I
On ne songe à la Mort que dans son voisinage:
Au sépulcre éloquent d'un être qui m'est cher,
J'ai pour m'en pénétrer fait un pèlerinage,
Et je pèse aujourd'hui ma tristesse d'hier.
Je veux, à mon retour de cette sombre place
Où semblait m'envahir la funèbre torpeur,
Je veux me recueillir, et contempler en face
La Mort, la grande Mort, sans défi mais sans peur.
Assiste ma pensée, austère Poésie
Qui sacres de beauté ce qu'on a bien senti;
Ta sévère caresse aux pleurs vrais s'associe,
Et tu sais que mon coeur ne t'a jamais menti.
Si ton charme n'est point un misérable leurre,
Ton art un jeu servile, un vain culte sans foi,
Ne m'abandonne pas précisément à l'heure
Où pour ne pas sombrer j'ai tant besoin de toi.
Devant l'atroce énigme où la raison succombe,
Si la mienne fléchit tu la relèveras;
Fais-moi donc explorer l'infini d'outre-tombe
Sur ta grande poitrine entre tes puissants bras;
Fais taire l'envieux qui t'appelle frivole,
Toi qui dans l'inconnu fais crier des échos,
Et prêtes par l'accent, plus sûr que la parole,
Un sens révélateur au seul frisson des mots.
Ne crains pas qu'au tombeau la morte s'en offense,
O Poésie, ô toi, mon naturel secours,
Ma seconde berceuse au sortir de l'enfance,
Qui seras la dernière au dernier de mes jours.