II

Hélas! j'ai trop songé sous les blêmes ténèbres

Où les astres ne sont que des bûchers lointains,

Pour croire qu'échappé de ses voiles funèbres

L'homme s'envole et monte à de plus beaux matins;

J'ai trop vu sans raison pâtir les créatures,

Pour croire qu'il existe au delà d'ici-bas

Quelque plaisir sans pleurs, quelque amour sans tortures,

Quelque être ayant pris forme et qui ne souffre pas.

Toute forme est sur terre un vase de souffrances,

Qui, s'usant à s'emplir, se brise au moindre heurt;

Apparence mobile entre mille apparences

Toute vie est sur terre un flot qui roule et meurt.

N'es-tu plus qu'une chose au vague aspect de femme,

N'es-tu plus rien? Je cherche à croire sans effroi

Que, ta vie et ta chair ayant rompu leur trame,

Aujourd'hui, morte aimée, il n'est plus rien de toi.

Je ne puis, je subis des preuves que j'ignore.

S'il ne restait plus rien pour m'entendre en ce lieu,

Même après mainte année y reviendrais-je encore

Répéter au néant un inutile adieu.

Serais-je épouvanté de te laisser sous terre?

Et navré de partir, sans pouvoir t'assister

Dans la nuit formidable où tu gis solitaire,

Penserais-je à fleurir l'ombre où tu dois rester?