X
Un matin André dormait encore, quand un employé du télégraphe apporta une dépêche. Félicie remit l'insolite papier bleu à Madame qui le prit, le retourna et le jeta sur la table.
Cependant la curiosité l'emportant, elle releva le rideau afin qu'un rayon de soleil tombât dans le visage d'André, dont les paupières troublées s'ouvrirent.
—Il y a là un télégramme.
—Ah! donne!
Et dans le court instant qui s'écoula, il sentit battre son coeur et eut l'intuition d'un malheur; toute dépêche arrivant brusquement l'étonnait ou l'inquiétait; mais jamais il n'avait éprouvé une telle crainte. Il ouvrit, et une expression de douleur, comme une grimace effarée, passa sur son visage; on l'appelait en hâte au couvent.
—Tiens, lis…
… Et précipitamment, il s'habilla.
Toinette restait muette, la mauvaise nouvelle dans les mains.
—Pauvre femme! répétait André, pauvre femme!
—André, veux-tu que j'aille avec toi?
—Non, merci! où est ma cravate? vite, mes bottines! Et il répétait:
Ah! pauvre femme!—d'une voix tremblante qui bouleversa Toinette.
—Ne t'effraye pas, la dépêche ne dit pas que ta mère…
—Sans doute! oui!…—Et fébrilement il se vêtait, tournant dans la chambre avec une angoisse indicible.
«Non, la dépêche ne disait rien, mais il devinait, elle était bien malade, elle allait mourir. Mon Dieu! pourvu qu'il arrivât à temps.»
—André, prends quelque chose, ne t'en va pas à jeun!
—Oui, oui!…—En même temps il descendait l'escalier quatre à quatre.
—Félicie, ayez bien soin de Madame, ma mère va peut-être mourir!
—Jésus!—murmura la pauvre créature. Et le coeur subitement retourné, elle regarda André fuir vers le chemin de fer.
Il courut comme un fou, sauta dans un wagon. Ses oreilles bourdonnaient. Il se répétait: «Elle va mourir!» et le bruit des roues sur les rails, comme un refrain obsédant et monotone, ronronnait:
«Elle va mourir, mourir, mourir!»
Et ce mot funèbre se répétait de plus en plus vite, torturant comme un cauchemar. André s'enfonça la tête dans les mains, se boucha les oreilles. Il était seul.
Quand il releva les yeux, une vallée creuse était pleine de soleil, des maisons blanches se détachaient entre les arbres, la Seine, au loin, brillait comme un ruban d'argent, les jardins étaient en fleur. Était-ce possible, la mort?
Et de répugnants détails préoccupaient, hantaient André: les déclarations officielles, le choix des tentures funèbres, l'enterrement; il se voyait tête nue, suivant le cercueil. Cette pensée l'étouffait.
Et tout à coup il se moqua de lui-même. Il relut la dépêche, elle n'était pas signée: «Votre mère très malade, venez vite.» Très malade? lui aussi avait été près de mourir! Elle vivrait. Pourquoi s'effrayait-il tant? Il n'avait qu'à rejeter ce poids écrasant qui lui pesait sur le coeur.
Il n'y parvint pas.
Hors du train, il sauta dans une voiture.
«Elle ne marche pas», pensait-il! Et il grinçait des dents. Puis il eut peur qu'elle n'arrivât trop tôt, car il se sentait lâche devant le spectacle qui l'attendait. Il écarta les visions mortuaires. «Tout ceci est un rêve», murmurait-il. La rapidité de l'événement le confondait. «Quel stupide cauchemar!»
Mais depuis huit jours il ne l'avait pas vue. Elle était bien pâlie alors, il s'en souvenait! Comment eût-il pu se douter, pourtant!…
La voiture s'arrêta devant la porte à linteau de pierre ornée d'une croix.
«C'est vrai! c'est vrai!» murmura André et, pour payer le cocher, sa main tremblait.
Il sonna. La soeur tourière, qui l'introduisit, avait une mine grave.
Elle parla de la miséricorde de Dieu, puis d'un ton très simple:
—Oh! elle est tout à fait mal! dit-elle.
