,
6, Librement.—Certains ont vu là une réfutation embryonnaire du libre arbitre attribué à l’homme qui ferait librement ce qu’il veut, mais qui invinciblement, fatalement serait astreint à vouloir telle chose, plutôt que telle autre, ce qu’en d’autres termes on nomme la carte forcée.—La phrase elle-même est traduite de Sénèque, Epist. 52.
12, Mourir.—Diogène Laerce, VIII, 83.—Élien prête ce mot à Platon.
12, Discours.—Cette phrase est la suite de celle qui finit trois lignes plus haut par ces mots: des choses aux autres. La phrase intermédiaire, qui n’est point dans les éditions antérieures, rompt la liaison des idées, cas assez fréquent dans les Essais.
14, Touché.—C.-à-d. celui qui a posé le doigt sur une des touches d’un clavier, les fait résonner toutes.—On donnait autrefois le nom de marches aux touches des clavecins, des orgues, etc.
19, Estat.—C.-à-d. les désordres engendrés par les guerres civiles de l’époque.
29, Lucrece.—Femme romaine, épouse de Tarquin Collatin. Violée par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, roi de Rome, elle fit l’aveu de son malheur à ses proches et se tua sous leurs yeux, en demandant vengeance (509); ce fut l’occasion du renversement de la royauté et de l’établissement de la République.
30, Non si difficile.—Bonne et amiable (var. de l’éd. de 80).
32, Pointe.—C.-à-d. quand vous n’aurez pu réussir à obtenir les faveurs de votre maîtresse.—Certains pensent qu’il y a ici une faute d’impression, qu’il faut «sailly» au lieu de failly (l’ s initial et l’ f ne différant dans les caractères d’imprimerie de l’époque que par le trait horizontal que celle-ci porte en son milieu); le sens serait alors: Parce que vous aurez satisfait votre maîtresse. Ceux qui en tiennent pour cette version, s’appuient sur le membre de phrase qui précède: «Comme dit le compte», que l’on croit être la deuxième nouvelle de la troisième journée de Boccace, intitulée «Un Palefrenier», où il est question d’un homme de cet état, qui s’introduit près de la reine des Lombards avec laquelle il couche, celle-ci s’imaginant, avant comme après, qu’elle a affaire à son mari.
34, Heure.—Voltaire a exprimé la même idée:
«Et l’amant maltraité prend souvent pour vertu
Les fiers dédains d’un cœur qu’un autre a corrompu.»
38, Froidement.—Var. des éd. ant.: lâchement.
606,
1, Vie.—Plutarque, Pélopidas, 1.
17, Englouti.—En 1456, pendant les opérations se rapportant au siège de Belgrade, défendu par Hunyade et où échoua Mahomet II qui y fut blessé et faillit y être fait prisonnier.
20, Lendemain.—Les Espagnols ne disent pas d’un homme qu’il est brave, ils disent qu’il fut brave tel jour.
24, Autre.—Lasche, port. les éd. ant.
29, Simple.—Ce composé d’idées contraires qu’est l’homme est constaté par les philosophes de tous les temps, et bien souvent a été donnée en explication l’existence en lui de deux âmes, l’une végétative gouvernant l’organisme, l’autre intellectuelle; cette doctrine a même été condamnée en divers conciles et en dernier lieu et d’une manière formelle dans le concile œcuménique de Latran en 1513.—Pascal, d’après Montaigne, a dit comme lui, copiant même ses expressions: «Suyvons nos mouvements, observons-nous nous-mêmes et voyons si nous n’y trouverons pas les caractères vivants de ces deux natures. Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple? Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes, une seule leur semblant incapable de telles et soudaines variétés d’une présomption démesurée à un horrible abattement de cœur.»—Bacon l’admet: «L’une d’ordre divin, l’autre matérielle.»—En tout cas, il y a bien incontestablement en nous deux principes, celui du bien et celui du mal, qui, au début, sont en conflit continu; leur degré de puissance n’est pas le même chez tous, non plus qu’à tous moments chez un même individu, et suivant que l’un ou l’autre l’emporte, nous agissons bien ou mal. L’homme vertueux est celui qui d’ordinaire triomphe de la tentation, et, à la longue, cela lui devient naturel: le principe du mal est vaincu; il demeure encore, mais à l’état latent. C’est l’inverse qui se produit chez celui qui d’ordinaire n’écoute pas la voix de sa conscience: elle se fait de plus en plus faible au fur et à mesure qu’on l’éconduit davantage et finit par somnoler, le principe du mal l’emporte et règne alors sans conteste; chez l’un comme chez l’autre, l’habitude est devenue une deuxième nature.
38, Veritable.—Véridique.
608,
4, Distinguo.—Terme de logique, emprunté du latin, signifiant: Je distingue, qui se retrouvait à tous propos dans les discussions scolastiques, faisant le pendant de ces deux autres: Concedo (j’accorde, j’admets) et Nego (je nie, je n’admets pas).
17, Assaut.—Devant l’ennemi, l’homme est retenu par l’honneur et le devoir; sa mort est exaltée à l’avance; s’il recule, c’est l’infamie et il a pour témoin l’armée entière; dans son lit, aucun de ces mobiles ne le soutient, sa pensée le reporte vers ce qu’il a sujet de regretter, son entourage gémit, l’au-delà l’inquiète, souvent ses idées sont affaiblies; les circonstances sont absolument différentes, il est naturel que l’état d’âme s’en ressente.
21, Barbiers.—La lancette du chirurgien. Les barbiers, jadis, faisaient en partie office de chirurgiens; jusqu’en 1789, ils continuèrent de saigner et de panser certaines blessures.
23, Cicero.—Tusc. Quæst., II, 27.
34, Pusillanimité.—La superstition dont fit preuve Alexandre le Grand a été expliquée par ce fait que, confiant en sa fortune, il tenait, pour soutenir le courage de ses soldats, à faire ratifier les entreprises qu’il concevait par les devins qui l’accompagnaient et passaient aux yeux de la foule pour être les interprètes de la volonté des dieux; et à cette fin, il fallait se les concilier pour s’en faire des auxiliaires. Cette appréciation se trouve confirmée par l’apostrophe qu’il adressa à l’un d’eux qui se montrait défavorable à une attaque qu’il préparait: «Si, quand tu te livres aux pratiques de ton art, quelqu’un intervenait, tu le considérerais probablement comme gênant et fort mal venu.—Sans doute.—Eh bien, que penses-tu d’un devin superstitieux qui, lorsque je suis occupé de choses autrement sérieuses, vient se jeter à la traverse en me parlant des entrailles des victimes?»
36, Courage.—«En voyant Clitus tomber à ses pieds, la colère d’Alexandre s’évanouit; il arrache la javeline du corps de sa victime et veut s’en frapper; ses gardes le retiennent et l’emportent; il passe toute la nuit et le jour suivant à fondre en larmes; épuisé, n’ayant plus la force de crier ni de se lamenter, il reste étendu par terre sans proférer une parole, ne poussant que de profonds soupirs jusqu’à ce qu’Aristandre, lui remémorant un songe se rapportant à cette mort, lui représenta que ce malheur était écrit et sa victime prédestinée à pareille fin, ce qui amena l’apaisement dans son esprit.» Plutarque, Alexandre.
610,
1, Rapportées.—L’ex. de Bordeaux porte ici intercalée la citation suivante: «Voluptatem contemnunt, in dolore sunt molles, gloriam negligunt, franguntur infamia (Les mêmes hommes qui méprisent la volupté, montrent une extrême faiblesse quand ils souffrent, négligent le soin de leur réputation et ne peuvent supporter sans en être profondément affectés la perte de l’honneur et de l’estime publique).»
4, Visage.—Des poingts (var. des éd. ant.).
11, Auau le vent.—Comme souffle le vent.
12, Talebot.—Général anglais qui se signala pendant les guerres des règnes de Charles VI et Charles VII; fut défait et tué, ainsi que son fils, à la bataille de Castillon (1453), non loin du château de Montaigne; a été inhumé à la place où il est tombé, son tombeau s’y voit encore.—En parlant de lui, qui pendant 60 ans combattit contre nous, Montaigne dit: «Nostre Talbot», peut-être parce qu’il était d’une famille originaire du Limousin; peut-être aussi parce que nul plus que ce preux n’a laissé meilleur souvenir en Guyenne, où il s’est toujours comporté avec justice et humanité, ne manquant jamais à sa parole, dans un temps où on ne s’en faisait pas faute, et dont la mort fut celle d’un héros.—La bataille de Castillon est le dernier fait de la guerre de Cent Ans; c’est là que pour la première fois nous fîmes usage de canons.
12, Ancien.—Sénèque, Epist. 71 et 72.
23, Qu’on.—L’Aréopage. Cicéron, De Senectute, 7.
25, Tragédies.—Le procès intenté à Sophocle sur le déclin de sa vie par l’un de ses fils avait pour objet de s’opposer à la reconnaissance d’un autre comme enfant légitime: «Ou je suis un imbécile, dit le poète dans sa défense, ou je suis Sophocle; et, dans ce cas, je ne suis pas un imbécile»; et, pour convaincre ses juges, il leur récita un fragment de son Œdipe à Colone qu’il venait d’achever, celui de l’arrivée d’Œdipe dans la forêt sacrée, où se trouvent plusieurs passages applicables à sa propre situation et à la conduite de son fils, et l’enthousiasme qu’il souleva emporta leurs suffrages.—Le fait toutefois n’est pas absolument établi, et le serait-il qu’il ne prouverait pas grand’chose; on peut être grand poète et, comme tout le monde, avoir des faiblesses à certains moments.
