CHAPITRE XIII.

ANNETJE ET AGATHE.

Tandis que la fête continuait au milieu de l'enthousiasme des spectateurs à déployer ses pompes sans exemple jusqu'alors à Anvers, dame Thrée, assise au chevet de ses filles, s'efforçait de calmer la violence du mal qui les avait frappées et qu'elle attribuait aux émotions auxquelles Annetje et Agathe avaient été exposées imprudemment.

Lorsque Simon fut accouru près d'elles, il resta épouvanté de la violence d'un accès aussi peu prévu et du désordre qu'il avait déjà produit en peu de temps.

Après avoir attentivement étudié l'état des jeunes malades, il emmena Thrée dans la pièce voisine pour lui adresser quelques questions, et lui indiquer la nature des soins à donner aux enfants.

Annetje et Agathe n'avaient point échangé entre elles un seul mot depuis leur évanouissement.

Assises l'une près de l'autre sur l'estrade de la fête, leurs regards pleins de larmes attachés sur Simon, elles tremblaient à la fois de douleur et d'amour, en voyant combien était noble et grand l'objet de leur passion insensée.

Les yeux d'Agathe, en se portant avec jalousie sur Annetje, s'arrêtèrent sur sa mère. A cette vue, elle put à peine réprimer le cri prêt à sortir de sa poitrine, serra convulsivement la main de sa soeur, et folle, éperdue, d'un mouvement de la tête, lui montra Thrée, sur la belle physionomie de laquelle resplendissaient les caractères les moins incontestables de l'amour et les enivrements d'une joie sans bornes.

Annetje se cacha le visage dans ses mains, et toutes les deux elles perdirent connaissance.

Quand Simon et Thrée se furent, comme nous l'avons dit, éloignés, Agathe passa son bras défaillant autour du cou d'Annetje, et posant sur son front brûlant ses lèvres plus brûlantes encore:

—Ma soeur, dit-elle, ma soeur, combien Dieu nous punit sévèrement! Ah! cet amour insensé qui avait jeté entre nous la haine et la discorde, il faut maintenant le garder au fond de nos coeurs et l'y cacher avec plus de soin encore. Oh! si nous pourrions le vaincre, l'étouffer! Mais, je le sens, la mort seule l'anéantira, n'est-ce pas?

—Oui, la mort seule! répéta Annetje: mais, ma soeur, pas un mot, pas un geste qui puisse nous trahir! Tout à l'heure, je suivais du regard Simon et ma mère! Simon l'aime autant qu'elle l'aime. Ces paroles de notre aïeul qui sont venues éveiller dans notre coeur des espérances insensées, et qui nous ont rendues coupables, c'est à notre mère qu'elles s'adressaient!

—Que Dieu nous soutienne et nous accorde la force d'aller jusqu'à la fin de notre sacrifice!

En ce moment, Simon et Thrée rentrèrent, et la volonté des deux soeurs parvint, non pas à diminuer leurs souffrances, mais du moins à les faire paraître moins graves aux yeux de Simon. Celui-ci, avant de retourner à la fête où son absence eût paru singulière, confia les jeunes filles à la surveillance de Toporoo, son auxiliaire et son aide. Toporoo s'assit dans un coin de la chambre des jeunes malades; Drinck s'installa à ses pieds, Psylla entre les pattes de Drinck, et maître Bob se coucha silencieusement sur l'angle d'un meuble, dans l'attitude d'une cariatide.

Toporoo, après avoir préparé les boissons prescrites par Simon, vint les présenter aux deux soeurs, et retourna dans son coin, où il se mit à murmurer à mi-voix une chanson, comme eût fait une nourrice pour endormir son enfant malade.

Tout à coup Annetje saisit la main de sa soeur, la pressa vivement, et lui dit tout bas d'écouter les paroles que disait Toporoo, sur l'air plaintif qu'elles lui avaient entendu chanter tant de fois.

