Nossi-Bé.
Nossi-Bé, l’autre Tahiti. Petite île, comme l’île délicieuse ; comme elle, terre chaude d’amour. Mais ici il faut s’étonner d’abord que ces douceurs de rêve puissent germer ; il faut dire avec des mots prudents très francs aussi, quelle distance sépare les amantes polynésiennes des sakalaves ; il faut pardonner aux officiers de marine, pour avoir connu l’Eden du Pacifique, de l’avoir rebâti à Nossi-Bé avec la tendresse du sol et la docile illusion des filles très nombreuses, avec aussi le contentement facile de désirs très jeunes. Et alors, la mauvaise part faite, revient à tous l’âme amie des nuits australes… Depuis la jetée, on marche sous la voûte des manguiers ; les mangues mûres tombent, coupant la faible voix des jets d’eau invisibles ; ou bien un « jack » détaché de la branche qui s’ébroue ensuite dans l’ombre, roule en tonnerre sur le zinc d’une toiture de case.
Des voix parlent un moment, des noms se répondent, piquant des roucoulements de rires, étouffés ou lointains. Puis dans le silence repris, le jet d’eau balbutie, mal remis d’une peur, semble-t-il.