Remedes contre les passions déreglées.

Chapitre XI.

Comme il n'y a rien qui empêche davantage la méditation, & même qui la détruise entierement que les passions déreglées; puisqu'il est très-véritable que l'Oraison & la mortification sont comme des sœurs, que l'une aide l'autre, & qu'elles sont les deux aîles avec lesquelles l'ame s'éleve à la perfection: il est nécessaire que chacune s'adonne toujours & sincerement à la mortification extérieure & intérieure; mortifiant extérieurement ses sens; & les mouvemens de son corps, de façon que les assujettissant à la raison, & à la prudence, elle s'éloigne de tous excès; & intérieurement, en détruisant la racine de toutes les mauvaises habitudes, & inclinations par des actes des vertus contraires, moderant les passions; en faisant mourir l'amour propre & la sensualité; la propre volonté, & le propre Jugement, par les moyens qui ont été proposés dans la premiere partie des instructions; faisant qu'à leur place succede l'amour de Dieu, & le zéle de sa gloire, s'accoutumant à la chercher dans toutes choses; comme nous voyons, que notre Seigneur & notre Epoux, pour nous procurer la gloire éternelle, s'est si fort mortifié, que l'on peut bien dire de lui, Propter te mortificamur tota die, c'est-à-dire, pour l'amour de vous je me suis mortifié tout le jour. Et par la bouche du Prophete il dit de lui même. Ego autem sum vermis, & non homo. C'est-à-dire. Je suis un vermisseau, & non pas un homme.

Et comme nous sommes par la grace divine faites membres d'un tel Chef; considerons souvent, que celle qui par la mortification lui donne de la gloire, parvient à une grande paix interieure, & est toujours joyeuse à cause de la bonne conscience, & procure de la joye & de la consolation à tous ceux qui conversent avec elle; où au contraire, celles qui sont peu mortifiées sont un poids fort pesant à Jesus-Christ leur Chef, à cause de leur ingratitude, & ont des peines continuelles, & des remords de conscience; car la mortification est semblable à l'ombre, laquelle fuit ceux qui la cherchent, & suit ceux qui la fuyent.

Et parce que la parfaite mortification s'acquiert par le moyen de la destruction des susd. passions, & des vices, & avec l'exercice des vertus contraires, comme pour cet effet plusieurs instructions ont été données pour le secours particulier de ce Monastere, aussi il est nécessaire que chacune s'affectionne beaucoup à les lire souvent, les préferant à plusieurs autres livres spirituels; & de plus à les méditer conformément à sa nécessité, étant pour cet effet distinguez en divers points. Parce que là elle trouvera des remedes très-abondans pour toutes ses infirmités spirituelles, & des moyens fort efficaces pour l'extirpation de tous les vices, & pour l'acquisition des vertus; toutes les doivent étudier avec d'autant plus d'affection, qu'elles ont été faites pour elles, & annexées à leur profession, afin de les conduire à la perfection que l'institut demande. Puisqu'il contient des régles que Dieu lui-même a données par le moyen des Supérieurs, afin que par de telles Régles comme par autant d'échellons nous puissions monter au Ciel notre patrie; où les peines suportées en cette vie, pour l'amour de celui qui a tant souffert pour nous, finiront pour jamais; & où chacune possedera une joye éternelle en Dieu d'autant plus grande qu'elle l'aura plus aimé, & qu'elle se sera davantage peinée, & mortifiée pour son amour.