André s'élança dans l'escalier, la précédant. Au fond du corridor il vit la porte entrebâillée; une odeur d'éther traînait. Et devant cette porte presque ouverte, il n'osa entrer, se jeta dans le petit salon à côté, cherchant Odile.
Elle parut, les yeux rouges. À la vue d'André, elle faillit laisser tomber la tasse qu'elle portait et hocha la tête avec reproche:
—Ah bien! il est grand temps! elle mourrait toute seule, comme un chien!
Ce mot injuste le bouleversa.
—Odile, je n'ai la dépêche que de tout à l'heure!
Et il s'accusait tout bas: «C'est vrai, depuis huit jours; ah! égoïste, mauvais coeur!»
—Peut-on la voir?
Elle eut pitié de son état et s'effaça devant lui. Il entra dans la grande pièce sombre, à l'air raréfié. Tout au fond, dans la blancheur des draps, Mme de Mercy reposait, livide.
Il s'avança; le sol manquait sous ses pieds. Il vit le docteur de la famille assis près d'elle.
Ils échangèrent un signe de tête. André, tout près du lit, vit que sa mère reposait. Son nez s'était pincé, ses yeux cavés, une sueur perlait sur son visage ossifié.
Il eut presque un soulagement de voir qu'elle, dormait.
Le docteur s'était levé, il s'approchait de la fenêtre.
—Eh bien!—dit André avec anxiété, mais n'espérant déjà plus.
—Elle meurt d'une maladie de coeur. Depuis un an qu'elle souffrait beaucoup, elle ne m'a pas fait demander une seule fois. Voilà trois jours qu'elle est au plus mal; on ne m'a fait prévenir qu'hier soir!
Sans parler, André le regardait avec angoisse.
Le médecin haussa les épaules tristement, et ajouta pour dire quelque chose:
—Quand la lampe est usée, que l'huile manque…
Il agita les lèvres, comme s'il soufflait une, lumière.
—Alors… quand?…—Et André n'osa préciser. Le médecin n'osa comprendre; il alla prendre son chapeau disant:
—Quand je reviendrai? Ce soir.
—Que faudra-t-il faire?
«Rien!» pensait le médecin. Il dit évasivement:
—Toutes les deux heures, une cuillerée de la potion alcoolique. La bonne est au courant.
Il hésitait comme s'il avait encore quelque chose à dire, mais il préféra se taire, et avec un geste d'impuissance, il serra correctement la main d'André et sortit.
André le remplaça au chevet du lit.
«Cinq jours, s'il était venu cinq jours plus tôt il l'aurait trouvée alitée, il eût immédiatement fait appeler le docteur, il… mais non, puisqu'elle était condamnée! Pauvre mère!… Il se la rappelait quand il était petit enfant, plus tard jeune homme. Qu'elle était faible! C'est elle qui avait consenti à ce mariage dont elle n'avait retiré que déboires!» Et sa douleur s'avivait par le remords de n'être pas venu la voir. «Maintenant perdue, parlerait-elle, retrouverait-elle quelque force, la lucidité nécessaire? Par sa faute, il avait perdu le meilleur d'elle, ses adieux de tendresse, ses recommandations suprêmes.» Et comme une litanie qu'il ne pouvait étouffer, revenait ce mot:
—Ah! pauvre femme!
Comme les défauts de son caractère paraissaient petits, nuls à cette heure dernière, à côté de ses qualités aimantes de son dévouement. Et André se sentit déchiré de remords. Aurait-il dû la quitter jamais? Elle, veuve, encore jeune, avait repoussé plusieurs partis, afin de se consacrer à ses seuls enfants. Sa fille Lucy, sa chère tendresse, était morte. Puis son fils l'avait quittée, pour une étrangère.
«Telle est la vie,» soufflait une voix à André. Mais il s'indignait de cette réponse bête, trop facile et pourtant vraie.