Voici ce qu'il disait:

Elle était jeune, elle était belle;
Nulle ne l'égalait dans les bois,
Quand plus indomptable que le puma,
Son arc à la main, son carquois sur les épaules,
Elle faisait plier à peine la tige des hautes herbes,
Sous son pied plus léger que le pied de la biche,
Elle dort maintenant sous les hautes herbes,
Pourquoi la jeune fille a-t-elle quitté son vieux père?
Pourquoi la jeune fille a-t-elle abandonné son frère,
Et cet autre compagnon fidèle de son enfance,
Son frère naguère sa seule tendresse?
Pourquoi dort-elle aux pieds des arbres sous les hautes herbes?

Le visage blanc est venu dans le pays de la jeune fille.
Elle s'est dit: Il est grand, il est généreux,
Mais ne fût-il ni grand, ni généreux,
Je le sens, je l'aimerais comme je l'aime,
Elle dort au pied d'un arbre sous les hautes herbes.

Il lui dit: Fille des bois, je ne puis t'aimer.
J'ai laissé dans mon pays un autre amour,
Rien ne peut me l'ôter de l'âme, c'est ma douleur et c'est ma vie.
Elle leva les yeux au ciel et disparut dans les ténèbres.
Elle dort au pied d'un arbre sous les hautes herbes.

—Toporoo a deviné notre secret, murmura Annetje.

—Eh bien! faisons comme la jeune fille, mourons, ma soeur!

—Oui, reprit Annetje, mais mourons sans que ni Simon, ni notre sainte et bonne mère puissent deviner notre fatal secret, sans que rien ne trouble la sérénité de leur bonheur.

Agathe poussa un gémissement.

—Est-ce donc moi qui dois t'exhorter au courage? moi qui partage tes douleurs!

En ce moment Toporoo fit entendre quelques accords de l'instrument bizarre qui servait à l'accompagner, et il chanta:

La jeune fille aime aux cieux!
Au ciel il n'y a ni jalousie ni haine!
Il y a de l'amour pour satisfaire chaque amour!
La jeune fille aime aux cieux.

La jeune fille aime aux cieux!
Elle s'est dit: Ici-bas les douleurs et les sacrifices!
Là-haut la fidélité qui ne finit jamais!
La jeune fille aime aux cieux!

Peu à peu l'effet des boissons préparées par l'Indien et la monotone régularité de son chant finirent par faire tomber les deux soeurs dans ce sommeil vague et pourtant plein de visions que produit la fièvre. A travers ce sommeil elles entendaient la voix de Toporoo, et croyaient voir la jeune Péruvienne, sa malheureuse soeur, se pencher sur elles et leur dire à voix basse:

—Je l'ai aimé comme vous, comme vous je l'ai aimé jusqu'à mon dernier soupir! Mais il n'a point vu couler une seule de mes larmes! Mais il n'a point entendu un seul soupir s'échapper de ma poitrine. Dans mon amour, je n'ai pas voulu lui donner le remords de ma douleur!

Le lendemain matin, quand les jeunes filles s'éveillèrent, l'Indien se tenait encore assis à la même place et dans la même attitude. Il s'approcha silencieusement d'elles, interrogea leur pouls, et fit signe à Drinck de le suivre. Le gros chien s'étira paresseusement, secoua ses oreilles et suivit Toporoo; maître Bob s'était élancé sur son dos, et Psylla, encore engourdie, se tenait enlacée autour de son cou en guise de collier.

Les jeunes filles s'agenouillèrent devant l'image de Notre-Dame d'Anvers et prièrent avec ferveur. Elles cherchèrent ensuite, en baignant leur visage d'eau fraîche, à faire disparaître la trace des larmes qu'elles venaient encore de répandre, s'embrassèrent et se tinrent quelques instants convulsivement serrées dans les bras l'une de l'autre. Puis elles descendirent près de leur mère, qui se disposait à se rendre près d'elles, et qu'avait retenue, jusqu'alors, la crainte de troubler leur sommeil.

