SCÈNE III
LE HOLLANDAIS, LE PILOTE, endormi.
(Sans le moindre bruit l'équipage fantastique du vaisseau fantôme cargue ses voiles. Le Hollandais descend à terre.)
LE HOLLANDAIS.
L'heure a sonné! Sept ans avec l'aurore
Sont écoulés! Le flot
Lassé me rejette aussitôt.
Ah! superbe Océan, bientôt
Tes flots me porteront encore.
Ta rage expire, et ma peine est sans fin!
Je cherche en vain
Sur cette terre
Celle en qui j'espère.
Mer, tu seras le témoin de mes maux
Jusqu'au moment où l'abîme en repos
Verra tarir enfin les flots.
Combien de fois, las de souffrir.
Je courus affronter l'orage!
Hélas! la mort sembla me fuir.
En vain ma rage
À maint écueil
Souvent demanda le naufrage.
Jamais ne s'ouvre mon cercueil!
Parfois j'ai bravé le pirate,
Dans les combats cherchant la mort.
«Viens! viens! que ta bravoure éclate;
L'argent ruisselle sur mon bord...»
Des mers j'ai vu l'enfant sauvage
En se signant au loin s'enfuir.
Combien de fois, voulant mourir,
J'ai défié les vents, l'orage!
Dans l'espérance d'un cercueil,
Souvent j'allai chercher l'écueil;
Mais ni la tombe ni la mort!
Tel est l'arrêt cruel du sort!
Ange du ciel, messager d'espérance,
Qui du salut m'as montré le chemin,
En m'annonçant un jour de délivrance,
T'es-tu raillé de mon cruel destin?
En vain j'espère,
Ô vœux superflus!
Non! non! sur terre
Un cœur fidèle... il n'en est plus!
Un seul espoir encor me reste,
Et cet espoir jamais ne ment.
Si long que soit ce sort funeste,
Le monde aura sa fin pourtant!
Ô jour céleste
Du jugement,
Quand dois-tu luire
Enfin pour moi?
Qu'il sonne, ce signal d'effroi
Qui doit tout perdre et tout détruire.
Lorsque seront levés les morts,
Enfin la paix m'attend alors.
Ô mondes, cessez votre cours!
À moi, néant, et pour toujours!
(Chœur sourd de l'équipage du Vaisseau Fantôme.)
À nous, néant, et pour toujours!
(Le Hollandais se couche sur un rocher à l'avant-scène.)