SCÈNE II

LE PILOTE.

(Le Pilote est seul sur le pont. L'ouragan s'est un peu calmé et ne reprend plus que par intervalles. Au large les vagues s'élèvent énormes. Le Pilote fait encore une fois la ronde; puis il s'assied au gouvernail. Bientôt il sent venir le sommeil, il se secoue et chante.)

Malgré vents et tempête,
Auprès des miens,
Ma belle, je reviens.
L'ouragan sur ma tête
En vain gronda,
Ma belle, me voilà.
Sans un bon vent du sud, jamais
À toi je ne reviendrais.
Ah! souffle! souffle encor, bon vent,
Ma belle en ce jour m'attend.
Ah! ah! la! la! ah!

(Une vague ébranle le navire. Le Pilote se lève vivement et regarde. Il s'assure qu'il n'y a pas de mal, se rassied et chante tandis que le sommeil le gagne par degrés.)

Des confins de la terre,
À toi toujours
J'ai pensé, mes amours!
En bravant le tonnerre
Et flots et vent
Je t'apporte un présent.
Grâce au bon vent, je viens encor
Avec une chaîne d'or!
Bon vent! ah! souffle sans faiblir,
Ce don lui fera plaisir!
Ah! ah! la! la! ah!

(Il lutte contre la fatigue et finit par s'endormir. La tempête recommence. Le temps s'assombrit. Dans le lointain se montre le vaisseau fantôme avec ses voiles d'un rouge de sang et ses mâts noirs. Il s'approche avec rapidité du rivage à côté du navire norvégien. L'ancre tombe avec un bruit terrible. Le Pilote de Daland s'éveille en sursaut. Sans quitter sa place, il jette un coup d'œil sur le gouvernail, et, assuré que tout est bien, il murmure quelques mots de sa chanson.)

Sans un bon vent du sud, jamais...

(Il se rendort.)