«Pour sortir de sa torpeur, pour échapper au suicide, André trop jeune avait dû se marier. C'était la vie! Sa femme, enfant elle-même, n'avait su comprendre, ni aimer sa belle-mère: c'était la vie! Et seule, après tant de sacrifices de tendresse et d'argent, la vieille femme devait mourir sans la consolation d'être aimée, sauf par son fils, de la famille nouvelle que son dévouement avait fait subsister: c'était la vie! l'étroite, l'inepte et inexorable vie!…
Cette pensée lui déchira le coeur; il pleura.
Mme de Mercy, au bout d'une heure, sortit de sa prostration; il se pencha sur elle:
—Mère, dit-il doucement, mère, c'est moi, ton fils.
Il rencontra un oeil sans pensée; la bouche livide resta muette. Odile fit prendre à sa maîtresse la potion ordonnée, écarta André du lit, donna quelques soins minutieux.
Quand ce fut fait, il revint et se rassit accablé.
À deux heures, il n'avait encore rien pris. La vieille bonne, qui s'en doutait, le tira par la manche et, dans le salon à côté, lui servit un bouillon.
—Merci, Odile,—dit André, et il ne put manger.
—Allons,—dit-elle bourrue,—dépêchez-vous, ce sera froid!
Il obéit comme un enfant, mais les premières cuillerées l'étouffèrent et il se mit à pleurer. Attendrie, elle le regardait, avec des lèvres balbutiant à vide:
—Ah c'est un grand malheur que Madame soit venue ici, c'était du mauvais air pour elle.
Et avec une cruauté inconsciente qui déchira le coeur d'André, elle racontait les jours de spleen de Mme de Mercy, ses dévotions, ses pénitences, ses longs entretiens avec l'aumônier, sa défense formelle qu'on prévînt son fils.
Maintenant, il comprenait; tant qu'un devoir continu, un service à rendre, un sacrifice à faire avaient raidi sa mère, elle avait vécu. Puis tout lui avait manqué, et depuis son entrée dans le couvent, elle s'était abandonnée au mal, laissée mourir, ne pensant plus qu'à son salut.
Il rentra dans la chambre. Le temps s'écoula. L'état de prostration de la moribonde la tenait blême, rigide et cadavérique; le drap dessinait sur elle des plis mortuaires, et dans les orbites caves étaient deux taches d'ombre, comme les trous d'une tête de mort. Des plaintes d'enfant montaient de cette bouche fermée, des râles sortaient de ce pauvre corps en détresse; et André jugeait son impuissance lamentable et grotesque. Parfois, les paupières s'ouvraient lentement, un oeil perdu, aux rayons vagues, apparaissait sans voir, puis les paupières s'abaissaient lourdement, et il semblait qu'à chaque fois, un peu d'elle s'en allât, pris par la mort.
Vers quatre heures, André entendit un bruit de voix étouffées dans la pièce voisine. Il y courut: sa femme était là avec les enfants; timides, ils levèrent sur lui leurs yeux inquiets; il les embrassa, le coeur bien gros.
—Eh bien!—fit Toinette d'un air d'angoisse.
Il ouvrit les bras et les laissa retomber.
—Pauvre André!—dit-elle, et des larmes faciles lui vinrent aux yeux.
Elle attendait, prête à entrer, s'il le demandait; il bredouilla.
—Elle n'a pas sa connaissance, elle est bien bas!… bien bas… Je vais passer la nuit, toi tu vas retourner avec…
Il s'interrompit, le médecin entrait; il salua.
—Rien de nouveau?
—Rien, docteur!
—Allons!
Et il passa dans la chambre; André le suivit, laissant Toinette et les enfants. La jeune femme était pâle; elle s'assit dépaysée, prêta l'oreille, n'entendit aucun bruit. Derrière elle parut Odile. Toutes deux se dévisagèrent, elles ne s'aimaient pas; mais la vieille servante baissa les yeux, toute remuée par la vue des petits.
Elle les embrassa, et de ses mains tremblantes chercha dans un placard des gâteaux secs. Le silence des enfants l'attendrissait.
—Pauvres petits! on dirait qu'ils comprennent.