27, Tirerent.—Hérodote, V, 29.
612,
8, Gendarme.—Remplit de courage, de hardiesse.—A proprement parler, gendarmer signifie braver. Pasquier, dans son jugement sur les Essais, reproche à Montaigne d’avoir employé, comme dans le cas présent, des mots dans un sens incorrect, «auxquels, si je ne m’abuse, dit-il, malaisément l’usage donnera vogue».
CHAPITRE II.
23, Pas.—C’est sur le principe contraire, si inique par lui-même, qu’est fondée notre législation pénale: la même peine atteint le malheureux qui vole un objet de peu de valeur, et le banqueroutier éhonté qui réduit à la misère nombre d’individus dont il a capté la confiance; l’étendue du préjudice commis n’entre pas en considération. De ce fait, le faible et le pauvre sont bien plus frappés que le riche et le puissant: leurs peines finies, ceux-ci jouissent impunément du fruit de leurs larcins, ceux-là se trouvent dans une position pire qu’avant.
31, D’acquest.—A gagner.
34, Sien.—C.-à-d. cherche à rendre le sien plus léger, à l’atténuer; le soulève pour qu’il ne pèse pas autant dans le plateau de la balance.—La Fontaine, dans sa fable de la Besace, commente cette même idée: «Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous»; c’est, autrement dit, la question de la paille et de la poutre de l’Évangile.
37, Maux.—«La sagesse vaut mieux que la force, et l’homme prudent que l’homme robuste.» Ecclésiaste, VI, 1.
614,
9, Credit.—D’après ce que Montaigne dit quelques lignes plus loin des Allemands servant dans nos rangs, de l’usage qu’ils font de grands verres à la fin des repas, de leur façon de boire, il se pourrait que ce soit eux qu’il veuille désigner ici.—L’ivrognerie, qui s’est bien généralisée, est plutôt un vice des pays froids que du midi, parce que, dans les pays de vignobles, on s’enivre avec du vin, dont il faut pour produire l’ivresse une certaine quantité et qui n’est pas malfaisant quand il n’est pas frelaté, tandis que, dans le nord, on a recours à l’alcool qui agit beaucoup plus sous un bien moindre volume, et avec d’autant plus de force qu’il est de plus mauvaise provenance, ce qui est le cas le plus fréquent: c’est alors un véritable poison, dont l’action délétère s’exerce sur l’organisme, l’intelligence et le moral de l’individu. La chimie moderne en augmentant chaque jour la production, et aussi malheureusement la nocivité, en même temps qu’elle en réduit le prix de revient, l’alcoolisme, inconnu aux temps jadis, va se développant de plus en plus, mal d’autant plus redoutable que l’intoxication des parents est héréditaire et pèse lourdement sur la constitution physique et les facultés intellectuelles des enfants à naître, comme font sur ceux déjà existants la misère et le mauvais exemple qu’elle introduit au foyer domestique.
10, Renuerse.—«L’ivresse est un acheminement vers la folie.» Pythagore.
24, D’autant.—Aussi fréquemment et aussi copieusement qu’on vous y convie par les toasts, sorte de défis courtois qu’on vous porte et dont la formule au temps de Montaigne était: «Je bois à vous»; à quoi l’on répondait: «Je pleige d’autant», qui peut se traduire: Et moi de même.—Les Juifs, à l’époque de Josèphe (67), étaient divisés en plusieurs factions; pour se défaire de lui, ses ennemis lui ayant envoyé un émissaire pour l’attirer dans un guet-apens, il enivra cet émissaire et apprit de lui les mauvais desseins qu’on avait sur sa personne. Josèphe, De Vita sua.
29, Yure.—Ces deux exemples sont tirés de Sénèque, Epist. 83, auquel, dans ce chapitre, plusieurs idées sont empruntées.
30, More Lyæo.—La citation diffère un peu du texte de Virgile dont elle est tirée.
31, Cassius.—L’instigateur du complot contre César, par haine de la tyrannie et aussi parce que celui-ci ne s’était pas prononcé pour lui quand il briguait le consulat; ce fut lui qui détermina Brutus, son beau-frère, à se mettre à la tête des conjurés (44).
35, Rang.—Du quartier où ils logent, du mot d’ordre, de leur place dans les rangs.
616,
4, Macedoine.—Justin, IX, 6.—Pausanias, jeune gentilhomme macédonien, outragé par Attale, grand de Macédoine qui, dans un festin, l’avait enivré pour abuser de lui, poignarda Philippe, quelque temps après, pour se venger de ce qu’il n’avait pu obtenir, de lui, justice de cette offense; Olympias, mère d’Alexandre le Grand, que Philippe venait de répudier pour épouser la sœur d’Attale, fut soupçonnée d’avoir poussé à ce meurtre (336).
16, Consent.—Qui se sentirait coupable de ce fait.
22, Vice.—On peut même dire que les Livres saints n’y sont pas absolument opposés: «Donnez à ceux qui sont affligés, lit-on aux Proverbes, XXXI, 6 et 7, une liqueur qui soit capable de les enivrer, et du vin à ceux qui sont dans l’amertume du cœur; qu’ils boivent et qu’ils oublient leur pauvreté et perdent pour jamais la mémoire de leur douleur.»
25, D’autant.—C.-à-d. de se donner liberté de boire autant qu’ils veulent. La suppression de ce complément «d’autant» amènerait un sens tout opposé et signifierait s’exempter de boire.
25, L’ame.—Ce reproche de s’adonner à l’ivrognerie a été adressé à maints hauts personnages, entre autres: à Philippe de Macédoine; à son fils Alexandre; à l’empereur Trajan; à Michel III, empereur d’Orient (842 à 867), surnommé l’Ivrogne; à Selim II, empereur ottoman, le vaincu de Lépante, auquel fut donné ce même sobriquet; à Pierre le Grand de Russie (1672 à 1725).
27, Ferunt.—Ce qui ne veut pas dire que Socrate s’enivrât; aussi bien sous ce rapport que sous tous autres, ses mœurs étaient irréprochables, et rien, dans les accusations portées contre lui par ses ennemis, ne porte à supposer le contraire. V. III, 690.
28, Ce censeur... autres.—Et la vraye image de la vertu stoique (var. des éd. ant.).
30, Virtus.—J.-B. Rousseau a ainsi paraphrasé ces deux vers d’Horace:
La vertu du vieux Caton,
Chez les Romains tant prônée,
Était souvent, nous dit-on,
De falerne enluminée.
«On a reproché à Caton l’Ancien de s’enivrer; ceux qui lui adressent ce reproche me feront plus facilement voir une vertu qu’un vice chez Caton; il réjouissait par le vin son esprit fatigué des affaires publiques.» Sénèque.—Plutarque ne semble pas admettre cette sorte de réhabilitation: «Au commencement, dit-il, Caton l’Ancien ne consacrait que fort peu de temps à ses repas, ne buvant qu’un seul coup; après quoi, il se levait; mais, dans la suite, il prit plaisir à boire et passait souvent une grande partie de ses nuits à table.»—V. N. II, 586: [Caton le Censeur].
32, Cyrus.—Plutarque, Artaxerxès, 2.—Il s’agit ici de Cyrus le Jeune. V. N. I, 524: [Perses].
36, Paris.—Célèbre par son avarice, qui lui valut de Buchanan une épitaphe en latin dont voici la traduction: «Ci-gît Silvius qui jamais ne donna rien gratis; mort, il gémit de ce que, gratis, tu peux lire ceci.»—Silvius passait pour l’homme de son temps parlant la langue latine avec le plus de pureté et d’élégance.
38, S’engourdir.—C’était aussi, paraît-il, l’avis d’Hippocrate. Payen.—L’éd. de 88 aj.: Platon luy attribue le mesme effect au seruice de l’esprit.
39, Affaires.—Hérodote, I, 133, et autres auteurs.—Les Perses discutaient bien le verre en main des affaires sérieuses, mais sans prendre de décision, laquelle était toujours remise au lendemain où la discussion reprenait alors qu’ils étaient de sang-froid.
618,
27, Lots.—Dix bouteilles, huit litres.
34, Ressiners.—Goûter, collation qu’on fait après le dîner; vient de recænare, fait de cæna, dîner, le repas du milieu de la journée.—«Il n’est desjeuner que d’escholiers; disner que d’advocats; ressiner que de vignerons; souper que de marchands.»
40, L’amour.—«Sans Cerès et Bacchus, Vénus est languissante.» Térence, Eunuque; contradiction qui n’est qu’apparente, Montaigne ne parlant ici que de l’abus du vin poussé jusqu’à l’ivresse.
620,
6, Marc Aurele.—Cette histoire de Marc-Aurèle ou l’Horloge des Princes, parue en 1629 à Valladolid (Espagne), est présentée par les critiques de l’époque comme un tissu d’inventions indignes d’un écrivain qui se respecte et a fortiori d’un évêque (Guerara, qui en était l’auteur, était évêque de Cadix); cet ouvrage, nonobstant très estimé en Espagne par ses contemporains, a été traduit en français deux ans après sa publication et en plusieurs autres langues.
