III.—HOMMES CHANGES EN BETES. LYCANTHROPES. LOUPS-GAROUS.
Suivant Donat de Hautemer[1], cite par Goulart[2]. "il y a des lycanthropes esquels l'humeur melancholique domine tellement qu'ils pensent veritablement estre transmuez en loups. Ceste maladie, comme tesmoigne Aetius au sixiesme livre, chapitre XI et Paulus au troisieme livre, chapitre XVI, et autres modernes, est une espece de melancholie, mais estrangement noire et vehemente. Car ceux qui en sont atteints sortent de leurs maisons au mois de fevrier, contrefont les loups presques en toute chose, et toute nuict ne font que courir par les coemetieres et autour des sepulchres, tellement qu'on descouvre incontinent en eux une merveilleuse alteration de cerveau, surtout en l'imagination et pensee miserablement corrompue: en telle sorte que leur memoire a quelque vigueur, comme je l'ay remarque en un de ces melancholiques lycanthropes que nous appelons loups-garoux. Car lui qui me conoissoit bien, estant un jour saisi de son mal, et me rencontrant, je me tiray a quartier craignant qu'il m'offensast. Lui m'ayant un peu regarde passa outre suivi d'une troupe de gens. Il portait lors sur ses espaules la cuisse entiere et la jambe d'un mort. Ayant este soigneusement medicamente, il fut gueri de cette maladie. Et me rencontrant une autre fois me demanda si j'avais point eu peur, lorsqu'il me vint a la rencontre en tel endroit: ce qui me fait penser que sa memoire n'estoit point blessee en l'acces et vehemence de son mal, combien que son imagination le fust grandement.
[Note 1: Au IXe chapitre de son Traicte de la guerison des maladies.]
[Note 2: Thresor des histoires admirables, t. I, p. 336.]
"Guillaume de Brabant, au recit de Wier[1] repete par Goulart[2], a escrit en son Histoire qu'un homme de sens et entendement rassis, fut toutes fois tellement travaille du malin esprit, qu'en certaine saison de l'annee il pensoit estre un loup ravissant, couroit ca et la dedans les bois, cavernes et deserts, surtout apres les petits enfants: mesmes il dit que cest homme fut souvent trouve courant par les deserts comme un homme hors du sens, et qu'enfin par la grace de Dieu il revint a soy et fut gueri. Il y eust aussi, comme recite Job Fincel au IIe livre des Miracles, un villageois pres de Paule l'an mil cinq cens quarante et un, lequel pensoit estre loup, et assaillit plusieurs hommes par les champs: en tua quelques-uns. Enfin, prins et non sans grande difficulte, il asseura fermement qu'il estoit loup, et qu'il n'y avoit autre difference, sinon que les loups ordinairement estoyent velus dehors et lui l'estoit entre cuir et chair. Quelques-uns trop inhumains et loups par effect, voulans experimenter la verite du faict, lui firent plusieurs taillades sur les bras et sur les jambes, puis conoissans leur faute, et l'innocence de ce melancholique, le commirent aux chirurgiens pour le penser, entre les mains desquels il mourut quelques jours apres. Les affligez de telle maladie sont pasles, ont les yeux enfoncez et haves, ne voyent que malaisement, ont la langue fort seiche, sont alterez et sans salive en bouche. Pline et autres escrivent que la cervelle d'ours esmeut des imaginations bestiales. Mesme il se dit que l'on en fit manger de nostre temps a un gentil-homme espagnol, lequel en eut la fantaisie tellement troublee, que pensant estre transforme en ours, il s'enfuit dans les montagnes et deserts."
[Note 1: En son IVe livre Des prestiges, ch. XXIII.]
[Note 2: Thresor des histoires admirables, t. I, p. 336.]
