SCÈNE II
Entrent par divers côtés COUFONTAINE (le Ver Luisant),
ORIAN DE HOMODARMES (le Jardinier),
ORSO DE HOMODARMES (l'Ingénieur Florentin),
SICHEL, LE PRINCE WRONSKY, LADY U. (la Ville de Rome).
COUFONTAINE.—Mesdames, je vous l'amène, le traître voulait nous échapper. Oui, que complotiez-vous là-bas s'il vous plaît avec votre frère sous la statue de Jupiter Tonnant?
SICHEL.—Eh quoi, mon cher chevalier, déjà partir?
ORIAN DE HOMODARMES.—Mon service m'appelle demain au Vatican de fort bonne heure.
LADY U.—Mille choses à votre parrain!
ORIAN.—Quel est ce beau costume, Milady?
LADY U.—Je suis la Ville de Rome.
ORIAN.—Le Saint-Père sait tout l'amour que Rome lui porte.
COUFONTAINE.—Mais il ne faut pas partir! Pensée, dites-lui de rester. Vous connaissez ma fille, chevalier?
ORIAN.—J'ai eu le plaisir de rencontrer Mademoiselle l'autre jour.
SICHEL.—Tu sais, Louis, quand nous sommes allés acheter le palazzino.
PENSÉE.—Restez!
LE PRINCE.—Il faut se rendre.
ORSO.—Reste, Orian, je te le demande.
ORIAN.—Je reste.
LE PRINCE.—Merci, Orso. Donne-moi ces dernières heures, mon petit.
Demain, il n'y aura plus de Villa Wronsky de Prince Doublevé.
C'est demain que l'on me saisit et j'ai invité toute la Ville à passer la nuit avec moi et à attendre le moment où paraîtra avec le soleil le funeste mandataire de la Loi escorté de ses satellites.
Tout ce qu'il y a à Rome de Français, d'Américains, d'Anglais, de Scythes et de Sarmates parmi les authentiques fils de la Louve,
Les gens du Vatican et ceux du Roi Galant-Homme,
Tout cela à l'abri des masques est chez le vieux Prince cette nuit et de sa maison et de son jardin ne fait qu'un seul feu de joie.
Tout est plein d'intrigues, d'amours, de conspirations, de musique et d'éclats de rire!
De longs aveux que les belles rêveusement autour du doigt se roulent comme des rubans de satin et de grands secrets impromptus qui partent comme des coups de pistolet.
Il y a un punch qui brûle tout seul dans ma salle à manger.
Il y a une fusée qui monte du ciel, il y a un luth qu'on accorde quelque part.
Il y a un amant et sa maîtresse dans l'endroit où l'on fait les couteaux qui ont juré de se séparer éternellement et qui pleurent toutes les larmes de leur corps.
(Et tous les domestiques l'un après l'autre dix fois de suite qui ouvrent la porte et la referment précipitamment.)
Il y a un piano sous les arbres tout entouré de mouches à feu et un monsieur à grosses moustaches, le cigare à la bouche, qui fait do naturel dessus avec un doigt aussi long qu'une canne.
Il y a au-dessous toute une bande de mules dansantes et sonnaillantes, toutes garnies de manteaux, de paniers, de lanternes et d'escopettes, pour les amis qui sont venus nous voir de la campagne.
Et il y avait un vieux fou tout à l'heure du haut du «bosco» qui regardait sa Rome pour la dernière fois,
La ville aux cent dômes dans l'obscurité avec une seule place rougeoyante comme un feu de bivac
D'où sortait le bout d'une colonne antique surmontée de la statue d'un Apôtre!
LADY U.—Prince, toutes les maisons de Rome seront les vôtres.
LE PRINCE.—Merci, Capitole! Que je vous embrasse pour cette bonne parole!
Il ôte sa barbe, et, l'ayant accrochée à une branche, fait le geste d'embrasser sa voisine.
LADY U, riant.—Prince, je vous en prie! Behave yourself Sir!
COUFONTAINE.—Que devient le Tibre sans sa barbe?