15, Barre.—Jeter la barre; cet exercice a été remis en pratique depuis qu’en ces derniers temps la gymnastique de chambre est en faveur; c’est ce qui s’exécute soit avec des haltères, soit des boules accouplées par une barre.
16, Plombees.—Madame de Genlis faisait porter de semblables souliers à ses élèves Louis-Philippe d’Orléans, devenu roi de France, et sa sœur Madame Adélaïde.
16, Prim-saut.—De son agilité; littéralement du premier saut.—Prin ou prim est un vieux mot qui signifie premier; il nous reste dans «printemps», primum tempus. De primsault est venu «primsaultier», dont Montaigne se sert ailleurs en parlant de lui-même et qui, encore en usage, signifie un homme de prompte décision, prenant parti d’après sa première impression (V. N. II, 64: [Primsautier]).
17, Miracles.—Au nombre de ces petits miracles, on peut ranger la naissance de son dernier fils Mathecoulom, né le 20 août 1560, alors que lui-même était du 29 septembre 1495; ce Benjamin avait donc été engendré à plus de 64 ans.
18, Alaigresses.—De notre agilité, ou plutôt de notre peu d’agilité; vient du latin alacritas, qui a même sens qu’agilitas.
21, Propos.—De la chasteté.
22, Nommée.—Qui méritât d’être mal famée, qui eût mauvaise réputation.
30, Italie.—Le père de Montaigne, Pierre Eyquem, écuyer, seigneur de Montaigne, était né à Montaigne en 1495 et y mourut en 1568. Il demeura plusieurs années aux armées, fit la guerre en Italie sous Charles VII, fut maire de Bordeaux de 1554 à 1556; occupa un siège de conseiller à la cour des aides de Périgueux en 1554, quand cette cour fut créée, et le transmit l’année suivante à son fils; en cette même année 1554, il reconstruisait l’habitation de son domaine qu’il fortifia, la mettant en état de se défendre, ce qui n’était pas superflu, à cette époque où pour sa sûreté il fallait compter plus sur soi-même que sur les pouvoirs publics. Pierre Eyquem avait épousé en 1528 Antoinette de Louppes qui mourut en 1597; il en eut huit enfants, cinq fils dont Michel Montaigne était l’aîné et trois filles; elle était protestante, lui-même était catholique; deux de leurs enfants (un fils et une fille) furent protestants.
30, Bouteilles.—Au sujet qui nous occupe, qui a trait à l’ivrognerie.
33, Plaisir.—Naturel (add. de 80).
622,
3, Prix.—Quoique plus réservé ici que dans d’autres passages de son livre, Montaigne n’en reste pas moins très compréhensible.
10, Manger.—Les Orientaux ne boivent pas pendant les repas, mais seulement lorsqu’ils ont fini; ils étaient étonnés de voir, en Égypte, les Français faire autrement. Payen.
13, A mesme.—Aussitôt que, lorsque.
15, Anacharsis.—Diogène Laerce, I, 104.
19, Platon.—Lois, liv. II.
20, Ans.—Une loi, portée par Zaleucus, défendait aux Locriens, sous peine de mort, de boire du vin, à moins que ce ne fût comme médicament et sur l’ordre d’un médecin.—A Marseille, il en était une prescrivant à la femme de ne boire que de l’eau.—A Rome, le vin était interdit aux esclaves, aux femmes libres et aux adolescents jusqu’à trente ans; une dame romaine ayant forcé le tiroir où son mari serrait la clef du vin, fut condamnée à mourir de faim; Mécénius tua la sienne pour en avoir bu et fut absous. Salmuth.
25, Loix.—Liv. II, vers la fin.
35, Publiques.—«Ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux puissants de rechercher les liqueurs fermentées, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi et ne faussent le droit de tous les malheureux.» Livre des Proverbes, XXX, 4 et 5.
624,
1, Enfants.—Cette exception concernant aussi bien les femmes que les hommes, pour observer le précepte de Platon, ils auraient donc dû se donner le mot, quand ils étaient dans cette intention. Coste.
3, Pur.—Diogène Laerce, II, 120.
5, Arcesilaüs.—Diogène Laerce, IV, 44.—«On assure que Solon et Arcésilas se livraient au plaisir du vin,» dit aussi Sénèque.
7, Sapientiæ.—Citation donnée comme parodie.
17, Amoureux.—Lucrèce était sujet à des accès de frénésie, maladie qui provenait, dit-on, d’un philtre que lui avait fait prendre une maîtresse jalouse; il finit par se donner la mort dans un de ses accès; il avait 44 ans.
33, Desesperée... enroüée.—Les éd. ant. port.: vaincue du mal, au moins comme estant en vne aspre meslée.
35, Putet.—Montaigne détourne ici le sens de ce vers de Térence pour l’adapter à sa pensée.
36, Descharger.—Dispenser, exempter.
41, Iusques là.—Plutarque, Publicola, 3.—Le fils de Brutus et son neveu avaient conspiré pour le rétablissement des Tarquins (509); celui de Manlius Torquatus avait, contre son ordre, dans une guerre contre les Latins, accepté un défi d’un ennemi et l’avait vaincu en combat singulier (337). Tous deux, le premier consul, le second dictateur, prononcèrent eux-mêmes la sentence de mort et la firent exécuter en leur présence. V. N. I, 344: [Reng].—Au dire de Plutarque, Darius, roi des Perses, aurait agi comme fit Brutus à l’égard de son fils Ariobarzan qui entretenait des intelligences avec Alexandre.
626,
4, Secte.—Celle des Stoïciens. V. N. I, 18: [Stoiques].
6, Molle.—Celle d’Épicure. V. N. I, 30: [L’aduenir].
11, Pilez.—Diogène Laerce, IX, 58.
14, L’autre.—C’est ce que Prudence, liv. Des Couronnes, hymne II, 401, fait dire à S. Laurent.—Celui-ci était diacre et trésorier de l’Église de Rome, quand éclata en 258 la persécution contre les Chrétiens de l’empereur Valérien. Il refusa de livrer le trésor dont il était gardien et le distribua aux pauvres. Pour l’en punir, il fut d’abord déchiré à coups de fouet par le bourreau, puis attaché à un gril sous lequel étaient des charbons ardents.
14, Iosephe.—De Maccab., 8.
23, Acharne les.—Ces paroles, sans être textuelles d’après le récit qu’en fait l’historien, qui donne en grand le supplice des sept frères Macchabées et de leur mère martyrisés (167) pour s’être refusés à manger de la viande de porc proscrite par la religion juive à laquelle ils appartenaient, reproduisent ce que dans l’ensemble chacun d’eux a dit et que Montaigne met dans la bouche d’un seul.
27, Ἡσθείειν.—Aulu Gelle, IX, 5; Diogène Laerce, VI, 3; Montaigne traduit ces mots avant de les citer.
32, Luy.—Sénèque, Epist. 66 et 92, etc.—Ce passage confirme au sujet d’Épicure ce que relate la note citée plus haut, I, 30: [L’aduenir], et va à l’encontre du reproche de sensualité que, par ignorance, on est porté à lui adresser.
628,
1, Siege.—Lorsqu’elle est dans son état normal.
8, Premiers.—On conte qu’en 1756, lors de la prise de Port-Mahon par le duc de Richelieu sur les Anglais, forteresse qui passait pour imprenable, ceux-ci manifestant leur étonnement que l’assaillant eût pu escalader la muraille rocheuse qui fermait l’enceinte là où elle avait été forcée, les mêmes qui avaient pénétré dans la place par ce point, essayèrent de renouveler cet exploit, mais n’étant plus surexcités par la chaleur du combat, ne purent y parvenir.
10, Dict.—Dans son dialogue de l’Ion.
12, Aristote.—Problem., 30.
13, Folie.—Les éd. ant. port.: fureur.
17, Argumente.—Dans le Timée.
CHAPITRE III.
Il n’est question qu’à la fin de ce chapitre de ce qui fait l’objet de son en-tête, qui ne s’expliquerait guère, par ce seul fait, si, se rappelant ce passage de Strabon: «C’est un bel usage de l’île de Ceos que, lorsqu’on ne peut plus vivre avec honneur, on ne vive pas misérable», on ne se disait que Montaigne a tout simplement interverti l’ordre de son sujet et l’a commenté avant de l’exposer.
24, Cathedrant.—Docteur, celui qui enseigne en chaire.
24, Volonté.—Les éd. ant. port.: sacro-sainte volonté.
26, Contestations.—Dans ce chapitre, l’auteur penche visiblement pour le suicide; mais ne voulant pas mettre les théologiens contre lui, il débute en rééditant son adhésion à tout ce qui, chez eux, est de principe, ainsi qu’il agit chaque fois qu’il va émettre une proposition tant soit peu hardie et en opposition avec les idées en cours, déclarant que telle n’est pas sa croyance et qu’il ne fait qu’enquérir et débattre.—J.-J. Rousseau, dans ses fameuses lettres pour et contre le suicide (Nouvelle Héloïse, liv. II, lettres 1 et 2), a puisé ici plusieurs des arguments qu’il met en avant.