"Quant aux lycanthropes, qui ont tellement l'imagination blessee, dit Goulart[1], qu'outre plus que par quelque particularite efficace de Satan, ils apparoissent loups et non hommes a ceux qui les voyent courir et faire divers dommages, Bodin soustient que le diable peut changer la figure d'un corps en autre, veu la puissance grande que Dieu lui donne en ce monde elementaire. Il veut donc qu'il y ait des lycanthropes transformez reellement et de fait d'hommes en loups, alleguant divers exemples et histoires a ce propos. Enfin apres plusieurs disputes, il maintient l'une et l'autre sorte de lycanthropie. Et quant a celle-ci, represente tout a la fin de ce chapitre le sommaire de son propos, a scavoir, que les hommes sont quelquefois transmuez en beste, demeurant la forme et la raison humaine: soit que cela se fasse par la puissance de Dieu immediatement, soit qu'il donne ceste puissance a Satan, executeur de sa volonte, ou plustost de ses redoutables jugements. Et si nous confessons (dit-il) la verite de l'histoire sacree en Daniel, touchant la transformation de Nabuchodonosor, et de l'histoire de la femme de Lot changee en pierre immobile, il est certain que le changement d'homme en boeuf ou en pierre est possible: et par consequent possible en tous autres animaux."
[Note 1: Thresor des histoires admirables, t. I, p. 338.]
G. Peucer[1] dit en parlant de la lycanthropie: "Quant est de moy j'ay autresfois estime fabuleux et ridicule ce que l'on m'a souvent conte de cette transformation d'hommes en loups: mais j'ay aprins par certains et eprouvez indices et par tesmoins dignes de foy que ce ne sont choses du tout controverses et incroyables, attendu ce qu'ils disent de telles transformations qui arrivent tous les ans douze jours apres Noel en Livonie et les pays limitrophes: comme ils l'ont sceu au vray par les confessions de ceux qui ont ete emprisonnez et tourmentez pour tels forfaits. Voicy comme ils disent que cela se fait. Incontinent apres que le jour de Noel est passe, un garcon boiteux va par pays appeler ces esclaves du diable, qui sont en grand nombre, et leur enjoint de s'acheminer apres luy. S'ils different ou retardent, incontinent vient un grand homme avec un fouet fait de chainettes de fer, dont il se hate bien d'aller, et quelquefois estrille si rudement ces miserables, que long-temps apres les marques du fouet demeurent et font grande douleur a ceux qui ont este frappez. Incontinent qu'ils sont en chemin les voila tous changez et transformez en loups… Ils se trouvent par milliers, ayans pour conducteur ce porte-fouet apres lequel ils marchent, s'estimans estre devenus loups. Estans en campagne, ils se ruent sur les troupeaux de bestail qui se trouvent, deschirent et emportent ce qu'ils peuvent, font plusieurs autres dommages; mais il ne leur est point permis de toucher ni blesser les personnes. Quand ils approchent des rivieres, leur guide fend les eaux avec son fouet tellement qu'elles semblent s'entr'ouvrir et laisser un entre deux pour passer a sec. Au bout de douze jours toute la troupe s'escarte, et chascun retourne en sa maison ayant despoulle la forme de loup et reprins celle d'homme. Cette transformation se fait, disent-ils, en ceste sorte. Les transformez tombent soudain par terre comme gens sujets au mal caduc, et demeurent estendus comme morts et privez de tout sentiment, et ils ne bougent de la ni ne vont en lieu quelconque, ni ne sont aucunement transformez en loups, ains ressemblent a des charongnes, car quoy qu'on les roule et secoue ils ne montrent aucune apparence quelconque de vie."
[Note 1: Les Devins, p. 198.]
Bodin[1] rapporte en effet plusieurs cas de lycanthropie et d'hommes changes en betes.
[Note 1: Demonomanie.]
"Pierre Mamot, en un petit traicte qu'il a fait des sorciers, dit avoir veu ce changement d'hommes en loups, luy estant en Savoye. Et Henry de Cologne au traicte qu'il a fait de Lamiis tient cela pour indubitable. Et Ulrich le meusnier en un petit livre qu'il a dedie a l'empereur Sigismond, escrit la dispute qui fut faite devant l'empereur et dit qu'il fut conclu par vive raison et par l'experience d'infinis exemples que telle transformation estoit veritable, et dit luy-mesme avoir veu un lycanthrope a Constance, qui fut accuse, convaincu, condamne et puis execute a mort apres sa confession. Et se trouvent plusieurs livres publiez en Allemagne que l'un des plus grands rois de la chretiente, qui est mort n'a pas longtemps, et qui estoit en reputation d'etre l'un des plus grands sorciers du monde souvent estoit mue en loup."
