LES NOMS ÉTRANGERS

Une revue, qui ne semble pas pourtant ennemie de l’extension du français, ni de son emploi comme langue internationale, vient de nous arracher la paisible possession, non de la ville de Gand, sans doute, mais du nom de cette cité flamande. J’avais d’abord été un peu intrigué, en lisant : « Dans le Nineteenth Century de septembre, M. Ellis Barker rappelle que la veille de Noël, en 1814, dans l’antique couvent des Chartreux de la vieille cité de Ghent, le traité de paix fut signé entre l’Angleterre et les États-Unis. » Où pouvait bien se trouver cette vieille cité ? Je cherchais, un peu honteux de mon ignorance, quand je me souvins que c’est là une des rares villes de Belgique annexées linguistiquement par les Anglais. Ils disent Ghent au lieu de Gand. Mais le plus souvent ils respectent la forme flamande et surtout la forme française, disant Bruges, Malines, comme ils disent Bar-le-Duc et même Cologne, Aix-la-Chapelle. Ils ont traité de même d’ailleurs la plupart des villes célèbres de l’Europe. Il est bien rare qu’elles soient anglicisées. Ils disent comme nous, avec des nuances d’orthographe, Séville, « Venice », Florence, Rome, Naples. C’est par une exception qu’ils ont mué Livorno ou Livourne en Leghorn. Malgré cette politesse qu’ils nous font d’adopter notre transcription de quelques noms étrangers, je ne crois pas que nous devions leur rendre la pareille. Ce serait trop de bonté. Laissons leur Ghent pour leur usage personnel et respectons, quant à nous, le privilège que nous a donné la tradition de franciser hardiment les noms étrangers anciennement connus.