26, Philippus.—En 338, après la bataille de Chéronée.—Cet exemple et les suivants sont tirés de Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
30, Agis.—Agis I, roi de Sparte.
«Qui sait mourir, n’a plus de maître.» Sully Prudhomme.
31, Viure.—Vraiement (add. des éd. ant.).
630,
3, Mesme.—Les Romains avaient rendu un décret autorisant à se tuer quiconque auquel la vie avait cessé de plaire.—Montesquieu, J.-J. Rousseau se prononcent en faveur du suicide; Madame de Stael le présente comme un acte héroïque. V. N. I, 632: [Contraste].
7, Maison.—Son maître lui demandait «le pot à pisser», l’enfant refusa; son maître insistant, il préféra se tuer que d’accomplir ce qu’il considérait comme déshonorant.
10, Volontiers.—En 330, à la suite du refus qu’ils faisaient de lui donner cinquante de leurs enfants en otage. V. N. I, 226: Païs.
12, Dit.—Celui qui parle ainsi, c’est Sénèque, Epist. 70.
19, Romains.—Tacite, Annales, XIII, 56.—Boiocalus, chef d’une peuplade de Germains, revendiquait des terres disponibles, pour prix de sa fidélité envers Rome; déçu de sa demande, il fit cette réponse et tenta d’acquérir par la force ce qu’il ne pouvait obtenir autrement; mais le sort des armes lui fut défavorable, lui et ses gens furent exterminés (58).
25, Maladie.—La plupart de ces idées sont de Sénèque, Epist. 69 et 70.
41, Mediane.—C’est la veine qui paraît dans le pli du coude.
632,
2, A tuer... insensibles.—Et vescut depuis ayant cette partie du corps morte (var. des éd. ant.).
3, Insensibles.—Pline, Nat. Hist., XXV, 3.—Cicéron le cite comme un critique émérite qui distinguait aisément de quels auteurs étaient tels ou tels vers qu’on lui citait, tellement il était fait à la manière de chacun.
6, Stoiciens.—Cicéron, De Finibus, III, 18.
14, Hegesias.—Diogène Laerce, 94.
20, Speusippus.—Diogène Laerce, IV, 3.
22, Contraste.—Euripide attache au suicide une sorte de flétrissure;—Pythagore dit que l’homme est à son poste comme une sentinelle et qu’il ne peut l’abandonner sans l’ordre de son général;—Platon érigeait en principe que nous ne devons pas quitter le poste où les dieux nous ont placé;—Aristote le tient pour une lâcheté;—Cicéron met ces paroles dans la bouche de Paul-Émile, parlant à Scipion, son fils adoptif: «Vous devez constamment retenir votre âme dans le corps où elle a son poste, autrement vous seriez coupable de rébellion envers la bonté divine»;—Martial opine dans le même sens dans plusieurs de ses épigrammes: «Il est bien facile de mépriser la vie, quand on est dans le besoin; le véritable courage consiste à soutenir dignement sa misère». «Tandis que Fannius fuyait son ennemi, il se tue lui-même; n’est-ce pas, je vous le demande, une étrange folie, que de se tuer pour échapper à la mort?» «Je n’approuve pas un homme qui achète la renommée au prix de son sang, qu’il lui est aisé de répandre; j’estime celui qui peut se rendre digne de louanges sans se donner la mort.»—Sénèque: «Mourir ainsi, c’est s’avouer vaincu.»—S. Augustin dit que c’est à tort qu’on a exalté Lucrèce, Caton et d’autres qui se sont abandonnés au suicide.—Napoléon: «S’abandonner au chagrin sans y résister, se tuer pour s’y soustraire, c’est se retirer du champ de bataille avant d’avoir vaincu.»—Lamartine: «Quant à moi, je serais déjà mort mille fois de la mort de Caton, si j’étais de la religion de Caton; mais je n’en suis pas, j’adore Dieu dans ses desseins; obéir à Dieu, voilà la vraie gloire; mourir, c’est fuir.» V. N. I, 630: [Mesme].
«Il est plus grand, plus difficile,
De souffrir le malheur que de s’en délivrer.» Mme Deshoulières.
22, Plusieurs.—Les éd. ant. aj.: outre l’authorité qui en défendant l’homicide, y enueloppe l’homicide de soy-mesme: d’autres philosophes...
36, Caton.—V. N. III, 324: [Regulus]; N. II, 424: [Premier].
634,
28, Vsque.—Sæpe vsque (var. de 80).
32, Loix.—Liv. IX.
42, Desdaigner.—L’assertion n’est pas établie d’une manière absolue. Certains cas de suicide semblent avoir été constatés chez quelques animaux. Outre ce qu’on dit du scorpion qui, entouré de charbons ardents, se pique de son propre dard pour se donner la mort, Montaigne donne comme exemple d’attachement (II, 172) le fait de deux chiens se jetant d’eux-mêmes dans les bûchers où brûlaient les corps de leurs maîtres. On cite comme s’étant laissé mourir de faim le cheval de Nicomède, roi de Bithynie, après que celui-ci eut été tué (N. II, 184: [Ora]); et Varron en mentionne (N. II, 176: [Parenté]) un autre qui se serait de lui-même précipité et brisé la tête, parce qu’on venait de lui faire saillir sa mère.
636,
5, Ἐξαγωγήν.—«Sortie raisonnable»; c’était l’expression employée par les Stoïciens. Diogène Laerce, VIII, 130.
11, Milesiennes.—Plutarque, Des Faits vertueux des femmes.
11, Reliques.—Restes; du latin reliquiæ qui a même signification. Reliques en français ne se dit plus guère que des saints que l’on conserve et propose à la dévotion des fidèles.
15, Ville.—En Allemagne, de 1880 à 1903, on a relevé 1.152 cas de suicide de garçons et de fillettes dans les écoles, dont 812 âgés de moins de 15 ans, soit 44 par an, sur lesquels un tiers par peur de punition.
28, Fortune.—Plutarque, Agis et Cléomène, 14.—Cléomène III, roi de Sparte, qu’il s’était aliéné par ses efforts pour y rétablir les institutions de Lycurgue, battu à Sellasie (222) par Antigone roi de Macédoine, s’embarquait pour passer en Égypte où il allait chercher un asile et solliciter des secours, quand eut lieu entre lui et Therycion, un de ses plus fidèles partisans, le fait dont il est ici question. Trois ans après, malgré toute sa ténacité, Cléomène suivit l’exemple de Therycion, le roi d’Égypte qui l’avait accueilli étant mort et son successeur ayant manifesté à son égard des dispositions tout autres.
34, Ancien.—Sénèque, Epist. 13.
638,
9, Si.—De tel biais (var. des éd. ant. à 88).
10, Inconuenient.—En 67, alors que Josèphe, gouverneur de Galilée au nom du grand conseil de Jérusalem en insurrection contre les Romains, se trouvait à Tarichée en butte à une sédition excitée contre lui, sous prétexte qu’il s’était approprié des prises qui provenaient d’extorsions et que, pour cette cause, il avait fait rendre à ceux qui en avaient été dépouillés. Étant parvenu à échapper par la fuite à ceux qui avaient dessein de le tuer, puis à se faire écouter par le peuple, il finit par le mettre de son côté. Josèphe, De Vita sua.
13, L’occasion.—A la première bataille de Philippes (en Macédoine) qu’après la mort de César, Antoine et Octave livrèrent à Cassius et à Brutus qu’ils poursuivaient, Cassius, qui commandait à l’aile gauche, la voyant plier et croyant à tort Brutus battu aussi de son côté, se perça de son épée. Un mois après, Brutus, vaincu en ce même lieu où il venait d’être victorieux, en fit autant (42). On dit qu’en mourant, il s’écria: «Vertu, tu n’es qu’un mot»; mais cette parole désespérante n’a rien d’authentique. V. N. II, 646: [Brutus].
17, Victoire.—Montluc, Commentaires.—En 1544, dans le courant de l’action, le duc d’Enghien, voulant arrêter le gros de l’infanterie ennemie, qui, à un moment donné, devenait menaçant, le chargea à la tête de sa gendarmerie, mais ne parvint ni à le rompre, ni à l’arrêter, et éprouva des pertes énormes: «Dans son désespoir, M. d’Anguyen, dit Montluc, voyant ses gens de pied en fuite et qu’à peine lui restait cent chevaux pour soutenir le choc de cette colonne de cinq mille piquiers suivant toujours au grand trot leur victoire, deux fois se donna de l’espée dans son gorgerin, se voulant offenser soi-même.» Son acte de désespoir, comme l’effort de cette infanterie adverse, n’eurent pas de suites et la victoire se prononça en notre faveur.
24, Tuer.—Pline, XXV, 3, dit qu’il n’y a guère que trois sortes de maladie pour lesquelles on se tue: la pierre, les douleurs d’estomac et les douleurs de tête. Quant au droit de se tuer, qu’elles peuvent conférer, il n’en parle pas; du reste, les éd. ant. port.: accoustumé, au lieu de: «droit».
25, Retenüe.—Maladie dont Montaigne était atteint, c’est pourquoi il la cite à l’exclusion des deux autres que mentionnaient cependant les éd. ant.: la seconde, la douleur d’estomach: la tierce, la douleur de teste.
25, Seneque.—Epist. 58.
