SCENE II.

HONORIUS, SOSIMENE, ARISTANDRE.

SOSIMENE.

Certes une vertu si rare & si sublime
Montre combien, Seigneur, vous estes magnanime,
Et combien aux grands coeurs doit estre cher & doux
L'honneur & le bon-heur d'estre estimez de vous,
Aprez cette action, & cet effort extreme
Que vostre Esprit royal a fait contre soy-mesme,
Apres ce grand combat que vous avez rendu
Quel Empire, Seigneur, ne vous sera point deû?
Vaincre les nations c'est faire peu de chose,
De ces Evenemens la fortune dispose,
Et les plus valeureux succombent quelquefois
Par un trait de malheur soubz de honteuses loix:
Mais quiconque eslevé dans un degré suprême
Peut vaincre ses desirs & regner sur soy-mesme,
Triompher de l'amour & de ses passions
Il peut facilement dompter les nations,
Et quoy que la fortune ou projette, ou conspire,
De tout cet Univers ne faire qu'un Empire.

HONORIUS.

Quiconque songe moins à ses sujets qu'à soy,
Est indigne du Rang & du tiltre de Roy,
Comme ce nom sacré nous tire du vulgaire
Tout ce que nous faisons doit passer l'ordinaire,
Tout doit estre royal, tout illustre, tout grand,
Tout juste, & tout en fin digne de nostre sang.
Un Monarque qui veut signaler sa memoire
Doit estre seulement amoureux de sa gloire,
Et pour cet interest qu'il doit seul regarder
Aux services des siens prest de tout accorder:
J'estois (je le confesse) amoureux d'Olympie,
Ses aimables attraits m'avoient l'ame ravie,
Et ses hautes vertus qui peuvent tout charmer
Avoient porté mon coeur & mes yeux à l'aimer.
Mais quand j'ay sur ce poinct ma raison consultée,
Quand en d'autres liens je l'ay veue arrestée,
Quand j'ay consideré les soins d'Euphemien,
Le zele de son fils, mon amour, & le sien,
La mutuelle ardeur qui bruloit ces deux ames,
Ne nous opposons pas à de si belles flames,
Ay-je dit, & faisant un effort genereux,
Pour un coeur que je cede, acquerons nous en deux.

ARISTANDRE.

Quoy qu'ayent fait pour l'Estat, & le Fils, & le Pere,
Olympie est pour eux un assez grand salaire,
Sans que vous adjoûtiez en cette occasion
À vos rares bontez tant de profusion:
Songez que vostre espargne est tantost espuisée
Par les guerres sans fin où Rome est exposée,
Et qu'un Prince prudent ne doit pas oublier
Tous ses autres sujets pour un particulier.

HONORIUS.

Quoy que vous me disiez, vous n'avez rien à craindre,
Et mon peuple aura peu de sujet de se plaindre,
Si le noble mespris que je faits des tresors
Me fait mesme aux vivans recompenser les morts.
Il me souvient amis, quel estoit ce grand homme,
Qui prodigua son sang pour le salut de Rome,
Quand le superbe Attale eut dessein de m'oster
Du Trône où son orgueil l'invitoit de monter:
C'estoit, vous le sçavez, le pere d'Olympie,
Il m'en laissa le soing quand il laissa la vie,
Et je l'ay du depuis eslevée en ma Cour
Avec beaucoup de zele & beaucoup plus d'amour,
Luy donnant un Espoux je luy tiens lieu de pere,
Et par cette raison un illustre douaire
Me doit envers la fille acquitter aujourd'huy
Du service important que j'ay receu de luy.

ARISTANDRE.

Seigneur.

HONORIUS.

C'est assez dit, il suffit Aristandre?
Qu'on ne m'en parle plus. Mais que viens-je d'entendre?
D'où procede ce bruit? Dieu? qu'est-ce que je vois?