Comme elle les doit instruire à la pratique des Coutumes Religieuses.

Chapitre XXVI.

Qu'elle ait soin de leur faire bien comprendre la grace que Dieu leur a accordée de les retirer de la bassesse & de la corruption du monde, & de les élever à la noblesse de l'état Religieux, & à la qualité d'épouses de Jesus-Christ; & par consequent qu'elle les exhorte à quitter toutes affections déréglées envers leurs parens, les aimant seulement avec l'amitié que la charité bien ordonnée demande, ne se souciant point d'en être visitées.

Qu'elle les exhorte à mépriser comme de la boüe toutes les richesses & toutes les vanités mondaines, ne faisant aucun cas de ce qu'elles auront quittées pour l'amour de Dieu, quand même elles auroient abandonnés tous les royaumes du monde.

Et qu'elles évitent de parler des biens, ni des autres vanités qu'elles auront laissé dans le monde, ni de peu estimer la moindre des Sœurs, les reconnoissant toutes pour Epouses de Notre-Seigneur, lequel tient comme fait à lui-même, ce qui leur est fait.

Qu'elle ait soin de les consoler & de les fortifier dans leurs tentations; de corriger leurs défauts, & de leur ôter les mauvaises habitudes qu'elles auront aporté du monde; de leur enseigner la bienséance, & la façon d'agir convenable à des Religieuses; comme elles doivent assister au Chœur avec une grande modestie & dévotion, observant les ceremonies prescrites & à rester à table avec la politesse Réligieuse.

Qu'elle leur aprenne à être humbles dans leur conversation, douces & modestes, se taisant lorsqu'il n'est pas convenable de parler, à être briéves en paroles, & à observer le silence aux tems ordonnés pour le garder.

Qu'elles ne fuyent pas le travail, mais qu'elles y soient des premieres, & qu'elles se portent volontiers à faire tous les exercices quelque bas & viles qu'il puissent être pour l'amour & l'honneur de Notre-Seigneur, lequel s'est si fort humilié, & a tant travaillé pour elles.

Qu'elles soient charitables envers toutes, principalement envers les malades & mortifiées dans toutes leurs façons de faire. Bien instruites des régles, des avis & des instructions qui sont donnés pour renoncer aux vices, & pour acquerir les vertus; qu'elle les exhorte souvent à la pratique de l'Oraison, à la dévotion envers la S. Vierge, à l'observance des vœux, leur montrant combien ils sont importans, & qu'elle leur fasse bien considerer ce qu'elles promettent, & tout ce que les Constitutions prescrivent pour le regard des vœux.

Qu'elle ne permette à pas une Novice de servir une autre en quelque chose que ce soit, & qu'entr'elles aucune familiarité ou amitié particuliere ne prenne naissance.

Si elle s'aperçoit que quelque Novice soit attachée à quelques petites choses, comme à un livre, à une image, ou reliquaire, ou autres semblables objets, qu'incontinent elle fasse en sorte qu'elle lui soit ôtée ou bien échangée contre une autre; lui enseignant combien il importe pour la perfection, d'avoir un parfait détachement de toutes les choses du monde.

Qu'elle aye soin que ses Novices ne fassent aucune mortification publique sans la permission de la Mere. Quoique elle soit libre de leur en donner au Noviciat avec la discretion & la prudence convenable.

Qu'elle les exerce souvent à l'anéantissement de leur propre volonté, aux fonctions les plus basses de la maison, & à la parfaite observance des régles communes & particulieres, leur faisant quitter quelque chose que ce soit, commencée & non achevée pour pratiquer l'obéissance. Leur montrant de quelle importance est cette sainte vertu. Et qu'elles ne doivent pas se contenter seulement de faire promptement & entierement les choses exterieures qui leur sont commandées; mais encore qu'elles les doivent faire volontiers & de tout leur cœur. Et de plus obéir avec simplicité, soumettant leur propre jugement à celui des Superieures, pensant toujours que ce que la Superieure commande est le meilleur, quand on n'y voit aucun peché manifeste, ayant continuellement Dieu en vûë pour l'amour duquel elles obéissent.

Qu'elle soit soigneuse de les fonder principalement dans la sainte humilité, leur faisant exercer les plus bas & plus viles offices du Monastere.

Leur faisant quelquefois dire en public leurs défauts par un autre, qu'elles écouteront en silence, quoiqu'elles se sentissent toucher en quelque chose qui ne leur semblât pas véritable, demandant pardon à toutes après la reprehension, remerciant la Sœur qui les aura reprises, & lui baisant les pieds.

Qu'elles parlent à genoux à la Mere Prieure jusqu'à ce qu'elle leur ait permis de se lever. Et qu'elles s'accoutument à lui découvrir leur cœur, & à la Maîtresse avec une grande sincerité pour la gloire de Dieu, & de sa sainte Mere, comme faisant un acte de grande humilité, de mortification & de grand profit pour elles-mêmes, afin qu'elles soient mieux, & plus assurément conduites & aidées.

Lorsque quelqu'une tombera dans quelque faute que la Maîtresse ne s'en trouble pas, ni ne s'en étonne point, mais agissant avec douceur & amour, qu'elle l'exhorte à quitter tel défaut, & à exercer la vertu contraire, plûtôt en vûë de plaire à Notre-Seigneur son Epoux, & à sa très-sainte Mere, que pour d'autre fin, celle-ci étant plus haute, plus noble, plus méritoire & plus efficace pour bien faire toutes choses, & avec plus de facilité, que toute autre; puisque l'amour surmonte toutes les difficultés.

Lorsque quelqu'une sera trop fervente, & remplie de trop grands désirs, elle la retiendra avec prudence autant qu'il sera nécessaire, la renvoyant souvent à la Mere Prieure.

Et encore qu'elle l'avertisse souvent de la façon dont se comportent les Novices, consultant avec elle sur les choses importantes, & principalement lorsque quelqu'une sera tentée, afin qu'elle fasse prier les Sœurs pour elle, sans la nommer, & que l'on lui donne les remedes nécessaires en avertissant encore le Confesseur.

Dans le tems de la consultation pour la profession d'une Novice, qu'elle n'y paroisse passionnée ni affectionnée; mais envisageant Dieu, qu'elle dise son avis avec bonnes raisons, & non pas ce qu'elle voudroit selon sa propre inclination parce que suposer à une Novice des vertus qu'elle n'a pas par quelque affection particuliere; & au contraire par quelque aversion, ou quelque mécontentement reçû par elle, l'accuser de ce qui n'est pas, ce seroit un grand peché.

Et ce qui se dit de la Maîtresse se doit encore entendre pour les autres Religieuses qui doivent donner leur voix pour la profession d'une Novice.