31, Corps.—Tite-Live, XXXVII, 46.—En 190; les Étoliens avaient été défaits par le consul Acilius Glabrio; Damocrite échappa de la sorte à la honte de figurer au triomphe qui fut décerné au vainqueur.
35, Couurir.—Tite-Live, XLV, 26.—En 167; Antinoüs et Théodotus, tous deux citoyens de Passaron, ville d’Épire, s’étaient compromis au point de ne pouvoir espérer trouver grâce auprès des Romains.
42, Siens.—Goze, petite île à l’occident de celle de Malte, dont elle n’est pas très éloignée; elle avait été cédée avec cette dernière en 1530, par Charles-Quint, aux Chevaliers de S.-Jean de Jérusalem, lorsque l’île de Rhodes leur avait été enlevée par les Turcs; ceux-ci et les corsaires d’Afrique la ravagèrent à diverses reprises, en particulier en 1551, année où se passa le fait que relate Montaigne; ils l’abandonnèrent peu après, ayant préalablement rasé le château.
640,
1, Antiochus.—Antiochus Épiphane, roi de Syrie, voulant fusionner les peuples sous sa domination, défendit aux Juifs de circoncire leurs enfants; ceux qui contrevenaient étaient crucifiés, leurs femmes pendues à leur côté avec leur enfant pendu au cou (167). Josèphe, Antiquités judaïques, XII, 5, 4.
12, Curée.—Montaigne renverse ici les rôles: Drusus Libon délibérait s’il se donnerait la mort ou s’il l’attendrait; Scribonia lui demanda quel plaisir il trouvait à faire la besogne d’un autre. Cette observation, dit Sénèque, Epist. 70, ne persuada pas Libon; il se tua et, ajoute-t-il, il eut raison.
30, Diuine.—Macchabées, II, 14.—En l’an 162; Nicanor était général de Démétrius I, roi de Syrie.
642,
1, Pelasgia.—Pelagia était d’Antioche (Asie Mineure) et était âgée de 15 ans seulement. Surprise chez elle par l’édit de persécution et mise en demeure de choisir entre sa virginité ou sa religion, elle obtint des soldats qui avaient envahi sa demeure un répit pour mettre ordre à sa toilette, promettant de les satisfaire; et, montant à l’étage supérieur, elle se précipita par une fenêtre. Sa mère et ses deux sœurs s’étaient enfuies; sur le point d’être atteintes, elles se dirigèrent vers la rivière qui était proche, y entrèrent comme pour s’y baigner, et s’avançant jusqu’à ce qu’elles perdissent pied, s’y noyèrent volontairement. S. Ambroise, De Virg., III.
1, Sophonia.—En 311, lors de la persécution à laquelle mit fin la victoire, sous les murs de Rome, de Constantin, qui assura le triomphe définitif du Christianisme (321). Rufin, Hist. ecclés., VIII, 27; Eusèbe, Hist. ecclés., VIII, 14, toutefois celui-ci ne la nomme pas, quoique ce soit la même.
15, Marot.—«De ouy et nenny», poésie de Cl. Marot:
«Un doulx nenny, avec un doulx sourire,
Est tant honneste! Il vous le faut apprendre.
Quant est d’ouy; si veniez à le dire,
D’avoir trop dict je vouldrois vous reprendre;
Non que je sois ennuyé d’entreprendre
Le duict dont le desir me poinct;
Mais je vouldrois qu’en me le laissant prendre,
Vous me disiez: Non, vous ne l’aurez point.»
18, Passé.—Tacite, Ann., VI, 48.—En 36. Aruntius, impliqué dans un procès d’adultère imaginé pour le perdre, se tua, alors que ses amis cherchaient à lui persuader qu’il s’en tirerait en temporisant, disant que l’avènement à l’empire de Caligula lui faisait prévoir un esclavage pire que celui que Tibère avait fait peser sur eux et qu’il voulait mettre fin à la fois au passé et à l’avenir. L’estime en laquelle on le tenait était telle, que l’empereur Auguste, près de mourir, l’avait déclaré digne du rang suprême.
18, Proximus.—Tacite, Ann., XV, 71.
25, Prinse.—S’étant emparé du camp des Perses, Spargapisez et ses Scythes avaient fait main basse sur ce qui s’y trouvait, s’y étaient enivrés et endormis, si bien que surpris par leurs ennemis, ils avaient été faits prisonniers; revenu à lui, et apprenant le fâcheux état en lequel il se trouvait, Spargapisez sollicita qu’on lui ôtât ses liens et se tua (530). Hérodote, I.
28, Cheuance.—On comprenait sous ce nom l’ensemble de tout ce que quelqu’un possédait.
35, Soy-mesme.—En 475, pendant la deuxième guerre médique, lors des opérations qui suivirent la bataille de Platée. Hérodote, VII.
644,
16, Feu.—Le fait s’est passé sous la domination portugaise, qui, commencée en 1511, a pris fin en 1641, date à laquelle les Hollandais se substituèrent aux Portugais pour faire place en 1824 à l’Angleterre à laquelle ce territoire appartient actuellement.
20, Compagnie.—Tacite, Ann., VI, 29.—Scaurus s’était aliéné Tibère par une tragédie dont le sujet (Atrée) et quelques vers lui avaient été dénoncés comme une critique; ce fut la cause d’une accusation de lèse-majesté, que l’on renforça en y joignant une imputation d’adultère avec Livie, la mère de l’empereur, et de sacrifices magiques. A l’instigation de sa femme, qui partagea sa mort, il prévint son jugement, en se tuant (34).—Labéon, gouverneur de Mysie (Asie Mineure), était accusé de malversations; Tibère lui fit signifier qu’il lui interdisait sa maison; c’était une de ses formules de disgrâce et de proscription. Devançant la venue du bourreau, Labéon se fit ouvrir les veines; Paxéa, sa femme, imita son exemple (34).
21, Nerua.—Tacite, Ann., VI, 26.
34, Garde.—«Une femme ne cèle que ce qu’elle ne sait pas.» Proverbe.—Caton l’Ancien disait qu’il fallait se repentir de trois choses seulement: révéler son secret à une femme; passer un jour dans l’oisiveté; aller par mer dans un endroit accessible par terre.
35, Corps.—Auguste avait exprimé devant Fulvius ses regrets de laisser l’empire à Tibère son beau-fils et l’idée que, parfois, il avait de revenir sur sa détermination. Fulvius rapporta le fait à sa femme, et celle-ci à Livie, femme d’Auguste et mère de Tibère, qui vint récriminer. Aussi, le lendemain, quand Fulvius vint le saluer, lui disant suivant sa coutume: «Dieu te garde, César», Auguste lui répondit: «Dieu te fasse sage, Fulvius». Il comprit de suite par là que lui d’abord, sa femme ensuite, avaient trop parlé. Plutarque, Du trop parler, 9.—Tacite, Ann., I, 5, rapporte également le fait; mais il l’attribue à un nommé Fabius Maximus et ne dit pas que sa femme se tua, mais seulement qu’à ses funérailles on l’entendit s’accuser d’être la cause de sa mort.
36, Virius.—Tite-Live, XXVI, 13-15.—Après la défaite de Cannes, Capoue, à l’instigation de Vibius Virius, s’était détachée de Rome et avait ouvert ses portes à Annibal. Trois ans après, les Romains vinrent mettre le siège devant cette ville; il durait depuis deux ans déjà, et ils avaient dû l’interrompre à diverses reprises, mais enfin la résistance était à bout, quand Vibius, pour échapper à leur vengeance, prit la détermination dont il est ici question (211).
646,
19, De là.—De Capoue, ou de la Campanie, comme dit Tite-Live, Ann., XXVI, 15.
33, Consul.—Lors de la reprise de Capoue par les Romains (211).—D’après une autre version, Jubellius Taurea ne se serait pas tué lui-même; compris au nombre de ceux condamnés à périr, il aurait simplement à ce moment apostrophé le consul Quintus Fulvius. Tite-Live rapporte également qu’au moment où le supplice de ces sénateurs s’apprêtait, on remit au consul un courrier arrivant de Rome, contenant un sénatus-consulte leur faisant grâce, et que Fulvius, le pressentant, remit à l’ouvrir jusqu’à ce que l’exécution fût terminée.
39, Vie.—Ce fait semble se rapporter non à une ville des Indes, mais à celle des Marmaréens, peuplade qui occupait sur les frontières de la Lycie un rocher fortifié. Ayant attaqué l’arrière-garde d’Alexandre, celui-ci revint sur ses pas et mit le siège devant leur forteresse; convaincus bientôt de l’inutilité de toute résistance, ses défenseurs décidèrent de tuer enfants, femmes et vieillards, de mettre le feu aux maisons, d’exécuter ensuite une sortie et de se sauver dans les montagnes voisines, ce qu’ils firent (334). Diodore de Sicile, XXVII, 18.
648,
17, Suiuoit.—En 206. Astapa était assiégée par Marcius, chevalier romain, qui, après la mort des deux frères Scipions, avait pris le commandement de l’armée (V. I, 42 et N. [Freres]); fidèle aux Carthaginois et placée sur les communications de l’armée romaine, elle en interceptait les convois. Tite-Live, XXVIII, 22, 23.