Voyant le visage de Toinette tout changé, elle eut pitié et dit:
—Madame ne devrait pas quitter Monsieur cette nuit.
—Oh! oui, Odile, n'est-ce pas. Il est malade de chagrin. Comment faire?
—Je vais bâtir un lit pour les mignons, ils coucheront ici. Madame dormira bien sur le canapé? pour une fois?…
—Oh! je ne dormirai pas!—dit-elle avec vivacité. Et elle se sentait heureuse et soulagée.
André rentra seul; le docteur était sorti par l'autre porte. Il avait constaté un léger mieux, avant-coureur de la mort.
—Nous restons, dit Toinette, je ne te quitterai pas.
—Ah!…—dit André, qui d'un coup d'oeil vit les préparatifs. Cela le touchait et le gênait à la fois; il eût voulu être seul, et que sa famille ne l'envahît point au moment où sa mère allait mourir. Il ne répondit pas et s'assit près de la fenêtre, regardant sans voir les maisons voisines; son accablement était extrême.
Une heure après, Odile, qui venait de garder sa maîtresse, fit signe à
André: il s'empressa.
—Elle reprend connaissance.
Il se précipita dans la chambre, vint au lit; une vie blême semblait remonter au visage de Mme de Mercy. Ses yeux éteints s'animèrent; ses bras s'agitèrent faiblement.
—André, c'est toi?
—Oui, mère, je suis là…
Elle se laissa baiser le front, inerte; une expression étrange passa sur ses traits, et d'une voix brisée, sourdement:
—Je ne croyais pas revenir… j'étais morte, André… Dieu allait me juger… Quelle angoisse!
Epuisée, elle soupira tout bas, comme en rêve;
—L'heure n'est pas encore venue…
Il y eut un silence. Puis d'une voix forte:
—Qu'on aille chercher M. l'Aumônier!
Odile y courut.
—Mère, souffrez-vous?
—Beaucoup… mais pas trop…—Et son oeil égaré ajoutait au mystère de sa parole.
—Mère, vos petits-enfants sont là!
Il n'osa nommer sa femme.
—Voulez-vous embrasser Marthe et Jacques?
—Ah! plus tard!—dit-elle; et tout d'un coup des larmes commencèrent de couler une à une, lentement, sur ses joues maigres.
—Mère, ne pleure pas! mère, ne pleure pas!—cria André en suffoquant.
Mais les larmes tombaient toujours, sans qu'elle parlât; et à chacune les sanglots d'André redoublaient. Elles lui semblaient, ces larmes d'agonie, protester contre toute une vie de souffrances, et aussi contre cette mort abandonnée. Elles étaient terribles, ainsi inexpliquées.
On toussa discrètement à la porte; le prêtre entra. C'était un vieil homme au visage dur et triste. Il s'approcha lentement; son regard, aussi expert que celui du médecin, jugeait l'état de l'agonisante:
—Ma soeur,—dit-il d'une voix affectueuse et étouffée,—je suis prêt à vous entendre…
Elle s'agita à cette voix, ses larmes tarirent, et d'une bouche articulant avec peine, elle dit le mot: «Confession».
Le prêtre regarda André, qui s'éloigna lentement. Il trouva les enfants assis autour de la table; Odile leur avait noué de grandes serviettes autour du cou; ils dînaient. Toinette ne prit presque rien, André ne put manger. Il se mit la tête dans les mains, et s'absorba dans la contemplation des petits. Dépaysés, condamnés au silence, pâlots, ils avaient, entre deux cuillerées, des tours de tête effarés, des espiègleries qui faisaient place à une gravité subite; et cette parodie inconsciente du chagrin sur ces petits visages était comiquement lugubre. Les yeux de Jacques étaient pleins de sommeil; il se laissa pencher en avant et s'endormit dans ses grands cheveux, la joue sur la table.
Marthe vint instinctivement rôder près de son père, guettant un sourire; dès qu'elle en vit un, elle sauta dans ses bras, s'installa sur ses genoux, et lui tout doucement lui fit faire à cheval, tandis que Toinette discrète, ajoutait des points à une broderie, qu'elle avait toujours dans sa poche.