"Il me souvient que le procureur general du roy Bourdin m'en a recite un autre qu'on luy avoit envoye du bas pays, avec tout le proces signe du juge et des greffiers, d'un loup qui fut frappe d'un traict dans la cuisse, et depuis se trouve dans son lict avec le traict, qui luy fut arrache estant rechange en forme d'homme et le traict cogneu par celuy qui l'avoit tire, le temps et le lieu justifie par la confession du personnage."
"Garnier juge et condamne par le parlement de Dole estant en forme de loup-garou print une jeune fille de l'aage de dix a douze ans pres le bois de la Serre, en une vigne, au vignoble de Chastenoy pres Dole un quart de lieue, et illec l'avoit tuee, et occise tant avec ses mains semblans pattes, qu'avec ses dents, et mange la chair des cuisses et bras d'icelle, et en avoit porte a sa femme. Et pour avoir en mesme forme un mois apres pris une autre fille et icelle tuee pour la manger s'il n'eust este empeche par trois personnes comme il l'a confesse; et quinze jours apres avoir estrangle un jeune enfant de dix ans au vignoble de Gredisans et mange la chair des cuisses, jambes et ventre d'iceluy, et pour avoir en forme d'homme et non de loup tue un autre garcon de l'aage de douze a treze ans au bois du village de Porouse en intention de le manger, si on ne l'eust empesche, il fut condamne a estre brule vif et l'arret execute."
"Au Parlement de Bezancon, les accuses estoient Pierre Burgot et Michel Verdun qui confesserent avoir renonce a Dieu et jure de servir le diable. Et Michel Verdun mena Burgot au bord du Chastel Charlon, ou chacun avoit une chandelle de cire verde qui faisoit la flamme bleue et obscure et faisoient les danses et sacrifices au diable. Puis apres s'estans oincts furent retournez en loups courant d'une legerete incroyable, puis ils s'estoyent changez en hommes et soudain rechangez en loups et couplez avec louves avec tel plaisir qu'ils avoient accoutume avec les femmes; ils confesserent aussi a scavoir: Burgot avoir tue un jeune garcon de sept ans avec ses pattes et dents de loup et qu'il le vouloit manger, n'eust este les paysans luy donnerent la chasse… Et que tous deux avoient mange quatre jeunes filles; et qu'en touchant d'une poudre ils faisoient mourir les personnes."
"Job Fincel, au livre XI des Merveilles ecrit qu'il y avoit a Padoue un lycanthrope qui fut attrappe et ses pattes de loup luy furent coupees, et au mesme instant il se trouva les bras et les piez coupez. Cela est pour confirmer le proces fait aux sorciers de Vernon (an 1556), qui frequentaient et s'assembloient ordinairement en un chastel vieil et ancien en guise de nombre infini de chats. Il se trouva quatre ou cinq hommes qui resolurent d'y demeurer la nuict, ou ils se trouverent assaillis de la multitude de chats; et l'un des hommes y fut tue, les autres bien marquez, et neanmoins blesserent plusieurs chats qui se trouverent apres mues, enfermes et bien blesses. Et d'autant que cela semblait incroyable, la procedure fut delaissee."
"Mais les cinq inquisiteurs qui estoient experimentez en telles causes ont laisse par ecrit qu'il y eut trois sorciers pres Strasbourg qui assaillirent un laboureur en guise de trois grands chats, et en se defendant il blessa et chassa les chats, qui se trouverent au lit malade en forme de femmes fort blessees a l'instant meme: et sur ce enquises elles accuserent celuy qui les avoit frappees, qui dit aux juges l'heure et le lieu qu'il avoit ete assailly de chats, et qu'il les avoit blesses."
Guyon[1] rapporte l'histoire d'un enchanteur qui se changeait en differentes betes:
[Note 1: Les diverses lecons.]