24, Soy.—En 348. Abydos, auj. un des forts des Dardanelles, était une colonie d’Athènes; la guerre entre Philippe roi de Macédoine et les Athéniens avait été amenée par la mise à mort par ceux-ci de deux Acarnaniens (l’Acarnanie était située entre l’Étolie et l’Épire), peuple allié de Philippe, qui par suite d’une erreur de leur part, bien que non initiés, étaient entrés dans le temple de Cérès pendant la célébration des mystères d’Éleusis. Tite-Live, XXXI, 17 et 18.
27, Separées.—Que lorsqu’elles ont été prises séparément.
28, Iugements.—C’est exactement l’idée qui a cours aujourd’hui sur la mentalité des foules et la modification qu’y subissent, momentanément mais inéluctablement, les facultés intellectuelles de quiconque s’y trouve mêlé. V. N. I, 488: [Roy].
650,
2, Testament.—Tacite, Ann., VI, 29.—Au Japon, les nobles qui sont condamnés à mort peuvent encore, dit-on, par faveur spéciale obtenir de s’exécuter eux-mêmes par le harikiri, privilège des hautes classes, qui consiste à s’ouvrir le ventre et, simultanément, être décapité par un ami, suivant un rite particulier; mourant de la sorte, ils évitent eux aussi la confiscation de leurs biens qui passent à leurs héritiers.
4, Iesus-Christ.—Epist. ad Philipp., I.
5, Liens.—Epist. ad Rom., VII.
5, Ambraciota.—D’Ambracie. Cicéron, Tusc., I, 34.
6, Phædon.—Un des dialogues de Platon, ainsi appelé du nom d’un des disciples de Socrate les plus fidèles à sa doctrine; dans le Phédon, il est traité plus particulièrement de l’immortalité de l’âme. V. N. II, 72: [Platon].
11, Soissons.—En 1250, quand, après la bataille de Mansourah, l’armée se retirait sur Damiette, retraite dans laquelle saint Louis fut fait prisonnier.
16, Terres.—L’Amérique. Cela se voit aussi dans l’ancien continent: au Japon, aux Indes; dans cette dernière contrée, au royaume d’Aracan, on promène chaque année l’idole Guiay-Pora dans un grand char sous les roues duquel les plus dévots du pays se font écraser.
25, La iustice... volontaires.—Ce doubte (var. des éd. ant.).
31, Soy.—Valère Maxime, II, 6, 7.—Ce désir de mort volontaire y était admis pour cause soit d’adversité, soit de prospérité: l’une si elle était de durée prolongée, l’autre de peur qu’elle ne vînt à cesser; le fait relaté dans l’alinéa suivant rentre dans ce dernier cas.
31, Ailleurs.—Suivant Amundsen, explorateur moderne (1900), le suicide est permis chez les Esquimaux.
35, Compagnie.—Valère Maxime, II, 6, 8.—Le fait se passait en 51.
652,
19, Mercure.—Dieu de l’éloquence, du commerce et des voleurs; avait aussi la mission de conduire les âmes aux Enfers, où toutes, indistinctement, allaient après la mort: les unes aux Champs Élysées, séjour des bons; les autres au Tartare, réservé aux méchants.
25, Hyperborée.—Nation que Pline, Hist. nat., IV, 12, place au delà de l’Océan glacial arctique qu’il nomme Aquilon glacial, où, dit-il, les jours sont de six mois, les nuits de même durée; nation heureuse, ajoute-t-il, où la discorde est ignorée ainsi que toute maladie, où on ne meurt que par satiété de la vie.
31, Incitations.—Cicéron, Tusc., II, 27.—Cette opinion est conforme à la doctrine des Stoïciens, qui qualifiait de lâches ceux qui s’attachaient quand même à la vie, lorsque les infirmités les accablaient ou qu’ils étaient l’objet d’infortunes flétrissantes.—En somme, indépendamment des avis particuliers, dans un sens ou dans un autre, déjà cités (V. N. I, 630: [Mesme]; N. I, 632: [Contraste]), d’une façon générale: La loi de Moyse réprouve le suicide; les suicidés chez les Hébreux étaient privés de sépulture ou tout au moins enterrés de nuit, la Bible mentionne du reste fort peu de suicides. Les anciens livres sacrés des Hindous, les Védas, le condamnent, mais la religion de Brahma l’encourageant à titre de sacrifice religieux, le nombre de ceux qui, dans les Indes, s’immolent ainsi par fanatisme est inouï. En Chine, le suicide est fréquent; au Japon, on s’en fait souvent un point d’honneur. Zoroastre le condamne; de même Mahomet, et les suicides sont très rares chez les Musulmans. Dans l’antiquité grecque où Socrate en est un adversaire déclaré, il se produit fréquemment; et quoique condamné en principe par les lois, comme le Sénat à Marseille, l’Aréopage à Athènes l’autorisait quand il en approuvait les motifs. Nous connaissons l’opinion des Stoïciens; les Sceptiques, eux, se désintéressaient de la question. A Carthage, les fluctuations de la politique firent qu’il était de pratique courante. A Rome, rare au début, il l’est beaucoup moins vers la fin de la République, et, sous l’empire, nombreux sont ceux qui ont recours au suicide pour échapper à la tyrannie du prince; mais sous tous régimes il est réprimé avec une extrême rigueur chez le soldat dont toute tentative avortée entraîne la peine capitale. Il est fort en honneur chez les peuples primitifs de la Gaule, les vieillards y avaient souvent recours. Parmi les chrétiens, saint Augustin est le premier qui se prononce contre, sans restriction aucune; les conciles qui suivent le frappent d’excommunication; sous saint Louis, les suicidés sont jugés et les mesures prises contre leurs restes sont empreintes d’une extrême sévérité et leurs biens sont confisqués. Le protestantisme le réprouve également; J.-J. Rousseau et Voltaire se déclarent plutôt pour que contre; la Révolution abroge les peines qui le frappent.—Depuis, en France, comme partout ailleurs du reste, il tend à augmenter d’année en année particulièrement dans les grandes villes, motivé surtout par des maladies cérébrales, les souffrances physiques, et l’inconduite; puis encore par la misère, les revers de fortune, les chagrins domestiques, des amours contrariés, le désir d’éviter des poursuites judiciaires, l’ivrognerie, et chez quelques-uns le dégoût du service militaire. De 1.700 par an qu’était, en moyenne, en France, en 1827 le nombre des suicides, il s’est élevé, par une gradation ininterrompue, à 7.267 en 1865; sur ce nombre qui comprend des enfants de seize ans et au-dessous, les gens mariés entrent pour moitié, les femmes pour un quart. Cette progression est due à la même cause qui fait que la criminalité va croissant; chacun veut, chaque jour davantage, l’existence meilleure et plus facile et en supporte d’autant moins les déboires inévitables, ce qui est plutôt veulerie; on ne saurait douter non plus que n’y contribue chez beaucoup l’affaiblissement de la foi qui seule, qu’elle repose sur la vérité ou l’erreur, ce qui importe peu, donne, quoi qu’on en dise, aux croyants (heureuses gens!), patience et consolation en cette vie.—Pour conclure, on peut dire du suicide, comme de tant d’autres choses de ce monde, que le jugement à en porter est essentiellement variable suivant chaque cas particulier; s’il est en général à condamner, il est parfois excusable et dans quelques circonstances être le fait d’un grand caractère et d’un non moins grand courage, ne prêtant en rien à la critique la plus sévère.
CHAPITRE IV.
654,
1, Auec.—Grande (add. des éd. ant.).
7, Grec.—Montaigne avait appris le grec, il n’y a pas doute à ce sujet; mais il ne l’avait jamais su à beaucoup près comme le latin, et il est fort croyable qu’à l’âge où il était arrivé il n’y entendait plus grand’chose.
7, Sens.—Si beau (add. des éd. ant.).
16, Breuiaire.—Livre dont les ecclésiastiques doivent lire journellement des passages déterminés; par extension, livre de lecture habituelle, qui «ne quitte point nos mains, nuit et jour feuilleté», a dit Boileau.
17, Resigne.—Abandonne, signale.
21, Soy.—Moins embarrassé, plus naturel.
23, Plutarque.—Traité de la Curiosité, 14.
656,
15, De Boutieres.—Du Bellay, IX.—En 1543. Cet avis portait qu’une tentative allait être faite, à l’aide de voitures de foin qu’on chercherait à introduire dans la ville dont il était gouverneur, pour s’emparer de l’une des portes. De Boutières négligea d’en prendre connaissance et ce ne fut que par le fait du hasard qu’échoua ce coup de main consistant en cinq voitures de foin, portant au-dessous de leur fond des cages très ingénieusement aménagées, dans chacune desquelles avaient pris place six soldats qui devaient en sortir à l’improviste et, avec l’aide des conducteurs qui étaient également des soldats déguisés, assaillir le poste et s’en emparer.
20, Presenta.—Plutarque, J. César, 17.—Cet avis fut donné à César par Artémidore de Cnide, qui enseignait à Rome les lettres grecques et latines; voyant habituellement les complices de Brutus, il était en partie au courant de la conjuration. «Lisez seul et promptement,» lui dit-il en lui remettant son écrit. César essaya de lire à plusieurs reprises, mais il en fut empêché par la foule de ceux qui venaient lui parler; d’autres disent que cette même foule empêchant Artémidore d’approcher, il lui fit remettre ses papiers par un autre; toujours est-il que César entra au Sénat sans en prendre connaissance. Les éd. ant. aj. ici: contenant le faict de l’entreprise.
