Remedes contre les distractions.

Chapitre X.

Pour les distractions, outre que la ferveur dont nous avons parlé y servira beaucoup, il est nécessaire de pratiquer quelque chose dans le tems qui précede la méditation, & quelque autre dans le tems que l'on médite.

Quant au tems qui la précede, telles que nous voulons être à l'Oraison, telles aussi faut-il que nous soyons avant que de la faire, comme nous en averti Cassien; & comme nous désirons d'être attentives à l'Oraison, ainsi faut-il que durant le jour nous faisions ensorte d'être recuëillies autant qu'il nous sera possible, & de marcher toujours en la presence de Dieu; nous imaginant de le voir dans chacune de nos Sœurs, & qu'il est toujours present en nous, agissant avec nous dans ce que nous faisons: ce que dit St Paul étant une vérité de la Foy, que nous vivons en Dieu, que nous nous mouvons en Dieu, & que nous sommes en Dieu.

Et parce que nous ne pouvons pas toujours demeurer facilement dans cette recollection, du moins que chacune se garantisse de ce qui lui peut causer de la distraction dans ce tems. Prenant soin durant le jour d'éloigner de soi tout ce qu'elle ne veut pas qui lui vienne dans l'esprit au tems de la Méditation, ainsi que le conseille l'Abbé Cassien.

Ne s'interressant point, ni ne se souvenant pas de ce qui ne la concerne point.

Evitant non seulement les murmures, mais encore les paroles inutiles, & ridicules, parce que le démon les represente toutes au tems de l'Oraison.

Et beaucoup plus les paroles piquantes, & injurieuses, lesquelles la détruise tout-à-fait.

Que l'on observe la régle de ne se point informer curieusement des actions d'autruy, & de ne point raporter dans le Monastere [sans permission] ce que l'on aura entendu aux Grilles, ou au Tour.

Que l'on ne parle pas en vain des choses du monde. Et que hors les tems de la récréation les Sœurs ne s'arrêtent pas à faire ensemble de longs discours inutiles mais qu'elles parlent toujours, à voix basse, ainsi qu'il est bienséant à des Religieuses, de ce qui est seulement nécessaire à leurs Offices, & de choses spirituelles & édifiantes.

Il sera encore très-utile contre les distractions d'avoir le sujet de la méditation bien préparé, & distingué en divers points, auparavant que de la commencer.

C'est pourquoi après les Matines une Sœur destinée à cela, lira d'une voix haute le mistere, ou le point que l'on doit méditer à l'Oraison suivante, & après Vêpres elle lira celui de l'Oraison du soir; quoique chacune devra préparer ses points & les lire, afin de s'y mieux disposer.

Et pour procéder encore avec ordre aux sujets: on pourra méditer durant l'Avent les mistéres qui sont propres à ce tems, sçavoir, l'Incarnation de Notre Seigneur, distinguez en diverses méditations.

La Vigile de Noël, le voyage de la bienheureuse Vierge à Bethléem.

Puis la Nativité de notre Seigneur, avec les mistéres de son enfance, & les autres de sa vie jusques à la Septuagesime.

A la Septuagesime il faut commencer les mysteres de la Passion. Méditant premierement tout ce qui arriva au Cenacle avec l'ordre des points qui sont marqués au livre de la Meditation.

Et parce que les douleurs que Notre-Seigneur souffrit dans son corps, de même la honte & le mépris; sa trés-sainte Mere les suporta, & souffrit dans son cœur, il sera bon que le mystere qui aura été médité le matin en ce qui concerne Notre-Seigneur, soit réïteré le soir, par raport à la trés-sainte Vierge; d'où il arrivera encore, qu'avec une telle répétition, la Passion s'imprimera plus aisément dans le cœur, & les affections en seront plus vives & plus fortes.

La semaine de Pâques, il faut méditer le mistere de la Resurrection avec les aparitions. Puis aprés les exercices du Paradis, & de là passer aux autres mysteres de la vie de Notre-Seigneur inserés aux exercices, & distingués en differens points.

Comme aussi les meditations sur les perfections divines, & sur les Mysteres du sacré Rosaire.

De même pour ce qui concerne Notre-Dame, on pourra méditer le soir les points, & les circonstances de sa sainte vie; ses vertus; & les mysteres de ses solemnités au tems convenable.

Quoique la méditation du matin soit destinée pour la vie de Notre Seigneur, & celle du soir pour la vie de sa très sainte Mere; cependant il y a des matieres si communes à l'un & à l'autre, que l'on les pourra suivre, soir & matin, jusques à ce qu'elles soient finies: comme le mistere de l'Incarnation; ceux de l'enfance de Notre Seigneur, & du sacré Rosaire de notre Dame.

De même quand il arrivera quelque solemnité de notre-Dame, on pourra les méditer soir & matin, jusqu'à ce qu'elles soient finies.

Quant aux vertus elles pourront être méditées deux fois, l'une avec les exemples de la vie de notre Seigneur, & l'autre par maniere de répetition, avec les exemples que la Sainte Vierge nous en a donné dans sa vie. Puis après au tems que l'on fait l'Oraison; il servira beaucoup contre les distractions, de demander humblement à notre Seigneur, & à sa très-sainte Mere la grace d'y être attentive; de se souvenir que l'on est en leur presence; de tenir les sens recuëillis; & toute les fois que l'on se trouvera distraite, de s'humilier de demander pardon, & retourner toujours au point que l'on avoit quitté par distraction.