On peut juger de la joie de Thrée, en voyant calmes et debout, quoique pâles encore, ses deux filles si gravement indisposées la veille.

—Chères imprudentes, leur dit-elle, pourquoi vous lever ainsi au point du jour quand vous êtes souffrantes?

—Nous ne le sommes plus! répondit Agathe en souriant.

—Et puis, nous voulions vous accompagner à la messe, ajouta Annetje.

—Ne devons-nous point des remerciements à Dieu pour la journée d'hier? interrompit avec amertume Agathe, dont Annetje serra la main.

Elles se rendirent toutes les trois à l'église, et toutes les trois prièrent avec ferveur.

Quand elles furent de retour au logis, dame Thrée, dont l'émotion était visible, s'assit, et prenant la main de ses filles qu'elle attira doucement à elles:

—Mes enfants, leur dit-elle, j'ai à vous entretenir d'une chose grave.

—Annetje échangea un regard avec sa soeur, qu'elle vit pâlir. Prête à manquer de courage elle-même, elle sentit son coeur se briser.

—Allez! nous savons votre secret, ma mère, lui dit-elle en cachant son visage dans le sein de Thrée et en attirant dans ses bras Agathe. Simon vous aime et vous l'aimez! Que la bénédiction du Ciel descende sur votre mariage!

—Merci! mes enfants, dit Thrée, en les couvrant de baisers. Cependant, si cette union devait vous coûter un regret, un chagrin…

—Soyez heureuse, mère! reprit Agathe, qui s'était remise de son trouble. Pouvons-nous demander autre chose à Dieu? Simon n'est-il pas déjà un père pour nous? Ne lui devons-nous point la santé et la vie? ajouta-t-elle avec ironie.

—Oui, soyez heureuse, mère! vous dont la vie n'a été pour nous, depuis notre naissance, qu'un dévouement de tous les instants.

—Et maintenant, interrompit Agathe, viens, Annetje. Allons embrasser
Simon et le féliciter.

Elle entraîna sa soeur dans le jardin pour empêcher sa mère d'entendre les sanglots qu'elles ne pouvaient plus réprimer.

Tandis qu'elles se réfugiaient dans la partie la plus touffue d'un bosquet, derrière un grand massif d'arbres, elles entendirent Toporoo qui de sa voix monotone et lente, chantait l'air qu'il leur avait dit la veille:

«La jeune fille aime aux cieux!»

—Viens, dit Agathe à sa soeur, Toporoo a raison! Accomplissons notre sacrifice jusqu'au bout! Vidons d'un seul trait le calice jusqu'à la lie!

Toutes les deux s'élancèrent vers le pavillon et se jetèrent dans les bras de Simon, en lui disant à travers leurs sanglots: Mon père! mon père!

Depuis ce moment, on ne cessa de s'occuper, dans la famille Borrekens, du mariage de dame Thrée avec Simon. La nouvelle en fut annoncée officiellement aux amis de la famille; les premiers bans furent publiés à l'église paroissiale, et dame Thrée ne sortit plus de sa maison que pour se rendre aux offices religieux; suivant l'usage flamand, elle vivait dans la retraite la plus austère, et ne recevait personne, pas même ses amis les plus intimes.

Cependant, on ne restait point inactif au logis. On y faisait tous les préparatifs des noces, quoique celles d'une veuve dussent être modestes et dépourvues de la pompe et des fêtes sans nombre qui signalent le mariage d'une jeune fille.

A cette époque, et encore un peu aujourd'hui, les habitants de la Belgique ont certains appartements de luxe qui ne s'ouvrent que les jours de grande solennité. Il en est de même des belles argenteries transmises de génération en génération, et du magnifique linge de table damassé, dont les dessins merveilleux semblent l'ouvrage des fées. La vaisselle plate ne sort que ces jours-là des armoires de chêne qui la renferment et des nombreuses enveloppes qui les recouvrent; d'ordinaire, on travaille quinze jours à faire les préparatifs d'un repas de famille, et il faut quinze autres jours pour tout remettre en place.