24, Preparoit.—Plutarque, De l’esprit familier de Socrate, 27.—En 378; le premier Archias était un capitaine thébain, gouvernant Thèbes au nom de Sparte qui l’y avait installé; l’autre, son hôte et son ami, était souverain-pontife à Athènes.
33, Faire.—En 1846, le prince de Metternich, chancelier d’Autriche, celui-là même qui avait tant contribué à la chute de Napoléon Ier, était, dit-on, jouant un soir aux cartes, quand survint une dépêche de Gallicie, où régnait une certaine fermentation. Tout entier à son jeu, ce ne fut que trois heures après qu’il décacheta cette dépêche, par laquelle on lui transmettait des propositions qui eussent tout arrangé. C’était trop tard: il y avait urgence, et la réponse n’arrivant pas, un conflit s’était produit, faisant deux mille victimes. Le prince garda tout le restant de ses jours le remords de cet instant d’oubli.
34, Consulaire.—Plutarque, Propos de table, I, 3, 2.
35, Deliure.—Plus dégagé.
36, Pour entretenir... assis.—Var. des éd. ant.: ou pour porter nouuelles à celuy qui seroit assis, ou pour lui donner quelque aduertissement à l’oreille.
CHAPITRE V.
658,
Conscience.—«Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, d’après lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises; c’est à ce principe que je donne le nom de conscience.» J.-J. Rousseau.
1, Voyageant... durant.—Var. de 80: Ie passois vn iour païs pendant.
7, Air.—Foyer (var. des éd. ant.).
19, Masque.—Sur sa physionomie et malgré la croix, signe distinctif des catholiques, qu’il portait sur sa casaque (sorte de pardessus à manches larges), bien qu’il n’appartînt pas à ce parti.—Les protestants portaient l’écharpe; celle des partisans de Henri IV était blanche.
25, Pœonien.—Ce mot signifie à la fois: chargé des soins à donner aux paons, et individu originaire de la Pœonie. Les deux sens ont cours; avec le premier, Bessus serait une sorte de valet de ferme; nous avons adopté le second, l’anecdote étant vraisemblablement tirée de Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 8, qui le qualifie de capitaine, chef d’une troupe à pied, et le donne comme ayant abattu ce nid avec une pique qu’il avait en main.
31, Penitence.—On fait souvent allusion à ce mode d’intervention imprévu de la Providence, sous le nom des «Grues d’Ibycus». Ibycus assassiné par des brigands, au milieu d’une forêt, était sur le point d’expirer, quand voyant dans les airs un vol de grues, il les prit à témoin de l’attentat dont il était victime. Quelque temps après, ses assassins se trouvant aux jeux Olympiques, l’un d’eux, voyant passer un vol de grues, s’écria imprudemment: «Voilà les témoins d’Ibycus!» Ce propos, sur lequel il fut appelé à s’expliquer, révéla leur culpabilité. Erasme.
660,
1, Peché.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9.
2, L’attend.—Sénèque, Epist. 105, à la fin.
2, Meschanceté.—D’elle mesme (add. de 80).
8, Cantharides.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9.—La cantharide est un insecte de la famille des coléoptères, qui, réduit en poudre, est la base des vésicatoires. Cette poudre, absorbée à l’intérieur, est un poison violent qui était assez en usage chez les anciens. Ils attribuaient en outre à la piqûre même de l’insecte la propriété de donner la mort qui se produisait, croyaient-ils, dans la disposition où l’on était à l’instant où l’on était piqué: si à ce moment, par exemple, on riait, on mourait en riant. La science moderne assigne le camphre comme antidote des empoisonnements par la cantharide; quant à recéler en elle-même son contrepoison, Plutarque ne le rapporte que comme un on-dit.
18, Maux.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9; Polyen, IV, 6, 18.
20, Mesmes.—Sénèque, Epist. 97.—Sophocle et Lucien émettent une idée analogue: «Rien n’est caché, car le temps voit, entend et révèle tout,» dit le premier. «Tu pourras peut-être, dit le second, dérober aux hommes la connaissance de tes actions coupables; tu ne le pourras envers les dieux malgré tous tes calculs.»—La formule d’Épicure que donne Montaigne et que L. Racine a traduite dans son poème de La Religion:
«De ses remords secrets triste et lente victime,
Jamais un criminel ne s’absout de son crime...
Le cruel repentir est le premier bourreau
Qui dans un sein coupable enfonce le couteau»,
semble moins prêter à controverse, et cependant on peut dire que chez le méchant, c’est-à-dire chez celui en lequel le mal prédomine, la conscience est oblitérée; soit parce qu’elle a toujours été telle, soit parce que trop souvent il a négligé de l’écouter, elle ne se fait plus entendre, le remords n’existe pas. Aussi sommes-nous de ceux qui n’en voulant pas au méchant, le considérant comme inconscient, voyons en lui un être malfaisant que la société a le devoir non de punir, elle n’a guère elle-même la faculté d’en juger sainement, mais de mettre hors d’état de lui nuire, comme elle fait d’un fou, d’un pestiféré, d’une bête fauve, d’un chien enragé, lorsqu’il est avéré qu’il constitue un danger public. Contrairement à ce qu’a introduit la chicane, c’est le fait qui est à apprécier et non l’intention; la constatation du premier est généralement facile, l’autre est toujours impossible, notre état mental, à tous, à un moment donné, essentiellement variable, échappant à toute appréciation: principe qui est la base de la loi du talion et de l’action civile ou réparation du préjudice causé. Il est à portée des intelligences les plus simples et a suffi dans les sociétés primitives à assurer le maintien de l’ordre, à protéger les personnes et les choses, au moins aussi bien que nous y parvenons dans nos sociétés modernes avec notre législation si prolixe, où tout est agencé pour jeter de la confusion dans les esprits, favorisant les mauvais au préjudice des bons, à l’opposé de ce que commandent la raison et l’équité.
31, Importante.—Plutarque, Comment on peut se louer soi-même, 5.—En 190. Scipion l’Africain, la loi semblant s’y opposer et les questeurs hésitant à le faire, de lui-même, simple particulier à ce moment, mais déjà paré des lauriers de Zama, avait ouvert le trésor public réservé pour parer à une guerre contre les Gaulois, et y avait puisé pour faire face aux besoins de la guerre que Rome méditait contre Antiochus, roi de Syrie, dont les progrès commençaient à donner de l’inquiétude, guerre dont son frère allait être chargé.
33, Teste.—De juger dans une affaire pouvant entraîner une condamnation capitale.
40, Suitte.—Valère Maxime, III, 7, 1.—En 188. Il avait accompagné son frère en Asie en qualité de lieutenant, et, en réalité, dirigé la guerre qui avait contraint Antiochus à restituer aux alliés de Rome toutes les conquêtes qu’il avait faites sur eux, quand, à leur retour, les deux frères furent accusés par le tribun Nevius de s’être laissé corrompre par l’ennemi.
47, Pieces.—Tite-Live, XXXVIII, 54 et 55.—En 187. Cette accusation portée contre Scipion l’Africain et Scipion l’Asiatique est la même, renouvelée, que la seconde dont Montaigne vient de parler et à laquelle ils avaient échappé l’année précédente en évoquant le souvenir de Zama. Sommé de produire ses comptes, Scipion l’Africain lacéra le registre où ils étaient consignés, disant qu’«il ne s’abaisserait pas à se justifier d’une dépense de 4.000.000 de sesterces (800.000 fr.) pour une expédition, lui qui, par ses victoires, avait enrichi le trésor de 200.000.000 de sesterces (40.000.000 de fr.), et n’en avait rapporté que le surnom d’Africain, et que s’ils étaient riches, c’était en ennemis beaucoup plus qu’en argent»; et il s’exila volontairement à Literne en Campanie, où il mourut en 184. Son frère fut condamné à une forte amende; ne pouvant la payer intégralement, il allait être conduit en prison, quand T. Sempronius Gracchus, autre tribun du peuple, qui jusqu’alors s’était montré l’ennemi des Scipions, s’y opposa. Ruiné par cette amende, Lucius Scipion n’accepta de ses parents et amis, qui mirent à sa disposition des sommes immenses, que de quoi racheter ce qui était strictement nécessaire à son existence.
47, Cauterizée.—Ulcérée, torturée par le remords.
662,
4, Innocence.—«La vertu s’avilit à se justifier.» Voltaire, Œdipe.
5, Gehennes.—La torture, appliquée aux accusés pour les forcer à avouer leur crime ou nommer leurs complices, dite question préalable, a été abolie en France par Louis XVI, en 1780.
11, Guerdon.—Une si belle récompense que celle.
22, Confessions.—Accusations, porte l’éd. de 88.
24, Fit.—Quinte Curce, VI.—En 329. Accusé d’avoir trempé dans un complot contre Alexandre le Grand, fut mis à la torture, déclaré coupable et lapidé. Le fait principal à sa charge était que pendant deux jours, alors qu’à diverses reprises il avait vu le roi, de l’intimité duquel il était, et ayant toute qualité pour l’entretenir, il ne lui avait pas donné avis d’une conjuration dont il avait été averti pour l’en prévenir, et à deux reprises différentes avoir répondu à celui qui l’en avait instruit, que l’occasion lui avait manqué pour le faire; ce que, pour sa défense, il expliquait en disant qu’il n’avait pas attaché d’importance à la révélation qui lui avait été faite, n’estimant pas vraisemblables les projets qu’on lui dénonçait.
