SCÈNE IV.

PHOCAS, HÉRACLIUS, MARTIAN, PULCHÉRIE, CRISPE, Gardes[ [402].

CRISPE.

Seigneur, vous devez tout au grand cœur d'Exupère:

Il est l'unique auteur de nos meilleurs destins:

Lui seul et ses amis ont dompté vos mutins;

Il a fait prisonniers leurs chefs, qu'il vous amène.

PHOCAS.

Dis-lui qu'il me les garde en la salle prochaine; 1740

Je vais de leurs complots m'éclaircir avec eux.

(Crispe s'en va, et Phocas parle à Héraclius[ [403].)

Toi, cependant, ingrat, sois mon fils, si tu veux.

En l'état où je suis, je n'ai plus lieu de feindre:

Les mutins sont domptés, et je cesse de craindre.

Je vous laisse tous trois.

(A Pulchérie.)

Use bien du moment 1745

Que je prends pour en faire un juste châtiment;

Et si tu n'aimes mieux que l'un et l'autre meure,

Trouve ou choisis mon fils, et l'épouse sur l'heure;

Autrement, si leur sort demeure encor douteux[ [404],

Je jure à mon retour qu'ils périront tous deux. 1750

Je ne veux point d'un fils dont l'implacable haine[ [405]

Prend ce nom pour affront et mon amour pour gêne.

Toi....

PULCHÉRIE.

Ne menace point; je suis prête à mourir.

PHOCAS.

A mourir! jusque-là je pourrois te chérir[ [406]!

N'espère pas de moi cette faveur suprême, 1755

Et pense....

PULCHÉRIE.

A quoi, tyran?

PHOCAS.

A m'épouser moi-même

Au milieu de leur sang à tes pieds répandu.

PULCHÉRIE.

Quel supplice!

PHOCAS.

Il est grand pour toi; mais il t'est dû.

Tes mépris de la mort bravoient trop ma colère.

Il est en toi de perdre ou de sauver ton frère; 1760

Et du moins, quelque erreur qui puisse me troubler[ [407],

J'ai trouvé les moyens de te faire trembler.