André, parmi les siens, dans ce calme cercle de famille, étouffait, pensant à l'autre, qui, à côté, solitaire, agonisait. Impatient, il attendait que le prêtre se retirât. Celui-ci, introduit par Odile, s'inclina devant la jeune femme, sourit aux enfants et s'adressant à André:
—Du courage, monsieur. Dieu vous éprouve cruellement, mais votre mère est une sainte, et la miséricorde éternelle lui rend justice en l'appelant au ciel!—Il changea de ton et plus bas:
Je vais revenir administrer les derniers sacrements!
André le suivit dans le corridor, il aperçut des robes de religieuses attirées par la mort, il ne trouva rien à dire au prêtre, qui s'en alla à grands pas, comme si l'heure pressait.
Il rentra chez sa mère; elle avait un air de beauté calme, de repos et de méditation. Il n'osait la troubler; ce fut elle qui, sans bouger la tête, dirigeant seulement son regard vers lui, murmura:
—André!
Il s'agenouilla, elle sourit lentement.
—Courage, André! ce n'est qu'une séparation. Je dirai à Lucy que tu l'aimes toujours. Je sais que tu m'aimes moi, et je m'en vais tranquille. Tu es un bon mari, sois un bon père… allons, enfant, ne pleure pas… Qu'est-ce qu'un voyage? quelques années à peine?
Et calme, comme pour un départ ordinaire, elle ajouta d'une voix très simple:
—Tous mes papiers sont dans le portefeuille à ferrure. Pas d'invitations, aucune cérémonie…—et accentuant les mots:
—Ceci est ma dernière volonté!
—Après,—dit-elle, ses derniers sentiments mondains reprenant le dessus,—envoie des lettres de faire-part à tout le monde, la liste est faite.
Elle ferma les yeux, épuisée; après un long instant:
—Ta femme est là?
Il fit un signe affirmatif.
—Venez tous,—dit-elle.
Alors Toinette entra, tenant Jacques endormi; André portait Marthe éveillée.
À la vue de sa belle-mère, Toinette devint affreusement pâle; une pitié lui mordit le coeur, et peut-être connut-elle le remords d'avoir été légère, injuste et sans bonté, pour sa bienfaitrice.
Le regard de l'agonisante, son sourire, remuèrent plus cruellement la jeune femme que des paroles. Longtemps elle devait revoir, avec un malaise indicible, l'énigmatique regard et le sourire de la mourante.
Cependant elle s'approcha.
Mme de Mercy lui dit:
—Embrassons-nous!
Et les deux femmes se baisèrent sur les lèvres, comme pour un grand pardon.
—Marthe!—appela la grand'mère.
L'enfant pencha sa tête, ses grands yeux remplis de terreur; cramponnée au bras de son père, elle palpita tout entière, comme un oiseau effrayé, au contact des lèvres froides.
—Jacques!—soupira la grand'mère.
Toinette inclina l'enfant; il ouvrit deux yeux effarés, ivres de sommeil, sourit, et se rendormit.
—André!—dit sa mère.
C'était le dernier appel, il se pencha sur elle, convulsivement secoué et l'embrassa pour la dernière fois.
Alors retentirent des pas, une clochette tintait, la porte s'ouvrit, on vit deux enfants de choeur portant des cierges, une odeur d'encens se répandit, et le prêtre en habit d'officiant parut. Les enfants furent emportés par leur mère, dans la chambre à côté; la petite Marthe sanglotait tout bas comme une femme. Toinette revint près de son mari. Le prêtre se hâtait, la vie quittait rapidement le visage de la moribonde; elle parut revivre un quart de minute pour recevoir dans l'hostie, le corps divin de Jésus-Christ. Puis les enfants de choeur retirés, les cierges disparus, le prêtre dépouillé de ses vêtements sacerdotaux et récitant des prières tandis que la nuit entrait peu à peu dans la chambre, l'agonie se précipita, et Mme de Mercy mourut vers trois heures du matin.