35, Conte.—Il est dans Froissart, IV, 87.
37, Iusticier.—Bajazet I, appelé aussi l’Amorabaquin, ce qui signifierait fils d’Amurat.
CHAPITRE VI.
664,
6, L’exercitation.—Montaigne traite dans ce chapitre de l’exercice de la vertu, ou plutôt de la nécessité de ne pas se borner à l’exalter et d’y joindre la pratique.
11, Empeschée.—Les éd. ant. aj.: Quelques bonnes opinions qu’elle ait.
16, Escient.—Exprès, à dessein; c’est un sens que ce mot a fréquemment dans les Essais.
666,
2, Marault.—Monstre (var. des éd. ant. à 88).
12, Amis.—Sénèque, De Tranq. animi, 14.—Allant au supplice, ajoute Plutarque, il dit à un de ses amis qui l’accompagnait, qu’il viendrait lui parler la nuit suivante; il lui apparut en effet et discourut avec lui sur l’immortalité de l’âme et la lumière pure et éclatante dans laquelle la sienne se trouva après la mort.—Dans un autre ordre d’idées, surtout dans un but humanitaire et avec l’arrière-pensée d’y trouver un argument pour la suppression de la peine de mort, on s’évertue aujourd’hui à reconnaître si un individu décapité conserve encore sa connaissance dans l’instant qui suit l’exécution: si par exemple, à l’appel de son nom, un indice se produit qu’il l’a perçu; jusqu’ici les expériences faites à cet égard n’ont rien donné de concluant.
38, Souffrances.—Actions, port. les éd. ant., à quoi celle de 80 aj.: opérations.
668,
1, Insensible.—«Qu’on interroge les médecins et les ministres du culte accoutumés à observer les actions des mourants et à recueillir leurs derniers sentiments, ils conviennent qu’à l’exception d’un petit nombre de maladies aiguës où l’agitation causée par des mouvements convulsifs semble indiquer des souffrances chez le malade, dans toutes les autres on meurt doucement, tranquillement et sans douleur.» Buffon.—Cela est vrai, mais en tant seulement des derniers moments où l’organisme brisé par le mal qui le détruit est anéanti et va cesser d’être, autrement c’est assez discutable; la plupart du temps ce n’est qu’une accalmie et ce passage de vie à trépas a été précédé de souffrances dont il y a lieu de tenir compte avant de conclure.—«Une douleur très vive, ajoute Buffon, pour peu qu’elle dure, conduit à l’évanouissement ou à la mort. Nos organes, n’ayant qu’un certain degré de force, ne peuvent résister que pendant un certain temps à un certain degré de douleur; si elle devient excessive, elle cesse, parce qu’elle est plus forte que le corps, qui, ne pouvant la supporter, peut encore moins la transmettre à l’âme, avec laquelle il ne peut correspondre que quand les organes agissent, etc...»—En écrivant ce passage, et quelques autres que nous signalons plus loin, Buffon s’est certainement rappelé plusieurs idées de ce chapitre des Essais. Le Clercq.
21, Mort.—Montaigne a déjà dit la même chose, à peu près dans les mêmes termes. V. I, 122 et N. [Mort].
23, L’effort.—Montaigne est ici bien dans le vrai, quoiqu’il agisse tout autrement, car son livre est plein de l’attente de cet événement. A quoi bon en effet cette préoccupation continue de la mort? Avec cette pensée toujours présente à l’esprit, on n’entreprendrait jamais rien, on ne jouirait de rien, et notre existence se passerait tout entière anxieuse et stérile. Qu’on y soit constamment préparé, c’est-à-dire qu’on ait toujours ses affaires en ordre, parce qu’elle peut nous surprendre, c’est raisonnable; que celui qui croit en une autre vie, où il renaîtra avec son individualité, et recevra la récompense ou le châtiment de ses faits et gestes sur cette terre, pense fréquemment à cette fin dernière pour y puiser une aide dans la voie du bien et une consolation dans l’affliction, cela se conçoit, mais quelle superfluité que de s’en préoccuper sans cesse! Quelles que soient les dispositions en lesquelles nous nous sommes ingéniés à être pour la recevoir, elle accomplit son œuvre sans que la pose que nous y mettons, y change quoi que ce soit, non plus que si elle vient sans que nous nous soyons mis en peine pour la recevoir.
25, Deuxiesmes.—Il y eut, en ce temps, huit guerres de religion: la seconde, de 1566 à 1568, fut marquée par le combat de S.-Denis où fut tué le connétable de Montmorency; la troisième, de 1568 à 1570, en cette dernière eurent lieu les batailles de Jarnac et de Montcontour.
36, Petit homme.—C’est Montaigne lui-même; voir son portrait ch. XVII du liv. II.
38, Contre-mont.—Ou, comme on dit familièrement, les quatre fers en l’air.
39, Estendu.—Mort estendu, port. les éd. ant.
670,
15, Menus.—Peu à peu.
40, Foiblesse.—L’éd. de 88 aj.: et de longue maladie.
41, Douleurs.—Les plus terribles agonies elles-mêmes effraient plus les spectateurs qu’elles ne tourmentent le malade. Combien n’en a-t-on pas vu qui, après avoir été à cette dernière extrémité, en sont revenus n’ayant aucun souvenir de ce qui s’était passé, de ce qu’ils avaient paru sentir; ils avaient réellement cessé d’être pour eux-mêmes pendant ce temps, puisqu’ils sont obligés de rayer de leur existence les moments passés dans cet état duquel il ne leur reste aucune idée; c’est qu’en effet la douleur que peut endurer le corps est proportionnée à sa force et à sa faiblesse; or, dans l’instant de la mort, il est plus faible que jamais, il ne peut donc éprouver qu’une très petite douleur, si même il en éprouve quelqu’une. Buffon.
42, Penibles.—La douleur de l’âme ne peut être produite que par la transmission qu’elle en reçoit du corps; une douleur excessive, venant à excéder ce que le corps peut supporter, l’anéantit et du même coup le fonctionnement de ses organes; il est hors d’état de continuer à transmettre à l’âme ses sensations, dont elle cesse, elle aussi, d’être affectée, n’en recevant plus communication. Buffon.
672,
33, Ego.—Iris, messagère des dieux et en particulier de Junon.
674,
4, Sens.—Qui sortent au hasard, mais n’ont aucun sens.
23, Dressent et couchent.—Les éd. ant. port.: et esmeuuent.
36, Nue.—En l’air.
41, Vsage.—Comme par habitude.
676,
13, Moins poisante.—Les éd. ant. port.: si plaisante.
20, Encore.—Quatre ans après (add. de 80).
33, Leger.—J.-J. Rousseau nous a laissé, lui aussi, un récit de ses sensations, lors d’une chute à Menilmontant, en 1776.
35, Pline.—Nat. Hist., XXII, 24.
678,
6, Anciens.—Dans le nombre: chez les Grecs, Archiloque et Alcée; chez les Latins, Lucilius, et plus tard Marc-Aurèle et S. Augustin, ce dernier dans ses Confessions. En des temps plus rapprochés: J.-J. Rousseau, également dans ses Confessions qui, elles, ne sont que du roman; Restif de la Bretonne, dans S. Nicolas ou le cœur humain dévoilé (1794).
24, Place.—C.-à-d. faire toilette et prendre une attitude convenable pour se présenter, se produire en société.
25, Vicieux.—Pascal, qui prohibait jusqu’au mot «moi», a dit au sujet des Essais: «Le sot projet que Montaigne a eu de se peindre lui-même.» Voir N. II, 18: [Extrauagant], la réponse qu’y fait Voltaire.
39, Veaux.—Balivernes, niaiseries, contes ridicules. Cette locution vient de ce que les veaux ne se bridant pas, les brides à veaux n’existent pas, que c’est autant dire rien.
680,
4, Trottoir.—C.-à-d. sur la voie publique, si bien que tout le monde en parle ou est à même d’en parler.
9, Voisins.—Les protestants.
12, Viure.—«Vivre, est le métier que je lui veux apprendre.» J.-J. Rousseau, Émile, I.
15, Gloire.—S’il est vain et présomptueux de proclamer soi-même ce que l’on vaut.—Le mot gloire était souvent employé, à cette époque, dans ce sens de vanité, présomption.
16, Hortense.—Mis pour Hortensius; Montaigne manque à son parti pris de ne pas franciser les noms propres étrangers; ce qui, par habitude, lui arrive encore parfois.
25, Skeletos.—Un squelette, ou plutôt un écorché pour études anatomiques.
31, Indifferemment.—Caton l’Ancien disait qu’il était aussi ridicule de se louer soi-même, que de se blâmer.
35, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 7.
35, Fausseté.—Nul homme vertueux ne cherche à se faire valoir par les qualités qu’il n’a pas.
682,
22, Nihilité.—Néant; mot forgé par Montaigne, du latin nihil, rien.
23, A certes.—Sincèrement, sérieusement.
FIN DES NOTES DU PREMIER VOLUME.
NOTES.