Annetje et Agathe s'occupèrent de ces détails avec une activité fébrile. Elles y mettaient l'ardeur et le dévouement des martyrs, et parvinrent, par leur gaîté menteuse, à tromper leur mère et van Maast lui-même.

La seule consolation qu'elles eussent, c'était, la compassion mystérieuse de Toporoo, qui s'associait à toutes leurs douleurs, et trouvait chaque jour un chant nouveau pour les soutenir dans ces pénibles épreuves. Comment savait-il leur secret? qu'importe! pourvu qu'il s'en montrât le fidèle confident.

Cet accessoire romanesque ne contribua pas peu à soutenir la force des deux pauvres enfants. Exaltées d'ailleurs par le désespoir même de leur sacrifice, elles n'agissaient qu'à travers une surexcitation nerveuse. En les examinant avec attention, il eût été facile à Thrée de lire leur désespoir sous leur fausse gaîté; leur pâleur, la teinte bistrée qui commençait à s'étendre sous leurs yeux n'eût point échappé à leur mère en toutes autres circonstances. Mais le bonheur et ses enivrements, mais l'amour et ses joies un peu égoïstes s'étaient trop emparés de cette âme naïve pour lui laisser possible un sentiment d'inquiétude. Rien ne troubla donc la félicité immense qui s'était emparée d'elle tout entière et sans réserve.

Enfin le jour du mariage arriva, sans que les jeunes filles eussent trahi leur désespoir, sans que leur mère eût rien soupçonné de leur fatal secret. Dès quatre heures du matin, Rubens et trois vieux amis de la famille Borrekens arrivèrent chez le roi des Arquebusiers, qu'ils trouvèrent avec Simon, assis dans le salon des jours de fête.

Simon et le vieillard se levèrent gravement à leur arrivée pour recevoir leurs félicitations.

Rubens embrassa Simon avec une tendresse toute fraternelle:

—Vous voici désormais heureux, mon ami! lui dit-il.

—Oui, mon cher Rubens, répondit Simon; oui, je suis heureux; je crois à mon bonheur! Vous m'avez dessillé les yeux, et vos sages conseils ont chassé de mon âme les funestes pensées qui l'obsédaient. Je m'abandonne sans défiance à l'avenir, et je me sens aimé plus que je n'aime, peut-être! Quelle que soit l'étendue de ma tendresse pour Thrée, il ne peut m'être donné d'atteindre la sublimité de l'amour et du dévouement de cette créature angélique.

Et cependant, Rubens, je suis triste et inquiet! Au milieu de mon bonheur, je sens la main de la fatalité s'étendre mystérieusement sur moi; son ombre sinistre glace mon coeur.

—Enfant! interrompit Rubens. Folle imagination, toujours ingénieuse à se créer des chimères! Regardez, et dites-moi si vous n'êtes pas coupable de vous livrer à de pareilles folies!

En ce moment, dame Thrée entrait, accompagnée de ses deux filles.

Elle avait quitté ses vêtements de veuve et portait le costume frison dans toute son élégante simplicité. Un cap-oor d'une valeur extrême et d'un goût exquis couronnait son beau front; l'ovale pur de son visage se dessinait au milieu des flots de dentelles du voile qui retombait sur ses épaules; enfin une sorte de veste en damas de soie verte, brodée de même couleur, laissait voir ses bras admirables, et dessinait sa taille que faisait valoir encore une jupe fort large de même étoffe. Cette jupe descendait un peu moins bas que la cheville, de façon à faire valoir un petit pied enfermé dans un soulier de soie à larges boucles d'or.

Quelque simple que fût ce costume, qui n'était autre que celui de toutes les bourgeoises de la Frise, il formait avec les vêtements noirs et hermétiquement fermés que Thrée portait d'habitude un contraste plein de charmes.

