Wallis.

Dans la salle de classe à la case des Sœurs enseignantes, une fille de douze ans cause avec la religieuse. C’est une grande, une de celles que l’on peut à grand’peine jusqu’à cet âge faire rentrer au dortoir, dès neuf heures le soir, loin des hommes du village.

La fille. — Il y a longtemps que tu n’as vu le prêtre de Vâo ?

La religieuse. — Oui, pourquoi ?

La fille. — Tu dois être bien gênée.

La religieuse. —  ? ?

La fille. — Le grand bon Dieu a bien fait de mettre dans l’île en même temps que toi un homme de ceux que tu peux avoir dans ton lit, n’est-ce pas ? Mais tu feras bien de lui en commander un autre, car le père de Vâo est déjà vieux.

La religieuse. — Veux-tu te taire, malheureuse ! Que dis-tu ! Ne te souviens-tu pas que tu me vois toujours seule au dortoir ?

La fille (très calme). — Sûrement ! mais je pense que ton corps n’est pas fabriqué pour les hommes d’ici, et que seul le père Vâo peut lui donner la caresse.

La religieuse. — Mon enfant, je vous en prie, taisez ces vilaines choses ; récitez la prière que je vous ai apprise.

La fille (têtue). — Le grand bon Dieu a envoyé les hommes noirs (les prêtres) parce qu’il y a les femmes blanches (les sœurs).

La religieuse. — Mon Dieu !

La fille (docile). — « O Vierge immaculée, daignez, etc… »

Au dehors, le rivage est proche. Le corail blanchit dans la mer saphirine. Le crépuscule bref se fond en tiédeurs, et les pêcheurs de nacre chantent vers l’Istar malaise.