SICHEL.—Il a profité de sa fausse barbe pour raser la vraie. Prince, mais que vous êtes drôle ainsi!
Quelle bouche bonne et sensuelle, fraîche comme celle d'un enfant! Il a cette longue lèvre supérieure d'un homme qui est fait pour jouer de la clarinette.
LADY U.—Mais je vous reconnais, Prince! Oui, nous avons fait une traversée ensemble, du temps où j'étais l'étoile de la Compagnie Trombini, quand on mettait quarante jours pour aller du Ténérife à Buenos-Ayres.
LE PRINCE.—Eh quoi, cruelle, vous m'aviez oublié? Et tous ces beaux couchers de soleil donc auxquels nous avons prêté assistance,
Et ces nuées de poissons-volants qui se levaient sous notre étrave en pétillant, comme les amours autour du char d'Amphitrite.
ORSO.—Tout le monde a l'air de se retrouver, ce soir. Vrai, pour se faire reconnaître, il n'est rien de tel que de se déguiser.
LE PRINCE.—Eh quoi, vous m'aviez donc oublié?
LADY U.—Non, Prince. Pourquoi ne m'avoir jamais rappelé ces belles nuits de l'Équateur?
LE PRINCE.—Bah. Tout a changé tellement. Vous n'êtes plus cette Beltramelli dont je baisais le poignet,
—Avec un fragment de la Croix du Sud dans chacun de ses yeux noirs.
Mais je ne sais quelle Lady U.
LADY U.—Si fait! C'est toujours la «Lionne Italienne», comme on m'appelait sur les affiches de Pernambouc, l'héroïne du trente Avril, l'amie de Mazzini et de Garibaldi!
COUFONTAINE, montrant Orian.—Chut!
ORSO.—Bah, ne sommes-nous pas tous en vacances ce soir?
COUFONTAINE.—Il est vrai. C'est comme une de ces dernières classes que l'on fait au mois de juillet, quand on ne prend plus au sérieux le professeur.
On sent tellement qu'il y a quelque chose qui va finir!
LADY U, regardant Orso.—Dès que Messieurs les Français seront partis.
ORSO.—Jamais. Ils me l'ont dit. Qui pourrait s'arracher de l'Italie?
LE PRINCE, agitant la main.—Adieu, chère Rome!
SICHEL.—Prince, quel est ce camée que je vois à votre bras?
LE PRINCE, le lui montrant.—Il vous plaît? Quelle jolie tête, n'est-ce pas?
SICHEL.—C'est étrange. Elle me rappelle quelqu'un.
LE PRINCE.—Moi aussi. C'est pour cela que je le porte toujours. Elle s'appelait Lumîr.
La Comtesse Lumîr. Pauvre fille, elle est morte tristement! C'est à ce moment que j'ai quitté la Pologne.
SICHEL.—N'était-elle point la sœur d'un nommé Posadowski?
LE PRINCE.—C'est possible. L'avez-vous connu?
SICHEL.—Le Comte l'a connu autrefois.
En Algérie.—Louis, tu te souviens?
COUFONTAINE.—Vaguement. C'était un grand ivrogne.
LE PRINCE.—Che fare? On boit. Il faut bien remplacer ces deux grandes ailes dans le dos qui autrefois faisaient l'accoutrement de nos houzards.
LADY U, à Orian.—Mais vous aussi, chevalier, quel bijou magnifique vous portez à votre doigt!
ORIAN.—C'est un joyau de famille. On l'appelle «la pierre qui voit clair». On n'a qu'à fermer les yeux et la main voit. Elle est là qui vous conduit au travers de l'obscurité.
ORSO, lui prenant la main et l'amenant à Pensée.—Voyez, Mademoiselle, je vous prie. Regardez, vous qui aimez les belles pierres.
PENSÉE, comme si elle regardait, touchant légèrement la pierre.—C'est un saphir, je crois?
SICHEL.—Un très beau saphir.
PENSÉE.—Tout entouré de brillants. De ces vieux brillants carrés qui ne bougent plus et dont le temps a fixé l'éclat.
SICHEL.—Une belle bague de fiançailles.