Elle s'avança vers Rubens et ceux qui l'accompagnaient, leur fit une révérence profonde, tendit la main en rougissant à Simon et se réfugia entre ses deux filles. Simon s'approcha des deux jumelles:

—Mes enfants, leur dit-il, Dieu qui m'entend m'est témoin que je mettrai tous mes efforts à vous tenir lieu du père que la volonté divine vous a enlevé avant que vous fussiez nées. Si mon bonheur avait dû vous coûter une seule larme…

—Il ne me cause que de la joie, mon père, interrompit Agathe, pâle et cependant les joues enflammées par une ardente rougeur! Que Dieu bénisse votre union comme nous la bénissons! N'est-ce pas, ma soeur?

Annetje voulut répondre, mais la voix expira sur ses lèvres, et elle ne put faire qu'un signe d'assentiment.

—Allons! c'est assez nous attendrir, s'écria Rubens. Voyons, mes enfants, que l'un de vous me donne la main, que l'autre en fasse de même pour Simon, et que mynheer Borrekens ouvre la marche avec dame Thrée.

Celle-ci s'enveloppa dans les plis d'une longue faille de soie noire, et le petit cortège sortit de la maison de mynheer Borrekens, pour se rendre silencieusement à la paroisse voisine. L'obscurité commençait à peine à se dissiper dans les rues: des ombres épaisses remplissaient encore la nef de Saint-Jacques et la chapelle latérale, dans laquelle devait se célébrer le mariage. A cette époque, surtout, les mariages de veufs ou de veuves avaient lieu sans aucune espèce d'apparat, le matin de très bonne heure et presque avec mystère.

Il n'y avait donc dans la chapelle qu'un vieux prêtre, confesseur de dame Thrée, et deux diacres indispensables à l'accomplissement des rites ecclésiastiques.

Le mariage fut consacré à la clarté tremblotante des cierges et au milieu de l'église déserte: on n'entendait que la voix cassée du vieil officiant, les répons graves des diacres et le bruit de leurs pas sur les dalles de marbre de l'autel. Le vieillard adressa une courte exhortation aux mariés, et célébra ensuite la sainte messe.

C'était, je vous l'assure, une cérémonie faite pour émouvoir même des indifférents, que cet acte solennel de la vie qui s'accomplissait avec tant de simplicité et de majesté à la fois!

Annetje et Agathe, abîmées dans leur douleur, purent pleurer sans que, du moins, on vît leurs larmes.

Au moment du départ, elles relevèrent leurs têtes brûlantes qu'elles avaient jusque-là tenues cachées et appuyées sur leur prie-Dieu: elles reprirent silencieusement, avec le cortège, le chemin du logis.

La table se trouvait dressée dans la salle à manger, et fut servie comme par enchantement, grâce à l'activité de la vieille Juive.

Après un déjeuner qui se passa gravement, et sans rien de la gaîté ordinaire d'un repas flamand, on se leva de table; Rubens et les trois autres témoins prirent congé des nouveaux mariés et de leur famille.

Annetje et Agathe vinrent s'agenouiller devant leur mère et devant
Simon. Thrée les pressa sur sa poitrine.

Simon l'imita et leur dit:

—Que Dieu m'entende et m'exauce! chères enfants! qu'il vous comble de ses bénédictions, et vous donne le bonheur dont vous êtes si dignes.

Les jeunes filles se retirèrent, et Thrée considéra quelques instants, en silence et avec attendrissement, Simon qui lui tendit les bras!

—Oh! dit-elle avec transport, me voici à jamais heureuse! Je défie le sort maintenant, mon noble Simon!

Tandis qu'elle parlait ainsi, les jeunes filles traversaient en pleurant, le jardin, et Toporoo chantait de sa voix plaintive:

La fille du Pérou, la fille au visage d'or,
Se penche sur les nuages du ciel.
Elle se dit: Comme moi, elles savent souffrir,
Mais, comme moi, elles savent aimer!
Le bonheur est au ciel!