Reméde contre la haine.

Chapitre X.

Quant à la passion de la haine qu'elle veille qu'il y ait entre toutes une grande paix, étant écrit de Notre-Seigneur. Factus est in pace locus ejus, c'est-à-dire. Qu'il fait sa demeure dans la paix. Et par conséquent qu'elle ne souffre pas qu'aucune donne jamais occasion de déplaisir à une autre, ni par paroles, ni par effets, imposant de griéve pénitence à celle qui alterera cette paix.

Lorsqu'il arrivera entr'elles quelque discorde, ou quelques troubles, qu'elle tâche de les apaiser, les faisant humilier envers l'une l'autre, ne laissant pas cependant de leur donner la Pénitence convenable, & faisant que celle qui aura offensé l'autre, se mette à genoux devant elle, lui demande pardon, & lui baise les pieds, ne leur permettant point de communier, si premierement elles ne se sont reconciliées ensemble, quand même elles se seroient confessées.

Sur-tout, qu'elle châtie griévement celles qui raporteront les défauts d'une Sœur à une autre, comme étant commises par le démon pour troubler les cœurs, la dévotion & l'oraison des Epouses de Jesus-Christ.

Que souvent elle les fasse souvenir de n'avoir point de langue pour raporter les défauts d'aucune Sœur, ni pour en dire ce qu'elles ne voudroient que l'on dit d'elles, & si quelqu'une murmuroit, que les autres n'ayent point d'oreilles pour l'entendre.

Si quelqu'une entend, qu'elle n'aye point de bouche pour en faire le raport, ni à celle dont on aura mal parlé, ni à d'autre, excepté à la Mere Prieure, afin que la murmuratrice, la médisante, & celle qui prononce des paroles rudes & fâcheuses soit punie.

Qu'aucune ne commande, ni ne reprenne, & ne s'intrigue des Offices des autres sans permission.

Que pas une ne parle de ce qu'elle a laissé au monde.

Qu'elles regardent les Converses comme leurs cheres Sœurs qui les aident par leur charitable travail.