ORIAN.—C'est elle qui me conduit ce soir.
PENSÉE.—Croyez-vous qu'il n'y a que les pierres qui aient des yeux pour voir au travers de l'obscurité?
ORIAN.—Les miens n'y suffisent pas.
PENSÉE.—Prince, ai-je beaucoup fréquenté votre jardin?
LE PRINCE.—Une fois, une fois seulement et je n'étais pas là.
Une fois seulement vous m'avez fait l'honneur de visiter ma pauvre maison.
PENSÉE.—Chevalier, gageons-nous que, les yeux fermés, je vous fais faire le tour du jardin et vous ramène ici?
SICHEL.—Pensée, mon enfant!
PENSÉE.—Laisse, mère.
Je ferme les yeux.—Ainsi!—Votre main.—Cachons bien cette pierre qui voit clair.—Venez, Monsieur le Jardinier!
Ils sortent.
COUFONTAINE.—Pourvu qu'ils ne parlent pas politique.
LADY U.—Ce n'est pas un mauvais moyen de faire couler à l'oreille de qui de droit les choses que soi-même on ne peut dire.
COUFONTAINE.—Vous me percez de part en part.
SICHEL.—Je crains que Pensée ne perde sa gageure.
COUFONTAINE.—Bah. Ils se retrouveront toujours. On va loin dès que l'on se laisse conduire par quelqu'un qui ne voit pas clair, (à Orso) Qu'en dites-vous, Florentin? qu'en dites-vous, noir Ingénieur?
ORSO.—Je m'en vais. Il y a trop de secrets ici ce soir et trop de trahisons.
Je vais régler mon instrument. Il y a dans ce concert d'eaux jasantes que j'ai distribuées de toutes parts dans la nuit quelque chose de trop rapide et plein de perfidie. Il est temps que je leur donne un petit tour de clef.
A peine avons-nous commencé à penser ou dire quelque chose que leur pente s'en empare, et c'est nous qui parlons déjà, persuadés que c'est leur murmure encore.
Il sort.
LE PRINCE.—L'eau qui tombe sur de l'eau, et la grande masse grave
Des cloches quand elles s'éveillent toutes ensemble, le matin et le soir au moment de l'Ave Maria, comme des Anges confus, et à midi,
Voilà ce que je n'entendrai plus demain.
COUFONTAINE.—Et voilà le bruit que vous voudriez faire taire, Milady?
LADY U.—A Dieu ne plaise! Je suis bonne catholique.
COUFONTAINE.—Et cependant vous voulez prendre au Pape sa maison.
LADY U.—Comment faire? Je vous le demande à vous-même.
Comment séparer l'air de l'air, la terre de la terre, la chair de la chair, le cœur du corps, et Rome de l'Italie?
Vous, étrangers, dès que vous êtes à Rome, vous vous y pressez comme l'enfant au sein.
Et nous, Italiens, nous nous passerions de notre mère?
COUFONTAINE.—Le Pape est votre Père.
LADY U.—C'est entendu.
—Vous êtes pour lui un ennemi plus dangereux que je ne le suis, Monsieur l'Ambassadeur.
COUFONTAINE.—Quelle injustice! Le Saint-Père n'a pas de fils plus dévoué. Oui, je suis un fils pour lui.
Plût au ciel qu'il daignât parfois me prêter une audience plus favorable!
LADY U.—Laissez-nous faire.
COUFONTAINE.—Non. J'ai horreur des voies violentes. Je suis un homme de paix. C'est ce qui m'a fait quitter l'armée autrefois.
Pourquoi cette intransigeance qui n'est pas de notre temps? ces prétentions sans mesure qui attristent tous les sincères amis de la Papauté, et, je puis le dire, tous les vrais chrétiens? que veulent dire ces défis? cette infaillibilité qu'on est en train de se faire décerner?
LADY U.—Oui, je l'ai souvent pensé. Tout cela fait bien du tort à la religion.
COUFONTAINE.—En un temps où elle est si nécessaire!
Où toutes les bases sont
Sapées. Oui, sapées! C'est le mot, je ne crains pas de le dire.
