Régles touchant la nourriture corporelle.

Chapitre XLIV.

Les Personnes Religieuses doivent être réglées en toutes choses, même pour les heures de la refection, il est nécessaire d'observer un ordre pour manger toujours à une même heure soir & matin, jusqu'à ce que de tems en tems cette heure des repas soit changée conformément au changement du lever, & pour cela il est nécessaire que la cuisiniere soit toujours prête un quart d'heure avant le dernier signal du repas.

Auparavant la refection corporelle, on donnera toujours deux signaux avec la cloche, excepté quand ce sera jeune, alors le soir on ne donnera qu'un signal pour la collation. Et pas une ne manquera de venir à la premiere table sans permission de la Superieure.

Le matin le premier signal sera donné un quart d'heure avant le dîner, auquel signal chacune ira promptement au lavoir, & ayant lavé les mains, elles entreront en silence dans le Chapitre, qui doit être près du lavoir, & là étant toutes assemblées, & observant le silence elles demeureront recuëillies en Dieu faisant un peu d'examen ou d'autre dévotion, comme celle des cinq Ave Maria, qui sera mise ci-après, & elles demeureront ainsi jusqu'au second signal, après lequel elles entreront au Refectoire toutes deux à deux & en silence, faisant la reverence au milieu devant le Crucifix. Le même ordre sera observé le soir, excepté qu'elles pourront s'arrêter moins au chapitre, afin d'avoir un quart d'heure d'examen avant que de s'en aller reposer.

Et étant en ordre on donnera la bénédiction selon les rubriques du Breviaire Romain, avec le respect & la dévotion convenable.

Puis elles se mettront par ordre à table, & pas une ne portera avec elle ni couteau, ni fourchette, ni cuillier, ni autre chose qui lui soit propre, mais elle se servira des communes qu'elle trouvera à table à la place qui lui sera destinée.

Et parce que nous sommes composés d'un corps & d'une ame, il est nécessaire de donner la nourriture au corps & à l'esprit.

Quant à la refection corporelle. Les jours que l'on ne jeûne point, & que l'on mange de la viande, on donnera le matin pour l'ordinaire une menestre, cinq onces de viande, & pour le dessert quelque fruit ou une once de fromage à chacune selon la saison.

Menestre est une portion ou potage, qui peut valoir en substance autant que 2 œufs, de quelque sorte qu'ils soyent apprestez selon l'avis de nos RR. MM. de Genes.

Le soir on donnera de même, si ce n'est que quelquefois qu'au lieu de viande on voulût prendre autre chose équivalente.

Les jours d'abstinence on donnera quatre choses le matin. Une entrée de table, une menestre, deux œufs, ou chose équivalente, ou bien cinq onces de poisson, & le dessert comme ci-dessus.

Le soir on donnera à chacune une menestre, ou une salade cuite ou cruë, avec quelqu'autre chose de plus qui soit équivalente à la menestre, avec sept ou huit onces de pain.

Les jours de jeûne parfait on donnera le matin quelque chose d'avantage, & le soir à la collation trois ou quatre onces de pain, ou quelque chose qui soit équivalente ou environ.

L'on ne donnera à la seconde table qu'autant que l'on aura donné à la premiere.

Et pas une ne mangera ni boira hors des tems ordonnés, si ce n'est avec permission.

En prenant la nourriture corporelle, elles feront en sorte d'observer la temperance, la modestie & la décence intérieure & exterieure en toutes choses, ayant souvent dans le cœur ces paroles. Jesus sis nobis Jesus, & Jesus & Marie soient toujours loüés.

Chacune se contentera de ce qu'il lui sera donné par la sainte obéïssance, sans murmurer, ou donner aucun signe d'impatience.

Il ne sera permis à pas une de faire des presens, ni d'en recevoir l'une de l'autre à table.

Et lorsqu'il manquera quelque chose à l'une des Sœurs, celle qui sera près d'elle en avertira tout doucement celle qui sert.