SCÈNE II.
PSYCHÉ[ [329].
Où suis-je? et dans un lieu que je croyois barbare, 995
Quelle savante main a bâti ce palais,
Que l'art, que la nature pare
De l'assemblage le plus rare
Que l'œil puisse admirer jamais?
Tout rit, tout brille, tout éclate 1000
Dans ces jardins, dans ces appartements,
Dont les pompeux ameublements
N'ont rien qui n'enchante et ne flatte;
Et de quelque côté que tournent mes frayeurs,
Je ne vois sous mes pas que de l'or ou des fleurs. 1005
Le ciel auroit-il fait cet amas de merveilles
Pour la demeure d'un serpent?
Ou lorsque par leur vue il amuse et suspend
De mon destin jaloux les rigueurs sans pareilles,
Veut-il montrer qu'il s'en repent? 1010
Non, non, c'est de sa haine, en cruautés féconde,
Le plus noir, le plus rude trait,
Qui par une rigueur nouvelle et sans seconde,
N'étale ce choix qu'elle a fait
De ce qu'a de plus beau le monde, 1015
Qu'afin que je le quitte avec plus de regret.
Que mon espoir est ridicule,
S'il croit par là soulager mes douleurs!
Tout autant de moments que ma mort se recule
Sont autant de nouveaux malheurs; 1020
Plus elle tarde, et plus de fois je meurs.
Ne me fais plus languir, viens prendre ta victime,
Monstre qui dois me déchirer.
Veux-tu que je te cherche, et faut-il que j'anime
Tes fureurs à me dévorer? 1025
Si le ciel veut ma mort, si ma vie est un crime,
De ce peu qui m'en reste ose enfin t'emparer.
Je suis lasse de murmurer
Contre un châtiment légitime;
Je suis lasse de soupirer: 1030
Viens que j'achève d'expirer.