Mais je m'échauffe, pardonnez! Je sens ces choses trop vivement.
Mon nom est paix, accord, conciliation, transaction, entente, bonne volonté réciproque.
LADY U.—C'est vrai. Pas un de ces passages délicats en France d'un régime à un autre.
Auquel votre nom ne soit associé.
COUFONTAINE.—Vous parlez de mon père, Toussaint Turelure? C'était un bon serviteur de la France.
Oui, un homme mal jugé. Moi seul l'ai bien connu.
—Mais venez, Sichel, je vois M. le Ministre de Prusse qui nous fait signe.
LE PRINCE.—Fi! Vilain petit représentant d'un vilain petit État. Il est venu sans que je l'invite.
Sortent COUFONTAINE et SICHEL.
LADY U.—Éloignons-nous aussi. J'imagine que M. de Homodarmes et sa Psyché vont avoir fini leur petit tour de jardin.
Quelle scène étrange!
LE PRINCE.—Et quelle étrange fille!
LADY U.—On ne se présente pas ainsi! C'est le manque de vergogne Juif. Et les parents ne voient rien à dire.
LE PRINCE.—Homodarmes cependant n'est pas riche.
LADY U.—Il est le filleul et un peu le neveu du pape. Épouser le pape! Quel triomphe pour notre Sichel!
LE PRINCE.—Elle a de bien beaux yeux.
LADY U.—Je vous défends absolument d'en regarder d'autres que les miens.
LE PRINCE.—Pourquoi me les avoir dérobés si longtemps?
LADY U.—Il n'y a pas si longtemps que Rome et moi faisons plus qu'un.
LE PRINCE.—Non, il n'y a pas longtemps.
Vous n'êtes pas Rome, pas plus que ce n'est Rome, ces blanches bouffées de grêle sur des places de temps en temps qui s'épuisent en trois coups de tonnerre, et le passage par siècle une fois ou deux des Barbares entre une porte et l'autre.
LADY U.—C'est sans doute de vos mercenaires que vous parlez? Car nous ne sommes pas des barbares, Monsieur le Prince...
Pardon, je n'ai jamais pu prononcer votre nom,—ni celui de mon mari d'ailleurs.
De Rome à l'Italie, il y a tout de même quelque chose de commun.
LE PRINCE.—Rome est ce qui dure et je vous vois trop jeune parmi vos cheveux trop noirs, cette forêt de serpents nerveux, vivante de trop de vie à la fois, trop d'espoirs
Pour la Ville qui n'a jamais cessé de tout posséder.
—Toute pleine d'une confiance naïve et enivrée en cette heure qui sera demain
Une heure parmi les autres.
Ce n'est pas Rome, ce rude souffle de la Campagne qui nous emplit de temps en temps,
Ou l'invasion des troupeaux quand ils marchent vers les Abruzzes à l'époque de la transhumance et la conque rauque du pasteur sous l'arc de Septime Sévère!
Ce n'est pas son visage que je reconnais dans celui que je vois devant moi et que j'ai tant aimé (mais les femmes ne deviennent intéressantes qu'à cinquante ans), plein de désirs et de résolution,
La Sibylle colorée par le reflet de l'eau verdâtre, la sorcière Marse, la vivandière de Garibaldi, le cri perçant à midi qui appelle les moissonneurs sous le chêne Samnite!
LADY U.—Qu'est-ce donc que Rome, s'il vous plaît?
LE PRINCE.—Eh, vous le savez mieux que moi.
Lorsque j'étais enfant nous avions une terre qui n'était pas éloignée des rapides de Borysthène,
Et tout le jour sans interruption, toute la nuit,
On entendait l'immense affaire de ce fleuve qui se précipite (jamais je n'ai eu la curiosité d'aller le voir),
Avec un grand bruit de bronze.
Et depuis j'ai mené ma vie d'exilé, poussière, quoi! danse d'atome,
(Que tout cela d'où je suis me paraît confus, et sombre, et embrouillé, oui, ce fut ma vie!)
