SCÈNE VI.

AGÉSILAS, LYSANDER, XÉNOCLÈS.

LYSANDER.

Seigneur, il vous a plu disposer d'Elpinice;

Nous devons, elle et moi, beaucoup à vos bontés;1960

Et je serai ravi qu'elle vous obéisse,

Pourvu que de Cotys les vœux soient acceptés.

J'en ai donné parole, il y va de ma gloire.

Spitridate, sans lui, ne sauroit être heureux;

Et donner mon aveu, s'ils ne le sont tous deux,1965

C'est faire à mon honneur une tache trop noire.

Vous pouvez nous parler en roi.

Ma fille vous doit plus qu'à moi:

Commandez, elle est prête, et je saurai me taire.

N'exigez rien de plus d'un père. 1970

Il a tenu toujours vos ordres à bonheur;

Mais rendez-lui cette justice

De souffrir qu'il emporte au tombeau cet honneur,

Qui fait l'unique prix de trente ans de service.

AGÉSILAS.

Oui, vous l'y porterez, et du moins de ma part 1975

Ce précieux honneur ne court aucun hasard.

On a votre parole, et j'ai donné la mienne;

Et pour faire aujourd'hui que l'une et l'autre tienne,

Il faut vaincre un amour qui m'étoit aussi doux

Que votre gloire l'est pour vous, 1980

Un amour dont l'espoir ne voyoit plus d'obstacle.

Mais enfin il est beau de triompher de soi,

Et de s'accorder ce miracle,

Quand on peut hautement donner à tous la loi,

Et que le juste soin de combler notre[ [69] gloire 1985

Demande notre cœur pour dernière victoire.

Un roi né pour l'éclat des grandes actions

Dompte jusqu'à ses passions,

Et ne se croit point roi, s'il ne fait sur lui-même

Le plus illustre essai de son pouvoir suprême. 1990

(A Xénoclès.)

Allez dire à Cotys que Mandane est à lui;

Que si mes feux aux siens ne l'ont pas accordée,

Pour venger son amour de ce moment d'ennui,

Je veux la lui céder comme il me l'a cédée.

Oyez de plus.

(Il parle à l'oreille à Xénoclès, qui s'en va[ [70].)