"Aucuns persuaderent, dit-il, a Ferdinand, empereur premier de ce nom, de faire venir devant lui un enchanteur et magicien polonais en la ville de Numbourg, pour s'informer quelle yssue auroit le different qu'il avoit avec le Turc, touchant le royaume de Hongrie, et que non seulement il usoit de divination, mais aussi faisoit beaucoup de choses merveilleuses, et combien que ledit sieur Roy ne le vouloit voir, si est-ce que ses courtizans l'introduirent dans sa chambre, ou il fit beaucoup de choses admirables, entre autres, il se transformoit en cheval, s'estanz oing de quelque graisse, puis en forme de boeuf, et tiercement en lyon, tout en moins d'une heure, dont ledit empereur eut si grande frayeur, qu'il commanda qu'on le chassat, et ne voulut onc s'enquerir de ce maraud des choses futures."
"Il ne faut plus douter, ajoute le meme auteur[1], si Lucius Apuleius Platonic auroit ete sorcier, et s'il auroit este transforme en asne, d'autant qu'il en fut tire en justice par devant le proconsul d'Affrique, du temps de l'empereur Antonin premier, l'an de J.-C. 150, comme Appoloine Tiance, longtemps avant luy, soubz Domitian, l'an 60, fut aussi actionne pour mesme fait. Et plus de trois ans apres ce bruit persista jusqu'au temps de sainct Augustin qui estoit africain, qui l'a escrit et confirme; comme aussi de son temps le pere d'un Prestantius fut transmue en cheval, ainsi que ledit l'assura audit sainct Augustin… Son pere estant decede, il despendit en peu de temps la plus grande partie de ses biens, usant des arts magiques, et pour fuir la pauvrete pourchassa de se marier avec Pudentille, femme veufve et riche d'Oer, fort longtemps, et y persista tant qu'elle acquiesca. Bientot apres mourut un fils unique heritier qu'elle avoit eu de son autre mary. Ces choses passees en ceste facon firent conjecturer qu'il avoit par art magique seduit Pudentille, que plusieurs illustres personnes n'avoyent pu faire condescendre a se marier, pour parvenir aux biens du susdit fils. On disoit aussi que le grand et profond scavoir qui estoit en luy, pour les grandes et difficiles questions qu'il resolvoit ordinairement passoit le commun des autres hommes, pour ce qu'il avoit un demon ou diable familier. Plus, on lui avoit vu faire beaucoup de choses admirables, comme se rendre invisible, autres fois se transformer en cheval ou en oyseau, se percer le corps d'une espee, sans se blesser, et plusieurs autres choses semblables. Il fut en fin accuse par un Sicilius Aemilianus, censeur, devant Claude Maxime, proconsul d'Affrique, qu'on disoit estre chrestien: on ne trouve point de condamnation contre luy. Or qu'il aye este transforme en asne, sainct Augustin le tient pour tout asseure, l'ayant lu dans certains autheurs veritables et dignes d'estre creuz, aussi qu'il estoit du mesme pays: et ceste transformation lui advint en Thessalie avant qu'il fust verse en la magie, par une sorciere qui le vendit, laquelle le recouvra apres qu'il eut servi de son mestier d'asne quelques ans, ayant les mesmes forces et facons de manger et braire que les autres asnes, l'ame raisonnable neantmoins demeura entiere et saine, comme luy-mesme atteste. Et a fin de couvrir son fait parce que le bruit estoit tel et vraysemblable, il en a compose un livre qu'il a intitule l'Asne d'or, entremesle de beaucoup de fables et discours, pour demonstrer les vices des hommes de son temps, qu'il avoit ouy lire ou veu faire, durant sa transformation, avec plusieurs de ses travaux et peines qu'il souffrit durant sa metamorphose."
[Note 1: Les diverses lecons.]
"Quoy qu'il puisse estre, ledit sainct Augustin, au livre de la Cite de Dieu, livre XVIII, chap. XVII et XVIII, recite que de son temps, il y avoit es Alpes certaines femmes sorcieres qui donnoyent a manger de certain formage aux passants et soudainement estoyent transformez en asnes ou en autres bestes de sommes, et leur faisoyent porter des charges jusqu'a certains lieux; ce qu'ayant execute, leur rendoyent la forme humaine."