Avec parfois un de ces heureux moments de plénitude,
L'amour, le succès, ou quelque chose tout à coup, sans cause et inopinément comme la grâce,
Où l'on est roi, maître de tout, où l'on fournit de l'inconnu, où l'on fait son petit paraphe de phosphore.
Mais, toujours quand je prête l'oreille là-bas j'ai le sentiment de ce fleuve qui tonne, le bruit de ces éternelles cataractes!
Voilà ce qu'est Rome pour moi, quelque chose de solennel et de sous-entendu, la majesté en silence de quelque chose où nous sommes, qui n'est pas de nous et qui ne dépend pas de nous.
Et l'on sait que si l'on rouvre les yeux, ce ne sera pas pour se voir emporté les pieds en l'air par le tintamarre d'une rue comme une eau de moulin, une furibonde et vaine bousculade de morceaux coloriés qui sont les voitures et les passants fracassés contre les glaces des boutiques,
Mais ce qui s'offre au regard, c'est une colonne de porphyre entourée d'une guirlande d'or qui s'élève parmi la fumée des sacrifices!
LADY U.—Prince, tout de même Rome est faite pour autre chose que pour vous tenir lieu de cataracte dans vos vieux jours!
LE PRINCE.—Demain, aujourd'hui même je la quitte.
LADY U.—Le présent sera peut-être moins beau que le passé. Le présent a toujours tort.
Ça ne fait rien. On vivra tout de même. On s'arrangera n'importe comment. Je vous jure que ce peuple a trouvé un autre moyen d'être éternel que d'être mort! Je vous jure qu'il a sa part à faire dans la vie. Je vous jure qu'il est très décidé à vivre, que cela vous plaise ou pas!
C'est beau aussi d'un bout à l'autre d'un pays un peuple qui se réveille tout à coup avec un grand frisson comme un corps d'homme, et qui s'aperçoit qu'on parle la même langue,
Et que d'un bout à l'autre on n'est qu'une seule pièce, un seul corps dans une seule âme!
LE PRINCE.—Mon pays était sur terre la Pologne pour laquelle il n'y a pas d'espérance.
LADY U.—Il y a toujours de l'espérance! C'est vous qui me dites qu'il n'y a pas d'espérance et vous avez déjà plus de soixante ans! Comment donc avez-vous fait pour vivre jusqu'ici? Combien de choses que nous n'aurions jamais cru faire et que nous avons faites tout de même! Combien de coups qui ne nous ont fait aucun mal! Combien d'ennemis par terre! Combien d'obstacles dépassés!
LE PRINCE.—Il y a la maladie devant moi.
LADY U.—La maladie, comme c'est intéressant! La guerre est toujours une chose intéressante. S'apercevoir que l'on a un foie, ou un cœur, quelle découverte!
LE PRINCE.—Il y a la mort.
LADY U.—Nous en viendrons à bout comme du reste avec l'aide de Dieu! Merci à Dieu, je le dis du fond du cœur, qui à cinquante ans me permet enfin d'atteindre la jeunesse et de voir le jour d'aujourd'hui!
Libre de cœur, libre d'esprit, franche de tous les attachements stupides et de tous ces désirs odieux autour de moi jadis!
Inspiratrice, conspiratrice! toute entourée d'amis dont je suis l'âme,
Comme au temps où toute une salle venait boire à mesure à mes lèvres la parole, et je la voyais dans ces milliers d'yeux en vie étinceler comme de l'argent!
Et non plus dans cette belle lumière d'Italie comme une pierre sous la cascade qui n'en retient pas une goutte,
Mais ce qu'est un cœur pleinement dilaté comme une vasque profonde et généreuse
D'où s'échappent de temps en temps de grandes nappes irrégulières, le trop-plein qu'elle n'est pas capable de retenir!
LE PRINCE.—Telle celle que je vous montrais tout à l'heure, un homme pourrait y nager.
LADY U.—Et ce petit nuage avec la lune, qui s'y reflétait près du bord comme un mouchoir de soie brillante!
LE PRINCE.—Je vois nos amoureux qui se rapprochent. Venez!
Ils sortent.