"L'evesque de Tyr, historien, escrit que de son temps, qui pouvoit estre 1220, il y eut quelques Anglois que leur Roy envoyoit au secours des Chrestiens qui guerroyoient en la terre saincte, qui estans arrivez en une havre de l'isle de Cypre, une femme sorciere transmua un jeune soldat anglois en asne, lequel voulant retourner vers ses compagnons dans le navire fut chasse a coups de baston, lequel s'en retourna a la sorciere, qui s'en servit jusqu'a ce qu'on s'apperceut que l'asne s'agenouilla dans une Eglise, faisant choses qui ne pouvoyent partir que d'un animal raisonnable, et par suspicion la sorciere qui le suivoit estant prise par authorite de justice, le restitua en forme humaine trois ans apres sa transformation, laquelle fut sur le champ executee a mort."
"Nous lisons, reprend Loys Guyon[1] qu'Ammonius, philosophe peripateticien, avoit ordinairement a ses lecons et lors qu'il enseignoit un asne, qui estoit du temps de Lucius Septimius Severus, empereur, l'an de J.-C. 196. Je penseroy bien que cest asne eust este autrefois homme, et qu'il comprenait bien ce que ledit Ammonius enseignoit, car ces personnes transformees, la raison leur demeure comme l'asseure le dit sainct Augustin et plusieurs autres auteurs."
[Note 1: Diverses lecons, t. I, p. 426.]
"Fulgose escrit, livre VIII, chap. II, que du temps du pape Leon, qui vivoit l'an 930, il y avoit en Allemagne deux sorcieres hostesses qui avoyent accoustume de changer ainsi quelques fois leurs hostes en bestes, et comme une fois elles changerent un jeune garcon basteleur en asne, qui donnoit mille plaisirs aux passans, n'ayant point perdu la raison, leur voisin l'acheta bien cher, mais elles dirent a l'acheteur qu'elles ne le luy garantiraient pas et qu'il le perdoit s'il alloit a la riviere. Or l'asne s'estant un jour eschappe, courant au lac prochain ou s'etant plonge en l'eau, retourna en sa figure. Nostre Apuleius dit qu'il reprint sa forme humaine pour avoir mange des roses."
"On voit encore aujourd'huy en Egypte des asnes qu'aucuns menent en la place publique lesquels font plusieurs tours d'agilite, et des singeries, entendans tout ce qu'on leur commande, et l'executent: comme de monstrer la plus belle femme de la compagnie, ce qu'ils font, et plusieurs austres choses qu'on ne voudroit croire: ainsi que le recite Belon, medecin, en ses observations, qu'il a veus et d'autres aussi, qui y ont este, qui me l'ont affirme de mesme."
"On amena un jour a sainct Macaire l'Egyptien, dit dom Calmet[1], une honnete femme qui avoit ete metamorphosee en cavalle par l'art pernicieux d'un magicien. Son mari et tous ceux qui la virent crurent qu'elle etoit reellement changee en jument. Cette femme demeura trois jours et trois nuits sans prendre aucune nourriture, ni propre a l'homme, ni propre a un cheval. On la fit voir aux pretres du lieu, qui ne purent y apporter aucun remede. On la mena a la cellule de sainct Macaire, a qui Dieu avoit revele qu'elle devoit venir. Ses disciples vouloient la renvoyer, croyant que c'etoit une cavalle, ils avertirent le saint de son arrivee, et du sujet de son voyage. Il leur dit: Vous etes de vrais animaux, qui croyez voir ce qui n'est point; cette femme n'est point changee, mais vos yeux sont fascines. En meme temps, il repandit de l'eau benite sur la tete de cette femme, et tous les assistants la virent dans son premier etat. Il lui fit donner a manger, et la renvoya saine et sauve avec son mari. En la renvoyant, il lui dit: Ne vous eloignez point de l'eglise, car ceci vous est arrive, pour avoir ete cinq semaines sans vous approcher des sacremens de notre Sauveur."
[Note 1: Traite des apparitions des esprits, t. I, p. 102.]